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BIOGRAPHIE
UNIVERSELLE,
ANCIENNE ET MODERNE.
FL— FR.
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I
BIOGRAPHIE
UNIVERSELLE,
ANCIENNE ET MODERNE,
OU
HISTOIRE, PAR ORDRE ALPHABETIQUE, DE LA VIE PUBLIQUE ET PRIVEE DE
TOUS LES HOMMES QUI SE SONT FAIT REMARQUER PAR LEURS ECRITS ,
LEURS ACTIONS , LEURS TALENTS , LEURS VERTUS OU LEURS CRIMES.
OUVRAGE ENTIÈREMENT NEUF,
IlÉDIGÉ PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES ET DE SAVANTS.
On doit des égards aux vivatits ; on ne doit, aur morts,
que la rérlté. ( Volt. , première Lettre tur OEdipc. )
TOME QUINZIÈME.
A PARIS,
CIIEZ L. G. MICHAUD, IMPRIMEUR-LIBRAIRE,
RUE DES BONS-EKFAMTS, N". 3^.
1816.
FEBlO'i9o5
96 Ôl 0#-
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y ^^^(«'«.-^'^-«•^ -«-W^ ^^'«'<»' ^> ^'^ '«''«''«• ^>'%'«-'<^'«'^'V '»' <
SIGNATURES DES AUTEURS
DU QUINZIÈME VOLUME.
MM.
A.
Bàrânte.
A.B-T.
Beuchot.
A-D.
Artaud.
A— D— R
. AaiAR-DuRITlElt.
A— G— R.
AUGER.
A— R.
Allier.
A. R—T.
Abel Remdsat.
B— !.
Berjtardi.
B— I.— T.
Boucharlaî.
B-s.
Bocous.
B-ss.
BoiSSOÎfADE.
B— T.
BlOT.
B-u.
Beaulieu.
B— T.
BOLLT.
C.
CHAUMETOrr.
C— AU.
CATTEAU-GALLEVItLE.
C. M. P.
PiLLET.
C.T— T.
Coquebert de Taizt.
C— V— R.
CUVIER.
D— B— S.
Dubois (Louis).
D. L.
Delaulwate.
D. L. C.
LiCOMBE (De).
D— P— s
. Du-Petit-Thouars.
D— s.
Desï'ortes ( Boscherow )
I)— T.
DURDEINT.
E-s.
Eyriès-
F.P-T.
Fabien Pillet-
F— R.
FOURNIER.
G— CE.
Gence.
G— É.
GmGUENÉ.
G.F— R.
FOURAIER fils.
G— ir.
GuiLLOM (Aimé).
G— R.
Grosier.
G— s.
Gallais.
J^B.
Jacob-Kolb.
5-!T.
JOURDAI».
I^IK.
Lastïyeie.
MM.
L — LE. tiACRETELLE.
L — K — R. Lenoir.
L — P— E. Laporte ( Hippolite de )
Ij — R. LaiR
L — s. Langlès.
L— S— E. La Salle.
X.— T — L. Lallt-Tollendal (De).
L — u. Ledru.
L Y. LÉCUT. *
M — D ]. MiCHAUD jeuuerf
M — on. Marron.
N — R. Ch. Nodier.
K — T. Nicollet.
P — c-»-T. Picot.
P — D. Pataud.
P — E. Ponce.
P— N T. PoîJCELET.
p — X. PUJOULX.
Q — R—T. QUATREMÈRE-ROISST.
R — D — M. Renauldin.
R L. ROSSEL.
S D. SUARD.
S.D. S — T. Silvestre-dè-Sact.
S — L. SCHOELL.
S. S — l. SiSMOIVDE-SrSMOJVDI.
S. — S — N. Saint-Surin.
T — D. Tabaraud.
T — T. Trolliet.
tJ 1. UsTÉRI
V. S — L. Vincens-Saint-Laurent.
V T. VlTET.
V— -VE. YillenaveT.
W — r. "VValckenaer,
W — s. Weiss.
X G. Revu par M. GinGueiçé.
X — s. Revu par M. Suaru.
2. Anonyme.
BIOGRAPHIE
UNIVERSELLE.
F
rLABANt LA BILLARDERIE,
tomle d'Angivilliers. Voyez Apïgi-
ViLLiERS, au Supplément.
FLABENIGO, ou FLABANÏGO
(Dominique), doge de Venise, de
io3!2 à 1045. Le peuple de Venise
soulevé contre le doge Dominique Or-
séolo le contraignit en io52 à s'en-
fuir à Ravenne, et rappela de l'exil
Dominique Flabenigo pour Télever à
]a première dignité de sa patrie. Fla-
benigo gouverna Venise avec sagesse
et modération ; il fit rendre une loi
pour empêcher les doges de s'associer
ieur fils dans leurs fonctions, et par
là il maintint à Venise la forme du
gouvernement républicain. La suc-
cession héréditaire des doges en au-
rait bientôt fait une monarchie. Fla-
benigo mourut en i o43 , et Domini-
que Gontarini lui succéda. S. S*— i.
FLACGILLA (jElia), impéra-
trice romaine, femme de Theodose P"".,
ïiaquit en Espagne. Son père Anto-
nius fut consul en 082 j Théodose
l'épousa en Espagne , et lorsqu'elle
quitta celte province elle était déjà
mère d'un fils, Arcadius , né en 077 ,
et d'une fille, Pulchérie, qui naquit
Tannée suivante. Flaccilla monta sur
le trône en 579, et s'y montra digne
de son époux, en alliant , comme lui ,
la modestie et la grandeur d'ame ,
soutenant sa fermeté, modérant ses
ressentiments. Pieuse , charitable ,
pleine de douceur et (Je bonté, elle
XV.
fit les délices de l'empire et le bon-
heur de Théodose, qui lui donna
une part très activé dans le gouver-
nement. Flaccilla ne négligeait rien
pour inspirer à ses enfants l'amour
de la vertu : elle avait donné le jour à
Honorius en 384; ^^^^ l'année sui-
vante elle perdit sa fille Pulchérie ,
âgée de six ans, et qui dans un âge
si tendre annonçait déjà les plus
heuteuscs qualités. Flaccilla ne sur-
vécut pas long-temps à cette perte;
elle mourut à Scotuse en Thrace,
ou elle était allée prendre des eaux
minérales. Son corps fut rapporté à
Constantinople. Tout l'empire la pleu-
ra sincèrement, et les Grecs hono-
rent encore sa mémoire comme celle
d'une sainte. Flaccilla avait fait cons-
truire dans Constantinople un palais
qui garda son nom. Sa statue était
placée dans le sénat entre celles de
Theodose et d' Arcadius. Il existe des
médailles en or, en argent et eu
bronze, à l'cfïigie de cette princesse;
mais elles sont rares. Les Grecs l'ont
nommée quelquefois Placilla ou Pla-
cidia, L — S — e.
FL ACCUS. Voyez Frangowitz ,
Horace , Valerius et Verrius.
FLACE (René), littérateur man-
ceau, né à Noyen-sur-Sarihe le 23 no-
vembre i53o, se distingua par des
écrits qui obtinrent dans sa province
un grand succès. La Croix du Maine
dit qu'il était orateur ; poète , théolo-
a FLA
gien , pliilosopbe et musicien. Il diri-
gea le collège du Mans, cnlr.i dans l'clat
ecclésiaslique sous les luspices de l'e'-
vcque de Beauvais , qu'd appelle son
Wëcèue, et fut nomme cure de la pa-
roisse de la Coufture. Il tenait, dans
sa maison , une cc<!le publique , où
Ton enseignait la musique et les belles-
Jeltres. Fiacé a célèbre' en vers latins
l'origine des Manceaux et la fondation
fabuleuse de leur ville , qu'il attribtie
^ Lemanus, roi des Celtes, iS-ji ans
avant J.-C Cette pièce est imprimée
dans ta Cosmographie de B«l!efore>t,
1 5^5, et dans les Coutumes du Maine
commentées p ir Brodeau, 1 5 jS, in-fol.
Nous avons aussi de Flacé : I. Prières
tirées de la Bible , tournées de latin
envers frauçois , au Mans, i58'2 ,
iu-i2;il. un Poème latin intitulé:
Catechismus catholicus , inquopuer
mn^istrum inlerro^at de rébus ad
Jidei catholicœ professionem perti-
nentihus j le Mans, Olivier, iSgo,
petit iu-4°.; 2'". édition, iSgS. Dans
sa dédicace à Claude d'Angennes ,
cvêque du Mans, l'auteur, suivant le
mauvais goût qui régnait alors, cite
Anax^gore, Heraclite et S. Paul. Il
traduisit cet opuscule en vers fran-
çais, sous ce titre i III. Catéchisme
cathoUcque et sommaire de la doc-
trine chrestienne , mys première-
ment en carme latin et depuis tour-
né en françois par M. R. Flacé y
curé de la Coulture , es fors-bourgs
duMans/ihid., i576,in-8''. Il le dé-
dia au cardinal de Bourbon , abbé com-
mendataire de la Coulture ( le même
que les ligueurs proclamèrent roi de
France en iSSg, sous le nom de
Charles X ). Placé avait distribué des
copies de son Pocme latin long-temps
avant de le faire imprimer; cela ex-
plique Tin vraisemblance apparente des
deux dates 1 590 et iS^o. Les vers
hÙBi sont mciU^rs que la traduc-
FLA
tion; quelques-uns expriment d'utiles
préceptes de morale et d'hygiène :
Qiiod facit amplificat tnmidis jactantia verbit.
Fastus in incetsil , veste vcl ore patet.
SpurCi libido aniin. vires et corporis nufert :
Inducit morbos : tabida memora facit.
Vivis non ut edai, sed edis quô vivere posiif .
N'unquam tôt gUdio quoi perlere cibo.
Flacé mourut le i5 septembre 1600.
L— u.
FLACHAT (Jean-Claude ) , négo-
ciant et voyageur frauçais , parcourut
la Hollande, Tltalie, l'Allemagne, et
après avoir traversé la Hongrie, la
Valaquie et la Turquie , il arriva à
Constantinople. Il avait formé le pro-
jet de visiter tons les pays du Levant
et d'aller aux Indes j mais l'ambassa-
deur de France lui refusa un passe-
port à cause des dangers d'un si long
voyage , et ne consentit à lui accorder
que la permission de se fixer dans la
capitale de l'empire othoman. Flachat
en profita et tourna toutes ses pensées
vers le commerce. 11 devint baserguian
bachiy ou marchand du grand -sei'
gneur; ce qui lui procura la facilité
de faire de grosses affaires , en ven-
dant pour l'usage des palais de sa hau-
tessp toutes sdrtes d'objets manufac-
turés en Europe. En bon Français , il
préférait toujours ceux qui venaient
de son pays. Il profita de son titre
pour dessiner un grand nombre de
métiers et de machines, et s'instruire
de la manière de fabriquer différentes
espèces d'étoffes , de choisir les ma-
tières que l'on y doit employer; de
teindre solidement le coton en rouge;
d'étamer le cuivre et le fer-blanc , de
broder au tamis , d'arçoner le coton ,
etc. C'était au kislar-aga qu'il devait
son titre. Cet officier finit pir éprou-
ver le sort de ses pareils, il perdit la
vie ; mais Flachat qui s'éiait prudem-
ment abstenu de se racler d*aff lires
politiques , ne fut pas entraîné dans la
chute de cet oôicicr , et 5a vie et ses
FLÂ
liîens furent sauves de la proscriplion.
Après un séjour de quinze ans à Gons-
tanliiiople , Flachat en partit en 1 755,
et se rendit à Smyrne. Il porta son
attemion sur la culture de la garance,
prit avec lui des ouvriers qui connais-
sait nt les procèdes de l'industrie du
Lovant, don! ii voulait enrichir sa pa-
trie , et à cause de la guerre s'embar-
qua sur un navire de Puiguse , qui le
mena à Livourne. Tl gagna de là Gènes,
puis Nicc' et Marseille, où il arriva en
1756. Il publia le résultat de ses
voyages sous ce titre : Observations
sur le commerce et sur les arts d'une
partie de l'Eurojye , de VAsie , de
l'Afrique^ et même des Indes orien-
tales , Lyon, 1756, 1 gros vol. in-
\i. L'auteur donne dans cet ouvrage
la description des différents pays qu'il
a parcourus, et traite principalement
de leur cjramerce et de leur industrie.
11 indique aux Français les diverses
branches de coumierce qu'il leur est
utile d'exploiter , soit exclusivement ,
soit en concurrence av( c les autres né-
gociants de l'Kurope. Il observe avec
raison que les Grecs, maigre leur dé-
cadence politique, ont conserve, dans
la pratique des arts , des procédés qui
nous sont inconnus, et qu'il regarde
comme intéressant d'inlro Juire parmi
nous pour perfectionner notre indus-
trie, il a inséré dans son livre, des
Mém(»ires sur la culture de la garance,
sur la teinture du coton filé en bleu , et
sur la manière de le blanchn-. Les
figures qu'il a ajoutées à son livre pour
expliquer les [U'océdés qu'il décrit,
ou pour donner une idée des choses
dont il parle, sont exactes, mais des-
sinées sur une trop petite échelle, et
placées plusieurs sur une seule plan-
che de format in-i-i , ce qui au pre-
mier coup-d'œil les fait paraître con-
fuses. Elles ^ont d'ailleurs dessinées as-
sez grotesquçmeut. Le roi, pour ré-
FLA 3
compenser Flachat de ses efforts en
faveur de l'industrie française , accor-
da , par un arrêt du conseil du 21 dé-
cembre 1736, à la manufacture de
St.-Chamond, en Lyonnais, qui ap-
partenait à son frère , et dont il avait
la direction , le titre de manufacture
royale , et divers privilèges et exemp-
tions. Cet arrêt dit expressément que
Flachat a amené en France plusieurs
ouvriers grecs , qu'il en occupe une
partie à préparer les matières pre-
mières , et l'autre à les teindre, et
qu'il tient ses ateHers ouverts au pu-
blic pour y donner Texemple et for-
mer des élèves. E — s
FLACHSENIUS (Jean), évêqiie
d'Abo, en Fi "lande, né en i(i56,
mort le 11 juillet 1708 , joignit à
l'élude de la théologie, celle des ma-
thématiques, dont il répandit la con-
naissance en les professant pendant
quelques années avec un grand succès.
On doit remarquer entre ses ouvrages,
les Observations sur la Comète de
16S1 , cl le recuwil intitulé, Sj'lloge
systcmat. iheoïog mwidi ante et
postdiluviani ad hœc nostra tem-
pora, Abo, 1690. — Flachsenius
(Jacob) , probablement frèie du pré-
cédent , mort en 1696, est auteur de
quelques ouvrages sur la théologie et
la physique. C — au.
FL^CIUS. Voy. Frangov^itz.
FLACIOS (MATniAs), médecin,
né à Brunswick, vers le milieu du 16'.
siècle, fit ses études à Strasbourg et à
Rostock. Créé maître ès-arls dans cette
dernière ville en 1674, aj!;régé à la
même faculté en 1 579, reçu docteur
en médecine le x'ù septembre i:)8i ,
il eu fut nommé professeur en 1690,
après avoir occupé pendant quelques
années la chaire de physique. Sa ré-
putation fut moins étendue, sa car-
rière moins brillante, mais aussi beau-
coup moins orageuse (jue celle du fa-
I,.
4 FLA
inenx théologien Francowitz, son père,
connu sous le nom de Malhias Fiacins
Illyricus. Les écrits peu nombreux pu-
blics par le fils sont ou des compila-
lions indigestes, ou des opuscules com-
plètement surannc's. l. Commenlario-
rum de vitd et morte lihri quatuor,
Francfort, 1 584,in-4".L"bcck, 161G,
in-8''. C'est une pirapbrase , une ex-
plic.ilion rarement lucide et satisfai-
sante des opinions émises par les me'-
dccins et philosophes grecs et arabes
sur nue matière qui , de nos jours, est
encore couverte d'un voile épais. II.
Disputationes XFïIl, pariïm phy-
sicœ , parûm medicœ , in academid
Jiostochiand propositœ , Rostock ,
i594,in-8'.; ibid., 1602, i6o3. III.
Themata de concoctione et crudi-
iale, Roslock, 1694, in -8". IV.
Compendium logicœ ex Aristotele ,
Hosfock, 1596, in-12. C.
FLACOURT (Etienne de), né à
Orléansen 1 60"], fut nommé comman-
dant de Mad igascar par la compagnie
des Indes, en 1648. 11 trouva cette île
dans le plus triste état. Les Français
s'élaient mutines contre Pronis, leur
ch?'f; une partie d*entre eux l'avait
abandonné, quelques • uns avaient été
massacrés par les naturels du pays j
ctjfin le désordre était exti êrae, et pour
comble de malheur l'on était sur le
point de manquer de vivres. Flacourt
parvint à réparer tous ces maux; mais
il ue put rétablir entièrement la tran-
quillité: sans cesse en butte aux menées
sourdes de quelques Français turbu-
lents, et aux attaques des Madécasses ,
il passa six années très pénibles, sans
recevoir des nouvelles de France.
Comme il se voyait tout-à-fait dé-
nué des choses les plus nécessai-
res, il résolut de partir sur une grande
barque, avec un petit nombre d'hom-
mes, pour aller cheiH:hcr du riz;
mais après \iugt jours de navigation,
PLA
les mauvais temps le forcèrent Ae
rentrer au port. L'on était fortement
indisposé contre lui , parce qu'il n'a-
vait pas annoncé qu'il allait en Fran-
ce, et l'on pensait qu'il voulait aban-
donner la colonie. Il appaisa les mur-
mures en disant que son seul but
avait été de demander les secours
dont l'île avait un si pressant besoin :
mais sa situation ne s'améliora pas ,
et il n'eut plus d'autre ressource pour
informer ses commettants de l'embar-
ras où il se trouvait, que d'envoyer
à la baie St.- Augustin des lettres qu'il
recommandait au premier navire chré-
tien qui viendrait y mouiller. Peu de
jours après , il reçut une réponse
d'un capitaine hollandais, qui lui pro-
mettait d'avoir soin de ses dépêches ,
et lui parlait des troubles qui agitaient
la France. Les peines qu'endurait Fla-
court étaient à leur terme : il vit bien-
tôt deux bâtiments français ; et le duc
de la Meilleraye , nouveau conces-
sionnaire de la colonie , en lui écri-
vant , lui laissait l'option de rester à
Madagascar ou de revenir en France.
Flacourt préféra ce dernier parti parce
qu'on lui assura que les anciens inté^
ressés de la compagnie l'abandon-
naient entièrement, et que leurs droits
passaient au duc; puis il choisit pour
commandant Pronis, à qui il avait
succédé , et qui était récemment re-
venu de France. Il quitta l'île le 12 fé-
vrier i655 , et après une navigation
heureuse , il débarqua à Nantes , le
a8 juin. Il fut par la suite employé
dans l'administration de la compagnie
dont son frère était un des principaux:
intéressés , et il eut un neveu de son
nom , directeur du comptoir français,
à Surate. C'est lui qui donna à l'île
Bourbon le nom qu'elle porte encore
aujourd'hui. Flacourt , revenant en
France pour la seconde fois, se noya
ii^alhcurcuscraent le 1 0 juiu i6t)o. ^0.
FLA
a cle lui : 1. Petit Catéchisme ( made-
casse et français), avec les prières
du matin et du soir, Paris ^ «657 ,
in-B". 11. Dictionnaire de la langue
de Madagascar , ai^ec quelques
mots du langage des Sauvages de
la baie de Saldagne , au cap de
Bonne ' Espérance , ibid. , i658 ,
in -8°. III. Histoire de la grande
isle Madagascar^ Paris, \ 658, in-4"-;
2*. édition , au titre de laquelle il a
etë ajoute , avec une Relation de ce
qui s* est passé es années î655 ,
i656 eM657, non encore veûe par
la première impression , Troyes et
Paris, i66i;ibid. , i664, i"-4''*>
avec des cartes , des figures de plantes
et d'animaux assez grossièrement des-
sinées et d'autres plancLes. Cet ou-
vrage est divisé en deux parties ; la
!'■*'. donne une description générale
de Madagascar , puis celle de chacune
de ses provinces , de ses rivières , et
des petites îles voisines ; il y est traité
ensuite de la religion, du;larigage,
des usages, des coutumes , du gouver-
nement des habitants, puis des plan-
tes, des métaux et des animaux; la
a*", partie, qui porte le titre de Rela-
tion de la grande isle Madagascar et
de ce qui s'y est passé ^ etc. , contient
le récit des événements qui ont eu
lieu depuis 1 64'^ , époque de la pre-
mièx'e expédition faite par les Fran-
çais. On y trouve aussi la relation
de quelques voyages faits à de petites
îles voisines et à Mascareigne ou
Bourbon. Flacourt est le premier
voyageur qui ait donné une descrip-
tion générale de Madagascar. Elle est
f iile avec beaucoup de soin et d'exac-
titude. Elle a été copiée par tous ceux
qui , dans le 1 7^. siècle , ont écrit sur
cctteîle, et même par des écrivains pos-
térieurs, quoique quelques-uns de ceux-
ci aient parfois contredit les assertions
uç Flacourt. Ils ont été sujets à sVga-
F L A 5
rer quand ils ne Tout pas suivi, parce
qu'ils ont travaillé d'après des mémoi-
res qui n'étaient pas toujours fidèles ,
et que Flacourt ne parle que des cho-
ses qu'il a vues. On lui a reproché
assez amèrement dans le temps, d'avoif
dépeint Madagascar trop en beau, afîii
d'encourager les Français à s'y établir j
et dans les temps modernes on l'a ac-
cusé d'avoir calomnié le caractère des
habitants pour faire excuser ses ri-
gueurs contre eux. Il n'a pas, ajoutc-
t-on, exposé clairement les divisions
des castes arabes établies à Madiigas-
car, et n'a donné qu'une énumération
incomplète des provinces ; mais il
avoue lui-même ces imperfections. Ce
dont on convient généralement , c'est
que son témoignage doit être de quel-
que poids pour ce qui concerne l'his-
toire naturelle à laquelle il paraît s'être
attaché plus particulièrement, et que
ses notices sur les plantes de l'île mé-
ritent d'être consultées. « La véracité
y> de Flacourt , l'exactitude de ses dcs-
» criptions , la fidélité de son pinceau,
» condamnent au silence quiconque
» n'a pas à lui opposer six années
» d'observations sur les lieux dont il
» parle, et dans un poste dont les re^
» lations le mettaient à même de bien
» connaître cette île sous tous les rap-
» ports. C'est dans le pays même que
» Flacourt doit être lu. » Voilà comme
s'exprime M. Epidariste Collin , habi-
tant de l'île de France. {Annales des
Voyages , tom. XIV, pag. 3o6.) Le
botaniste l'Héritier a donné le nom de
Flacurtia à un arbrisseau épineux de
Madagascar, décrit par Flacourt sous,
le nom ^ Alaxnaton, E — s.
FLAD ( PnrLippE - Guillaume-
Louis), laborieux jurisconsulte alle-
mand, né à Heidelberg, en 1712,
fut directeur du conseil ecclésiastique
dans sa patrie, où il mourut le i*"".
juin 178O. Qavoit par ses ouvrages ,
6 FLA
dont Meusel donne la liste au nombre
de viugt-hnit, qu'il avait fait une éUxdc
particulière de la numisraaliquc , du
droit public cl dé Thisloire civile et
lilteVaire du Palatinat; voici les prin-
cipaux : 1. Ichnographia ori^iniim
Francolhalineiisium j 174^, in - 4'''
11. Amœnitates novœ Palatinœ his-
torico-litterariœ y 1^44? i"" 4"' 1^^-
Tenlamina prima de statu lilterario
et eruditis qui in Palatinatu florue-
runt, Heidelberg, 1761, in-4'. Les
ouvrages suivants sont en allemand :
IV. Essai ou Premiers Eléments
d'une Histoire complète du Palali-
nat de Bavière , 1 74^ > '^i - ft»l. V.
Notice des plus fameux graveurs en
monnaies et médailles, avec un Dis-
cours sur Vutilité que la jurispru-
dence peut retirer de la numisma-
tique^ Heidelhcig , 1751, in - 4"»
"Vl. Sur la littérature^ la librairie et
T imprimerie à Heidelberg^ ibid. ,
1760 , in -4". Vil. ^otice sur 0. L.
Tolner, historien du Palatinat , in-
se'rëc dans le recueil de Carlsruhe,
t. 1". Vlll. Fjad était Tun des colla-
borateurs de la Bibliothèque pour
VHistoire civile , ecclésiastique et
littéraire de la Bavière. — Jean-
Daniel Flad , probablement frère du
précdilent , était archiviste de l'admi-
nistiation ecclésiastique de Heidel-
berg sa patrie , où il mourut en oc-
tobre 1779 , à^é de soixante-un ans.
Son Mémoire sur Tépoquc où l'on a
commencé à faire usage du papier de
cbiffbns, fut couronne par ratadémie
de Gôltiugue , en 1765 ; on trouve de
lui quelques morceaux dans la collec-
tion de l'académie de Manheira, dans
la collection de Carisrube , et dans
quelques autres recueils périodiques ,
les uns en latin, les autres en alle-
mand, sur riiisloirc naturelle du ver
de la cerise , sur lalTmité du trass
àvcc la pierre-pouce, etc. lia publié eu
FLA
français des Pensées surunemonnaîâ
d'argent des anciens Alemans , aveo
fig. j Heidelberg , 1 753, in-lj».
C. M. P.
FLAHERTY ( Roderic 0- ), his-
torien irlandais, naquit en if)5o, à
Moycullin , dans le comté de Galway.
Ce lieu était le dernier débris des vas-
tes possession-ï qui avaient appartenu
autrefois à sa fimille en toute souve-
raineté dans la Conacie occidentale.
Il n'avait que onze ans lorsque ce der-
nier asile fut confisqué sur son père,
par suite de la rébellion de 1641 ; il
se retira alors dans une j)ctile lerme,
à Park , dans la baronie de Moycullin ,
et i! y mourut en 1718. 0' Flaherty
semble avoir voulu mettre les sou-
venirs du passé à la place des jouis-
sances du présent; il s'était adonné
avec ardeur à l'étude de l'histoire et
dès antiquités de sa patrie, et il pu-
blia le résultat de ses recherches sous
le titre singulier et un peu mystérieux
de Ogvgia seu rerum hihernicarum
chroaologia ex pervetustis monumen-
tisfideliter inter se collatis eruta ,
alque è sacris et profanis litteris
primarum orbis gentium , tam ge-
nealogicis , quàm chronologicis suf-
fulta prœsidiis , Londres , 1 685 ,
in-4''.j traduite en anglais parlâmes
Hcly, Dublin, 179"), 1 vol. in-8\
Celte histoire, qui commence au dé-
luge , et va jusqu'à Tan 1 684 de J.C. ,
est divisée en trois pnrlies. La pre-
mière contient la description de l'Ir-
lande , traite de ses divers noms , de
ses habitants, de son étendue, de ses
monarques, de ses rois provinciaux,
de la manière dont se faisait leur élec-
tion, etc. La seconde oftVe une es-
pèce de parallèle chronologique des
évéueraents qui se sont passés en
Irlande, avec ceux qui, aux mêmes
époques , ont eu lieu dans d'autres,
pays j la troisième donne plus ea d>
FLA
tail les affaiies de l'Jrlande. Celle bis-
toiie csl suivie d'une table clnonolo-
gique, annoncée comme très exacte,
de tous les rois chrétiens qui ontre'gnë
dans cette île depuis 482 jusqu'en
1 oi'i , et un récit succinct des traits
principaux de l'histoire d'Irlande de-
puis ce temps jusqu'en 1684. Vient
ensuite un poème chronologique , qui
forme un sommaire de celte histoire
durant la même peiiode. Le tout est
terminé par une liste de tous les rois
écossais et irlandais qui ont régné dans
les îles britanniques. Dans ses remar-
ques chronologiques sur la maison
royale des Sluarls, O'-Flaherty pré-
tend prouver qu'elle était originaire-
ment irlandaise, et Fergus P"". s'en
vantait dans ses discours aux Irlan-
dais. 11 est surprenant que ni l'au-
teur , ni son ouvrage , n'aient été
mentionnés par Macpherson ni par
Whitaker, dans leur querelle relative
à la manière dont l'Irlande avait été
peuplée et à l'origine des Calédoniens.
Les détails que Flaherty donne des
antiquités de sa patrie sont vraiment
curieux. A l'en croire, trois pêcheurs
espagnols, Cappa, Lagne et Luasat,
poussés par les vents contraires , abor-
dèrent en Irlande avant le déluge (on
ne dit point l'année); ils en furent les
premiers habitants. Quarante jours
avant le déluge , il s'y fit un nouveau
débarquement composé de trois hom-
mes et de cinquante-trois femmes j ils
donnèrent leurs noms à plusieurs en-
droits de nie , que Flaherty nomme
sans hésiter. Cette colonie ayant péri
par le déluge, une nouvelle popula-
tion d» mille hommes , sous la con-
duite de Partholan , d'Edga sa femme
et de ses trois fils, Uudric , Slange et
Lagne , y aborda un mardi, 14 mai
de l'an 5i2 après le déluge. Lelte co-
lonie, parvenue au nombre de neuf
mille personnes, fut détruite par une
FLA 7
peste au bout de trente ou de trois
cents ans ; car Flaherty observe que
dans la langue irlandaise, avec le chan-
gement de deux lettres, de trente ou
peut faire trois cents. Nous faisons
grâce aux lecteurs du détail des révo-
lutions suivantes, tout aussi circons-
tanciées, jusqu'à la cinquième colonie,
venue d'Espagne l'an du monde 2954,
sous la conduite des Milésiens , qui
fondèrent en. Irlande une monarchie
qui a duré sans interruption pendant
deux mille trente-sept ans, jusqu'à la
conquête de l'île par Henri II , Tan
1 162. Pour garants de tous ces détails,
Flaherty cite des poèmes composés
par Conang 0 Malcomar, par G. Mo-
dudius de Ardbrecain , par G. Cœma-
nus , etc. , dont le plus ancien ne re-
monte pas plus haut que le commen-
cement du 1 1". siècle ( i ). VOg^gia^
traitée légèrement par quelques écri-
vains , est mentionnée avec éloge par
un plus grand nombre. On ne peut nier
que cet ouvrage ne présente des re-
cherches laborieuses , une érudition
peu commune, une classification bien
ordonnée, et , soit en prose, soit en
vers , une latinité éclairée et concise.
Même en payant le tribut dont aucun
Irlandais ne peut se défendre pour les
antiquités de son pays, 0' Flaherty,
surtout dans ce qui précède la colonie
milésienne , ne cesse d'avertir ses lec-
teurs qu'il ne croit pas les fables qu'il
raconte.... Quce prodigiosa commère
ta prorsùs rejicio errores perau'
tiquœ originis annotandi..,. per obs^
curas nehulas splendor emicnt veri"
tatis.... Undenàm constet ea tempo-
rum signala ohservatio vix capio...,
etc. 0' Flaherty avait promi's une se-
conde partie, dans laquelle il devait:
(i) Voyezle savant morceau sur la langue irlan-
daise par Desliaulerayes , dans VEiicrclopédia
étém. , ouBiOtioth. det Artistes el des Amateurs,
par l'abbé Petity, lom. UI, ou ae- g»rt. , p. 5o4
et suiv.
f^ FLA
parlrr n\ dciail des rois cîircticns de
l'Irlande; il nVxecirta pas ce projet.
Cependant Guillaume Harris dit ouc^
suivant l'opinion générale, une seconde
])artie existait en manuscrit dans les
mains d'un des parents de Flalicrly ;
mais ce n'était probablement qu'un ex-
trait succinct des annales, depuis 1 187
jusqu'en 1527. Flaherty écrivit aussi
luie défense de son Og/fçia contre les
attaques de sir George Mackenzie et de
plusieurs autres auteurs • ce traite' a
été publié, après sa mort, par O'-Con-
11 or, sous le titre d'Ogjgia vengée.
FLAMAEL. P^o;y. Bertolet.
FLAMAJND. P'oj. Duqdesnoy.
FLAMEL ( Nicolas ) , écrivain-
libraire juré en l'université de Paris ,
est un des hommes sur le compte des-
quels s'est le plus exercée la crédulité
publique. On ne connaît ni la date
ni le lieu de sa naissance ; car il n'est
pas certain qu'il fût natif de Pontoise.
On ne peut citer de lui que les actions
iclatives à son état, des acquisitions
de maisons et de rentes , des procès ,
des fondations d'œuvres pies , son tes-
tament et sa mort. Que disons-nous ?
Flamel est plein de viej Paul Lucas
l'a rencontré dans ses voyages j il a
encore six siècles à parcourir ; c'est ,
tn un mol , un de ces heureux adeptes
auxquels Dieu n'a pas dédaigné d'ou-
vrir les trésors de sa grâce infinie.
Telles $ont du moins les rêveries que
débitent les philosophes hermétiques ,
et voici, suivant eux, comme il en
advint. En i557 ( date fausse, car à
cette époque Flamel n'était point raa-
jié , et dans le récit il est question
des sollicitudes de sa femme ) , en
1 357 , disons-nous , la Providence fit
tomber entre ses mains un vieux livre
tracé sur écorce d*arbrc , qu'il acheta
deux florins. Ce livre avait trois fois
ifpt feuillets, était rnrirhi de fiuurcs
FLA
peintes; il n y avait pas jusqu'au coït!'
vercle{\) qui ne fût chargé de carac-
tères mystérieux. Eln tcte on lisait : Ua"
hraham j juif, prince, prêtre , lé-
vite , astrologue et philosophe , à
la nation des Juifs que Vire de Dieu
a dispersés dans les Gaules , salut\
On peut juger ce livre, car il s'ea
trouve des copies dans les cabinets
des curieux : il a pour objet la trans-
mutation métallique. Possesseur d'uu
si rare trésor , Flamel se mit à l'étu-
dier sans relâche ; mais ce fut vai-
nement, car il ri*est pas plus intel-
ligible que les autres écrits des phi-
losophes. Il passa vingt-un ans dans
une application continuelle , dans les.
prières , dans les larmes , dans des.
travaux infructueux ; ce qui ne peut
guère s'accorder avec les devoirs de
son étal et les détails contentieux:
dont on le voit sans cesse occupé. U
est bon d'observer d'ailleurs que ce
nombre vingt-un est mystérieux j c'est
aussi celui des feuillets du livre. Au
bout de ce temps , désespérant de
parvenir sans secours à l'intelligence
des hiéroglyphes d'Abraham , il en-
treprend un pèlerinage à Compostelle>
pensant y trouver quelque juif plus
savant que lui. Or dom Pernely vous
apprendra ce que, en langage hermé-
tique, on entend par un voyage. Son
vœu accompli, il rencontre dans la
ville de Léon un médecin juif nommé
maître Canches , auquel il s'ouvre sur
le sujet de ses peines. D'après les dé-
tails qu'il lui donne verbalement, le
médecin explique plusieurs emblèmes;
mais il fallait voir le livre , et Flamel
(1) L'jiuleur de cet article pO(fè<le une cojiic
très i>récieii<e des figure* de ce couvercle, (aile
par rlami-l lui-même. Elle présente deux carrés
parfiiils. Un j remarque des hiéroglyphes ^^yp-
tiens qui ont aiicique rapport avec ceux de U
table iliaque, r«iuLlème de trois mains rëunirs,
dont une est noire, celui du b<euf et de iXeux au-
ges prosternt^s devant une croix, et beaucoup d«
rarai'têrrs iKibrnujurs, éthiopiens, arabes, grecs,
cabaliiiiijucf , parfaitement bien exécuter.
FtA
n'avait ose le confier aux hasards d'un
pèlerinage. Les deux nouveaux amis
résolurent donc de revenir ensemble
à Paris , où Flamel allait voir mettre
un terme à ses anxie'te's. Vain espoir!
A Orléans , le médecin tombe ma-
lade , et meurt ( figure allégorique de
la dissolution de la matière ). L'écri-
vain, inconsolable, rentre seul dans
ses foyers. Il travaille encore trois
ans inutilement ( autre nombre sym-
bolique ; second tour de roue ). Enfin ,
le lundi 17 janvier i38'2 , environ
midi , par l'intercession de la bénoite
vierge Marie , il fait la projection sur
demi-livre de mercure, qui est con-
verti en pur argent, meilleur que ce-
lui de la minière. Il n'avait donc en-
core que l'œuvre au blanc ; mais , le
25 avril suivant ( 100 — 5 jours ), iï
l'eut au rouge. Il le répéta depuis une
seule fois, car il ne fit en tout que
trois projections. Ici nous devons
avertir que , si l'on consulte VÂrl de
vérifier les dates , on y trouvera que
le 17 janvier i582 fut un vendredi
et non un lundi, et la dissemblance
est trop grande, soit en français , soit
en latin , pour qu'on puisse attribuer
l'erreur aux copistes; mais il est évi-
dent que l'œuvre sur la lune devait
ctrc fait nv. lundi. Voilà à quoi per-
sonne n'avait encore pensé, et par où
nous achèverons de prouver ici pour
la première fois que toute cette légende,
dont la fausseté n'était plus guère con-
testée , est SYMBOLIQUE commc la plu-
part des écrits des philosophes, et
f résente elle - même une allégorie de
œuvre hermétique. Ce n'était pas
assez de faire de Flamel un adepte,
il fallait encore le signaler comme au-
teur (i). En i56i , cent quarante-
( 1 , Adeluni; s'est plu , dans son Histoire des Fo-
lies humaines, à r.sseaibler une multitude d'ou-
vrages sous le nom de flamel : peiac bien iaulile ,
puisijuaueua u'csl a-.:'.lici;lifjuç
FLA 9
trois ans après sa mort, Jacques Go-
horry, dit le Parisien, que l'on peut
regarder comme l'inventeur, ou diï
moins le promulgateur de cette fable,
publia , in 8°. , sous le titre de Trans^
formation métallique, trois anciens
Traités en rhythmc française, savoir :
la Fontaine des amoureux de scien-
ce , par Jean de La Fontaine, de Va-
lenciennes ; les Remontrances de Na-
ture à VAlclvymiste errant , avec la
réponse, par Jean de Meung, et Ip
Sommaire philosophique , qu'il attri-
bue à notre écrivain. Lenglet a mal
énoncé ce recueil dans sa Bibliothè-
que. Dans une espèce de préface mise
au Sommaire, Gohorry débite à peu
près ce qu'on a lu ci-dessus. Ce Som-
maire , nommé aussi le Roman de
Flamel et composé de six cent cin-
quante-six vers , a été réimp, avec les
mêmes pièces, Lyon, 1689, 1618,
in-i 6 , et il est rare de toutes les édi-
tions. Il se trouve encore au tome II
de la Bibliothèque des philosophes
de Salmon et de Maugin , dans l'é- ,
dition du Roman de la Rose donnée
par Lenglet, et, en latin, danslcMan-
get et le Muséum hermeticum de
1677. E" 161 a, Pierre Arnauld,
sieur de la Chevalerie , gentilhomme
poitevin , renouvela la fable de Fla-
mel, qu'avait accréditée Roch le Bail-
lif , et publia , avec deux traités d'Ar-
tepbius et de Synesius, traduits en
français, les Figures hiéroglyphiques
de Nicolas Flamel, ainsi quil les
a mises en la quatrième arche quil
a hastic au cimetière des Innocents
à Paris , avec V explication d'icelles
par icelui. Ce recueil, intitulé Trois
îraictez de la philosophie naturelle ,
est in-4''. Il a été réimprimé, même for-
mat , en 1659 et 1682 , et se trouve
dans la Bibliothèque de Salmon. Ricii
de plus ridicule que riiittrprétaiioa
de ces prétendus hiéroglyphes, dans
10 FLA
lesquels tout homme sensé' n'a jamais
vu que des sujets de dcvolion. C'est
un homme tout noir, emblème de
Saturne, voy.jnt merveille dont moult
il s'esbdiit ( la transmutation des mé-
taux). Ce sont des roues de char chan-
gées en matrùs. H n'est pas jusqu'à
l'ecriloire de Fiamel qui ne devienne
le vase philosophique, et n'ait , comme
la trinitc, trois parties distinctes ne
faisant qu'un seul tout. On attribue
encore à Fiamel : I. le Désir désiré ,
ou Trésor de philosophie , autre-
ment le Livre des six paroles , qui se
trouve avec le Traité du soufre , du
cosmopolite , et V Œuvre royale de
Charles FI, Paris, 1618, 1629,
in-8\ ; et dans la Bibliothèque de
Maugin. II. Le grand esclaircissement
de la pierre philosophale pour la
transmutation de tous métaux , Pa-
ris, 1 628, in-8.j Paris, Lamy, 1782,
în-i2. Ce n'est qu'un extrait de YÉlu-
cidarium chjmicum de Chrisicfle de
Paris. Dans la réimpression , servant
de supplément à la Bibliothèque des
philosophes chimiques, est annoncée
une nouvelle Vie de Fiamel , qui n'a
point été publiée. L'éditeur promet
également un ouvrage intitulé, La Joie
parfaicte de moi Nicolas Fiamel^
et de Pernelle ma femme , qui n'a
point paru, et l'on peut aisément s'en
consoler. III. la Musique chimique,
opuscule très rare. IV. Annotata ex
N. Flamello, au t. \^\ du Theatrum
chymicum. V. Commcntatio in Dio-
njrsii Zacharii opusculo chemico, au
•j'. vol. de la Bibl. de Manget. Ce com-
mentaire est évidemment supposé ,
puisque Zachaire est postérieur à Fia-
mel. W.La vraie pratique de la noble
science d'alquemie ou les laveures ;
manusciii ipie les dévols à Fiamel re-
gardent eux-mêmes comme douteux.
VIL Quœdam hiero^lyfhica etcar-
mina quœ invariis Luteliœ lapidibus
FLA
olimvidebantur, etc., manuscrit cité
par Borcl,.<t qu'il dit être différent
du livre publié par La Chevalerie.
VHI. Doni Pernety, dans les tbser-
valious qu'il a publiées sur l'histoire de
Fiamel , parle d'un psautier manus-
crit, daté de i4ï45 sur les niarj;€S
duquel était un Commentaire philO"
sophf'que de la façon de notre adepte.
IX. Enfin , comme si les livres préci-
tés n'étaient pas assez obscurs par
eux-mêmes, un certain Denis Moli-
nier, se qualifiant de chevalier de
l'ordre du Christ , a rais en chiffres
en douze clefs Valchymie de Fia-
mel. Cet utile travail est manuscrit.
Mais il faut maintenant considérer le
bon Fiamel sous un aspect moins
ridicule. De son temps, l'état qu'il
exerçait était très lucratif. L'imprime-
rie n'était pas encore inventée, et les
manuscrits se vendaient à un si haut
prix que les riches seuls pouvaient
s'en procurer. On a vu d'ailleurs qu'à
la profession d'écrivain Fiamel joignit
celle de libraire. Il est donc peu sur-
prenant que cet homme laborieux,
intelligent, et d'ailleurs peu délicat
sur les moyens d'acquérir, quoique
dévot en apparence , soit parvenu à
une assez grande^ aisance. Il épousa,
vers i3(i8, une veuve nommée Per-
nelle ou Pcrette , qui lui apporta quel-
que bien. Nous avons dit qu'il était
peu délicat en affaires. A mesure qu'il
gagnait de l'argent, il achetait de pe-
tites rentes sur des maisons , et préfé-
rait celles dont le recouvrement était
difficile. Alors il faisait mettre l'im-
meuble aux criées, et trouvait moyen
de se le faire adjuger à bas prix. Outre
sa maison, située au coin de la rue de
Marivaux ( ï ), il en fil bâtir une, rue de
(1) La (oif (le l*or rt la crtfdulilé ont fait, à ili-
vertrt reprise*, tenter des foutUe* d^n» cette mai-
ion. On a prétendu (|ue dri ëtraugeit trouvèrent
dint le* caTM iiu grand nombre dj creuteif rem»
(.ILt d'une maticre npirt et pond^reuM , doat il*
FLA
Montmorency, lieu où, disent lesliis-
toricns du temps, j ai^oit tarants pu-
naisies de boes , et l'agrandit par des
acquisitions sul)se'quentes. Une itis-
crij'tiou, mise sur la porte de cette
maison , nous apprend que Flamel exi-
geait de chaque locata're , de dire
thasciin jour une patenostre et un
m'e-maria\)Our le salut des trépassés.
11 édifia deux des arcades du charnier
des Innocents, fit construire au même
lieu un tombeau pour sa femme, éleva
le petit portail de St.-Jacques-de-!a-
Boucherie, celui de Stc.-Geneviève-
des-Ardcnts, celui de la chapelle Sl-
Gervais. Voilà à peu près à quoi se
bornent ces constructions si vantées.
Pernelle mourut le 1 1 septembre
1 597. Les deux époux s'étaient fait un
don mutuel , que Pernelle avait an-
nulé par son testament, puis rétabli
par un codicile. L'abbé Villain , par le
relevé le plus exact des biens des deux
conjoints , a montré qu'à la mort de
Pernelle , ils formaient un capital de
53oo livres tournois , représentées en
i76f , date de son ouvrage, par \g
somme de 38,839 liv. Au décès- de
Flamel,, arrivé le 22 mars i4'^j
la totalité de ses revenus se montait
à 676 livres 5 sols tournois , for-
mant, toujours en 1 761, 4 5^96 livres
de rente. Ce revenu, sans doute, est
considérable j mais il n'excède pas
néanmoins ce qu'a pu amasser, dans
un état très lucratif, un homme éco-
nome et laborieux. Il n'a surtout au-
cun rapport avec les trésors immen-
ses dont on l'a fjit possesseur , avec
les sep4 paroisses dont il élailseigneur,
les quatorze hôpitaux qu'on lui doit .
et qui n'existent que dans l'iraagina-
t'emparèrenr. C'est un de ces contes qui dc
«ont appuyés sur aucun? preuve. La dernière
(eotative , exécutée par des gens qui s'étalent of-
ferU pour faire réparer la maison, et qui aban.
donnèrent ensuite leur eutreprise, n'eut aucua
«uccçs. ^
FLA li
iion des philosophes. Fbmel fut en-
terré dans l'église de St.- Jacques- dc-
la-Boucherie , dont il avait institué les
raarguilliers ses exécuteurs testamen-
taires. En lisant son testament , en se
rappelant ses diverses fondations , 011
se convaincra qu'il eut toute sa vie
beaucoup plus d'ostentation que dc
véritable piété. Ces inscription^, ces
bas -reliefs disséminés partout, cette
affectation de multiplier sa figure et
celle de sa femme dans les diverses
églises auxquelles il fit travailler, eu
sont une preuve sans réplique. 6ous
les dehors d'une austère dévotion , il
cachait à la fois l'avidité d'acquérir, et
l'orgueil de paraître un des premiers
de sa paroisse. Ou ne doit donc pas
s'étonner si , même de son vivant , il
passa pour beaucoup plus riche qu'il
ne l'était réellement. A la mort de sa
femme, il fut imposé à 100 liv. de
droits envers le roi , et Ton a prétendu
que , lorsque les malheurs de Charles
YI forcèrent le gouvernement à faire
contribuer les citoyens les plus opu-
lents , Gramoisy , maître des requêtes,
vint rendre visite à l'écrivain, dans
l'intention d'obtenir de hii une somme
considérable. Les biens de Flaracl
une fois multipliés dans l'opinion, ou
voulut en découvrir la source. Les
uns ont dit qu'il les tenait des juifs,
qui, chassés de la France, l'avaient
chargé du recouvrement de leurs
créances. IjC président Ilénault, Saint-
Foix et d'imtres , ont démontré l'ab-
surdité d'une pareille origine. L'au-
teur du Comte de Gabalis émet, iro^
niquementou sérieusement, une assez
bizarre opinion. Il admet l'acquisition
des figures d'Abraham , juif; mais ce
livre, suivant lui, n'était qu'un indice
emblématique des divers lieux où les
juifs, cspiilsés du royaume, avaient
enfoui leurs trésors, et ce fut le rabbi
^«azard qui lui eu donna i'interpiéla-
11 FLA
tiou. Au reste, Villars connaissait mal
Flamel, puisqu'il en f.iit un chirur-
gien, et quii le fait Toyager à Rome
et à Naples. Quant aux prétendus re'-
sullats de l'œuvre licrmélique , on a
vu ci-dessus ce qu'il en faut penser.
L'abbé Villain a publié à Paris, 1 761,
in-12 : Histoire critique de Nicolas
Flamel et de PerneÙe sa femme. Ce
livre est comme la suite d'un aulre
que l'on doit y joindre , puisqu'il y
est aussi question de Flamel: Essai
d'une Histoire de la Paroisse de
St-Jacques-de-la-Boucherie , Paris ,
1 758 , in- 1 2. Dom Pernety , toujours
ami du merveilleux , fit sur l'Histoire
de Flamel^quclques observations dans
\ Année Littéraire. L'abbé Villain y
répondit par : Lettre à M***. , sur
celle que dom Pernetf a fait insérer
dans une des feuilles de M. Fréron,
contre VHist. crit. de N. Flamel,
Paris, 1762 , in-12. D. L.
FLAMIN LEWISTON {W\) ,
d'une maison illuslre d'Ecosse, arriva
en France avec la jeune Marie Stuart.
Henri II devint amoureux d'elle , en
la voyant danser dans une mascarade
composée par Catherine de Médicis.
M^^". Flamin , qu'on n'appelait à la
cour que la belle Ecossaise, fut aimée
de Henri pendant plusiairs années,
et en eut un fils connu sous le nom
de Henri d'Angoulême, grand prieur
de France , tué à Aix en 1 588 , par
Phi!ij>pe Allovilti , mari de la belle
Cliâlcauneuf. Loin de cacher sa gros-
sesse, M''*". Flamin s'en faisait gloire,
et prétendait que dans cet état tout le
monde devait l'honorer. B — y.
FL\MININUS(Titus-Quintiî;s),
appelé Flaminius par quelques au-
teurs, romain consulaire, a un grand
ijoin dans l'histoire, pour avoir pro-
cl.irac la liberté publique au milieu
tic la Grèce assemblée. H n'était que
i|ucsieur lorsque , i'aii de Rome 55 \ ,
FLA
il fut porté au consulat sans avoir
passé par l'édiîité et la préture , ce qui
avait peu d'exemples. Aussitôt qu'il
fut déclaré consul , il se rendit en hâte
à l'armée romaine, en Epire, pour
s'opposer à Philippe, roi de Macé-
doine , qui venait de prendre les ar-
mes contre Rome sans y avoir été
provoqué. Dans une entrevue que
Flamininns eut avec ce prince, il lui
demanda la liberté des villes de la
Thessalie, dont il s'était injustement
emparé. Sur sa réponse négative, le
consul , avec l'activité qui le carac-
térisait, se prépara au combat : son
attaque suivit de près. L'engagement
fut disputé par les Macédoniens, qui,
suivant Tite-Live, le cédaient peu
aux Romains par le courage, l'habi-
leté, et la manière dont ils étaient ar-
més. Les Romains parvinrent à les
prendre à dos, et à les mettre en dé-
sordre. L'armée ennemie aurait été
détruite, si les vainqueurs avaient pu
poursuivre les fuyards: ils eu furent
empêchés par l'aspérité des lieux et la
pesanteur de leur infanterie. Philippe
s'« nfuil en Macédoine. Le consul s'oc-
cupa aussitôt à reprendre la Thessa-
lie : il emporta facilement la ville de
Phalérie, secondé puissamment par
la flotte romaine que commandait
L. Quintius , son frère , jointe aux
forces maritimes d'Attale et des Rho-
diens. Il assiégea Eretrie, et la prit
d'assaut. La ville d'Afrax fit une dé-
fense si opiniâtre, que Flamiuinuscrut
devoir en lever le siège. Après avoir
pris rapidement quelques places dans
la Phocide , il s'occupa de né^^ocicr
auprès de la li^ue des Achéeus pour
la détacher du parti de Philippe, et
en faire une alliée des Romains : il y
réussit. L'année de son consulat étant*
expirée, le commandement en Macé-
doine lui fut continué. Le roi demanda
encore cnc entrevue : Je procvasui
FLÂ
Raccorda ; el dans les conditions de
paix qu*il proposa, il demanda , entre
autres choses , que !es garnisons ma-
cédoniennes fussent retirées de tou-
tes les villes de la Grèce. On convint de
faire une trêve de deux mois, el d'en-
voyer des députations à Rome. Les
ambassadeurs du roi furent entendus;
mais le sénat ne décida rien. Il inves-
tit Flaraininus du pouvoir de faire la
paix, ou de continuer la guerre. Pùi-
lippe alors fit un traité d'alliance avec
Nabis, tyran de Sparte, et de nou-
veaux préparatifs contre les Romains.
Flamininus, de son côté, se fortifia
de l'alliance des Béotiens. Les deux
armées étaient à peu près d'égale force;
les Romains l'emportaient seulement
par la cavalerie étolienne. Elles se
trouvèrent en présence l'une de l'au-
tre à Cynocéphale en Thessalie. Après
quelques escarmouches, l'engagement
devint général. Philippe, à la tête de
son aile droite , avait l'avantage ; sa
gauche , à laquelle venait se joindre
une partie de sa phalange, se trou-
vait dans une sorte de désordre.
Le centre, qui était plus près de la
droite , restait dans l'inaction ; l'autre
partie de la phalange s'avançait pour
s'y placer. Alors Flamininus, quoi-
qu'il vît que les siens pliaient à la
gauche, ne balança pas à pousser ses
éléphants contre l'ennemi , et à tom-
ber ensuite sur lui avec impétuosité,
ne doutant pas qu'une partie, lâchant
pied, n'entraînât le reste. Il ne se
trompa point : les Macédoniens pri-
rent l'épouvante , el s'enfuirent. Un
tribun des soldats se détacha avec un
corps de troupss, et prit à dos l'aile
droite des ennemis. Ce qui mit le com-
ble à leur désordre, fut l'immobilité
de la phalange, par l'impossibilité où
elle était de manœuvrer. La victoire
fut entière pour les Romains , qui ne
perdirent guère plus dç sept cents
FLA i5
hommes : les Macédoniens eurent huit
mille hommes tués el cinq mille pri-
sonniers. Philippe envoya de nouveau
des ambassadeurs à Romej le pro-
consul y députa de son coté. Le sénat
s'assembla à ce sujet : il n'y eut pajs
lieu à beaucoup de paroles, les Ma-
cédoniens assurant que le roi ferait ce
qu'aurait ordonné le sénat. Cette as-
semblée nomma dix députés , sur l'a-
vis desquels Flamininus traiterait de
la paix avec Philippe. Le proconsul et
son conseil décidèrent que la paix se-
rait faite, aux conditions que toutes
les villes de la Grèce , en Europe et
en Asie, auraient la liberté et l'exer-
cice de leurs lois , et que les garni-
sons des Macédoniens en seraient re-
tirées , etc. : c'était au commencement
de l'année 556. Les jeux isthméens
allaient se célébrer à Corinthe. Le con-
cours des spectateurs était immense :
tous les esprits étaient dans l'attente de
ce que la Grèce allait devenir. Les Ro-
mains se placèrent : un héraut s'avan-
ça au milieu de l'arène, et après avoir
imposé silence, prononça que le sé-
nat , le peuple romain , et Titus-Quin-
tius imperator , ordonnaient qu'en
conséquence de la défaite de Philippe
et des Macédoniens , les Corinthiens ,
les Phocéens , les Locriens , etc. ,
toutes les nations enfin qui avaient
été assujélies par Philippe, fussent
libres , et eussent l'exercice de leurs
lois. A cette proclamation , l'étonne-
ment général fut si grand qu'on ne
savait ce qu'on avait entendu : on fit
répéter le héraut. Quand les jeux fu-
rent finis, les spectateurs se portèrent
en foule auprès de Flamininus : on se
pressait pour lui toucher les mains,
le couvrir de couronnes. Il faut voir
dans Tite-Live le tableau de cette
scène unique dans l'histoire. L'an-
née suivante, la guerre fut résolue par
les Romains et les alliés contre Nabi.?.
i4 vtk
qui &*était perfidcrncnt crap.ire d'Ar-
^os. Flaminiiuis, après avoir conduit
soa armëc sur le territoire de cette
Tille, se décida à attaquer plutôt Sparte
et son roi, les principaux auteurs de
1.1 guerre. Il marcha donc vers Sparte:
Quintius, son frère, s*avança de son
vote avec la flotte romaine , et les esca-
dres des allies. Le t^'ran se voyant
bloque' par mer, et presse du cote de
Ja terre, sans espoir de secours , de-
manda à entrer en pourparler. Le
résultat de l'entrevue fut l'offre de la
part de Nabis, de rendre Argos, les
prisonniers et les transfuges. Les eve'-
iienicnis de la guerre avaient amené
les choses au point qu'il fallait assié-
ger Spai'te , ville très forte , et qui
pouvait être bien défendue. Fiami-
iiinus Ifi sentait, et inclinait à tout fi-
jiir par la paix. Ses alli«s consenlirent
à ce qu'il la proposât sur-le-champ :
en conséquence, les principales con-
ditions impose'es à Nabis furent qu'il
retirerait ses garnisons d'Argos et des
villes de son territoire ; qu'il n'aurait
plus de vaisseaux de guerre , qu*il
rendrait les prisonniers et les trans-
fuges à toutes les villes alliées des Ro-
mains , et qu'il ne ferait ni alliance ,
ni guerre. Ces conditions furent reje-
lées par Nabis et par les Lacédémo-
nicns. La guerre recommença : Sparte
fut investie par les Romains et leurs
alliés, au nombre de cinquante mille;
ils en vinrent à un assaut général. Les
Laccdémoniens se défendirent avec vi-
gueur ; mais ayant vu les Homains pé-
nétrer dans la ville, ils lâchèrent pied,
ï^abis les voyant ftiir, et croyant la
ville prise, cherchait à s'évader. Py-
lliagoras, qui faisait les fonctions de
général, fut seul cause du salut de
imparte. Il fit mettre le feu aux édifices
voisins du mur; l'incendie s'étant
promptement étendu, les Romains se
tronvaicQt exposés à la chute des mai-
FLA
sons. La fumée ajoutait la terreur an
danger. Ceux qui étaient en dehors de
la ville, s'éloignèrent du mur; et ceux
qui étaient déjà entrés se replièrent ,
de peur d'être séparés des leurs par
l'incendie qu'ils auraient à dos. Quin-
tius alors fit sonner la retraite, et les
Romains rentrèrent dans leur camp.
Flamininus, attendant beaucoup de
la terreur des ennemis , chercha à
l'entretenir, tantôt en les harcelant
par d('s attaques , tantôt en les blo-
quant par des travaux pour leur ôler
tout moyen de fuir. Le tyran, n'y
tenant plus, envoya Pythagoras pour
négocier. Le général romain lui or-
donna d'abord de sortir de son camp;
mais le député s'étant jeté à ses pieds
en suppliant , il consentit à l'enten-
dre. La paix fut accordée à Nabis,
aux conditions qui lui avaient été im-
posées quelques jours auparavant :
il l'accepta. Argos s'étant, pendant le
conflit, délivrée elle-même, annonça
pour l'arrivée de l'armée romaine et
de son général , la célébration solen-
nelle des jeux néméens qui avait été
suspendue par la guerre. Flamininus
en fut nommé président; iPrctourna
ensuite à Rome , oii une autre gloire
l'attendait. Il triompha pendant trois
jours : le fils du roi de Macédoine, et
le fils du tyran de Sparte, marchaient
devant son char. Le bruit se répan-
dant qu'Antiochus , roi de Syrie, se
préparait à la guerre contre les Ro-
mains, le sénat envoya des députés
dans la Grèce , à la tête desquels fut
Flamininus , pour entretenir les bon-
nes dispositions des alliés. La puis-
sante ligue des Acliéens était du plus
grand intérêt pour chacun des par-
tis. D'un côte, les députés d'Antio-
chus et des Etolicns les sollicitaient:
de l'autre, Flamininus employa son
éloquence à les retenir dans l'alliance
des Romains; il y réussit. Dans toute
FLA
sa vie politique , il montra qu'il n'é-
tait pas moins Tami de la paix que
de la liberté publique. En l'année
563 , il y eal une brigue très Ibrte
pour la dignité de censeur, entre des
personnages considérables : Flamini-
nus emporta le premier les suffrages.
II remplit cette magistrature avec
beaucoup de douceur. L'an 569 , le
sc'nat le députa auprès de Prusias,
roi de Biîbynie, pour se plaindre de
l'asyle qu'il avait donne à Annibal :
il réussit encore dans cette mission.
Neuf ans après, Flamininus se dis-
tingua par la somptuosité des jeux
qu'il fit célébrer eu l'honneur de son
père qu'il venait de perdre. Le con-
sulat lui fut encore déféré en l'année
60 1 . L'histoire ne nous apprend plus
rien de lui. Q — K — y.
FLAMINI0( Jean-Antoine), qui
se fit dans la poésie latine une réputa-
tation effacée par celle de son fils,
naquit à Imola vers 1464. Son nom
de familie était Zarabbini de Colignola;
mais ayant été dès sa jeunesse reçu
membre de l'ancienne académie véni-
tienne, il y prit, selon l'usage du temps,
l€ surnom romain de Flaminio , qu'il
ï:;arda comme son nom propre, et qu'il
transmit à ses cnfans. De Venise où il
avait terminé ses éludes , il fut appelé
à Seravalle, diocèse de Trévise, pour
y professer les belles-lettres ; il n'avait
que 21 ans. Il s'y maria, et alla en-
suite exercer les mêmes fonctions à
Montagnana. Mais après y avoir passé
environ quatorze ans, il revint en
i{h>2^ a Seravalle, d'où il ne voulait
plus sortir. Cependant les guerres qui
survinrent lui furent si fatales, qu'ayant
perdu tout ce qu'il avait acquis par ses
travaux, il fut forcé en 1609 de re-
tourner à Imola sa patrie. Les libérali-
tés du cardinal Raphaël Riario et du
pape Jules H le tirèrent de cet état de
détresse, et il rouvrit à Imola une
FLA i5
école de belles-lettres. Mais les habi*
tans de Seravalle, parmi lesquels il
avait précédemment reçu les droits de
cité, et même ceux de la noblesse , le
rappelèrent avec tant d'instances, qu'il
revint à eux en 1 5 1 7 , et reprit son
premier emploi. La renommée qu'il
avait acquise y attira un grand nombre
de jeunes gens de la première noblesse
du pays , que leurs parens envoyaient
chez lui, tt qui y vivaient comme dans
une maison commune. De ce nombre
fut le jeune Alphonse Fanluzzi , fils du
comte Gaspard Fanluzzi, riche patri-
cien de Bologne, qui voulut ensuite que
Fiarninio allât à Bologne même conti-
nuer dans son palais et l'éducation de
son fils, et celle de tous lesautres jeunes
nobles qui voudraient l'y suivre. (^o;r.
Gaspard Fantuzzi. ) Le concours en
fut pir.s grand que jamais; et le comte
Fantuzzi joignant aux fruits que leur
maître retirait de cet enseignement de
grandes libérables, Flaminio passa
fort doucement auprès de lui les seize
dernières années ae sa vie , générale-
ment aimé et estimé, non seulement
pour son savoir, mais pour rextrême
pureté de ses mœurs et la douceur de
son caractère. Il mourut à Bologne le
18 mai i536. Ilalaisséunassezgrand
nombre de poésies latines dont le mé-
rite est médiocre. Ses ouvrages en
prose sont meilleurs, quoiqu'ils n'aient
pas la même élégance qu'on admire
dans quelques auteurs latins de sou
temps. Ce sont entre autres, douze li-
vres de Lettres , les Fies de quelques
Saints de l'ordre des Frères prê-
cheurs , ou de Saint-Dominique , un
Dialogue sur l'Education des En-
fants , un Traité de V Origine de la
Philosophie, une Grammaire latine^
etc. Le P. Dominique Joseph Capponi,
dominicain , a fait imprimer pour la
première fois lès Lettres latines de
Jean-Antoine Flaminio, à Bologne,
i6 rtA
en 1744* îï a »^is en tête une Vie de
TAuteur , où il donne un Catalogue
exact de ses ouvrages tant imprimés
que restes inédits. Une autre vie de
J. A. Flaminio, plus exacte et plus de'-
taillee, composée par Jean-Augustin
Cradenigo, a été insérée dans le tome
XXIV de la Nuoya Raccoltad' Opus-
culiy etc. G — É.
FLAMINIO (Marc-Antoine ), fils
du précédent, naquit à ^eravalle en
1498. II n'eut point d'autre maître
que son père , et il ne pouvait avoir ni
un meilleur guide pour ses études , ni
un meilleur modèle pour ses mœurs;
il profita également de ses leçons et de
SCS exemples. Il n'avait que seize ans,
lorsque son père voulant envoyer en
i5i4-. au nouveau souverain pontife
Léon X , un recueil de ses vers latins,
le chargea de cette commission, et lui
ordonna d'offrir en même temps au
pape quelques-unes de ses propres
poésies. Léon accueillit avec bonté ce
message, parut très satisfait des vers
du père et du fils, récompensa géné-
reusement ce dernier, et le confia aux
soins de Raphaël Brandolini , orateur
et poète, qui était logé au Vatican. Le
jeune Fiaminio ayant été présenté une
seconde fois au pape , et ayant fait de-
vant lui de nouvelles preuves d'un
talent extraordinaire, Léon X lui
adressa ce vers de Virgile : Macte
novd virtute , puer^ sic itur ad asira.
Une autre fois encore , le pape se plut
à disputer avec lui devant plusieurs
cardinaux, sur difîérenles questions,
et le jeune homme sç tira si heureuse-
ment de cette épreuve , que le cardinal
d'Arragon écrivit à son père une lettre
de fclicitalion. Jean-Antoine permit
alors à son ûls de rester à Rome; celui-
ci profita de ce séjour pour faire un
voyage à Napics, sans autre objet que
de connaître personnellement le poète
Sannazar.Dc retour à Rome, en 1 5 1 5,
FLA
il fut invite' parle comte Balihazar Clasi'*
tiglione à l'aller voir à Urbin ; Gasti-
glione fut enchanté de ses talents , le
logea dans sa maison, et conçut dès-
lors pour lui la plus tendre amitié.
Fiaminio composa pour son hôte une
églogue qu'il fit imprimer avec quel-
ques poésies latines ; on fut surpris
de voir un style aussi formé dans un
poète de i-j ans. Vers la fin de la même
année, son père voulut qu'il joignît à ses
études précédentf-s celle de la philoso-
phie , et le fît partir pour Bologne , oit
il n*eut d'autre logement que le palais
de François Bentivoglio. ija philoso-
phie achevée, il s'attacha à Etienne
Sauli , noble génois et protonotaire
apostohque; il se renditavec lui à Rome
en 1 5 19 , et y passa plusieurs années ,■
uniquement occupé d'etndes littéraires^
et de compositions poétiques. Il passa
du service de Sauli à celui du datîire
Giberti , qu'il suivit à Padoue et à Vé-
rone ; ce fut alors qu'il écrivit en prose
latine une paraphrase sur le 12*". livre
de la Métaphysique d'Aristote et une
autre sur le Psaume XXXII, qui furent
imprimées l'une à Bàle et l'autre à
Venise en i556et i537.Cependanty
sa santé affaiblie depuis long temps ,
faisait craindre pour sa vie; on lui
conseilla l'air de Naples, qui en effet lo
rétablit. Mais il courut dans ce pays
des dangers d'une autre espèce. Sa
piété même et l'intégrité de ses mœurs
l'y entraînèrent, en rendant spécieux
pour lui les arguments dont les nova-
teurs se servaient pour demander une
réforme dans l'Eglise. Valdès , l'un des
plus zélés , se trouvait à Naples ; il sut
gagner la confiance de Fiaminio et l'at-
tirer insensiblement à ses opinions.
Heureusement, ayant quitté Naples, eu
i54i , Fiaminio rencontra à Vi-
terbe le cardinal Polus qui y était légat,
et qui le retint auprès de lui ; les entre-
liens de ce prince de l'église le raffer-
F L A
mirculdans sa foi ; il le suivit, en 1 54^,
à Trente, où le concile était indiqué ;
mais la convocation en ayant été re-
tarde'e, il revint à Viterbe avec le car-
dinal , qu'il accompagna de nouveau
à Trente vers la fin de i545, quand le
•concile y fut définitivement assemblé.
Le cardinal Pallavicino rapporte dans
son Histoire (t. T,l.vi,c» i ), que
la pi icc de secrétaire de ce concile fut
offerte à Flaminio, et qu'il la refusa ,
peut-être parce qu'il nourrissait dans
son arae quelques opinions contre les-
quelles, s'il l'eût acceptée, il aurait dû
exercer sa plume, opinions au reste
dont le même historien ajoute qu'il
finit par revenir. Les protestants pré-
tendent en trouver des traces dans les
poésies de Flaminio, et le pape Paul IV
crut sans doute aussi les y voir, ])uis-
qu'il en défendit la lecture en 1 55g ;
mais ce qui fait penser qu'il eut en cela
trop de scrupule ou de sévérité , c'est
que ces mêmes poésies ne se trouvent
plus parmi les livres prohibés , dans
les éditions suivantes qui fuient faites
de VIndex. Il paraît que sans quitter
le service du cardinal Polus, Flaminio
fut cependant attaché à plusieurs au-
tres cardinaux dont il reçut des bien-
faits. On voit par ses poésies mêmes,
qu il le fut au cardinal Alexandre Far-
nèse, qui devint ensuite le pape
Paul III; que sans compter une infi-
nité de riches présents , ce généreux
protecteur des lettres lui fit rendre un
bien de campagne dont ou l'avait in-
justement dépouillé à la mort de son
père, et qu'il l'accrut même considéra-
blement par ses bienfaits ( 1. 1 , carm.
1 7 ; 1. VI , carm. i, 5, ); que le car-
dinal Rodolphe Pio lui fit don de quel-
ques autres biens de terre ( 1. VI, carm.
4 2); que le cardinalGui- AscagneSforza
l'exemptait tous les ans des dîmes qu'il
lui devait pour quelques bénéfices
( 1. V, carjpi. 3 ); que le cardinal licDOiî
XV,
FLA 17
Accohi lui fît présent d'une tasse pré-
cieuse (1. Il, carm. 10 ), etc. Le bon
Flaminio jouissait ainsi d'une vie douce,
aisée, considérée, et plus heureuse, il
en faut convenir, que celle quM eût
pu mener s^il eût cédé sans retour aux
suggestions des novateurs et à ses
propres doutes. Mais il n*en jouit pas
long-temps. Les incommodités aux-
quelles il avait été sujet dès son jeune
âge , revinrent avec plus de force et
des symptômes plus alarmants , et il
mourut universellement regretté, à
Rome, chez le cardinal Polus, le 1 8 fé-
vrier, 1 55o , n'étant âgé que de 5i ans.
Ses poésies joignent à une rare élégan-
ce , quelque chose de doux et d'aima-
ble, comme l'était son caractère. Dans
sa première jeunesse, il avait paye le
tribut ordinaire à la poésie amoureuse,
mais son père lui fit honte de cet em-
ploi de son talent; il le consacra dans
la suite à des sujets plus graves, mais
qui presque toujours prennent sons sa
plume du charme et de la douceur.
Ces qualités sont remarquables dans
sa traduction detrente Psaumes en vers
latins épodiques , dédiée au cardinal
Farnèse, et qu'il fit imprimer en \ 54^,
tandis qu'il était au concile de Trente.
Cette même traduction a été mise en
tête du recueil de ses poésies. Elles
sont divisées en quatre parties: x.Psal-
mi et Hymni ,• 2- Carmina de rébus
D'winis , dédiés à Marguerite , sœur
de Henri II, roi de France; 3. Car-
minum lihri quatuor ad Franciscum
Turrianum • 4- ^^d Alexandrum
Farnesium libri quinque. La plus
belle et la meilleure édition est celle
de Padoue, Comino^, 174^? i"-4''.
Les poésies de Flaminio y sont pré-
cédées de sa vie écrite par Fr. Ma-
rie Mancurti, et suivies d'un grand
nombre de lettres et de vers a l'occa-
sion de la mort du poète, qui tc-
moiguent que cetcvénement répandit
]8
FLA
à Rome et dans toute Tllaiie une grande
conslernalion. On y a joint les poésies
de son père Jean-Antoine et celles de
son frère Gabriel : si ces dernières n'é-
galent pas les siennes , elles n'y sont
pas de beaucoup inférieures. On trouve
réunie à la traduction en vers des
trente Psaumes par Flaminio, celle
des autres Psaumes par François
Spinula , poète de Milan , dédiée au
cardinal Charles Borromée en i56o;
de même qu'on a joint à la version en
vers français de Clément Marot , celle
de Théodore de Bèze, pour compléter
la traduction entière des Psaumes.
Marc- Antoine avait publié dès i52i ,
à Bologne, un Abrégé de Gram-
maire italienne ; et l'ouvrage de
JJembo sur la langue , intitulé le
Prose , ayant paru peu de temps
après
le réduisit dans un meil-
leur ordre ou par ordre alphabé-
tique , mais l'ouvrage ne fut imprimé
ainsi qu'après sa moi t , en i SSg. L'é-
dition donnée par Comino , contient
la liste exacte de tous les ouvrages
tant publiés qu'inédits de Flaminio ,
et de ceux mêmes qui se sont perdus.
S^s lettres italiennes, éparses dans di-
vers recueils , sont écrites avec beau-
coup de naturel et de simplicité. Elles
furent traduites en français avec ses
épigrammes, par Anne des Marquçts ,
et imprimées à Paris en iSGg, in-8".
G— E.
FLAMINIO (Lucius), Sicilien , né
dans le iS". siècle, s'appliqua avec
succès à l'élude des belles-lettres , et
passa en Espagne où il professa plu-
sieurs années la rhétorique à l'univer-
sité de Salamanque. Il fut chargé,
malgré sa grande jeunesse, d'expli-
quer V Histoire naturelle de Pline, et
il s'acquit<a avec tant de supériorité
d'une lâche qu'on avait crue au-dessus
d^-ses forocs, qfie scsconfrères ne pu-
Ftut s'empêcher d'ç^ témoigner de la
FLA
jalousie. Flaminio craignit les effets de
leur haine, et se relira à Séville , où il
donna des leçons publiques sur les dif-
férents auteurs de l'antiquité. Il revint
ensuite à Salamanque, et y mourut eu
I Sog dans un âge peu avancé. Son
érudition et ses qualités personnelles»
lui avaient mérité des amis, entre au-
tres Franc. Bobadilla et Lucius Marini
qui lui portail la tendresse d'un père.
On connaît de Flaminio : ], In Plinii
proœmium commentarium , oralio-
nés et carmina, Salamanque, i5o5.
La bibliothèque du roi possède une
édition sans date in-4*'. de ses dis-
cours et de ses poésies. II. Cinq Let-
tres insérées dans le recueil de celles
de Marini, Valladolid, i5i4, in-fol.
W-s.
FLAMINIUS (Caïus) , tribun du
peuple, l'an de Rome"^o, com-
mença alors une carrière de quinze an-
nées où il porta toute l'impétuosité,
l'arrogance et l'opiniâtreté de son ca-
ractère, et qu'il termina en attachant
son nom à un grand désastre. Pendant
son tribunat il proposa une loi agraire
qui mil le trouble dans Rome. L'auto-
rité du sénat, ses prières , ses mena-
ces , les représentations de son père ,
rien ne put le fléchir. Il était à la tri-
bune pour faire passer sa loi : son
père, emporté par la douleur , le sai
sit par la main , et le tira du Rostrura.
Le tribun se laissa entraîner, cédant -1
à la force du pouvoir paternel ; et le |
peuple ne fit entendre aucun munnure
d'improbafion. L'an 523, Flaminius
fut créé préteur, et envoyé en Sicile
avec un commandement. Quatre ans
après, étant consul avec P. Furius , il
fit passer le Pô aux légions romaines
pour aller combattre les Gaulois. Elles
essuyèrent un échec. Ces événements
et des prodiges sii.i très donnèrent lieu
de consulter les augures, qui répon-
dirent qu'il y ayail eu vice dan$ l'élec-
FLÂ
tlon des consuls. Le sénat , en conse'-
queticc, leur écrivit pour les rappeler.
Les Romains, à leur tour, avaient
battu les ennemis. Flaminius se faisait
un moyen de cette victoire pour résis-
ter aux ordres du sénat , qu'il accusait
de jalousie. Il annonçait qu'il ne revien-
drait que lorsque la guerre serait fi-
nie, ou le temps de son consulat ex-
pire. Son collèf^ue obéit. La désobéis-
sance de Flaminius avait excité tant
d'indignation , qu'à son retour ou n'alla
point au-devant de lui , comme c'était
l'usage , et qu'on lui refusa le triom-
phe; mais la grande faveur du peuple
le fit entrer triomphant dans Rome.
Censeur en 552 , il fil établir un che-
min jusqu'à Rimini , et construire un
cirque; ces deux monuments portèrent
son nom. Odieux déjà au sénat et à la
noblesse par ses anciens démêlés ,
Flaminius le fut encore plus relative-
ment à une loi que le tribun Claudius
fit rendre, et que lui seul du sénat ap-
puya ; mais porté par la faveur popu-
laire, il parvint à un second consulat
l'an 535, après la bataille de laTrébie.
Le nouveau consul craignant que des
augures défavorables, la célébration
des fériés latines , et d'autres soins à la
charge des consuls ne le retinssent
dans Rome , prétexta un voyage , et se
rendit secrètement et en simple parti-
culier dans la province où il devait
commander. Cette démarche hardie et
insolente irrita le sénat : il voyait dans
Flaminius un homme qui non-seule-
ment lui faisait la guerre , mais qui la
faisait aux dieux; qui avait fui pour ne
point aller au temple de Jupiter le jour
où commençait sa magistrature, pour
ne point consulter h; sénat , ne point
prendre les auspices, etc. il n'y eut
qu'une voix pour qu'on rappelât Fla-
minius , et qu'on le forçât à remphr ce
qu'il devait aux dieux et aux hommes.
Ou lui envoya, à cet effet , deux dépu-
FLA 19
tés , qui ne l'émurent pas plus que ne
l'avait ému autrefois la lellrcdu sénat.
Il se mit en marche avec son armée,
et lui fit traverser les Apennins pour
entrer en Etrurie. Annibal s'y rendait
de son cote. Sachant à quel consul il
avait affiire, il s'attacha à l'irriter, à le
provoquer par le spectacle de la dé-
vastation , du carnage et de l'incendie.
Flaminius ne put tenir à cette vue ; et
sans attendre son collègue , il résolut
de se mettre en marche et d'aller au
combat. Dans le moment où il s'éian-
çaitsur son cheval, le cheval tomba,
et lui-même fut renversé. Au milieu
de l'efFioi causé par cet événement de
mauvais augure , on vint lui annoncer
que le porte-enseigne , quelque elTort
qu'il fît , ne pouvait arracher de terre
son enseigne. Le consul se tournant
vers l'envoyé : a Ne m'apporfez-vous
» pas, dit-il, une lettre du sénat qui me
» défend d'agir? Allez leur dire qu'ils
» enterrent l'enseigne, si leurs mains
» engourdies par la crainte ne peu-
» vent l'enlever ; » et il se mit en
marche. Annibal, après avoir dévasté
tout le territoire entre la ville de Cor-
tone et le lac de Trasimène, était ar-
rivé à un endroit propre à des embus-
cades entre des mont;»gues et le lac.
C'était un défilé, ensuite une plaine
d'une certaine étendue , d'où partaient
des collines. Annibal campa dans la
partie découverte avec les Africains et
les Espagnols seulement ; il jeta les
baléares et la cavalerie légère sur les
montagnes, et plaça sa cavalerie à
l'entrée du défilé derrière des hau-
teurs, pour qu'en se présentant au
passage des Romains , ceux-ci trou-
vassent tout fermé. Flaminius arriva
auprès du lac, sans avoir envoyé à la
découverte. Le lendemain, ayant passé
le défilé, et se trouvatitdans la plaine,
il n'aperçut que les ennemis qui lui
faisaient face , et lie se douta pas des
a..
20 FLA
embuscades qu'il avait à dos et au-
dessus de la tête. Le général carthagi-
nois, voyant ^on ennemi cerné de tous
cotes, donna le signal de Tatlaque. Elle
se fît à la fois sur tous les points. Les
Romains ne s'aperçurent pns bien
qu'ils étticnt enveloppes , et commen-
cèrent le combat au front et sur les
ailes , avant que leur armée fût toute
en bataille. Flaminius conservant seul
du sang-froid , rangea ses gens comme
le temps et le lieu le lui permirent. 11
se portait partout, ralliant, encoura-
geant au combat. M.ûs le tumulte et
l'épouvante empêcluient d'enlcndre,
d'agir et de sentir tout le danger. Quand
les Romains virent que tous leurs ef-
forts pour se faire jour étaient inutiles,
qu'ils étaient cornés de toutes parts, et
qu'il n'y avait d'e>poir de salut qu'en
se ballant à outrance, le combat re-
commença, et avcctantd'acharnement
qu'un tremblement de terre qui ren-
versa plusieurs villes d'Italie , et dé-
tourna des fleuves , ne fut entendu par
aucun des combattants. On se battit
près de trois heures. Le consul , suivi
d'un gros de ses gens, se monti'a par-
tout avec la même intrépidité. Remar-
qtiable par ses ariufs, les ennemis
faisaient les plus grands efforts pour
l'atteindre, et les BomainS pour le dé-
fendre. Enfin un cavaber insubrien,
qui le connaissait de vue, poussant
son cheval, s'ouvrit un passage à tra-
vers les rangs ; et ayant tué Técuyer
qui couvrait le consul , il perça ce der-
nier de sa lance: ra^is il ne put parve-
nir à s'emparer du corps pour le dé-
pouiller. Telle fut , à Trasimène, l'an
555 de Rome, la fiu de Flaminius,
dont tout le mérite fut beaucoup de
bravoure. Q — H—y.
FL A IVf MA ( Gal VANEus ). Foyex
FlAMMA.
Fi.aMSTEED (Jean), célèbre
astronome anglais ^ naquit à Deiiby,
FLA
dans le Derbyshire, le 19 août i64G-
Il s'est distingué par un goût parti-
culier pour les observations astrono-
miques. Comme Tycho, il a fixé le
spectacle varié du Monde céleste , et
marqué, pour ainsi dire, tous les pas
qu'il a vu faire aux astres. Dès l'an
1670 , on voit de lui des calculs as-
tronomiques dans les Transactions phi-
losophiques ( I ). Il avait à peine vingt-
six ans qu'il mit les astronomes d'ac-
cord sur un point important de l'as-
tronomie. Les principes de l'équation
du temps étaient connus et annoncés,
même par les anciens astronomes ;
mais les modernes , et Kepler lui-
même,y avaient mêlé quelques erreurs.
Flamsteed détermina la quantité de
cet élément de l'astronomie, et publia
le premier, en 1 662 ( de jEquat. tenip.
Diatribay etc. in-4°. ) , les véritables
idées qu'on doit en avoir. Il observa à
Denby depuis l'année 1 068 jusqu'en
1674* De là, il se rendit à Londres, où
il fit la connaissance de Hook , Halley
et Newton. Il entra alors dans les ordres
sacrés , obtint, quelques années après,
un béuéfice dans le comté de Surrey ,
et en jouit jusqu'à sa mort. Charles II
ayant résolu de fonder un observa-
toire à Greenwich , en confia la direc-
tion au chevalier Moor. Celui-ci était
lié ^'amitié avec Flamsteed, et savait
apprécier ses talents: il conseilla au roi
de choisir son ami pour astronome
royal , et de lui confier la directiou
des travaux astronomiques. L'obser-
vatoire fut achevé, et Flamsteed y
entra au mois d'août de 1676. C'est
là qu'il passa le reste de sa vie. Tandis
que les géomètres se livraient à l'expli-
cation des phénomènes célestes, et aux
recherches des théories mathémati-
ques , il s'attachait avec une patience
^1') On pcutYoir dans le Dictionnaire de Chauf-
fepié de irèi «randj d^uUs sur le» prcmieri K»-
TtudenumitccA.
FLA
admirable à robscrvatioii du cie] , cl
déterminait successiveraent la position
de toutes les étoiles. Son travail datait
déjà de quarante ans ; ses résultats et
ses observations devaient être d'une
grande utilité à l'astronomie : on en
désirait vivement la publication ; mais
dans le caractère de Flamsteed , ce
désir était une raison pour qu'il ne fît
pas ce qu'on attendait de lui. Le gou-
Tcrnement d'Angleterre fut obligé d'u-
ser d'autorité; il chargea Halley de
suppléer à ce que l'auteur ne voulait
pas faire. Halley, autant peut-être
pour l'intérêt de ses travaux particu-
liers que par un motif d'utilité publique,
fit connaître à Flamsteed les ordres de
h reine Anne , et Ton vit enfin paraître
son travail sous ce titre: Hisioria
cœlestis libri duo, Londres, i •] 1 2 , un
seul vol. in-fol. On y trouve les ob-
servations que Flamsteed avait faites
dès son entrée à l'observatoire jus-
qu'en 1705, et son fameux Catalogue
d'étoiles , connu sous le nom de Ca-
talogue britannique. Il paraît, cepen-
dant, que la raison pour laquelle
Flamsteed ne publiait pas son travail,
était qu'il voulait le perfectionner. Eu
conséquence, il ne regarda pas comme
son ouvrage une édition faite presque
saus lui et malgré lui (i). lien pré-
parait une nouvelle lorsque la mort le
surprit dans ses travaux le 5i dé-
cembre 1719 (2). Cette nouvelle
édition de V Histoire Céleste ne parut
à Londres qu'en 1725, eu trois vol.
in-fol. Cet ouvrage est un des plus
beaux recueils que possède l'astrono-
mie. C'est le riche dépôt des observa-
lions que Flamsteed avaitfaitcs pendant
cinquante ans, tant à Derby qu'à
Londres et à Greenwich. Le premier
volume contient toutes les observations
(i) Acta entd. , 1711 ; Borlii Auronomu: tin-
cfiut, pag 334.
(•>.) D autres disent !c 18 janvier i^-a*.
FLA 2f
détachées de l'auteur qui conceruenl
les étoiles fixes, les planètes , les co-
mètes, les taches du soleil elles satellites
de Jupiter. Le second renferme les pas-
sages des étoiles fixes , et des planètes
par le Méridien , avec les lieux qui en
résultent. Le troisième, enfin, con-
tient des prolégomènes sur l'histoire
de l'astronomie; la description des
instruments de Tycho ; le catalogue
britannique , les catalogues de Pto-
lémée , d'Olug-Beg, de Tycho , d'Hc-
vélius , du landgrave de Hesse; le
petit catalogue des étoiles australes
observées par Halley, enfin, tout ce
que les hommes avaient fait sur les
étoiles depuis la renaissance de l'as-
tronomie. Le Catalogue de Flamsteed
était le plus vaste qu'on eût encore
exécuté jusqu'à lui. On y trouve la
position de 2884 étoiles; il efface
sous ce rapport tous les autres cata-
logues contenus dans le troisième vo-
lume de VHistoire céleste : les astro-
nomes l'avaient sans cesse entre leurs
mains , et il a été la base de presque
toutes les recherches astronomiques.
Maintenant , ce catalogue n'a plus la
précision de ceux qu'on doit aux
astronomes modernes ; il ne peut être
employé directement pour des re-
cherches délicates, parce que les
positions d'étoiles y sont affectées des
erreurs de nutation et d'aberration
qui n'étaient pas connues du tem])s
de Flamsteed. On doit à M^'^ Hcrs-
chell un volume de recherches sur
le catalogue de Flamsteed, el sur
ses observations ; elle a trouvé cinq
cents étoiles qui ne sont pas dans le
catalogue , comme elle eu a trouve;
plusieurs dans le catalogue qui ne sont
point dans les observations. On peut
regarder cet ouvrage de M^^^Herschell
comme un supplément à VHistoire
Céleste. Lalande dans le volume des
Ephémérides pour les années 1 785—.
32
FLA
J']gi, a donne une nouvelle e'dition
du Catalogue brilanniqiie. Il y a fait
des corieclions importantes qui ren-
dent cette e'dition préférable à celle
de Londres i-j^S. C'est d'après son
prjpre Calalogue que Flarastced avait
composé un grand Atlas céleste , pu-
blic à Londres eu i 779 , in-fol. max.
Ce magnifique recueil de cartes céles-
tes, un des meilleurs qu'on ait jamais
faits, est compose de vingt-buit cartes^
chacune de vingt-trois pduces de long
sur dix-huit à dix neuf de hauteur.
On y trouve une préface sur l'histoire
des astérismes (ou constel'ations) et
sur le défaut des figures de Bayer. Les
astronomes ont fait long-temps usage
de cet atlas. Il a été réduit au tiers
par Fortin, 1776, in-4".,cû 5o cartes
fort bien gravées. Cette réduction,
presque aussi utile et beaucoup plus
commode, et dans laquelle la position
des étoiles a été calculée pour Fan
1 780 , a été revue par Lemonnier,
augmentée de diverses observations
par Pasumot, d'un planisphère de
Lacaille pour les étoiles australes , et
d'un autre pour apprendre à connaître
les étoiles par leurs alignements. La-
lande en a publié, en 1796, une
nouvelle édition corrigée et augmen-
tée, avec la position des étoiles réduite
au I ". janvier 1 800 , par M. Duc-la-
ChapcUe. M. Bode, à Berlin , a aussi
donné une réduction de l'atlas de
Flamsteed; mais les grandes cartes
qu'il a lui-même publiées , surpassent
tout ce qui a été fait en ce genre.
Les Institutions astronomiques de
Keill, traduites par Lemonuier, et
publitHîs à Paris en 1740, contiennent
des tables de la lun»*, par Flarasteed.
On trouve encore dans les OEuvres
d'Horroxes , publiées en \i)yi , des
observations et des tables du soleil du
même auteur. Enfin, il a publié : The
Poclrineofihe Sphère, grounded on
FLA
the motion of the earlh and the an-'
tient Pjthagoreaji or Copernic an
s/stem ofthe world, Londres, 1 680,
in-4". Cet ouvrage qui se trouve dans
le S;ystem of Malhemalicks de ÎVIoor,
a pour objet une nouvelle méthode
pour calculer les éclipses du soleil par
la projection de l'ombre de la lune sur
le disque de la terre. N — t.
FLANDRIN (Piirre), vétérinaire
et anatomiste, naquit ô Lyon le i 2 sep-
tembre 1752. Il entra à quatorze ans
à l'école vétérinaire de cette ville, où
Chabert , son oncle maternel , était
chargé d'une partie de rinc.truction.
Le jeune Flandriu s'y étant distingué
par son application et son inleiligcuce,
il fut choisi quelque temps après
pour montrer l'anatomie aux autres
élèves. Bourgelat, créateur des écoles
vétérinaires t n France , appela Flan-
drin à celle d'Alfort, près Paris, pour
y être professeur d'anatomie et ad-
joint de sou oncle Chabert , qui crt
était devenu directeur. C'est dans
l'exercice de cette chaire que Flan-
drin fit exécuter en grande partie
la belle suite de préparations anato-
miques relatives aux animaux, qui
enrichit le cabinet de l'école d'Alfort.
Eu 1 78G, le roi lui accorda la survi-
vance de la direction générale des
écoles vétérinaires, et l'envoya l'année
suivante en Espagne pour y observer
la manière de conduire les moutons
à laine fine. Il avait aussi fait en 1 785,
pour le même objet, un voyage en
Angleterre par ordre du gouverne-
ment; ce qui lui avait inspiré un
goût très prononcé pour hs détails
de l'économie rurale. Flandriu avait
rédige pour ses élèves, et fait im-
primer eu 1 787 , in-8''. , un Précis
de la connaissance extérieure du
che\^al , un Précis de l'anatomie
du cheval^ ctuu Précis splanchnolo'
gique ou Traité abrégé des vis-
FLA
cères du clie\>al^ petits ouvrages
qui contiennent quelques remarques
neuves et justes. En 1791, l'acade'mie
des sciences le nomma son correspon-
dant. 11 donna, l'année suivante, son
Mémoire sur la possibilité d^amé-
liorer les chei>aux en France ,
Paris, 1790, in-8'., suivi d'un Pros-
pectus pour une association propre à
réaliser l*ame'iioration des races de
chevaux. La société' royale d'agricul-
ture a inséré dans ses Recueils plu-
sieurs Mémoires de Flandrin , cl a
publié en 1791 un traité de sa com-
position , sur V éducation des hétes à
Zamd, in-8\, réimprime sous ce titre:
De la pratique de l'éducation des
moutons , et des moyens de perfec-
tionner les laines, 1795, 1797?
i8o5, iu-8". On a aussi de lui di-
verses observations anatomiquos sur
le sarigue et sur d'autres animaux ,
dans le Dictionnaire anatomique de
rEncyclopédie méthodique par Vicq-
d'Azyr : elles portent toutes un carac-
tère remarquable d'exactitude , et
offrent quelquefois des vues ingé-
nieuses. Il avait présenté en 1793 à
l'académie des sciences un Mémoire
sur la rage, qui est resté manuscrit.
L'anatomie, l'^^rt vétérinaire et l'agri-
culture auraient probablt ment obt<'nu
de cet homme savant et laborieux
d'autres accroissements importants ,
si une maladie subite ne 1'* ût enlevé
au commencement de juin i 796 , âgé
seulement de 44 ^^^ 7 lorsqu'il venait
d'être nommé associé de l'Institut.
Flandrin a été l'un des auteurs de
YAlmanach vétérinaire , in-8''., de
1783 jusqu'à 1795, et des Instruc-
tions et Observations sur les mala-
dies des animaux domestiques ,
avec V analyse des ouvrages vétéri-
naires anciens et modernes, dont la
3". édition (Paris, i7H'2-95) est eu
^ vol. in-8°. On trouve aussi de lui un
FLA îi3
grand nombre de lettres ou disserta-
tions dans le Journal de Médecine {^ i ),
la Feuille du Cultivateur , le Mer-
cure , le Journal de Paris et autres
ouvrages périodiques. Gilbert lui a con-
sacre' une notice dans la Feuille du
Cultivateur , du 1 5 juin 1 796. C-v-r,
FLAINGllSI V Louis), patriarche
de Venise et cardinal , mort en cette
ville vers la fin de février i8o4 , y
était né en juillet 1733. Après avoir
dans sa jeunesse cultivé les sciences ,
et particulièrement la philologie, après
s'être encore exercé dans l'éloquence,
il fut successivement juge dans le
conseil des quarante, avogader, cen-
seur , sénateur , conseiller , correc-
teur extraordinaire , donnant dans
tous ces emplois des preuves de sou
habileté , comme aussi de son zèle
pour le bien de sa patrie. Clément XIV
le fit passer du service de la répu-
blique vénitienne à celui de la cour
de home. Nommé par ce pontife au-
diteur du tribunal de la rote , il y
montra un grand savoir en jurispru-
dence, et beaucoup d'intégrité dans
l'administration de la justice. Ce pape
l'éleva à la prélature, et Pic VI le fit
cardinal en 1 789. Comme il se ren-
dait de plus en plus utile , les hon-
neurs vinrent s'accumuler sur sa tête.
L'empereur le fit en 1801 p.itriarche
de Venise, primat de la D.lmatie,
comte du St.-Empire et conseiller in-
time actuel d'état, en lui conférant la
grande croix de l'ordre de St.-
Etienne de Hongrie. Les monuments
qu'il a laissés de son talent littéraire,
sans lui procurer la gloire d'un pro-
sateur et d'un poète fort distingue' ,
méiitent cependant d'être lus. Ce
sont : I. Annotazioni alla corona,
poetica di Querino Telpasinio in
Iode délia republica di Venezia ,
(i) Notamment un excellent morceau sur lef
vaisseaux Ijmf/haCi'fiies.
ï?i FLA
sous son nom de racaJemie des pas-
teurs d'Arc^dic, A garnir o Pelopi-
deOy Venise, 1750. II. Sous le
iiicrae nom, Rime di Bemardo Ca-
jit'llo , con annoiazioni _, 2 tomes ,
i^rrgame, i-ySo. III. Orazione per
l'esaltamento del dogalMario Fos-
carini , Venise, i-jG^. W.Lettera
patriarcale sur son installation dans
Je patriarcat. V. Apologia di So-
crate , scritta da Platone , traduc-
tion du grec , insérée dans le cours
raisonne' de litte'ratnre grecque de
Tabhe' Cesarotli. VI. Argonautica
de Apollonio Hodio , traduction en
vers, avec des notes, Rome, 1781,
U vol. G — N.
FLASSANS, poète provençal, dont
le véritable nom est Taraudet, vivait
vers le milieu du 1 4^. siècle, Ce nom
de Flassans est celui d'un petit village
*iu diocèse deFréjus, où notre poète vit
le jour, vers le commencement du 1 4^.
siècle. Tout ce qu'on sait de lui c'est
que la reine Jeanne l'employa à com-
poser les remontrances pour l'empe-
reur Charles IV, à son passage en
Provence, et que Foulques lui doima
une partie de sa terre de Poulèves
pour son poème intitule' : Enseii^ne-
rnent pour éviter les trahisons de
V amour. Au surplus , on doit peu re-
gietter que ce poème , si chèrement
payé, ne soit pas venu jusqu'à nous ,
lorsqu'on sait que malgré cet ensei'-
gnemenf Taraudct et Fouhpies furent
tous deux trahis par leurs maîtresses.
P--X.
FLATMAN (Thomas), auteur
anglais , né à Londres vers ï633, fut
clevé pour le barreau , et fut jnême
rrçu avocat dans la société d'Inner-
'IVraple; mais son goût pour les arts
d'imagination le détourna de cette
f.irricrc, cl il se livra particulièrement
à la poésie et à la peinture. On a de
jin un recueil de poèmes, dcnl la 5".
FLA
édition , ornée de son portrait , parut
en 1 682 , et Don Juan Lamberto ,
ou Histoire comique de ces derniers
temps , satire en prose contre Ri-
chard Cromwell , publiée , eu 1 66 1 ,
sous le nom de Montelion , cheva-
lier de V Oracle. L'ouvrage eut alors
une très grande vogue , et fut réim-
primé la même année avec une se-
conde partie. Chaque volume est pré-
cédé d'une caricature allégorique. On
a aussi de Flatman deux Odes piu-
dariques , publiées en i685; Tune
sur la mort du prince Rupert , l'autre
sur celle de Charles II. On lui attri-
bue un volume de poésies intitulé :
^^irtus rediviva, panégyrique du roi
Charles /, d'heureuse mémoire, etc.,
imprimé en 1660, avec les lettres T.
F. Quoique Flatman ait joui dan^son
temps de quelque réputation comme
poète , il est peu estimé aujourd'hui
sous ce rapport : comme peintre , il
avait adopté le genre du portrait eu
miniature. Son pinceau valait, dit-on,
mieux que sa plume, et Granger pré-
tend qu'une seule de ses têtes vaut
une rame de ses Odes pindariques. Il
avait montré dans sa jeunesse beau-
coup d'éloigncment pour le mariage, et
composé, sur ses désagréments, une
chanson qui commençait ainsi : Tel
qu'un chien qui porte une bouteille
étroitement liée à sa queue, etc . Ce qui
ne l'empêcha pas d'épouser, en 1672,
une jeune personne, dont la dot peut-
être l'avait séduit autant que sa beau té j
ses amis , qui n'avaient pas oublié sa
chanson , trouvèrent plaisant de venir
la lui chanter dans une séréna(ie ,
qu'ils lui donnèrent la première nuit
de ses noces, 11 mourut à Londres, l^
8 décembre 1688. X — s.
FLAUSTf Jean-Baptiste), avo-
cat au parlement de Rouen, était un
homme très laborieux ; il travailla ,
dit-on, pendant quarante ans, à un*
FLA
Explîcalion de la jurisprudence et
de la coutume de Normandie , dans
wi ordre simple et facile, i vol.
iii-8'. On reproche à celte produc-
tion d'une longue patience , d'être
prolixe , et de manquer d'une tabîe
des matières ; mais la re'volulion l'ayant
rendue presque inutile , les défauts
en sont sans conséquence. L'auteur
mourut à sa terre de St.-Sever, près
Vire , le 2 1 mai 1 783. B — i.
FLAVAGOURT. Voy. Mailly.
FLAVIEN (S.), cvêque ou pa-
triarche d'Antioche, vers la fin du
4*. siècle, était issu d'une des pre-
mières maisons decetle ville., cl était
encore laïc, lorsque déjà il défendait la
foi avec vigueur contre les Ariens. S'é-
lant réuni à Diodore, depuis évêque
de Tarse , ils s'opposèrent conjointe-
ment aux progrès de l'hérésie , favo-
risée par le faux patriarche Léonce,
qu'on avait substitué au saint évêque
Eusfathe; ils forcèrent même Léonce
de déposer du diaconat Aëlius l'athée.
Non seulement i's entretenaient les fi-
dèles dans la doctrine, mais encore
dans les pratiques de piété ; ils les
moiaient prier sur les tombeaux des
martyrs; et si l'on en croit Théodo-
ret, c'est eux qui , dans ces réunions ,
commencèrent à introduire la pieuse
coutume de terminer le chant de cha-
que psaume par le gloria patri, pour
graver sans doute davantage dans l'es-
prit des fidèles, contre les erreurs
qui s'élevaient alors, le dogme de la
divinité des trois personnes et de leur
parfaite égalité, Mélcce, élevé sur le
siège d'Antioche, ayant été chassé de
61 ville épiscopale par Valons , Fla-
vien et Diodore y demeurèrent : il
les avait ordonnés prêtres avant son
départ , tant pour récompenser leur
îîiérite et leur zèle, que pour leur
xiouner plus d'autorifé, et les ren-
dre plus miles au troupeau , privé de
FLA 25
la présence du pasteur. Ils le sup-
pléèrent autant qu'il fut en eux , dis-
tribuant aux fidèles la nourriture de
l'ame, et repoussant les attaques des
hérétiques avec une fermeté inébran-
lable. Flavien fournissait les passages
des Saintes-Ecritures , et Diodore les
appuyait de son éloquence. C'est vers
h fin de Fan 38 1 que Flavien fut fait
évêque : il avait accompagné Mélcce
au concile de Gonstantinople. Mélèce
qui le présidait étant mort avant que
cette assemblée finît, les pères du
concile jugèrent qu'il fallait lui donner
un successeur. Malgré l'opposition de
St.-Grégoire de Nazianze, qui voulait
que suivant l'accord qui avait été fait
entre Mélèce et Paulin , on reconnût
celui-ci , Flavien fut élu. Le pape Da-
mase et les évêques d'Occident, qui
étaient en communion avec Paulin ,
désapprouvèrent cette éleclion ; mais
sur la déclaration que firent les évê-
ques d'Orient , assemblés à Gonstanti-
nople en 382, que Flavien avait été
élu de leur commun consentement ,
son éleclion fut maintenue. Les enne-
mis de Flavien en prirent occasion de
l'accuser d'un parjure, prétendant
qu'il était un de ceux que Socrate et
Sozomène rapportent avoir juré qu'ils
n'accepteraient point le siège d'Antio-
che que les deux contendants ne fus-
sent morts. Mais, outre que ces écri-
vains sont les seuls qui fassent men-
tion de ce fait , il est certain que Paulin
lui-même , pour lequel c'eût été un
moyeu victorieux d'infirmer l'élection
de Flavien, ne s'en est jamais servi,
et que la réputation de sainteté de
Flavien n'en a point souffert. Paulin
mourut peu de temps après. Sa mort
n'éteignit point le schisme. Il paraît
même que l'intention de Paulin fut de
le prolonger, puisqu'avant de m-ourir
il ordonna Evagrc pour lui succéder.
Ce n'est que sous Innocent P''. que
a6 FL A
Flavien fut reconnu gënéralemenf , et
réconcilie avec les évêqurs d'Occi-
dent , par Théophile d'Alexandrie.
En 588, Flavien eut occasion de ren-
dre à la ville d'Antioche un service
bien impoitaut. 11 s'y était élevé une
sédition à Toccasion de quelques im-
pôts rais par l'empereur Théodose ,
et que les besoins de l'ctat exigeaient,
te désordre fut porté à un tel point ,
qu'on renversa les statues de l'empe-
reur, celles de ses enfjmts et de Flac-
cille son épouse , princesse d'une lare
vertu , morte trois ans auparavant ,
et dont la mémoire, riche en bonnes
oeuvres, était en grande vénération.
Lorsque les esprits furent un peu cal-
més , le désespoir succéda à la fureur.
Ou sentit combien l'empereur devait
être irrité, et tous les yeux se tour-
uèreut vers Flavien , comme le seul
qui pût fléchir sa colère. Il partit mal-
gré son grand âge et la rigueur de la
saison, car on était alors au commen'
cément du Carême. On nous a con-
servé le discours qu'il adressa à l'em-
pereur. Après avoir avoué combien
les habitants d'Antioche étaient cou-
pables :« Prince, lui dit-il , vous pou-
» vcz orner votre tête d'une couronne
» plus brillante que celle que vous
» portez, parce que celle-ci vous la
» devrez à votre propre vertu. On a
» renversé vos statues; mais vous
» vous en serez élevé de plus pré-
» cieuses dans le cœur de vos sujets ,
» et vous aurez autant de statues vi-
» vantes qu'il y a d'hommes sur la
» terre. » Flavien repoussa ensuite
l'idée que la grâce accoidée à la ville
d'Antioche pût enhardir les autres
villes à suivre son exemple, p rce
qu'on saurait bien que si le prii.ce ne
punissait pas , ce n'était point par ira-
puissance. Et puis, ajoufe-l-il, « quelle
w gloire pour vous , q land un jour ou
» dira qu'une si grande ville étant cou-
F L A
» pable, tous ses habitants conster-
» nés..., personne n'osant ouvrir la
î) bouche , un seul vieillard , revêtu
» du sacerdoce de Dieu, s'est montré
» et a louché le prince par sa seule
» présence , et par un discours sim-
» pie et sans raisonnement. » La
prière du pasfcur ne lut point inutile,
î^e cœur de Théodose en fut ému ;
l'histoire r-pporte qu'il fondit en lar-
mes, et Antioche tut sauvée. L'arrivée
de Flavien dans cette ville fut un
triomphe : les maisons étcsient illumi-
nées et les rues jonchées de fleurs.
Flavien, humble au milieu des félici-
tations qu'il recevait, disait : « Dieu a
» attendri le cœur de l'emptreur ;
» Dieu a tout fait. » Ce saint évêque,
après avoir gouverné l'église d'An-
tioche pendant vingt-trois ans, mou-
rut Tau 404. Le concile de Calcédoine
lui donna le titre de Bienheureux f
mais quoiqu'il soit qualifié de Saint ,
il ne paraît pas que jamais, ni chez
les Grecs ni chez les Latins , il ait été
honoré d'un culte public. S. Jean Chry-
sostome, qu'il avait ordonné diacre
et prêtre , et qui le regardait comme
son père , le met au rang des plus
grands évêques. L — y.
FLAVIEN ( S. ) , patriarche de
Constantinople , fut d'abord prêtre et
trésorier de la grande église, tn 447>
il fut choisi pour succéder à Proclus
sur le trône pontifical de Tenipire grec,
et ses vertus y devinrent biei.lôt l'or-
nement de l'église et l'objet de la haine
des hérétiques et des favoris. L'eunu-
que Chrysaphius, qui gouvernait l'em-
pire au nom de Theodose, s'indigna
de l'austérité de Flavien ; il se déclara
son ennemi, et prêia son appui à l'hé-
résiarque Eutycliès, dont les erreurs
agitaiphl alors l'église chiétiennc. Fla-
vien n'épargna ni les prières , ni les
remontrances pour ramener Futychès.
M 'ayant pas réussi , le patriarche le fit
FLA
condamner par un concile assemblé h
Constantinople. Ct.t arrêt fut le signal
des plus giands troubles et d'une vio-
lente persécution dirigée contre Fia-
vien. On assembla un concile tumul-
tueux et illégal à Ephèse; la fraude,
l'intrigue et la violence en dictèrent les
décisions. Un EiUycliécn fougueux ,
Dioscore , évêque d'Alexandrie, pour-
suivit , obtint et prononça la déposi-
tion du saint prélat ; il le fit maltraiter
si rudement , et le frappa lui-même
avec tant de violence , que Flavien
mourut de ses blessures trois jours
après, en 449 La mémoire de Fla-
vien fut bientôt vengée; Marcieu, suc-
cesseur de Théodose, fit, dès l'année
suivante, recueillir les restes du saint
prélat 5 on les ensevelit avec pomj)€ et
respect dans la basilique des x4potres ;
TEgîise rangea Flavien au nombre des
saints, et l'histoire parmi les pontifes
dont les vertus et la constance doivent
servir de modèles. ( ror- Eutycuès.)
' L—S— E.
FL AVIGNY ( Valerien ) , profes-
seur d'hébreu au Collège de France,
naquit à Villers-en-Prayères, pi es de
Laon , au commencement du l 'j''. siè-
cle. Il sortait d'une famille noble et
distinguée par ses services dans les
lettres, les armes et la robe. Après
avoir étudié la théologie dans les écoles
de Sorbonne, il reçut le bonnet de
docteur dans la même faculté le 25
mai i6i8j il était de la société de
Sorbonne et en habitait la maison.Pour-
vu par la suite d'un canonicat dans
l'église de Reims , il succéda en i65o
à P. Vignal, dans la chaire d'hébreu
du Collège de France, et professa cette
langue avec distinction jusqu'à sa mort,
arrivée à Paris le 29 avril 1674. Fla-
vigny avait une connaissance assez
étendue des langues orientales; mais
il en tira peu d'utilité, ayant consacre
la plus grande partie de sa vie à des
FLA 27
discussions philologiques touchant le
texte sacré, discussions qui lui acqui-
rent de son vivant quelque célébrité ,
mais dont il n'est sorti aucun résultat
avantageux ; car, quoiqu'il ait beau-
coup écrit , ses ouvrages sont presque
oubliés aujourd'hui. En i632, il se
fit connaître par une édition des OEu-
vres de Guillaume de St.-Amour, doc-
teur célèbre des 12*. et i3^. siècle?.
L'édition projetée de la JBible polj -
glotte de Le Jay le lança dans la car-
rière de la critique. En i G56 , il pu-
blia à cette occasion quatre Lettres
sous ce titre : Epistolœ IV de ingenti
Bibliorum opère septinîingui, in-8".
La manière dont on s'exprimait au
sujet du texte hébreu dans la préface
de celte Bible , ayant déplu à la ma-
jeure partie des hébraïsans , Flavigny
se rendit en quelque sorte leur or-
gane dans un Discours apologétique,
pro sacro-sanctœ edilionis hebràicœ
aiithenticd veritate, prononcé publi-
quement au Collège royal , le 1 1 fé-
vrier 1646, et imprimé la même an-
née. Les éditeurs de la Bible n'ayant
point corrigé , comme i's le lui avaient
promis , l'endroit qu'il reprenait , il
publia les quatre Lettres suivantes :
1 ". Epistolœ duce in quibus de ingenti,
Bibliorum opère ^ quod miper Liite-
iiœ Parisioritm prodiii , ac ei prœ-
fixd prœfûtione , Paris, 1646, in-8".;
2". Épislola III'^. in qiid de libella
JRuth Syriaco qiiem Abr. Echellen-
sis insertum esse voluit ingenti Si^
bliorum operi, etc., ibid., 1647;
"5 .Epislola adversùs ylbr. Echellen-
sem de libello RiUh ; simulque sacro-
sancla veritas hebrdica streniiè de»
fenditur alque propugnatur, Paris,
1648(1). Abraham Echellensis, par-
(i) C'est dans cette lettre que se trouva cette
singulière faute d'impression qui fournit à Echel-
lensis des armes terribles contre son adversaire,
Flavigny avait cité les deux passages suivants de
S. Miàthieu : QuidviJesfeiliuam moculofruirit
28 FLA
ticulièreraent attaqué dnns ces Lettres,
et même Gabriel Sionitc, répondirent
avec amertume aux critiques presque
toujours justes de Flavigny.Nous nous
abstieudrons de tout jugement sur
cette querelle , touchant laquelle on
peut lire avec fruit la Bibl. des Aut.
^cclés, de Dupin, la critique de cet
ouvrage par Richard Simon , et le Dis-
cours liistor. du P.Lclong sur les Bi-
l>ie.s polyglottes. Flaviguy ne se borna
point à ces Lettres ; en 1 65 2 il fit im-
primer une nouvelle Lettre adresse'e
à M. Grandin , professeur de Sor-
bonne , et dans laquelle il s'attache à
prouver la pureté' du texte hébreu ,
par le témoignage des Pères, des papi s
et des théologiens. Grandin ayant ré-
pondu à cette Lettre , Flavigny répli-
qua par une seconde Lettre , et détrui-
sit les autorités dont s'appuyait ce
docteur. Les opinions quelquefois exa-
gérées de ce critique , sur le texte hé-
breu, le mirent eu contestation avec
leP. Morin et LeCapelain , autre doc-
teur de Sorbonne ; il fit contre ce der-
nier un écrit publié sous le nom de
Vaumorin , et intitulé : Disquisitio
iheologica, an. ut habet Capellanus,
nonnuLla S. Scriplurœ testimonial
-EU
primitm Irabein de oculo tuo , et tune viaebis
AJizere feslucnm de odUo Jralris tui. U voulait,
par cette citation , blâmer Echeilentis d'avoir re-
levé avec aigreur le* f utc» échappées à Gabriel
.Sionite , tandis que ton livre de Ruth en conteii<iit
•Je plus grave» ou de plus nombreuses. Mai», par
tin hasard fatal , rimprimeur en voulant redre»«er
une ligne , aprè» la correction de» épreuves, laista
«-■cbapper le premier o du premier mot oculo qui
«commençait la ligne, et la feuille fut tirée avec
cette faute. A peiuc la lettre dej'lavigny cu'-elU
paru, qu'Echellensis cria au scandale , ii l'impiété,
;iccusant Sun ant <gonisle de corrompre la sainte
Kcritur. de la man:èrc la plus immorale FUvignjr
«ut be.'U soutenir qu'il était victime de la négli-
gence .:e l'imprimeur, et offrir de montrer se*
• preuves , on refnsa de le croire , et il fallut qu'il
protPstâtde ton innocence, surle* livret tainit. Au
«urjiiut , Flavigny ne tut jamais pardonner a rim-
primeur les tourments i^ue ce maudit o de moins
lui avait <:aut<'s ; et Cix'ViUier nous apprend , dans
»PO Oiiginede l'imprimerie de Paru , que trente
i^ns après l'aventure, le professeur ne parlait ja*
tnsii de cet imprimeur ciOo se li'.r'.'r a d?s luua-
vtra?aU d'one svt: colère.
FLA
alio modo proferantur à rahUnis
qiiàm nunc leguntur in voluminibus
hebrdicis ? et an indè consequi pqs-
sit textumhebràicumcorrupium esse
et vitiatum? Paris , i66(j, in- 12.
Trois ans auparavant, Flavigny , ami
vif et sincère de la vérité ou de ce qull
prenait pour elle , se fit honneur par
la chaleur avec laquelle il combattit
une thèse où l'on soutenait que l'hy-
pothèse de Copernic sur le système
du monde était renversée par les ca-
nons de l'Eglise et les foudres du Va-
tican. Dans ce petit écrit, Expostula-
tio adversàs thesim , etc. , Paris ,
i665, in-8<». ,il qualifie la proposi-
tion soutenue, de mépris de l'autorité
royale, de violement des droits du
royaume, et d'acheminement vers l'e'-
tablissement de l'inquisition : malgré
ses efforts, Flavigny ne put obtenir
l'examen delà thèse. En 1067 et 1668
il entra encore en lice au sujet d'une
thèse de Louis de Clèves , dont on
blâmait les propositions touchant la
prêtrise et lépiscopat, propositions
qu'il approuvait. 11 publia à cette oc-
casion ses Expectatœ vindiciœ ad
thesim Clevesianam ubi de episco-
patu , Tournai, 1668, in-4''. Voici
le jugement que Dupin porte de ce cri-
tique : « Flavigny suivait dans ses
» écrits son génie plein de feu ; son
» style est vif, et plus convenable à
» l'impétuosité d'un jeune homme qu'à
» la gravité d'un ancien docteur ; il a
» fait des recherches pénibles et cu-
» rieuses sur les matières qu'il a trai-
» tées, et l'on voit [>ar ces uiêines écrits,
» qu'il avait de la théologie, des belies-
» lettres et la connaissance des lan-
» gués orientales. Quelques - uns ont
» prétendu qu'il ne savait celtes -ci
» que très médiocrement ; mais la
» charge de professeur royal en lan-
») gue hébraïque , qu'il a exercée long-
» temps arec honneur , et ses liaisous
FLA
» avec les cjens Verses dans cette sorte
» d'e'rudilion , ne laissent pas lieu de
» douter de son habileté. » J — n.
FLAVIGiSY ( Cesar- François,
comte DE ) , ne' vers 1 74 o , à Oaoïine ,
en Laonnois , embrassa la pvofession
des armes, et parvin l au grade de lieute-
nant-colonel de dragons. Il obtint en-
suite une compagnie dans le régiment
des gardes françaises, fut faitmare'cha!-
dc-canip en 1 788, et , après le licencie-
ment de la maison du roi , se retira
dans sa terre de Charmes près de la
Fère , ou il mourut le 1 1 décembre
i8o3.II joi^^nait beaucoup d'esprit à
une instruction solide et variée. Il a
publié les ouvrages suivants : 1. Ré-
Jlexions sur la désertion et sur la
peine des déserteurs en France ,
1768, in-8". : cet ouvrage, rédigé
en forme d;; lettres, est adressé à
M. de Cboiseul. II. Examen de la
poM^re, traduit de l'italien d'Anloni ,
Paris, i'j75,in-8'\ U\. Principes
fondamentaux de la construction
des places , aifec un nouveau sys-
tème de fortifications , traduit du
même auteur, ibid. , 1775, in-8°.
IV. Introduction à Vhistoire natu-
relle et à la géographie de VEs-
pagne,\.Y^ày\\iQ de l'anglais de Bovvles,
ibid., 1776, in-S*^. V. Correspon-
dance de Fernand-Cortez avec V em-
pereur Charles quint, sur la conquête
du Mexique, Paris, 177B, in-i2j
en Suisse, 1779, in-8'. ( voj-. Cor-
TEZ ). H a laissé en manuscrit des ^<?-
Jlexions sur l'art militaire et sur ses
voyages en Italie , en Angleterre et
en Espagne. — A.-L.-J. vicomte de
Flavigny, fils unique du précédent,
né en i 764 , avait obtenu une lieute-
nance dans les gardes françaises. Ce
fut l'un des gentilshommes qui se mon-
trèrent le plus dévoués à la personne
du malheureux Louis XVI. 11 fut ar-
rêté après la journée du 10 aout^ et
FLA
29
resta près de dix- huit mois détenu
dans la maison de Sf. -Lazare. Enfin ,
traduit au triljunal révolutionnaire, il
fut condamné à mort, le 24 juillet
1794, comme complice de la cons-
piration des prisons. W-^s.
FLAVIO.(BiONDo) ou BlOINDO
(Flavio). Les biographes sont in-
certains de savoir lequel de ces deiix
noms est celui de famille et lequel e>,t
le prénom du savant qui les a porlc-i
dans le 1 5". siècle. D'un coté, sou
inscription sépulcrale , les Annales
de Forli sa patrie, citées par Mura-
tori, et plusieurs lettres du savant
Philelphe, son contemporain, l'ap-
pellent Biondo Flavio; de l'autre, Pal-
mieri, dans sa Chronique, Paul Jove,
dans ses Eloges , Alberti, dans sa Des-
cription de l'Italie , Joseph Scaliger ,
et quelques autres auteurs le nomment
Flavio Biondo. Tiraboschi , en adop-
tant la première opinion , déclare qu'il
ne fera point la guerre à ceux qui sont
de la seconde. Nous ne sommes pas
plus disposés à la faire à ceux qui
pensent comme lui; cependant, quoi-
que nous ayons d'abord été de sou
avis sur ces deux noms , comme le
prouve la place même que nous leur
avons réservée dans l'ordre alphabé-
tique , nous avouerons que nous avons
là dessus un scrupule aussi fort qu'on
en puisse avoir sur un pareil sujet.
C'est en latin que cet auteur a toujouir.
écrit, et ses noms latins sont Flavius
Blondus.Qi\(i\c[ue nom de saint qu'il
eût reçu au baptême , on voit qu'il le
changea en entrant dans la carrière
des lettres, pour le nom romain Fla-
vius j selon l'usage de son temps;
mais Blondus n'estpointunnom latin,
et ne peut être que le nom italien
Biondo latinisé. Notre auteur avait un
frère nommé Malteo Biondo , qui
était abbé de Sainte-Marie de la Ro-
tonde; et il dit lui-même de ce fùie,
DO FLA
dans un de ses ouvrages : prœestque
illimonasterio ahhas MatlhœusBlon-
dus nobisf rater germanus; enfin ,
ses descendants ont porte le norn de
Jiiondo , et non celui de Flavio. On a
aussi prétendu qu il était de la famille
des Ravaldini , Tune des plus distin-
guées de Forli ; Aposlolo Zeno , dans
ses notes sur la Bibliothèque italienne
de Fontanini, est lui-même de cet
avis. Tiraboschi permet bien qu'on
an soit, mais il avoue qu'il n'en voit
pas de preuves assez certaines j et c'est
encore un doute qu'on peut partager
avec lui. Quoi qu'il en soit, Flavio
Biondo naquit à Forli en 1 588. Il ap-
prit la grammaire, la rhétorique et la
poétique du savant Jean Ballislario
de Crémone. Il était encore fort jeune,
lorsqu'il fut envoyé à Milan , par ses
concitoyens, pour traiter de quelques-
unes de leurs affaires; et ce fut alors
qu'ayant trouvé le manuscrit unique
du Dialogue de Cicéron , De claris
Oratoribus , il en fit de sa main une
copie qui, envoyée à Vérone et ensuite
à Venise, répandit dans toute l'Italie
cet ouvrage. Biondo se préparait à
partir pour Rome en i45o, lorsque
Francisco Barba ro , noble vénitien ,
qui avait pour lui beaucoup d'estime,
ayant été nommé préteur de Bergame,
lui offrit la place de son chancelier,
qu'il accepta. Il se rendit à Rome sous
le pontificat d'Eugène IV , et lui fut si
bien recommandé, que ce pape le
choisit, peu de temps après, pour
son secrétaire. Eugène l'envoya en
1434, avec l'évêque de Recanati, en
ambassade à Floiencc et à Venise ,
pour demander des secours à ces deux
républiques: sa mission y obtint peu
de succès , mais il en eut lui-même un
très grand ; il se vit accueilli partout
avec empressement, et reçut même à
Venise le titre de citoyen pour lui et
pour SCS descendants. 11 était pour la
FLA
seconde fois à Florence en 144'? ^^^^
doute avec ce même pape qui y rési-
dait depuis quelques années. Pendant
tout le reste de la vie d'Eugène, qui ne
mourut qu'en 1447» Biondo remplit
auprès de lui le même emploi; il le
conserva sous ses trois successeurs
Nicolas V, Calixte ÏII , et Pie II. Il
paraît cependant qu'il fut calomnié par
ses ennemis auprès du premier de ces
trois pontifes , et qu'il en résulta pour
lui une sorte de disgrâce. Il s'absenta
de Rome eu i45o , fît quelque séjour
à Ferrare, et voulut inutilement obte-
nir, par le crédit de Philelphe,un emploi
honnête à la cour du duc de Milan ,
François Sforza; mais il retourna
enfin à Rome en i455: Nicolas V
lui fit un très bon accueil, et lui rendit
toute sa confiance. Dans cette place
qu'il occupa si long temps , il aurait fa-
cilement lait sa fortune , s'il avait pris
l'état ecclésiastique; mais il était marié.
Content de laisser à ses cinq fils une
éducation soignée, et de les avoir for-
més aux sciences, il partagea le peu
de biens qu'il avait pu amasser, entre
ses filles, pour leur servir de dot. Ses
fils portaient les prénoms d'Antoine,
Gaspard, Jérôme, Julien et François,
et tous cinq le nom de Biondo. Mag-
nam spem, dit-il lui-même, Dei mu-
nere constilutam videmus in quinque
Blondis natis nostris qui literis om-
nés pro œtalesuntpleni. ( Ital. Illustr.
Région. VI, p. 348). Ce passage nous
paraît laisser peu de doute sur la ques-
tion de savoir si c'était Flai>io ou
Biojido qui était son nom de famille.
Il mourut h Rome le 4 j"'" i465,
âgé de "jS ans , laissant plusieurs sa-
vants ouvrages qui ont été recueillis et
publics ensemble à Bâle, en i55i , et
réimprimés en iSSg, iu-fol. ï. Le
long séjour qu'il fit à Rome, et l'exa-
men attentif des restes innombrables
d'antiquilés duut celte capitale du
FLA
Monde était remplie , lui firent con-
cevoir l'idée de publier une descrip-
tion, la plus exacte qu'il lui serait pos-
sible, du site, des édifices, des portes,
des temples et des autres monuments
de l'ancienne Romej c'est ce qu'il exé-
cuta dans un ouvrage qu'il dédia au
pape Eugène IV, et qui est intitulé:
Romœ instauraiœ libri 1res ) ouvrage
d'une érudition prodigieuse pour le
temps, et dans lequel les monuments
sont expliqués, pour la première fois,
par les témoignages des anciens au-
teurs , recueillis et examinés avec un
soin et une attention infatigables. La
première édition de ce livre parut,
selon Mailtaire , à Vérone , 1 482 ,
in-fol. II. Le gouvernement, les lois,
la religion , les cérémonies des sacri-
fices, la milice, la guerre, les triom-
phes, enfin la forme entière de l'ad-
ministration de la république romaine,
sujet encore plus difficile , qui exigeait
plus de travail et de plus fongues étu-
des, et qui n'avait encore été essayé
par personne, fut l'objet d'un autre
ouvrage de Biondo, qu'il n'écrivit que
dans les dernières années de sa vie ;
il lui donna pour titre, Romœ trium-
phantis libri decem , et le dédia au
pape Pie II : le même bibliographe en
cite une première édition de la même
année 14B2 , à Brescia , aussi in-fol.
m. C'est encore à l'étude des antiqui-
te's qu'il faut rapporter l'ouvrage qu'il
composa , à la demande d'Alphonse
d'Arragon, roi de Naples , et qui con-
tient , sous le titre à'Italia illustrata ,
la description de l'Italie entière , divi-
sée comme elle l'était anciennement en
quatorze régions , avec des recherches
sur l'origine, l'histoire et les révo-
lutions de chaque province et de
chaque ville. La première édition
parut à Rome , chez J.-Ph. de Ligna-
mine, en 14745 in-fol., par les
«oius de son fils Gaspard Biondo.I V.U
FLA
5t
avait entrepris un ouvrage historique
d'une plus grande étendue, et qui de-
vait embrasser l'histoire générale , de-
puis la chute de l'Empire romain , jus-
qu'à son temps : mail» lorsqu'il mourut,
il n'en avait écrit que trois décades,
et le premier livre de la qualrième,qui
furent imprimés d'abord séparément:
Historiarum ah inclinatione Romani
imperiiad annum i /^/^OjdecadesIIIy
libri XX JT/ , Venise , 1 483, in-fol.
Le pape Pie II ( JEneas Sybius )
fut si satisfait de ce travail qu'il voulut
en faire un abrégé, qui parut à la suite
de la seconde édition, cum Ahrevia-
tione PU Ilypapœ^ Venise, î484>
in-fol.; mais cet abrégé ne s'étcrid que
jusqu'à la fin de la deuxième décade.
V. Le même recueil contient encore un
ouvrage sur l'origine et l'histoire de
la république de Venise, lequel avait
aussi paru une première fois sous le
titre, De Origine ac gestis Tenetorum,
Vérone , 1 48 1 , in-fol. La bibliothè-
que d'Oxford possède, dit-on , un ma-
nuscrit intitulé : Blondi Consultatio
an bellum velpax ciim Turcis magis
expédiât reip. Fenetœ. La décision
de l'auteur est pour la guerre. On cite
aussi deux manuscrits de lui, dans la
lïfbliothèque du Vatican , l'un ayant
pour titre : Z><? Expediiione in Turcas
ad Alphonsum regem ; et l'autre :
De eddem ad ducem Genuœ. Le
sujet est le même que celui du précé-
dent , et ils tendent au même but.
Les ouvrages historiques de Biondo
pèchent; surtout, par le style, qui est
sec et peu élégant. Ceux qui ont l'an-
tiquité pour objet, ont le même défaut;
on y peut reprendre aussi des erreurs
etbeauconp d'omissions. Rome et l'Ita-
lie furent mieux connues et mieux de'-
crites par les antiquaires du 16". siè-
cle, et l'ont été plus parfaitement en-
core dans le 18°. et de nos jours ;
mais Flavio Biondo entra le premier
3i
FLA
dans la carrière; il Taplanit, il la
prépara pour ceux qui devaient le sui-
vre , et SCS ouvrages quoique impar-
faits supposent eu lui beaucoup de
savoir, d*application et de sagacité.
G— E.
FLAVITAS ou FRAVITAS, pa-
triarche de Constantinople , parvint
par la ruse à cette dignité, en 4B8,
après la mort d*Acace. L'empereur
Zenon , embarrassé du choix d'un
pontife , imagina de publier un jeûne
solennel et de mettre un papier blanc
cacheté sur l'autel, en priant le ciel
de permettre que le nom de celui qui
conviendrait au siège patriarcal se trou-
vât inscrit sur le papier à la fin du
jeûne. L'ambitieux Fiavitas corrompit
l'eunuque chargé de veiller sur le billet
sacré et y fit adroitement inscrire son
nom , sans qu'on pût s'apercevoir de
cette fraude. Par ce moyen , Fiavitas
fut proclamé. Il conserva sur le siège
de Constantinople l'esprit d'intrigue
qui l'y avait porté. D'un coté , il pro-
testait dans ses lettres au pape Félix
de sa soumission au St.-Siége; de
l'autre , il excitait et encourageait se-
crètement les hérétiques. Ces ma-
nœuvres coupables furent découver-
tes, et bientôt on pénétra le secret
de son élection sacrilège j il allait être
puni, lorsque la mort vint le dérober
au châtiment, un an après sou élec-
tion. L — S — E.
FLAVIUS (Caïus), personnage
dont les écrivains les plus illustres de
Borne, tels que Cicéron, Tite-Live,
Pline , etc , ont parlé , et sur le compte
duquel il règne, malgré cela, la plus
grande obscurité. Il parvint à l'édilitc
curule , mais ce ne fut point sans diffi-
culté, à cause de la bassesse de sa
naissance, n'étant que le fils d'un af-
franchi; mais il avait de r.<di'esse et
de l'éloquence. Les uns prétendent
qu'avant d'être édile , il avait déjà
FLA
rempli d'autres magistratures, telles
que le tribunat. D'antres, au contraire,
disent qu'il n'était qu'un simple scribe,
c'est-à-dire , secrétaire d'un rangislrat,
ou dépositaire des registres, où il
transcrivait les actes publics. Celui
qui présidait les comices où il fut
nommé édile, ne cojisentit à publier
son élection qu'après qu'il eut promis,
avec serment, de renoncer à sa pro-
fession, qui était alors peu estimée à
Rome. Pour se venger des nobles, qui
montraient le pins profond mépris
pour lui , à cause de la bassesse dé
son extraction , il publia les Fastes y
qui indiquaient les jours où l'on pou-
vait ou non agir en justice , et les for-
mules des actions qu'on était obligé
d'employer , et que les^pontifes et les
patriciens , qui en étaient les déposi-
taires , cachaient avec beaucoup de
soin , pour que ceux qui avaient be-
soin de les connaître , fussent sans
cesse obligés de recourir à eux. L'an-
née étant lunaire à Rome, avant la lé-
formalion du calendrier par Jules-Cé-
sar , les pontifes étaient chargés de
faire les intercalalions nécessaires
pour l'accorder avec l'année solaire.
Ils faisaient par ce moyen comracncci:
ou finir l'année quand ils voulaient.
Ils l'abrégeaient ou la prolongeaient
souvent pour favoriser des intérêts
particuliers. Les jours appelés fasii
étaient ceux où les tribunaux étaient
ouverts , et les nef asti ceux où on les
fermait. Les pontifes, maîtres de la
distribution des jours comme des an-
nées, pouvaient seuls les indiquer.
Cicéron demande à quoi pouvait ser-
vir la publication des Fastes , qu'on
disait avoir été faite par Flavius. La
variation du calendrier était telle ,
qu'en publiant les fastes d'une année,
cela ne réglait rien pour celles qui la
suivaient. Ce qui paraît le plus cons-
tant c'est que Flavius , qui , eu m
i^ialile de scribe, avait pu connaître
les formules qu'on était obligé d'em-
ployer, à peine de nullité, pour les
actions qu'on intentait eu justice, en
«âéroba le secret aux patriciens pour
Je livrer au public , qui en fut très sa-
tisfais. Cette collection fut appelée de
son nom JUS
Flai'innum : mais il exis-
tait avant lui un rocueil du même
genre, appelé jus Papiriantiin , de
Papirius son auteur. Jl y en eut encore
im après Flavius , publié par un nom-
mé iÉlius, qui porta le nom dvjns JElia-
num. Il est difficile de dire quelque
chose de certain sur des faits douteux
même pour les plus habiles écrivains
de Tancienne Rome. Quoi qu'il en soit,
Flavius jouit à Rome d'une grande
popularité. Outre les hautes magis-
tratures oiî il fut élevé, on le chargea
de dédier un temple à la Concorde; et
\t grand pontife , malgré sa résis-
tance, fut forcé, par le peuple , de
l'assister dans cette cérémonie. Un pa-
reil honneur avait été réservé jus-
qu'alors pour les consuls ou les géné-
raux distingués. Pour qu'un pareil
exemple ne se renouvelât plus, on fit
ime loi par laquelle on défendit de
dédier un temple et un autel sans la
permission du sénat , et de la majeure
partie des tribuns du peuple. Flavius,
<jui connaissait le mépris que la no*
blesse avait pour lui , se plaisait à l'hu-
milier toutes les fois que l'occasion
s'en présentait. Un jour qu'il a!!ait
voir un de ses amis malade , il trouva
chez lui plusieurs jeunes gens, appar«
tenant à des familles nobles , qui ne
daignèrent pas se lever en le voyant
entrer, il se fit apporter sa chaise eu*
ruie , et s'y étant assis , il jouit ainsi
en leur présence des marques de sa
dignité. Cicéron, dans ses livres de la
Bépublique , d'accord en cela avec Tite-
Live , plaçait l'époque où vivait Fla-
yius vers l'au 447 de Rome. 11 parî^t
XV.
F L A 55
qu'Atticus le croyait plus ancien, et
même antérieur au décemvirat; mais
Cicéron lui fait remarquer que Flavius
ne pouvait avoir vécu avant les dé-
cernvirs, puisque l'édilitécurule, dont
on i*honora , ne fut créée que long-
temps après eux. B — i.
FLAVIUS-CLEMENS. Foy, Do-
MITILLA.
FL WÎUS. Vor. JOSÈPHE.
FLÉCHiER ( Esprit) , issu d'une
famille autrefois distinguée , mais
tombée depuis dans l'obscurité, naquit
le 10 juin i63'2 , à Pernes, petite
ville du di(icèse de Carpentras. Le P*
Audifret , général de la congrégatioa
de la doctrine chrétienne, homme es-
timé et instruit , était son oncle. H
prit soin de sa jeunesse, et sui veilla
ses premières études. Lui-même, à
l'âge de seize ans, entra dans cette con-
gi égation , ou il se forma à la piété
et aux vertus ecclé'^iastiques. Il avait
pour l'éloquence des dispositions qui
n'échappèrent pas à la pénétration du
P. Audif» et , et que celui ci s'appliqua
à cultiver. Il s*attacha surtout à ins-
pirer à son jeune parent l'amour du.
beau et du vrai , par la lecture des
bons modèles. Flécliier raconte qu'il
y mêlait celle des scrmonaires italiens
et espagnols , qu'il appelait ses houf*
fons. Il apprenait dans ceux-là le se-
cret des belles compositions; les au-
très lui offraient les défauts qu'il devait
éviter, et il avoue que le ridicule de
ces derniers n'a pas peu contribué à
le guérir de l'afféteri ' et de l'emphase y
et à lui épurer le goût. Suivant l'insti-
tut de la congrégjilion , Fiéchier fut
employé à Renseignement. En iSSq,
âgé seulement de vingt -sept ans, il
professait la rhétorique à Narbonne^
et il y prononça l'oraison funèbre de
M. de Rebé, archevêque de cette ville:
on ne la trouve point dans ses œuvres,
sans doute parce quelle était au-
5
54 F L Ë
dessous de la renommée qu'il acfjuit
d'^puis. Peu de mois après, le P. Au-
difret étant mort, et quelques chan-
geîueats qui ne converiaionl point à
Flecliier, devant M^percr dans le ré-
gime des doctrinaiies , il en quitta
l'habit, et vint à Paris, où d'abord il
fut occupe dms une paroisse au mo-
deste emploi de catéchiste ; mais
bicnJot il s'y fit connaître par des
poésies latines et françaises, et sur-
tout par une description en beaux vers
latins du brillant carrousel, Circus re-
gîus , dont Louis XIV donna le spec-
tacle en 16G2. On s'e'lonna de voir
rendues avec tant de succès , dans
une langue ancienne, des idées qui
1) 'appartenaient qu'à nos temps mo-
dernes. Cela commença la rcputaiion
de Flécbier. II s'était chargé de l'édu-
cation de Louis Urbain lA'fêvre de
Caumarlin , depuis intendant des fi-
nances et couseiller d'état. La maison
de Louis de Caumartin , père de sou
élève, était fréquentée par ce qu'il y
avait de plus considérable à la cour et
à la vilîc. Les talents de Fléchier, son
amabilité, la douceur de sou commerce
et la régularité de ses mœurs lui ac-
quirent de nombreux amis dans celte
classe distinguée. Le duc de Montau-
sier, qui ne prodiguait point sou
amitié, en prit pour lui une très
vive, se déclara son Mécène, et le
produisit près du dauphin dont il
était gouverneur, lui procurant la
place de lecteur de ce jeune prince.
Les setHions de Fléchier accrtuent
sa réputation, et ses oraisons fu-
nèbres y mirent le comble. 11 fut
choisi pour faire celle de M"*', de
Montausier , et il y déploya un grand
talent ; ce qui lui ouvrit les portes de
l'âcadcmie française , où il fut reçu en
lO-jô, à la place de M. Godeau, évê-
que de Vcuce, le même jour que
Racine : il pria le premier et excita
FLË
de vifs applaudissements. Le graucl
poète fut moins heureux que l'orateur,
et le discours di; Racine, à peine en-
tendu , fut jugé défavorablement; tant
il y a de chances dans les succès ,
même pour le mérite éminent. Celui
de Fléchier devait attirer sur lui les
fjveurs (le la cour. Le roi lui donna
successivement l'abbaye de St. - Se-
vcrin, diocèse de Poitiers, la char-
ge d'aumouier de M'"*', la dauphine,
et , en \ 685 , l'évcché de Lavaur.
Louis XIV savait non seulement ré-
compenser les services, mais encore
assaisonner ses dons, d'obligeance.
« Je vous ai fait un peu attendre ui-e
» place que vous méritiez depuis
» long-temps, lui dit le monarque;
» mais je ne voulais pas me pri-
» ver sitôt du plaisir de vous enlen-
» dre. » Du siège de Lavaur , Fléchit r
lut transféré à celui de îsîmes en 1687.
Lors de celte nomination , quoique ce
nouveau siège fût plus riche et plus
honorable, il suppha le roi , par une
lettre respectueuse et touchante, de
vouloir bien le laisser à Lavaur, « pour
» y aclu'ver, disait- il, l'ouvrage qu'il
» y avait commencé, en cntretenai C
» et en augmentant les bonnes dispo-
» silions où il voyait les nouveaux con-
» vertis de son diocèse. » Le roi n'eut
point égard à celte prière; il vain-
quit la répugnance de Fléchier en lui
faisant sentir qu'il serait encore plus
utile à l'Église et à lui , à ^')mes qu'à
Lavaur ; qu'il y avait dans ce diocèse
et plus de travail et plus de bien à
faire. En effet, les calvinistes y étaient
très nombreux. Plusieurs avaient fait
abjuration ; mais leur conversion était
équivoque. Fléchier mil tant de pru-
dence dans sa conduite, il tempéra son
zèle par tant de charité, qu'il en rame-
na la plus grande partie au sein de l'É-
glise, et se fit aimer et estimer des au-
tres. Dans les troubles des Cévènes , il
F L E
acloucir,autnnl qu'il lut en lui, la ri-
gueur des édils.U se monlra si sen-
sible aux maux de ceux qu'on perse'-
cutait , si indulgent pour leur égare-
menl et leurs erreurs , qu'il se fit res-
pecter des fanatiques mêmes , et que
dans ce pays sa mémoire, encore au-
jourd'hui, est en bénédiction parmi
les protestants, les devoirs de i'cpis-
copat n'avaient pas ajfîaibli en lui l'a-
mour des lettres-. Il devint le proiec-
teur de l'académie de INîraes (^ f^uf.
Faure de Fors'DAiviENTE ). Il cn éta-
blit une autre dans son palais, oii
se form.ùent sous ses yeux et par ses
leçons, de jeunes orateurs et des
écrivains qui se rendirent ensuite uti-
les à l'Eg ise. La vertu de Fiéchicr
était douce et condescendante, com-
me Test toujours la véritable venu.
Si l'on en croit d'Alembert , il tendit
une main paternelle à une malheureuse
religieuse qui avait commis une faute
grave, imitant celui qui avait par-
donné à la femme adultère ; et ii ré-
primanda sévèrement la siqiéiicure
qui l'avait punie avec piusdebaibarie
encore que de justice. Vrai ou faux (i^ ,
ce trait n'offre rim du moins qui ne
soit dans le caractère de Fléchier ,
dont la charité ne connaissait point
de bornes. Dans la disette qui suivit
l'hiver de 1709, il distribua des som-
mes immeuses, ne faisant aucune
distinction entre protestants et catho-
liques. Tous étaient ses enfants , tous
eurent part à ses bienfaits à propor-
tion de leurs besoins. Dans des mo-
ments de presse, il soutint l'hôpital
de Nîmes par des aumônes considé-
rables , et laissa en mourant plus de
vingt mille écus aux pauvres. Reli-
ai) Plusieurs révoquent en tlonte cette histoire,
qui n'est placée ici que parce que d'autres bioyra-
tibes l'ont r.ipportée. Eu général , on impute a d'A-
lembert , moins curieuTL de la vérité que de <:e qu'il
croyait propre à rendre ses Eloge» piquants, de
n'avoir pas été fort scrupulemi sur rauthcnticité
de» anecdotes qu'il y a répandue*.
FLE
55
gieux comme doit Fétre un évêque,
c esta-dire avec un zèle éclairé et dé-
gagé de toute superstition , il écarta
de son diocèse les dévotions qui pou-
vaient être pour les protestants un.
sujet de dérision , ou compromettre
à leurs yeux la majesté et la pureté du
culte catholique. Il publia une élo-
quente lettre pastorale au sujet d'une
croix de St. -Gervais, qu'on préten-
dait être miraculeuse, et prémunit sgs
ouailles contre les prodiges menteurs
par lesquels on a abusé quelquefois
de la crédulité du peuple. Il prévit sa
mort prochaine, et craignant que la
vanité, ou même le respect pour sa
mémoire, ne lui fît élever un monu-
ment trop remarquable , il chargea ua
sculpteur de lai apporter un dessin
modeste pour son tombeau. Après
avoir choisi le plus simple , entre
deux qu<)n lui présentait, il ordonna
de Texécuter. Il survécut peu à cet
ordre, et mourut à Montpellier, le
16 février 1710, âgé de soixante-
dix - huit ans. « Si l'on excepte son
Histoire de ïhéodose, dit un criti-
que (i) , de toutes les parties des
belles -lettres qu'il a cultivées, l'élo-
quence de la chaire est la seule où
Fléchier ait réus.si d'une manière dis-
tinguée : on a comparé ses oraisons
funèbres à celles de Bossuet, sans
faire attention que les comparaisons
deviennent inutiles entre deux génies
difterenls. Celui de Bossuet était su-
blime en tout. Celui de Fléchier ne
paraît avoir eu en partage que \a no-
blesse <les pensées et l'iiannonie de
l'éiocution. il est vrai qu'il possédait
éminemment ces deux qualités de
l'orateur, et que personne n'a porté
aussi loin la dernière : mais Flé-
chier, même dans la partie où il a le
mieux réussi, n'est point sans dé-
(n Ltt Tiois SiècUs d* la L
cane.
itlérauire fran-
S6
FLË
fauts; on peut lui reprocher trop de
penchant à mettre de l'esprit dans
SCS pense'es, trop d'affectation dans
la syme'trie du style , trop de goût pour
les antithèses: cependant si ses orai-
sons funèbres et ses sermons perdent
beaucoup de leur mérite par une élc'-
gance trop compassée, on peut dire
que ses instructions pastorales et ses
discours synodaux sont bien éloignés
d'une pareille affectation Ceux qui
s'obstiuent à reprocher à l'église ro-
maine un caractère de dureté et d'in-
tolérance, n'ont qu'à parcourir les
instructions qu'il donnait à ses dio-
césains pendant les troubles des Cé-
vènes , ils verront comment un esprit
vraiment' pastoral sait allier la fer-
meté de la foi avec la charité qu'elle
ordonne. Ils seront pénétrés de res-
pect et d'attendrissement pour cette
douceur de morale , cette générosité
de sentiment, cette indulgence qui
plaint l'erreur en la combattant. C'est
dans ces ouvrages que la philosophie
elle - même apprendra Tusage qu'on
doit faire des lumières et du senti-
ment, et se convaincra que l'huma-
nité n*a pas de consolation plus so-
lide que la religion, comme la po-
litique n'a pas de meilleur appui. »
Ou a de Fléchier : I. Antonii Marias
Gratianif de vitdJoannis Francisci
Commendoni cardinalis libri //^,
sous le nom emprunté de Roger
Ak^kia, Paris, 1669, in -ri. II. La
Fie du cardinal Commendon , Paris,
1671 , in-4''. ; c'est la traduction de
l'ouvrage précédent : écrite avec pu-
reté, et une grande délicatesse de
style, elle a eu plusieurs éditions.
III. De casibïis virorum illuslrium
aiitore Antonio Maria Gratiano^
operd ac studio Sp. Flecherii , Paris,
1680, in-4*'. I-'C manuscrit de cet
ouvrage, qui contient des choses
curieuses , provenait de résèque de
FLÉ
Paderborn , depuis évêque de Munï-*
ter ; Fléchier y fit une préface latine
d'un style pur et élégant. L'abbé le
Pelletier en a donné une traduction
française. IV. Histoire de Théodose-
le- Grand ^ Paris, 1679, in-4°.,
^ composée pour l'éducation du dau-
phin. Elle est remarquable par la
beauté du style et par l'exactitude
des faits. L'auteur y relève les gran-
des qualités de Théodose, et n'y
dissimule ni ses défauts ni ses fau-
tes. V. Histoire du cardinal XimC'
nés j Paris, 1693 , un vol. in-4®. , et
2 vol. in- 1 2 ; Amsterdam , 1 693 , a
vol. in- 12. Quoique moins bien écrite
on préfère celle de l'abbé Marsollier.
Fléchier n'a peint ce cardinal que du
beau côté; c'est le portrait d'un saint j
le ministre et le politique n'ont au-
cune part dans le tableau : Marsollier
fait mieux connaître ce personnage,
VI. Oraisons funèbres f i68i , in-
4". et in - 12 , très souvent réimpri-
mées. Il y en a une édition de 1 802 ,
2 vol. in- 18, avec une Vie de l'auteur,
et des Notices sur les personnages
qui sont les objets des oraisons fu-
nèbres. M. Mongin remarque qu'avant
Fléchier l'oraison funèbre , toute pro-
fane, no consistait qu'à arranger de
beaux mensonges ; que Fléchier la
rappela à sa véritable destination , en
ne songeant, dans l'éloge des morts,
qu'à faire des leçons aux vivants.
L'oraison funèbre est le triomphe da
Fléchier , et celle de Turcnne est sou
chef-d'œuvre. VIL Panégyriques
des Saints^ Paris, 1690, un vol»
in-4"., et 1697, 2 vol. in-12 ; ^l^'9t
5 vol. in-i2 ; écrits avec pureté, mais
pas toujours exempts d'alfocfationv
VI IL Sermons de morale prêches
devant le roi , avec des discours
sj'nodaux et les sermons prêches
par Fléchier aux Etals de Lan-
guedoc et dans sa cathédrale j, 3
FLE
Tol. in -12. Od y trouve, comme
dans les autres ouvrages de FJecbier,
un style pur , fleuri , noble , brillant
même ; mais ils manquent de profon-
deur : la préface de ces sermons est de
Tabbé du Jarry. Les oraisons funèbres,
les panégyriques , et plusieurs ser-
mons de Fle'cliicr ont e'të tiaduits en
allemand, Liegnitz, 6 vol. in -8".,
( Voyez Flottwell ), et en italien,
par un carme , qui s'est cache' sous
le nom de iSelwagio Caniurani ,
Venise, 17 12, 2 vol. in- 12. IX.
OE livres posthumes, contenant ses
harangues , compliments , discours ,
poésies latines , poésies francoises ,
Paris , 1 7 12 , in-i 2. Parmi les poésies
françaises se trouvent quatre dialogues
sur le Qaiétisme. Le style des haran-
gues et des compliments est élégant et
soigné, attention qui n'abandonnait
jamais Fléchier , et qui a fait dire au
P. De la Rue , « qu'il ne sortait rien de
sa plume qui ne fût travaillé, et que
ses lettres , ses moindres billets
avaient du nombre et de l'art. » X.
Mandements et Lettres pastorales ,
ai^ec son Oraison funèbre par Vahhé
du Jarry ^ Paris , 1 7 1 2 , in- 1 2. Cette
oraison funèbre n'a jamais été pro-
noncée. XT. Lettres choisies sur di-
vers sujets , Paris , 1 7 1 5 , 2 vol.
in- 12. On y trouve des Mémoires
et une Relation des troubles des
Cévènes.WïAjai Relation d'un Voya-
ge en Auvergne. Cette production ,
qui ne contient qu'environ vingt-neuf
pages in-i8, et qui est un badi-
nage de la jeunesse de Fléchier, ne
mériterait pas d'être rappelée , si , in-
sérée dans une collection de Voyages
en vers et en prose , Paris , 1 808 , elle
n'avait donné lieu à quelques biblio-
graphes d'imputer à Fléchier , sur des
institutions respectables, une opinion
qu'assurément il ne partageait point.
Si peu d'importance était attachée à
FLE 57
celte pièce, et elle était demeurée si
obscure qu'on ne la trouve point dans
ses Œuvres mêlées, où natunlle-
ment était sa place. On a attribué à
Fléchier un Recueil de toutes les An^
tiquités qui se trouvent dans la pro-
vince de Languedoc , avec des expli-
cations , 6 vol. in fol. , restés manus-
crits : ce recueil est ^Auné Rulman,
assesseur criminel en la prévoté de
Languedoc,, né à Nîmes , et y demeu-
rant. Le manuscrit porte la date de
1627, cinq ans avant la naissance de
Fléchier , qui n'a laissé en ce genre
qu'une Description succincte des
Antiquités de Nîmes. M. l'abbé Eé-
gaut a composé un éloge de Fléchier ,
qu'il a adressé à M. de Basville, et in-
séré dans le tome V de ses Sermons.
On en trouve un autre par M.Menard,
avocat, dans V Histoire des Evéques
de Nîmes, tome lï; un 5^. à la tête
de l'édition in- 1 2 de ses Oraisons fu-
nèbres , avec une lettre où Fléchier fait
lui-même son portrait : un 4^. par
d'Alembert, lu à l'académie française
le 19 janvier 1778, et imprimé dans
le recueil d'éloges de cet académi-
cien. M. Menard préparait une collec-
tion complète des œuvres de Flé-
chier, in-4°.; il n'en a paru qu'un
volume : l'abbé Ducreux , chanoine
d'Auxerre, a donné cette collection
sous le titre à' Œuvres complètes de
jnessire Esprit Fléchier,Kimes, 1 782,
1 0 vol. in-80. ( F. Ducreux ) L — y.
FLECKNOE (IUchard), poète
anglais, qui vivait sous te règne de
Charles IL Après la révolution, la place
de poète lauréat ayant été otée à
Dryden , converti depuis peu de
temps à la religion catholique , et
donnée à Flecknoe, qui assurément
ne la méritait guère, Dryden, déjà
prévenu contre lui , composa à cette
occasion la fameuse satire intitulée
MacFkcknoey l'nn de ses ouvrageiles
5S FLE
plus piquants, et qui a servi en quel-
que sorte de modèle à la Dunciade.
Sans cet ouvrage de Dryden , Fieck-
iioe serait sans doute entièrement ou-
blie' aujourd'hui. De plusieurs comé-
dies qu'il a composées, une seule, la
Domination dt l'Amour, imprimée
en 1654, et réimpiimée en 1664
sous le titre dii /?%«^ de V Amour,
fut représenléc , mais n'eut aucun
siuccès. II rie se tint pas pour con-
damné par cet arrêi du public, que
dans son indij;nalion il appelait peu-
ple et jii^e sans jugement. Il conti-
nua d'écrire pour le lliéàtrej mais sa
comédie des Damoiselles à la mode,
imprimée en 1667, fut refusée par
les comédiens. Il en fut de même de
ses deux autres pièces, Ermina, ou
la Femme chaste, et le Mariage
d'Oceanus et Briiannia. On a auisi
de lui des Epigrammes et des énig-
mes, et un Kecueil écrit de sa main,
intitulé le Diarium , ou Journal
divisé en douze journées, en vers
burlesques. On a dit qu'il avait été
jésuite; mais ce n'était sans doute
qu'une insinuation de ses ennemis ,
assez commune dans un temps où
le mot de jésuite était en Angleterre
une espèce d'injure. X — s.
FLKETWOOD ( Guillaume ),
issu d'une bonne famille du comté
de Lancastrc, mais enfant illégitime,
naquit sous le rè^ne de H?nri Vlll ,
et fut élevé à Oxford; il s'adonna en-
suite à l'élude des lois, et, protégé
par le comte de Leicester, fut nommé
en 1 56c) assesseur ( recorder ) de la
ville de Londres. Il s'y fit remarquer
par sa vigilance , par un esprit adroit
et un peu facétieux qui le rendait
agréable au peuple, par son activité
surtout à poursuivre et à découvrir
les catholiques , qui l'ont peint comme
un homme sans pitié, inquiet, am-
bitieux , toujours prêt à se mcllrc eu
FLE
avant, et cherchant à faire sa cour
par les moyens qu'il jugeait devoir
être les plus agréables. Quand le res-
sentiment d'un prêtre persécuté au-
rait un peu chargé les couleurs de ce
portrait , on en démêlerait cepen-
dant la ressemblance dans la con-
duite d'im homme que ses biographes
protestauls représentent pour lui faire
honneur comme le plus grand fléau
des catholiques « toujours à la chasse
» des jésuites , mai chauds de messe
» ( mass mongers ) et des récusants
» sans distinction de rang, d'âge ou
» de sexe » ; qui savait s'avancer et
se faire désavouer , forcer la maison
d'un ambassadeur étranger alin d'y
chercher des Anglais réunis pour eu-
tendre la messe dans sa chapelle par-
ticulière, et se laisser mettre en pri-
son pour cette violence sans parler
des autorisations qu'il pouvait avoir
reçues à cet égard ; qui , réprimandé
par la reine pour l'avoir trop louée
dans une harangue publique, usa , en
rendant compte de ce fait au lord tré-
sorier, lui soutenir que la reine avait
tort, parce qu'il n'avait rien dit que de
juste et de vrai. C'est-!à le zèle et le
courage d'un courtisan bien plus
encore que celui d'un fanatique; il fut
en quelque sorte l'ame damnée du
comte de Leicester. Il arriva à Fleet-
wood ce qui arrive à celui qui pro-
digue ses services ; on le laissa vieil-
lir dans un emploi qu'il remplissait si
bien, (pie, pour l'y laisser, lorsqu'a-
près vingl-tro's ans de service il de-
manda la place d'avocat de la reine ,
on donna ceUe place à un autre. Il
l'obtint cependant dix ans après, en
iSg'i; mais il ne la posséda qu'un
an, étant mort en iSqS. Ou a de lui
plusieurs ouvrages, entre autres : 1.
Annalium tam regum Edw ,rdi V,
Richardi III et Ilenrici VU quàm
Ilenrici FUI , tilulorum ordine al-.
FLE
phahetico muîîb jam melîàs quhm
antè dif^esiorum elenchus , Lon-
dres, 1379, 1597. II. Jj Office d'un
juge de paix , i^ondres , i658, in-
8\ HI. UnP Table des Rapports
d* Edmond Plowden (en français).
X— s.
FLEETWOOD ( Charles ) , vice-
roi d'Irlande sous le protectorat de
Cromwell , descendait d*une bonne
famille qui occupait des places à la
cour. Le grand -pcre de Flcelwood
avait été receveur de la cour des pu-
pilles, et cet emploi passa en 16/1 4 à
6on petil-fîls , qui, dès les premières
époques des troubles, se ranj^ea sous
les drapeaux parlementaires. Il de-
vint bientôt colonel de cavalerie, puis
gouverneur de Biistol, et fut élu mem-
bre du long-parlement. Au moisde juil-
let 1647, l'armée le nomma l'un des
commissaires chargés de traiter avec
les membres du parlement relative-
mentaux points en litige entre ces deux
corps; mais, malgré son zèle ardent
pour le parti militaire, il ne prit pas
personnellement part à la mort de
Charles V\ Quand la république fut
établie, Fleetwood fut placé dans le
conseil d'état , élevé au grade de
lieutenant-général, et contribua beau-
coup à la victoire remportée en i65o
sur Charles II à Worcestcr. Peu de
temps après il assista aux conférences
qui eurent Heu entre les principaux
officiers de l'armée et plusieurs mem-
bres du parlement, et dont l'objet
était de déterminer la forme de gou-
vernement à adopter pour l'Angle-
terre. Il déclara qu'il trouvait très dif-
ficile de décider si une république ab-
solue ou une monarchie mixte con-
venait le mieux; et cependant les mi-
litaires en général se montrèrent op-
posés à toute idée de monarchie,
taudis que chacun d'eux était un vrai
mouarque dans son régiment ou sa
F L E 5o
compagnie. A la mort d'Ircton , Crom-
wel jeta les yeux sur lui pour lai
faire épouser sa fille, veuve de ce gé-
néral. Le protecteur fut guidé dans
ce choix tant par les principes de Fleet-
wood que par ses relations de pa-
renté avec beaucoup de personnes con-
sidérables dans l'armée. Fleetwood
devenu gendre de Cromwell fut nom-
mé commandant-général des troupes
en Irlande, el l'un des commissaires
civils de celte île, qu'il ne tarda paj^
à soumettre cntièrejuenl , et dont il
eut le titre de vice -roi quand son
beau-père eut obtenu celui de pro-
tecteur. Malgié les liens étroits qui
l'unissaient à Cromwell, il s'opposa
fortement avec Disbrowc ctLajnbert
à ce qu'il prît le titre de roi quand
il y fut invité par le parlement en
1657. Il est probable que cette dé-«
marche lui fit retirer la vice-royauté,
qui fut donnée à Henri Cromwell ,
second fils du protecteur. Cependant
Fleetwood n'essuya pas une disgrâce
cdtnpièle; car son beau-père le fît en-
trer dans la chambre haute qu'il for^
ma. Il signa l'ordre de proclamer Ri-
chard Ciomweîl protecteur, qjiand.
ce dernier succéda à cette dignité à
laquelle on pense que lui-même aspi-
rait. Ce fut sans doule le renverse-
ment de ses espérances qui lui fit
bientôt nunifester sou aversion pour
cet ordre de succession, et décider que
personne ne serait au-dessus tie lui,
il se joignit en conséquence aux offi-
ciers mécontents , pour déposer Ri-
chard , après qu'il lui eut pei-suadé
de dissoudre le parlement, et inviter
les membres du long parlement qui
avait siégé jusqu'au ao avril i653 à
revenir occuper leurs places d'où
Cromwell les avait expulsés. Il fut
promu au conseil d'état , nommé lieu-
tenant-général de l'armée, puis ua
d,es comciissaires charg;cs de la rçV
4o FLE
gir,et enfin coramandant-general de
toutes les troupes. Tous ces hou-
Beiirs ne rendirent pas sa position plus
brillante ; au mois de décembre 1 659
il reconnut que son cre'dit baissait
constamment parmi les militaires qui
Toulaicnt que le parlement jouît de sa
considération, de sa liberté et de s.» sû-
reté. Celte circonstance et la disposi-
tion universelle des esprits lui firent
juger que toat tendait au rétablisse-
ment de Giarles II. Whitelocke de
?on rôle lui conseilla d'envoyer sans
délai à Breda quelque personne de
confiance pour offrir à ce piince de le
rétablir sur le trône, afin de prévenir
les démarches que pourrait faire
Monk, qui très certainement avait le
même dessein. Whitelocke consentit
à se charger de cette mission : elle nVut
pas lieu, parce que Fleolwuod n'eut
pas assez de force d'esprit pour résis-
ter aux représentations de plusieurs
officiers, qui lui persuadèrent qu'il
fallait sur un sujet si important con-
sulter Lambert ; mais celui-ci éllit
trop éloigné dans ce moment pour
que l'on })ût rerevoir à temps sa ré-
ponse, ïoiis les historiens, et entre
autres Uarendon, dépeignent Fleet-
"wood comme un homme faible, qui ,
clans cette occasion, manqua de résO'
lution. Il était, dans l'armée, du nom-
bre des hommes d'oraison qui dans
les instants de crise se jetaient a ge-
noux pour invoquer les lumières cé-
lestes. Cl omwell et Lambert , politi-
ques consommés, savaient très bien
tirer parti des hommes de ce carac-
tère ; ils les mettaient eu avant,* et
quoiqu'ils n'occupassent eux-mêmes
que la seconde place , ils jx)uai( nt le
rôle principal» A l'époque de la res-
tauration, Fleelwood fut une des per-
sonnes exceptées de l'acte général de
pardon et d amnistie, et condamnées
4 toute peine , sauf celle de la vie ,
FLE
qui leur serait infligée par un ac^e ^i*
parlement à intervenir à cet efft. 11
pass3 le reste de ses jours dans la
plus grande obscurité près de Lon-
dres , où il mourut peu de temps
après l'entrée de Charles 11 dans sa
capitale. E — s.
FLEETWOOD (Guillaume),
naquit en i656 à la tour de Londres;
du moins il est certain que son père
y fut renfermé , on ne sait pour
quelle cause , et mourut laissant six
enfants en bas âge. Le jeune Flcet-
wuod étudia à Eton et à Cambrid-
ge, entra dans les ordres, et s'é-
tant bientôt acquis de la réputa-
tion comme prédicateur, il fut fait
chapelain du roi Guillaume et de la
reine Marie, reeteur de St. - Au-
gustin à Londres , prédicateur de St.-
Dunslan , etc. On ne sait pourquoi ,
peu de temps après la mort du roi
Guillaume, il quitta Londres et resigna
deux de ses bénéfices poui se retireir
dans la petite cure de Wexham. Là,
excepté, quand ses fonctions l'ap-
pelaient dans quelques occaions ex-
traordinaires auprès de la reine Anne,
dont il était demeuré le chapelain, il
consacra tout sou temps au travail ,
principalement a l'étude des antiqui-
tés, pour laquelle il se sentait un goût
de préférence. Il avait déjà donné
sur ces matières un ouvrage très es-
timé, qui est une sorte d'introduc-
tion à la connaissance des antiqui-
tés, sous le titre d'^ Inscriptionum
antiquarum sjllogc in duas partes,
dislributay Londres, 1691 , in -8**.
11 publia en 1707 son Chronicon
preciosum, ou Examen des mon'
naies d'or et d'argent , du prix du
bléj des salaires^ etc. en Angle^
terre pendant les six derniers siè^
cZe5 , etc. , Londres , in 8'. Ces tra-
vaux ne lui faisaient pas négliger les
dévoila de son uuuislère. 11 avait pu-
FLE
blic en 1 7o5 , en 2 vol. in - S°. , un
Becueil de seize Discours-pratiques
sur les devoirs relatifs des pères et
des enfants , des maris et des fem-
mes , des maîtres et des domesti-
ques, suivis de trois Sermons sur
le régicide y recueil que Ton a re-
gardé comme un des meilleurs cours
de morale-pratique qui aient été fûts
sur ce sujet. Il vivait alors dans une
si profonde retraite que ce ne fut que
par la lecture de la gazette quM ap-
prit sa promotion à révêché de St.-
Asapli. Jl fut sacré en i -joH. Lors de
la paix avec la France, vers la fin du
règue de la reiue Anne , on le choisit
pour prêcher devant la chambre haute
à celte occasion ; mais Flcclwood ,
attaché à l'ancien miuistcre, et indi-
gné de cette paix que traitaient alors
les nouveaux ministres , cachait si peu
ses sentiments que i*on devina dans
quel esprit pourrait être son sermon ,
en sorte que, sous quelque prétexte,
on trouva moyen de l'empêcher de le
prononcer. Alors il le fit imprimer
sans y joindre son nom , qui n'en fut
pas moins connu. Le parti ministé-
riel se sentit tellement bjessé.par cette
publication , qu'il chercha l'occasion
de mortifier l'évêque : celui ci ne tarda
pas à la lui fournir. Ayant fait impri-
mer en 171 2 quatre de ses Sermons ,
il y joignit une préface où il expri-
mait son mécontentement des me-
sures de la cour, assez vivement pour
donner à ses ennemis un moyen de
Taccuser à la chambre des communes,
qui ordonna que cette préface fût brû-
lée par la main du bourreau ; mais
l'ouvrage n'en fut que plus recher-
ché (i). Après la mort de la reine
Anne , en 1714, Fleclwood fut pro-
mu à l'évêché d'Ely , beaucoup plus
considérable que celui de St. - Asapb.
(1 jCette préface a Clé réiwprimée dansle Spec'
»«<6W,N«. 384,
FLE il
Il mourut le 4 août 1725, âgé de
soixante - six ans. Outre les ouvrages
cités, il a laissé un très grand nom-
bre de Sermons d'une morale-prati-
que claire , intéressante et utile , et
des Traités sur divers sujets de reli-
gion, de morale, de controverse, etc.
C'était un homme actif, laborieux et
du caractère le plus respectable. Il
passait en Angleterre pour le pre-
mier prédicateur de son temps. X — s,
FLE1SGHER( Jean), théologien
luthérien et physicien allemand, né à
Breslau en 1 559 » enseigna quelque
temps à Goldberg et à Witfemberg ,
exerça le ministère de la chaire évan-
gélique, et fut chargé de l'inspection
des églises et des écoles dans sa patrie ,
où il mourut, le 4 ipai'S i^g^, par
suite de la maladresse d'un chirur-
gien qui, en le saignant, lui avait pi-
qué i'arlére. 11 a laissé, en allemand,
une Instruction pour les parrains et
marraines , ouvrage totalement ou-
blié j mais on cite encore quelquefois ,
dans l'histoire de la physique mo-
derne, son traité intitulé : De iridibus
doctrina Aristotelis et Fitellionis^
1571 , in-8"., parce qu'il y présente,
sur les causes des couleurs de l'arc-
en-ciel, une explication plus satisfai-
sante que la plupart de celles qui
avaient paru avant lui. Il suppose que
le rayon solaire, en pénétrant une
goutte de pluie_, en sort après une
double réfraction; et que rencontrant
une autre goutte, il en est réfléchi
sous la couleur qu'il a acquise , jus-
qu'aux yeux du spectateur. Les expli-
cations imaginées peu après par Ke-
pler et M. A. de Dominis, ont fait
tomber celle de Fleischer. — Jean
Fleischer , son fils aîné, suivit la
carrière de la médecine, passa en Amé-
rique pour étudier les plantes de cette
partie du monde, et mourut en Virgi-
ttiç; eu i6o6, âgé de 26 aûs. — Sou
<i FLE
frère , Joacbiin Fleischer , exerça
comme son père les fonctions du mi-
nistère à lircslau, et le fît avec une
telle dislinction, m\en i63i, ayant ete
pris , en cli.ùre, d'un mal subit qui le
priva de la vue pendant six mois, le
sénat norauia d'office quatre médecins
pour lui donner leurs soins. Sa mé-
moire était si heureuse que sa cécité
ne l'empêcha pas de prêcher; car il
savait la bible allemande presque en-
tièrement par cœur. II mourut le ^9
mai 1645, âgé de 58 ans. — Jean-
ï.aurent Fleischer, professeur et di-
recteur de la faculté de droit à Franc-
ibrt-sur l'Oder, né à Bareulh en 1 69 1 ,
mort le 1 5 mai l'j^g^ ^^ laissé en alle-
mand et surtout en laîin mi assez grand
nombre d'ouvrages et de dissertations
académiques. CM. P.
FLEM1^'G (Claude), conné:able
de Suède, né en Finlande, comman-
dait dans cette province vers la fin du
16''. siècle, lorsque Sigismond , déjà
roi de Pologne, hérita, à la moit de
.son père, Jean Ilï, du trône de Suède.
La désunion s'établit bientôt entre Si-
gismond et Chai les, son oncle, ducde
Sudcrmanie, qui était appuyé par le
peuple suédois , jaloux de sa religion ,
a laquelle le nouveau roi semblait vou-
loir substituer la croyance catholique,
qu'il professait lui-même. Charles pro-
iita des irrésolutions et des fautes de
sou neveu, acquit peu à peu un grand
ascendant, et disposa de l'administra-
tion. Fieming seal (;sa résister, et de-
meura fidèle à Sigismond, auquel il fil
parvenir une flotte qui le conduisit à
{Stockholm. Quoique le roi eût peu de
succès, les ])romesses ni les menaces
ne purent ébranler le connétable. Se
voyant à la tête d'une armée compo-
sée j)rincipalement d'étrangers qu'il
avait su gagner, il déclara qu'.iucune
puissance ne lui ferait trahir le ser-
ment qu'il avait piêlé au roi. Charles,
FLE
irrité de celte résistance opini.^lre qui
entravait ses projets, envoya des émis-
saires pour s'assurer du peuple, et une
armée pour combattre les troupes du
connétable. Une guerre intestine écla-
ta , et les paysans se soulevèrent contre
Fleming, qui ne put les réduire qu'a-«
près en avoir fait périr plus de cinq
mille. Il c'ait à peine parvenu à calmer
cet orage, que la mort mit un terme à
son activité. Il mourut en 1597, ^"^"'
combanl, selon une tradition du pays,
aux maléfices d'un sorcier, selon une
autre, au poison. Avec lui disparut
pour toujours la fortune de Sigismond :
privé de l'appui le plus solide qu'il
avait eu en Suède , ce prince ne put
résister à l'ascendant de Charles , qui
l'ayant vaincu dans un combat près de
Linkoping, dcvitft maître de la Suède
et s'empara du trône de ce pays.
C— AU.
FLEMING (Patrice), religieux
observantin, issu d'une famille noble
d'Irlande, et né dans le comté de
Louth, en 1699, avait reçu au bap-
tême le nom de Christophe, qu'il chan-
gea en celui de Patrice lorsqu'il entra
en re'igion. A l'âge de i5 ans, il fut
envoyé en Flandre pour y être élevé
et y faire ses études. Il y avait à Douai,
à Tournai, et dans quelques autres
villes des Pays-l]as, des collèges fon-
dés pour l'éducation de la jeunesse ca-
tholique des trois royaumes. Christo-
phe CiUsack, oncle maternel de Fle-
ming , était à la tête de ces établisse-
ments, et c'est à lui que Fleming fut
adressé. Après avoir fini ses humani-
tés, il se rendit à Louvain, et entra
dans le collège de S.- Antoine de Pa-
doue, qui appartenait à des Francis-
cains irlandais. Après avoir fini sa
j)hilosophie et sa théologie, ou il se
disliiigu.i, il partit pour Ùome avec le
P. Hugues Mac-Caghwel, définitcur gé-
néral de Tordre, qui, peu de lem^iji
F L E
après, fut nomme par le pape à l'ar-
chtvê^bé d'Ainiagli. En passant à Pa-
ris , il eut ocrasioii de voir le P. Hugues
Ward, avec lequel il se Ha d'amitié : il
l'engagea à recueillir les mate'riaux né-
cessaires pour composer les Vies des
saints d'Irlande, dont une partie fut
publiée quelques années après par le
P. Colgnn, lequel reconnaît avoir tiré
de grands secours du travail et des
mémoires du P. Ward. Fleming ne fut
pas plutôt arrivé à Rome, qu'il songea
îui-jncme à concourir à celte entre-
prise; il fouilla les diverses bibliothè-
ques de cette capitale , et en tira tout
ce qui pouvait servir à son dessein : il
fit la même chose dans toutes les ailles
de France, 'de Flandre et d'Allemagne
qu'il eut occasion de parcourir, et ras-
sembla de nombreux matériaux. Ce-
pendant il avait été chargé d'enseigner
la philosophie dans le couvent de S.-
Isidore de Rome. Il y avait passé quel-
que temps, lorsque ses supérieurs le
rappelèrent à I^ouvain pour y exercer
1^ même emploi. De là, il alla à Prague,
011 il fut supérieur et lecteur en théo-
logie dans le couvent de l'Immaculée
Conception, qui venait d'être fondé
par des Franciscains irlandais de l'é-
troite observance. 1/Allemagnc était
alors en feu. Gustave y poursuivait ses
conquêtes, et l'hérésie de Luther y
avait fait de grands progrès. Les trou-
pes suédoises et saxonnes y commet-
taient d'affreux ravages , et, nouvelle-
ment imbues de ces erreurs , y persé-
cutaient les catholiques et surtout hs
religieux. Prague, après la bataille de
Leipzig, étant menacée d'être assiégée
par ces troupes, Fleming jugea pru-
dent d*en sortir et d'aller ailleurs cher-
cher un lieu de sûreté. 11 prit pour
compagnon le P. Malbias Hoar. Tous
deux eurent le malheurdetomberentre
les mains d'une troupe de paysans lu-
thériens, et en furent impitoyablement
FLE
45
massacrés. Ces barbares, après avoir
couvert les deux religieux de blessures,
coupèrent la tête à Fleming, et, ayant
attaché Hoar à un arbre, achevèrent de
le tuer. Moréi i place cet assassinat au
•j novembre 1 65 i.Wadding, historien
àcs Frères mineurs f]e date de i63'i.
La bataille de Leipzig ayant eu lieu le
•y septembre 1 65 1 , et la vilîe de Prague
ayant été prise quelque temps après, il
semble que la première date doive pré-
valoir. Fleming était un homme doux,
un religieux exact et zélé; il avait fait
de bonnes études, et s'occupait avec
succès de recherches historiques sur
les antiquilés sacrées. On a de lui : L
Collectanea srtcra _, Louvain, in-fol.,
1 667 . Cette collection contient les actes
et opuscules de S. Coîombau, et d'au-
tres vies de saints, avec des notes et
des commentaires. IL Vita R. P.
Ilugonis Cavelli ( Mac - Caghwel) ,
1626. IlL Un abrégé du Chronicon
consecrati Pétri Ratishonœ, L — Y.
FLEMING (Bobert), théologien
écos.-ais, très estimé des calvinistes,
dont il partagea les opinions , naquit
en 1 65o à Bathens, résidence des com-
tes de Twedale, auxquels sa famille
était alliée, et fut élevé à l'université de
St.- André. Ayant été nommé, avant
l'âge de vingi-trois ans, à la cure de
Cambuslang , il en fut expulsé comme
non - conformiste, en exécution de
Tacle publié à GlasGow peu après la
restauration. Menacé de la prison, il
mena quelque temps une vie errante,
et fut enfin arrête; mais ayant bien-;
lot obtenu son élargissement , il passât
en Hollande , et se fixa à Rotterdam ,
où il fut élu ministre de la con-
grégation écossaise. 11 mourut le iiS
juillet 1694. On a de lui plusieurs
ouvrages, entre autres le Miroir de
V Amour dii^indéi^oilc ,m-S\y 1691 ;
c'est un recueil de poésies religieu-
ses ; mais le plus estimé, surtout
44
FLE
parmi les dissidents et les calvinistes,
a pour titre V accomplissement des
Ecritures {F nMl'iu^ of ihe Scriptu-
res ). X. — s.
FLEMING (Caleb), auteur an-
glais, mort dans ces derniers temps,
a publie en 1758 un Examen de la
Recherche sur les âmes (a Survey of
the Searcli after souIs ) , dirige con-
tre le docteur Coward , à qui il atlri-
tuait cette Recherche sur lésâmes, qui
est l'ouvrage d^jm auteur nomme'
Henri Layton. On a aussi de Caleb
Fleming un pamphlet intitulé La Ten-
tation du Christ dans le désert est
la preuve d'une mission divine ,
fivec une Dissertation préliminaire
sur la Prosopopée^ ou Figure per-
sonifiante, in 8°., 1764. X. — s.
FLEMMING, ou FLE MM YN CE
( Richard), ëvêque anglais, naquit
à Croston, dans le comté d'Oxford;
il étudia à l'université d'Oxford. En-
traîné d'abord par les opinions de
Wiclef, il forma un parti en faveur
de cet hérésiarque ; mais bientôt les
partisans de Téglise romaine , alors
tout -puissants, lui firent si bien en-
tendre raison , qu'il devint aussi vio-
lent contre Wiclef qu'il Tavait été en
sa faveur. En ilyio le roi Henri V le
nomma à l'évêché de Lincoln, au-
quel il avait été désigné par le pipe
IVIirtin V; mais lorsqu'en 14^4 ^^
même pape voulut de sa propre auto-
rité le transférer à l'archevêché d'York,
Henri , fier de ses dernières victoires
en France , ne voulut pas consentir à
celte usurpation de son autorité. Le
chapitre s'opposa de force à l'instal-
lation du nouvel archevêque, qui fut
obligé de revenir modestement à son
c'vêché de Lincoln. Il s'était probable-
ment attiré la faveur du pape par le
zèle qu'il avait montré dans le concile
de Consfance contre les opinions
de Wiclef, dont à son retour en
FLE
Angleterre il fit brûler les os selon
le décret du concile. Ce zc'e se mani-
festa d'une manière plus utile dans la
fondation du collège de Lincoln à Ox-
ford , qu'il destina à devenir un sé-
minaire de théologiens élevés à prê-
cher, écrire et disputer contre les
opinions de Wiclef, et qui ont trouvé
depuis à disputer contre bien d'autres
choses. Il mourut en i45o. On n'a
de lui que les Discours qu'il fît au
concile de Siinne. — Flemming»
(Robert), son neveu, fut aussi dans
les ordres, et fort avant dans les
bonnes grâces d'un autre pape, Sixte
IV , en l'honneur duquel , étant à Ti-
voli, il fît un Poème en deux chants,
inhlu\é Lucubrationes Tiburtinœ^ qui
lui valut la charge de protonotaire
apostolique. On a aussi de lui un
Dictionarium grceco - latinum, un
Recueil de poésies latines, etc. Il
mourut en Angleterre en 1 485.
X— s.
FLEMMING ( HEir^o Henri , comte
de), naquit en Poméranie, l'an 1 632.
Il fît de bonnes études dans les meil-
leures universités d'Allemagne, et en-
tra ensuite dans la carrière militaire.
Il s'engagea d'abord au service de l'é-
lecteur de Brandebourg, et fut employé
dans les troupes auxiliaires envoyées
contre les Turks. Étant passé au ser-
vice du prince Guillaume d'Orange,
il se signala par sou courage et son
intelligence dans plusieurs rencontres.
En 168 1, il fut nommé général ea
Saxe, et l'électeur le chargea du com-
mandement des troupes qu'il envoya,
en 1(385, au secours de Vienne assié-
gée par les Turks. Flemming contri-
bua beaucoup à la victoire qui délivra
la capitale des états autiichiens, et
l'empereur le fit comte d'Empire. En
1 690, il retourna au service du Bran-
debourg comme feld-raaréchal , et prit
part à plusieurs actions sur le Rhin»
FLE
îj'elecleiir prit tant de confiance en lui ,
qu'il le nomma gouverneur de Berlin ,
et ensuite gouverneur gênerai en Po-
mc'ranie. Ayant renonce' à ses cliarges,
Flemraing se retira dans ses terres, oii
il mourut le 28 février 1 706. Ce fut lui
qui, en venant de Saxe pour retour-
ner au service de l'électeur de Brande-
bourg, amena à Berlin le célèbre théo-
logien luthérien Spener , qui fut le
chef de la secte des piéiistes ^ et dont
la doctrine occasionna une espèce de
schisme dans les églises protestantes
d'Allemagne. C^ — au.
FLEMMING ( Jacques - Henri ,
comte de), neveu du précédent, na-
quit en 1667. Il entra au service de
Saxej et, après avoir joui de la con-
fiance de l'électeur Jean- George, il
obtint celle de Frédéric-Auguste, son
successeur, qui le nomma feld-maré-
chai et premier ministre. Auguste s'é-
tant rais sur les rangs, en 1697, P^"''
la couronne de Pologne, Flemming se
rendit comme son ambassadeur à Var-
sovie, où parut dans la même qualité
Fabbé de Polignac, de la part du prince
de Conti et de la France. L'ambassa-
deur d'Auguste tira parti de la muni-
ficence de son maître, qui avait mis
à sa disposition des sommes considé-
rables ; il gagna la maison de Sapieha ,
plusieurs évèques , et la plupart des
femmes , dont le crédit était très grand
en Pologne, Auguste et le prince de
Conti furent proclamés l'un et l'autre
le même jour, chacun par son parti.
Mais Auguste, qui avait une armée de
trente mille hommes sur la frontière,
prit les armes, et se fît couronner à
Cracovie. Lorsqu'en 1699, le roi de
Pologne eut résolu d'attaquer la Suède
et d'entrer en Livonie , Flemming par-
vint à s'emparer du fort de Dunaraun-
dc, près de Riga, et donna à ce fort
le nom d'Augustusbourg. Mais cette
«onquêle fut bientôt perdue, et les
FLE 43
troupes saxonnes furent obligées de
se retirer. Elles se combinèrent par la
suite avec l'armée russe : dans une
occasion où elles devaient se ranger
en bataille avec les Russes , le czar
Pierre P^ les fît placer de manière
qu'elles étaient entourées de ses sol-
dats ; Flemming, choqué de cette me-
sure , dit au czar : « Votre majesté
» craint donc que les Saxons ne lâ-
» chent pied ? — Je ne sais, répondit
» le czar; mais je ne me rappelle pas
» quand elles ont eu le pied ferme. »
Charles Xll , dans le cours de ses vic-
toires, avait demandé au roi Auguste
de lui livrer Flemming; mais celui-ci,
averti à temps, se sauva en Brande-
bourg. Le roi Stanislas le rétablit
dans l'esprit de Charles. Cependant
Flemming, en obtenant la permission
de se présenter en Saxe devant le roi
de Suède, n'oublia point les des-
seins que ce prince avait médités con-
tre lui. Il ne tint pas au ministre que
le roi Auguste ne fît arrêter Charles
dans la visite que celui-c lui fit à Dres-
de, accompagné seulement de deux
ou trois officiers. « Je me suis fié à ma
» bonne fortune, dit le héros suédois
» à l'un de ses généraux , lorsqu'il eut
» rejoint l'armée : j'ai vu cependant un
» moment qui n'était pas bien net;
» Flemming n'avait pas envie que je
» sortisse de Dresde sitôt. » Les re^
vers de Charles Xll ayant changé lai
face des affaires , Flemming voulut en-
gager Pierre l*"^. à céder la Livonie au
roi Auguste; mais il eut pour réponse
que cette conquête appartenait à la
Russie : il ne réussit pas non plus à
persuader au roi de Prusse Frédéric V»
de se déclarer contre Charles. Cepen-
dant Auguste était remonté sur le trône
de Pologne, et Flemming fit les plus
grands efforts pour augmenter le pou-
voir de son maître dans ce pays : mais
il encourut la haine de$ Polonais, et
46 F L E
se vit oblige de renoncer à ses plans.
Il mourut à Vienne, le 3o avril 1728,
laissant une fortMiie très considérable.
Son ambition avait été sans bornes, et
il avait*employé tous les moyens pour
la satisfaire. Ayant ete' de toutes les
parties de plaisir du roi de Pologne,
il avait pris avec ce prince des airs de
familiarité dont il ne s'abstenait pas
même dans les circonstances les plus
solennelles. Mais ses dcfluits étaient ra-
chetés par de grandes qualités. Il était
d'une valeur à toute épreuve, d'une
conception vite, d'un travail toujours
facile et quelquefois infatigable. On le
voyait passer des affaires aux plaisirs
et des plaisirs aux affûres, avec une
aisance qui prouvait la supériorité de
ses moyens. C — Au.
FLÉSSELLE ( Philippe de ) , mé-
decin du 16". siècle , fit sa licence
dans la faculté de Paris, où il ob-
tint le doctorat en iSiS. Médecin or-
dinaire des rois François l".y Hen-
ri II, François II et Charles IX, il
eut la morgue, la médiocrité, la basse
jalousie et la plupart des autres vices
ordinaires aux boraracs de cour ; il
harcela, outragea, calomnia l'illus-
tre Fcrnel , qui méprisa de pareilles
injures, et ne s'en vengea qu'en pu-
bliant de bons ouvrages dignes de la
postérité, tandis que les minces pro-
ductions de son détracteur méritent
à peine d'être citées. Il présida en
1 55o une thèse défendue par Hugues
Babinet, sous ce litre: An humo-
rum jluentium revulsio , Jluxorum
derii'atio medcla ? Affirra. Trois
ans auparavant il avait mis au jour
un livre élémentaire, in-8\, inti-
tulé : Inlrodactoire pour parvenir à
la vraye co^oissance de la Chi-
rurgie rationelle. Ce traité , qui fut
réimprimé en i655, est aujourd'hui
tombé dans le plus profond et le plus
juste oubli. L'auteur mourut en i562.
FLE
et fut enterré à St. - Gervais, dans la
chapelle de la Madelène. C.
FLESSELLES ( . . . de ), conseiller-
d'état, maître honoraire des requêtes,
fut la première victime des fureurs
populaires au commencement de la
révolution de France : il avait élc
mis en avant quelques années plutôt
par le parti du duc d'Aiguillon, contre
le fameux procureur-général ia Chalo-
tais ( f^of. GhalotaiO, et s'était, par
cette conduite, attiré l'inimitié d'un au-
tre parti très puissant, qui avait alors
la p!us grande influence sur les dis-
positions du peuple. Flesselles fut ré-
compensé par rintendaucc de Lyon
des services qu'il avait rendus dans
l'affaire de la Chalotais. Il se fit ché-
rir par ses qualités personnelles, sa
bienfaisance , et son zèle pour les in-
térêts de cette grande cité, dont le
commerce lui est redevable d'établis-
sements important?. Il avait for.dé à
ses frais, pour perfectionner la tein-
ture noire de la soie, un prix de 3oo
liv., qui fut accordé, en 1777,3 Jac-
ques Lafond. Peu de temp's avant la
révolution , il fut nommé prévôt des
marchands de la ville de Paris , place
dont les fonctions étaient à peu près
les mêmes que celles de maire. Dans
des circonstances aussi difficiles, un
tel emploi ne pouvait être occupé avec
quelque espoir de succès que par un
homme tout à la fois ferme et profon-
dément politique, sachant faire naître
les événements , ou tout au moins en
état de maîtriser ou de diriger ceux
qu'on ne pouvait prévoir, et tel n'était
pas le caractère du malheureux Fles-
selles : naturellement doux, ami des
plaisirs et des jouissances paisibles, il
devait êlrc au moins chassé de son
poste par les furieux et les hommes
machiavéliques qui s'emparaient de
Tautoriléj mais ce n'était pas une sim-
ple disgrâce qui ratlendail : un sort
FLE
î)îcn plus déplorable lui était réservé.
Dès la soirée du dimanche 12 juillet
1 789, jour où rinsiirrection coniuien-
ça à Paris, deux autorités municipales
ou qu*on peut appeler ainsi , se formè-
rent à i'HoteJ-de-Ville ; celle des an-
ciens écbevius, présidée par le prévôt
des marchands; et celle des électeurs
qui avaient nommé les députés aux
cfats-généranx, et qu'après l'assem-
Liée nationale ou peut considérer
comme la principale puissance révo-
lutionnaire, sans le secours de la-
quelle la grande assemblée n'aurait sû-
rement pas eu tous les succès qu'elle
obtint. i)ient6t il se forma un comité
central composé d'échevins et d'élec-
teurs, dont la présidence fut déférée
au prévôt des marchands : il crut de-
voir, dans cette nouvelle situation,,
continuer son service comme à l'ordi-
naire, et ses communications, soit
avec la cour, soit avec le pouvoir mi-
litaire sous la direction du baron de
Bczenval, qui lui avait fait connaître
son projet de défendre la Bastille. Il fut
interpellé sur ces dangereux rapports
d'une manière, sinon malveillante, au
moins très imprudente, en présence
d'uHC populace furieuse, par M. G.iran
deCoulon, l'un des électeurs, et qu'on
a vu depuis jouer im rôle assez im-
portant. A cette interpellation de M.
Garan , on vit toutes les oreilles at-
tentives et l'expression de la fureur
sur toutes les figures. Le malheureux
Flessc-lles, eflfrayé, balbutia, chercha
à s'excuser , à prouver son innocence ;
on lui signifia qu'il fallait aller au Pa-
lais-Royal, et que là il serait entendu.
« Hé bien! dit-il, allons au Palais-
» Royal. » 11 se leva en même temps
de son siège, et sortit de l'Hôtel-de-
Yille, précédé et suivi d'une foule im-
mense j mais il ne put arriver qu'au
bas de l'escalier, où un jeune homme
lui cassa la tête d'un coup de pistolet
FLE 47
tiré à bout portant. La foule alors se
précipita sur son cadavre : on en sé-
para sa tète, qui fut placée au bout
d'une pique et portée au Palais-Royal.
Le corps fut tr.^îné dans la fange. M.
de Flessclles pouvait être âgé d'envi-
ron 60 ans. 11 péril le 1 4 juillet 1 789,
avant la prise de la Bastille.
B— u.
FLETGHER (Richard; naquit dans
le comté de Kent , vers le milieu du i (j'".
siècle, et fut élevé à Cambridge. Il fut
nommé en i585, doyen dePéterbo-
rough. Le 8 février 1 586', il accompa-
gna à réohafaud l'infortunée Marie
Stuart, à laquelle on avait refusé un
confesseur catholique. Chargé de l'o-
dieuse commission de tourmenter
une reine piêle à mourir, pour l'en-
gager à quitter la religion qu'elle avait
professée toute sa vie, et qui fiisait
sa consolation dans ses derniers mo-
ments , il en au2;menta le ridicule par
la platitude du discours qu'il lui tint à
cette occasion , et que Marie interrom-
pit deux ou trois fois, en le priant
de se tenir et de la laisser en repos :
il fit ressortir tout l'odieux de sou rôle
en la forçant d'entendre des prières
auxquelles elle déclarait qu'il ne lui
était pas permis de prendre part. «Je
MSuis née, dit Marie Stuart, dans cette
y> religion , j'ai vécu dans cette reli-
» gion , et je suis résolue à mourir
» dans celte religion.» Enfin, lorsque
l'exécuteur , après avoir séparé la tête
du corps, l'éleva en l'air, le doyen
s'écria : Ainsi périssent tous les en-
nemis de la reine Elisabeth ! Cette
voix d'un prêtre s'éleva seule au mi-
lieu des sanglots des assistants qui
fondaient en pleurs ; elle devait êtr»
remarquée : cependant elle ne lui va-
lut pas pour le moment* une grande
faveur, s'il est vrai que , nommé deux
ans après à l'évêché de Bristol, il ne
le fut qu'à la charge d'en affermer toui
48
FLE
îes revenus aux courli?ans ; el les con-
ditions auxquelles il les «fFenna , rui-
nèrent lelletnent cet évêclië, que lors-
qu'il eu changea , on fat dix ans sans
pouvoir lui nommer un successeur.
L'historien qui rapporte ce f.iit , sir
John Harrington , nous dit qu'Elisa-
beth aimait beaucoup l'ëvêque Flet-
cher , et le lui prouvait même par
ses réprimandes. L'ayant censuré un
jour de ce qu'il coupait sa barbe trop
courte, la bonne dame, ajoute sir
John, lui aurait pu reprocher ^ si
elle Valait su, de rogner si court
son évéché; ce qui ferait penser que
ces marche's , très communs alors ,
se passaient à l'insu d'Elisabeth :
mais il y a plutôt lieu de croire que ,
comme pour la barbe , elle défendait
seulement qu'on rognât trop court.
Après avoir épuisé l'évêchéde Bristol,
Flelcher, transféré, en iSg'î, à celui
de Worcester , et nommé aumônier
de la reine , perdit les bonnes grâces
de cette princesse pour s'être marié
en secondes noces , à l'âge de près de
cinquante ans, peu de jours après
avoir été promu à l'évêché de Lon-
dres ; il l'avait vivement sollicité , à
ce que Ton croit , pour faire plaisir à
la personne qu'il devait épouser, lady
Baker , qui désirait vivre près de la
cour. Elisabeth , qui avait hérité de
son père une grande aversion pour le
mariage des prêtres , fit suspendre
l'évêque de ses fonctions. Il y fut ré-
tabli un an après ; mais la reine fut
encore un an sans vouloir l'aduiettre
en sa présence. Celte disgrâce l'affligea
si vivement qu'il en mourut, à ce qu'il
paraît , de chagrin , en 1 696 : Gamden
prétend que ce fut pour avoir pris
trop de tabac j le tabac, dont l'usage
commençait à s'introduire alors , était
regardé par bien des gens comme un
poison. Richard Fletcher fut père de
l'auteur comique Jeau Fletcher. X — s.
PLE
FLETCHEU ( Gilles ) , frèi-e du
précédent , naquit à Kent , et fut
élevé à Eton et à Cambridge. Em-
ployé par la reine Elisabeth dans plu-
sieurs missions diplomatiques, il fut
envoyé en 1 588 en Kussie, pour y con-
clure une ligue avec l'empereur Fédor
Ivanowich, mais surtout pour lesin-
térêls du commerce de l' Angleterre,
Le czar, prévenu par les Hollandais ,
et trompé par la nouvelle que l'on
avait répandue que la flotte anglaise
avait été détruite par ï'armada espa-
gnole , le reçut très mal ; et une mau-
vai>c réception en Russie avait alors
quelque chose de si inquiétant , que ,
lorsqu'après avoir détruit ces fâcheuses
impressions , el avoir obtenu des con-
ditions favorables, il se retrouva en
sûreté à Londres, il crut, dit -on,
pouvoir être aussi content qu'Ulysse
lorsqu'il sortit de la caverne de Poly-
phème , et rendit grâces à Dieu d'avoir
échappé à un si grand danger. Peu de
temps après son retour , il fut nommé
secrétaire de la cité de Londres , maî-
tre de la cour des requêtes , et tréso-
rier de St.-Paul , en 1 597. Il a publié
sur la Russie un ouvrage intitulé : Of
the Russe common wealtk {De V Em-
pire Russe ) , etc. , ou Manière de
gou\>erner de V empereur de Russie ,
communément appelé l'empereur de
MoscoviCf avec les mœurs et les mo-
des des peuples de celle contrée,
Londres, iSgo, in-8°. Cet ouvrage,
très curieux, et aujourd'hui extrême-
ment rare , fut alors prohibé, dans b
crainte du blesser des alliés dont il
peignait trop naïvement le gouverne-
ment et les mœurs. 11 a été réimprimé
en »645, in- 12, et l'on en a insértf
un extrait d^ns la collection des Voya-
ges de Haklujrt. L'auteur momul en
1610. X — s.
FLETCHER (Jean), fils de Ri-
chard Fletcher, évêque de Londrc»,
FLE
naquit en 1576, dans le comte de Nor-
thampton. Sa première jeunesse lut
livrée à relTervescence des passions j
mais il avait horreur du raenson-
ge, et ce sentiment le corrigea du
libertinage. Un jour il se jeta aux; ge-
noux de son père en lui disant : « Je
» renonce dès ce moment à mes éga-
» rcraents, afin de ne p'us être expose'
» à mentir pour vous les cacher, et
î) de n'avoir plus à rougir en vous
» en faisant l'aveu .» 11 fut mis à l'uni-
versité de Cambridge , et s'y fit remar-
quer par son goût pour la poésie. Son
père ayant lu une de ses productions
intitulée ^ Amant desMuses, lui dit en
plaisantant : « Mon fiis , tu auras donc
» toujours des maîtresses? — Oh! pour
» celte fois, répondit le jeune homme,
» vous conviendrez que ce sont d'hon-
» nétes filles. » On le destina au
barreau , et il passa quelques mois .tu
collège nommé Inner Temple , oîi il
n'apprit rien de ce qu'il falhit, mais
où il contracta une liaison intime d'a-
mitié avec François Beaumont , qui
avait ainsi que lui autant de goût powr
la littérature que d'antipathie pour
la jurisprudence. Ils ne se séparèrent
jamais , et composèrent ensemble un
grand nombre de pièces de théâtre,
tant tragédies que comédies , dont la
plupart ont eu un très grand succès,
et jouissent encore en Angleterre de
la plus haute réputation. Jean Flet-
cher mourut de la peste en 16 i5, âgé
de quarante - neuf ans. Quoiqu'on ne
puisse déterminer la part de chacun
de ces auteurs dans les ouvrages
qu'ils ont donnés eu commun, il pa-
raît néanmoins que le talent particu-
lier de Fletcber était pour la plaisante-
rie; qu'il avait à la fois l'esprit plus
abondant, plus inventif, plus origi-
nal que celui de son ami, et que
Beaumont, quoique beaucoup plus
jeune , se faisait remarquer davan-
XV.
FLE 49
tage par le goût et le jugement. Ce-
pendant il est à remarquer que celles
des pièces de Fletcher qui ont été
composées après la mort de Beau-
mont sont les moins irrégulières ; ce
qui ferait supposer qu'il aurait ren-
contré un censeur encore plus sévère,
11 paraît qu'il consulta sur le plan de
plusieurs de ces pièces James Shirley,
qui en a même achevé quelques-unes
que Fletcher avait laissées imparfai-
tes. En tout, les pièces de Beaumont
et de Fletcher sont plus régulières que
celles de Shakespeare, et ont beau-
coup de l'esprit de celui-ci , qu'ils
avaient pris pour modèle. Quelques
poètes, peut-être parce que l'hyperbole
est permise à la poésie, les ont mises
dans leurs éloges au-dessus de celles
de ce grand homme. Dryden nous ap-
prend que de son temps, c'est-à-dire,
sous le règne de Charles 1 1 , les pièces
de Beaumont et de Fletcher étaient
infiniment plus à la mode que celles de
Shakespeare ; ce qui pourrait tenir à ce
que le langage de ce dernier était plus
ancien , quoique celui de Beaumont et
de Fletcher soit également incorrect.
Les mœurs représentées dans ces piè-
ces se trouvant aussi moins éloignées
des mœurs d'alors, prêtaient davanta-
ge à ces rapprochements qui font la
vogue des pièces de théâtre : mais le
temps rapproche et confond ces nuan-
ces ; les beautés de tous les temps res-
tent seules en possession de la pre-
mière place, et Shakespeare a repris
le dessus. On ne saurait cependant
refuser à Fletcher et à son ami le mé-
rite d'avoir surpassé Shakespeare dans
la vérité des peintures de la société.
En peignant la nature telle qu'elle est
généraicment , Shakespeare n'a sou-
vent cherché que dans son imagina-
tion les formes particu'ières dont il
l'a revêtue. Ce sont ces formes que
Beaumont et Fletcher ont rendues
4
5o FLE
d'une manière aussi fidèle que pi-
quante. Aucun poète anglais n'a peint
comme eux les mœurs et le ton de la
jeune noblesse de leur temps, cet es-
prit de gaîte et d'une débauche origi-
nale et bizarre, cette conversation,
toute brillante, cette promptitude et
cette vivacité' de reparties, si naturelles
à des gens que le plaisir emporte, et
que rien n'arrête ,. ni dans leurs idées ,
ni dans leurs actions , ni dans leurs
paroles. Ils n'ont point cberclié ,
comme Bcn-Jonson , dans les carac-
tères , le comique et ce que les Anglais
appellent humour; mais ils lui sont
infiniment supérieurs par l'esprit et la
vivacité du trait. Ces avantages se font
surtout sentir dans leurs comédies ,
qui forment la base la plus solide de
leur réputation. Leurs tragédies, qui
ont obtenu et beaucoup d'éloges et un
grand succès par des situations pa-
thétiques et de vives peintures de
l'amour , ont aussi été exposées à de
violentes critiques par rapport aux
défauts de plan et de caractères, aux
invraisemblances etaux inconvenances
dont elles sont remplies : mais ces dé-
fauts étaient ceux de leur siècle j et ces
erreurs de jugement , fruits de l'igno-
rance d'un siècle barbare, sont tou-
jours bien plus nombreuses et plus
sensibles dans la tragédie, dont les
sujets éloignés laissent livrée à clle-
méme l'imagination encore mal réglée,
que dans la comédie où elle est diri-
gée paF le tableau journalier des
mœurs du temps. On cite particulière-
ment parmi leurs comédies , le Fat
( t/ie Ccfxcomh ) , le Capitaine , le
Foja^e des Amants ( the Loveras
progress), Monsieur Thomas, la
Fille au Moulin , Quatre pièces en
une. Plusieurs autres ont été corri-
gées pour le théâtre par divers poètes
plus modernes, entre autres the Chan-
ces ( les Hasards ) , par le duc de Buc-
FLE
kingham , et Falenlinien, par («
comte de Rochester. Après la mort de
Beaumont , FIctcher donna deux
pièces composées par lui seul : la Ber-
gère fidèle et V ennemi des Femmes
\the fi Oman hâter) , et une troi-
sième, les Deux illustres Parents {the
Two noble Kinsmen), où il fut aidé
par Shakespeare. On a attribué à Beau-
mont et Fietcher une aventure à peu
près pareille à celle de Scudery et de
sa sœur. On a dit qu'étant ensemble
dans une taverne, occupés à chercher
le plan d'une tragédie, Fietcher se
chargea de tuer le roi ; ce que l'auber-
giste qui les avait entendus se hâta
d'aller dénoncer: mais la mé['rise fut
promptement expliquée. Plusieurs des
pièces de Beaumont et de Fietcher ont
été publiées pendant leur vie, in-4''. En.
1645, vingt ans après la mort de Fiet-
cher, on en publia une nouvelle col-
lection in-folio , contenant trente-
quatre pièces qui n'avaient jamais
clé imprimées, et les pièces de vers
faites à la louange de ces deux auteurs
dramatiques, dont plusieurs par les
premiers poètes du temps. En 1679,
il parut une collection de toutes leurs-
pièces, in-fo!.; puis, en 171 1, «ne
en -y vol. ii:-8". , où se trouvent réta-
blies plusieurs choses omises dans la
précédente. 11 y en eut une nouvelle
en 1761 , une autre en 1778, avec
une préface et des notes de George
Colman, et une dernière en 1812,
avec une introduction et des notes
explicatives, par H. Weber, i4vol.
in 8". J. Monck Watson a publié eu
1798, en un vol. in - 8'. : Com-
ments , etc. ( Commentaires sur les
Pièces de théâtre de Beaumont et
de Fietcher, avec un Appendix con-
tenant des Observations nouvelles
sur Shakespeare). On a réuni ensem-
ble eu 181 1, Londres, 4 8^'^s vol.
iu-8''., les OEuvres dramali^jues de
FLE
Ben-Jonson et celles de Beaumont
et de Flelcher, les dernières d'après
le texte et avec les notes de Colman.
X-s.
FLETCHER (Phineas), l'un des
fils de Gilles Flclcher , né vers i582 ,
et élevé à Canibiidge , fut nommé, en
i6'2i , ministre de liilgay dans le
comté de Norfolk , et mourut , à ce
qu'on présume, en i65o. H donna
de bonne heure des Mélanges et des
Eglogues de Pécheurs ( Piscatory
Eclognes), qui ont été réimprimées à
Edimbourg en i 772. Ou a aussi de
Jui une tragédie intitulée Sicelides ,
in-4*'. , i63i ; mais son principal ou-
vrage est un poème intitulé Vile pour-
pre ( ihe Purple Islaiid ), description
allégorique de l'homme, dont il avait
pris l'idée dans Spenser, et qui rst
écrite dans le mauvais goût du temps.
On peut se figurer ce que c'est qu'un
poème dont les cinq premiers chants
sont uniquement remplis de descrip-
tions analomiques : ce n'est que dans
les chants suivants que le poète se
montre, en personnifiant l'ame et h s
facultés intellectuelles. Les poèmes de
Phineas Fielchcr furent publiés pour
la première fuis à, Cambridge, en 1 655,
in - 4°" l^^Ils pourpre a été rcimpi i-
mée d'une manière incorrecte avec la
Victoire du Christ, de son frère
Gilles Fletcher, Londres, 1785.06
dernier mourut en iG.a5 , dans le
comté de SulFolk , à sa cure d'Al-
derton. Son poème a été publié à
Cambridge en 1610, et réimprimé en
i64o. On y trouve quelque talent, eu
égard au temps où il parut. X— s.
FLETCHER (André), appelécom-
munément Fletcher de Saltoun, nom
d'un bourg d'Ecosse où il était né en
i655, sous le protectorat de Ciora-
wel. Sa fimille jouissait d'une grande
considération et d'une fortune au-des-
sus de la médiocrité. 11 fut élevé par
FLE 5t
le célèbre Gilbert Burnet, alors curé
de Saltoun, et depuis évêque de Salis-
bury. Digne élève d'un maître si dis-
tingué, le jeune Fletcher acquit promp-
tement toutes les connaissances qu«
peut donner une éducation très soi-
gnée; il se rendit familières les langues
grecque et latine , ainsi que le français
et l'italien. Il s'appliqua particulière-
ment à cultiver, par l'étude des ora-
teurs anciens, le goût naturel qu'il
avait pour l'éloquence. Plusieurs voya-
ges sur le continent servirent à étendre
ses idées et à perfectionner ses talents.
Né avec un caractère ardent, fier et
généreux, mais opiniâtre, il se livratrès
jeune encore aux idées de républi-
canisme que les presbytériens exagé-
rés avaient répandues en Ecosse, et
qui avaient préparé le succès de Crora-
well, en précipitant du trône le mal-
heureux Charles 1"^'. Fletcher eut de
bonne heure l'occasion de développer
et ses talents et ses piincipes. Mem-
bre du parîemcjit d'Ecosse, où le duc
d'York (depuis Jacques 11) était grand
commissaire, Fletcher se fit connaîtr©
comme orateur énergique et comme
zélé républicain. Il s'opposa avec une
fermeté inflexible aux mesures arbi-
traires de la cour; et, pour éviter la
persécution dojit il était menacé, il
prit le parti de s'expatrier et de passer
en Hollande. Ayant été sommé de com-
paraître devant les lords du conseil à
Edimbourg, et n'ayant point obéi, ses
biens furent confisqués, et il fut dé-
claré hors de la loi (exlex). Il était
à la Haye lors pi*ensuile Jacques pro-
clama son acte d'indemnité; mais Flet-
cher n'en voulut pas profiter. Il pré-
féia l'exil à la honte de devoir à la fa-
veur d'un roi la liberté et la restitution
de ses biens. 11 revint cependant en
Angleterre quelque temps après l'avé-
nement de Jacques II au trône. Indi-
gné des mesures violenles qui signalé-
■■■■■■' 4-
5a FLE
rent le commencement de ce règne , il
se lia avec les ennemis du roi , et entra
dans des conspirations qui se formè-
rent pour renverser Jacques II du tro-
ue. Il obtint la confiance du duc de
Montmouth , qu'il suivit dans son
expédition en Ecosse, d'où ce prince
av.iit formé le projet d'envahir à
main armée l'Angleterre et de s'em-
parer du trône. Fletclicr, qui aurait
voulu établir une république en An-
gleterre et en Ecosse, ne pouvait
approuver ce projet; et Montmouth,
qui n'avait ni les talents, ni les
moyens nécessaires pour l'exécuter,
fut battu , fait prisonnier, et con-
damné à périr sur l'échafaud ( i685).
Dans le cours de cette malheureuse
expédition , Fletcher se fit, par la vio-
lence de son caractère, une ailàire qui
l'obligea de s'expatrier encore. Pressé
de partir pour un service urg|pt, et
n'ayant point de cheval, il prit celui
du maire de Lynn, sans lui deman-
der son consentement. Au retour de
son excursion, le maire lui reprocha
son procédé en termes fort injurieux,
et le menaça même de sa canne. Flet-
cher ne pouvant contenir sa fureur,
lui tira un coup de pistolet et l'étendit
mort sur la place. Ce meurtre excita
parmi le peuple des environs un sou-
Icvemetit dont les suites pouvaient de-
venir dangereuses pour le duc de Mont-
mouth, qui pressa lui-même Fletcher
de s'éloigner : celui-ci se hâta de s'eni-
barqtier sur un navire prêt à faire voile
pour l'EspaJine. A peine arrivé à Ma-
drid, il y fut arrêté, à la demande du
ministre d'Angleterre, et destiné à être
envoyé à ïx)ndres; mais la veille du
jour où il devait cire embarqué, un
inconnu se présenta aux barreaux de
sa prison , et lui procura les moyens de
se sauver. Celte aventure , ainsi qu'une
autre où il dut son salut à une espèce
d'apparition , furtifia beaucoup U teinte
FLE
de superstition religieuse que lui avait
imprimée sou éducation. Il prit ensuite
du service comme volontaire, et se
distingua dans la guerre de Hongrie
par ses travaux et ses talents militaires,
il revint en Angleterre avec Guil-
laume, prince d'Orange. Malgré son
opposition au gouvernement de Jac-
ques II, il ne put approuver le projet
de le détrôner pour mettre à sa place
un prince étranger. Il se déclara con-
tre Guillaume, dont il fut depuis cons-
tamment l'ennemi. Fidèle à ses maxi-
mes de républicanisme, et zélé défen-
seur des libertés du peuple, il croyait
qu'il ne fallait pas confier au meilleur
des princes un degré de puissance dont
les mauvais abusent toujours , et que
le souverain ne devait avoir qu'autant
de pouvoir qu'il en faut pour faire le
bien. Ces principes , qui avaient mo-
tivé son opposition à Charles II et à
Jacques II , ne lui permettaient pas de
croire que le gouvernement de Guil-
laume fût plus favorable à la liberté;
et en cela il se trompa, ainsi que dans
son obstination à combattre la mesure
de la réunion de l'Ecosse à l'Angle-
terre , mesure qu'il regardait comme
tendant à mettre l'Ecosse dans une dé-
pendance de l'Angleterre également
contraire à l'honneur et à la prospé-
rité de son pays. L'événement a prou vc
que l'élévation de Guillaume III au
trône d'Angleterre avait étendu et as-
suré la liberté nationale, en la fondant
sur des bases aussi solides que la sa-
gesse humaine puisse les concevoir.
Ij'cxpéricnce a prouvé de même , que
l'union de l'Ecosse avec l'Anglelerre ,^
en mettant fin aux divisions qui avaient
si longtemps ensanglanté le territoire
des deux royaumes , avait procuré à
l'Ecosse une augmentation d'industrie,
de richesse et de prospérité, qu'il était
difficile même de jirévoir. L'histoire a
laissé peu de détails sur les dernières
F L E
annëes de ce grand patriote, qui mou-
rut à I^ondres en 1 7 1 6. Sa fortune avait
été presque détruite par les persécu-
tions qu'il avait essuyées ; et quoiqu'il
eût eu plusieurs occasions de réparer
ses pertes, il ne chercha jamais à pro-
fiter de son crédit. Occupé sans relâche
des intérêts de son pays, il n'eut pas le
loisir de songer à son intérêt personnel .
On n'a jamais aimé le bien public et
défendu la cause des peuples avec plus
de courage, de constance et de désin-
téressement. Malgré le délabrement de
sa fortune, Fletcher a légué à ses com-
patriotes de Saltouu, une somme des-
tinée à y fonder «ne école pour l'édu-
cation des enfants pauvres. Voici l'ho-
norable témoignage que lui a rendu un
de ses contemporains : a André Flet-
» cher est un homme plein d'honneur,
» inaltérable dans ses principes; brave
» comme l'épée qu'il porte, et hardi
» comme un lion; ami sûr, mais irré-
•» conciliable ennemi. Il était prêt à sa-
» crificr sa vie pour servir son pays ;
» mais il ne ferait pas une lâcheté pour
» le sauver. Ses notions de gouvernc-
» ment sont trop subtiles et trop ab-
» solues pour convenir à des hommes
» sujets aux faiblesses communes à
» l'humanité. Il ne sut jamais les modi-
» fier par égard pour des circonstances
» extraordinaires. Le duc de Shrews-
» bury et le lord Sunderland , tous
» deux ministres et tous deux bons ci-
» toyens , ayant adopté des mesures
» qu'il regardait comme contraires à
» ses idées de liberté, il se brouilla
» avec eux , quoique depuis long-temps
» lié d'amitié avec l'un et l'autre.» Les
OEuvrcs politiques d'André Flet-
cher de S altoun, imprimées à Glas-
cow, 1749 7 en un volumein-i2, com-
prennent six Discours sur des sujets
relatifs aux affaires publiques de son
temps, suivis d'un écrit assez remar-
quable, intitulé : Récit d'une corwer-
FLE 55
sation sur les principes qui doii^ent
régler les gouvernements pour le bien
commun des hommes. Quoique ces
différents opuscules aient principale-
ment pour objet des questions qui n'ont
plus guère d'intérêt aujourd'hui, même
en Angleterre, ils méritent encore d'être
lus, parce qu'on y trouve des princi-
pes généraux de politique qui , dans
aucun temps et chez aucune nation ,
ne peuvent être indifférents aux bons
citoyens et aux hommes éclairés; mais
on y trouveaussi des idées exagérées de
liberté, qui ont constamment animé et
souvent égaré André Fletcher. On voit
qu'il les avait prises dans l'histoire des
Grecs et des Romains, non dans l'ob-
servation des mœurs de son temps ; et
les erreurs où ces idées l'ont entraîné
n'ont servi qu'à lui f^iire mener une vie
errante et fort agitée, sans que ses lu-
mières , ses vertus et son courage nient
procuré aurun bien à son pays. Tant
qu'on voudra appliquer aux gouver-
nements modernes les idées des an-
ciens , on ne produira que trouble et
désordre , sans aucun résultat utile
ni stable. Fletcher avaitécrit un Traité
sur l'Education, qui ne paraît pas
avoir été imprimé, mais dont le ma-
nuscrit a été conservé. Un lord écos-
sais , le comte de Buchan, a publié
en 179'A, in 8'., des Essais sur les
vies et les écrits de Fletcher de Sal-
toun , et du poète Thomson, Le vo-
lume est orné d'un portrait de Flet-
cher , gravé d'après Aikman. Nous
terminerons cet article par quelques
traits qui peignent le caractère de
Fietcher. Ou conçoit que la rigidité
de ses principes ne lui permettait
de s'attacher à aucun parti. C'est de
son temps qu'on imagina en Angleterre
les noms de whigs et de torjs , pour
désigner deux partis qui professaient
des principes de politique très diffé-
rents j les premiers ne reconnaissaient
54 FLE
tic pouvoir que crlui qui c'tail emnnc
du peuple, et pouvait ê(re relire par
le peuple ; les seconds reconnais-
saient dans le monarque un pouvoir
de droit divin , qui n'était soumis à
aucun contrôle. Les mêmes noms sub-
sistent encore j mais ils ne désignent
que des nuances d'opinions dont il
n'est pas aisé d'assigner avec précision
la difrércncc. Flelcher disait que ces
dénominations de tvhigs tl de torjs
n'étairnt que des masques qui ser-
vaient à déguiser les fripons des deux
partis. Il était éloquent , et son élo-
quence se distinguait par l'énergie et
surtout par la concision. Les discours
qu'il prononçait au parlement ne du-
raient jamais plus d'une demi -heure.
« Tout discours public, disait-il, qui
passe celte mesure, exige des audi-
teurs une atlenliou pénible, et tout ce
qui fatigue l'esprit nuit à la convic-
tion. » Il faut convenir que les an-
ciens avaient d'aulrcs idées de l'élo-
quence populaire. Les harangues de
Cicéron et de Démosthène duraient
assurément plus d'une demi -heure;
mais celles des orateurs modernes du
parlement d'Angleterre ont bien une
autre étendue. On a vu les Pilt, les
Burke, les Fox, parler quatre et même
cinq heures de suite, et trouver jus-
qu'au bout des auditeurs attentifs. On
aurait de la peine à obtenir la même
patience d'un auditoire français. C'est
Fletcher qui a dit : « Qu'on me laisse
» faire les chansons d'un peuple, je ne
» m'embarrasserai pas de ceux qui
y> feront ses lois. » S — d.
FLEURANGES (Robert de la
Marck., seigneur de), maréchal de
France , l'un des plus braves cheva-
liers et des meilleurs hommes de
guerre de son siècle, naquit à Se-
dan, vers I /^go, d'une ancienne et il-
lustre famille , originaire d'Italie. Il
inontra dès son enfance une passion
FLE
très vive pour les armes, et il em-
ployait ses hesires de rcaéation à
monter à cheval, ou à s'exercer à
manier la lance et l'épée. Il n'avait
que dix ans lorsque son père, cé-
dant à ses pressantes sollicitations,
lui permit de venir à la cour saluer le
roi , et lui offrir ses services. Louis
XII , charmé de l'air guerricp de cet
enfant , l'accueillit avec bonté , et le
plaça près du comte d'Angoulême
(François !«'.). L'adresse que Fleu-
ranges faisait voir à tous Ks exercices
lui mérita bientôt l'affection du comte,
qui leclioisissail pour compagnon dans
les jeux de leur âge. Il épousa en 1 5 1 o
la nièce du cardinal d'Amboise ; mais
pressé par le désir d'acquérir de la
gloire, il la quitta au bout de trois
mois de mariage, cl vint rejoindre
l'armée française dans le Milanez. A
peine arrivé, il rassemble un petit
nombre d'hommes déterminés, et se
jette avec eux dans Vérone , assiégée
par les -Vénitiens, espérant y trouver
l'occasion de se signaler par quelques
faits d'armes. La longueur du siège
l'impatienta, et il revint à l'arme^e
demander de l'emploi. C'était pen-
dant l'hiver rigoureux de 1 5 1 1 ; les
Français étaient en marche pour s'op-
poser au projet qu'avait le pape Jules
II de s'emparer de la Mirandole.Le
siège de celte ville fut poussé avec
tant de vigueur qu'elle fut obligée de
se rendre ; mais elle fut presque aus-
sitôt évacuée que prise, et l'armée
du pape se retira en désordre sur
Ferrare, où on la poursuivit. Flcu-
ranges assista à presque toutes les af-
faires qui curent lieu dans cette cam-
pagne , et partout il donna des preu-
ves de sang-froid et d'intrépidité. Les ^
pertes- qu'éprouvèrent les Français i
par les maladies les obligèrent de quit- >
ter l'Italie en i5i2. Fleuranges fut
chargé d'aller en Flandre pour y
I
FLE
kver des troupes, l! parvint à former
un corps de 10,000 hommes , et il
en eut le commandement sous les or-
dres de son père, lorsqu'on rentra en
Italie l'année suivante. L'armée fran-
çaise étant campée à Asli , Fleurantes
fut détaché sur Alexandrie , et s'en
empara sans éprouver beaucoup de
résistance. II se rendit ensuite de-
vant Novare, qui fut assiégée si vi-
goureusement qu'au bout de quaîre
jours il y avait au rempart une brè-
che suflisante pour donuer passage à
cinquante hommes de front; mais au
moment de l'assaut les assiégés ayant
reçu des renforts considérables firent
une sortie , mirent les Français en
désordre, et les poursuivirent à trois
milles de distance. Les Suisses re-
Tiurcnl à la charge le lendemain , et
les Français ayant accepté le combat
furent entièrement défaits. Toute leur
artillerie resta au pouvoir de l'enne-
mi ; le nombre des morts fut très
considérable. Fleuranges fut trouvé
dans un fossé , couvert de qua-
rante-six blessures, il ne dui la vie
qu'à la sollicitude de son père, qui
l'ayant fait placer sur un cheval le fit
conduire à Verceil , d'où Fleuranges
fut obligé de fuir avant d'être cnlicre-
menl rétabli. La perte de la bataille de
INovare entraîna celle de tout le Mila-
nez. Fleuranges s'était rendu à Lyon
pour {>e remciu-e de ses fatigues; mais
dès qu'il fut en état de se tenir à che-
val, il se hâta de venir en Picardie,
où h s Anglais avaient pénétré. Fran-
çois l''^ à son avéjiemcnt au troue fit
revivre les prétentions de sa maison
sur le Milanez. Il rentre en Italie, en
i5i5, avec une nombreuse armée.
Fleuranges commandait un corps
4'infanterie : il est informé que les
généraux suisses se trouvent à Tu-
rin, ville neutre; il s'y rend avec
çiûquaîile hommes., les fa.it pdson-
FLE 55
lîiers, et les relâche sur leur pa-
role ; il marche ensuite contre Chi-
vas, et s'en rend maître. Il comman-
dait l'avant-garde à la bataille de Ma-
rignan ; il eut un cheval tué sous
lui, et contribua tellement au succès
de cette journée, que le roi , pour lui
marquer sa satisfaction, voulut l'ar-
mer lui-même chevalier. Fleuranges
fit ensuite le siège de Crémone, qui
se rendit par composition. La nou-
velle de la maladie de son père le
força de quitter l'armée avant la fin
de cette campagne, où il s'était cou-
vert de gloire. Il fut envoyé en Alle-
magne en I 5 19 pour engager les élec-
teurs à donner leurs suffrages à Fran-
çois P^; mais il ne put réussir dans
cette négocFation aussi difïlcilc qu'im-
portante, et Charles-Quint fut élu em-
pereur. La guerre s'ctanl rallumée cii:
Italie, Fleuranges y accompagna le
roi , et fut fait prisonnier avec lui à
la malheureuse bataille de Pavio
( i5m5). Conduit au château de
l'Ecluse en Flandre, il y resta enfer-
mé plusieurs années, par suite de la
haine que l'empereur portait à son
père, Robert delà Marck. Il fut com-
pris dans la promotion des maré-
chaux de France qui eut lieu pen-
dant sa prison, et certes personne
«'avait phis de droits que lut a cet
honneur. 11 fut chargé en i556 de la
défense de Pérou ne , assiégée par le
comte de Nassau ( Foy, Estour-
mel); et quoique la ville fut en mau-
vais état , et que l'artillerie eut fait
quatre brèches praticables au rcm-^
part , il soutint quatre assauts , cl
força enfin l'ennemi à s'éloigner hon-
teusement. L'année suivante, Fleu-
ranges s'étant rendu à Amboise pour
y présenter ses devoirs au roi, y re-
çut la nouvelle de la mort de son
père : il partit en toute diligcnc pouf
se rendre à Sedan mais arrétQ Iw
56 FLE
Longjumeau par la fièvre , il y mou-
rut au bout de quelques jours , vers
la fin de décembre i55'j. Fleuranges
avait employé les loisirs que lui lais-
sait sa captivité , à rédiger ^Histoire
des choses mémorables advenues
du règne de Louis XII et de Fran-
çois 1 depuis i499 jusqu'en l'an
1621. Il y est désigné sous le nom
au Jeune adventureux. Ces Mémoires
ont été publiés par l'abbé Lambert ,
avec des notes historiques et criti-
ques, Paris, Ï755, in- 12. On les
retrouve dans le tome XVI de la col-
lection des Mémoires historiques , à
la suite de ceux de Martin et Guil-
laume du Bellay. Le style en est sim-
ple et naïf. L'auteur met dans ses ré-
cits un intérêt très vif: on voit qu'il
ne parle que de choses qu'il a vues j
et on doit lui pardonner de n'eu
avoir pas toujours parlé d'une ma-
nière désintéressée , puisqu'il était ac-
teur dans les principaux événements.
W— s.
FLKCRiAU ( Louis - Gaston ) ,
docteur en tiiéologie , et évêque d'Or-
léans, né à Paris en 1662, fut d'abord
chanoine de Chartres, abbé commen-
dataire de Moreilks en 1687, puis
trésorier de la Ste.- Chapelle du Pa-
lais, à Paris. Nommé en 1698 a l'évê-
ché d'Aire , il passa , en 1 706, à celui
d'Orléans , et eut en même temps
l'abbaye de St.- Jean d'Amiens , ordre
de Prémonlré. Il fut un modèle des
vertus épiscopales, et se distingua
surtout par sa charité. A son avène-
ment à l'évêché d'Orléans , il racheta
et fit délivrer 854 prisonniers déte-
nus pour dettes. Il assista à l'assem-
blée du Clergé de 1 7 1 5 , et tint , dans
son diocèse , de fréquents synodes
pour le maintien de la discipline et des
études ecclesiastiques.il y iil différents
établissements utiles , acheta et fonda
une maison pour les nouvelles cou>
FLE
verlies , fil achever les bâtiments de
son séminaire , et s'occupa de la ré-
furmationdes livres liturgiques de son
église. Il mourut le 1 1 janvier 1755.
La Bibliothèque de France fait mention
d' Ordonnances , Règlements et Avis
synodaux extraits des procès-ver-
baux des synodes tevus par M,
Vévéque d'Orléans ( Gaston Fleu-
riau) depuis 1707 jusqu'à sa mort,
Orléans, 1706, in-4°. Ce recueillie
contient qu'une douzaine de paçes,
L— Y^
FLEURIAU (Thomas-Charles),
jésuite, vers la fin du 17^. siècle, fut
chargé par ses supérieurs de corres-
pondre avec les missionnaires de la
compagnie dans le Levant, de rece-
voir leurs lettres et mémoires, et en-
suite de les rédiger et de les publier.
On trouve un grand nombre de ces
mémoires à lui adressés dans le recueil
des Lettres édifiantes. On a du P.Tho-
mas-Charles Fleuriau : \. Nouveaux
Mémoires des missions de la com-
pagnie de Jésus dans le Levant
(avec le P. Monier), Paris, 1712 et
années suivantes. \\. État présent de
l'Arménie j Paris, 1694, in- 12.
III. Etat des missions de la Grèce,
Paris , 1695 , in - 12. — Fleuriau
(Bertrand -Gabriel), jésuite, né le 8
août 1695. On a de lui : 1. Relation
des conquêtes faites dans les Indes
parD.P. M. d'Alméida, marquis
de Castel-Nuovo , comte dfAssa-
mar y traduite de V italien, Paris,
1749, in-12. 11. Fie du P. Cla-
ver ( Foy. Claver ) , Paris , 1751,
in-12. m. Principes de la langue
latine mis dans un ordre plus clair
et plus cjTflCt, Paris, 1754, in-12.
11 y en a eu beaucoup d'éditions ; la
6^ a été retouchée par M. de Wailly,
Paris, 1762, in-12, et Ia9^, »773,
in-12, entièrement refondue par le
même. IV. Poésies d'Horace y Ità-
FLE
duites en français par le P. Sana-
don , avec des notes ( de Fleuriau ) ,
Pans, I -; 56, in-i 2, 1 vol. V. Diction-
naire alphabétique de tous les noms
propres qui se trouvent dans Ho-
race ,Vav\s^ \']56, in-12. Ce Dic-
tionnaire forme le 3". volume de
l'ouvrage prece'dcnt. VI. ^ër, Car-
men. — Fleuri AU ( Jean -François ) ,
jc'siiite , né à Reims le 2 février i roo,
est auteur d'un Poème latin sur la
convalescence de M. le Dauphin y
Paris, 1752, in-4°.; de Vers grecs
et français sur le même sujet , et de
^'ers grecs sur la naissance de M. le
duc de Bourgogne. Il a travaille' au
journal de Trévoux. — Alexandre
Fleuriau, prêtre, a fait paraître en
nue grande feuille le Jeu des lettres
ou de V Alphabet^ inventé il y a
près de deux mille ans , et renou-
velé en faveur de la naissance de
Mgr. le duc de Bretagne, ( Voy.
Prosper Marchand, tom. II, , p. 67 ,
Dût. H. VIII. ) L — Y.
FLEURIAU ( Jérôme Charlema-
gne), connu sous le nom de mar-
quis de Langle, né en Bretagne,
est mort à Paris le 1 2 octobre 1807 ,
âgé d'environ soixante - cinq ans.
On n'a rien à dire de l'homme : on
peut dire de l'auteur qu';l avait de
l'esprit, mais qu'il n'en a pas tou-
jours fait un usage honorable. Ses
ouvrages sont: I. Voyage de Fi-
garo en Espagne, St.-Malo (Paris),
J 785 , en 2 petits volumes in - 12 ;
réimprimé plusieurs fois , soit en
France, soit dans l'étranger, et con-
damné à être brûlé par arrêt du par-
lement du 26 février 1 788. La pros-
cription donna de la vogueau Foyage
de Figaro j qui fut bientôt traduit en
Angleterre, en Danemark, en Ita-
lie, en Allemagne. La dernière édi-
tion française est intitulée : Voyage
en Espagne, par L. M. de Langle ,
FLE 57
6". édition , seule avouée par V au-
teur , Paris , Perlet , 1 8o5 , in - 8'.
Un anonyme avait publié une criti-
que de cet ouvrage sous le titre de :
Dénonciation au public du Voyage
d'un soi-disant Figaro en Espa-
gne,par le véritable Figaro, 1 n85 ,
in-i 2. La vignette qui décore le fron-
tispice de celte critique se compose
d'une poignée de verges, ea crois
avec un fouet. U. Amours ou Lettres
d'Alexis et Justine , Neuchâlel ,
1786,2 vol. in-8^. ; 1797, 3 vol.
in- 18 , qu'il ne faut pas confondre
avec le trop célèbre roman du mar-
quis de Sade. III. Tableau pitto-
resque de la Suisse , Paris , 1 790 ,
in-8°.j Liège, 1790, in- 12. Dans
le chapitre sur les cimetières et
sur les enterrements , l'auteur a
répété ce qu'il avait déjà dit dan)^
son Voyage en Espagne. IV. Soi-
rées villageoises , ou Anecdotes et
Aventures , avec des secrets inté-
ressants, 1791 , in-12; opuscule ou-
dessous de la critique. V. Paris'
littéraire, première partie (et uni-
que), an VII, in-12; libelle où l'au-
teur vomit des injures contre tous 1^*4
hommes dont les noms se présentent
à sa mémoire, mais qui ne se ven-
dit pas, puisque deux ans après 011
le reproduisit sous le titre del'^Z-
chimiste litléraire. VI. Mon Voyage,
en Prusse, ou Mémoires secrets sur
Frédéric le- Grand et sur la cour
de Berlin, 1806, in -8". Comme
dans ses autres ouvrages, l'auteur af-
fecte un ton sententieux et penseur,
qui n'apprend rien au lecteur. VH.
Nécrologe des auteurs vivants,,
1807, in -18. L'auteur ne s'y est
pas oublié ; il se reproche ( pag. 95 )
\\ibus excessif de Vesprit. 11 pro-
mettait de donner un volume tous les
ans , ou même tous les six mois. La
mcrt l'a empêche d'çxécuter ce pro-
53 FLE
jet; le p«hlic n'y a rien perclu : quel-
ques arficics sont extraits textuelle-
ment du Paris littéraire.^XW. Quel-
ques opuscules, sur lesquels on peut
consulter la France littéraire de
M. El scli , ou le Mercure du 3o jan-
vier i8oS. A. li— T.
FLEURIEU ( Charles - Pierre
CL AREï, comte de ) membre de Tins -
titut et du Bureau des longitudes, na-
quit à Lyon , en i 758 , d'une famiUe
distinguée de cette ville , où son père
avait occupé les premières places dans
l'administration et la magistrature. Il
manifesta, de très bonne heure, une
application et ungoût pour l'étude fort
rares à un âge encore tendre, et il fit
des progrès rapides dans ses premières
études. Ses parents crurent que des
dispositions si heureuses le rendraient
propre à parcourir une carrière bril-
lantedans l'étal ecclésiastique; mais ils
cédèrent sans peine à ses inclinations ,
cl , à lage de i3 ans et demi , ils le
firent entrer dans la marine. La vie
active de cette profession ne put le
porter à la dissipation ; il fut toujours
un modèle d'application et de bonne
conduite. C'est une justice que se plai-
saient à lui rendre ses compagnons
d'étude , qu'il devançait tous ; et ses
chefs , voyant le bon usage qu'il fai-
.saitdes heureuses dispositions dont la
nature l'avait doué, favorisèrent ce
noble élan , en l'alfranchissant des
entraves qui , dans les cours publics ,
auraient pu arrêter ses progrès. Un de
ses contemporains, pénétré du sou-
venir de ses bonnes qualités et de son
mérite, nous a dit qu'on lui permit
de se livrer en particulier à ses tra-
vaux. Jamais confiance ne fut mieux
justifiée j la masse de connaissances
qu'il acquit en peu de temps , annonça
bientôt ce qu'il serait un jour. 11 ser-
vit pendant la guerre de sept ans. La
paix de 1 763 lui laissa le loiair de sui-
FLE
vre plus assidûment ses travaux. Le
premier fruit de ses méditations fut la
construction d'une horloge marine ,
dont le projet mérita de fixer l'atten-
tion. Ferdinand Berthoud , célèbre
horloger , s'occupait alors du même
objet : Fleurieu lui communiqua se»
idées, et Berthoud lui apprit les secrets
de la pratiquede son art. De celtecom-
munication d'idées et de travaux, ho-
norable pour l'un et pour l'autre, il ré-
sulta des horloges marines qui , à l'ex-
ception d'un essai de Julien Lrroi,
furent les premières qui eussent été
fabriquées en France. Elles furent es-
sayées en 1 76S , sur la frégate ïlsis ,
comniaiidéc par Fleurieu , alors lieu-
tenant de vaisseau , qui mit dans l'u-
sage qu'il en fit un soin scrupuleux
et une exactitude surprenante. Le suc-
cès surpassa les espérances qu'on avait
conçues. ^' on content d'assurer la
bonté de ces instruments , il chercha
à les rendre généralement utiles.
Dans la relation de ce voyage (i),
Fleurieu n'a omis aucun détail propre
à inspirer ce degré de confiance que
la certitude seule produit : il donna
aux marins les premières leçons sur
la manière de les employer, et obtint
ainsi l'honncurdemarquer un pas vers
la perfection de l'art nautique. Les ta-
lents qui lui avaient procuré cet avan-
tage, l'avaient rendu propre a appli-
quer son esprit à toutes les parties de
la navigation. La place de directeur-
général des ports et arsenaux de la
marine, à laquelle il fut appelé eu
1776, a montré qu'il n'était pas
moins bon administrateur que savant
marin. C'est dans celle place que,
ses connaissances étendues ont rendu
les services les plus éclatants à la pa.-
triej c'est lui qui a rédigé presque
(1) Voyage fait par ordrt du roi en 1768 at
176J) , pour éprouver les horloges mari'*^. x
Parîi , 1773, Ln-4''. a ''ol- ^$-
F LE
tous les plans des opérations navales
de la {^lierre de 1 7 "jS , et ceux de toutes
les campagnes de découvertes , telles
que celles de La Pérouse et de d'En-
ti ccaste^iux , dont Louis XYI avait
donne le plan , et qui , bien que con-
fiées à des officiers du plus grand
mérite, doivent une parlie de leur
utilité à la direction sage et bien en-
tendue qui leur avait ëtëtrace'e. On lui
doit aussi la rëdaclion de l'ordonnance
du roi sur la régie et V administra-
tion des ports et arsenaux , Paris ,
1776, in-4". Tant de preuves de ca-
pacité' l'appelaient, dans l'opinion pu-
blique, au ministère de la marine; il y
fut nomme le 27 octobre 1 790. Dans
des temps tranquilles il eût pu , en
suivant les plans dont la marine ,
par son influence, avait déjà senti les
bons effets , amener progressivement
la perfection où il tendait toujours;
mais son ministère ue dura que jus-
qu'au 17 mai 1791. Quelque temps
après l'avoir quitté, il fut chargé de
l'éducation du fils de Louis XVI, en
qualité de gouverneur. Les orages de
1792 le forcèrent de se retirer des
affaires publiques , et de chercher
des consolations dans l'étude. La
considération dont il jouissait le fit sor-
tir malgré lui de sa retraite pour venir
«iéger , en l'an V ( 1 797), dans le con-
seil des anciens. Des temps plus calmes
ayant succédé, il fut appelé au conseil
d'état , et occupa plusieurs places con-
sidérables. Enfin , devenu sénateur ,
peu d'années après, il termina sa car-
rière le 18 août 1810. Si la vie pu-
blique du comte de Fleurieu Ta fait dis-
tinguer par de grands services , sa vie
privée le faisait chérir de ceux qui l'en-
touraient : tout respirait autour de lui
la paix et le bonheur. Les marins et
les géographes le jugeront principale-
ment par les ouvrages qu'il a laissés.
Aupun n'avait de connaissances hy-
FLE 59
drographiqnes plus étendues. La fa-
culté de lire plusieurs langues lui avait
procuré les moyens de puiser dans les
sources; et l'habitude de comparer les
relations de tous les vovajîpurs, lui
avait domie une surete de jugement
que l'on remarque avec surprise dans
les discussions les plus épineuses. Mais
ce qui ajoute un nouveau prix à cette
qualité, c'est qu'il ne s'est jamais laissé
entraîner aux opinions les plus sédui-
santes ; l'amour de l'exactitude et de
la précision le domina toujours. Sou
ouvrage des Découvertes des FraU'
çais dans le sud- est de la Nouvelle"
Guinée , Paris , imprimerie royale y
1 790 , in-4 ". ) ^" ^^^^^ ^^ exemple des
plus frappants. 11 s'agissait de retrou-
ver les îles de Salomon , découvertes
parMendaiia, dont on allait jusqu'à
nier l'existence [P^oj: Carteret) :
Fleurieu compare la relation du
voyage de l'amiral espagnol , don-
née par Herrera, à celles du capitaine
français Surville et du lieutenant
Shortland; il prouve que les îles
Salomon sont les î!es que le capitaine
français avait nommées Terre des
Arsacides , dont il avait visité la partie
orientale, et dont Shortland avait vu
la partie occidentale. La carte syslé-
malique qui est le résultat de cette
discussion intéressante, a été trouvée,
dans les points principaux, conforme
à ce qui existe, pendant la campagne
du contre-amiral d'Entrecastcaux ,
parti un an après la publication de cet
ouvrage pour aller à la recherche de
La Pérouse. Fleurieu a publié, ainsi
qu'on l'a déjà dit , la relation de son
voyage fait sur r/5/5, pour essayer les
horloges marines ( ^.la note précéd. ).
Nous avons encoredeluile/^o^ûge^i/-
iourdu Monde fait pendant les années
1 790, 1 791 et 1 7 9©, par Etienne Mar-
chand ; Paris , an VI ( 1 798 ) , 4 vol.
in-4°«Ce voyage contient des remar-
6o F LE
ques très intëressant«s sur la naviga-
tion du Grand-Océan. Il est précédé
d'une introduction savante sur l'his-
toire de toutes les navigations à la cote
nord-ouest de rAmériquc,et suivi d'une
discussion propre à jeter de grandes
Jumières sur les découvertes de Drake
et de Roggewein. Le quatrième volume
du même ouvrage est précieux par un
grand nombre de cartes hydrogra-
phiques, parmi lesquelles celle du dé-
troit de Billiton est la plus estimée j il
se distingue aussi par des observations
sur la division hydrographique du
globe. Fleurieu y propose, à l'égard des
grandes divisions , une nouvelle no-
menclature qui dérive si naturellement
de la nature des choses, qu'elle a été
en partie adoptée, et qu'il y a lieu de
croire qu'elle le sera dans la suite pres-
qu'en totalité. 11 ne reste que quelques
exemplaires d'un Allas de la Balti-
que et du Cattegat , ouvrage remar-
quableparla beaulédes plancheset par
le soin avec lequel il a été fait j malheu-
reusement il n'est pas entièrement
achevé : on peut cependant en tirer ,
dans l'état où il est, des parties pour
enrichir l'hydrographie. Enfin , le
Neptune Americo - septentrional a
#'té exécuté sous sa direction ( Foy.
Bonne). Fleurieu a laissé en manuscrit
!e commencement d'une Histoire gé-
nérale des navigations de tous les peu-
ples ; la première partie, comprenant
la navigation des anciens , n'est pas
entièrement terminée: elle peut néan-
jnoins exciter l'intérêt; et , comme tous
les ouvrages de son auteur, elle con-
tient des choses utiles et instructives.
R—L.
FLEURÏOT-LESCOT (J. A. C),
était maire de Paris au moment de la
chute de Robespierre , qui l'avait fait
nommer à cette place par le comité
de salut public, alors entièrement
^ns sa dépendance. Cet homme fut
FLU
un des Séides les plus dévoués de ce
tyran populaire. Il était né à Bruxelles:
forcé de quitter sou pays lors des
troubles duBiabant,iI vint se réfu-
gier à Paris , où il exerça la profes-
sion d'architecte , mais avec peu de
succès. Il avait écrit quelque chose
contre Perronet. La révolution de
France ayant éclaté, il se jeta avec
la dernière violence dans le parti des
démagogues , comme presque tous les
intrigants étrangers qui se trouvaient
alors à Paris. Ou le vit successive-
ment substitut de l'accusateur public
près le tribunal révolutionnaire, et
commissaire aux travaux pubhcs.
Ayant fait ses preuves dans les
groupes et dans les sections de la
capitale , autant par ses clameurs
que par son emportement forcené >
il fut reçu dans la société des ja-
cobins, où, après avoir chassé de
cette monstrueuse association toutes
les personnes qui avaient encore une
apparence de modération , Robes-
pierre alla le chercher pour en faire
un maire de Paris. L'administration
communale de cette ville, qui joua un
si grand rôle dans les troubles révo-
lutionnaires , était alors sans aucune
espèce d'influence, et son chef n'était
plus qu'un vil agent du comité de sa-
lut public; aussi la courte magistra-
ture de Fleuriot ne fut - elle remar-
quée que lorsqu'elle prit fin. Quand
il apprit que Robespierre était ar-
rêté ( Voy, Robespierre ) , il mon-
tra une fermeté de caractère qu'on ne
lui supposait pas: aussitôt il court à
la maison commune, rassemble tous
ceux des officiers municipaux et des
membres du conseil communal qu'il
j)eut trouver , fait sonner le tocsin ,
ordonne qu'on ferme les barrières,
et fait défendre l'hôtel-de-ville par
plusieurs pièces de canon. Robes-
pierre , qui était en état d'arrestation,
FLE
Tenait d'être amené par des gendar-
mes à l'hôtel -de - ville ; Fleuriot le fait
metlre en liberté et asseoir dans son
fauteuil , le déclare sauveur de la pa-
trie, fait prêter serment de mourir
pour sa défense , et envoie en même
temps des agents dans les sections
pour soulever et mettre en mouve-
ment tout son parti. Tout cela fut
exécute avec la plus grande rapidité,
mais en vain : l'opposition était plus
forte que l'attaque. La Convention,
informée de ce qui se passait, avait
mis hors la loi Robespierre et ses
principaux défenseurs : épouvantés
par ce décret terrible , les autres
n'osèrent pas s'armer en leur faveur ,
et Fleuriot-Lescot fut conduit à l'é-
chafaud le :28 juillet 1794? avec son
protecteur et treize de ses complices;
il était âgé d'environ trente-trois ans.
B— u.
FLEURY ( Claude), sous-précep-
leur dos enfmts de France , né à Paris
le 6 décembre 1640 , était fils d'un
avocat au Conseil , originaire de Rouen.
Il fit ses premières études au collège
de Clermont, tenu par les Jésuites, et
où s'élevait l'élite des jeunes seigneurs
de France. Il passa six ans avec ces
maîtres habiles , et il conserva toujours
pour eux les sentiments de la plus vive
reconnaissance. Son père le destinant
au barreau , il se livra tout entier à
l'étude du droit civil et de l'histoire ;
il y joignit celle des belles-lettres pour
lesquelles il était passionné, et se fit
recevoir avocat au parlement en 1 658.
Il fréquenta le barreau pendant neuf
ans. La vie paisible qu'il menait,un goût
naturel pour la solitude , des senti-
ments religieux, fruits de sa première
éducation , lui firent insensiblement
prendre de l'inclination pour l'état
ecclésiastique. Dès que sa résolution
fut fixée , aux ouvrages qui jusque-là
avaient été l'objet de ses éludes , il
PLË 61
substitua la tliéologie, les Pères, l'his-
toire ecclésiastique et le droit canon ,
et il s'y rendit fort habile. H y avait
déjà quelque temps qu'il avait pris
l'ordre de prêtrise , lorsqu'en 1672,
son mérite le fit choisir pour précep-
teur des fils du prince de Conti , élevés
près du Dauphin. Cette éducation fi-
nie , le roi , qui avait eu occasion de
le connaître et de l'apprécier, le char-
gea de celle du comte de Vermandois,
qu'il n'acheva point, ce jeune prince
étant mort en i685. Le roi nomma
l'abbé Fleury, en 1 684 > ^ l'abbaye de
Loc-Dieu , ordre de Citeaux. Enfin ,
en 1689 , il le fit sous-précepteur de»
ducs de Bourgogne , d'Anjou et de
Berry. L'abbé Fleury se trouva ainsi
associé à Fénélon , partagea les soins
que cet illustre prélat donnait à ces
augustes élèves , et ne contribua pas
moins que lui au succès de cette édu-
cation importante. C'est en 1696 , et
pendant qu'il était près des princes ,
que Fleury fut nommé l'un des qua-
rante de l'Académie française , pour
remplacer La Bruyère. Au reste il
menait à la cour une vie aussi retirée
qu'il eût pu le faire dans la plus pro-
fonde soHtude. Entièrement occupé des
devoirs de son emploi, s'y hvrant sans
réserve, il donnait à un travail utile
les moments de loisir qui pouvaient lui
rester. Non-seulement Louis XIV sa-
vait distinguer les talents , il savait
encore noblement les récompenser.
L'éducation des princes achevée ,
il donna le riche prieuré d'Argenteuil
à l'abbé Fleury , qui , fidèle à la disci-
pline établie par les canons , ne voulut
pas conserver son abbaye , mais la re-
mit entre les mains du roi. Ce fut alors
que , libre de tout soin , il se livra
entièrement à des travaux dignes d'un
homme de son état. Néanmoins Louis
XIV étant mort, il fut , en 1716,
rappelé à la cour par le Régent^ pour
6i FLE
ctrc confesseur du jeune roi. On pré-
tend qu'en le nommant , ce prince lui
dit : Je vous ai choisi parce que vous
n'êtes ni janséniste., ni moliniste ^ ni
uîtramontain.Fleury remplit avec zèle
et sagesse les fonclionsdëlicates de son
nouvel emploi, et s'en démit en 179.2,
a cause de son grand âge. Il mourut ,
le 1 4 juillet 17^5, dans sa 83". année.
« Jamais homme, dit un auteur con-
temporain (i), ne fut plus savant et
plus simple, plus humble et plus éle-
vé.... 11 était doux, affable, homme
vrai, faisant toujours plus qu'il n'avait
cru pouvoir faire. Pas un mot qui ne
fût une politesse , pas une action
qui ne fût une vertu ». « Que de qua-
lités estimables réunies dans un seul
homme, dit un autre écrivain (2)! Un
«rit excellent, cultivé par un travail
ni , une science profonde, un cœur
^ in de droiture, des mœurs inno-
centes , une vie simple , laborieuse,
édifiante, une modestie sincère, un
^ désintéressement admirable , une ré-
gularité qui ne s'est jamais démentie ,
une fidélité parfaite à tous ses devgirs^
en un mot , l'assemblage de tous les
talents et de toutes les vertus qui font
le savant, rhonnête homme et le chré-
tien. » Le cabinet de l'abbé Flcury
était ouvert à tous ceux qui voulaient
le consulter. Il entretenait des corres-
pondances avec les savants, et coopé-
rait à leurs travaux par ses conseils ou
par des écrits. Souvent il tenait , avec
des personnes choisies , des confé-
rences qui avaient pour o})jet l'Ecri-
ture saint»' ou d'autres sujets religieux.
Lorsque Fleury était encore avec les
princes de Conti, Bossuet l'avait ad-
mis à ses propres conférences. Il
était fort assidu à l'Académie , et il
(i) LemaUredeClaviUe , Traité dnvrai mérite,
[t) M. Adam, reçu à l'Acadcinie françaite à la
place (Je M TabLé Fleury-, «initi lOB (liicouri d«
ré«tpti»D, 1« a décembre 1723.
FLE
la fréquenta jusqu'à ses derniers
jours. Voici la liste des nombreux
écrits qu'il nous a laissés et dont une
partiea été composée dans le cours des
différentes éducations dont il fut char-
gé : I. Histoire du Droit français ,
Paris, 1674, I vol. in- 12: ouvraG;e
court et précis , mais d'une grande
clarté et plein d'érudition. 11 fut, selon
quelques-uns , composé pour l'éduca-
tion d'André Lefevre d'Oiniesson ,
mort intendant de Lyon en i (384* On
l'a réimprimé en 1^)92 , à la tête de
l'Institution au Droit français par Ar-
gon , Paris, 1 vol. in- 12. II. Caté^
chisme historique , Paris , 1679 ,
un volume in- 12. C'est la date que
Dupin donne à la première édition
de cet ouvrage , qui en a eu un très
grand nombre. L'approbation néan-
moins , qui est de Bossuet , n'est
que de i685. Ce livre eut un fort
grand succès. On a fait des milliers de
catéchismes, et celui-ci est peut-être
encore le meilleur. C'est l'histoire de
la religion depuis la création du Monde
jusqu'à la paix de l'Église sous Cons-
tantin , et une instruction complète
sur ce qui concerne la croyance chré-
tienne. Il a été traduit en plusieurs
langues. En 1705 l'auteur en donna
unelraduclion latine, enricliic des pas-
sages de l'Ecriture qui servent d'auto-
rité au texte. III. Les Mœurs des
Israélites, Paris , 1681 , in -12.
IV. Les Mœurs des Chrétiens, 1 682 ,
in- 12 : excellent ouvrage, qui n«
saurait être trop répantUi. Aprèsyavoir
donné la vie de J-C, l'auteur y offre ua
tableau fidèle des vertus des premiers
chrétiens. On le jtiint souvent au précé-
dent, dont il forme commela suite. On
les a réunis en trois vol. in- 12 , jolie
édition , Paris , Goujon , an XI (fin de
1 802 ). V. La Fie de la vcnéralîe
mère Marguerite d'Arbouze , ah-
hesse et réformatrice du FaUde^
F LE
Grâce, Paris, 1684, i vol. in-8^
La hième édition se trouve sons un
frontispice de i685.VL Traité du
choix et de la méthode des Eludes,
Paris, 168(3, i vol. en 2tom. in-12.
C'est un des ouvrages importants de
l'abbé Fleury, et Dupiu le regardait
comme laclcf de tons ceux qiccet abbé
a donnés au public. Il a été traduit en
italien et en espagnol. On y trouve
joints deux lettres eiMi'ers latins , un
discours sur Platon , et la traduction
d'un fragment de ce philosophe. Le-
prince jeune en a publié une édition
considérablement augmentée et cor-
rigée d'après ur. manuscrit nouvelle-
ment découvert, Nîmes, 1 784, in- 1*2.
\ll. Instiuuion ad Droit ecclésiasti-
que, Paris, 1G87, '2vol. in-i'2.iJixans
auparavant il y en avait eu une édition
fuie sous un nom emprunté, sans la
participation de l'auteur; elle avait
pour titre : Iiistiiutionau Droitecclé-
fiasiique de France , par feu M»
Charles Bonel , docteur en droit
canon à Langres , et revue avec
soin par M. de Massac , ancien
avocat au Parlement, Paris, 1677 f*
u-\2. Si l'on m croit la préface de
cette édition , Bonel , prétendu auteur
de ce livre, était mort sans le publier.
On l'avait trouvé parmi ses papiers ,
et il était tombé entre les mains de
IM. de Massac , qui l'avait revu et
remis entre les mains de l'éditeur. Bo-
nd est un personnage imaginaire. Il
n'eu est pas ainsi de M. de Massac ,
ancien avocat, tel qu'il se qualifie.
Mais la vérité est que l'ouvrage est de
l'abbé Fleury , qui n'eut aucune part
à cette édition , bien moins ample qife
celle qu'il donna. 11 avait depuis long-
temps, dans ses portefeuilles, cet ou-
vrage achevé dès 1 6(58; il l'avait com-
posé pour son instruction , sans qu'il
eût dessein de le rendre public. On ne
nous a point appris comment cet écrit
FLE
65
était passé en mains étrangères , ni ce
qui engagea Fleury à ne point réclamer
contre la première édition , qu'on ne
peut guœe supposer lui être restée
inconnue. On trouve deux autres édi-
tions de l'Institution audroit ecclésias-
tique; l'unesous la datede 1 638, l'autre
sous celle de 1 704. Vill. Les Devoirs
des Maîtres et des Domestiques ,
Paris , 1 6y8 , i vol. iu- 1 'î : traité non
moins utile que solide et instructif, et
où les maîtres et les serviteurs trou-
vent de sages avis pourréglerleur con-
duite respective. L'abbJ Fleury y a in-
séré le règlement que le prince de
Gonli avait fait pour les gens de sa mai-
son. On trouve à la fin un Abrégé de
l'Histoire sainte à l'usage de celte der-
nière classe d'hommes : il est regardé
comme uii chef-d'œuvre pour le choix
des traits cl la précision. IX. La Tra-
duction latine de V Exposition de la
Doctrine de V Eglise catholique ,
par Bossiiet , revue par ce prélat,
Anvers, 1678 , i vol. in 12 ,.et ré-
imprimée avec un avertissement de
Bossuot , aussi en latin , en 1 680 :
la traduction àcY Exposition l'ut faite
pour l'usage des étrangers et imprimée
par les soins de Tévêquc deCaslorie ( i ).
X. Histoire ecclésiastique , Paris ,
1691 et années suivantes, 20 vol.
in-4°. , continuée par le père Fabre de
l'Oratoire, Paris , 1 726 et années sui-
vantes, 16 vol. in-4'*.;en tout 56 vol,
in-4'. et in- 12. 11 y en a eu d'autres
éditions à Bruxelles et àCaen. Rondet,
en 1740, en donna une qu'il eut soin
de revoir. Il publia aussi la Table gé-
(1) EHc se trouve dans nn ouvrage intitulé i
J^anielit Severini SciiUeti anit-do^ma , quo pro-
ùalwdottrinam ab epifcopoBosfitelo pruposilam
admitli non passe ; cuin ioid Exposilione Ja-
eobi Bossueii latine versd à Cl. Fleury , H im-
bourg , i(J84 , in 8". On Ta aussi réunie a l'édition
Je VExpjsilion , donnée a Pans chez Uesprer , en
i^Ôi.li" rcitonn^.issant que cette version ne man-
que ni de tidé ilé, ni d'élégance , le Journal d«s
Savants , de mars 176a , y relevé quelques expret»
«toai , dpnt la laùniié e$t au moiui suspecte.
64 F L E
Derale des matières, tant des volumes
de Fleury que de ceux du père Fabre ,
1 vol. in-4'\ou 4 vol. in- 12. Les vo-
lumes de Fleury vont jusqu'au i5i4;
et la continuation du père Fabre jus-
qu'en 1 5gS.{P^qy. Fabre.) L'Histoire
ecclésiastique de Fleury , malgré quel-
que diversité d'opinions , jouit d'une
réputation méritée. « C'est , dit l'abbé
Desfonlaines , un ouvrage dont tous
les savants et les personnes d'esprit
et de goût ont fait jusqu'ici beaucoup
d'estime. Il renferme une critique ex-
cellente. On trouve dans M. Fleury ,
lin théologien sûr, un juge éclairé et
intègre.... Les extraits qu'il donne des
SS. Pères sont ce qu'on admire le
plus.... Il est impossible d'analyser
avec plus de précision. Les actes des
martyrs sont la partie touchante de
l'ouvrage.... Le style est simple, quel-
quefois négligé , mais presque toujours
pur, élégant, concis, et dans le goût
de l'Ecriture sainte. L'onction y règne
avec un esprit de candeur et de vérité
qui gagne le lecteur. » M. Fleury ,
ajoute le même critique, « reunit la
qualité de philosophe , de dissertateur,
de grand historien. » Voltaire en
parle d'une manière encore plus avan-
itigcuse : « Son Histoire de l'Eglise
V dit-il , est la meilleure qu'on ait ja-
» mais faite ; et les Discours prélimi-
» naires sont fort au-dessus de l'His-
» toire. » L'abbé Lenglct le juge
moins favorablement , et prétend
que cet ouvrage est plutôt une suite
d'extraits qu'une histoire. Lonp;ue-
rue reproche à Fleury « de n'être
point maître de sa matière, de ne mar-
dier qu'en tremblant et presque tou-"
jours sur les traces de Labbe et de
lîaronius , qui l'ont souvent égaré. »
Quoi qu'il en soit de ces divers ju-
ç;ements , on ne peut nier que celte
histoire ne soit un beau travail qui ,
depuis , n'a été effacé par aucun autre
FLE
sur la même matière , et dont le mérite
se trouve encore relevé par la faiblesse
du continuateur. On a fait à l'auteur
de l'Histoire ecclésiastique, de plus
graves reproches. Les uns lui font un
tort de son admiration pour l'ancienne
discipline de l'Eglise , sous prétexte
que par-là il affaiblit le respect pour la
nouvelle j d'autres n'aiment point qu'il
ait exposé sans ménagement, aux yeux
du public , la a)nduite répréhensible
de quelques papes , et les dérèglements
qui , dans quelques siècles , s'étaient
introduits parmi le clergé. Deux reli-
gieux flamands ont écrit contre l'abbé
Fleury; l'un a dénoncé l'Histoire ec-
clésiastique au clergé de France ; l'au-
tre accuse Fleury de mauvaise foi , et
prétend qu'il a omis, tronqué ou mal
traduit les passages qu'il rapporte. La
meilleure réponse à toutes ces imputa-
tions , c'est la réputation d'écrivain
sage et utile qu'a conservée l'abbé
Fleury , laquelle non-seulement s'est
soutenue, mais s'est encore accrue. S'il
met des faits m avant, il cite ses auto-
rités , et les cite fidèlement. Sans doute
son histoire n'est pas sans défauts;
mais elle est écrite avec impartialité.
Il a dit et loué ce qui est bien; il n'a
pas dissimulé et il a blâmé ce qui est
mal. C'était le devoir d'un historien.
Le P. Lanteaume, jésuite, a donne'
des Observations théologiques , his-
toriques , critiques , etc., sur V His-
toire ecclésiastique de Jeu M. l'abbé
Fleury j Avignon, i-jdô et 1757,
'1 vol. in-4''.; Bruxelles, 1 74^» in-8'.
Cette critique, dit M. liarbier, est
bien modérée en comparaison de celle
âe l'abbé Rossignol , ex-jésuite, inti-
tulée : Réflexions SUT V Histoire ecclé-
siastique, etc., Pans, 1802 , in-8".
XI. Discours sur V Histoire ecclé-
siastique. Ces discours , au nombre
de huit, se trouvent parmi les volumes
de l'Histoire ecclésiastique, et ont été
FLE
composes pour en faire partie. Cest le
résultat et comme la quintessence de
ce que l'histoire de l'Egiise offre de
plus remarquable sur rétablissement
de la religion chrétienne, la discipline
de l'Eglise , les changements que cette
discipline a subis ; sur les croisades ,
la décadence des éludes et les révolu-
tions de l'état monastique : le tout ac-
compagné des réflexiojjs les plus pro-
fondes et les plus judicieuses , et écrit
d'un style si serré, si nourri et en
même temps si élégant, qu'on n'a pas
craint de dire que , dans cet ouvrage ,
Fleury n'était point au - dessous de
Bossuet. Ces discours ont été imprimés
a part dès i -joH. Il y en a une édition
deP«iris, 1702, 2 vol. in- 12. On y
trouve qu'il devait y avoir un neu-
vième discours sur le renouvellement
des éludes au i5'. siècle, lequel aurait
fait partie du 21^ volume de l'His-
toiie Ecclésiastique ; mais, ni ce dis-
cours , ni le volume n'ont paru. XI l.
Discours sur les Libertés de V Eglise
Gallicane. Quelques-uns ont cru que
ce discours était celui qui devait
être mis à la ièiv du 2 1 .^ vol. de l'His-
toire Ecclésiastique ; mais c'est une
erreur. Il Ptait composé plus de trente
ans avant la mort de l'abbé Fieuiy,
qui ne l'avait point destiné à cet usage.
11 neparutpointdeson vivant. La pre-
mière édition est dé 1 724: elle est ac-
compagnée de notes violentes dirigées
surtout contre les papes. On croit que
l'éditeur, et en même temps l'auteur
des notes , est l'abbé Débonnaire ,
cx-oratorien ( Foj', Débonnaire ).
Le même Discours fut réimprimé en
1755, »75o, 1753, 1755, toujours
avec les mêmes notes , à l'exception
que, dans la dernière édition , Ton re-
trancha la dénonciation de quelques
communautés chargées de l'éducation
des jeunes ecclésiastiques, comme fa-
vorable aux opinions ultramontaincs.
XV.
FLE 65
En 1 7<35 , une nouvelle édition du Dis-
cours sur les Libertés de l'Egiise Gal-
licane , fut donnée par M. Boucher
d'Argis : elle parut munie d'une ap-
probation, avec beaucoup de chan-
gements dans le texte. On en avait ,
il est vrai, retranché quelques notes
les plus répréhensibles ; mais parmi
celles qui subsistaient , il en était
encore de très dignes de reproches.
Pour justifier la différence qui exis-
tait entre cette édition et celles qui l'a-
vaient précédée , l'éditeur alléguaitque
celles-ci s'étaient faites sur des copies
infidèles , et où il s'était glissé plu-
sieurspropositions contraires à nos li-
bertés. Le même Discours fut de nou-
veau imprimé en 1765, avec un
Commentaire par M. l'abbé de C. de L.
(Chiniac de Labastide ). Le texte du
Discours est le même que celui de
l'édition de Boucher d'Argis ; mais le
Commentaire est encore plus violent
que les notes des éditions précé-
dentes. Il est constant que , dans
ces deux dernières éditions , le texte
de Fieury a été altéré et interpolé pwur
le rendre favorable à quelques préten-
tions du Parlement, qu'on était fort
aise d'appuyer d'une autorité aussi
imposante. Mais depuis , la fraude fut
découverte, ( t le manuscrit autographe
a été retrouvé. Il porte la date de
1 6go. Le texte en est à peu près sem-
blable à celui des é.Ut.ons qui ont pré-
cédé celle de Boucher d'Aï gis , et la,
confrontation des deux textes ne laisse
aucun doute sur l'intention de cet édi-
teur. Outre ces ouvrages , on a de
l'abbé Fleury : Discours sur la pré-
dication , 1 7 55 , in- 1 2 ; Traité du
Droit public de France, 1769, 5
tom. en 4 vol. in-12 , dont le dernier
contient V Extrait de la république
de Platon , les Réflexions sur Ma-
chiavel, et autres opuscules inédits
de l'abbé Fleury : on a rafraîchi le
5
66 , FLË
frontispice de cette édition en 1772
et 1 788 ( P^oj'. le journal des Savants
de septembre 1 789 ) j Le Soldat
chrétien , i 772, iu-12, publie', ainsi
que l'ouvrage précèdent , par J. B.
Darragon ; Lettres à Santeul, et
deux Lettres en vers latins, l'une à :,\.
Louis deMontmore, l'autre à M. André
d'Ormesson; Discours sur la Poésieet
notamment sur celle des Hébreux
(datis les Mémoires de Littérature et
d'Histoire, recueillis par le P. Des-
inolets); Portrait du duc de Bourgo-
gne et ^ vis pour ce prince; Réflexions
sur Machiavel ; Lettres sur la Jus-
tice ; Pensées tirées de Saint- Augus-
tin ; Mémoires pour le roi d' Espa-
gne j Discours Académiques. Tous
les ouvragfs de l'abbé Fleury , men-
tionnés ci-dessus , à l'exception de
\ Histoire Ecclésiastique, ont été re-
caeilîis parRondet , sous le titre d'O-
puscules , Nîmes, 1 780, 5 vol. in-8''.
Quelques pièces inédites , et surtout le
manuscrit autographe (i) du Discours
sur les libertés de l'Egli-e gallican(^ ,
si important pour fixer et faire con-
naître la véritable opinion de ce savant
ecclésiastique sur un point d'un si grand
intérêt, étant tombés entre les mains
de M. Emery , supérieur général de la
Congrégation de Saint-Sulpice , il en
a formé un volume de Nouveaux
Opuscules y Paris, 1807, in-12. La
pièce la plus importante de ce recueil
est le fîimeux Discours. M. Emery a
fait imprimer , en caractères romains,
le texte du manuscrit autographe , et
eu italiques les morceaux supprimés
(i\ Le P. Lelongcile, dans ta Bibliothèque des
Uitloriens de France , un manutcrit de VI. Fleu-
ry , cou»ervé daoi la Libliolhèque de St.-Gerraain-
oes-Pré», elinlilulc : Mémoire sur les Libellé/ de
l'Eglite GaUicane, com[>*iié ea 1G90, iu-l. L'abbé
Guinet croit, avec beaucoup de vraisemblance,
«me ce Mémoire crt le mime ouvrage aue le DU-
cKiirt : tous deux porlenl la roéme date ; la matière
«tt la même, et l'abbé Goujet aiiure avoir en-
tendu dire au P. Lciuag qu« c'e«l ce di«c«urt
tiuM « Tculu citer.
FLE
ou altcre's. Les parties correspondantes
substituées par l'éditeurde 1 7G5, sont
placées en notes. On trouve , dans ce
même recueil , le petit poème de l'abbé
Fleury, intitulé : Bibliotheca ClarO'
moîitana. Le tom. XXV des Lettres
édifiantes , in- 1 2 , contient un Traité
des Etudes convenables aux Mis'
sionnaires , qui lui est attribué; et
le tom. m des Annales philosophi'
ques , morales et littéraires , Paris,
1801 , in-8°. , renferme, pag. 227 ,
une lettre inédite de l'abbé Fleury,
qui donne de curieux détails sur la
vie et les travaux de J. de Gaumont ,
conseiller au Parlement de Paris,
mort en i665. L — y.
FLEUFxY (Julien), chanoine dd
Chartres. On ignore le lieu et l'épo-
que de sa naissance. Il mourut à Paris
le i3 septembre 1725, après avoir
consacré sa vie entière à l'étude des
lettres et aux devoirs de son état. Il
avait professé quelque temps l'élo-
quence au collège de Navarre, et
s'était principalement distingué dans
cette carrière par son talent pour la
poésie latine. Mais il est surtout connu
par les éditions ad usum Delphini ,
dont il fut chargé. On lui confia
d'abord Apulée , qu'il publia à Pa-
ris en 168S, 2 vol. in- 4'. Son édi-
tion est réputée l'une des meilleures
de cette intéressante collection. Bien-
tôt après il entreprit Ausone; mais
à peine l'ouvrage fut-il sous presse
que les fonds consacrés à l'entre-
prise cessèrent de la soutenir, et
l'impression s'arrêta à la page 160.
On donne cependant une autre rai-
sou de cette suspension subite ; on
prétend que l'obscénité de quelques-
unes des pièces d'Ausone effaroucha
la piété de ce respectable ecclésiasti-
que, et qu'il renonça à commenter ce
qu'il eût rougi de paraître seulement
avoir lu. Ce motif i'houore sans doute;
FLE
wiais il est difficile de le cnnciller jus-
qu'à un certain point avec les pré-
cautions qu'il prit pour conserver son
manuscrit et les feuilles déjà impri-
mées ; en sorte qu'à sa mort on re-
li cuva le tout bien cacheté. L'abbe'
Souchay, membre distingue de l'aca-
démie des inscriptions et belles-let-
tres , se chargea de revoir, de sup-
pléer le travail de Fleury , et publia
son Ausone à Paris, i75o, un vol.
in-4°. On doit encore aux soins de
Julien Fleury l'e'dition de la Con-
corde ëvange'.ique grecque et latine
de Nicolas ïoinard , d'Orléans, Pa-
ris, in-fol., 1707: les prolégomènes
et les notes sont en partie son ou-
\ra^e. Il a également travaillé à la
longue et savante Requête imprimée
cl présentée au roi en 1700 au nom
du chapitre de Chartres, et qui avait
pour objet la défense de ses droits at-
taqués alors par l'évêque de ce dio-
cèse. Â. D — R.
FLEURY (André Hercule de) ,
cardinal, ancien évêque de Fréjus, et
précepteur de Louis XV. Duclos dit
qu'il était fils d'wn receveur des tailles
\ de Lodcve , mais bien certainement il
I était issu d'une famille nobie et an-
cienne du Languedoc; i\ naquit dans
cette ville le 22 juin 1 653 , et fut , dès
son enfance , destiné à l'état ecclésiasti-
que. Amené à l'âge de six ans à Paris ,
il fit ses humanités au collégedeCler-
mont, sous la direction des jésuites.
Après sa rhétorique, il passa au collège
d'flarcourt pour y faire sa philosophie.
Né avec de l'esprit , doué de beaucoup
de facilité et d'une heureuse mémoire ,
joignant à cela l'amour de l'étude , il
avait brillé dans toutes ses classes. Il
les termina en soutenant des thèses en
Srec et en latin , sur les principaux
ograes enseignés par les anciens phi-
losophes dans les écoles d'Athènes ;
«MiLercice qui désignait les bons éco-
. FLE 67
liers , mais qui com?ncnçait à devenir
rare , et dont Rollin et Boivin le cadet
donnèrent les derniers exemples. En
1668 , n'ayant encore que quinze ans,
le jeune abbé de Fleury fut nommé à
un canonicat de Montpellier. Il alla en
prendre possession , et revint à Paris
continuer les études qu'exige l'état ec-
clésiastique. H soutint sa tentative en
1674, entra en licoi ce en 1676, et
subit toutes les épreuves de ce cours j
mais il ne prit le bonnet de docteur
que bien long -temps après. H n'avait
que vingl-qnatre ans, était encore en
licence, et n'était point prêtre , lors-
qu'il fut nommé aumônier de la reine
Marie-Thérèse. Il en fit les fonctions
au mariage de la princesse Marie-
Louise d'Orléans avec le roi d'Espagne.
Il assista comme chanoine de Mont-
pellier, en qualité de député du se-
cond ordre , à la fameuse assemblée
du clergé de 1682. Après la-raort d©
la reine il devint aumônier du roi, et
tint en 1692 le poêle au mariage de
Philippe de France , depuis duc d'Or-
léans , et régent du royaume. Intro-
duit ainsi à la cour, avec une figure
agréable et spirituelle , de nobles ma-
nières , un esprit cultivé, il se fit
bientôt connaître , et acquit d'illustres
et puissants amis , qui devinrent ses
protecteurs. L'abbaye de la Rivour ,
ordrede Cîteaux et diocèse de ïroyes,
à laquelle il fut nommé en 1686 , fut
la première grâce ecclésiastique qu'il
obtint. Son mérite, relevé d'une con-
duite sage, modeste, et de mœurs régu-
lières, n'échappa pointa la pénétration
de Louis XI V. Sous les dehors du cour-
tisan aimable , ce prince entrevit des
vertus et des qualités solides qui pro-
mettaientunbon évêque. LessufFrages
de Bossuet et du cardinal de Noailles
confirmèrent le monarque dans ces
favorables dispositions ; et le i^*^. no-
vembre 1698 , il nomma l'abbé de
08 FLE
Fleury à rëvêché de Frëjus, accom-
pagnant cette nomination d'une de ces
phrases obligeantes dont il savait si
bien assaisonner les grâces qu'il accor-
dait (i). On a prétendu que ce pré-
sent, qui éloignait l'abbé de Ficury
de la cour, et le reléguait dans un
pays peu agréable, ne lui plut que mé-
diocrement; et à ce sujet on cite de
lui quelques bons mois qui , s'ils sont
vrais , le feraient présumer (2). Quoi
qu'il en soit de cette répugnance, son
devoir n'en souffrit point j il se rendit
dans son diocèse , en sortit peu , se
voua à l'instruction de son troupeau ,
soulagea les pauvres, établit de petites^
écoles dans les campagnes , etc. Par sa
sa conduite sage envers le duc de Sa-
voie, lorsqu'on 1707 ce prince entra
en Provence, Fleury garantit le pays
des fureurs de la guerre. L'évêque de
Fréjus sut si bien se concilier les bon-
nes grâces du duc , et celles du prince
Eugène, qu'il obtint tout ce qu'il vou-
lut , qu'aucun désordre ne fût commis
dans la ville , et que la province en
fût quitte pour une contribution très
modérée. M. de Fleury s'était fait re-
cevoir docteur en Sorbonne , et avait
e'té sacré évêque en 1699. ^^ ^^^*
serva Tévêché de Fréjus jusqu'en
1 7 1 5. Alors sa santé souffrant du mau-
vais air de cette ville située près de la
mer, il demanda et obtint la per-
mission de se démettre de son évc-
ché, et reçut en dédommagement l'ab-
baye de Touruus. C'est cette même
année que le roi , par un codicile
ajouté à sou testament , le nomma pré-
cepteur de son petit-fils , qui depuis
fut Louis XV. Chargé d'un emploi si
(1) Il lut dit : « Je vou* ai fait Attendre lone-
M temps; niau voiuavrz tant d'à mis , que j'ai voulu
» avoir «Kiil ce mérite auprès de vous. »
(1) Il disait, assure Voltaire , que dès qu'il avait
%u «d femme . il avait été d^;;(iùt<i de s<>n mariage ;
et 21 signa , daus >ine lettre de plaixanieric au car-
diaal Quirini : Fleury , évéïjiie de Frêjiitpar l'in-
Jignaliun divine. (Fr<ci« du Siècle de Louis X.V.)
FLE
important, et dont allait dépendre I©
bonheur d'un grand royaume, Fleury
ne songea plus qu'à s'en acquitter avec
le soin le plus scrupuleux. 11 s'appli-
qua à former son élève au secret, aux
affaires, à en faire un honnête hom-
me, et à lui inspirer des sentiments
dignes d'un granl roi. Il sut s'en faire
aimer; et l'attachement de l'auguste
élève pour son précepteur fut tel , que
celui-ci ayant disparu pendant quel-
ques momenis , lorsque le régent fit
arrêter M. de Villeroi , les larmes du
jeune prince ne cessèrent de couler
jusqu'à ce que Fleury lui eût été ren-
du, k cet attachement succéda la con-
fiance , et l'évêque sut si bien la mé-
nager, ou pour parler plus juste, la
mériter, qu'il la conserva toute sa vie.
Ne cherchant point à se faire valoir ,
ne se plaignant point , ne demandant
rien , il s'attira la bienveillance du ré-
gent et l'estime générale. L'archevêché
de Reims étant venu à vaquer par la
mort de M. de Mailly , ce prince crut
faire, et fit en effet plaisir au jeune
roi , en lui présentant Fleury pour ce
riche bénéfice. Fleury ne fut ébloui ni
de l'éclat de la pairie, ni d'une haute
fortune ecclésiastique. Il s'excusa sur
ce qu'il s'était démis de l'évêché de
Fréjus à cause de son âge , qui était
devenu plus avancé , et sur ce que son
emploi près du roi ne lui permettrait
point de remplir les devoirs épisco-
paux. Quelque instance qu'on lui fît, il
demeura inébranlable, et il fallut que
le régent le priât pour lui faire accep-
ter l'abbaye de St.-Elienne de Gaen ,
que M. de Mailly avait également lais-
sée vacante. Dans uneautreoccasion ,
il jefusa le cordon de l'ordre du St.-
Esprit , et fit nommer l'archevêque de
Lyon à sa place. En i yiS , à la mort
du régent, Fleury eût pu se mettre à
la tête des affaires ; il fut le premier
à proposer lu duc de Bourbon pouc
FLE
principal minisire. L'ancien e'vêque
eut la feuille des bénéfices et l'entrée
au conseil; mais il n'exerça les fonc-
tions de ministre qu'après l'exil du
duc. Il ne voulut pas même du titre
de principal ministre, et il conseilla
au roi de le supprimer. Jamais minis-
tère ne fut plus paisible, et ne donna
moins lieu à l'intrigue. Le nouveau
ministre ne changea rien dans ses
mœurs. Revêtu de la pourpre romaine,
devenu un des principaux personnages
de l'état, il sembla n'être encore que
l'abbé de Fleury. 11 ne se logea point
plus au large; sa table n'en fut pas
plus somptueuse, ni ses équipages
moins modestes. «On fut étonné, dit
Voltaire , que le premier ministre fût
le plus aimable des courtisans et le
plus désintéressé. Il laissa tranquille-
ment la France réparer ses pertes, et
s'enrichir par un commerce immense,
sans faire aucune innovation; traitant
l'état comme un corps robuste et puis-
sant, qui se rétablit de lui-même. »
Jamais Fleury n'avait couru après la
fortune. Dispensateur de toutes les
grâces ecclésiastiques, il ne s'en était
appliqué aucune , quoique ses prédé-
cesseurs lui eussent donné l'exemple
du contraire. Richelieu et Mazarin,
dans la même place qu'il occupait,
avaient un train de prince : il n'eut
que celui d'un simple particulier; son
revenu ne monta jamais à plus de cent
mille francs, dont la moitié était em-
ployée à faire du bien. Si l'on s'en
rapporte à son discours de remercî-
ment, il tint la nomination au cardi-
nalat de la seule bonté du roi, sans
l'avoir sollicitée : il fît partie de la
promotion de septembre 1 726, et ce
prince lui donna lui-même la barelte
en l'embrassant affectueusement. Les
dix-sept ans de son ministère n'of-
frent presque rien à l'histoire , parce
que, plus un état est tranquille, moins
FLÉ 6g
il s'y passe d'événements qu'elle doive
remarquer. 11 diminua les tailles, fixa
la valeur des monnaies sur une base
que ses successeurs se firent une loi de
resj>ecter , et arrêta par ce moyen l'un
des fléaux qui avaient le plus dévasté
la France. On lui impute de n'avoir,
par une économie déplacée, envoyé
qu'un secours de 1 200 hommes pour
dégager Dantzig ; entreprise dont le
mauvais succès fît perdre au beau-père
de Louis XV le trône de Pologne.
( F. Plelo, et Stanislas-Leczinski.)
Néanmoins il soutint et fînit heureu-
sement la guerre de 1723 à 1706,
dont le résultat, pour la France, fut
l'acquisition de la Lorraine; mais son
soin principal fut de conserver la pais,
et il fut puissamment secondé dans
cette vue par le ministre Walpole, son
ami. Si , vers la fîn de sa vie, la France
se trouva engagée dans une lutte fâ-
cheuse, ce fut contre son gré, et parce
qu'il fut jeté hors de ses mesures par
des événements qu'il n'était pas en
son pouvoir de maîtriser. Quelque
sage qu'elle ait été, on a fait à son
administration plusieurs reproches.
Il n'avait pas, a-t-on dit, assez d'élé-
vation dans l'esprit; il n'empêcha pas
des querelles ihéologiques presque
étouffées, de se reproduire^ il favorisa
trop les financiers ; enfin , il laissa
dépérir la marine. La dernière de ces
imputations est peut-être la seule qui
soit méritée. Il fit cependant, pour
venger le commerce français, sortir
de Toulon une escadre qui alla bom-
barder Tripoli, et forcer cette répu-
blique de corsaires à venir demander
au roi grâce et pardon. Une autre es-
cadre , quelques années après , alla
contraindre les Génois à payer le prix
d'un navire brûlé par un armateur de
la répidilique , et à faire au roi satis-
faction. Enfin, une flotte, que le duc
d'Ântin commandait , tint la mer pea-
7* FLE
dant huit mois , et fit respecter le pa-
villon français. Fleury ne protégea pas
moins les sciences et les lettres que le
coraraerce. Il fit achever les bâtiments
projetés pour la Bibliothèque du roi ,
et donna plusd'étcndue au plan qu'on
avait arrêté, pour rendre cet édifice
digne de sa destination. Il envoya des
savants en Egypte et en Grèce pour
recueillir des ra.inuscrits rares ; il en
fit venir de la Chine , et ne négligea
rien pour enrichir ce précieux dépôt.
Il fit partir à grands frais des acadé-
miciens pour le Nord et le Pérou, afin
de mesurer un degré du méridien et de
déterminer la figure de la terre. « Son
économie était minutieuse, dit M. La-
crelelle , mais non sordide. 11 faisait
éprouver plus de refus aux courtisans
quaux malheureux; mais il avait des
fonds en réserve pour les grandes cala-
mités locales : c'est ainsi qu'il fit rebâtir
la ville de Sainte-Menehould^consumée
presque en entier par un incendie
L'économie de ce ministre eut peu
d'imitateurs ; son désintéressement en
eut epcore moins. Le cardinal de
Fleury joua plusieurs fois le rôle d'ar-
bitre de l'Europe; sa médiation était
souvent demandée et suivie d'heureux
effets , genre de gloire que la France
n'avait jamais aussi souvent obtenu
depuis le règne de St. Louis, le conci-
liateur de tant de rois. » Le cardi-
nal de Fleury était des trois acadé-
mies. Il avait été reçu à l'académie
française en 17 17, à celle des scien-
ces en 1721 , et à celle desjinscrip-
tions et belles-lettres en 1725. il
était, en outre, proviseur de Sorbonne
et supérieur de la maison de Navarre.
Il parlait purement et avec facilité ,
racontait agréablement, cl écrivait bien.
Il était éloquent; les mandements qu'il
fit pendant son séjour à Fréjus prou-
vent qu'il tût été orateur, s'il avait
Toulu l'èlre. A l'âge de 73 ans, « il
FLE
enchanta le congrès de Soissons, dft
un historien, et, nouveau Nestor, il
fit découler le miel de ses lèvres , et
gagna tous les suffrages.» Il parvint
ainsi à une extrême vieillesse sans que
sa santé et ses facultés intellectuelles
en fussent altérées; et, jusqu'au der-
nier moment, sa tête demeura saine,
libre, et capable d'affaires. Il s'éteignit
insensiblement, et mourut à Issy, lieu
qu'il affectionnait, le 29 janvier 1 74^,
âgé de plus de 89 ans et sept mois. Le
roi voulut honorer sa mémoire d'une
manière particulière ; il ordonna qu'un
service solennel lui serait fait à Notre-
Dame comme aux princes, et qu'un
mausolée lui fûtconstrtiit dans l'église
de Saint-Louis du Louvre, 011 on le
voyait avant la révolution. Mairan et
Fréret firent et lurent son éloge dans
des séances publiques, l'un à l'aca-
démie des sciences, l'autre à l'acadé-
mie des inscriptions et belles-lettres ;
et le P. de Neuville, célèbre jésuite ,
prononça son oraison funèbre. Quoi-
qu'il y ait quelque diversité dans les
jugements portés sur le cardinal de
Fleury, tous s'accordent sur son ca-
ractère , et en général sur la sagesse de
son administration. On convient qu'il
était doux, affable, accessible, et d'un
commerce aimable. « Sa conversation
était aisée, amusante, et nourrie d'a-
necdotes curieuses; il avait la répartie
prompte et brillante; il plaisantait fine-
ment, et, ce qui est très rare, il n'of-
fensait personne. » Quelques-uns pré-
tendent, sans pouvoir en apporter des
preuves , que sa modestie couvrait une
ambition déguisée. Quel sage demeu-
rera irréprochable, si , même quand sa
vertu ne s'est jamais démentie, on va ,
fouiller ses intentions ? On ne peut
assurément contester au cardinal de
Fleury ni sa modération dans une
place éminente, ni son extrême rç-
seryc daus ses dépenses personncFes,
FLE
ni son noble dësintëressenK nt , dont
il donna des preuves avant que sa
fortune fût assurée , en renonçant
à la succession du baron de Përignon,
dont il était héritier, pour la faire
passer à son neveu. « A sa mort, dit
Dnclos , sa succession se trouva être à
peine celle d'un médiocre bourgeois,
et n*aurait pas suffi à la moitié de la
dépense du mausolée que le roi lui fit
élever. Cette mort, ajoute-t-il, pourrait
rappeler ces temps éloignés où des
citoyens, après avoir servi leur patrie,
mouraient si pauvres , quelle était
obligée de faire les frais de leurs fu-
nérailles. » Ce même Duclos atténue
le reproche fait au cardinal d'avoir
laissé tomber la marine. « Son esprit
d'économie, dit-il, le trompa sur cet
article. S'il l'a portée quelquefois trop
loin, ceux cpi'elle gênait en murmu-
raient, et tâchaient de prouver qu'il
ne voyait pas les choses en grand ; et
mille sots, qui ne voyaient ni en grand
ni en petit, répétaient le même propos :
mais le peup'e et le bourgeois, c'est-
à-dire, ce qu'il y a de plus nombreux
et de plus utile dans l'état, et qui en fait
la base et la force ^ avaient à se louer
d'un ministre qui gouvernait un royau-
me comme une fimille. Quelque re-
proche qu'on puisse lui faire, il serait
à désirer pour l'état qu'il n'eut eu que
des successeurs de son caractère, avec
une autorilé comme la sienne.» Nous
avons choisi de préférence le témoi-
gnage de Duclos, censeur rigide, et
bien plus porté à dire des vérités dures
qu'à flatter, parce qu'il nous a paru
que ce peu de mots favorables au car-
dinal de Fleury était la meilleure
réponse aux détracteurs de son admi-
nistration. L — Y.
FLEURY ( Marie - Maximilien-
Hector de Rosset de ), de la même
famille que le précédent, avait été
çnYoyé en 1795 dans la j^risou du
FLE 7t
Luxembourg, en vertu de la fameuse
loi révolutionnaire dite des suspects;
l'auteur de cet article se trouvait alors
avec lui dans la même maison. Le
comte de Fleury avait , quoique dé-
tenu, toute la gaîlé, tous les goûts de
l'extrême jeunesse, et passait la jour-
née à jouer à la balle ou aux barn s
dans la cour du Luxembourg ; mais
ayant vu périr ou proscrire sa fa-
mille, le désespoir s'empara de lui,
et il écrivit à Dumas , président du
tribunal révolutionnaire, le billet sui-
vant qu'ont rapporté les mémoires du
temps : « Homme de sang ! égo;-
» geur ! cannibale ! monstre I scéîé-
» rai! tu as fait périr ma famille ; tu
» vas envoyer à i'échafaud ceux q;ii
» paraissent aujourd'hui devant lou
» tribunal ; lu peux me faire subir
» le même sort , car je te déclare que [ê-
» partage leurs sentiments.» — «Voiln
» le billet doux qu'on m'écrit, dit
» Dumas à Fouquier-Tinville, en lui
» présentant le petit papier ; je t'in-
» vite à en prendre lecture : qno
» faut-il répondre à celui qui nie
» l'adresse? — Ce monsieur me pr:-«.
» raît pressé , répondit Fouquier ,
» eh bien, nous allons le satisfaire » ;
et aussitôt il envoie des gendarmes
chercher le jeune comte, le fait mon-
ter sur les redoutables gradins avec
une cinquantaine d'autres personneSjCt
on le condamne à mort le 1 8 juin i ']g'\,
comme assassin de Collot d'Herbois ^
de complicité avec des gens qu'il
n'avait jamais connus , et avec les-
quels il était impossible qu'ii eût pu.
se concerter pour l'assassinat qu'on
lui faisait expier : il était en prison
depuis environ huit mois. On le con-
duisit à Téchafaud en chemise rouge ^
comme les autres condamnés pour ce
prétendu crime. B— «-u.
FLEURY (Jean), ou Floridus^
poêle français du ï5*. siècle , &$
7^
FLE
nous est connu que p.ir l'ouvrage sui-
vant : Traité très plaisant et récréa-
tif de l'amour par fciit de Guis^ar-
dus et Si^isinofuie , fille de Tan-
credus; c'est la première r^onvelle
de la quatrième journée du Décatne-
ron de Boccace. Fleury la mit en
vers d'.iprès la tr:diiclion latine de
Léonard Bruni d'Art czzo. Les diffé-
rentes éditions en sont assez rfrher-
chées p;ir les curieux : cependant ils
donnent la préférence à celles qui
ont paru dans le i5". siècle, Paris,
Anl. Verard. 149^, in fol. goth. de
20 feuilKts; il)i(l., le Caron, i/tQj,
in-4°-; ibid., seconde éd. in-4 .; il
en existe un exemp'aire à la Biblio-
thèque du roi; Ùuuen, s. d. , in-
4"., goth. — Fleury (N. ), poète,
né à Lyon au cv.iutn ncenifiit du
i8 . siècle, mon en ^']f\^\ , est au-
teur df deux opéras : 1. GeUiide Bi-
blis, rcjnesenté en 1732, musique
de Lacoste» IL Lt'balict des Génies y
représenté en 1 7 36, niusiquf d<- M'^'''.
Duval. Ces d^'ux pièces sont imprimées
dans le Recueil d«; Billard. — Fleury
( Jacques ) , avocat au p.iiiemcnt
de Paris, mort en 1770, néglis^ea
l'exercice de son état pour se livrer
à la culture des lettres. Il était très
répandu dans les difTéreutcs sociétés
de la capitale, dont il faisait les dé-
lices par son espr'.t et son am.ihilité;
mais les applaudissements piodigués
a ses ouvrages p ir dis am'S trop in-
dulgents ne purent pas réussir à leur
conriliir la faveur du public, et de-
puis loug temps ou ne les lir plus. Ce
sont : L Chansons maçonne', , Paris,
1760, in-8 . II. Poésies diverses y
1761, in-r2, réun, rimées sous le
titre de Folies, \ 7(19 , in - 8 . Ce Re-
cueil uflTre une collection de Fablo,
d'Epîirt s, de Chansons, de Madrigaux,
d'Ëpigrainmes , etc. La plupart de ces
pièces pi;ouveut de l'esprit et de la fa-
FLE
cilité;Tnais elles prouvent aussi que
l'auteur n'était ]>ts poète. III. Le Lit-
térateur impartial , ou Précis des
ouvrages périodiques , 1 760 , in-
isi. Il n'a paru <{u'un numéro de ce
journal, que Fieury avait entrepris en
société avec Laniarcbe-Conrmont.
IV. Les p^ands objets de la foi , ou
les Mystères , Odes , 1 7 74 , i" - B°.
On lui attribue encore le Diction-
naire de V Ordre de la Félicité. Il
a fourni au théàlrederOpéra-Gomique
le Betour favorable el le Temple de
Momus , prologues ; Olivette , juge
des enfers (^qu" d'autre> attribuent à
Piron ) , ie Miroir magique ^\a Mort
du Goret el le Rossignol ; cette der-
nière pièce en société avec l'abbé de
l'Attaignant. W — s.
Fl.EUKY (Guillaume-François
JoLY DE ), procureur général du roi
au ])ar!ement de Paris, et l'un des
hommes dont h; caractère et les talents
ont illustré la magistrature française ,
était issu d'une famille originaire de
Beaune, laqu lie occupa des places
distinguées dans le parlement de Bour-
gogne, et dont une branche vint s'éta-
blir à Paris a la fin du XVP. siècle. Il
naquit dans cette ville le 1 1 novem-
bre 1675. Destiné à suivre la carrière
de ses pères, il fut dès ses premiers
ans appliqué aux études qu'elle exige.
Il sortit de ses classes versé dans la
grammaire , les lettres el la philoso-
phie. A ces études préparatoires , il en
joignit bientôt de plus importantes. Il
étudia à fond la jurisprudence et le
droit public, et ne négligea ni la théo-
logi*', ni les ouvrages qui traitent de
la discipline ecclésiastique, ni l'his-
toire, ni aucun genre d'instruction
qu'il crut propre à former un magis-
trat. Doué d'une grande pénétration et
d'une rare mémoire, il recueillit de
bonne heure le fruit de son applicalionj
el à l'âge où d'autres à peine comracu-
FLE
cent, il annonçait déjà une habileté'
qu'on n'aci[uicrt ordiuairement que
par un Ions; travail. Il n'avait que 20
ans, lorsq n'en 1695 il se fit recevoir
avocat. Il en exerça dès-lors les fonc-
tions d'une manière fort brillante.
Pourvu en 1700 de l'office d'avocat
général à la cour des aides , il y fut
reçu, en cette qualité, lei décembre.
Cependant il se disposait à suivre une
autre carrière. I) s'était destiné à l'état
ecclésiastique, et même , dit-on, il
était déjà pourvu de quelques béné-
fices 'y mais son frère aîné Josepli-
Omer Joly de Fleury étant mort à la
fin de 1704 et ne laissant point d'en-
fants , Guillaume-François crut que
l'intérêt de sa famille exigeait qu'il
rentrât dans le siècle. Il quitta l'habit
clérical , et , peu de mois après , suc-
céda à son frère dans l'office d'avocat-
général au parlement de Paris , que
celui-ci avait laissé vacant j il réunit
ainsi le même office dans les deux
cours. Il sut en remplir les nobles
et pénibles fonctions à la satisfac-
tion du public, et montra , quoiqu'il
fût d'une santé délicate, que ce dou-
ble travail n'était au-dessus ni de son
zèle ni de ses forces. Nourri d'é-
tudes solides, il put suffire aux plai-
doyers , aux harangues , aux réquisi-
toires, aux mercuriales et aux nom-
breux discours qu'il était obligé de
prononcer : telle était sa facilité, que
toutes ces pièces étaient aussi soignées
que s'il eût eu beaucoup de temps pour
les composer ; el l'on ne savait qu'y
admirer le plus , de l'éloquence qui
y régnait , ou de la justesse du raison-
nement; de l'ordre et de la préci-
sion des idées , ou de la profondeur
des recherches. En 1717, la place de
procureur-général au parlement ayant
vaquépar la nomination de M.d'Agues-
seau à (a dignité de chancelier deFrance,
Joly de Fleury en fut pourvu. Ce
FLE 75
furent de nouveaux devoirs à remplir,
qui n'exigeaient pas moins de travail
et d'assiduité. Le nouveau procureur-
général se montra le digne successeur
de l'illustre magistrat qu'il remplaçait,
et « les deux choix , dit Duclos , furent
d'autant plus applaudis que personne
n'était en droit d'en être jaloux. »
Joly de Fleury, sous le régent, fut
l'un des membres du conseil de cons-
cience; il remplit pendant plus de vingt
ans les fonctions laborieuses de pro-
cureur-général , cl , en plusieurs ren-
contres , il eut à suppléer les avocats-
généraux dans l'exercice du minis-
tère public. En 1740, il s'adjoignit
son fils aîné , à qui il fit don de la
survivance de sa charge. S'en étant dé-
mis en 1 746, ce fils lui succéda, et l'of-
fice d'avocal-général dont celui-ci était
revêtu passa à son frère Orner Joly de
Fleury. Les soins de ce grand magis-
trat, tandis qu'il était procureur-gé-
néral , ne se bornaient pas aux affaires
qui étaient de son emploi. Il fit faire
et dirigea de grands travaux non moins
intéressants pour l'ancienne littérature
française et l'histoire de notre droit
public, que pour la jurisprudence. Il
fit mettre en ordre les registres du
parlement , et tira de la poussière des
greffes un grand nombre de documents
curieux quiy restaientensevelis. Beau-
coup de ces pièces furent dépouillées
sous ses yeux. Il soumit au même tra-
vail les rouleaux du parlement, des-
quels à peine on avait connaissance :
il fit compulser le trésor des chartes,
et inventorier ces anciens monuments;
mines négligées jusqu'alors et qui four-
nirent une grande quantité de maté-
riaux précieux. Joly de Fleury porta
dans sa retraite le même goût du tra-
vail , le même amour du bien , le même
désir d'être utile aux autres. Toutes
les après-midi sou cabinet était ouvert -
à quiconque voulait avoir recours à
74 FLE
ses lumières.Le pauvre, la veuve, Tor-
phelin y étaient admis. Il écoutait ceux
qui se prc'seiitaient , leur donnait des
conseils, résolvait les difficultés qu'on
lui proposait: et ce n'était pas seule-
ment pour les choses qui étaient du
ressort de la jurisprudence. Ayant
embrassé presque toutes les branches
des connaissances humaines , il n'en
était pas sur lesquelles il ne fût en état
de raisonner, et de donner d'utiles
avis. Parmi ceux qui venaient lui en
demander, se trouvaient des personnes
du mérite le plus distingué, et de tous
les rangs comme de toutes les profes-
sions. Lorsqu'en 1752, à l'occasion
des troubles qui s'étaient élevés pour
les refus de sacrements , on nomma
une commission ecclésiastique, on crut
ne pouvoir mieux faire que de l'y
appeler. A la douceur, à un caractère
toujours prêt à obliger , il joignait la
fermeté et la sévérité de mœurs qui
conviennent à un magistrat. Circons-
pect dans ses démarches , toujours
guidé par les sentiments d'honneur
qui étaient héréditaires dans sa fa-
mille , et par l'amour de ses devoirs,
sans faste, sachant allier la dignité à
la modestie, décent et grave dans ses
manières, chrélien exemplaire et
e'claii é , il offrait dans sa personne le
modèle de toutes les vertus qui font
le bon citoyen et distinguent l'homme
public. Il conserva jusqu'à son dernier
moment son heureuse mémoire , son
jugement sain, et son habitude de l'ap-
plication. Quoique avancé en âge, il
ne ressentit point les incommodités de
la vieillesse. La veille même de sa
mort, s'étant fait lire les représenta-
lions d'un parlement, il fit sur cet éci it
des observations très judicieuses,et en
dit son sentiment avec beaucoup de
présence d'esprit. Il mourut, à Paris,
le 25 mars 1756, dans sa 8 1*". année.
Son corps , après avoir été présenté à
FLE
Saint-Severin, sa paroisse, fut inhumé
dans l'église de Saint-André-des-Arcs,
où sa famille avait sa sépulture. Le
lendemain de l'inhumation , sou
éloge fut prononcé par M. l'avocat-
géuéral Séguier , en l'assemblée des
chambres. « Son nom , dit un journal
du temps , passera à la postérité avec
ceux des l'Hôpital , des liarlay, des
Mole et des d'Aguesseau. » 11 laissa
trois fils , dont l'un lui avait succéd«
dans la place de procureur-général,
Tautre d'abord avocat-général devint
président à mortier , et le troisième fut
conseiiler-d'élat et contrôleur-général
des finances. On a de ce magistrat cé-
lèbre : I. Beaucoup de Mémoires sur
diverses matières, dont quelques-uns
ont été imprimés, et le plus grand
nombre estdemeuré manuscrit. IL Des
Observations et Notes sur diverses
parties de notre Droit public, restées
aussi inédites. III. Des Extraits de
Plaidoyers, dans les tomes VI et VII
du Journal des Audiences. H avait,
dit le Dictionnaire des Anonymes ,
guidé M. Duchemin dans la rédacliou
de la nouvelle édition de ce journal. Il
avait aussi revu les recherches de Gros-
ley sur le Droit français, et il passe
pour l'auteur de beaucoup d'articles du
Denisart. On doit ajouter à. cela qu'il
eut beaucoup de part à la formation
des nouvelles ordonnances qui furent
rédigées de son temps. — Fleury
(Jean-Omer Joly de), neveu du précé-
dent, et fils de Joseph-Omcr Joly de
Fleury , avocat-général au parlement,
était chanoine de l'église métropoli-
taine de Notre-Dame de Paris. Il fut
nommé à l'abbaye d'Aumale , ordre
de Saint-Benoît, diocèse de Rouen , le
10 novembre 1729, et à celle de
Chézy , même ordre, diocèse de Sois-
sons , le 9 mai 1 73 1 . On a de lui U
Science du Salut, ou Principes soli-
des sur les devoirs les plus important
FLE
àe la Beîigion , tirés des Essais de
morale de M. Nicole. Paris, i 74^,
in- 12. li a aussi publie V Abrégé de
la Philosophie, par De la Chambre,
Paris , 1 754 , 2 vol. in-12. 11 est mort
le 29 noverabre 1 755. La familie Joly
de Fleiiry subsiste dans un petit-fils
et uif arrière- petit fils du procureur-
j^e'néral Guillaurae-François, issus du
pre'sident à mortier. L — y.
FLEUaY( Jean-Baptiste), sa-
vant ecclésiastique ^ naquit à Besançon
en 1G98. 11 s'appliqua particulière-
ment à l'histoire delà Franclie-Comte',
et parvint à former des recueils pre'-
cieux de pièces qu'il avait transcrites
lui-même , avec le plus grand soin ,
sur les orip;inaux déposés dans les
archives publiques. Dunod déclare ,
dans la préface de Y Histoire de ï E-
glise de Besancon , qu'il a les plus
grandes obligations à l'abbé Fleuiy ,
pour les judicieuses remarques qu'il
lui a communiquées : cependant il re-
fusa d'insérer dans son ouvrage une
Dissertation oii l'abbé Fleury démon-
trait, jusqu'à l'évidence, que le Saint-
Suaire de Besançon n'était pas une re-
lique authentique. Cette pièce , qu'il y
avait de la hardiesse à avouer alors,
courut en manuscrit; mais cette impru-
dence n'aîtira aucun désagrément à
Tauteur, dont on connaissait la piété,
et dont on estimait les talents. L'abbé
Fleury élait en correspondance avec
l'abbé Lebeuf, qui a souvent fait usage
de ses recherches. Il avait obtenu un
canonicat à la collégiale de Sainte-
jVIadelène de Besançon , et mourut en
celte ville le 6 mai 1754. On a de lui:
I Deux Dissertations sur des usa-
ges singuliers de V Eglise de Besan-
çon, imprimées dans les Mercures de
juillet, décembre 1 741 , et septembre
Ï742. IL Les Almanachs histori-
ques de Besançon et de la Franche-
Comté, depuis l'j^Gjusquà 1755,
FLE 75
8 vol. in-8®. ; collection rare et pré-
cieuse par les détails intéressants
qu'on y trouve sur les points les plus
importants de l'histoire de cette pro-
vince. 111. Une Messe pour la fête
de Sainte-Madelène ; V Office pour
la fête du Sacré-Cœur de Jésus;
des Hymnes pieuses ; des ouvrages
liturgiques , etc. Les recueils de ce
savant ont été perdus par la négligence
de ses héritiers. W— s.
FLEURY (François-Michel), n«
à Alençon vers le milieu du 18^. siècle.
Cet ecclésiastique , entêté d'idées bi-
zarres , s'avisa de se faire répondre et
servir la messe par la sœur de son vi-
caire. L'évêque du Mans ( M. de Gri-
maldi), dans le diocèse duquel F'eury
était curé , l'ayant interdit de ses fonc-
tions , il publia , dans le Journal Ec-
clésiastique du mois d'avril 1 774 > ï*
question suivante : Si une femme ,
au défaut d'homme , peut répondre
la messe. 11 se chargea d'en donner
la solution , en concluant pour l'affir-
mative dans le numéro du mois de
juin suivant. Une critique manuscrite
ayant couru dans le pays qu'habitait
Fleury, il fil imprimer une brochure
intitulée : Béponse de la Messe par
les femmes , en réponse à une lettre
anonyme, 1778, in-8''. , p. p. Cet
ecclésiastique mourut le 19 avril 1781.
D— B— s.
FLEUKY-TERNAL (Charles),
jésuite de la province de Toulouse, né
à Tain en Dauphiné , le 29 janvier
1 692 , professa long-temps , avec dis-
tinction , dans les collèges de la société,
et mourut vers 1750. On a de lui:
I. La Vie de Saint- Bernard , arche^
veque de Vienne, dédiée à S, A. Mgr.
Vabbé d'Auvergne , abbé-général de
l'ordre de Cluny, Paris , 1 722, in- 1 2.
On cite des éditions de 1728, ^7^2
et 1 748. Ce Saint-Bernard, ou plu-
tôt Barnard^ çtait un honimç de
-6 FLI
qualité de la cour de Charlemagne :
il devint archevêque ou evêque de
Vienne , et entra dans la conspiration
contre Louis-le-Dcbonnairc; mais il
expia sa faute par un sincère repentir.
Son nom n'a jamais e'ted^ns le marty-
rologe romam ; mais on fait sa fêfe, le
25 janvier, à Vienne et dans les dio-
cèses voisins. Il mourut en 845. II.
Histoire du cardinal de Tournoriy
minisire de France sous quatre de
nos rois , Paris , 1 728 , in-8 . et in-
4°. Ce cardinal, de Tournou pre'sidait
au colloque de Poissy , et mourut en
i562. L- Y.
FLINCK ( GovAERT 1 , peintre ,
naquit à Clèves en 1 6 1 6. Ses parents
qui le destinaient au commerce , con-
trarièrent long-temps son inclination
pour le dessin j mais enfin , ils con-
sentirent à le confier au peintre Lam-
bert Jacobs , sous lequel l'élève fit de
rapides progrès. Attire ensuite a Ams-
terdam par la réputation de Rem-
brant, il en étudia la manière , et la
saisit au point que la plupart de ses
ouvrages se confondent avec ceux de
cet habile maître. Maigre les avantages
de ce talent d'imitation, Flinck cessa
de s'y livrer servilement; il reconnut
qu'une manière plus fondue rendait
mieux la nature : i! changea la sienne
eteulsujetde s'en féliciter par le succès
qu'il obtint. Son mérite, comme pein-
tre , et ses connaissances variées , le
lièrent avec les savants les plus recom-
mandables. Il avait fait construire un
cabinet dans le genre de celui de Ru-
bens , et y avait rassemblé des collec-
tions très précieuses de tableaux et de
dessins des grands maîtres , ainsi que
de gravureSjdc médailles et de diverses
armures des anciens. L'électeur de
Brandebourg et le duc de Clèves l'occu-
pèrent beaucoup et l'honorèrent d'une
estime particulière. II peignait très bien
le portrait ; mais on dit qu'il abandonna
FLÏ
ce genre quand il eut vu les portraits
de Van-Dyck; il voulut même quitter
entièrement la peinture , après avoir
admiré les ouvrages de lUibens : ce-
pendant les instances de ses amis le
rappelèrent à ses pinceaux , et il ve-
nait de terminer , aux applaudisse-
ments des bourguemestres d'Amster-
dam , les esquisses de douze tableaux
qu'ils lui demandaient pour la maison-
de-ville , lorsqu'il mourut, en 1660 ,
âgé de 44 ans. C. Van-Dalcn a gravé,
d'après Flinck , la Vierge allaitant
l'enfant Jésus , Vénus et l'Amour , et
le portrait de Jean-Maurice , prince de
Nassau : J.-G. Muller a gravé Alexan-
dre cédant Campaspe à ApcUes. On
voyait deux de ses tableaux au Muséum
de Paris ; l'un représente une jeune
Bergère, l'autre les Anges annonçant
la venue du Messie. V — t.
FLINDERS ( Mathieu) , naviga-
teur anglais, a acquis une juste célé-
brité par ses découvertes et ses travaux
nautiques sur le continent do la No-
tasie ou Nouvelle-Hollande. Il na-
quit à Donington dans le Lincolnshirc,
s'adonna de bonne heure à la marine ,
et n'était encore que cadet ou volon-
taire en 1 795 , lorsqu'il s'embarqua
sur le vaisseau qui conduisait au port
Jackson le capitaine Hunter, chargé
de prendre le commandement de la co-
lonie de la Nouvelle-Galle méridionale.
Flinders était alors , depuis peu de
temps , de retour d'un voyage dans le
Grand-Océan ; et le désir de faire des
découvertes était le principal motif qui
l'avait engagé à s'embarquer pour le
port Jackson. George Bass , le chi-
rurgien du vaisseau sur lequel il se
trouvait , avait les mêmes idées et la
même intrépidité. A leur arrivée dans
la colonie , leurs amis cherchèrent à
les dissuader de leur projet , et eu
agirent à leur égard comme avec des
jeunes gens d'une imagination vivç
FLI
rt peu réglée, et tourmenlésparime
ambition romanesque. Cependant l'im
et l'autre insistèrent; et ils obtinrent ,
pour tout moyen d'exécution , un ba-
teau de huit pieds de long , dont tout
l'équipage ne se composait que de ces
deux courageux amis et d'un seul
mousse. C'est avec cette frêle embar-
cation qu'ils reconnurent une partie
du cours de la rivière de George,
qu'ils en dressèrent le plan, et rele-
vèrent ensuite plusieurs points de la
cote non encore visités. Le succès de
cette tentative déterminale gouverneur
à confier à Bass, un an après, eni ng8,
un grand bateau avec six hommes pour
continuer ses découvertes; et immé-
diatement après on donna , dans le
même but, à Flinders, le commande-
ment d'une corvette. Il avait mis à la
voile avant que son ami Bass fût de
retour. Revenus tous deux au port
Jackson, et s'étant communiqué les ré-
sultats de leurs explorations , on ac-
quit la certitude d'un passage entre
la Terre de F an- Diemen ou \a Tas-
manie, et h Nouvelle Hollande ou la
Notasie. Alors le gouverneur confia
le commandement d'une nouvelle
corvette à Flinders. Il partit , avec
son ami Bass, en septembre 1798,
et ne revint qu'après avoir relevé une
partie des cotes de Van-Diemen et
recueilli les matériaux nécessaires
pour dresser une carte du canal dont
on avait soupçonné l'existence , et au-
quel il donna le nom de Détroit de
Bass. Flinders fut «isuite envoyé au
nord du port Jackson pour reconnaî-
tre les baies d'Hervey et de Glass-
House : le journal de cette expédi-
tion fut publié dans le Tableau de
la colonie anglaise de la Nouvelle-
Galle méridionale , par le colonel
Collin (vol. 2, pag. 225 à 263 ).
C'est aussi dans cet ouvrage ( vol. 2 ,
pag. 145 et suiv.) qu'on trouvera le
récit de la navigation de Bass, dont
nous avons parlé ci-dessus. En 1800,
Flinders, de retour à Londres, y dressa
une carte du Détroit de Bass ,
et fit connaître ses découvertes dans
un mémoire intitulé, Observations
sur la côte de Fan-Diemen^quAv-
rowsmilh publia en i8oï , iu-Zf''.
L'auteur alors était déjà parti pour
une nouvelle expédition, 11 avait pro-
posé un plan au gouvernement pour
compléter la reconnaissance des côtes
de la Notasie ou Nouvelle-Hollande.
Son plan ayant été adopté, on lui avait
donné le commandement de la corvette
V Investigateur , et tous les moyens
nécessaires pour le succès de son en-
treprise. Il explora en 180 t, en 1802
et en i8o3 , les côtes méridionales et
orientales de la Nouvelle-Hollande , et
au nord le détroit de Torrès et le golfe
de Carpentarie. Apeine fut-il de retour
qu'il fit de nouveau voile , du port
Jackson , sur le vaisseau nommé la
PorpoisCj pour retourner au nord
compléter son travail sur le détroit de
Torrès ; mais il fut jeté sur un des
vastes bancs de ces récifs qui se trou-
vent entre la Nouvelle-Calédonie et la
Notasie, et son vaisseau, ainsi qu'un
autre nommé le Caton, qui l'accom-
pagnait, y firent naufrage le 17 août
1 8o5. Flinders revint , sur une frêle
embarcation , au port Jackson , d'où
il repartit avec deux corvettes pour
aller au secours de ses compagnons
d'infortune restés sur \cbanc du Nau-
frage. Il continua ensuite de faire
voile au nord : il passa le détroit de
Torrès , visita Timor ; et le mauvais
état de son vaisseau ne lui permettant
ni de reconnaître la côte occidentale de
la Nouvelle-Hollande , ni de retourner
sur ses pas , ii se dirigea vers l'Ile de
France pour se ravitailler. Flinders
ignorait que son pays était alors en
guerre avec la France j et le passe-
78 FLI
port dont il était pourvu et qu'avait
accordé le gouveruement français ,
pour faire respecter le vaisseau qu'il
montait , même dans le cas d'hostilités
déclarées , donnait le signalement de
la corveJte \^ Investigateur , et non
celui du Cumberlandqne commandait
alors Flinders. Ce passeport indiquait
la Mer Pacifi jue ou le Graud-Océan
comme le but de l'exploration de
Flinders, et n'avait de validité qu'au-
tant que ce capitaine ne se détour-
nerait pas volontairement de la route
qu'il devait suivre. Aussi, le capitaine
Flinders , à son arrivée à l'Ile de
France , fut soupçonné d'espionnage :
on mit l'embargo sur son bâtiment j
on mil le scellé sur ses papiers, et on le
jelint prisonnier. Peut-être les ciicons-
tances critiques où se trouvait la colo-
nie française , et le besoin de veiller
à sa sûreté , autorisaient-ils à pren-
dre , dans les premiers moments, ces
mesures de rigueur; mais le gouver-
neur français est inexcusable d'avoir
retenu Flinders en captivité , pen-
dant six ans et demi. C'est bien à
tort cependant qà'on a cru que le mo-
tif de cette injuste détention avait eu
pour but de s'approprier les décou-
vertes de Flinders , afin de les attri-
buer à l'expédition française de Bau-
din , qu'on avait envoyé , à la même
époque et dans le même but, sur les
côtes de la Nouvelle-Hollande ; et à
ce sujet des géographes et divers jour-
nalistes ont dirigé, contre les estima-
bles rédacteurs de l'expédition de Bau-
din , des accusations de plagiat aussi
violentes qu'injustes (i). Elles sont
victorieusement réfutées par la nar-
ration même de Flinders. Cet Uabile
(^t'S Voyei Piiikerlon , dam le* notei de ta tra-
duction des yoj âge/ de Pérou {General ColleC'
lion of Voyagei and Iravtlt , t. XI , i)aj;. «84 ,
8gn , 89a , 906, et lef auteur* du Qnarierly revitw,
Tol. XU, \: I et 2(i7 , et du MouUilj i«V(#n», fé-
vrier i8ii, >•!. LXXVI.
f LI
navigateur rencontra Baudin à SS"* de
latitude sud , et à i "b^" 58' de longi-
tude à l'orient de Greenwich , point oîi
il fixe le terme de ses découvertes vers
l'est , et de celles de Baudin vers
l'ouest. Nulle part il ne conteste l'exac-
titude et la légitimité des travaux nau-
tiques des Français. Il rend sur-tout
la plus éclatante justice à l'auteur de
l'atlas du voyage d'Entrccasteaux. Il
se serait plu de même à reconnaître
le mérite de celui de l'expédition de
Baudin , si cet allas, gravé deux ans
avant le sien , était parvenu à sa con-
naissance. Toutes les plaintes de Flin-
ders portent sur Us noms français
imposés à des côtes qu'il avait re-
connues, et sur des omissions et des
réticences qu'il considère comme nui-
sibles à ses justes droits. Nous exa-
minerons ailleurs jusqu'où s'étend la
légitimité des réclamations du navi-
gateur anglais; à l'article Péron nous
rétablirons, sur cet objet, la vérité
qu'on a considérablement altérée.
Flinders , de retour dans sa patrie
vers la fin de 1810, ne cessa point
de travailler à la rédaction de sa rela-
tion et de l'atlas qui devait l'accom-
pagner. Cet ouvrage parut enfin en
1814? etl'auteur mourut le 19 juillet
delà même année, peu de jours après
avoir corrigé la dernière feuille, et
avant qu'il fût publié. Il- est inti-
tulé : Foj'-age à Terra-Australis ^
entrepris pour compléter la décou-
i'erle de ce grand pays, et exécuté
pendant les années 1801 , 1802 et
i8o5, etc., etc., 2 vol. in-4°. avec
un allas , Londres, 1 8 1 4 » en angbis.
Ce voyage et l'atlas qui l'accompagne
placent Flinders au nombre des m«il-
leurs marins du siècle et des hydrogra-
phes les plus distingués. Le voyage ne
doit être considéré que comme une lon-
gue analyse des cartes : il ne renferme
presque que des détails nautique» 3 ce
FLI
«jni en rend la lecture fatigante et peu
instructive pour le commun des lec-
teurs. Il est précédé d'une introduc-
tion ,^ dans laquelle l'auteur s'est pro-
pose pour but de tracer le progrès des
découvertes faites avant lui sur les
côtesdela Nouvelle-Hollande. Ce mor-
ceau historique, écrit avec exactitude,
renferme quelques recherches curieu-
ses. L'a]»peudice est un beau travail de
M. Brown , sur la Flore de la Notasie
ou Nouvelle - Hollande, Flindcrs a
aussi publié un Mémoire sur Vusage
du Baromètre pour reconnaître la
proximité des côtes; mémoire qui a
été inséré dans les Transactions phi-
losophiques , partie deuxième , année
1806. Ou trouve aussi une Lettre
de cet estimable navigateur aux
membres de la Société d'émulation
de nie de France , sur le banc du
Naufrage et sur le sort de La Pé-
rçuse , insérée dans les annales des
Forages^ vol.X, pag. 88^1 suiv. (1)
W—E.
FLTNS DES OLIVIERS ^aude-
Marie-Louis- Emmanuel GAKBON
DE ) , naquit à Reiras en 1 757 , y fit
ses études, et s'y trouvait encore lors
du sacte de Louis XVI (en 1770) ; ce
qui lui donna occasion de composer
une Ode qui annonçait quelque talent
poétique. Ses parents le destinaient à
la magistrature , et lui achetèrent une
charge de conseiller en la cour des
monnaies, et il se trouva ainsi le col-
lègue d'un de ses oncles , A. J. B. A.
d'Origny, qui n'est pas inconnu dans
la littérature. ( Foy, Origny ). La
révolution priva Flins de sa charge ;
il se livra alors tout entier à la litté-
rature. Il était de la loge des Neuf-
Sœurs , et se lia avec plusieurs de ses
(1) On trouve dans le tome V des Mémoires de
la société médicale àv Londres ( 1799, in-8" ) ,
nne Obtervalion d'un enfant né ave des pustules
yarioUques , par un Matbiau FliaUer* , chirari^Lsa
à D'jatugioa.
FLI ^^
membres. Il avait acheté' le presby-
tère de Sei-miers , près Reims , et s'y
retira en 1797 j il y fit mettre ces
vers :
Cette maison modeste ét«it un presbytère,
Dieu même j fut présent sur un rustliiue autel.
Incrédule ou croyant, philosophe ou sectaire ,
Entre , qui que tu sois , adore l'Eternel.
Tout culte plaît au ciel quand noire cœur est juste,
£t Dieu n'est pas sorti de cette enceiate auguste.
Ce fut M. de Fontanes qui fît avoir à
Flins la place de commissaire impé-
rial près le tribunal de Vervins , place
qu'il rempht jusqu'à sa mort, arrivée
en i8o5. On a de Flins ; 1. FoU
taire, poëme, lu à la fête académique
de la loge des Neuf- Sœurs , 1779,
in-8". Cette pièce avait concouru
pour le prix proposé par l'académie
française. II. Fragments d'un Poème
sur l'affranchissement des serfs ,
qui ont été lus à la séance publique
de l'académie française , 1 78 1 , in-
8". lïï. Poèmes et Discours en
vers , lus et mentionnés aux séances
publiques de l'académie française ,
Paris, Valleyre, 1 782, in-8^ IV.
Le Bé^eil d'Epiménide à Paris y ou
les Etrennes de la liberté , comédie
en un acte et en vers , 1 790 , in-8''. ,
pièce de circonstance qui a eu quel-
que succès. V. Le Mari directeur^
ou le Déménagement du couvent,
comédie en un acte et en vers , jouée
le 25 février 1791 : c'est le Mari
confesseur de La Fontaine , mis en
scène; la pièce est un peu libre.
VI. La jeune Hôtesse , comédie en
trois actes et en vers , 1 792 , in -8''. ,
imitée de la Locandiera de Gol-
doni. VII. La papesse Jeanne j corné'
die en un acte, mêlée de vaude-
villes, jouée sur le théâtre du Vau-
deville en 1 793. VIII. Les Fojrages
de l'opinion dans les quatre par-
ties du monde , par Louis Emma-
nuel, Paris, 1789, journal très pi-
q^uant, dit M. Barbier , et dont il a
8o
FL[
paru cinq numéros. Flins a cle Tun
des collaborateurs du Modérateur ,
journal à la re'daction duquel prési-
diit M. de Fontanes. Il a ëlë éditeur
des OEuvres du chei^alier Berlin ,
l 'jBS , 2 vol. in - 1 8. Il avait entrepris
ii;o poëincen cinq chants, intitule' , Is-
via'èl: on en trouve des frac:ments plus
ou moins longs dans YAlmanach d^s
Muses, dans la Décade , tome VÏII ,
pag. i-ja, dans \e Mercure du l«^
frimaire an IX. On croit qu'il a laissé
on manuscrit une traduction des
Hymnes de Callimaque. On a publie
un Choix des poésies de Barlhe,
de Masson de Mort^illers et de
Carbon de Flins , 1 8 1 o , in-i 8.
A. B— T.
FLIPART ( Jean- Jacques ) , gra-
Tcur , ne à Paris en 1725, fut élève
de Laurent Cars. Son père Jean-
Charles a gravé plusieurs planches
dans le recueil de Crozat. Jean-Jac-
ques Flipart s'appliqua beaucoup à
l'étude du dessin , et l'on s'en aper-
çoit facilement dans ses ouvrages. Ses
premières estampes , notamment la
Sainte - Famille , qu'il a gravée
d'après le tableau de Jules Romain,
pour la galerie de Dresde, sont d'un
très bon goût de gravure; mais peu
à peu il a changé de manière, et
trop négligé les combinaisons de son
art. Flipart, d'un caractère très doux
et fort obligeant, était extrêmement
modeste et désintéressé. L'académie
royale de peinture l'avait agréé en
1 7 55, et reçu quelques années après.
Il a beaucoup gravé d'après Greuze ,
entre autres le Paralytique servi
par ses enfants , V Accordée de vil-
lage et le Gâteau des rois , très
glandes planches ; une jeune Fille
' pleurant la mort de son oiseau , et
une autre dévidant du fil, beaucoup
' plus petites , d'après le même. On a
de lui une Tempête ^ d'après Ver-
FLI
net , d'un effet très harmonieux ; ^<?-
71US et Énéey et Adam et Eve ,
d'après Naloire ; deux Sacrifices ,
d'après Vien ; Notre -Seigneur à la
Piscine, d'après une très belle com-
position de Diétiich j le Combat des
Centaures^ d'après Boulongne, et
deux Chasses , d'après Boucher et
Vanloo. Ingouf et Danzel sont ses
meilleurs élèves. Flipart est mort le
9 juillet 1782; il a eu un frère,
Cliarles- François, mort en 177^,
dont on connaît plusieurs estampes
d'après Fragouard et autres maîtres
modernes. F — e.
FLÏTNER(jEAN),néen Franconie
au commencement du 17^. siècle,
s'appliqua beaucoup à la poésie latine,
et fut gratifié, en cette qualité, du titre
de poète lauréat. 11 a publié : I. Ma-
nipulus epi^rammatum dissectus, et
Hortulus anthologicus melicus ,
Francfort, lihg, in- 12. : V Hortulus
a reparu en allemand , 1662 , in-8'.
IL Promptuariumchristianœ sapien-
tiœ , Francfort, 1662, in-4'. HL
Sphinx iheologîco-philosophica (en
allemand), Francfort, 1669, in-4*'.
IV. Le 2". volume du TheatrumEuro-
pœum, colleclion écrite en allemand,
avec un grand nombre de gravu-
res, Francfort, Mériau, 1659, in-
folio : ce volume contient les événe-
ments les plus mémorables de 1G29
à i6)5. V. Nebulo nebulonum ,
hoc est Joco- séria nequiticp Censura^
Francfort, 1620, i654, if>56, i()65,
in-i2; ouvrage composé de 55 odes
en vers iambiques , accompagnées
chacune d'une gravure et de notes on
IVrudition n'est pas épargnée : on y
trouve aussi quelques anecdotes. C'est
une traduction lil>r<' d'un ancien livre
de facéties en vers allemands, d'un au-
teur connu par plusieurs «juvragos du
même genre. ( ^. Baardt , et Mur-
NER. ) — U» autre Jean Flitner,
FLO
pasteurlutliérien enPomeranie, mort
en 1678, a publie des cantiques et
d'autres ouvrages ascétiques, tous en
allemand. C. M. P.
FLOCGO, ou plus correctement
FLOKE , pirate norvégien selon quel-
ques auteurs, et suédois suivant d'au-
tres, s'était acquis une grande répu-
tation parmi ses compatriotes par sa
hardiesse à entreprendre des courses
lointaines, et avait, par ce moyen,
gagné la confiance générale. Les récits
qu'il entendit faire de l'Islande l'en-
gagèrent, en 865 , à tenter un voyage
à cette île. Comme la boussole n'était
pas en usage àcette époque, les chro-
niques du Nord rapportent que Flocco,
pour connaître s'il s'approchait de
la terre s'il cherchait, prit en partant
des Feroër, d'autres disent des Or-
cades , trois corbeaux , oiseau regard»
comme sacré dans la mythologie Scan-
dinave. Quand il se crut bien avant
en mer, il lâcha un des corbeaux,
espérant que la direction que cet oiseau
allait suivre en s'envolant lui indique-
rait la route qu'il devait tenir. Le cor-
beau retourna vers les Orcades; ce
qui fît juger à Flocco qu'il était moins
éloigné des cotes de Norvège que de
celles de Gardarsholm , nom que l'on
donnait alors au pays nouvellement
découvert. II continua donc à navi-
guer quelque temps encore, puis mit
en liberté un second corbeau , qui, ne
trouvant pas où reposer son pied,
revint à bord. Peu de jours après ,
Flocco laissa partir le troisième cor-
beau , qui alla directement vers l'île
nouvelle où Flocco ne tarda pas à
arriver. Il aborda, comme ceux qui
l'avaient précédé, à la cote orientale;
mais il se dirigea ensuite vers la partie
méridionale, où il entra dans un golfe
considérable, appelé aujourd'hui le
Faxafiordj puis il alla passer l'hiver
plus au nord , dans le golfe conuu, sous
XV.
PLO
81
le nom deBreidafîord. L'énorme quan-
tité de glaces flottantes qui vinrent au
printemps remplir le port où son na-
vire était mouillé, lui fit naître l'idée
de changer le nom de l'île, et de lui
donner celui à' Island {terre de glace),
qu'elle a conservé depuis ce temps.
Flocco passa un second hiver dans
l'île, et choisit pour cette fois la partie
méridionale ; mais ne l'ayant pas trou-
vée plus agréable que les deux autres ,
il retourna en Norvège, et ne fit pas
une description flatteuse du nouveau
pays : quelques-uns de ses compa-
gnons , au contraire , le dépeignirent
sous les couleurs les plus riantes ; et
l'un d'eux en reçut le surnom de
Snioer Thorulfr ( Thorulfr de Beur-
re), parce qu'il soutenait que chaque
brin d'herbe y distillait le beurre.
Quant à Flocco, il fut appelé Rafna
Floke ( Floke le Corbeau ), du mot
ra^'n( corbeau en norvégien), à cause
de l'usage auquel il avait employé cet
oiseau. On peut regarder l'histoire des
trois corbeaux comme une copie du
récit des trois oiseaux que Noé lâcha
quand il était encore dans l'arche;
mais elle n'en prouve pas moins la
sagacité ^e Flocco. Il paraît que les
rapports contradictoires auxquels son
voyage jdonna lieu ralentirent pendant
plusieurs années l'ardeur qu'on avait
d'abord montrée pour entreprendre
des expéditions à la terre nouvelle.
£ g^
FLOCCUS. r. Fiocco.
FLODEKUS f Jean), professeur de
langue grecque à l'université d'Upsal,
mort vers la fin du dernier siècle. Il
joignait à une vaste érudition une cri-
tique très éclairée. On a de lui plusieurs
discours latins prononcés à l'univer-
sité d'Upsal, des dissertations latines,
entre lesquelles se distinguent celles
qui roulent sur les passages difficiles
d'HoraèrCy et une édition des Dialo-
6
82 F L 0
^œs de Lucien y à l'usage des étu-
diants d'Upsal. C AU.
FLODOaRD, bislorien , nëà Eper-
riay eu 89 i, mort chanoine de rée;iise
de Reims en 966. Il fut envoyé d.ms
cette deniicrc ville par ses parents
pour y faire ses études. Les progrès
qu*il fit dans les sciences, et ses belles
qualités jointes h la sagacité de son
génie, lui nieritèrent la faveur des
archevêques flervé et Seulfe, qui le
récompensèrent par des bénéfices ,
après lui avoir conféré les ordres. Etant
chanoine de Reims , doyen de la petite
ville de Cormicy et ensuite du bourg
de Coroy-lès-Herraonville, il devint
abbé de Saint-Remy ou plutôt de St.-
Basle en 95 1 . La réputation de ses
vertus le fit appeler à l'évêché de
Tournay, qu'il n'occupa jamais, parce
qu'un clerc simoniaque fut installe sur
ce siège. Il joignait à la connaissance
des lettres les mœurs les plus pures.
L'amour du travail l'engagea à faire les
recherches les plus exactes pour écrire
l'histoire de Reims. 11 fouilla , avec une
patience singulière, des archives im-
menses, compulsa les lettres des ponti-
fes, les actes des conciles, les marty-
rologes antérieurs à son temps, au rap-
port de Baronius, Papire-Masson et
Pithou, qui tous avouent, ainsi que le
cardinal Grimani, que son style ne se
ressentait ni de la rouille àes anciens
auteurs, ni de la dureté de style des
nouveaux. Outre son Histoire de l'é-
glise de Reims j il est auteur de
nombre d'écrits en latin , dont on
peut voir la liste dans Marlol. La
meilleure édition de cet ouvrage, cu-
rieux et intéressant pour les Rémois,
est celle de George Golvencr, Douai ,
1617, iu-8'. C'est à tort que l'on a
publié que le cardinal Charles de Lor-
raine fa faire à ses frais la première
édition de l'historien Flodoard. Le
cardinal demanda le manuscrit de cet
FLO
auteur pour le faire imprimer à set
frais : c'est tout ce que dit Marlot à
ce sujet; mais ce projet n'eut pas lieu
alors, pui>;que ce ne fut qu'en 161 1
que le P. Sirmond donna la première
édition du texte de Flodoard , Paris ,
Seb. Cramoisy. Nicolas Ghesneau en
avait publié une version française dès
i58o, in-4*'., d'après un manuscrit
fautif j en sorte que la traduction fran-
çaise de cet historien a paru avant le
texte, ce qui est assez remarquable.
La Chronique du même auteur, sous
le titre de Chronicon rerum inter
Francos gest irum , commence à
l'année 919 et finit en 966; Pithou et
Duchesne l'ont publiée : elle est géné-
ralement estimée des savants. Les au-
tres ouvrages de Flodoard sont des
histoires , en vers héroïques, de saints
et de papes illuslies. Dom Mabilion
en a donné des fragments dans ses
Acta Sanclorum. J — b.
FLOGEL ( Charles -Frédéric ).
La vie de cet écrivain utile n'offre
rien de remarquable. Fils d'un maître
d'école de Jauer, en Silésie, il naquit
le 5 décembre 1729: il fréquenta , de
I 738 à 1 748, l'école latnie de sa ville
natale; de 1748 à 1752 , le gymnase
de Breslau ; enfin , de fi^i à 1754,
l'université de Halle, où il étudia la
théologie prolestante. De retour à
Jauer , il y passa six années sans
place, occupé à donner des instruc-
tions aux eufanls de quelques habi-
tants de cette ville. Enfin, en 1761 ,
il fut appelé comme instituteur au
gymnase de Brcsiau; en 1762, on le
nomma pro-rectcur, et en 1775 rec-
teur decelui de Jauer: il finit par ob-
tenir en, 1 774i I' chaire de professeur
de philosophie à l'académie des jeunes
nobles de Liegnitz. Cette place, qui
ne l'occupa guère, lui laissa du loisir
pour cultiver la branche de littérature
â laquelle il s'était principalemont ,
FLO
voué, et qui fit son amusement jus-
qu'à la fin de ses jours, arrivée le
7 mars 1788. L'histoire littéraire
e'tait la carrière dans laquelle Flogel
sut se frayer une route nouvelle. Des
1760, il avait publié une Introduc-
tion à l'art à' inventer ^ Breslau ,
iu-8\ En 1765, il donna son His-
toire de l'esprit humain, en un vol.
in-S". , dont il parut successivement
trois éditions, et qui fut traduite en
italien par Ang. Ridolû, Pavie, i 788,
in-8\ Mais ce fut en 1784 T^^'i^ pu-
blia le premier volume de l'ouvrage
qui fixa son rang parmi les écrivains
allemands : c'est ï Histoire de la lit-
térature comique, en 4 vol. in^".
Cet ouvrage est le fruit de grandes
recherches, et renferme une foule de
matériaux curieux et amusants. Il est
recommandable pour son exactitude
plutôt que sous le rapport du style.
Les trois premiers volumes traitent
du genre comique en général, et de
la satire chez tous les peuples anciens
et modernes. Le quatrième est destiné
à la comédie, en prenant ce mot dans
son sens le plus général. On voit que
cet ouvrage n'embrasse pas toutes les
branches de la littérature comique.
Flôgel s'était proposé de donner, dans
des ouvrages particuliers , l'histoire
des branches qu'il n'avait pas traitées
dans les quatre vohimes. Il fit impri-
mer en eiFet, en 1788, ï Histoire du
comique grotesque , en un vol. in-8".,
qui vil le jour après sa mort. L'année
suivante, ^Histoire de s fous en titre
£i'o/)fîce parut en un vol. iQ-8''.pl forme
la seconde partis de celle du comique
grotesque. Enfin , un ami de l'auteur,
M. Schmit, publia, en 1794, ^His-
toire du burlesque, en i vol. in-8°.,
dont on avait trouvé le manuscrit
entièrement mis au net parmi les
papiers de l'auteur. Ces divers ou-
vrages, tous en allemand, forment
FLO
85
une suite qui manque à la littérature
peut-être de tous les autres peuples.
S— L.
FLONCEL ( ALBERT-FnANçois ) ,
né à Luxembourg, en 1697, fut
d'abord avocat en parlement. Il fut,
en lySi , secrétaire d'état de la prin-
cipauté de Monaco, et, en 1739 , pre-
mier secrétaire des affaires étrangères
sous MM. Amelotet d'Argenson , cen-
seur royal , etc. 11 avait un goût très
prononcé pour la littérature italienne,
et fut membre de l'académie des Arca-
des de Rome , de celles de Flo-
rence, de Bologne , de Cortone. Il
s'était , avec le temps , formé une
bibliothèque très précieuse, composée
de 11,000 volumes en langue ita-
lienne. Il mourut le k'Ï septembre
1 775. Le Catalogue de sa bibliothèque
parut en 1774 , 1 vol. in-8'. , et est
très recherché aujourd'hui. On a de
Floncel une traduction de la Lettre
de M. Riccohoni à M. Muratori , sur
la comédie de V Ecole des maris de
M. de Lachaussée, 1737, in- 12,
réimprimée en i76'2. — Floncel
( Jeanne-Françoise de Lavau , dame),
son épouse , née à Paris en 1715,
morte le 6 octobre 1764, a traduit
de l'italien de Goldoui, les deux pre-
miers actes de la comédie de VÀ^^'o-
cat vénitien , 1 760 , in - 12. — Flon-
cel ( Albert- Jérôme ) , leur fils , né à
Paris le i"*". mai 174?» ^ donné un
Essai sur la vie et les découvertes
de Galileo Qalilei , traduit de l'ita-
lien du P. Frisi, 1767, in-i2;cet
ouvrage se trouve aussi dans le Jour-
nal de Trévoux, avril, 1767, et a
été réimprimé dans V Encyclopédie
méthodique {KisXoire , tom. 11, pag.
668-675 ). A. B— T.
FLOOD (Henri), fils d'un chef
de justice du tribunal du banc du roi
en Irlande, naquit en 1752, et fit
ses premières études au collège de la
6.,
84 FLO
Trinité de Dublin , d'où il passa, vers
ï 749» à l'université d'Oxftrd. Il était
doué d'une belle figure , relevée par la
politesse des manières; mais, quoi-
qu'avec un esprit vif et intelligent, les
succès faciles que lui procuraient dans
le monile ses avantages exléiieurs ,
joints à l'influence d'un nom consi-
déré cl d'une grande fortune, l'avaient
conduit à négliger d'abord la culture
de son esprit. Son gouvernour , le
docteur Markliam , qui l'ut depuis ar-
chevêque d'York , et M. Tyrwhitt, lit-
térateur distingué, essayèrent d'éveil-
ler son goût pour l'étude en piquant
son amour-propre; i:s s'attachèrent,
dans les sociétés où ils l'introduisi-
rent, à le mettre en présence de quel-
ques jeunes gens fort instruits, et à
feire tomber la conversation sur des
sujets intéressants. Flood, qui dans les
réunions frivoles où il s'était trouvé jus-
que-là , était accoutumé à se faire écou-
ter comme un oracle , désespéré main-
tenant de ne pouvoir même prendre
part à des discussions où il y avait des
applaudissements à recueillir, se con-
damna volontairement à garder le si-
lence jusqu'à ce qu'il eut suffisamment
étendu le cercle de ses connaissances.
Il consacra la plus grande partie de
son temps au travail, avec une telle
assiduité et un tel succès , qu'au bout
de six mois il put se mêler, sans té-
mérité, aux discussions littéraires
auxquelles il avait été à peu près
étranger. Il joignit l'étude des scien-
ces exactes à celle des auteurs classi-
ques giecs et latins, particulièrement
des orateurs. Flood n'en était pas
moins très répandu dans le monde ,
et il était un de ceux qui donnaient le
ton dans la bonne compagnie. Eu
i-jSg, il fut élu membre de la cham-
bre des communes en Irlande , et fut
réélu dans le parlement renouvelé en
1 761 , où il se distingua émiucmmeût
FLO
par une éloquence brillante , et par
le zèle et la persévérance qu'il mit à
soutenir toutes les mesures qu'il re-
gardait comme utiles à son pays. Telle
fut celle du rappel d'une loi établie
par sir Edward Poyning , sous le rè-
gne de Henri VII , et qui , par l'effet
d'une fausse interprétation, soumet-
tait tous les actes de la législature d'Ir-
lande à la censure d'un conseil d'état
anglais. 11 parvint à opérer une ré-
forme d.ius la durée des sessions du
parlement d'Irlande, durée qui jus-
que - là s'était prolongée jusqu'à la
mort du roi, et qui, par l'adoption du
bill octennaly fut bornée désormais
à huit ans; cette réforme fut pour
l'Irlande la source de grands avanta-
ges politiques. Enfin , il se déclara eu
faveur d'une milice constitutionnelle,
qui pût balancer dans l'intérieur l'as-
cendant de l'armée. Après avoir été
d'abord le chef du parti de l'opposi-
tion dans son pays , Flood , dans les
diverses administrations qui se suc-
cédèrent, se montra pour ou contre
elles , suivant qu'elles favorisaient ou
contrariaient le succès des mesures
dont il s'était fait le champion , et
qu'il parvint à faire adopter. Il avait
accepté , vers 1775, la place de con-
seiller d'état dans les deux royaumes ,
avec celle de l'un des vice-trésoriers
d'Irlande ; mais il n'avait accepté
qu'à de certaines conditions, relatives
au maintien de ses principes ; et ces
principes se trouvant contrariés , il
résigna la place de vice-trésorier en
17B1. Son nom fut rayé de la hsîe
des conseillers d'état. Son adhésion
et son opposition alternatives aux
mesures ministérielles, lui attirèrent
fréquemment le reproche de versati-
lité. En 1 785 , la chambre des com-
munes fut témoin d'une discussion
entre Flood et M. Grattan, qui fui
portée à un degré d'animosilc dont
FLO
il n'y a pas un autre exemple. Pour
avoir l'air d'éviter les personnalités ,
W. Grattan , dans le cours de ce dé-
bat , supposait, par une sorte depro-
sopopée, qu'il adressait la parole à
un membre du parlement, alors ab-
sent, et l'apostrophait ainsi, les yeux
fixés directement sur Flood : « Vous
T> avez de grands talents , mais vous
» menez une vie infâme; pendant des
» années vous avez gardé un silence
» que vous vous faisiez payer Je
» vous le dis à la face de votre pays ,
)) devant tout le monde et devant vous-
» même ; non, vous n'êtes pas un
» honnête homme. » Flood répliqua ,
et s'abandonna à une verve d'invec-
tives, portée au point que Torateur
des communes , avec l'avis de la cham-
bre , crut devoir l'interrompre. Flood
obtint cependant la permission de
poursuivie sa justification quelques
jours après. Il fut élu membre du par-
lement anglais en i'j85 pour la ville
de Winchester, et représenta le bourg
de Seaford dans la session suivante,
depuis i-jSS jusqu'à la dissolution.
Le dernier discours qu'il prononça
dans le parlement anglais, eu 1790,
avait pour objet une réforme dans la
représentation parlementaire. Le plan
qu'il proposa , obtint l'entière appro-
bation de M. Fox, et des hommes
les plus éclairés. Son influence était
néanmoins fort affaiblie dans les der-
nières années de sa vie. Les efforts
violents qu'il fit pour éteindre un in-
cendie qui s'était manifesté dans un
de ses bureaux, furent suivis d*une
pleurésie, dont il mourut le 2 décem-
bre 1791. Il voulut, par son testa-
ment, que son bien principal, après
la mort de sa femme , passât au col-
lège de la Trinité de Dublin , pour
servir à la fondation d'une chaire de
lan;j;ue erse ou irlandaise, et d'une au-
tre d'antiquités et d'histoire d'Irlande ,
FLO
85
et pour être appliqué à fonder quatre
prix pour des compositions en prose
et en vers, en irlandais, en grec et
en latin. Le surplus devait être em-
ployé pour enrichir la bibliothèque
de l'université. L'éloquence de Flood
était remarquable par la force du rai-
sonnement, et par la pureté et la ri-
chesse de son style , plein d'images et
d'allusions classiques. Il se montrait
avec plus d'ava ntage encore quand il ré-
pondait , que lorsqu'il prenait l'initia-
tive : malheur à l'adversaire qui pro-
voquait ses sarcasmes î On a imprimé
plusieurs de ses discours dans les par-
lements ; un entre autres sur le Traité
de commerce ai^ec la France, in-8 \ ,
1 787; des Fers sur la mort de Frédé-
ric , prince de Galles , publiés dans la
collection d'Oxford, en 1 7 5 1 ; une Ode
sur la Renommée, ^'J^^j 1^ traduC"
tion de la première Ode pfthique de
PindarCy l'jSS. On cite, parmi des
manuscrits qu'il a laissés , la traduc-
tion des deux Harangues d'Eschine
et de Démosthène sur la couronne ,
et de plusieurs Oraisons de Cicéron ;
mais nous ignorons si ces traductions ,
qu'on vantait beaucoup, ont été im-
primées. Z.
FLOQUET (Etienne- Joseph),
compositeur français ^ naquit à Aix en
1750. Dès son enfance il montra,
pour la musique , les dispositions les
plus étonnantes. Ses parents le placè-
rent à la maîtrise de Sl.-Sauveur ; et ,
à onze ans , il fît exécuter un motet à
grand chœur, qui fut généralement ap-
plaudi Il vint à Paris en 1769, se li,i
avec l'abbé Le Mon nier , et fit pour
lui la musique de V Union'àeV Amour
et des Arts , qu'ils donnèrent à l'opéra
en 1773. Celte pièce eut un succès
prodigieux et quatre-vingts représenta-
tions consécutives. L'année suivante ,
ils firent exécuter Azolan o»i le Ser^
ment indiscret, dont la réussite ne
86 FLO
fut pas heureuse. Persnnde' qu'il lui
restait encore brauconp à acquérir.
Floquet prit le parli d'aller en Italie ,
où il suivit les leçons de Nicolo Sala
el du P. Martiui.Eu revenant en France
il passa parBologne , et se fil recevoir
à racadëraie des Philarmoniquf s. Ce
que les aspirants doivent composer en
trois séances, Floqntt le fil en une
^eule. 11 composa, en deux heures (t
demie, une fugue à cinq parties , un
petit motet et un canto Jcrmo. De
retour à Paris , il donna, en 1779,
Tope'ra à^IIellé, qui n'eut aucun suc-
cès ; puis, l'année? suivante, le Sei-
(^neur bienfaisant , et , aux Italiens,
la Nouvelle Omphale , qui furent
mieux accueillis. Il entreprit alors de
remettre en musique yAlceste de
Quinault, retouché par Sainl-iMarc,
sans être arrête par la concurrence
avec Gluck. Mais l'exécution prouva
que c'était un projet téméraire , et la
première répétition que l'on fit de sa
pièce fut un arrêt de proscription. Le
chagrin qu'il en conçut rtltéra sa santé,
ft il mourut le 10 mai i-jSS. Floquet
était un savant harmoniste; mais ses
opéras ont prouvé que la science est
impuissante sans le génie. Sa mélodie
est monotone et languissante; seschants
.sont surannés , cl , à l'exception de sa
Chaconne ciàM Triodes Vieillards,
SCS productions sont à peu près ou-
bliées. D. L.
FLOR (Roger) naquit à Tarra-
gone , le 1 4 juillet 1262. Ayant em-
brassé de bonne heure la carrière des
ijrmes , il se signala par quelques ex-
j)loils contre les Maures ; il prit eu-
suite l'habit des Templiers , et fit sa
profession à Barcelone , dans la mai-
son de cet ordre. Dans les dernières
croisades il passa en Palestiiii» avec
quelques autres chcvahers, ets'c'tabUt
à Saint- Jean d'Acre. Les iu fidèles
ayant atlâvjué celle place, il y fit des
FLO
prodiges de valeur. Dans une sortie ,
il culbuia les ennemis, leur p.rit l'éten-
dard de Mahomet , et tua de sa main
leur général. Mais les Sarrasins ayant
reçu de puissants renforts, malgré
le courage de ses défenseurs , la ville
fut prise d'assaut en 1 291. Roger put
cependant sauver le trésor de sou
ordre. Il s'occupa d'abord à rassem-
bler tout ce qu'il put de chevaliers et
de guerriers chrétiens débaudés, avec
lesquels il forma une petite armée na-
vale. H commença à parcourir les
mers , tantôt en portant des secours
et des vivres aux armées chrétiennes,
tantôt en infestant les cotes de l'cu-
neuii, et en battant ses flottes, quoi-
que Lien supérieures à celle qu'il com-
mandait. Ces exploits lui procurèrent
beaucoup de richesses , et lui firent
une grande réputation. Dans ce
temps, Frédéric d'Arragon disputait
la couronne de Sicile aux rois de Na-
ples de la maison d'Anjou : n'ayant pas
assez de forces pour lutter contre sou
rival , il appela à son secours Roger,
qui accourut aussitôt en Sicile avec
son armée , et contribua beaucoup et
par ton intelligence et par sa valeur
à la conquête de celte île. Frédéric,
en récompense de ses services , le
nomma vice-amiral. Flor était d'uu
caractère inquiet, avide et ambitieux.
Soit qu'il crût avoir à se plaindre du
peu de générosité de Frcdéiic à son
égard , ou qu'il cherchât de nouvelles
occasions de se signaler, il quitta ce
prince et vint offiir ses services à l'em-
pereur Andronic, qui les accepta avec
empressement. Les Turcs faisaient de
grands progrès dans l'empire d'Orieut,«^
et il semblait que rien ne pouvait leur
résister. Roger, ayant sous ses ordres
2000 Catalans, passa , eu i3o4 , à
Constantinople, où, à ia première oc-
casion qui se présenta de se mesurer
avec les CDUcmis . il remporta une vie-
FLO
toire signalée ,Gt parvint à rétablir la
tranquillité dans Tempire. Andronic
reconnaissant lui accorda sa nièce en
mariage, ini conféra le titre de César ^
et le combla de richesses et d'hon-
neurs. Il fut également généreux en-
vers les autres capitaines, dont les
])riucipaux étaient Roger d'Entenca ,
Arenas, Rocafort, Rcquesens, Foxa ,
etc. Entenca, lieutenant de Roger, fut
élevé à la dignité de rangneduc , ou
grand-duc, titre qui répond à celui de
généralissime des armées de terre et
de mer. Flor se trouvant allié à l'em-
pereur, et si près du trône, donna
de forts soupçons qu'il voulût l'occuper
en entier. Andronic , qui en fut in-
formé, crut devoir se défaire d'un sujet
trop puissant; il fit assassiner Roger
une nuit , tandis que celui-ci passait
dans l'appartement de sa femme (i).
Le grand-duc Entenca fut arrêté en
même temps. Roger mourut le id avril
i3o6 , à l'âge de 44 ^"S. Les Catalans
indignés se renfermèrent dans Galii-
poli , d'oii, par de fréquentes sorties,
ils vengèrent cruellement sur les Grecs
la mort de leur général. B — s.
FLORE ( FrInc ). Foy. Floris.
FLORENT - CHRÉTIEN, Fof,
Chrétien.
FLORES (Louis), dominicain,
naquit à Gand le i4 janvier 1670.
Ayant fait ses études dans sa patrie,
ses parents l'envoyèrent en Espagne
solliciter un emploi. N'ayant pu l'ob-
tenir, il passa au Mexique, où il prit
l'habit religieux. Il fut bientôt envoyé
comme missionnaire aux Philippines ,
(1) Quelques écrivains attribuent celte mesure
rigoureuse de la part d'Androolc aux brigaiidafjes
qu'exerçaient, UU-on , les Catalans dans les pro-
vinces de Tcmpire. Mais il n'estf;"ère probab e
que Roger et Entenca , parvenus aui postes les plus
«miueuls , comblés d'honneurs et de richesses ,
pussent y avoir eu la moindre part On est donc
phis porté à croire qu'ils iréditaient de grands
projets, ou que Tempereur, n'ayant plus besoin
de leur» services, voulut se défaire de ceux-là
jruémes qu'il avait élevés; et le caractère d'Audro-
pic read as»e2 probable celle 5uppo?ilign.
FLO 87
où il se distingua par son zèle pour la
conversion des infidèles. Plusieurs de
ses conlrères gémissaient dans les fers
au Japon : Florès le sut, et désira
aussitôt partager avec eux le martyre;
mais, tandis qu'il allait les rejoindre,
les Hollandais l'arrêtèrent en chemin ,
le retinrent deux ans en prison , et le
livrèrent ensuite aux Japonais, qui le
condamnèrent à être brûlé vif : ce
cruel arrêt fut exécuté le ag août 1 62*2 .
On a de lui une Relation de l'état du
christianisme dans le Japon jusqu'au
24 mai de la même année. — Flores
(André), poète espagnol, vit le jour
à Scgovie en 1484. H eut beaucoup
de talent dans la poésie lyrique, et
laissa quelques ouvrages qui étaient
assez estimés , mais qui sont peu connus
de nos jours. On retrouve quelques-
unes de ses coraposiîions dans les
Recueils de poésies castillanes. Florès
mourut vers l'an i56o. B — s.
FLOREZ (Henri), savant espagnol,
naquit à Valladolid le ï4 février
1701. En 1715, il prit l'habit reli-
gieux dans l'ordre de S. Augustin, et
il se fit bientôt distinguer autant par
sa piété que par ses talents. Après
avoir professé la théologie pendant
quelques années, et publié, de 1732
à 175B, un Cours de Théologie en
5 vol. in-4''., il se livra exclusivement
à l'étude de l'histoire sacrée et profane.
Le premier fruit de ses travaux en ce,
genre fut sa Clavehistorical, Madrid ,
1 7 4"^ , iii-4". , ouvrage dans le genre de
VArt de vérifier les dates. L'cxactiîu^
de, l'ordre et la précision qui régnent
dans son livre, le firent connaître avan-
tageusement : cet ouvrage fut réim-
primé pour la huitième fois en i'^64.
La Espaha sagrada b Théâtre geo-
graphico-hisiorico de la iglesia de
Espaha ne fit qu'accroître la réputa-
tion de Florez, et lui donna la célébrité
doMt il jouit encore de nos jours. De-'
88 F L 0
puis 1747 jusqu'à 1770, il en donna
29 volumes in-4*'. imprimes à Ma-
drid. Quelques auteurs onl comparé
la Espana sagrada à la Gallici
christiana ; mais pour le plan elle se
rapproche beaucoup plus de Y Histoire
ecclésiastique de Fleury. Quoi qu'il
en soit de la justesse de l'une ou Tau-
fre de ces deux comparaisons , la cri-
tique la plus impartiale reconnaîtra
toujours dans le P. Florez un historien
du premier ordre, soit pour le choix
et la certitude des faits , soit pour la
marche sûre et rapide du discours ,
qui prouve que l'auteur n'écrivait pas
à mesure qu'il acquérait de nouvelles
connaissances, mais qu'avant d'écrire
il était déjà maître de sa matière. Flo-
rez a eu deux continuateurs , le Père
Eisco , et le P. Fernandez. Le pre-
mier publia le oo". volume en 1775,
et le 5i*". en 1786. Le P. Fernandez
en donna trois autres, ce qui forme
en tout 34 vol. (Madrid, 1791 );
recueil d'autant plus précieux, qu'il
renferme les ouvrages des plus an-
ciens auteurs , enrichis des notes de
l'éditeur. Florez était aussi un bon
antiquaire et un excellent numismate,
comme on peut le voir par son Es"
pana carpetujia, et dans son livre
intitulé: Medallas de las colonias,
municipios y pueblos anliguos de
Espana. Ce dernier ouvrage parut à
Madrid en 1757 et 1758, en 2 vol.
grand in-4°. L'auteur y en ajouta un
troisième en 1773, peu de temps
avant sa mort. Ce recueil, qui contient
plus de trente médailles anciennes in-
connues jusqu'alors, eut un grand suc-
cès , et l'académie royale des inscrip-
tions et belles-lettres de Madrid s'em-
pressa de nommer l'auteur son associé
correspondant. On connaît encore du
P. Florez une Dissertacio7i de la
Çantabrîa, Madrid, 1768, in-4*'. ;
des Memorias de las Reynas calho-
FLO
licas , ibid., 1770, 2 vol. in-4®. ,
2*. édition ; un Traité sur la bota-
nique et les sciences naturelles , etc.
11 a été l'éditeur de la Relacion del
viaje literario de Amhrosio Mora-
les, Madrid, 1765, in-fol., etc. Ce
savant, occupé uniquement de ses
études , sans orgueil et sans ambition,
vécut presque toujours dans la retraite,
et mourut à Madrid le 20 août (ou
selon d'autres le 5 mai) 1775, âgé
de 72 ans. B — s.
FLORIAN DOCAMPO. Vojr. Do-
CAMPO.
FLORIAN ( Jean-Pierbe Claris
de), naquit, le 6 mars 1755, au
château de Florian, dans les basses
Cévennes , d'une famille distinguée
dans les armes. Ce fut là qu'il passa |
les premières années de son enfance , *
sous les yeux d'un aïeul qui ne pro-
portionnait pas assez ses dépenses à
sa fortune, et qui, en conséquence,
laissa une succession obérée. L'ayant
perdu , il fut mis en pension à Saint-
Hippolyte. Son père avait un frère
aîné, le marquis de Florian, lequel
avait épouséune des nièces de Voltaire ,
et allait souvent à Ferney. Cet oncle
sollicita la permission d'y mener son
neveu, dont la gaîté vive et franche,
les heureus«'s dispositions, excitèrent
un très grand intérêt dans la maison
de celui qui faisait et défaisait alors
tant de réputations en France. Florian
avait quinze ans lorsqu'en 1 768 il fut
reçu parmi les pages du duc de Pen-r
thièvre. De même que chez Voltaire,
son esprit, et l'amabilité, mais surtout
la sensibilité de son caractère, eurent
beaucoup de succès kh petite cour du
château d'Anet, dont l'illustre maître
lui témoigna , dès ce premier moment,
une bienveillance qui ne se démentit
jamais. Ses propos , toujours animés
et souvent joyeux , avaient le mérite
d'écarter l'ennui qui, cjuelquefujs ^
FLO
assiégeait ce prince , d'ailleurs si ver-
tueux et si bienfaisant. Le jeune page
n'éprouva de sa part aucune opposi-
tion au projet qu'il avait formé de se
vouer à la profession des armes. Il
entra d'abord dans le corps royal de
l'artillerie, dont il existait, à cette
époque , une école à Bapaume ; mais
il n y resta pas long-temps , son pro-
tecteur lui ayant accordé dans le ré-
giment de dragons de Penlhièvre,
d'abord une lieutenance, et ensuite
une compagnie. Après avoir passé
quelque temps en garnison à Mau-
beuge, et fait plusieurs voyages à Paris,
où ses semestres étaient en partie con-
sacrés aux Muses, il obtint une ré-
forme, au moyen de laquelle son ser-
vice comptait toujours sans qu'il fût
obligé de rejoindre. Il accepta avec
reconnaissance la place de gentil-
homme ordinaire que lui avait pro-
posée le duc de Penthièvre, et devint
son favori : il se vit même souvent
traité par ce prince comme un ami.
Chargé presque toujours de distribuer
ses bienfaits autour des châteaux
d'Anet et de Sceaux, ou bien à Paris,
jl suivait en tous points les intentions
du donateur aussi généreux qu'opu-
Jent, c'est-à-dire qu'il les distribuait
avec toutes les recherches de la
délicatesse et de la sensibilité la plus
touchante. Le genre de vie que Flo-
rian était désormais destiné à mener
lui permit de se livrer presque exclu-
sivement à son goût pour la littérature.
Ce goût avait été détermine principa-
lement par les encouragements que
Voltaire n'avait pas manqué de donner
aux dispositions précoces du jeune
poète*, son allié. De plus , étant né
d'une mère castillane d'origine (Gi-
lette de Saignes), pour la mémoire de
laquelle il avait un tendre respect, Flo-
rian s'était occupé de bonne heure, et
avec attrait, de la 1 tugue csp.ignoîe. La
FLO 89
lecture des originaux, devenus ses
modèles favoris, lui fit concevoir le
projet de rajeunir les peintures de
l'amour chevaleresque, et même les
douces chimères de l'amour pasloral.
Ses premières productions n'annon-
çaient encore que de la grâce et une
touche délicate. On remarqua un co-
loris plus vif dans le -roman de Ga-'
laiée, qu'il publia en 1785. Les trois
premiers livres sont une imitation em-
bellie de Cervantes : le quatrième est
d'invention. L'auteur avait varié h s
tableaux, bien choisi et bien lié les
épisodes ; enfin , il avait placé à pro-
pos des romances qui contribuèrent à
la très grande vogue de l'ouvrage. Ga-
latée fut suivie, quelques années
après (en 1788), parisfeWe, qui
appartient en entier à Florian. Cette
seconde pastorale , malgré la pureté
de la diction , la fraîcheur des pem-
tures , et la teinte du sentiment qui y
domine, obtint moins de succès. La
disposition des esprits n'était plus la
même* des symptômes assez sérieux
de nos troubles politiques commen-
çaient à exciter des alarmes , et les
bergeries de Florian avaient tort pour
le moment, d'autant que, comme le
disait M. deThiard, elles laissaient
trop apercevoir qa'i/ j- manquait un
loup. Néanmoins , une foule de musi-
ciens, soit de profession, soit simples
amateurs, se disputèrent les chant*
tour-àtour gracieux et touchants dont
il avait encore cette fois entremêlé sa
prose poétique. Numa Pompilius
avait paru en 17B6, deux ans, par
conséquent, avant Estelle. Ce n'est
qu'une imitation un peu froide du plus
célèbre de nos poèmes en prose, de
celui qui contribua beaucoup à rendre
Fénélon immortel , mais qui n'a pro-
duit jusqu'ici en France que d'assez fai-
bles copies. « Télémaque a l'air de la
» traduction d'un ouvrage antique ,
go FLO
» comme Va fort bien dit M. de La-
» crctelle; mais la couleur de l'anti-
» quite manque à Numa. L'histoire
» y est trop voilée, et la fable ne s'y
» montre pas avec assez de prestige. »
Fiorian a fait aussi des Contes. La
forme n'en est peut être pas toujours
suffisamment varice; mais quelques-
uns de ceux qu'il a écrits en vers
offrent de jolis détails, de l'esprit,
quelquefois de l'élégance , En général
sa poésie a plus de grâce que de force.
Ses Nouvelles en prose se font toutes
remarquer par un caractère particulier
de philosophie traitée dans le genre
sentimental. Mais combien de carrières
différentes son talent n'était-il pas ca-
pable de parcourir, puisqu'il s'est
essayé dans l'histoire, et a mérilé des
éloges dans ses compositions théâ-
trales! La Harpe dit que « la délica-
» tcsse et la finesse , qui n'excluent
» pas le naturel, distinguent et feront
» toujours aimer les petites comédies
y> de cet auteur. » C'est ( selon lui et
selon tous les gens de goût) une ex-
cellente idée que d'avoir donné au
simple et crédule héros de la farce
italienne, qui n'était connu que par
sa balourdise et par ses facéties ber-
gamasques, une bonhomie et même
des vertus naïves qui ne sont altérées
par aucun mélange. « Et tout l'esprit
» qui les relève^ajoutc-t il, n'est qu'un
» composé fort heureux de bon cœur,
» de bon sens et de bonne humeur. »
Les Deux Billets , le Bon Ménage ,
le Bon Père et la Bonne Mère y etc.,
sont bien certainement les chefs-
d'œuvre du genre des pièces où Ar-
lequin joue le rôle principal. Fiorian
lui avait donné, pour ainsi dire, l'em-
preinte de son propre caractère. Il se
chargeait quelquefois de remplir ce
rôle sur des théâtres de société, et
particulièrement chez M. d'Argcntal :
\\ s'y faisait même beaucoup ap-
FLO
plaudir. De loin en loin il obtcn.'
aussi, mais non sans prine , et p
une sorte de surprise, de dérider, p i
son talent d'auteur et d'acteur, (
grave et respectable Mécène, à )
piété duquel on sait qu'il fit , pi i
taid, le sacrifice de ses derniers o •
vrages dramatiques. Le sucrés de cei (
qu'il donnait au Théâtre italien ei •
bellissait sa carrière; c'était poi i
lui un sujet de satisfaction sous pi
sieurs rapports. Ses livres se suce <
daient avec rapidité, etn'tn faisaie i
pas moins admirer un style des pli I
purs, des plus corrects, un style n '
turel et élégant tout à la fois; i
avaient surtout pour lui l'avantage c
remplir les vides que son grand pè
et son père avaient laissés dans
fortune. En acquittant ainsi desdelt
de famille , il trouvait encore îa poss
bilité de concourir porsonnellerae
aux actes de bienfaisance du dur Ci
Penthièvre. Couronné deux fois à l'aci
demie française , où il avait présent
une épître en vers intitulée : ^oltaw
et le Serf du Mont- Jura , et sa toi
chante églogue de Buth, avec pli
de bonheur que son Éloge en pro:
de Louis XII, il vit, eu 178^
les portes de cette académie s'ouvi
pour lui : il était alors âgé de 53 an
Ce fut eu 1791 qu'il puMia Gonzah
de Cordoue. Ce poème a , comn
Numa Pompilius, les défauts d'n
genre indéterminé. D'ailleurs, l'autei
a prêté à son héros espagnol la frai
chise et la générosité de nos chevaliei 1
français, qualités que celui-ci posséda^
peut-être au même degré, mais que, d
moins , l'histoire ne lui accorde pr
avec les mêmes nuances caractérisl
ques. Le Précis historique sur h
Maures, qui sert d'introauction à c
ouvrage, passe généralement pour u
excellent morceau historique , cl fa
croire que Fiorian , après avoir Irai
FLO
avec succès difïérents genres de lillé-
raturc, aurait pu se faire un nom
distingue dans celui de l'histoire. C'est
dans ses Fables surtout, imprimées
en 1792, qu'on retrouve sa physio-
nomie et son caractère. Nous ne crai-
gnons pas de dire qu'elles l'établis-
sent , dans l'opinion générale, le second
die nos £ibulistes français. Entre au-
tres autorités , l'auteur souvent cilé
du L^cée , et M. de Lacretelle ont
trop bien prouvé le mérite particu-
lier de Florian comme disciple et imi-
tateur de La Fontaine, pour que nous
entreprenions de juger et dévelop-
per ici nous-mêmes ce mérite après
eux. Il ne fallait pas moins qu'une
révolution comme la notre pour faire
évanouir !e bonheur de l'écrivain qui,
tout en se livrant avec délices à ses
goûts purs et simples, se voyait com-
blé de marques d'intérêt et d'attache-
ment par tous ceux qui le connais-
saient, et avait de plus l'avantage de
passer sa vie auprès du plus estimable
et du plus aimé de tous les protecteurs.
Après avoir eu la douleur de le perdre,
il croyait du moins pouvoir compter
sur le repos. Banni en 1795 par le
décret qui défendait aux nobles de res-
ter à Paris, il alla s'établir à Sceaux,
et y trouva des dédommagements dans
la reconnaissance et l'affection de
quelques habitants; mais on vint l'y
chercher pour l'enfermer dans la mai-
son d'arrêt de la Bourbe^ dite alors
Port- Libre. Ce fut là qu'il composa
en grande partie Guillaume Tell, le
plus mauvais des poèmes sortis de sa
plume, et qui laisse sentir plus que les
autres les défauts d'un plan tracé sans
vigueur. Il recouvra sa liberté au
9 thermidor; mais il n'avait pu sur-
monter le sentiment de frayeur et de
chagrin profond qui l'avait saisi dès
les premiers jours de son arrestation :
il. ne fil que languir quelque terajis à
FLQ 9r
Sceaux, où il était revenu, et il y
mourut le 1 5 septembre 1 794 , à l'âge
de 38 ans. C'est là qu'il avait com-
posé et lu à plusieurs amis Eliezer et
Nephtalij production à laquelle il
mettaitbeaucoup d'importance, et qui
a été imprimée pour la première fois en
i8o5. Malgré quelques tableaux pathé-
tiques, on y reconnaît phiiot la tristesse
à laquelle il était en proie, que la douce
mélancolie qu'il voulait peindre. Du
reste, la préface du poème vaut mieux
que le poërae lui-même, et elle con-
tient quelques détails piquants sur les
mœurs des juifs. Ce n'est que long-temps
après sa mort qu'on a publié sa traduc-
tion, s'il est permis de l'a pj^eler ainsi ,
de Don Qiiixotte. Il l'avait entreprise
de bonne heure, et y avait mis tous
ses soins, trop de soins peut-être. Le
goût décidé qu'il avait pour Michel
Cervantes donne lieu de croire que ,
s il avait vécu , il se serait reproché à
lui-même le projet d'arranger en pas-
torale française un ouvrage dont le
mérite principal est dans sa philoso-
phie tout-à-fait originale, dans son ca-
chet particulier, qu'onnepeuterabellir
sans l'altérer. Sous la plume de Flo-
rian , le héros de la Manche a plus de
noblesse, et porte plus d'agrément dans
des discussions où l'on s'étonne de le
trouver si sage; mais on regrette sur-
tont ce que Sancho y a perdu de sa
naïveté. A tout prendre, celte version
vaut mieux que celle de Filleau de St.-
Martin, quoiqu'elle ne fasse pas aussi
bien connaître l'original. Florian n'a-
vait reçu delà nature lesqualités qui 1(3
distinguent comme écrivain que dans
une certaine mesure, qui ne lui a guère
permis de sortir de la médiocrité. Ne
s'éîant jamais élevé beaucoup, il n'est
jamais tombé de bien haut; n'ayant rien
hasardé, il n'a commis aucune erreur
très remarquable. On le lit donc avec
plaisir, et on peut l'oublier après
gi FLO
l'avoir lu , sans éprouver ni le besoin
ni la crainte de le relire encore. Il dut
au bon esprit qui lui avait révèle'
le secret de ses forces, les succès flat-
teurs qu'il obtint de son vivant et la
réputation littéraire qu'il a conservée
après sa mort. La première édition de
ses œuvres est celle de Didot , 1 784 ?
1786 et ann. Suiv., 24 vol. in- 18 ou
1 1 vol.in-8".Quelqucs personnes pré-
fèrent i'édit. de 18 12, en 1 6vol. in- 18.
Plusieurs de ses ouvrages u*ont paru
que dans ce format. Quelques-uns ont
été traduits dans la plupart des langues
de l'Europe : Gonzalve l'a été en da-
nois par J. K. Host, Copenhague,
1 800-1 801, 1 vol. in-8". MM. de
Bosny , Jauffret et Lacretelle ont pu-
blié des éloges de Florian . L — p — e.
FLORIDA-BLANCA ( François-
Antoine MoNiNO, comte de) naquit
à Murcie, l'an 1750, de parents
pauvres, mais d'une honnête bour-
geoisie. Son père exerçait l'étal de no-
taire, et, malgré son peu de moyens,
ïi procura à son fils l'éducation la
plus soignée. Antoine Monino , ayant
étudié les. premières sciences dans le
collège de Saint-Fulgence de la même
ville , les termina à Sfilamanque , où
il s'adonna exclusivement à l'étude des
lois. Sa pénétration , son application
constante , ses progrès , présageaient ,
dès sa plus tendre jeunesse , ce qu'il
devait être un jour. Malgré tous C(\s
avantages, de retour dans sa patrie, il
fut contraint de suivre, pendant quel-
que temps, la profession de son père.
Dans la suite, ses talents le firent
bientôt connaître pour un des plus
habiles avocats de l'Espagne , et le
portèrent successivement aux pi ices
les plus distinguées de la magistra-
ture. Sa réputation , qui augmentait de
jour en jour, parvint jusqu'aux oreilles
du marquis d'Esquilache , alors mi-
nistre d'état^ qui y appréciateur du vrai
FLO
mérite, se décida à récompenser celui
de Monino, en lui ouvrant une plus
brillante carrière. 11 le nomma donc
ministre à Rome , sous le pontificat
de Clément XIV. Aussi habde diplo-
mate que jurisconsulte instruit , il fil
régner entre les deux cours la plus
parfiife intelligence. Appelé au minis-
tère d'état , et succédant , dans cette
dignité , à son protecteur , qu'une
émeute populaire avait fait exiler de
Madrid et de l'Espagne, il répondit
avec succès à la confiance dont sm
souverain l'honorait. Son premier soin
fut d'établir dans la capitale une police
exacte, et de réformer, parmi le peuple,
une multitude d'anciens usages qui
dégénéraient en abus. Ses vastes con-
naissances rendirent au cabinet espa-
gnol sa première splendeur ; et l'on
croyait voir revivre en lui le célèlwe
Pérez , ce ministre tant persécuté par
la ja'ousie de Philippe IL Florida-
Blanca eut souvent à lutter contre un
rival redoutable , M. Pitt. Mais , malgré
les efforts de ce ministre habile , il fit
toujours respecter, sur toutes lesmors^
le commerce et le pavillon espagnols;
il maintint une paix constante avec
ses voisins, et un parf lit accord exista
entre son cabinet et celui de France.
Il vint à bout de terminer les dissen-
sions politiques de l'Espagne et du
Portu;:;al par le double mariage de
l'Infante dona Ch;irlolte avec le prince
du iirésil , et de i'infmt don Gabriel,
frère de Ch.irles III, avec une prin-
cesse portugaise. Le principal ariicle
de cptte alli.uice portait que les seuls
enfants mâles qui seraient nés de l'une
et de l'autre branche , régneraient en
Portugal par m'dre de succession , en-
donnant cependant la préférence à*
ccu\ qui naîtraient du prince du Brésil. '
Le but politique que Florida-Lîîanca se |
proposait dans ce doui)le mariage ,'
était de placer, sur le trône de Portugal ^.
FLO
Hn prince de la maison d'Espagne.L fn-
fent don Pedro , fis de don G;ibriel ,
sembla d'abord y être appelé; mais la
succession mâle du prince du Brésil
l'en avait déjà exclu, lorsqu'il mourut
au Brésil en j8io. Plus attaché aux
iotérêls de son maître qu'à ceux de sa
nation, ce fut Florida-Bîanca qui porta
le coup le plus cruel aux cortès^
qui avaient jusqu'alors conservé une
grande partie de leurs privilèges. Ces
corlès , composés des députés des
différentes provinces du royaume,
s'assemblaient toutes les fois qu'on
devait proclamer le successeur immé-
diat à la couronne , sous le titre de
prince des Asturies. Avant de prêter
leur serment de fidélité, ils exigeaient
la promesse inviolable de conserver
aux provinces leurs anciennes préro-
gatives , et de leur rendre celles dont
on les avait privées sous îe règne pré-
cédent. Le ministre, forcé de convo-
quer les cortès pour cette cérémonie
auguste, n'ignorait pas qu'ils étaient
décidés à tout prétendre ou à ne rien
accorder. Menaces , présents , pen-
sions, décorations, emplois, il mil
tout en usage pour gagner le pi us grand
nombre des députés, tandis qu'il se-
mait la discorde parmi les autres. Ils
finirent tous par proclamer , d'une
voix unanime , le prince héréditaire ,
sans rien prétendre , et en accordant
tout ce qu'on voulut exiger d'eux. Ami
des sciences et des arls,Florida-Blanca
les protégea durant tout le cours de
sou ministère ; et dans le même temps
qu'il embellissait Madrid par les plus
belles promenades et par des édifices
publics, il instituait des écoles gratuites
de toutes les sciences , accordant de
riches honoraires aux professeurs les
plus renommés. Les académies des
arts de Madrid , de Valence , de Bar-
celone , etc. jouirent aussi des bien-
faits du souyerain par l'inlervenlioa
FLO 95
de son ministre. Celui-ci fut cependant
moins heureux dans les guerres où il
engagea son maître , par le choix de
mauvais généraux : celle d'Alger ca
1 7*^7 , et celle de Gibraltir en i 782,
coulèrent à l'Espagne près de 80,000
hommes. Cependant , l'irlandais O-
reilly , qui commandait dans la pre-
mière , toujours en faveur auprès du
ministre, malgré le mécontentement
de la nation , mourut capitaine-géné-
ral de l'Andalousie. Renonçant aux
projets de punir les déprédations des
corsairrs algériens , et de chasser les
Anglais de la péninsule, Florida-Blanca
tourna toutes ses vues vers le commerce
et l'industrie; et l'Espagne put cdCiq.
oublier les maux qu'il lui avait causés
par ses idées de conquête. Dans toutes
ses opérations , Monino avait un en-
nemi assez à craindre par ses talents
et son crédit ; c'était M. Gardoqui ,
ministre des finances , et l'un et l'autre
ne négligeaient aucune occasion de se
nuire réciproquement. Mais le roi ,
qui les honorait tous les deux de son
estime, parvint aies mettre d'accord
en mariant le neveu de Gardoqui
avec une nièce de Florida-Blanca. Ce
dernier , affable avec les plus malheu-
reux, traitait cependant la noblesse
avec hauteur et dédain. Il cherchait
tous les moyens de l'humilier; et crai-
gnant toujours et ses prétentions et sa
prépondérance, il- la dépouilla d'une
grande partie de ses privilèges. Il
comptait, par conséquent , peu d'amis
parmi les grands. H souffrit , pendant
long- temps, d'une maladie de langueur
qu'on attribua à un poison lent que
ses ennemis, disait-on , avaient trouvé
le moyen de lui donner. Le ministre
crut s'en être aperçu ; et pour en pré-
venir les derniers effets , il se con-
damna au régime le plus sévère , ne se
nourrissant, pendant trois ans, que
de riz cuit dans le lait. Très attaché à
94 FLO
sa famille, il n'omit aucun moyeu pour
s'agraudir. Tous ses parents furent
avantageusement placés , soit dans la
diplomatie, soit dans les secretaireries
d'état, soit dans l'église. Un seul, par-
mi eux , refusa tous ses dons j ce fut
son père. Etant devenu veuf, il s*élail
consacré à l'état ecclésiastique. Ce fils ,
qu'il aimait tendrement , l'avait en
vain sollicité d'accepter un évêché et
de riches prébendes ; il vivait , dans
une honnête médiocrité, des revenus
d'un modique bénéfice. Tant que
Charles III vécut, Florida-Blanca jouit
de toute sa faveur. La mort du roi fat
le terme de la puissance du njinistre.
Ses ennemis furent alors écoulés , et
il fut rélégué , en 1 792 , dans la pro-
vince de Murcie. Florida-Blanca avait
marqué son opposition aux principes
de la révolution Irançaise , et ccia ne
fit qu'augmenter le nombre de ses ad-
versaires. H paraît que les manœuvres
«iu gouvernement français d'alors, à
la cour de Madrid , furent une des
principales causes de sa disgrâce; et
l'on assure même qu'un chirurgien
français avait tenté de l'assassiner ;
mais heureusement les blessures qu'il
lui fit ne se trouvèrent pas mortelles.
Quoique loin de la cour, ses ennemis
le persécutaient encore; ils parvinrent
à le faire enfermer dans la citadelle
de Pampelune, d'où il sortit quelques
mois après pour se retirer dans ses
terres situées près de h ville de Lorca.
Il n'en sortit qu'en 1 808 , lors de Tin-
vasiou de l'Espagne, pour présider
aux corlès, fonction «i laquelle il fut
appelé par le vœu de la nation. Mais
après un si long exil, il jouit fort peu
de cette satisfaction, et mourut à Sé-
ville, le 20 novembre 1 808 ,àgéde près
de 80 ans. Florida-Blanca ne s'était ja-
mais marié. Ses mœius furent toujours
pures, son cœur humain , son carac-
tère égal. Quoiqu'il fût jaloux de son
FLO
autorité, on ne voit cependant que les
grands qui pussent lui reprocher quel-
ques injustices. Infatigable dans le tra-
vail , la seule distraction qu'il se per-
mît, était d'assister tous les soirs, avec
quelques amis de son choix , au con-
cert qu'exécutait, chez lui, l'orchestre
du roi. Son esprit était pénétrant , son
instruction étendue , et il sut faire ou-
blier quelques défauts par des talents
peu ordinaires et des qualités éminen-
tes. Florida-Blanca a laissé plusieurs
petits traités touchant quelques points
relatifs à la jurisprudence : 1. Kespues-
ta fiscal sobre la libre disposicion ,
patronato y proleccion immediala
de S. M. en los bienes ocupados à /os
Jesuitas , Madrid y 1768. W.Juicio
imparcial sobre las letras en forma
de brève puhlicadas por la curia
Bomana , en que se intenta disputar
al sehor infante de Parma la so~
beranïa temporal, ibid. 1 7G8, 1 769 ,
etc. B — s.
FLORIDE ( Le marquis de la ) ,
officier supérieur dans les armées es-
pagnoles , naquit à Madrid vers l'an
1646, et se distingua par ses talents
militaires et par sa bravoure sous les
règnes de Charles 11 et de Phi-
lippe V. Il était surtout très expéri-
menté dans la défense des places
fortes, ainsi qu'il le prouva dans les
guerres de Flandre, où l'Espagne eut
à lutter contre toute la puissance de
Louis XIV. La maison de Bourbon
ayant été appelée au tronc d'Espa-
gne par le testament de Charles 11,
le marquis de la Floride suivit le
parti du duc d'Anjou, donna tou-
jours de nouvelles preuves de bra-
voure, et notamment lorsqu'il com-
mandait en 1706 dans la citadelle
de Milan assiégée par le prince Eu-
gène. Ce fameux général le menaçant
de ne lui faire point de quartier s'il
ne rendait la place dans vingt-quatre
FLO
heures ; « Je ne déshonorerai pas ,
» dit le vieux f:;uerner, par une lâ-
» cheté la fin de ma carrière; j'ai de-
» fendu vingt-quatre places pour les
» rois d'Espagne , mes maîtres , et
» j'ai envie de me faire tuer sur la
» brèche de la vingt -cinquième. »
Une re'ponse aussi intrépide de la
part d'un homme dont on connais-
sait le cournge et riiiflexibilite dans
ses résolutions, fit renoncer au pro-
jet de donner l'assaut à la citadelle.
Le marquis de la Floride, après avoir
commande sous les ordres du duc de
Vendôme à la célèbre bataille d'Al-
manza , donnée en 1710, mourut dans
un âge assez avancé , l'an 1 7 1 4«
B— s.
FLORIDOR (JoMAs de Soulas,
sieur de Prinefosse, dit), comédien
fra!:çais , né dans la Brie en 1608,,
était d'une famille noble. Son bi-
saïeul, Yictoriu de Soulas, capi-
taine d'une compagnie de chevau-
légers allemands , avait été page de
l'amiral Coligni , et avait péri avec
cet homme célèbre dans le massacre
de la Saint-Barthelemy. Josias , élevé
dans la religion catholique , lit d'as-
sez bonnes études , et embrassa
d'abord la profession des armes. La
compagnie du régiment de Ram-
bure , dans laquelle il servait, ayant
été réformée, il se décida à jouer la
comédie j et, suivant l'usage des ac-
teurs, qui croyaient tous devoir pren-
dre des noms de fantaisie, il se fit
appeler Fioridor. Après avoir essayé
son talent en province , dans diffé-
rentes villes, et à Paris dans la troupe
du Marais, il débuta au théâtre de
l'hôtel de Bourgogne , où il fut reçu
eu 1643. Cet acteur jouait les pre-
miers rôles dans le tragique et dans
la haute comédie. Doué d'une belle
représentation , d'une vois mâle,
touchante et flexible j il joignait à ces
FLO 95
avantages physiques , de Tesprit , de
l'aisance et ce qu'on appelait alors de
belles manières. Son talent était plus
naturel que profond; mais il décla*
mait avec beaucoup de grâces , de
dignité et de sentiment. Fioridor était
singulièrement aimé du public. On
était si accoutumé à le voir repré-
senter des héros vertueux et inléres-
iants, qu'il nuisit involontairement au
succès de la tragédie de Brilannicus
en se chargeant du personnage dô
Néron. Il était trop pénible pour les
spectateurs de voir en lui un monstre
odieux : l'illusion ne put s'établir, et
la pièce ne se releva complètement
qu'après que Fioridor eut cédé son
rôle de tyran à un autre acteur. Fio-
ridor. prenait dans le monde la quali-
fication d'écuyer. C'était à une époque
oii îe gouvernement voulait sévir avec
rigueur contre les faux nobles. Un
arrêt du conseil du 1 o septembre 1 668
lui ayant accordé à cette occasion un
délai d'un an pour produire ses ti-
tres , on en conclut que l'intention de
Louis XIV avait été de montrer par
cet acte qu'un gentilhomme ne déro-
geait pas en prenant Télat de comé-
dien. Mais Léris, l'abbé de Fontenay
et le chevalier de Mouhy s'expriment
d'une manière trop affirmative quand
ils disent : « Ce fut à son occasion
» que le roi rendit un arrêt qui dé-
» clare que la profession de comé-
» dien n'est pas incompatible avec la
» qualité de gentilhomme. » Aucune
déclaration de ce genre ne se trouve
dans l'arrêt dont il s'agit , et il est évi-
dent que ces écrivains se sont permis
d'aider à la lettre. Vers la fin de l'an-
née 167 1 , cet acteur étant tombé m >
lade se retira du théâtre, et mourut
peu de temps après. Sa femme,
Marguerite Valore, c'ait avec lui co-
médienne à l'hôtel de Bourgogne. Il
ne paraît pas qu elle se soit jamais
î)6 F L 0
élevée au dessus des actrices me'dlo-
cres. F. P — t*
FLORIDUS (François), habile
grammairien italien , naquit au com-
mencement du I6^ siècle, à Doda-
neo , bourg de la province de Sabine ,
d*oii il a été' surnomme' Sabinus. Il
enseigna, pendant quelques années, les
langues grecque et latine à Bologne,
avec un grand concours d'auditeurs.
11 vint ensuite en France, à la prière
de François \". , qui lui fît un accueil
digne de ses talents , et lui assigna une
pension considérable. Sa reconnais-
sance pour les bienfaits du monarque
rengagea à entreprendre la traduction
de l'Odyssée en vers latins , et il en fît
imprimer les huit premiers livres qui
curent beaucoup de succès. Floridus
mourut en i547 ? ^'^ on a des raisons
de croire que ce fut à Paris. On a de
lui : I. Apolo^ia in Plauti aliorum-
que po'étarum et linguœ lalinœ ca-
lumniatores ; accessit libellus de le-
gum commentatoribuSf Lyon, i537,
in-4''. Cette apologie de la langue la-
tine est très estimée. Le traité sur les
commentateurs brouilla Floridus avec
le célèbre Alciat, qui n'y est pas mé-
nagé. Pour se venger, Alciat fit contre
lui son I63^ emblème, au titre du-
quel il le désigna par les noms de
Franciscus Olidus, Y oyez ^ sur cet
emblème, les notes de Cl. Minos,
édition de Lyon , 1 6 1 4 , in-8''. , où il
est intitulé Indetractores. H. Lectio-
juim subcesivarum libri très, Bolo-
gne, iSSij, in-4°.; elles ont été insé-
rées dans le i*\ vol. du Thésaurus
crilicus de Gruler. Floridus y prit la
défense d'Erasme contre Dolet, ce qui
engagea entre eux une guerre littéraire
que termina l'ouvrage suivant : III.
Adversùs Stephani Doleti calum-
jiias liber, Rome, 1 54 1 , in-4 "• IV. De
Juin Cœsaris prœstantid libri ires,
imprimé avec les ouvrages indiqués
FLO
sous les deux premiers numéros, Bain y
i54o, in-fol.; il a été trad. en alle-
mand par Henri d'Eppendorf. V. ffo-
meri Odfsseœ libri octo priores lati-
nis versibus redditi, Paris, i545,
in-4". On regrette que cette traduc-
tion n'ait pas été terminée. Floridus
a aussi traduit en latin l'hymne à
Diane , dans l'édition grecque de Gal-
limaque, Paris, i549, in^**-
W— -s.
FLORIDUS. F. Fleury ( Julien ).
FLORIEN ( Marcus - Antonius-
Florianus ) fut un empereur de deux
mois qui, étant frère utérin de l'empe-
reur Tacite, crut qu'il était appelé de
droit à lui succéder. Ses talents étaient
médiocres ; aussi le sénat, qui était libre
alors, lui refusa le consulat que l'em-
pereur demandait pour lui. 11 fut fait
préfet du prétoire. Vers l'an 1027 de
Rome, il commanda une armée en
Asie, et eut des succès contre les
Goths, qui s'étaient répandus dans
cette partie de l'empire. Tacite ayant
péri par une conspiration, Florien se
fit proclamer son successeur par l'ar-
mée qu'il commandait. De leur coté,
les légions d'Orient, qui obéissaient à
Probus , que Tacite leur avait donne
pour chef, proclamèrent celui-ci Au-
guste. Florien était reconnu par Rome
et par l'Occident: il marcha contre son
rival, et s'avança jusqu'à Tarse enCili-
cie. Ses troupes ayant essuyé un échec
fiu'ent portées à l'abandonner. Ce qui
le perdit fut la comparaison qu'elles
firent de lui avec Probus. Florien fut
tué par ses soldats, l'an de J.-C. 276.
Q— R— Y.
FLORINUS (Henri), pasteur et
recteur d'une école àTawastehus en
Finlande, et ensuite archidiacre à Pe-
mar. Il vécut dans le 17^. siècle, et
publia Epitome iheologice, i G67; No'
menclatura latino-suetico Finnicaf
1678; rn-S*^. ffyperaspistss , seu
FLO
lefensor verltatis adversùs errores
Joh. flesen, iCigi» «""4 • ï! donna
cniK-;<i (Mie édition deia Bible en finnois,
Tuvn^.», i685, in 4'\ C — au.
FLOKIO (François), romancier,
Ke a Florence dans le i 5'. siècle. J.
H. Liiih prétend que ce personnage
est suppose, et il se fonde sur ce que
les deux historiens des littérateurs de
Fiorence n'en ont £a'û aucune men-
tion. Celte preuve ne paraîtra pas con-
vaincante à ceux qui savent avec quelle
né^lig: lice l'histoire littéraire a été trai-
tée pendant long-t^inps. Les circons-
tances de la vie de Florio ne sont pas
connues; raai< on conjecture, d'après
Ja souscription de son ouvrage, qu'il
était otldché, peut-êtreen quilité de se-
crétaire, à l'archevêque de'fours, puis-
que c'est dans ta maison de ce prélat
qu'il mit la dernière main à son tra-
vail. Cet ouvrage est intitulé : De amo-
re Camilli et Mmilice Aretinorum
liber. On lit à la fin : fAhor edilus in
divno domini Guillermi archiepis-
copi Turonensis , pridie kalendas
januarii, anno Domini *4^7. Celte
date, jointe au mot ed:tus, persuada
à MaiUaiie que les bibliographes s'é-
taient trompés en fixant à i^'jo l'in-
troductiun de l'unprimerie eu Fr.uicej
mais f.amounoye commença à lui ins-
pirer quelques doutes, en lui annon-
çant deux éditions de cet ouvrage avec
la même date. Foncem .gne prouva
ensuite, dansuuedisseitittion {Me'm.
de V Acad. des Inscript., t. f'il)^
qu'il u'avair pu êîre iraprituc en \ 467*
mais ce ii'c'^r que dans ces d'rnier.s
temps qu'on a découvert qu'il l'a été
pour la première fois a P.jri> , par
Pierre Cae^aris et J. Stol, vers T/J75.
Ce roman, auquel on doit trouver
joint ceiui de Léoiiard Bruni d'Arpzzo,
De dnobus amanlibus in laiinum ex
Boccrdo irarislai.^ esf un in-4". goth.
de 4» ieuillcts. Ce n'est qu'une imi-
XV.
FLO 97
tatîon des amours de Lucrèce et d'Eu-
ryale, par ^Eneas Sylvius; mais le
style en est inférieur à celui du mo-
dèle. On connaît encore de Florio:
Epistola ad Jacubum Tarlatum de
commendalione urhis Turonensis.
Celte lettre, citée par Jean Maan dans
son Histoire des archevêques de
Tours ,se trouvait dans la Bibl. du
président Mcnard ; mais on ignore oii
est passé le manuscrit et s'il en existe
des Cw'pies. W — s.
FLOBIO (Jean), dit le Résolu,
naquit à Londres , sous le règne
d'Henri VllL Ses parents, qui étaient
it^iens et protestants, avaient fui de
la Yaiteline en Anglelerrej et à l'avé-
nemcnt de la reine Marie au trône,
ils furent ob.igés d'aller chercher de
nouveau un asile contre l'inloléiance
religieuse. Ce fut, à ce qu'il paraît, eu
France , que le jeune Florio reçut sa
première édui^atioU. Oe retour ea
Angleterre, lors du rétablissement du
protestantisme par Elisabeth , il vint
résider a Oxfo» d , ©ù il enseigna dans
l'université les langues française et
italienne, et lut agrégé cà un collège.
Lorsque J.icqucs eut monté sur le
trône, Florio fut choisi comme pro-
fesseur de ces langues auprès du
prince Henri , et attaché au service de
la maison du roi. Il fut aussi institu-
teur et secrétaire du cabinet de la reine
Anne, il mourut de la pe.te en i6^5,
âgé d'environ quatre-vingts ans. On a
de lui, entre autres onvr. grs : L Pre-
miers fruits ^ d^où l*on peut tirer des
discours familiers , de joyeux pro-
verbes , des mots piquants , et des
maximes prtciemes ^ ^578, in-4"«7
et ' 5()i, in-8'. IL Introduction par^
faite aux langues italienne et an"
gloise, imprimée avec l'ouvrage précé-
dent, m. Seconds fruits à recueillir
de douze arbres de ^oûts différents,
mais délicieux au palais des Ita-
93 FLO
liens comme des An^îois ; sums du
Jardin de récréation , cojitenanl six
mille proverbes italiens^ ^ ^9 ^ in-8 '.
IV. Dictionnaire italien et anglois ,
1397, in -fui., reirapriraé en 161 1 ,
iu-fol., avec des addilious, sous le litre
de Nouveau Monde des Mondes de
la reine Anne. Cotait alors i'onvragc
Je plus complet que l'on possédât en
ce genre. Après la mort de l'auteur,
ii en fut fait, en lôSg, une e'ditioii
iioavcllc , revue , corrigée et considé-
rablement augmentée, d'après le dic-
tionnaire de la Crusca, par Gio Tor-
riano, professeur d'italien à Londres.
Y. Les Essais de Montaigne, traduits
en anglais, i6o5, i6i3, l652, iu-
fol. Fiorioefait un homme plein d'ac-
livile'; il avnit pris lui-même le sur-
nom de Résolu. On peut voir, par les
litres seuls de ses ouvrages, qu'il ne
manquait point de pédanterie et d'af-
fectation dans l'espril. Il avût épouse
la sœur du poète et historiographe
Samuel Daniel. X — s.
FLORTO ( Daniel , comte) , poète,
naquit à Udine, en 17 10, d'une fa-
mille ancienne et distinguée. Après
avoir fait ses premières éludes au col-
lège de wtte ville , il se rendit à Pa-
doue, 011 il suivit pendant plusieurs
années les leçons des professeurs de
Tuniversitc. De retour à Udine, il s'ap-
pliqua à la culture des lettres avec tant
deSMCccs , que son nom fut bientôt ré-
pandu dans toute l'Italie. Il réussis-
sait particulièrement dans la compo-
sition de ces petites pièces que font
naître les événements publics. Il s'é-
tait exerce aussi dans le genre lyri-
que, et Métastase parle avec éloge
de ses cantates. Le comte Florio par-
vint à un âge avancé, et mourut dans
sa patrie en 17B9. Il avait recueilli
lui-même ses différentes ])roductions
poétiques sous ce titre : Poésie varie,
fc'
dinc,
n
i vol.
oincs
FLO
de vignettes gravées avec goût. Ot^
trouve dans les ouvrages de Florio dea
images agréables, et des pensées déli-
cates exprimées avec autant de naturel
que de facilité. W — s.
FLORÏOT (Pierre), prêtre du
diocèse de Lanp;res et confesseur des
religieuses de Porl-Royal-des-Champs,
ecclésiaslique pieux , humble et vivant
dans la pratique de la pénitence et
des vertus chrétiennes , naquit en
1 604. Il étudia avec soin TEcriture et
les Pères, les médita, et s'appliqua à
en extraire ce qui concerne la morale
chrétienne de laquelle il se pénétra à
fond. Il demeurait dans sa jeunesse
au jardin du Roi , chez Bouvard ,
premier médecin du Roi, sans qu'on
ait appris à quel titre ni ce qu'il y fai-
sait ; mais on sait que les solitaires
de Port-Royal ayant établi aux Gran-
ges , près de celle abbaye , une école
où Ton devait élever les enfants dans les
lettres et la piélé , sous leur surveil-
lance , Floriot leur parut propre à
seconder leurs soins, et devint préfet
de celle école. Il entra ensuife dans le
ministère sacré. Il était en 1647 curé
de Lays , dans le Hurepoix, près les
Vaux de Cernay. 11 retourna sans
doute à Port Royal-des-Charaps, oii ii
prit la direction des religieuses. Flo-
riot s'est rendu recommandable, non
seulement par sa piété et la sainteté
de sa vie , mais encore par de bons et
pieux ouvrages. Il mourut à Paris le
1*"'. décembre 1691 , âgé de 87 ans.
On a de lui : I. La Morale du Pater,
Rouen, 1672, in-4".; réimprimée à
Paris, en 107(3, même format, sous
ce titre : La Morale chrétienne rap"
portée aux instructions que Jésus^
Christ nous a données dans V Orai-
son dominicale ; il y en a eu plusieurs
éditions, entre autres, une à Rouen,
en 1741,5 vol in- 1^4. Ce livre, muni
d'approbations respectables , el qu'on
peut reçjnrdcr « comme VJhrégé de
tout C Evangile , est un fidèle rac-
courci <ie tout ce que les Saints-Pères
de l'Ei^lise nous ont l.iisse de plus ex-
cellent sur le sujet de la religion et de
la morale clirëlienne. » C'est le juge-
ment qu'en portait M. de Busanval ,
eVèque de Beauvais , et qui se trouve
confirme par celui du cardinal Bona,
qui faisait grand cas de cet ouvrage,
belon lui , il n'y en a point de plus
propre à exciter ou à nourrir l'esprit
de pietc dans l'ame des fidèles. L'aus-
tère abbé de Rance' y trouva néanmoins
à blâmer. Dans une visite que lui firent
Mm. Arnauld et Nicole, la conversa-
tion étant tombée sur ce livre , l'abbé
de Raucé témoigna « qu'd ne pouvait
approuver ce que l'auteur y disait,
qu'un religieux devait par le conseil
et avec la permission de son supérieur,
quitter pour quelque temps son moisas-
tcre, sans pourtant quitter les devoirs
de la règle autant qu'il est possible ,
pour procurer à son père le soulage-
ment de la nourriture nécessaire, si
la caducité de son âge ou quelque in-
firmité naturelle l'avait réduit à l'im-
puissance de vivre du travail de ses
mains. » Il faut que MM. Arnauld et
^'icole n'aient point été de l'avis de
l'jbbé de Rancé; car quelque temps
après , cet abbé écrivit à M. Nicole pour
justifier son sentiment. Cette lettre
ayant été communiquée à Floriot, il y
I répondit. La correspondance continua
et donna lieu à un volume in- 1 a, im-
primé à Rouen en iG45, sous le titre
de Recueil de pièces concernant la
Morale chrédennc sur l'Oraison
dominicale. Les deux contendanls de-
meurèrent vraisemblablement chacun
avec leur opinion , le sévère réforma-
teur de la Trape ne voyant que la rè-
gle qu'd croyait ne devoir j.imais flé-
cbir, et Floriot que la charité et le
«ommandcracnt q^ui prescrit le respect
FLO t)9
des parents , le soulagement de leurs
besoins et le soin de leur vieillesse ,
auquel il pensait que devait céder ,
quelque admirable qu'elle soit, la per-
fection des conseils évangéliques. Le
livre de Floriot , sortant de l'école
de Port-Royal , a essuyé quelques at-
taques de la part du parti opposé:
on lui a aussi reproclié un peu de
prolixité; elle paraît excusable, si on
songe que c'était le fruit des exhorta-
tions faites par Floriot à Port-Royal ,
même aux domestiques , et que n'étant
pas moins destine à l'instruction des
âmes simples qu'à celle des personnes
éclairées, il y était be:îOin de dévelop-
pement. 11 a conservé justemeiil la
réputation d'un livre utile et édifiant.
IL Homélies morales sur les Evan-
giles de tous les Dimanches de
Vannée et sur les principales féus
de Notre Seigneur Jésus- Christ , et
delà Sainte- P'ierge , Paris f '^77?
i()8i et 1688, in-8"'.Daus cette der-
nière édition se trouvent des change-
ments et l'augmentation de quelques
homélies. On a prétendu faussement
que c'était une répétition de ce qui se
trouvait dans la Morale du Pater.
I IL Traité de la Ma se de paroisse ,
oit l'on découvre les grands mys-
tères cachés sous le voile de la.
Messe publique et solennelle , Paris,
1679, i"'B'' On attribue à Floriot
un écrit sur les Paroles de la Consé-
cration. L- Y.
FLORÏS ( Pierre- WiLLTAMsoN ),
voyageur, était natif de Dantzig. H fit
pendant long-temps, avec les Hollan-
dais , le commerce des Indes-Orien-
tales ; et son expérience engagea les
intéresses de la compagnie anglaise
à l'attacher à leur service. Après avoir
conclu son engagement avec eux , il
s'embarqua le 5 janvier 1610 (V. S.),
sur le navire le Globe , eu qualité de
premier marchand : il arriva le si 1
7-
Ift
lôo FLO
mai à Ia baie de Saldauha , où il avait
ordre de chercher le ginsong, et y
trouva dtux vaisseaux hullcindais q.ii
étaient aussi venus pour y prendre
celte plante. Floris eut be lucoup de
peine à la découvrir , parce que ses
feuilles ne fusaient que de pousser.
Le 9 août il était devant Paliacale. Les
Hollandais renipêchèrent de commer-
cer dans ce lieu : il fut plus heureux à
Pétapoli et à Masulipatnam. Les trou-
bles qui suivirent la mort du roi lui
firent quitter cette ville en 1612.Il
alla à Bantam, puis à Patane, obtint
la pernussiou de s*y établir et d'y bâtir
un magasin, et envoya le Globe trafi-
quer à Siam. Il eut pendant son séjour
l'occasion de sauver la reine et les ha-
bitants des furcuis d'une troupe de
révoltés. Le 24 octobre 161 5, il partit
de cette ville, et arriva en décembre à
Masulipatnam. Il y vendit ses mar-
chandises avec profit. Divers princes
voisins lui firent des offres avanta-
geuses : il les refusa, parce qu'il se
défiait de leurs intentions; et ce ne
l'ut pas sans raison , car il eut souvent
beaucoup de peine à se faire payer de
ce qu'on lui devait. Le gouverneur de
Masulipatnam, entre autres, remettait
de jour en jour à s'acquitter de ses
dettes ; et ce délai qui retardait le dé-
part des Anglais leur causait un pré-
judice notable. Floris prit en consé-
quence la résolution d'enlever le gou-
verneur ou son fils. Il réussit à s'em-
parer de ce dernier j et malgré les
vbstacles qu'il rencontra , il l'emmena
à bord d'un vaisseau anglais, â la
vue de trois mille habitants du pays.
Il fit en même temps déclarer au gou-
verneur qu'il ferait pendre son fils à
la grande vergue du bâtiment, si le
seul Anglais qu'il avait été obligé de
laisser à terre recevait la moindre in-
jure. Le gouverneur n'obtint son fils
qi\'^ payant ses dettes et celles des
FLO
habitants de la ville dont Floris n'avair
pu rien tirer. Celui-ci arrivi à Bant <m
le 5 janvier 161 5; et après y avoir
réglé ce qui concernait le commerce
des Aunlais , il ei» jiartit le 11 février:
le i*"". juin il relâcha à l'île Sainte-Hé-
lène, en»ra en automne dans le port
de Londres, et mourut deux mois
après son retour. La relation de Floris
est très estimée, parce qu'elle confient
des particularités intéressantes sur
ses transactions, sur la navigation en
général , et sur les événements qui se
sont passés dans les pays qu'il a visi-
tes. Elle était orij^inaireineiit écrite en
holl aid lis. Purchas en a inséré une
traduction abrégée dans le lom? 1 de
son recueil : cette version a été tra-
duite en français par Thévenot ,
tome 1 de sa Collection ; il y a fait
beaucoup de retranchements. Prévost a
publié aussi le voyaç;e de Floris dans
son Histoire des Voyages, ail ac-
» cuse, dit Camus , la traduction de
» Thévenot d'être imparfaite; la sienne
» ne me paraît pas non pbis com-
» plète. » Ce savant a raison de s'ex-
primer ainsi; car en lisant av(C at-
tention le Voyage de Floris tel qu'il
se trouve tome IX, p. 56 de l'édiuon
in-4'*., on voit que c'est, à de lé;j;ères
diirércnccsprès,le même que celui qui
a été donné par Thévenot, et peut-
être est-il plus abrégé dans quelques
passages. Prévost fait précéder ce
Voyage du préambule suivant: « Ce
» voyageur, oublié par les auteurs
» anglais ( de \' Histoire des Foyages\
» avait le même droit qu'un grand
» nombre d'autres marchands de trou-
» ver place dans les premières par-
» ties de ce recueil.» Cependant on
trouve, tome II, p- 98, de l'édition
de Prévost : Journal de Peter ÏVil-
liamson Floris , premier fadeur du
capitaine liippon. Cette relation qui
est aussi tirée de Purchas , est, pour le
FLO
fond , la même que celle du tome IX ;
seulement elle est plus détaillée, car
el'e contient seize pages, et l'autre n'en
a que sept. On ne conçoit pas l'excès
d'iuadvrrtauce qui a pu faire insérer
deux fois la même relation ; et il est
encore bi( n plus surprenant qu'un
homme aussi exact ( t aussi soigneux
qui l'était Cmnis, n'nit pas remarqué
une singularité si facile à apercevoir.
E— s.
FLORIS (Fra^jçgis), dit Franc-
Flore ou Franc-Floris , peintre d'his-
Uire, né à Anvers en i52o, fut sur-
nommé par quelques-uns le Raphaël
de la Flandre, cl par d'autres {'In-
comparable. Son nom de famille était
de P'riendt. Cet artiste, fils d'un tail-
leur de pierre, prit le goût et acquit
les premières connaissances du dessin
chez un de ses oncles (Claude Floris),
sculpteur, qui l'employait à ciseler des
figures s«lf des tables de cuivre desti-
nées à l'ornement des tombeaux. Il
alla ensuite étudier la peinture à Liège,
chez Lambert Lombard, dont les ou-
vrages avaient, à cette époque, quel-
que réputation. Le maître fut surpassé
par l'é'ève; et celui-ci revint à An-
vers, où il établit une école qui attira
une fouie de jeunes gens. Une fois au-
dessus du besoin, il partit pour l'Ita-
lie, dont il parcourut les principales
villes. Ce fut à Rome qu'il se perfec-
tionna dans la connaissance de l'anti-
que, trop négligée jusqu'alors par ses
eomp<4triotes : l'étude particulière qu'il
fit des beaux ouvrages de Michel-Ange,
contribua surtout à rectifier, jusqu'à un
certain point, ce que son dessin avait
de défectueux. On aurait tort de croire
cependant qu'il parvint àégaler pour la
^râce et la purrié des formes , h s maî-
tres des écoles florentine et romaine;
il n'eut que le mérite d'en approcher
d'un p( u loin. A l'époque où les Fla-
mands l'appelaient leur Raphaël ^ ils
FLO
ÎOt
ne comptaient encore parmi eux qu'iin
petit nombre de bons peintres , et ils
n'ont jugé de lui, sans doute, que par
comparaison avec Jean de Bruges, ou
avec le Maréchal d'Anvers ( Quintin
Metsis), auxquels il était, en effet, très-
supérieur sous le rapport du style et
du choix des formes. Du reste, quoi-
qu'il eût une grande manière , son co-
loris manquait de ton dans les carna-
tions , et les contours de ses figures
étaient un peu trop sèchement arrêtés
Son séjour en Italie ne servit pas seu-'
lement à lui faire connaître ce qu'il jr
avait d'admirable dans cette terre clas-
sique des beaux-arts ; il cultiva à Rome
les sciences et les lettres , et il eut bien-
tôt orné son esprit au point de pouvoir
être considéré comme un des hommes
qui brillaient le plus dans la conver-
sation. Aussi, lorsqu'il revint dans sa
patrie , fut-il recherché avec empres-^
sèment et combié de faveurs par tous
les personnages illustres des Pays Bas.
Sa fortune s'éleva en peu temps à plus
de mille florins de rente : mais il eût
mieux valu pour lui qu'elle n'eût pas
pris un accroissement si rapide; il n'eut
peut-être pas contracté l'habitude des
folles dépenses, et son intempérance
ne l'eût pas précipité dans une extrême
misère , à l'âge où l'on est le moins en
état de supporter les privations. On
raconte qu'il se glorifiait d'être le plus
intrépide buveur de son temps, et
que , pour en soutenir la réputation ,
il avait gagné les gageures les plus
extravagantes. Il peignait avec une fa-
cilité rare; et les fumées du vin lui
donnaient quelquefois une telle har-
diesse d'exécution , qu'il en était lui-
même tout siu^pris lorsqu'il revoyait
de sang-froid son ouvrage. Mais ce
qui lui avait réussi d'abord, finit par
lui faire perdre une partie de son ha-
bileté; il le sentit si bien, au lit de la
mort , qu'en disant adieu à ses fils et
ïoî FLO
à ses élèves , il leur recommanda ex-
pressément de ne pas suivre son cxera-
.ple. Lorsque Charles-Quint fit sou en-
trée à Anvers, Franc- Floris eut la di-
rection des arcs de triomphe ëlcves en
riionneur de ce monarque. On rap-
porte à cette occasion, comme une
preuve de sa prodigieuse facilite, qu'il
peignit tous les jours sept figures en
sept heures de temps, cl que, quoi-
qu'il les eût faites pour élre vues de
loin, elles e'tnient traite'es avec assez
de soin et de détails pour mériter d'être
considérées de près avec attention.
Franc -Floris fut chargé des mêmes
travaux, et s'en acquitta avec le même
succès, lorsque Philippe II vint, à
l'exemple de Charles , recevoir l'hom-
jnagedes Anversois.On remarque qu'il
ornait presque toujours ses composi-
tions de divers morceaux d'antiquités
qu'il avait dessinés en Italie, et qui
produisaient un heureux effet. La plu-
part de ses ouvrages, notamment ses
jheaux Arcs de triomphe, et ses douze
Travaux d'Hercule , ont été gravés
par d'habiles artistes. On voit de ses
productions en Flandre, en Hollande,
en Espagne, et dans le Muséum de
Paris , où son tableau du Jugement
dernier fixe les regards de la multi-
tude. Ses dessins sont rares et estimés.
Franc-Floris mourut en 1 570. Il avait
cté reçu avec distinction dans la com-
pagnie des maîtres peintres d'Anvers
dès l'année iSSp, c'est-à-dire avant
qu'd eût atteint l'âge de 20 ans. Peu
d'artistes comptèrent dans leur atelier
un aussi grand nombre d'élèves j il
en avait plus de 120, parmi lesquels
étaient ses deux fils , dont l'un , Fran-
çois Floris, a particulièrement réussi
dans les tableaux de petite proportion,
F. P— T.
FLORUS (Lucius Anpweus Ju-
jLius), historien latin, nous a trans-
pis eu lY livres , sous Je titre d'jE"-
FLO
pîiomey les principaux événementj
de l'histoire romaine depuis Romulus
jusqu'à Auguste. Cet abrégé l'a placé
au rang des historiens distingués.
L'opinion la plus accréditée suj)pose
que Florus était Espagnol et de la
famille des Sénèque; cependant les
auteurs de l'Histoire littéraire de la
France ont réclamé Florus comme
Gaulois. Quelques-uns prétendent qu'il
descendait de Julius Florus , contem-
porain de Tibère. Florus, dans \a pré-
face de son Epitome , nous apprend
qu'il écrivait deux cents ans après
Auguste; on ne peut concilier cette
date avec l'opinion commune qui place
Florus sous le règne de Ti ajan et d'A-
drien , qu'en suj^posant une altération
assez vraisemblable dans le texte ac-
tuel de cet ouvrage. Spartien rap-
porte quelques vers impromptu d'un
Florus, favori de l'empereur Adrien.
Il nous reste, sous le même nom , un
poème De Qualitate vitœ , publié
pour la première fois par Pierre Pir
thou , qui lui donna le titre de Flo^
rides j une épigrammesur les Roses,
qu'il ne f;iut pas confondre avec une
petite pièce d'Ausone sur le même
sujet; et le Pervigilium Feneris,
que Scriverius donne formellement
à Florus l'historien. On Kii alfiibue
encore quelques autres morceaux
de poésie qu'une saine critique a jugés
indignes de sa plume. Quant aux Epi-
tome de Tite-Live, long- temps attri-
bués à Florus, il paraît certain qu'ils
ne sont pas de lui. On a prétendu
que l'histoire de Florus n'était qu'un
simple abrégé de celle de Tite-
Live; nous pensons avec Fabricius^
Juste Lipse, Ponfanus et d'autres sa-
vants, qu'on s'est trompé à cet égard.
On ne l'a pas accusé du moins d'avoir
modelé son style sur celui de ses pré-
décesseurs; mais ou lui reproche avec;
^udcjue fûjidcmcnt d'avoir subbUli^^^
FLO
Souvent à la c;ravité et à la pompe la»
tincs la manière briHanle et l'enflure
des Espagnols. C'est peut-être le juger
Irop légèrement que de prétendre,
comme certains critiques, que son
style dégénère en puérilité. Des sa-
vants modernes en ont parlé avec plus
d'indulgence. Voici à peu près en
quels termes l'un d'eus s'est e:sprimé :
« Il est difficile de lire quelque
» cliose de plus agréable que ce
t> charmant ouvrage. C'est un vérita-
V blc tableau d'Apelle. Tout y est
D d'une élégance el d'une composition
» admirables. Je m*étonne d'y rcn-
» contrer partout autant de finesse
» et de concision, et que, dans uu
» cadre aussi étroit , le plus grand
» intérêt se trouve toujours uni à la
» plus grande variété. » On pourrait
établir un parailcle entre le style de
Florus et celui de S. Augustin; mais,
laissant ces considérations aux rlié-
t<;urs , nous allons passer à l'examen
de Florus comme historien. Les criti-
ques n'ont point mis en doute son
exactitude; mais on observe que le
ton de panégyrique se fait trop géné-
ralement sentir dans son histoire. Sa
liariatiou, chargée de fleurs, est trop
souvent dépourvue de critique. Cepen-
dant il s'écarte rarement de Dcnys-
d'Halicarnasseeldes autres historiens:
lorsqu'il le fait, il ne justifie point les
raisons qui l'y portent. Malgré ses
déiauls. comme écrivain, et le repro-
che qu'on peut lui adresser comme
historien, Florus est lu généralemenî^
avec beaucoup d'intérêt. On peut con-
sidérer son ouvrage comme une sorte
d'introduction. à l'Histoire de la répu-
1^1 que romaine. Les guerres et les
victoijes. du. peuple romain jusqu'à
l'entière extinction des troubles inté-
rieurs de la république, y sont rrtra-
céts dans une narration rapide. Son
\;yrfi est leilcmcut divise , que cliac^uâ
FLO io5
objet y présente , pour ainsi dire , un
corps entier. Parmi les nombreuses
éditions de Florus, dont quatre , sans
date, paraissent être des années 1470-
i4']2 , on cite surtout les suivantes :
celle de Vienne, i5i4, i»-4"'» ^""^
annotationihiis el indice Joann.
Cnmertis ; celle des Aide, Venise,
i5iy,in8''.; \yi\ (avec le Polybe
traduit par Perroti). Florus.,. Cl. Sal-
masius addidit L» Ampelium non-
dum antehdc editum, Leyde, Ëlze-
vier, i658, petit in-12. Id., 1648,
revu par Blanchard. — !n uswn
Delphini^ Paris, 1 674 > ^^'^^ '^s com-
mentaires de Mad. Dacier, 1 726, iu-
4". Id., réimprimé à Londres el à
Amsterdam , in-S". -^ Ex recensio-
ne Grœvii cum L, AmpeliOy in-S**. ,
Utrecht , ji 6S0; Amsterdam , 1 702.
/</., Leipzig, 1760. avec une bonne
préCice de J. Frid. Fischer : celle édi-
tion fait partie des Fariorum; cepcn-
dantrédiliondeDuker, r 72'i et i 744*
in-8\ , est préférable {F. Çh. A. ï)v
ker). Maittairc en a donné une autre^
Londres ,1715, in-i 2 ; î^cyde, i 722,
iH-8°. Los traductionsde Florus sonlen
grand nombre et dans presque toutesL
les langues. La plus remarquable, sous
le rapport de l'art typographique, est
celle qui parut en anglais, à Londres^
1725, in-12. On y compte jusqu'à
cent vingt-une gravures en taille douce
d'une beauté remarquable. Nous avons
dans notre langue plusieurs traductions
de Fiorus : L par 1^. Constant, i()8o,
I vol. in-8'.; cette traduction est im-
primée-avec celle d'Eutrope, et dédiée
au vicomte de Turenne. 11. par N.
GoëfKF'teau, 1G18, in-8'.; 1621, in-
fol.; 1 025,1628, 1629, in- 16; 1652,^
in-4°.; 1659, 5 vol. in-12. Gclie-ci,
presque entièrement oubliée aujour--
d'hui, est un des ouvrages du temps
qui recueilhtla plus brillante moissoc,
d'iiommagcs . ; elle iéuuissait aloiv-
io4 FLO
comme uu modèle de sfyle, les applau-
dissements prodigues p<ir l'cnlhou-
sîasme à la Iradnctiou de Plutarque par
Amyot , et à celle deQuiute-Ciircc par
Vaugelas.Ce dernier lui-même s'humi-
liait devant elle, et peu s'en falliitqu'une
aveugle admiiatiun ne la plaçât à côte'
des Lettres de Balzac : elle est restée au-
dessous de sa réputation, de quelque
manière qu'on puisse i'envisag< r. Elle
avait, pour le temps , assez de pureté';
mais on s'étonnera toujours, eu la li-,
sant , qu'elle ait pu être proposée pour
Je terme de la dernière perfection. III.
Il eu parut une , sur les traductions
de Monsieur , frère unique du roi,
un vol. in-8 . , 1 6t) i , sa:is nom de lieu
ni d'imprimeur ; Paiis , i665 , 1 670.
Le latin esttn regard, avec une chro
jiolo:ie et des remarques de lianioîhe
LeVaytr lefils. Le p»u d'inclit atioo
que le jeune prin« e montrait pour les
lettres, a fait altubuer cet ouvrage à la
plume du précepteur courtisan. IV.
La meilleure traduction est celle que
l'abbé Paul fit paraître à Paris, en
un vol. in- 1 '2, i 774. V. Leléal en a
donné une , Paris , Mérigot , 1 776 ,
iu-12; eî Gaullyer a donné Florus
avec des notes et une traduction , en
2 vol in- 1 2. Parmi h s ouvrages qu'a
fait uaître la réputation de Floius ,
quelques-uns présentent un intéiêt peu
commun : Mutthiœ Benieggsri mis-
cellanearum quœslionum ex Floro
excerpiarum centuriœ VI , Stras-
bourg, i633, in-4''. Chr. Buperii
observationei poUticœ ^ morales , etc.
ad Florum , ]N uremberg , i 6j9 ,
in-8 '. /. M, Heinzius , de Floro non
Ilistorico sed Bhetore : cette disser-
tation, fort Lien écrite, est une criti-
que piquante du st} le de Florus, au-
quel on reproche le défaut des mau-
vais rhéteurs, de s'échauffer à froid
Chr. IL Hausotler , Disserlutio de
inspecta FLorifidej Leydc, 1747^
FLQ
in-4''. j cc^ opuscule, qui n'est point
dépourvu de mérite , renferme une
discussion éclairée sur les lègles à
suivre pour écriie l'histoire. Ou y
montre comment Florus s'est écarté'
de ces règles. On finit par rendre jus-
tice âce que son taie t a de lou ble. Le
gonre de célébrité de Florus a fait de
son nom une espèce de proverbe.
Pour donner une idée de rémuialion
que son Histoin* excita, nous allons
rapporter ce que nous avons pu re-
cueillir des imitations qui en furent
faites dans l'esp^ice d'uti siècle : Flo-
rus Gallicus , de bello iialico et ré-
bus Gallorum, i ti » 3 ; — Francicus ,
iG5o, in-'i4 •< souvent réimprimé
( ^oy. Berthauld ); — Polonicus
(par Joach. Pastorius) i64i,in-i2j
— Germanicus{ par Ebi rhard Was-
semberg ) , Anvers , 1 64 1 , in- 1 6 ;
Francfort, i6.'|8, in-12; —^ Angli-
eus ( par Lamb. Wood Sj-Mus),
i65'2 , in- 12; — Hangar icus ( par
J . ]N adan) ;, « 663, in- 1 '2 ; — Christia-
nus (par le P. Aug. Rjbot) , i665,
in- 1 '2 ; — Sanctus ( par Math. Bolc-
rau, 1668; — JDanicus, i6t)8, in-
fol. ( F. Bering. ) Ou connaît aussi
un Florus HeU'eticus [ P oj'. Gual-
TUEu). Eufiu J. Pastorius a fait pa-
raître en allemand un Florus Germa-
nique, 1659, in- 1 '2 ; et l'on a , dans
la même lauguc, un Florus Euro-
péen ( Franclort, lOSy , in- 12 ); uu
Florus Anglais (ibid. 1660, iu-r». );
un Florus historique ou Mercurius
ibid., 1675, in- 12.) etc. G. F — r.
FLURLS ( JuLius), célèbre orateur
gaulois, naquilenvirou vingt ansavaut
l'cre chrétifiine. Après avoir terminé
ses premières études, il se rendit à
Hoiue, où il se mil sous ia direction
. de Porcius-Latro , dont l'école était
alors famctise. il parut ensuite au
barreau, et y dcpl<»ya une éloquence
si vive et 31 enirainaiile, que tous ses
FLO
auditeurs en restèrent charme's. Se'-
nèque uoiis a conserve quelques frag-
ments de sou discours contre !e préteur
Flaminius, accuse d'avoir fait mourir
un criminel pour satisfaire la curiosité
barbare d'une courtisane. Quintilien
parle aussi de Florus avec le plus
grand éloge ( i ). L'amour de la patrie
le ramena dans les Gaules, ou il con-
tinuadeplaider, et où l'on croit même
qu'il tenait une école d'éloquence. Les
raisons sur lesquelles s'appuie Du Bou-
lay pour prouver- que Florus professa
la rhétorique à Lyon, ont trouvé des
contradicteurs. Il mourut vers l'an 55
ou 56, dans un âge déjà avancé.
W—s.
FLORUS (Drepanius) était cha-
noine du diocèse de Lyon. Nous avons
trouvé son histoire tissue d'obscuri-
tés. On croit généralement qu'il est le
même que Florus magister , ou Flo-
rus le diacre. Dans quelques manus-
crite , enli-e autres dans celui de la
grande Chartreuse , il est appelé Tre-
panius. Selon quelques savants il na-
quit sous le règne de Constant, et vi-
vait sous Constantin Pogonat , vers
662. Les mêmes auteurs le font alors
contemporain d'un Clodovée , roi des
Francs. Est-ce Clovis? MaisClovis II
terminait sa vie sur la fin de l'année
656.Serait-ceGlotaireIll? Sil'on suit
le continuateur de la chronique de
Frédégaire , on ne peut assigner à ce
prince plus de quatre années de règne.
Wous pensons, ou que la date a été
falsifiée et qu'il s'agit de Louis au lieu
de Clovis , ou bien qu'il ne faut tenir
aucun compte de cette opinion hasar-
dée; et, dans cette supposition, sans
rien présumer de l'identité préteiidue
de \>hde avec Florus, que nous ne
FLO
o5
fuU in
(0 J' fuit, fîlt cet excellent jti
eloifutntin Gallianirn princeps et aiio<pii intet
paticos di.teruis. {Iiistit, orat..lih. lo, cap. 3,
V*6- 7ti5 , éd. Furior. ) ' *^ '
nous arrêterons point à discuter ,
nous placerons , avec beaucoup de
vraisemblance, l'époque où vivait ce
dernier, vers le milieu du 9^. siècle.
Parmi les savants modernes , le P. de
Colonia , Leyser , Moshcim, Hamber-
ger, Oudin , etc. , ont écrit longue-
ment sur Florus sans beaucoup éclair-
cir la question. Pagi (sur Baronius)
le place vers 837-854. Il paraît as-
sez constant qu'il fîorissait à la pre-
mière de ces époques. Nous adoptons
ce sentiment , et nous croyons pou-
voir affirmer qu'il vécut sous les rè-
gnes de Louis-le-Débonuaire et de
Charles-le-Chauve. Louis II , neveu
de Charles-le-Chauve, et qu'il est né-
cessaire de distinguer d'avec Louis-le-
Bcgue , son cousin , venait alors de
succéder à son père Lothaire , empe-
reur d'Occident dès 826, sous le pon-
tificat de Pascal. Il ne faut point con-
fondre Florus avec Drepanius Paca-
tus ( Foj\ Dbepanius ). Le fait qui
doit servir de ligne de démarcation
entre Drepanius Florus et ceux qu'on
pourrait confondre avec lui, est qu'il
assista, Tan 837, au concile deQuicrci-
sur-Oise. Walafride Strabon et Wan-
dalber t-de-Pruim font l'éloge de ses con-
naissances et de son zèle pour l'étude.
On rapporte qu'il était parvenu à ras-
sembler une bibliothèque considérable
pour son temps. L'opinion qu'il avait
donnée de ses talents et de son ritta-
chement éclairé à la pureté des senti-
ments de l'église primitive , le fit choi-
sir par l'assemblée des fidèles de Lyon,
pour réfuter le livre sur la prédestina-,
tion divine, de Jean Scot Erigène, Peu
de temps auparavant, Florns, dans ui\
discours synodal, avait développé les.
j)rinciprs touchant la préscience et la
prédestination divine. Ce fut en 85-2
qu'il fit paraître son ouvrage au nom
de toute l'église de Lyon. On suppose
que Florus mourut vers 860. Cetécrir
ïo6 FLO
vain eut, de son vivant, deux avan-
tages bien précieux : une belle répu-
tation et d'illustres amis. On nomme
parmi ces derniers, Modoin , prélat
d'Autun , et quatre grands arclievê-
qnes , Agobard, Leidrade, Amolon et
Kemi. Il fut moins heureux après
sa mort , puisque son nom est livre à
l'oubli, et qu'on lui conteste même les
restes dédaignes sur lesquels se fonde
«ne gloire si fragile. ( Fo^, Prudence
le jeune. ) Florus a fait un assez grand
nombre de vers; mais,exceptéces vers,
ou même, sans les excepter, ce poète
théologien n'a, pour ainsi dire, écrit
que des compilations. La plupart des
ouvragesqui lui sont attribués se trou-
vent épars dans les nombreux volumes
de la collection des Pères. Quelques-
uns de ces mêmes ouvrages se rencon-
trent sous le nom et dans les œuvres
de différents écrivains. Donnons quel-
ques détails sur les plus importantes de
ces productions : 1. Un volume de poé-
sies, Poëmata, au nombre de neuf,
consistant en épîtres, paraphrases des
psaumes 22, 26,2-^, ducanliqucdes
jeunes Hébreux dans la fournaise , etc.
imprimé pour la première fois à Paris,
en 1 56o. Cet ouvrage parut aussi sous
lenom de Florus, dans la collection des
Poètes chrétiens de George Fabricius,
Baie, \56i; séparément, par André
liivin, Leipzig , i655, in-S". H se
trouve encore , accompagné de notes
savantes, dans les udiialecta de Ma-
Liilon. On lit dans ce premier recueil,
deux épîtres curieuses adressées à
Wodoin; une troisième, commençant
par ce vers ,
Salve, uucte parent , Chrisûvrnerande snccrdos,
a été publiée avec cinq autres pièces
en vers hexamètres et eléç^iqnes dans
les Jnecdola de D. Marlène et Du-
rand. 11. JÀher de prœdestinatiune
eçntra Johannis Scoti aroneas du-
FLCr
Jinkiones. Il se trouve sous le nom (?0»
Florus dans toutes les collections de»
Pères. Prudence a fait , sur le même
sujet, un ouvrage plus éleudu , sans
qu'il soit réellement beaucoup plus
complet. ( P^oy. Prudence le jeune. )
m. Commentnrius in omnes Sancd
Pauliepistolas. Cet ouvrage, le plus
eonsidérablu des écrits de Florus , est
tiré tout entier de Saiiit-Augusliuj oe
hvre a été attribué à Bède , et se trouve
dans ses œuvres ( i)âle, i555, Co-
logne, 1612). Mabillon , par la col-
lation des plus anciens manuscrits, a
réfuté cette opinion. Trois de ces
manuscrits qui auraient aujouid'hui
plus de 900 ans de date, et dont wn
se trouvait dans la bibliothèque de
Saint-Gall , portaient le nom de Flo-*
rus diacre. Outre cet ouvrage, Florus
en fit un autre sur les mêmes é( îire*
de S.iint-Paul , mais cette fois extrait
des écrits de douze Pères, St-Cjpiien,
St.-Ambroisc, St.-Hilaire, etc., etc.,
manuscrit qui se trouvait à la grande-
Chartreuse, et dont Chifflet , le P..
Mabillon ctBaluzeonteu conUciissance.
IV. Commentarius sive exposiiio in
canoîiem Missœ, le même que celui*
de actione Missarum ; tiré de Saint-^
Cyprien, saint Ambroise, saint kw'i.
gustin, saint Jérôme, etc. etc. L'au-
teur composa cet ouvrage vers 854 '*'
il se trouve avec des annotations du-
P. Despont dans la bibliothèque des
Pères. Ce traité fut imprimé à Paris,
sans nom d'auteur, en i548, parles-
soins de Martial Masure, etc. En
1 589 , Van dcr Linden , évêque de-
Ruremonde , en publia une autre édi-
tion très imparfaite , ainsi que toutes-
celles qui se sont trouvées inséiécs-
dans les premières Bibliothèques des-
Itères , jusqu'à l'édition de Lvon,
lO-j-;, à laquelle nous renvoyons le
lecteur. La reine Christine possédait
uii manuscrit du 10''. siècle, de co
FLO
commentaire ; ce fut d'après !a copie
que le P. Mahillon en fit faire, que
fut composée l'édition de dora Mar-
tène et Durand, inséréeau 9". volume
de leur Collectio ampîissima. On re-
marque dans le 1 5^ vol. de la Biblio-
thèque des Pères, divers traités de
Florus,j parmi lesquels se trouvent
les écrits qu'il dirigea contre Araalaire.
Ces derniers opuscules sont rarement
exempts de passion. Ils ont fait de
leur temps beaucoup de bruit; on
peut même dire qu'ils ont joui d'une
assez grande cclébiité. ( Foy. Ama-
LAiRE. ) Ils sont oubliés aujourd'hui.
Il est inutile de faire mention ici d'un
grand nombre de Sermons, de Re-
cueils , de Commentaires, de Lettres,
de Traités et de Discours, épars , at-
tribués à Florus. Ces productions ont
perdu l'intérêt qu'elles avaient pour
des contemporains ; et le nom de leur
auteur n'a pas conservé assez de pres-
tige pour les sauver de l'oubli.
G. F— R.
FLOTTWELL (Celestin-Chre-
TiEN ) , né à Kœnigsberg en Prusse ,
fut recteur de l'école de la cathédrcde
et professeur à l'université de cette
viile. 11 avait étudié à léna , et il prit
Jîart aux discussions sur le libre ar-
)itre et sur la prescience de Dieu, qui
occupaient encore de son temps les
théologiens de cette contrée. Ces dis-
cussions ont passé de mode ; mais
l'ouvrage laîin qu'il a écrit sur Lu-
ther , considéré comme auteur clas-
sique dans la langue allemande
(Kœnigsberg, 1745, in -,4°.), est
resté, et l'opinion de Flottwcll à ce
sujet est devenue celle de la nation.
C'est à lui que Kœnigsberg doit la fon-
dation d'une société qui a pour objet
les progrès dé la littérature allemande.
Il mourut en 1709. Floltwell a eu
part à la traduction allemande des pa-
lîégyri^ucs et oraisons funèbres de
FLO 307
Fléchier, accompagnée d'jme vie de
l'auteur et d'une préfice de Gottsched,
Licgnitz, 1749-1759, 6 vol. in-8''.
G — CE.
FLOUliNOIS (Jacques), ministre
de la religion réformée , né à Genève
dans le 1 7^ siècle, fut nommé desser-
vant d'une paroisse en Suisse, et
mourut en 1695. 11 s'était occupé de
l'histoire de sa patrie, et a laissé des
manuscrits intéressants , parmi le.'-
quels on cite : 1°. Mémoire sur les
franchises d'Adhemarus Fahry ;
2". Extrait de V Histoire des Eve-
ques de Genève. — Flournois (Gc-
déon) , de la même famille que le pré-
cédent, fut admis au saint ministère,
etnommédesservantde l'hôpital deGc-
nève en 1672. Il passa quelque temps
après en Hollande, et il y travaillait
en i685 à un journal intitulé , Nou-
velles solides et choisies , que Bayle
dit nétre pas grand'chose. 11 écrivit
aussi, pour la défense des réformés
de France, quelques ouvrages q*ii le
firent connaître plus avantageusement
dans son parti, et il mourut au com-
mencement du 1 8". siècle. On a de lui :
i**. Lettres sincères , Cologne, t68i,
in-12; 2". Réponses générales et
chrétiennes de quatre gentilshom-
mes protestants, avec des entretiens
sur les affaires des Réformés de
France , Cologne , 1 682 , in - 1 2 ;
5**. Les Entretiens des Voyageurs
sur mer, Cologne, i6B5, 2 volumes
in-12. Un anonyme corrigea le style
de cet ouvrage, l'augmenta de; moitié,
et le fit réimprimer sous la rubrique
de Cologne , Pierre Marteau , 1704,
4 vol. in-12. Cette édition a servi de
base à celles de 1715 et 1740. L'au-
teur s'est proposé de réunir et d'ex-
poser dans un nouveau jour les prin-
cipaux arguments des protestants
contre l'église romaine. Son cadre
lui a permis d'employer un graixi
îeS FLO
nombre d*anec(lotes dont la variété
tempère la froideur des discussions
théolo^^iques , et en fait disparaître
Taridite. L'espèce d'inte'rêt romanes-
que qui règne dans cet ouvrage , en a
quelque temps fait le succès; mais il
n'est plus qu'un petit nombre de cu-
rieux qui le recherchent encore, à
raison de sa rareté. W — s.
FLOYER (Sir John), célèbre raé-
•decin anglais, né à Huiters, dans le
5taffbrdshire, en 1649. Il fut élevé à
Tuniversité d'Oxford, où on lui con-
iera, en 1680, le tilrc de docteur eu
médecine. Il exerça son art à Litch-
lîeld, où ses soins infatigables pour
les malades, et l'habileté que la pra-
tique lui fit acquérir, lui obtinrent et
la coniiaiice des habitants, et une ré-
putation si étendue, que le roi d'An-
gleterre le créa chevalier pour récom-
penser ses talents. Floyer était un
gruud partisan des bains froids; il ne
négligea aucun moyen de recomman-
der leur utilité et leur salubrité, et
d'en répandre l'usage : il les ordon-
nait particulièrement dans les rhu-
matismes chroniques et d'autres ma-
ladies nerveuses. 11 soutenait que la
phlhisie n'était devenue si commune
t^n Anghterre que depuis que l'on
avait abandonné l'usage de baptiser
les enfants par immersion. Cette as-
sertion fixa particulièrement l'atten-
tion des anabaptistes sur son ouvrage;
d Crosby, leur historien , a extrait
plusieurs passages de Floyer pour
confirmer l'efficacité du baptême par
immersion. Cette pratique est cepen-
dant loin d'être sans danger ; et d'ha-
biles médecins soutiennent que les
bains froids ont tué plus d'enfants
qu'ils n'en ont sauvé. Il paraît que
ce fut par i'avis de Floyer que les pa-
rents de Johnson, alors enfmt et ma
hde des écrouelles, l'envoyèrent k
Jjondrcs pour que la reine Anne le
FLO
toucliât; ce qui prouve qu'il n'avait pas
v-iinca les préjugés de son temps.
Flover mourut le i.*** février 17^4.
On a de lui les ouvrages suivants ,
tous en anglais : 1. La Pierre de tou-
cht de la Médecine, Londres, 1 687,
in-8''. 11. IJHat surnaturel des hu-
meurs animales décrit par leurs qua-
lités sensibles, Londres , 1 696 , m-S".
L'auteiir soutient dans ce livre la doc-
trine de la fermentation. 111. Recher-
ches sur l'usage raisonnable des
bains, Londres, 1697, "'•8'' ^^*
ouvrage parut ensuite sous différents
titres, tels que l'Ancienne Psrchro-
lusie renouvelée , Londres , i 702.
Ce sujet fui ensuite plus amplement
traité dans V Histoire des Baiiis froids
anciens et modernes, avec un sup-
plément, par le docteur B<ynard ,
Londres, i709;ibid., 171 5 et l'j'i'i,
in-8°., et en quelque sorte reproduit
dans son Essai pour rétablir le
baptême des enfants par immer-
sion, 1724, in-4'.,ti'ad. en allemand,
Breslau, 1749, in 8*>. IV. Traité
sur V asthme, Londres, i6«)8, in-8*.;
ibid., 1717, in-8"., ouvrage regarde
comme classique, traduit en français
par Jault , Paris , i 76 1 , in- 1 1 , ibid.,
i 785; en allemand, p.r J. C. F. Scherf,
Leipzig, 1782, in-8". L'auteur a dé-
crit cette maladie d'après sa propre
expérience; car il en souffrit depuis
l'âge de puberté jusqu'à la vieillesse.
V. L'Horloge du pouls des méde-
cins^ Londies, 1707 et 1710, 1 vol.
in 8". , tr.iduit en italien, Venise,
1715, in-4'. Floyer est un des pre-
miers qui aient compté les pulsations
des ailL-res; car quoique le pouls eût,
dès les temps anciens, été le sujet de
fréquentes observations, l'on n'avait
cependant pas fixé l'attention sur Is
nombre de ses battements dans un
temps donné. VI. Medicina Gero-
nomica, ou VJrt de conserver la
F LU
santé des Vieillards, avec un sup-
plément relatif à Vusage de Vhuile
et des onctions y et une lettre sur
le régime à suivre dans la jeunesse ,
Londres, 1724. Plusieurs de ces
traités ont été traduits en diverses
langues. E — s.
FLUDD (Robert), dit aussi de
Fluctibus, ecjjyer, docteur en mé-
decine , naquit à Milgate , dans le
comte de Kent, en i574> sous le
règne d'Klisabelh. Il voulut d'abord
embrasser le'parti des armes; mais il
l'abandonna bientôt pour se livrer à
l'étude. Il cultiva les lettres, la phi-
losophie, la théologie, la me'decine,
et surtout la physique , son gc'nie le
portant de préférence à la contem-
plation des merveilles de la nature.
Fludd entreprit ensuite de voyager
pour accroître encore ses lumières. Il
visita pendant six ans la France,
l'Allemagne, l'Italie, examinant avec
soin ce que ces contrées offrent de
plus curieux et de plus rare , recher-
chant le commerce des savants les
plus illustres, avec lesquels il forma
des liaisons qui durèrent autant que
sa vie. De retour dans sa patrie en
i6o5, il fut reçu docteur en méde-
cine à Oxford le 1 6 mai de la même
année, et se fit agréger au collège des
médecins de Londres. Il mourut dans
cette ville le 8 septembre 1657, dans
sa grande année cliraatérique. Con-
temporain de Kircher, deMcrsenne,
de Gassendi, Fludd fut sans contredit
un des hommes les plus instruits de
son temps : mais une imagination trop
vive , un penchant décidé pour tout ce
qui porte le caractère de merveilleux ,
régarèrent souvent; et l'on pourrait
être surpris qu'Adelung n'ait pas
inscrit son nom dans ses Fastes de
la folie humaine. Le silence de Bayle,
deChaufTcpié, de Prosper Marchand,
de Niceron, sur Fludd, n'est pas moins
FLU 10g
remarquable. Quoique disciple de l'é-
cole de Paracelse, Fludd n'en doit pas
moins être considéré comme philo-
sophe éclectique; car il entrcjprit de
concilier entre elles les opinit)ns de
plusieurs chefs de secte, et il n'y
réussit pas toujours. Ses écrits sont
obscurs, souvent même inintelligibles.
On y trouve néanmoins parfois des
idées neuves, des aperçus lumineux»
Il reconnaît deux principes de toutes
choses : la condensation , qu'il appelle
vertu boréale, parce qu'elle est pro-
duite par le froid; et la raréjfaction,
ou la vertu australe. C'est à ces deux
principes, qui ne sont autres que le
mouvement d'impulsion et celui de
répulsion , qu'il rapporte tontes les
lois de la physique, tous les •phéno-
mènes de la nature. Mais il abandonne
bientôt ces idées raisonnabhîs pour
attribuer à l'aimant des qualités oc-
cultes; à chaque maladie du corps-
humain, un esprit hostile qui l'a pro-
duite, et qu'il faut combattre avec le
secours de celui qui lui est opposé
dans le rhumb où il les suppose rangés;,
en un mot, pour se livrer a'ax chi-
mères de la cabale et de la. magie.
Aussi fut-il vivement attaqué par hs
bous esprits de son temps, 'tels que
Mersenne, Forster et Gassendi. Les
ouvrages de Fludd sont rares c;t chers,
comme la plupart de ceux qui n'ont
d'autre mérite que la bizarrerie. Oa
les trouve ordinairement rcfunis en.
cinq volumes in-folio ; mais , indé-
pendamment de ce que l'oriHre ob-
servé dans la formation de ces volumes
varie dans les différents exemplaires,
parce qu'il n'a rien de détermina»', cette
collection est loin d'être complète.
Nous allons donc indiquer séparément
les diverses compositions du philo-
sophe anglais j ce sont : I. Utriusque
Cosmi metaphysica, physica atque
technica historia, Oppenheira, 1617,,
^10 FLU
in-fol. Fliidd y explique h sa manière
les causes de la ge'neration et de la
pulrefaclion. II. De supernalurali ,
nalurali, prœtematurali et contra-
naturali microcosmi hisiorid , ibid.,
1619, iGii. L'auteur y traite des
mcle'orçs , tant du macrocosme que du
inicrocosine : par ces derniers, il en-
tend les maladies du corps humain,
m. Denaturœ simid, seiilechnica
jnacrocosmi historia , Francfort ,
i6'24. Ce singe de la nature est l'art;
et les parties que Fiudd examine sont
rarithmétique, la géométrie, la mu-
sique , la peinture , l'art militaire ,
l'art de mesurer le temps, la cosmo-
graphie, l'astrologie et la geomance.
J. Kepler combattit, en 1619, les
opinion;? de Fludd dans un appen-
dice mis à la suite de son flarmonia
Mundi. Ce dernier y repondit par :
IV. Veritalis proscenium seit de-
monslratlu analftica, Francfort,
1 62 1. Kepler répliqua par une Jfpo-
logia , à laquelle Fludd opposa :
V. Monochordon Mundi sympho-
niacum , seu responsio. etc. , Franc-
fort, iO-2a, in-4".; 1625, in-folio.
VI. An-atomiœ Theatrum , triplici
effigie designatujn, Francfort, 1625,
in-fo!. L'autour y divise l'anatomie en
vulgaire et en mystique: c'est en dire
assez. Vil. Medlcina catholica , seu
mjsticuni artis medicandi sacra-
rium, Francfort, 1629. VIII. Iiite-
grum morborum mjsterium, Franc-
fort, i65i. IX. PulsuSy seu nova et
arcana pulsuum historia. Si Fludd
eut quelques lumières en physique et
en mécanique , il fut sans contredit
im très mauvais médecin , maigre' sa
devise : Non est viwere, sed valere
vila. On a vu ci-dessus quelle était
son opinion sur le princijjc des ma-
ladies; celles qu'il émet sur les pro-
gnoslics, sur les crises, sur les di-
verses complexiuQS, ne sont pas plus
FLU
sense'es. X. Philosophia sacra et
verè christiana, seu meteorologia.
cosmica, Francfort, 1629. XI. So-
phicB cum Morid certamen, 1629.
XII. Summum bonum , quod est
verum magiœ , cabalœ et alchjmiœ
verœ ac fratrum JP.oseœ - Crucis
subjectumy 1629. Ces deux écrits
sont dirigés contre le P. Mersenne,
qui avait combattu les principes de
l'auteur : ie dernier fut publié sous le
nom de Joachim Frizius. XllL Clavis
philosophiœ et alchjmiœ Fluddanœ ,
Francfort, i633. Cet ouvrage répond
aux critiques de Gassendi, de Fr.
Lanovius et de Mersenne. Le premier
avait publié contre Fludd une Exer^
citatio y Paris, i65o, in-8". ; et le
second : Effigies contracta Rohertl
Fludd, Paris, i656, sous le pseu-
donyme de Eusebius à Sancto Juste,
XIV. Philosophia Mosaïca, in qud
sapientia et scienlia creaturarum
explicanlur j Gouda, i638; Amster-
dam, 1640, iu-fol. On trouve en tête
de cet ouvrage la figure d'un thermo-
mètre; cequia fait penser à plusieurs
écrivains que Fludd e'Liit l'inventeur
de cet instrument. Ce thermomètre ,
qu'il appelle calendarium vilreum ,
a la forme d'un matras renversé, ou,
si l'on veut, d'un tube surraonlé d'une
boule. Letube, dont l'extrémilé plonge
dans un vase, est divisé eu treize par-
lies; celle du milieu représente le ni-
veau (le zéro de nos thermomètres):
les autres sont numérotées depuis 1
jusqu'à >], en montant et en descen-
daut. La boule est remplie d'air, dont
la raréfaction ou la condensation agit
sur la liqueur contenue dans le tube;
et l'on observera que, la boule étant
supérieure au tube, le froid produit
l'ascension de la liqueur, et le chaud
la fait descendre. Ce n'est pas ici le
lieu d'examiner les vrais titres de
t)jcLbd à riûyenlion du thcrmo-
mèfre; maïs, àenju^erparles'proprcs
expressions de Fludd, celui-ci ne paraît
pas vouloir se i'aUribuer, puisqu'il se
plaint des charlatans de son temps,
qui teignaient la liqueur du tube ,
et attribuaient ses mouvements à une
cause occulte ( i ). Ce que Fiudd semble
s'approprier , c'est Temploi qu'il fait
du thermomètre , pour expliquer les
lois de la physique conformément aux
deux principes universels que nous
Tavons vu adopter. On trouve néan-
moins déjà dans sa description plu-
sieurs prognostics thermométriques.
Dans sa Philosophie Mosaïque, Fiudd
admet trois princip. s de la création :
les ténèbres , ou la matière première;
Tcau, matière seconde; et la lumière
divine, sublime ess-juce, source de la
vie et du mouvement. Dieu est une
monade pure, simple, catholique, qui
comprend en soi tous les nombres.
Fiuddse jette bientôt après dans le dé-
dale des sympathies , des antipathies ,
et dans toutes les rêveries des rabbins.
Uue particularité remarquable est quil
attribue la chute d'Adam à son com-
merce charnel avec Eve, laquelle,
dit il, était maudite dans son ventre.
On voit que Beverland ne fut pas
r.mteur de cette opinion bizarre. La
Philosophia Mosaïca a été traduite
en anglais, Londres, iGSg, in-foho.
XV. Un discours de Unguento ar-
mario^ qui se trouve dans le Thea-
trum sjmpathiœ , 1662 , in - 4%
XVI. Responsum ad Hoplocrisma-
spongum Forsteri, Londres, 1 Go i ,
in-4"., en anglais, et en latin à la
suite de la Philosophia Mosaïca.
Fors'.er avait attaqué les vertus mer-
veilleuses de l'onguent magnétique.
XVII. PathologiadœmoTiiaca , Gou-
da, 1640, in-foho. Le titre indique
assez la valeur du livre. Fiudd était
(1) D'aïUcurs le tbermomètre était connu dès
l^.i , c,t i'^Htraj;»; de k'Uii ^e parut ^u'«a i(J38.
VLV Ht
trop ami du merveilleux pour ne pas
se faire initier dans la société secrète
connue sous le nom de Frères de la
Rose-Croix , et fondée de son temps
par Jean Valcntin iV-ndrese ( i ). Les
membres de cette société étaient di-
visés en deux classes : la première,
^\iQ Aiireœ-Crucisy se composait de
ceux qui se livraient aux spéculations
théosophiques ; la sfconde, Roseœ-
Critcis, comprenait ceux qui se bor-
naient à l'étude des merveiilcs de ce
monde sublunaire : Fiudd était au
nombre des premiers. Libavius, non
moins fou que lui cependant , attaqua
la société dans divers écrits; Fiudd
lui répondit par : XVHï. Apologid
compendiaria , fralcrnitatem de Ro^
sed-Cruce suspicioins et infamies
macuUs aspersam abluens , Leydc ,
1616, in-8\ XlX. Tractatus apo-
logeliciis integritatem societatis de
Rosed - Cruce defendens , Leyde ,
1617, in-S". Cette dernière apologie
a été traduite en allemand, Leipzig,
1782, in 8'.; et Sommiers y a fait
une addition, aussi en allemand,
Halle, 1785, in-8°. XX. Enfin, l'on
a de Fiudd , sous l'anagramme de
Rudolfus Otreh : Tractatus theo*
logo-philosophicus de vitd, morte et
resurrectione , fra tribus Roseœ^
Crucis ff/crttMs/Oppenheim, 1617,
in-4^. Ces trois derniers articles sont
fort rares , et n'ont point été réim-
primés dans la collection iu-folio. La
plupart des ouvrages de Fiudd sont
enrichis de gravures de Jean^Théo-
(i) Un grand nombre d'écrivains ont cru trouver
Torij^ine des emblèmes de la Rose-Croix dans kg
Sjmbola divina et hiimana de Jacques Tvpot
liistoriograpbe de Rodolphe H, Prayue , l6oi \
in-fol. ; c'est à la planche 4 du tome 1 , intitulée •
Sjmbola sancir crucU. Mais il juffil d'examiner
Tcmblème un iusianl, pour reconnaître que rien
ne peut autoriser celle opiuion. Le pélican que
l'on y remarque fut de tout temps un symbole
adopte par l'Eslise , du dévouedient du Chris!.
D'ailleurs VEcomais pourrait , avec autaoit de
droit, revendiquer cette planche en S4 fayeur
puisqu'on y aperçoit l'arche d'alliaac» €t le cbaa*
dclicr a septbranciicj.
1,2 FLU
dore de Bry, fils de Théodore. —
Quelques bibliographes ont confondu
Kobeit Fludd avec un antre Kobert ,
dominiciin anglais, ne à York, et
quiflorissut dans^le 1 4''. siècle. Ce
religieux avait faitmssi des recherches
et laiss» des écrits sur les Mj stères de
la nature et de Tart ; ce qui l'avait lait
surnommer Perscnitator ( îe Cher-
cheur). Jean l*ils et Jacques Echard,
d'après Jean Leiand, lui attribuent :
De impressionibiis aëris; De mira-
hilihus elementorum ; De magidcœ-
remonialis De mrsteriis secretorum;
et Correclorium alchymiœ. D. L.
FLUE (Nicolas de), propre-
ment .Lœwenbriigf^er ( de Ponte
Leonino ), naquit à Saxehi, bourg
de la partie supc'rieure du canton
d'Unlcrwald, le 21 mars 14^7» ^^
mourut dans son ermitage près de
Saxeln, îe 22 mars 14^7. Son père
fut un propriétaire aisé et membre de
la magistrature. Lni-nfême,dès sajeu-
«esse, s'était acquis une grande répu-
tation de piété, de droiture, de pru-
dence, et d'un ardent amour pour sa
patrie. Dans la guerre de Zurich et
dans celle contre Sigismond d'Au-
triche, il montra sou courage sur le
champ de bataille , et il n'épargna
lien pour adoucir la haine des par-
tis, pour empêcher des rapnies et
des cruautés. Conseiller de son can-
ton , sa sagesse fut reconnue , et la
première magistrature, celle de lan-
dararaan, lui avait été ofterte inutile-
ment. D'un mariage heureux il avait
eu dix enfants, lorsqu'à l'âge de cin-
quante ans, guidé par une passion
toujours croissante pour la vie soli-
taire et contemplative , il quitta , avec
le consentement de son épouse, le
monde et les affaires. 11 se retira d'a-
boi^ sur les montagnes du Zesca ;
mais il se rapprocha bientôt de son
bourg paternçl, quand des chasseurs
FLU
rcurent reconnu dans une contrée so*
li'aire , à une lieue du caiiN.wj : ses
compatriotes qui rairaai«:iit et l'hono-
raient , lui bâtirent une chr»ptl!c à
coté d'une fort petite chaumière. C'était
en i4^7 qu'il entra dans cet ermi-
tage, s'occtipant de la vie contempla-
tive, ne dédaignant pas de recevoir
tous ceux qui venaient le voir et le
consulter, et recherchant même les en-
tretiens avec des amis. Dans ce même
temps , à la suite des guerres dn Bour-
gogne, et de leur riche butiu , on
vit des troubles , des méfiances et
des jalousies s'emparer des cantons ,
et menacer d'une crise prochaine
et fâcheuse leur confédération. Les
villes de Berne, Fribourji , Zurich,
Lucerne et Soleure, pour se dé-
fendre contre des bandes formida-
bles de gens oisifs et débauchés qui
désolaient le pays, avaient formé une
espèce de ligue particulière. Les can-
tons populaires, déjà remplis de jalou-
sie contre les autres, qu'ils accusaient
de s'être attribué la meilleure partie
des fruits de leur vi«toire commune ,
éclatèrent en plaintes amères lorsque
les villes de Fribourg et de Soieure
demandèrent à être reçues dans la
confédération. Les p;<s>ions s'aigri-
rent ; les conférences se multiplièrent
sans succès. Une assemblée tenue à
Stantz ver> I.» fin de i 481 n'avait of-
fert que les débats les plus violents ;
elle devait se dissoudre , et ne plus
laisser d'espérance pour le raccum-
modcraent. Le curé de Sîaniz, nommé
In^rund, l'ami intime de l'eriniie,
vint alors en toute hâte consulter et
appeler celui -ri. De Fine descend de
sa retraite, arrive -.u uiilieu de ras-
semblée, et la, par une éloqfirnce
modeste et touchante, à laquelle seÈ
services passés et son austère piétJ
prêtaient une nouvelle force , il ral'ul
ma dans les cœurs des députés ic|
FLU
sentiments de fraternité et de pa-
triotisme , auxquels leur confédéra-
tion avait dû sa gloire et son exis-
tence même. L'ascendant que lui don-
naient son crédit et la sagesse de ses
discours opéra la réconciliation des
huit cantons et le renouvellement de
leur alliance. IMeur persuada d'an-
nuller la ligue particulière formée par
Jes cinq villes en i477? qui avait été
la principale cause de leur désu-
nion ; mais , en échange, Fribourg et
Soleurc obtinrent d'être associés à la
confédération helvétique , et ils en
devinrent les neuvième et dixième
cantons. Ce pacte célèbre dans les
fastes de la Suisse , sous le nom de
Convenant de Stantz ( du 11 dé-
cembre) , établit en même temps la
promesse des confédérés de ne com-
mettre aucune hostilité les uns contre
les autres , de secourir le canton qui
serait injustement attaqué , de punir
sévèrement les auteurs de pareilles
agressions : la justice ^e chaque lieu
où elles auraient été commises devait
€n poursuivre la vengeance. Toute
assemblée ou société non autorisée
«lait interdite; les sujets d'un canton
ne devaient point chercher à s'asso-
-cier avec ceux d'un autre dans leur
révolte. Tous ensemble devaient au
contraire concourir à ramener les re-
belles à l'obéissance. Enfin ce même
acte confirma les règlements mili-
taires, l'ordonnance au sujet delà juri-
diction ecclésiastique , et tous les an-
ciens pactes de la confédération, avec
l'obligation d'en renouveler le ser-
ment tous les cinq ans. Après avoir
terminé ce salutaire ouvrage de la
pacification de son pays , Nicolas de
Flue adressa aux députés des con-
seils pleins de sagesse et de patrio-
tisme; il les exhorta à se tenir en
garde contre la séduction des cours
^rangères, par l'attrait de leurs pen-
FLU ii3
sions et de leurs services; il leur re-
commanda la frugalité, la simplicité
des mœurs anciennes, soutien néces-
saire d'une liberté qui devait leur
suffire pour vivre heureux. Il rentra
ensuite dans sa cellule, où i! reçut
les lettres de remercîment que les
cantons lui adressèrent , et qu'ils ac-
compagnèrent de présents, dont il
orna sa chapelle. Ces lettres , ainsi que
les réponses pleines de modestie et de
patriotisme que l'ermite y fit , se con-
servent dans les archives et dans les
chroniques de la Suisse. On a imprimé
différents traités qui portent le nom de
Nicolas de Flue, parmi lesquels on re-
marque celui de la fie solitaire. Les
papes Clément IX et X l'ont béatifié.
Au grand titre de gloire, que per-
sonne ne saurait contester au bien-
heureux frère , et qui se trouve dans
le Convenant de Stantz , ses con-
temporains et la postérité en ont joint
un autre qui toutefois n'est pas resté
sans contestation. L'on assure que
pendmt vingt ans il n'a pris aucune
nourriture, si ce n'est la sainte-cène,
qu'il recevait chaque mois. Ce ne fut
pas lui qui de ce jeûne se fit jamais
un mérite : ses coin patriotes , après
s'être assiu'és des faits par une ob-
servation exacte, y virent un miracle;
d'autrts ont essayé d'expliquer le phé-
nomène arrivé dans un corps sec et
maigre , qui , ne faisant presque au-
cune perle, ne demandait par consé-
quent que fort peu de réparation.
Lorsqu'cn 1733 Jean-Henri Tschudi,
dans un de ses ouvrages, osa parler
avec peu de révérence, non point de
Wicolas de Flue, mais de son pré-
tendu jeûne de vingt ans , et des reli-
ques des saints , dont on conservait
des doubles en divers endroits , lé
gouvernement d'Unterwald fit brû-
ler son livre, et mit sa tête à prix.
Les diverses légendes de la vie du
8
ii4 FOG
frère Nicolas décorent les murs du
beau temple de Stantz qui lui fui con-
sacre; et sa tombe en marbre, dans
laquelle ses ossements ont été dépo-
ses , placée devant l'autel, ofif're à la dé-
votion des fidèles la figiu-e du saint
faisant sa prière à genoux : de nom-
breux péierinaç;es se fout encore au-
jourd'hui en l'honneur de sa mé-
moire. (Voy. Nicol. de Rupe ana-
choretœ suhsihani in Heli>elid vîta
ac res gestce , à Petro Ilugone ,
Fribourg, i656 , in- 12 ; la même
dans les ^cta Sanctorwn des Bol-
landist. 22 mars; l^ Esprit et la Fie
du bienheureux frère Nicolas , par
M. Goldlia de Tiedenau, 2^ édit. ,
Lucerne, 1808, in-S"". , en allemand ;
l'Histoire des Suisses j par J. de
MUller. ) U— I.
FOCKENBROCH ( Guillaume-
GoDESCAsLG VAN ) , médccin d'Ams-
terdam , mort dans cette ville en 1 695,
s'est moins fait connaître comme tel
que comme poète, si toutefois le nom
de poète est dû à un bouffon , à un
sottisier, qui fait rire quelquefois,
mais qui bien plus souvent excite la
pitié par le déplorable abus de son
talent. Il y a apparence qu'il ne trouva
ni dans la médecine ni dans la poésie
le chemin de la fortune , puisque vers
166B il accepta dans un des comp-
toirs hollandais à la cote de Guinée
(St. -George de la Mme) , une place
également étrangère à l'une et à l'au-
tre. Aussi avoue-t-il dans une de ses
lettres que le seul appât de la fortune
lui avait fait prendre ce parti , qui
était pour lui sous tout autre rapport
une riche source d'ennui. Du moins
sa muse enjouée ne l'abandonna point
dan> ces régions lointaines. Les pro-
ductions qu'elle lui inspira portent
dans le recueil de ses œuvres le nom
de Tlialie africaine. Toutes les œu-
vres de Fockcnbroch sont dans le
FOD
genre burlesque. 11 singeait Scarron,-
dont il a traduit la Gigantomachie ,
et les deux premiers livres de V Enéide
travestie; il a parodié de la même
manière les Eglogues de Virgile:
le surj;lus de ses œuvres contient des
Epithalames , des Bouquets de fêtes,
etc., ainsi que d(Hix comédies, VA*
mour aux Petites-Maisons , qui est
resté au théâtre , en 5 actes , et le
Jaloux embarrassé , en un acte. Tout
cela ne méritait pas l'espèce de suc-
cès dont il a joui. Les œuvres de Foc-
kenbioch ont eu plusieurs éditions ,
en I vol. in- 12 , 1676; en 2 vol. ,
1682. La meilleure est celle qu'a
donnéfï Abraham Bogaert, en 1709,
2 vol. in- 1 2. Trente et quelques pages
du 2^. vol. contiennent même des poé-
sies françaises. M — ^on.
FODERÉ (Jacques), cordelier,
mal nommé Pierre- Jacques par le bi-
bliothécaire de Bourgogne et les con-
tinuateurs de Moréii, naquit au i6%
siècle , à Bessan daus la Haute - Mo-
rienne, et embrassa la vie religieuse
à l'âge de seize ans. Ses supérieurs
l'envoyèientà Paris, où il fit ses études .
et reçut le bonnet de docteur. Ou le 4
chargea ensuite d'enseigner la théologie ?
aux jeunes profès. Après avoir rempli
cette tâche pénible pendant plusieurs
années , il fut successivement nommé
à différents emplois de son ordre ,
et se livra au ministère de la chaire:
on sait qu'il prêcha, en i566, à
Anneci,et qu'il vivait encore en i6ji5;
mais on ignore l'année de sa mort.
On connaît du P. Fodcré : L Aver-
tissement aux archevêques et évé-
ques de France , sur l'arrêt rendu
en \6o6 contre les Ré collet s , Lyon,
1G07, in-8**. IL Traité des induU
gences . et confirmation de celles de
St. • François , ibid. , 161 1 , in -8".
III. Narration historique et topogra-
phique des couvents de l'ordre d$
I
FOD
St. - François^ et des monastères de
Sic- Claire, érigés en la province de
Bourgogne, ou de St.-Bonaventure ,
ibid. , 1619, in - 4'. Fodere annonce
qu'il avait d'abord compose cet ou-
vrage en latin , sur l'invitation de
François de Gonzague, qui se propo-
sait de l'insérer dans sa Chronique
univei selle de tordre ^ mais qu'un
accident avant rendu illisible la copie
de son in;muscril, le P. de Gonzague
lie put tirer aucun parti de ce travail:
ce ne fut que vingt-cinq ans après, que
Fodere peusa à faite paraître un ou-
vrage qui lui avait coûté bwmcoup de
soins et de recherches ; et ce qui l'y
détermina, ce fut la publication de
V Histoire de la province de Sc-Bo-
naventure, par Claude Piquet ( Foy,
Piquet ). L'ouvrage de Fodere ren-
ferme des détails très curieux sur les
principales villes du duché et du comté
de Bourgogne, du Lyonnais, de l'Au-
vergne et de la Savoie, 11 est exact
dans ses citations ; mais il se montre
trop crédule, et son style a tous les
défauts du siècle où il vivait. W—- s.
FOD H AIL BEN AIADfl , sofi mu-
sulman très célèbre , était de la tribu
de Temyra , et originaire de Fondy ti ,
bourg de la dépendance de Thalecan
en Khoraçan; de là vient qu'il porta
les surnoms de Temymi, Fondyny
et Thalecany. Il naquit à Samarcand
selon les uns , à Abyverd selon les
autres , et fut élevé dans cette dernière
nllc. Dans sa jeunesse Fodhajl exerça
e métier de coureur , ou même la pro-
cssion de voleur sur la route de Osour
( Sorkhas. Sa conversion s'opéra par
a vertu d'un verset de l*A!coran , qui
•cttnîit à ses oreilles, au moment où
1 escaladait le mur d'une maison pour
ouir de son amante. Dès-lors il quitta
uie vie errante et désordonnée, se
ivra à l'étude de l'islamisme , vécut
lus la retraite, et s'abéuidoiina aux
FOÉ îii
méditations de la mysticité. E!n peu
de temps il acquit une grande répu-
tation de sainteté, et devint un des
plus céh'bres séides de son temps.
Après sa conversion il vint à Koufah ,
où il étudia les traditions prophéti-
ques , et de la il se rendit à la Mekke.
Il y fixa sa demeure , et v mourut en
moharrem 1B7 de l'hégire ( 8o3 de
Jésus - Christ ). D'H^rbelot a consacré
un très long article à ce personnage,
dans sa Biblioth. orientale. Le khâly le
Haroun Errachid avai" une grande
vénération pour Fodhaii , et recevait
avec soumission ses remontrances ,
quelque dures qu'elles fussent : sou-
vent même elles lui arrachèrent des
larmes. Au surplus , 1rs traits nom-
breux qu'on attribue à ce mystique
annoncent p'us de fanatisme, d'origi-
nalité, de bizarrerie j que de véritable
piéié. J— N.
FOÉ (Daniel de ), auteur anglais ,
dont h s écrits , pleins de hardiesse et
d'originalité, ont eu beaucoup d'éclat
dans leur temps, dont la vie même a.
été marquée par des événements sin-
guliers; dont le nom cependant serait
inconnu aujourd'hui hors de l'Angle-
terre, s'il n'avait pas fait le joman iu-
génieux et intéressant de Rohinson
Criisoé. Il naquit à Londres en 1 665.
Son père, quoique simple boucher ^
le fit élever avec ijoin dans uue eVoie
de DissenterSf mais le défaut «le for*
tune semblait ie destiner à n'être
qu'un artisan. Il fut mis en appren-
tissage chez un marchand bonnetier»
Son esprit uatu.ellcracnt actif, déjà
développé par ses premières études ,
avait besoin de s'exercer sur d'autres
objets que sur les détails d'une profes-
sion mécanique. Il lisait avec assi-
duité les papiers publics. Le gouver-
nement impopulaire de Jacques H
commençait à agiter les esprits sur
des quesiious dç religion et de poU-
8..
ii6 FOÉ
tique. L'esprit du jeune Daniel s'e'-
chauffa sur ces objets ; et u'ayant en-
core que vingt - un ans , il pub ia un
pamphlet intitulé : Traité contre les
Turks.k celle époque, l'opinion des
Anglais s'e'tait déclarée contre la mai-
son d'Autriche , qu'ils regardaient
comme favorable aux intérêts du ca-
tholicisme: par cette considération , ils
penchaient pour les Turks , qu'ils
regardaient comme ennemis de la
maison d'Autriche. De Foé attaquait
cette opinion, et il trouvait que la
cour de Vienne , quoique persécutant
les protestants de Hongrie, était en-
core moins dangereuse que la Portc-
Othomanc , également ennemie des
catholiques et des protestants. Il s'é-
tait déclaré du parti des Whigs , et
il prit part à la révolte du duc de
Monmouth : il n'échappa que par son
obscurité au sort que subirent les par-
tisans plus connus du malheureux
Monmoulh. Ses travaux littéraires ne
l'empêchèrent pas de se livrer à son
premier métier; et c'est comme bon-
netier qu'il se fit incorporer, en 1687,
dans la bourgeoisie de la cité. Il se
maria alors ; mais ou n'a conservé
aucun détail sur son mariage. On ne
peut pas non plus expliquer pourquoi
il joignit au nom de son père , qui
s'appelait Jacques Foé, la particule de,
formule tout - à - fait étrangère aux
usages des Anglais. Ce ne pouvait être
par un motif de petite vanité ; car il
n'en est pas en Angleterre comme en
France , où le de joint au nom semble
appartenir particulièrement aux fa-
milles distinguées. Il ne voulait pas
non plus se donner un air étranger j
car dans sa conduite ainsi que dans ses
écrits, il se montra toujours comme
un patriote zélé pour l'honneur et les
droits de son pays. Il était entré avec
chaleur dans les mesures qui amenè-
rent la révolution de 1688, et qui rai-
FOE
rcnt Guillaume III sur le trône d'An-
gleterre. Un écrivain obscur, nommé
Tufchin , écrivit une satire en vers ,
intitulée , les Etrangers , où il atta-
quait la nation , comme s'étant dégra-'
dée en se donnant un étranger pour
maître.,De Foé se déclara le vengeur de
Guillaume, et publia un petit poëme in-'
titulé j le véritable Anglais ( the true
hom EngL shman ) , qui produisit un
grand eftèt par le point de vue singu-
lier sous lequel l'auteur avait envisagé
son sujet, et parles détails ingénieux
qu'il y avait fait entrer. Il y remar-
quait que la plupart de ceux qui se
vantaient d'être Anglais n'étaient pas
dignes de ce nom. « Nos aïeux, disait-
il , étaient des Danois , des Saxons ,
des Normands : nous sommes un
peuple métis j mais nous n'en valons
pas moins pour cela , et peut - être y
aurions -nous beaucoup perdu si le
sang des premiers Anglais ne s'était
pas mêlé avec celui des autres peu-
ples. » Il attaque ensuite avec beauv
coup d'énergie l'ingratitude des An-
glais qui se déchaînent contre un
prince qui s'est dévoué pour défendre
leur religion et maintenir leur liberté.
Ce pamphlet eut un succès extraordi- \
nairc. Guillaume voulut en connaître-^
l'auteur, qu'il accueillit avec distinc- '
tion, etqu'il récompensa pardes places
et par des gratifications. De Foé fit un
honorable usage de cette fortune inat-
tendue. Il était trop occupé des affaires
publiques pour donner les soins néces-
saires à ses intérêts de commerce; et
sa négligence l'avait entraîné dans une
banqueroute où il avait été obligé de
transiger avec ses cre'anciers pour une
partie de leurs créances. Quoique cet
arrangement eût été sanctionné par
un acte légal , De Foé ne se crut pas
dispensé de restituer à ses créanciers
ce qu'il leur avait fait perdre ; et c'est
ce qu'il s'empressa de faire des que les
FOE
bienfaifs du roi lui en eurent fourni
les moyens. Il continua de s'occuper
des affaires publiques , et toujours
avec le zèle d'un ardent républicain.
Les francs - tenanciers du comté de
Kent ayant présente à la chambre des
communes une pétition où ils s'éle-
vaient contre les abus que cette cham-
bre f-jisait de son pouvoir , trois des
signataires de la pétition furent ar-
rêtés et mis en prison. Cet acte de
pouvoir arbitraire excita l'indignation
de De Foé ; il publia un mémoire très
hardi, qui finissait par ces mots: « Les
» Anglais ne veulent pas plus être
» esclaves des parlements , que des
•» rois; notre nom est légion, et nous
» sommes une multitude. » Pour faire
parvenir plus sûrement le mémoire à
sa destination, il se déguisa en femme,
et le remit lui même à l'orateur des
communes, au moment où il entrait
dans la salle. Il publia successivement
plusieurs pamphlets écrits dans le
même esprit de liberté, et qui se font
lire encore aujourd'hui. Après la mort
de Guillaume III, en 1702, les que-
relles religieuses se ranimèrent sous
le gouvernement de la reine Anne,
qui favorisait le parti des Tory s. De
Foé excita un grand soulèvement con-
tre lui dans ce parti, par la publica-
tion d'un pamphlet en faveur des non-
conformistes , et contre l'intolérance
de l'église anglicane. Le pamphlet fut
dénoncé à la chambre des communes ,
qui le fit brûler par la main du bour-
reau , et vota une récompense de 5o
liv. sterl. pour celui qui en découvri-
rait l'auteur. Etant informé que l'im-
primeur et le distributeur du pamphlet
étaient menacés d'être arrêtés , il prit
le noble parti de se présenter lui-même
à ses juges ; il comparut à la barre des
communes , et plaida sa cause avec
beaucoup d'esprit et d'éloquence. Il
donna sur les passages de son écrit qui
FOÉ 117
avaient paru les plus répréhensibles,
des explications qui auraient pu satis-
faire des juges impartiaux, mais qui
ne purent désarmer la violence de l'es-
prit de parti. Il fut condamné à être
exposé au pilori, à un emprisonne-
ment de deux ans , et à une forte
amende , qui le dépouillait de toute
sa fortune. Il subit l'exposition infa-
mante du pilori, avec le calme et la
fermeté tl'un homme à qui sa cons-
cience ne reproche rien contre l'hon-
neur et contre la justice. Il fut soutenu
d'ailleurs dans cette humiliante situa-
tion par l'intérêt général qu'il inspira
à ceux qui en furent les témoins. Eu
Angleterre , ce genre de supplice ne
flétrit qu'autant que l'opinion publique
est d'accord avec le jugement qui l'a
infligé. C'< st là que
Le crime fait la honte , et non pai Téchafaud.
A peine rentré dans la prison. De Foc
écrivit un ffjmne au Pilori , où l'on
trouve beaucoup de verve et d'éner-
gie
avec des sarcasmes très mor-
dants contre ses persécuteurs. Dsns la
solitude de sa captivité , il continua
d'écrire sur divers objets. Il y com-
mença, en 1704 , /« Revue ^ ouvrage
périodique, supérieur à tout ce qui
avait paru jusque-là en ce genre , et
qu'il termina en 1 7 1 5 ; il y en a 9 voL
in - 4°., dont le recueil est devenu si
rare que l'on croit qu il n'en existe plus
un seul exemplair; complet. Quel que
soit le mérite réel de cet ouvrage , le
succès en a été fort avantageux à la
littérature, en donnant naissance , à
ce qu'il paraît, au f imeux Spectateur,
imaginé par Steele, et immortalise'
par Addison. Le comte d'Oxford ayant
procuré à De Foé la liberté et les bien-
faits de la r* ine , il publia en 1 706 un
poème satirique intitulé De jure divino,
où il attaquait la doctri.iede l'obéissance
passive et de droit divin. L'exécution
ne répond pas à l'importance du sujet.
ii8 FOÉ
Les principes ainimonarclnques dont
il faisait prolessioii , n'empêchèrent
point la I cine Anne de le charger de
différentes missions secrètes. Il fut en-
voyé en Ecosse pour y disposer les
esprits à l'union projetée des deux
royaumes. C'est pour se rendre popu-
laire auprès de cette nation prévenue
contre lui , qu'il composa son poëme
jdc Caledonia, Lorsque le projet de
l'union eut son éxecution , De Foé en
publia en 1709 l'histoire , qui fut
réimprimée en 1712 , et l'a été de
nouveau en 1 78(3, lorsqu'il était ques-
tion de la réunion de l'IrLnde aux
deux royaumes. Il composa une His-
toire des Adresses , en deux parties ,
qui parurent en i 709 et i 7 i i . 11 ai-
mait surtout à faire de.> projets. Parmi
ceux dont il fut occupé, il en est un
qui ne doit pas éire oublié. 11 proposa
rétablissement d'une société littéraire,
chargée spécialement de travaiUer à
cpurer et perfectionner la langue an-
glaise , c'est - à - dire , à déterminer
d'une manière stable les formes de sa
syntaxe et les diverses acceptions de
ses mots. Ce vœu a été c«lui de la
plupart des écrivains anglais qui ont
écrit leur langue avec le plus d'élé-
gance, Addison , les lords Boling-
broke , Chesterfield , Orrcry et d'au-
tres. Swift a rédigé un plan spéciale-
ment consacré à cet objet, dans un
petit écrit aussi ingénieux que solide.
Tout homme qui a léfléchi sur la na-
ture des langues , ne peut penser au-
trement ; car le langige n'étant qu'une
collection de signes convenus, la lan-
gue d'un peuple ne méritera véritable-
ment ce nom qu'autant que la conven-
tion aura déterminé invariablement,
ou à peu près , la valeur des signes.
Quelques pamphlets d'un ton ironi-
que , écrits par Dr Foé, en faveur de
\a suc<ession dans la maison d'Ha-
|ipY|rç> lui allirèrcût un cinphsounc-
FOÉ
ment momentané ; et il eut ensuite le
chagrin plus amer de se voir néglige
par le nouveau gouvernement , qu'il
avait servi avec tant de zèle. Une at-
taque d'apoplexie qu'il éprouva à cette
époque, acheva de le détourner pour
toujours de l'arène politique , où il
n'avait rencontré que des ennemis ou
des ingrats, pour s'occuper unique-
ment de la littérature, où il trouva
plus de repos , et acquit une réputa-
tion plus durable. Pairai les ouvrages
qu'il donna au pubhc , après sa re-
traite , on cite ^Instituteur de fa-
mille y 1715, réimprimé pour la 1 7''.
fois en 1772, dont la forme drama-
tique paraît avoir servi de modèle à
Richaidsou ; la Fie et les Aventures
surprenantes de Bobinson Crusoé ^
1719; la Fie et les Pirateries du
capitaine Singleton , 1720, roman
dans le même genre que Robinson ,
m is bien inférieur ; Histoire de
Duncan Campbell y 1720J Religious
courtship, traité de morale religieuse
qui a eu au moins vingt éditions; /owr'
liai de la Peste de Londres en 1 665y
1722 (supposé écrit par un témoin
oculaire) ; L'Art de peindre, d'après
Dufresnoy, poëme qu'il eut tort de
traduire après Dryden j Histoire de
Mollj Flanders , 1 721 ; Histoire du
colonel Jack , 172.2; Histoire de
Roxane ; Mémoires d'un cavalier ,
roman historique assez estimable ; la
Maîtresse fortunée , 1724; nu inté-
ressant Fo;} âge dans la Grande-
Bretagne, divisé en circuits ou jour-
nées, 3 parties, 17*24, continué par
Bichardson et d'autres littérateurs ;
la 8*". édition , publiée à Londres eu
1778, a 4 vol. in - \'i; Nouveau
Foyage autour du Monde , par une
route nouvelle, 17 2 5;- c'est un voyage
imaginaire , ingénieux et amusant ; le
Parfait Commerçant anglais , 3
vol., 1727; ù rtconiuiandait aux
FOÉ
îîpgociants des idées trop libérales
pour obtenir du succès ; un Traité
sur iusage et Vahus du lit conju-
gal , etc. Daniel de Foé mourut ci Is-
lingloa , en avril 1751.II réunissait
le talent de l'écrivain à celui de rhorame
d'affaires , la fermeté , le courage et
l'activité aux goûts paisibles de la litté-
rature.Quoiqu'homme de parti, il mon-
tra en général imc impartialité coura-
geuse ; il servait la cour sans la flatter,
et ne ménageait les méchants sous au-
cune livrée. « En fait de vices , dit-il
dans la Réformation des Mœurs , je
ne connais ni Whig ni Torj' /]e n'ai
alTaiie qu'à deux partis, celui des
hommes vertueux , et celui des hom-
mes vicieux. » Ses ouvrages furent
trop nombreux et trop divers : à côté
d'un traité de morale et de reh'gion ,
l'on voit une Sctire virulente ou un
conte licencieux. Ses romans de
Mollj Flanders et du Colonel Jack
sont des peintures du vice dans toute
sa laideur : et il est sans doute des
moyens plus sages d'inspirer le goût
de la vertu. Dans la Fision du Monde
an^élique , et dans le Philosophe
surnaturel y ouvrages que nous vou-
drions être dispensés de citer, il s'est
montré imbu d'une superstition bien
ridicule. Il paraissait revenu à des
idées plus saines lorst^u'il publia l'^ts-
ioire politique du Diable, en 17-26,
et le Sjstèrde complet de magie y
eu i7'27 ; cependant son Essai sur
l'histoire et la réalité des appari-
tions , publié la même année, est écrit
dans un esprit bi< n différent. Geia est
à peine cr«y b!e , et l'on est tenté de
penser que c*est TtiTct d'une ruse de
se> ennemis, qui lui ont attribue tant
d'autres écrits ou dangereux ou absur-
des. Quelques plaisantcnes contre les
sylphes et les gnomes, insérées dans
sou Système comjnei de magie, allu-
mèrent la colère de Pope, qui par-
FOÉ ï 10
donnait rarement les offenses^ et qui
plaça le nom de De Foé d'une manière
très méprisante dans sa Dunciade. On
a remarqué que les ouvrages auxquels
il a mis lui-même son nom et dont il
tirait le plus de vanité, sont oubliés ou
dédaignés aujourd'hui , tandis que ses
productions anonymes lui ont valu
toute sa célébrité. Le ^o/;m.yo» Crusoé
fut quelque temps attribué à Steele ,
et cette erreur contribua sans doute à
son SJiccès; cependant il est du nom-
bre de quelques bons livres qui trou-
vèrent à peine d'abord un libraire qui
voulût en donner quelques louis, mais
qui enrichirent ensuite considérable-
ment leur propriétaire. C'est presque le
seul ouvrage de DeFoéqui soit connu
en France , où il a été traduit dès
1720, par Saint-Hyacinthe et Van-
Effcn. Celte tradiiction française, revue
et corrigéo sur la belle édition que
Stockdale a donnée de l'original en
1 790 , a été réimprimée par Ch. Panc-
koucke, en l'an 8 ( 1 800), en 5 v. in -8".,
avec 19 gravures , le portrait de Tau-
t<ur et une notice sur sa vie, par La-
baume. G. E. J. M. L. ( Madame de
Montmorency-Laval) a donné une édi*.
tion du texte anglais avec une version
française inlerlinéaire , Dampierre ,
1 797 , 2 vol. in 8". ( Foj. FErxRY. )
Il a paru , en 1 768 , un abrège du
Foman de Robinson Crusoé. IjSiUlenr ,
M. de Montre ilie , annonce qu'il en a
surtout retranché les maximes dange-
reuses. Il y a, dans la lecture de cet
abrégé, un danger inévitable, c'est
celni de s'^ennuyer. M. Camp»^ , alle-
mand, a donné le Nouveau Robinson^^.
adapté à l'usage des enfants. Voici ce
que J. J. Rousseau dit, dansson EmilCy
du roman de De Foé : a Pni^q^u'il nous
faut absolumeiit des livres, il en existe
un qui fournit, à mon gré, le plus
heureux traité d'éducation naturelle..
Ce livre sera le premier (jue lira tùoii;
lîo FOÊ.
Emile ; seul il composera long- temps
tonte sa bibliothèque , et il y tiendra
toujours une place distinguée. Il sera
le texte auquel tous nos entretiens sur
les scieiicf s Uriturelles ne seryironf que
de commentaires. Il servir» d'épreuve,
durant nos progrès, à l'état de notre
jugement ; et tant que notre goût ne
sera pas gâté , .^a lecture nous plaira
toujours. Quel est donc ce merveilleux
livre? Est-ce Aristotr ? Est-ce Platon ?
3Son , c'est Bohinson Crusoé, » C'est,
en effet , un livre original , où Ton
trouve de l'intérêt dans le plan , de
l'invention dans les incidents , de la
variété dans les détails , et un grand
Mature! dans les sentiments et dans le
ré( it. Il plaît aux bons esprits , et il
instruit et amuse les enfants ; c'est le
livre de tous les pays et de tous les âges;
aussi a-t il réussi chez toutes les na-
tions. 11 aurait encore plus de succès
en français, si la traduction était écrite
d'un ton plus naïf à la fois et plus ani-
mé. Les ennemis de fauteur, qui lui
avaient d'abord reproché d'avoir forgé
un roman sans vraisemblance, ont vou-
lu eusuite lui ravir le mérite de l'in-
vention. Le capitaine Woodes-Rogers
avait donné , en i -j 1 2 , dans la rela-
tion de ses voyages, des détails sur un
matelot écossais , noanmé Alexandre
Seikijk, qu'il avait ramené de l'île de
Juan Fernandès , où il avait vécu seul
pendant quafre ans et quatre mois(i).
f'oj. J. FernandÈs. ) On suppose
que c't'sl là que De Foé a puisé la pre-
mière idée de son ouvrage ; ce qui
n'est pas sans viaiserablance, et ce
qui diminuerait peu le mérite de l'au-
teur : mais on croira diffi ilement
qu'il n'ait fait querédi jier des mémoires
manuscrits qui lui auraient été confiés
par Scikirk lui-même, comme le doc-
{i") VovM , «tans les j^nnalcs des Voynget , un
Mé^noirc Je M, Malie-lirun tur le premier B.0-
kixuvn.
FOE
teur Beattie le fait entendre dans se»
Disserlations morales et critiques.
M. James Stanier Glarke , dans un ou-
vrage intitulé , Naufragia , ou Mé-
moires historiques sur des naufra-
g^5 , Londres , i8o5 , in- 12, rap-
porte , d'après le Gentleman s Ma-
gazine de I -^88 , une lettre qui tenci
à faire croire que le premier volume
de Robinson est l'ouvrage du comte
d'Oxford , pendant son emprisonne-
ment à la tour de Londres. M. Glarke
croit apercevoir, en effet , une grande ^
inégalitédanslacompositioudecelivre,|
parmi les ouvrages qu'on ;ittribue à De "
Foé on cite encore un roman historique
sur Gustave Adolphe, qui porte un
air de vérité assez frappant pour que
l'anglais Harthe l'ait pris pour une
histoire véritable. Daniel Dp Foé avait
eu six enfants , dont un fils, qui par-
courut obscurément la carrière litté-
raire, et une fille , qui épousa Henri
Backer , auteur du Microscope rendu
facile. On a publié à Londres , en
1810 , en 4 vol. in-8'. , une édition
nouvelle des romans réunis de Daniel
de Foé. S - d.
FOEDOR , Fojr. Fedor.
FOÈS (Anuce), célèbre médecin
et savant helléniste du i&, siècle ,
naquit a Metz en 1 5i8. Il commença
ses études dans cette ville , et vint les
terminer à l'université de Paris , ou
il étonna ses maîtres par son applica-
tion et la rapidité de ses progrès , sur-
tout dans la langue grecque qui lui de-
vinlextrêmementfamilière.Aprèsquel-
que incertitude sur la profession qu'il
embrasserait (car il était né pauvre), il
se décida pour la médecine, et eut pour
maîtres deux des hommes les plus dis-
tingués de la faculté de Paris, Jacques
Goupil et Houllier, qui ne tardèrent
pas à découvrir tout ce que valait leur
élève. Fernel sut aussi l'apprécier; et,
\oulant faire tourner au profit de k
FOE
science et de la littérature médicales la
profoude connaissance que le jeune
Foès avait de la langue d'Hij)pocrate,
il employa le crédit que lui donnait sa
place de premier médecin de Henri II,
pour lui faire confier les manuscrits
grecs les plus rares et les plus pré-
cieux de la bibliothèque de Fontaine-
bleau. Huullier et Goupil Tencoura-
gèrent également, en lui procurait"
«ne bonne copie du manuscrit du
Vatican, et tous les morceaux l)ip|)o-
cratiques qu'ils pureiitrassembler.C'est
ainsi que Foès se prépara de bonne
heure de précieux matériaux pour les
ouvrages qui ont rendu son nom si
recommandable, soit comme méde-
cin, soit comme érudit. Il n'avait en-
core que le degré de bachelier , lors-
que,ne pouvant rester plus long-temps
à Paris, à cause de l'insuffisance de
ses moyens , il retourna en 1 556 ou
i557 dans sa patrie : là, il s'acquit
une telle réputation par ses talents ,
qu'il succéda à Gonthier d'Andcrnach
et à Lacuna, dans la charge de méde-
cin public de la ville de Metz , et que
plusieurs princes étrangers voulurent
l'attirer à eux par des offres avanta-
geuses ; mais ce fut en vain. Il parta-
geait tout son temps entre l'exercice
de son art et la méditation des œuvres
d'Hippocrate. Il s'attachait surtout,
dans sa correspondance avec un grand
nombre de médecins français et étran-
gers , à remettre en honneur la doc-
trine du vieillard de Cos, et à détruire
celle desarabistes, qui, à celte époque,
avait encore de nombreux et zélés par-
tisans. Foès commença sa carrière lit-
téraire , en traduisant le deuxième
livre des maladies populaires d'Hip-
pocrate, et il dédia sa traduction à
Charles III, duc de Lorraine. Cette
production inrilule'e, Ilippocratis Coï
liber secune/us de morbis vulgaribus,
âifficiU'mus et pulçJierrimus , olim
FOE 121
à Galeno commenlariis ilîustratuSy
qui temporis injuria inlerciderunt ^
nunc vcrb penè in integrum resti-
tutus, commentariis sex et latinitate
donatus,iyà\e, i56o,in 8\, renferme
de savants commentaires : aussi ac-
crut-elle la réputation de Foès. La
même année, il fut reçu docteur de la
faculté de Pontâ Mousson ; et , l'année
suivante , il publia : Pharmacopœia ,
medicamentorum omnium tracla-
tionem et usum ex antiquorum me-
dicorum prœscripto continens, etc.
Baie, i56i, in-8 .; ouvra?;e enraie-
ment dédié au duc de Lorraine. Tou-
jours occupé des écrits d*Hippocrale ,
Foès, pour éclaircir ce qu'ils pouvaient
présenter d'obscur , eut l'idée de ran-
ger par ordre alphabétique tous les
termes dont le sens équivoque récla-
mait une interprétation exacte : il eut
besoin , pour remplir celte tâche dif-
ficile , de s'étayer d'une vaste érudi-
tion , de collationner les meilleurs ma-
nuscrits , et de mettre à contribution
les savants, les philosophes, les
poètes, les historiens, les grammai-
riens de l'ancienne Grèce; c'est ainsi
qu'il cite tour à tour dans leur langue,
Homère, Platon, Aristofe, Plutarque,
Thucydide, Xénophon , Galien , Athé-
née, Théophraste, Dioscoride, Aris-
tophane, Théocrite, Hésychius , Ero-
tien , etc. , suivant que le témoignage
de ces auteurs lui devient néces-
saire. L'ouvrage qui résulta de ce
long et pénible travail , parut sous
ce titre : OEconomia Ilippocratis ,
alphabeti série dislincta, in qud
dictionum apud Hippocratem om-
nium > prœsertim obscuriorum , usus
explicatur , et velut ex amplissimo
penu depromitur, ità ut lexicon Hip-
pocrateum meritb dicipossit, Franc-
fort , 1 588 , in-fol. , Genève, i QQ'?. ,
in-fol.: il fit une grande sensation dans
le monde savant , et il loénte encore.
m
I2Î , FOE
aujourd'hui le succès qu'il eut dans
6011 origine; en sorte qu'il est devenu
réellement classique, et indispensable
à ceux qui veulent consulter l'oracle
de la médecine dans l'original. Ce lexi-
con , en donnant la mesure du talent
de Focs , prouva qu'il n'y avait pas
d'homme j)lus capable que lui défaire
jouir le public de la collection entière
des œuvres du médecin grec, collec-
tion qui manquait alors , et qui avait
surtout besoin d'un bon interprète.
Pressé par les sollicitations de ses
amis, tant FrJUçais qu'Italiens et
Allemands , il céda à leur vœu , em-
ploya encore sept années de recher-
ches et de veilles , et publia enfin les
OEuvres complètes du vieillard deCos,
sous ce titre : Ma^ni Hippocratis opé-
ra amnia quœ exlanl, gr. lat. Franc-
fort, iSgS, i6o5, 1624, 1(557, in-
fol.; Genève, 1675, 2 vol. iii-fol.
Cette dernière édition renferme l' OE-
conomiay et de plus les Glossaires
d'Erotien , d'Hérodote et de Galien :
la première de toutes est la mieux
imprimée. Cet important ouvrage ré-
pondit à l'attente des savants : il est
encore le meilleur que nous ayons au-
jourd'hui, soit pour les variantes et la
correction du texte, soit pour la saine
ciitique, la fidélité de la traduction et
ïes doctes commentaires ; aussi est-il
fort recherché , et commcnce-t-il à
devenir fort rare et cher. Placé dès -
lors au rang des plus excellents hellé-
nistes , Foès ne jouit pas longtemps
de sa gloire ; l'excès du travail avança
sa carrière , et il n'y avait pas encore
une année qu'il avait mis au jour sa
dernière production, lorsqu'il mourut
le 8 novembre i SqS, à l'âge de 6(5 ans.
M. Pcrcy a prononce le 27 novembre
181 1 , à la séance publique de la fa-
culté de médecine de P.iiis, l'cloge
historique de Foès , pour l'inaugura-
tiou du buslc de ce laborieu^w ccrivoiu :
FOG
cet e'ioge, très intéressant , a e'té inséra
dans le Magasin encyclopédique ^
cahierde février 1812. R — d— n.
FOGEL (Martin), en latin Fo-
gelius, m.il nommé ^oge/dans quel-
ques dictionnaires, né à Hambourg
en i652, étudia d'abord la théoloi;ie
et s'appliqua ensuite à la médecine,
science dans laquelle il fil d'àsseï
grands progrès. Après avoir terminé
ses cours , il se rendit en Italie et prit
ses degrés à l'université dfe Padoue ;
il consacra ensuite quelques années à
visiter les principales villes d'Italie et
d'Allemagne , et revint en 1 666 dans
sa patrie , où il exerça son art avec
beaucoup de réputation. En »672 , il
fut nommé professeur de logique et
de métaphysique au gymnase de Ham-
bourg; il mourut en celle ville le 9,1
octobre i(»75, à l'ôge de ^1 ans. Le
principal ouvrage de Fogel ne parut
que quatre années après sa mort; il a
pour titre : Joachimi Jungii prœci-^
puœ opiri'ones physicœ passirn re-
ceptœ , hreviter qiiidem sed accura^
tissimè e:r<5tmmrtto,'Iiaiu bourg, 1 679,
in- 4"- (^)" connaît enrore de lui : Oh-
servatio de suhmersisnon suJJocatiSy
insérée dans le n°. i 1 5 des Ephéme-^
rides dèi^*académie des Curieux de la
nature. Fogel avait une bibliothèque-
assez curieuse , surtout en livres de
son état ; le catalogue en fut imprime
à Hambourg en 1698, in-i 2. iMorhof,
quiétaitson ami particulier, rapporte
dans ?,onPoljhisior{\^ 7,45,pag.6i ),
le détail de près de quarante ouvrages
qu'il avait laissés inédits, dont la plu-
part étaient prêts pour l'impression,
surtout ['Historia fynceorum., en
2vol.(i), et le commentaire De Tur-
caium nepenthe , qui était sans doute
(1) LtibiiiU , ayant acquis ce précirnx m»ru»-
nit, le déposa à la bibliothèque Je Wolfenbull.?! »
où il le cou«erve «iicorc. Biancbi ( Janu» Plançiu )
• co éunt (trococé une copie , en inséra le pcécis
FOG
un iraité de Tusage de l'opium chez
les Tuiks. Parmi les autres on remar-
quait une Historia medicorum prœ-
teritay servant de supplément à toutes
les autres biographies de médecins;
Historia geographorum ; historia
mapparum ; lier per Germaniam ,
Itcdiam . Galliam^ HispaniametBel
^ium; Didactica didaclicœ ^ Histo-
ria Mathematicorum prœterita ;
Historia heurelicœ ( i ); Historia phi-
lologorum ; De Lingud Finnicd ob-
servationes; Germanicœ linguœ ely-
moscopiaiEt^moscopiaphilosophica
(jiid ostenditur cognatio totius ferè
telUiris linguarum; Linguarumva-
rielates. — Son fiis , Cliarles-Jcan
FoGEL , reçu, en 170*2, licencié en
droit à Orléans , exerça la jurispru-
dence à Hambourg , sa patrie , et s'y
fit connaître par quelques travaux lit-
téraires. — Ses deux fils, Théodore-
Jacques et Jean-Henri Fogel, ont
publié en commun une Notice sur
plus de 5oo HamhouTgeois qui ont
occupé des places honorables hors
de /ewr ^afne, Hambourg, 1755,
in-S". , et une Notice des ecclésias-
tiques qui se sont distingués dans
les pajs étrangers^ 2^ édition aug-
mentée, ihid. 1758, iu-4". Ces deux
ouvrages sont eu allemand. Théodore-
Jacques a été l'éditeur de hBibliotheca
Hamburgensium eruditione etscrip-
tis clarorum, ibid. 1 708, in-fol. dont
son père avait laissé le manuscrit.
W— s.
FOGGINI ( Pierre - François ),
prélat romain , préfet de la bibliothè-
que du Vatican , naquit à Florence en
dans Téfîition qu'il douna en i-^^!i Au Phjiobasa-
no/ de Fab.Colonna. ;^. Tart/BiAïiCBi ^ IV, 442)
et la Lttlte tiir l'état det sciencet jfhy. tiques et
r.alurellcf à Home depuis deux siècles^ par
rabbé IVstà , fiatée du xo avril 1790, et insérée
dans le Juurnal det Savaa ts du même mois.
{l^ L'art d'inventer, du verbe grec £U^>t7X(y ,
je trouve. Cest par iii&ùverlance que dans la note
de l'article iJoîJMERica oa a dtrJTé ce terme du
»iot aliemand hovait.
FOG 125
1715. Son père, sculpteur et archi-
tecte habile, attaché à la cour^ donna
à son fils le goût des arts : cependant
le jeune homme, s'étant décidé pour
l'état ecclésiasiique, fut placé au sé-
minaire de Florence, où on lui confia
le soin de la bibliothèque j ce qui dé-
veloppa en lui l'amour de la lecture.
Il étudia à Pise sous le célèbre Grandi,
et y prit le bonnet de 4octeur en théo-
logie. Le collège des théologiens de
Florence l'admit dans son sein ea
1737. L'année suivante, il publia des
Thèses historiques et polémiques
contre les quatre articles du clergé de
France de i68'2; en 1740, une dis-
sertation sous ce titrf : De primis
Florentiîiorum apostolis exercitatio
singularis , {0-4".; en 1 74 ï ^ De ro'
mano D. Pétri itinere et episcopa*
tu y € jusque antiquissimis imagini'
bus y ni-^°.y contre ceux qui préten-
dent que S. Pierre n'alla jamaisa Rome,
et qu'il n'en fat point évêque; en
1 74'2, La ver a isloria di S. Romulo,
vescoifoeprotettorediFiesole, 111'^°. j
où il réfute, peut-être avec tit)p d'ai-
greur, quelques écrits du P. Fidèle Sol-
dani, auteur de l'Histoire du monas-
tère de Passiguano ( 1 ). Mais ce qui
le fît connaître plus particulièrement
à cette époque, ce fut la publica-
tion du fameux manuscrit de Vir-
gile , conservé dans la bibliothèque
des Médicis (2) : P. Virgilii Maronis
codex antiquissimus à Rufio Turcio
^proniano distincius et emendatus ,
Florence, i 74^ ? in-4 . Cette édition.
(i) Cette dissertaiion ne mit pas fin à la discus-
sion de ce point de théologie ou de critique litté-
raire. Jac. Nie. Gatloliui écrivit encore en 175 1
pour soutenir que le S. Romulo, patron de Fie-
sole , était un disciple de 6 Pierre. Mais l'opi-
nion qui en fait un évêque de Fies^de, mort au
quatrième siècle, prévalut; et 15i;<nucci , leP.Ma-
macni et le savant Lami écriviieiit dans le luè'.uc
sens que Foçigiai.
(2) Heinsius a donné sur ce wianuscrît, que l'oa
croit plus accieu que celui du Vatican, une dis-
sertation qui est iûscrée au tome I du Virgile de
iJurmauii.
i'i[ FOG
exécutée en lettres onciales à l'instar
du matiiiscrit, lui ouvrit rentrée de
racâdëmie florentine , de celle des
Aplliisles, de l'acadëmieecclësiastique
de Lucques, des Errantidv Fermo ,
des Etrusques à Corfone, des Arca-
dicns à Rorae, etc. La chaire d'histoire
ecclésiastique, à Tuniversité de Pise,
étant devenue vacante, il fut question
de la lui donner; mais dans le même
temps,, le prélat Jiottari, son conci-
toyen , qui était attaché à la bibliolbè-
qne du Vatican , l'invita à venir se
fixer à Rome, où son goût pour l'é-
tude et pour l'érudition trouverait plus
aisément à se satisfaire. Fogpjini s'y
rendit en effet, et Benoît XIV lui
donna une place dans l'académie d'his-
toire pontificale qu'il avait établie.
JVÎais au lieu de travailler à l'histoire
des papes, comme ce titre semblait l'y
cng'iger, il s'attacha à l'examen des
m inuscrifs du Vatican. Le premier
fruit de ses travaux en ce genre fut la
publication d'une ancienne traduction
Jat ine du livre de S. Epiphane , adressé
à Diodore, sous ce tiire : Des douze
pierres précieuses du rational du
grand-prétre des hébreux; elle parut
en 1745, avec une préface et des
notes de l'éditeur. Le cardinal Néri-
^farieCorsini, neveu de Clément XII,
le nomma à un bénéfice dans l'église
4e St.-Jean de Laîran, et le fil son
théologien. Après quatre ans de sé-
jour à Rome, Benoît XIV l'associa à
Jiottari, dans la place que celui-ci oc-
cupait à la bibiiothique vaticane. Ces
deux amis vivaient et travaillaient en-
semble : une conformité de goûts les
av^it unis. Tous deux avaient, sur
quelques points, une manière de voir
particulière; on croit que ce furent
eux qjii traduisirent ou qui firent tra-
duire, en italien, [' In slruction pasto-
rale de Fitz-J unes contre B-rruver,
\ Exposition de IVIéâcnguy et d'autres
FOG
écrits du même genre. En 1 75o , Fog- 1
gini donna des Instructions et des *
Prières à l'occasion du jubilé, et pu-
blia une ancienne version latine du
commenl.iire de S. Epiphane de Sala-
mine, sur le Cantique des cantiques.
En 1 7 Sa parut, en latin , son Accord
admirable des Pères de V église , sur
le petit nombre des adultes qui doi-
vent être sauvés. Cet écrit est dirigé
contre l'archevêque de Fermo , Bor-
gia , qui avait avancé une doctrine
contraire. Lequeux en a donné une
édition latine à Paris, en 1769, et
une traduction française en 1 760. En
1753, Foggini revit ou composa une
collection d'opuscules contre les dan-
ses et les spectacles; quatre de ces
écrits sont de S. Charles Borromée ,
de S. François de Sales et de S. Phi-
lippe Néri. Une collection plus vo-
lumineuse est celle que le même édi-
teur commença adonner, en 1754,
des écrits des Pères sur les matières
de la grâce. Les deux premiers volu-
mes , publiés cette année-là , renfer-
ment des traités de S. Augustin , que
Lequeux a aussi traduits; le S*"., des
ouvrages de S. Prosper, traduits par
le même; puis ceux de S. Fulgence,
de S. Rémi de Lyon , de S. Prudence
de ïroycs : il y a en tout huit volumes.
Les autres productions de Foggini que
nous citerons, sont le Traité sur le
clergé de S. Jean de Latran, 1 743;
VAppendix à l'histoire Byzantine ,
1 777 ; Ferrii Flacci fastorum anni
Romani reliquiœ , et operum frag^
menta omnia , Rome, i 779, in-folio.
Ces fragments authentiques du calen-
drier des Romains , sont tirés en grande
partie d'amieiines inscriptions décou-
vertes à Palestrina. Il fui aidé dans ce
dernier travail par son neveu , Nico-
las Foggini. Ou a encore de lui plu-
sieurs diss<Tlations sur des sujets d'é-
ruditiou et d'nnliquiiés. Il cul part à
FOG
h confiance du carilinal André Corsi-
lii, de même qu'il avait eu celle de son
grand oncle; et comme ce cardinal fut
un des cinq nommes par Clément XI V
pour les affaires des jésuites, Foggini
eut quelque influence sur le sort de
ces religieux. On assure qu'en satisfai-
sant son peu d'inclination pour leur so-
ciété, il eut des égards pour ses mem-
bres; il fut chargé spécialement de la
surveillance du collège anglais , de
l'inspection du séminaire de Sabine,
et de celle du collège Bandinelli. Pie VI
!e fit depuis son camérier secret , et
préfet de la bibliothèque vaticane, à
la mort d'Etienne-Evode Assemani ,
archevêque d'Apamée : seulement, vu
son âge, il lui accorda le titre d'émé-
ritc , avec les émoluments de la place.
Une ophtalmie opiniâtre vint priver
Foggini du plaisir de l'étude ; il sup-
portait cette privation avec patience,
lorsqu'il fut frappé d'apoplexie le 3i
mai 1^83.11 mourut le 2 juin suivant,
à l'âge de 70 ans. On publia à Flo-
rence son éloge, d'où nous avons ex-
trait cet article. Cet éloge paraît être
de son neveu. P — c — t.
FOGLIANI ( Louis), en latin Fo-
lianus, musicien, né à Modène, dans
le i6^ siècle, fit d'excellentes éludes,
et se servit des connaissances qu'il avait
acquises dans les langues pour compa-
rer les ouvrages des anciens relatifs à la
musique, et en déduire de nouvelles
hypothèses. On voit par une lettre que
lui écrivait Pierre Aretiu, le 3o no-
vembre 1537, qu'il avait le projet de
traduire en italien les ouvrages d'Ans-
tote; mais il mourut avant d'avoir ter-
miné ce travail, vers 1539, dans un
âge peu avancé. On a de lui : I. Mii-
sica theorica^ docte simul ac diluch
de pertractata, in qud quamplures
de harmonicis intervallis non prias
tentatœcontinenturspeculationes,\e'
nise^ i529, iu-fol.Getouvrage curieux
FOG 1^5
renferme des idées alors nouvelles sur
la valeur des tons, des serai-tons, et
sur les repos en musique. J. B. Doni
et le P. Martini en parlent avec les
plus grands éloges. U.Refugio di du-
hitanti. Tiraboschi croit que cet ou-
vrage traitait aussi de la musique. Ca-
therine Ferri présenta une requête, en
1 538, pour obtenir la permission de
le faire imprimer; mais des motifs
qu'on ne connaît pas , en empêchèrent
la publication. III. Flosculi phiîoso-
phiœ Arislotelis et Ai^errois. Il existe
un exemplaire de ce manuscrit à la
Bibliothèque du roi. — Fogliani
( François ), jésuite, né en 1 543 dans
la Valteline, embrassa la vie religieuse
à l'âge de 1 6 ans , et fut envoyé à liome
pour y terminer le cours de ses études.
Il se fit bientôt remarquer de ses con-
frères par sa piété et son zèle dans la
pratique de toutes -les vertus chrétien-
nes. Son humilité était si grande qu'il
fallut un ordre exprès de ses supérieurs
pour le déterminer à recevoir la prê-,
trise. Après avoir rempli les devoirs
de son état, il se livrait, dans l'in-
térieur de la maison, aux travaux les
plus pénibles et les plus vils. Les aus-
térités qu'il pratiquait étaient effrayan-
tes. 11 portait continuellement un ci-
lice, et, chaque jour, il se déchirait le
corps à coups de fouet. 11 passait la plus
grande partie des nuits à genoux , en
prières; et souvent il se refusait le peu
de nourriture dont il avait besoin. Il
avait une dévotion particulière envers,
la Ste.-Tïinité; et. chaque année, il
en célébrait la fête par un redouble-
ment de jeûnes et d'actes de pénitence»
Ce saint religieux mourut en i6og,
d'une fièvre maligne, qui l'enleva au
bout de trois jours. Le P. Sotwel assure
que le cœur du P. Fogliani fut trouvé
marqué de trois taches blanches , qui
se réunissaient en un seul point. Ôa
conservait dans la bibliothèque des je-
1^6 F 6 G
suites à Rome les nombreux ouvrages
du P. Fojïliaui , parmi lesquels on cite
un Traité de la dévotion aux saints
uénges; trois mille Distiques surVa-
mvur de Jésus- Christ ^ un Recueil
de prières divisé en trois livres. Tous
ces ouvrages sont en lalin. — Foglia-
wi (^igisniond), littérateur, ne' à Bor-
mio dans la Valleline, au lô*". siècle,
professa la rhétorique à Reggio avec
une grande réputation. On a de lui:
Epistolarum libri F, Milan, iS^ç),
in-S". Cette édition étnit défigurée par
un grand nombre de fautes d'impres-
sion , l'auteur en publia une nouvelle ,
Venise, 1587, in-4°., à laquelle il
ajouta douze Harangues prononcées
dans des occasions d'éclat. Tiraboschi
parle avec éloge des harangues de Fo-
gliani ; et Goëize recommande la lec-
ture de ses Lettres, tant pour la beauté
du style, que pour riulérêt des ma-
tières qui y sont bien discutées. — »
PoGLiANi ( Louis), jurisconsulte, né à
Modène, en i65o, remplit pendant
plusieurs années la place de juge, et
ensuite celle de beutenant à Rega,io ,
où il mourut le 9 mars 1680, à l'âge
de 5o ans. C'était un homme instruit,
aimant les lettres, et les cultivant avec
succès. Outre des poésies éparses dans
ditTérenls recueils, on connaît de lui
les doux opuscules suivants : I. In
ohilum S. Principis Almerici Es-
tensiSy et card. Julii Mazarini ele~
gia , Heggio, 1661 , in-4®. IL Sag-
gio délie glorie del S. Alfonso IF,
duca di Modena , orazione , ibid. ,
i663,in-4". W— s.
FOGLIANO. Famille noble et quel-
quefois souveraine de Reggio. Cette
famille s'était distinguée dans le 1 3 ".
siècle en commandant les Gibelins :
elle y partageait alors l'autorité avec
les familles rivales des Koberti, Man-
frcdi, et Pii. Au commencement du
i4". siècle, tous les chefs de parti,
FOG
dans foutes les villes, aspirèrent à \a.
tyrannie, et les Fogliani se rendirent
à plusieurs reprises souverains de Reg-
gio. Ils cédèrent, en i53i, cette sei-
gneurie au roi Jean de Bohême , la
rachetèrent de lui à son départ , mais
ne purent la défendre contre une
liguo formée pour les dépouiller j
et le 5 juillet i355, ils vendirent leur
petite principauté à la maison de Gon-
zague , souveraine de Mantoue.
S. S~i.
FOGLIETTA (Hubert), historien
de la ville de Gènes, y naquit en 1 5 1 8,
d'une noble et ancienne famille. Après
avoir achevé l'étude des belles-lettres,
il avait commencé celle de la jurispru-
dence , lorsque des malheurs de for-
lune arrivés à sa famille l'interrompi-
rent et le forcèrent de faire différents
voj'^ages. Ses affaires s'étant un peu
rétablies , tandis qu'il était à Rome , il
alla reprendre cette étude à Pérouse,
y passa plusieurs années, et retourna
ensuite à Rome. Il y était en i555y
et il prononça devant le nouveau |)ape
Jules 111 une harangue latine qu'il fil
imprimer la même année, avec une
longue et fort belle lettre adressée au
cardinal Robcrlo de' Nobili, sur la
meilleure méthode à suivre dans les
éludes. Il publia aussi à Rome en 1 555,
son ouvrage De philosophiœ et juri»
civilis inter se comparatione , divisé
en trois livres, écrit en forme de dia-
logue, avec autant de force que d'élé-
gance; il y donne l'avantage à la science
des lois sur la philosophie , et se dé-
clare même contre celle deruière avec
une véhémence qu'il se reprocha en-
suite dans un autre de ses ouvrages,
lorsque le progrès de l'âge lui eut fait
voir les choses sous de piusjustis rap-
ports.Ce futencore à Rome et en i SSf),
qu'il fit paraître en italien , rh< z Bi uio,
ses deux livres Délia republica dl
Genova^ qui furcat cause de sa dis^
FOG
grâce. Niceron et d'autres ont écrit
qu'il était alors dans sa patrie ; qu'il
fut oblige de la quitter et envoyé en
exil. MaisTiraboschi a fort bien prou-
vé que Foglielta était à Rome, quand
cet ouvrage y parut, et qu'il fut con-
damné à Gènt's comme rebelle, en
son absence. La liberté avec laquelle
il s'exprime dans cet ouvrage sur l'ex-
cès du pouvoir des nobles , quoiqu'il
fût lui-même de cet ordre, et sur les
abus et le détriment qui en résultaient
pour la république, mit en fureur toute
l'aristocratie génoise qui fît prononcer
contre lui une sentence d'exil. Il paraît
qu'outre le bannissement, il fut dé-
pouillé de ce qu'il avait pu recouvrer
de sa fortune, et que ses biens furent
confisqués. Il trouva dans le cardinal
Hippolyte d'Esté, un généreux pro-
tecteur qui le recueillit à Rume dans
sa maison, et lui fournit les moyens
d'y exister commodément. Foglietta
entreprit alors une histoire générale
de son temps , qu'il commençait à la
guerre de Charles -Quint contre la
ligue protestante. Il était déjà 'fort
avancé, lorsqu'il apprit que quelqu'un
s'était procuré une copie de la paitie
de cette histoire dans laquelle il racon-
tait la conjuration de Jean-Louis de
Ficsque, le meurtre de Pjerre-Louis
Farnèse et la sédition de Naples, trois
événements arrivés la même année
ï547 , et qu'on se préparait à publier
cette partie intéressante de son travail •
il prit les devants, et fit paraître lui-
mcme, eu 1571, ces trois fragments.
Ils ont été réimprimés plusieurs fois,
et recueillis ensuite par Graevius dans
son Thésaurus antiq. et Histor. Ital,
avec plusieurs autres opuscules de l'au-
teur, dont quelques-uns devaient fiire
partie de la même histoire, comme
les quatre livres De sacrofœdere in
Selirnum, et les fragments intitulés.
De expediiione in TripoUm, De ex-
FOG 117
peditlonepfo Orano et in Prgnonium,
De expeditlone Tunetand, De obsi-
dione Melitensi , et d'autres sur di-
vers sujets, tels que De ratione scri-
hendœ historiée , De caussis magni-
tudinis Turcarum imperii , De lau-
dihus urhis Neapolis , De nonnul'
lis in quibus Plalo ab Aristotele re-
prehenditar , etc. La rigueur qu'on
avait exercée contre lui à Gènes ,»n'é*
teignit point dans son cœur l'amour d©
la patrie: il consacra deux monuments
à sa gloire; le premier parut suus ce
titre , Clurorum Ligurum elogia ,
Rome, i574) léimprimé et augmenté
en 1577 : le second et le plus impor-
tant est son histoire de Gènes , HistO"
rin Genuensium ; il y consacra les six
ou sept dernières années de sa vie, et
arriva jusqu'à la fin du douzième livre.
11 y conduit le lecteur depuis la fonda-
tion de la ville de Gènes jusqu'à l'an-
née 1 527. Gomme tous ses autres ou-
vrages, cette histoire est écrite avec
beaucoup d'élégance et de force : la
mort l'empêcha cependant d'y mettre
la dernière main ; on s'en aperçoit
surtout aux transitions d'une année
à l'autre, qui sont négligées et souvent
uniformes. Elle a c'té traduite en ita-
lien par François Serdonati , Gènes,
i597, in-fol. Il mourut en i58i ,âgé
de t)5 ans. Paul Foglietta, son frère,
publia cette histoire en 1 585 , et y
ajouta par supplément les événements
publics de rannée j 528, fragment qui
lui avait été donné par un de ses amis,
dit-il dans sa préface, et dont il igno-
rait l'auteur; mais on a reconnu depuis
que ce fragment était tiré d'une his-
toire de Gènes , par Bonfadio , écrite
avant celle de Foglietta, mais qui était
encore inédite ( ^oyez Bonfadio ).
On voit qu'à l'exception de son ou-
vrage sur la République de Gènes ,
qui fut cause de son bannissement ,
tous ceux de cet auteur sont écrits eu
28
FOH
Jaiin. C'est un des écrivains italiens qui
.ipjMOchd le plus, dans cebcausiccle,
(le l'élégance cl de la pureté des auteurs
du siècle d'xAugustc. Un de ses écrits
où ces qualités brillent éminemment,
est celui dont la langue laiine même
est le sujet, et qui est intitulé: De
Linguœ latinœ usu et prœstantid ,
Rome, 1574 ^ in-8'. ; réimprimé à
Hambourg, 1725. H y traite, dans la
forme du dialogue , la question de
savoir s'il convenait ou non aux
Italiens modernes d'écrire en latin.
11 m'et dans la bouche d'un de ses
interlocuteurs toutes les objections
qu'on opposait dès-lors à cet usage ,
et qu'on a rebattues depuis comme si
elles étaient nouvelles; et il les réfute
victorieusement , autant par la solidité
de ses raisons que par l'élégance même
de son style. Il suffit de lire San nazar,
Vida, Fracastor,Foglietta lui-même,
et plusieurs autres auteurs italiens du
l6^ siècle pour être de son avis; mais
il est peut-être vrai de dire que cette
question qui est encore douteuse chez
la plupart des nations de l'Europe,
ne pouvait être décidée affirmative-
ment qu'en Italie. G— e.
FO-HÏ. (Tor-Fou-m.)
FOIGNY (Jean de), imprimeur
à Reims dans le 16''. siècle, mérita la
protection du cardinal de Lorraine,
par son dévouement absolu aux Gui-
des. Il fut l'un des imprimeurs em-
ployés par 1rs écrivains du parti de la
Ligue ; mais la plupart des libelles sor-
tis de ses presses ne portent ni son
nom ni sa marque. On a de lui : I. La
liaduction en français de V Oraison
funèbre prononcée à Rome aux ob-
sèques de François de Lorraine,
duc de Guise, par Jules PoggiuSj
Reims, 1 563, in-8". II. Le Sacre et
Couronnement du roi de France
( Henri III), ai/ec les cérémonies et
prières qui se font en l'église de
FOI
heims, ibid., 1675, in-B". — Foignt
(Jacques de), imprimeur, delà même
famille que le précédent, est l'auteur
d'un ouvrage intitulé : Les Menfeilles
de la vie, des combats et victoires
d'ErminCy citoyenne de Reims, ibid.,
i64H,in-8'. W— s.
FOIGNY (Gabriel), que d'autres
nomment Cognj , cordelier , né en
Lorraine vers i65o, s'enfuit de son
couvent , et se retira à Genève , où
il fit profession publique de la ré-
forme, en 1667. H fut d'abord atta-
ché à l'église de Morges; mais on le
chassa de cette ville pour s'être per-
mis des indécences dans le temple , et
il revint à Genève, où il vécut quel-
que temps du produit des leçons de
grammaire et de géographie qu'il don-
nait à des étrangers. Il épousa une"
femme d'une mauvaise réputation , et
chercha de nouvelles ressources dans
la publication de quelques petits ou-
vrages. L'irrégularité de sa conduite
l'ayant fait déférer plusieurs fois aux
pasteurs, il craignit qu'enfin on ne
punît ses désordres d'une manière
exemplaire ; il abandonna donc sa
femme, et se retira dans un couvent
de son ordre, en Savoie, où il mou-
rut, en 169*2 , dans un âge peu avan-
cé. On a de lui : I. V Usage du jeu
royal de la langue latine , avec la
facilité et l'élégance des langues la^
tine et francoise, Lyon, i6''76, in-S".
11. Les aventures de Jacques Sadeur,
dans la découverte et le voyage de
la Terre australe, Genève, 1 676 , in-
1 2 ; Paris , 1 69 2 , in- 1 2 ; Amsterdam ,
i692,in-i2; Paris, 170$, et dans
le 24^ volume de la collection des
Voyages imaginaires, trad. en al-
lemand sous le titre de Neu ent-
decktes Sudland , Dresde , 170 3,
in- 12. On trouvera dans le Diction-
naire deBayle, art.SADEUR,de grands
détails sur cet ouvrage singulier.
FOI
Ce que rauteiir dit de la conforma-
tion des Australiens et de leurs ma-
nières xle vivre n'ayant pas paru assez
décent aux pasteurs de Genève, ils
arrêtèrent la vente de son livre. Bayle
rapporte, sur le témoignage d'une per-
sonne d'importance qu'il ne nomme
pas, que les Aventures de Jacques
Sadeur ont été' composées par un gen-
tilhomme breton, grand admirateur
de fiUcrèce. Ce qui a pu donner lieu
à ce bruit nullement fondé, c'est qu'il
existe des exemplaires de l'ouvraiie
avec l'indication, Vannes, iG-jô; Bayle
en avait eu un entre les mains : mais
il est probable que ces exemplaires
sont de l'édition de Genève, imprimée
Ja même année, auxquels l'auteur fit
placer un nouveau frontispice pour
éluder la défense des pasteurs. Quant
aux autres écrits de Foigny, on ne
les connaît que par le passage suivant
d'une lettre citée par Bayle : « Il s'a-
» visa de faire imprimer de petits li-
» vres ; entre autres un almanacb ,
» chaque année, souslenomdegrrtwci
V Garanlus, plein de fautes, pour
» l'ordinaire, à l'égard de la suppu-
w tation des temps; un jeu de cartes
» en blason , et les psaumes de Marot
i> et de Bèze, avec une prière de sa
» façon au bout de chaque psaume. »
W— s.
FOINARD (Frédéric-Maurice),
savant ecclésiastique, né à Couches,
au diocèse d'Evreux, vers la fin du
i^*". siècle, se rendit habile dans la
théologie et dans les langues, et étudia
surtout l'hébreu avec soin. On connaît
peu de chose des particularités de sa
vie; on s^nt seulement qu'il fut, pen-
dant quelque temps, sous-princijial
du collège du Plessis à Paris, et qu'il
a aussi été curé dcCilais, où il a laissé
la réputation d'un prêtre studieux et
d'un pasteur exemplaue. Il mourut à
Paris, le '^,9 mars 174^; âge d'cnvuon
FOI 129
60 ans. On a de lui : T. Projet d'un,
nouveau Bréviaire , avec des obser-
vations sur les bréviaires anciens
et nouveaux, Paris, 1720, in 12.
II. Analyse du Bréviaire ecclésias-
tique j dans laquelle on dorme une
idée précise et juste de cet ouvrage,
Paris, I7.i6, in- 12. III. Breviarium
ecclesiasticum , editijam prospectus
executionem exhibens , in gratiam
ecclesiarum in quibus facienda erit
breviarioTum editio, sumptibus Ar-
noldi Nicolai, Emerick, 1 726, 2 vol.
in-8'. C'est l'exécution du plan pro-
posé dans le projet, et une source oii
ont abondamment puisé les auteurs
des bréviaires imprimés depuis, et oii
pourront puiser encore ceux qui au-
ront à travaillera la composition d'ua
bréviaire. Vav Arnould JVicolas, aux
frais de qui il est dit que le Brevia-
rium ecclesiasticum a été imprimé,
on prétend qu'il faut entendre Ar-
nould Dubois , imprimeur d'Amster-
dam, et Nicolas Lottin, imprimeur
et libraire à Paris, et que ce n'est
point à Paris, mais à Amsterdam,
que l'impression s'en est faite. IV. La
Genèse en latin et en fr an cois ,
avec une explication du sens lit-
téral et du sens spirituel, Paris ,
1752, 2 vol. in- 12. L'abbé Foinard,
dans ses interprétations, surtout du
soiîs spirituel, s'étant un peu trop
livré à son imagination, fut, à l'oc-
casion de ce livre, compromis et ex-
posé à des désagréments qui l'obli-
gèrent de se cacher. *0n y trouve, m
effet, des choses hasardées et de*
idées singulières, qu'on lui reproche
même d'y avoir introduites après
avoir soumis son livre à l'approba-
tion. L'ouvrage fut supprimé. Il avait,
sur les aulies livras de l'Ectiturc-
Sainte, un travad préparé, que le
mauvais succès de cette tentative
l'aura sans doute empêché de mettre
9
i3o FOI
au jour. V. La Clef des Psaumes ,
ou Voccasion précise à laquelle ils
ont été composés y Paris, 174'?
in- 12. Ce n'était, dit
on, que i essai
d'un plus grand ouvrage qui n'a
point paru. VJ. Les Psaumes dans
l'ordre historique , traduits de
V hébreu. L'auteur y a joint des som-
maires et des arguments qui en mar-
quent l'occasion et le sujet, et des
prières qui en renferment l'abrège' et
en font recueillir le fruit. Ces prières
sont tirées de deux psautiers et d'un
orationel imprimés à Rome en i683
et 1697, par les soins du cardinal
Tomasi, d'après des manuscrits du
Vatican. A l'ouvrage se trouvent
jointes une table historique et ge'o-
graphique des personnes et des lieux
dont il est parlé dans les psaumes ,
et plusieurs autres tables propres à
rendre l'usage de ce livre plus com-
mode et plus utile. L — y.
FOIX ( Raimond- Roger, comte
de), fils de Roger Bernard ^^, lui
succéda en 1 1 88. Après avoir pris
possession de ses états, il céda au
désir de ses sujets, en épousant une
princesse de la maison d'Aragon, qui
lui apporta en dot le vicomte de Nar-
ionne. Il se croisa, en 1 191 . avec le
roi Philippe-Auguste, partit à la tête
de ses vassaux, et se signala au siège
d'Ascalon , où il tua en champ clos un
Turc d'une taiile gigantesque qui était
venu défier les chréliens jusque dans
leur camp. Il se^ trouva à la prise de
Saint Jean d'Acre, et suivit Pliihppe ,
lorsque la division qui régnait entre
les chefs de l'armée obligea ce prince
à en remetlre le commandement au
roi d'Angleterre , Richard Cœur-de-
Lion.Raimond,àsonpassageà Rome,
lut accueilli avec distinction par le
pape Célesliu , qui lui fit présent d'une
épée, en reconnaissnicc des services
qu'il venait de, rendre à l'Eglise. De
FOI
retour dans ses états, il leva de nou-
velles troupes, et s'appliqua à les
exercer au raaniment des armes. Ce
fut vers ce temps-là qu'éclata le sou-
lèvement des Albigeois. Raimond, qui
avait embrassé leurs erreurs, prit leur
défense avec zèle, mais sans succès.
Battu en différentes rencontres, il se
vit dépouillé de ses domaines , et con-
traint de faire le voyage de Rome pour
en demander la restitution au pape et
la levée de l'excommunication qu'il
avait encourue. L'humble élat dans
lequel il se présenta aux yeux du
pontife n'ayant pu le fléchir, il se
décida à reprendre les armes pour
reconquérir l'héritage de ses ancêtres.
Avec une poignée de soldats , il vint
mettre le siège devant Mirepoix, dont
le seigneur se reconnut son vassal;
et il se disposait à profiter de ce pre-
mier avantage, lorsqu'il tomba ma-
lade, et mourut en i'àti^ à l'âge de
72 ans. Son fils, Roger-Bernard II,
après avoir soutenu de longues guer-
res, fut obligé de reconnaître la sou-
veraineté du roi, et de lui rendre
hommage pour les terres dont on lui
laissa la jouissance, ^ojk. Olhagarray,
Histoire du Comté de Foix.
W— s.
FOIX (Roger-Bernard H ï, comte
de), poète français, florissaità la fui
du 1 5*. siècle. Roger était très jeune
quand il eut le malheur de perdre sort
père. Il défendit avec courage les
droits de sa ftmille contre les pré-
tentions injustes de la maison d'Ar*
magnac; mais, ayant assiégé un châ-
teau qui relevait du domaine de Phi-
lippe-le-Hru'di, ce prince le fit arrêter
en 1274, et conduire à Beaucaire, oi
il le retint prisonnier pondant plusieurs
années. Il fit sa paix avec Philippe^
et se ligua ensuite avec ses voisins
contre Pieri-e III , roi d'Arragonl
Malheureux dans toutes ses entre-
FOI
^l^tiscs, les troupes qu'il commaudait
furent batlues , et il tomba au pouvoir
lie son ennemi , qui reulcrma au châ-
leau d'Urgel. Pendant qu'il était de'-
tenu, Philippe déclara la guerre au roi
d'Arragon , et Roger se li.sarda d'en
prédire ic succès daus doux pièces
de vers dont Tabbe Millota donne un
extrait djns ['Histoire littéraire des
Troubadours (lom. H, p. 47 1 ). Les
"vers du comte de Fois , dit cet his-
torien, respirent une haine violente
et barbare; on le prendrait pour un
bourreau de l'inquisition, à l'entendre
parler des supplices qu'il souhaite
cordialement à ses ennemis. L'issue
de la guerre ne fut pas telle que Roger
l'avait espe're' : Philippe, après avoir
remporté quelques avantages, fut con-
tranit de se retirer; mais Pierre étant
mort en i'285 , Roger recouvra sa li-
berté. Il mourut en i5o3, laissant de
sou mariage avec Marguerite de Béarn
plusieurs enfants , entre autres Gas-
ton l*"^,, prince aussi distingué par son
courage que par sa générosité.
W—s.
FOIX (Gaston III, comte; de),
€t vicomte de Béirn, naquit en i33i,
et fut surnommé Fhœbus , les uns
disent à cause de sa beauté, les autres
parce qu'il était blond comme le dieu
du joui-, duquel il emprunta un soleil
pour devise ( i ). Il était fils d'Eiéonore
de Comrainge et de Gaston 11 , auquel
il succéda à douze ans, sous la tutelle
de sa mère. En i545 , il fit ses pre-
mières armes contie les Anglais, puis
servit en Languedoc et en Gascogne,
avec le titre de lieutenant du roi. Il
ffpousa , quatre ans après, Aguès , fille
de Philippe ïll , roi de Navarre.
FOI
)0i
{i) On l'appelait aussi le roi Phoebut. Lus frères
Lallemant prétendent qu'il élall fort eutêlc de
l'astrologie judiciaire; que ce fut par suite de cette
passion qu'il prit un soli-il pour sa devise , el qu'il
ïie voulut pluj porlcr d'autre uom que celui (I«
Pha-bu4.
Soupçonné d'intelligences criminelles
avec Charles -le- Mauvais son b;au-
frère, Gaston fut anété, en i356,
par ordre du roi Jean, et transféré
au chàtelet de P.iris. Relâché peu de
temps après, il alla servir en Prusse
contre les infidèles. Eu i558, pen-
dant la révolte dite de la Jacquerie ^
il contribua à la délivrance du Dau-
})hin , que les Parisiens tenaient en-
fermé dans le marché de Meaiix. La
même année, il déclara la guerre au
comte d'Armagnac , qui manifestait
des prétentions sur le Béain, et le fit
prisonnier en iS-j^, au combat de
Launac. La p^ùx mit un tenue à celte
inimitié , et fut cinipuiée par le
mariage de leurs enfints. Giston ,
mécontent de sa frame, la quittât
l'année suivante. Charles V le nom-
ma *5on lieutenant pour la province
de Languedoc ; m;iis Charles VI lui
ôta ce titre pour en revêtir le duc
de Berry. Gaston défie ce dernier, le
bat, et lui donne la paix. Il fait ensuite
arrêter sou propre fils. Charles-le-
Mauvais, à qui \e?, crimes étaient si
familiers, avait remis à ce dernier un
paquet de poudie, dont ^'elFet, disait-
il , devait être de rapprocher G.iSlon
de son épouse : cette poudre se trouva
être du poison. Le jeune priirce ,
trompé, mais non coupable, refusa
toute nourriture, et mourut dans sa
prison, frappé à la gorge, d'un cou-
teau, par son père, qui lui rcDrochait
de ne pas manger. En 1390, Gaston
reçut , à son château de Mazères',
le roi Charles VI, et traita ce mo-
narque avec magnificence. H mourut
subitement au commencement d'août
de l'aniiée suivante, comme on lui
versait de l'eau sur les mains , au
retour de la chasse à l'ours. Les his-
toriens ont peint Gaston comme un
ju'itice accompli, bien fait, brave,
affable, libéral, jnagnifique. On ne
i:S2 FOI
peut iiior néanmoins qu'il fut violent
à l'excès. Ses procèdes Ciivers son
propre fils, sa conduile envers de
iitrnc , gouverneur du château de
Lourde, qu'il voulait contraindre de
livrer la place aux Français, et que,
sur son refus, il frappa de plusieurs
ips
de
poigna
rd , en fournissent
nue preuve incontestable. Peu versé
dans l'art de feindre, il éprouva lour-
.'i-tour la faveur et les disgrâces des
rois. Sa passion favorite était la chasse:
il la poussait au point que, s'il faut
en croire Saint- Yon, il n'entretenait
pas moins de seize cents chiens. Il
écrivit , sur ce qui faisait l'objet de
ses affections, un ouvrage intitulé:
Phébus des détîuiz de la chasse des
hestes sauvaiges et des oyseaux de
proje. Ce livre , écrit en prose , est
divisé en 85 chapitres. 11 y traite des
différentes espèces de chasses , et des
]U'océdés particuliers à chacune d'elles,
de la nature des animaux qui en sont
l'objet , de leurs propriétés , des ruses
qu'ils emploient pour éviter la pour-
iuite de l'homme. Dais le discours
qui précède l'ouvrage, Gaston pré-
tend que l'exercice de la chasse est
le plus propre de tous pour nous
faire éviter les péchés mortels ; car
il n'est rien de plus opposé à l'oisi-
veté que la vie agitée d'un chasseur :
Or , ajoute-t-il , qui fuit les sept
■péchiez mortelz, selon nostre foy,
il doibt estre sauh'e. Doncques bon
veneur aura en ce monde joye y
Icesse et déduit , et après aura pa-
radis encore, (le bizarre argument
raj)pclle l'épitaphe de la mère du
légcnt. Le livre de Phébus a été im-
primé à Paris, pour Antoine Verard,
sans date, in-lolio , avec le roman
des Déduits de Gace de la Bigne
( voy. BiGNE ( I ) ; ^^id. , Jean Tre{)e-
(i) Dans l'article Brr.NK (Gare de la J , on
louvexa relevée Terreur de Vt\t\>é Guuje^ «(cl*
FOI
rel, sans date, in-folio; ibid.^ Pfi(-
lij)pe le Noir, sans date , in-4''., sous
le titre de Miroyr de Phébus^ avec
Vart de fauconnerie et la cure des
besles et oyseaulx à cela propices ,
ce dernier traité, aussi en prose;
chez le même le Noir, i5i5, i52o,
in-4 ". Le livre de Phébus se trouve
encore, avec des corrections, dans
quelques éditions de la Fénerie de
Jacq. du Fouilloux. ( V. Fouilloux.)
D.L.
FOIX ( Pierre de ) , dit VJncien,
cardinal, né en j58t), était fils d'Ar-
chambaud, captai de Buch , et d'Isa-
belle , comtesse de Foix. H fit ses
études à Toulouse avec beaucoup de
distinction, et se consacra ensuite à
la vie rehgieuse dans le couvent des
cordeiiers de Morlas. Il en fut tiré
quelque temps après pour être mis à
la tête du diocèse de Lescar, qu'il
administra avec une sagesse qu'on ne
pouvait guère espérer d'un homme de
son âge. L'antipape Benoît XI II le
créa cardinal en 1 409, dans le dessein
de l'attacher à son ])arli , et le députa
au concile de Constance, réuni pour
examiner les droits des prétendants
au trône pontifical. Pierre , con-
Prosper Marchand son copiste , <|iii attribuent
à Phœbusle roman de Gace. La uiëprise, itu sur-
plus, était en quelque sorte exciis.ible. Verard,
ou son édit'riir, ont fait lout ce qui dépendait
d'eux pour tromperie lecteur; les deux oiivraj;es
se suivent sans aucune distinction , sjds titre par-
ticulier au second On a supprimé , au commence-
ment et à la fin du puënie, les vers où Gace se
nommait : un seul passage a échappé à Veranl,
fol 7-; mais ce passapjC est décisif Ici, non»
devons sij^njjer une faute d'impression trois foi»
répétée dans cet article Bigne Au lieu des aunée*
l4a8, 1456, 1473, il tout lire i3a8, lîôt), iS;!.
Le rom.iii do Gace de li Bigne, ou de la Biinc
f nommé en lalin Gaslo de l iiieif p -r lei auteurs
ae la Oaitia Cfiriitiana) , fut commen- é à Bel-
fort en iJâg Oa trouve , .m tome UI ilc » Mémuiret
de 11 Curiic de Sainte-Palayc , tur l'ancienii»
Chevalerie, un bon »iticle sur Gaston Plut bus ,
un épisode entier, et un extrait très bien lait du
roman du Gace. On peut aussi consulter, sur ce*
deux auteurs, la Bibltnthèque des Théi-eiilii:»-
grayhe* desfrèresLallemant , qui procède Vf'co/a
de la Cliasie par Vernerdc la Conierie, Rouen.,
i^(j3, a vol. tn-»*', Goujet paraît n'avoir nullgnitut
(OBKU G»o«Uc la Blinde,
i
FOI
Tainçu que le bien de la religion
exigeait que Benoît XI II fît le
sacrifice de ses piëlentions, se rëiiiiit
£iux pères du concile qui anathëmati-
fièrcnt l'antipape , et contribua à l'ë-
lectioii de Martin Y. Il fut envoyé par
le nouveau pontife , avec le titre de lé-
gat, près du roi d'Arragon , qui soute-
nait encore le parti de Benoît, ne sou
su jet, et il réussit à l'en détacher. 11 con-.
"voqua, en 1429, un concile à Tortose,
y reçut la dëmissiou de l'amipape
Clëment VIII, que quelques prélats
arrafijonais avaient ëlu après la mort de
lieuoît, et termina aiiisi heureusement
yn schisme qui avait trouble l'Eglise
eridant plus de vingt ans. La douceur
eson caractère, son affabilité, l'avaient
rendu chçraux. peuples d'Espagne, qui
ne le nommaient que le bon légat.
Eugène IV le chargea de l'adminis-.
tralion.du coratat d'Avignon, et en
1 45o le nomma à l'archevechë d'Arles.
Pierre y réunit un concile provincial en
1453; et, quatre ans après, il en ras^
sembla un autre à Avignon, où furent
arrêtes de sages rëglements pour j'ad-
ministration des diocèses. L'affection
qu'il avait conservée pour la ville de
Toulouse, parce qu'il y avait ëtë ëlevë,
l'engagea, à y fonder un collège qui
portait son nom, avec vingt -cinq
bourbes pour des étudiants pauvres,
choisis de préférence parmi les habi-
tants de celte ville. Gel illustre prélat
mourut à Avignon en 14^4) ^ ^'«^g^
de -jS ans , et fut inhumé dans l'église
des Cordeliçrs. -^r- Pierre de Foix ,
cardinal, petit-neveu du précédent,
naquit à Pari^ en i449- H fit ses
études à l'université de Paris, où il
prit SCS degrés en droit, fut nommé
évêqiie d'Aire, et ensuite de Vannes.
Le pape Sixte lY le créa cardinal en
147Q, et le, chargea, de différentes
missions dont il s'acquiila toujours
avçç suçcèst II, apaisa les troubles du
FOI i35
Milancz, réconcilia le duc de Bretagne
avec Charles Vlïl, et rétablit la prii^
dans le royaume de Naples. Il fut
accueilli, à son retour à Rome , avec
la plus grande distinction , et logé an
palais du prince Orsini. Une mort
prématurée l'enleva quelques mois
après en »49'^? ^ ^'^g<^ ^^ 4' ^ns.
W—s.
FOIX (Catherine de). /^. Jea»
(d'Albret), roi de Navarre.
FGIX (Gaston de) , né en 1 489 ,
était fils de J<?an de Foix , vicomte de
Narbonne, et de Marie d'Orléans ,
sœur de Louis XII, qui érifj^ea poirr
lui, en i5o5, le comté de Ncmonr»
eu duché-pairie. Ce jeune prince, aussii^
sage que vaillant , succéda erj 1 5 1 2 au
duc de Longueville dans le comman-
dement de l'armée d'Italie, et bientôt
après fut surnommé, pour ses b^'anx
exploits, le foudre de V Italie. 1! fit
lever le siège d« Bologne à Pierre-
Navarre , général de Ferdinand-lcr
Catholique, secourut Bresçia, qu'il
reprit sur \çs Vénitiens, et fit le siège
de Ravenne. Ses brillants succès iie,
produisirent cependant aucun fruit
solide ; et la bataille de Ravenne , qu'il
gagna sur les Espagnols le jour de
Pâques , 1 1 avril i5 1 2, après y avoir
fait des prodiges de valeur , lui coûta
la vie. Il fut vaillamment secondé,
dans cette journée, par le cheva-
lier Bayard, Louis d'Ars et Lautrec:
voulant envelopper un reste d*Espa-
gnols qui se retirùent en bon ordre ,
il fut t4.ié à coups de pique à vingt-
trpis ans. Louis Xll s'exprima sur ce.
malheureux événement en prince piéia
d'huioanité : « Je voudrais , dit-il ,
» nm'oir plus un pouce de terre en
i> Italie , et pouvoir^ à ce prix ^
n faire revivre mon neveu Gaston
» de Foix y et tous les braves qui
î) ont péri avec lui. Dieu nous sarde.
» de remporter souvent de pareilles^^
V victoires ! » Voici cômm(yWm'
tome et un auteur contemporain es-
pagnol parlent de ce jeune lie'ros :
« Gaston de Foix, personnage certes
» de grande et admirable vertu, ayant
» une loi!» auprès de Cônie, et une
» auUe fois près tie Miiau, refréné
î) et remparré les Suisses qi\e[e pape
î) Jules avoit envoyé' quérir à son se-
» cours, arriva avec une p/eslesse
» incroyable à Bo!o^ne, en fit lever
» lesicj;e aux Espagnols, et, toiirriant
» toutes ses forces contre les Véni-
■» tiens, ks battit près de Vcrohc,
» et rfpnt Bnscia. De là. iZ tourna
^y. ses enseignes de TaiUre part du Pô,
-iy et y chemin: m par la Roraagnc ,
» arriva sous les murs de Ravenne ,
V çii la fortune r.'ibandonna. Là fut
» donnée une batailie la plus icuom-
î) mée. que de long-temps n'etoita^i-
■» venue eu ilalie il y périt par sa
y> trop grande ardeur, après l'avoir
» g Ignée par sa vaillance. Etant tout
î) .couvert de ^ang etde cervt;lle d'un
y> de SCS gendarmes, tué près àe lui
» far jLinc canonnade, Bayard, eiïr.'iyé,
v> vint à lui, et lui demanda s'il eioit
» blessé? Non , dit il ; mais j'en ai
î> Ipfçs.sé bien d'antres. Dieu soit loué,
V dit Bayard, /yoMS avés ç^agné la
î> bataille et demeurés aujourd'hui
» le plus honoré prince du monde :■
•» mais ne tirés pas plus avant ;
» rassemblés votre gendarmerie ,
î) ^1 surtout quon ne se mette point
» au pillage ,. car il nest pas encore
» temps : le capitaine d'Ars et moi
» alfonf après les fuyards , et, pour
» hofnp}e vivant. Monsieur, ne bou'
» gés 4' ici (]ue nous ne vous venions
î) quérir ou nous vous mandions.
» M. de Ncmouts promit de ne point
i> avancer^ mJs il n'eu tint rien :
» voyant que des gens de pied cspa-
» gnuls se retiroient e long d'un grand
V canal; il demanda à un Gascon, ^ui
FOT
w fuyoit, qiiels gens c'étoîcnl? Mon^
)) sieur, lui dit-il, ce sont deux en-
» seignes espagnoles qui nous ont
» défaits. Le jeune prince , dépité ,
» <!it : Qui m'aimera si me suive ^
yy je ne scaurois souffrir cela; et,"
» sans regarder derrière lui, donna,
» suivi pourtant d'une vingtaine de
» ses gens, et chargea dans un lieii si
» désavantageux , que sa petite troupe'
» ne s'y pouvoit remuer; car la chaus-
» séc étoit étroite du côté du canal j
M où l'on ne pouvoit descendre, et de"
» l'autre côté il y avoit un fossé où t
» l'on lie pouvoit passer; de sorte que I
» les Espagnols, ayant déchargé leurs i
M arquebuses et le* piques baissées,. \
» curent bientôt laison des nôtres :
» M. de Nemours, combattant vail-'
» lamment, eut les jarrets de son che-
»> val coupés , tomba par terre , où il
» fut blessé de tant de coups^ qi'e ,
» depuis le menton jusqu'au front»
» il eu avoit quatorze, et puis laisse-
» mort. »> D. L. 0.
FOIX ( Papl dé ) , arclievêque de
Toulouse , et r;m des plus célèbres
hommes d'état de son temps , était
de la famille illustre de ce nom , mais
seulement par les femmes. 11 nuquit
en i528. Demeuré avec UQ patri-
moine médiocre, et qu'encore on lui
disputait, il fut destiné jeune à l'église,
et élevé pour quelqu'une de ces charges
qui s'allient avec l'état ecclésiastique;
vues d'autant plus convenables, que
son goût pour les occupations sérieuses
et pour les belles-lettres s'était déclaré
dès ses premiers ans. Il fit ses études à
Paris , et s'appliqua aux langues grec-
que et latine avec assez de soin pour
entendre parfaitement la première, et
écrire l'autre avec élégance. Après
avoir achevé sa philosojdiie , et s'y
être fait remarquer, il se rendit à Tou-
louse pour v étudier fa jurisprudence,
Li acquit promptemçnt une connais-
FOI
sance fort étendue des lois, et, après
avoir été admis aux. honneurs acadé-
miques, donna, d'une manière si bril-
lante , des leçons publiques sur le droit
civil, qu'elles attirèrent un concours
incroyable d'auditeurs , et que même
d'anciens professeurs d'une habileté
connue s'empressaient de venir à ses
cours , tt afin d'apprendre de lui , dit
Muret , ce qu'ils ne savaient pas en-
«:ore. » Il quitta Toulouse pour venir
à la cour de Henri II , dont il acquit
l'estime. 11 sentit qu'à ses e'tudes
ordinaires , il lui importail de join-
dre celles du secret des cabinets
de l'Europe , et des inte'rêts des
princes. Persuadé que l'instruction
ne se complète que par la pratique
et l'expérience, il souhaita .d'entrer
dans le parlement de Paris, où il
jugea avec raison que les grandes af-
faires qu'il aurait à y traiter , et le com-
merce des plus illustres magistrats ,
achèveraient de perfectionner la
sienne. Henri II lui donna une charge
de conseiller en cette cour. Blanchard
dit qu'il y fut reçu en 1 546. Cette date
paraît diftlcile à maintenir. Paul de
Foix n'avait alors que 1 8 ans. Com-
ment croire qu'à cet âge, il eût non
seulement fini toutes ses études y
compris celle du droit, mais qu'tn-
<ore il en eût donné des leçons pu-
bliques, et qu'il fiit resté assez de
temps à la cour de Henri II pour s'y
faire connaître? Il serait plus difficile
encore , dans cette supposition , d'ad-
mettre ce que dit Muret, qu'à raison
de son mérite, Henri II, contre l'usage,
aurait ordonné qu'il passât immédiate-
ment à la grand'chambre, fait qui d'ail-
leurs est hors de toute vraisemblance.
Quoi qu'il en soit, nourri d'études so-
lides, et ayant une parfaite connais-
sance du droit, Paul de Foix devint
bientôt un des plus habiles conseillers
au parlement. Au milieu des affaires
FOI i55
du palais , il continuait de cultiver la
philosophie pour laquelle il avait un
goût de prédilection. Il s'était atta-
ché à la doctrine d'Aristote, dont il était
admirateur passionné, et avait admis
dans son commerce intime deux hom-
mes fameux alors : l'un était Jacques
Charpentier, grand zélateur de cette
doctrine, et persécuteur ardent deBa-
mus, qu'il avait voulu faire bannir
des écoles ; l'autre, Augustin INiphus,
calabrois , qui avait professé avec une
grande réputation dans les plus fa-
meuses universités d'Italie. Paul de
Foix avait avec eux de fréquents entre-
tiens. 11 partageait ainsi son temps
entre l'étude et les devoirs de sa charge,
lorsqu'il se trouva impliqué dans une
affaire fâcheuse. Les opinions de Lu-
ther faisaient en France des progrès
alarmants ; et pour les arrêter, le gou-
vernement a vaitcru devoir sévir contre
les sectaires. Mais ils étaient jugés
plus rigoureusement à la grand'cham-
bre qu'à la Tournelle. Il résultait de
graves inconvénients d'une telle dis-
cordaoce. Le dernier mercredi d'avril
i55g, jour d'une mercuriale, le pro-
cureur général Bourdin requit les
chambres à ce que l'on prît les
moyens de faire disparaître celte dif-
férence qui tournait au scandale de
la justice. Henri II étant , sans qu'on
l'attendît , survenu pendant qu'oif
opinait , Paul de Foix émit en sa pré-
sence un avis mitigé, qui rendit ses
sentiments suspects au prince. li fut
arrêté avec quelques autres conseillers;
et le 2 janvier suivant, intervint un
arrêt rendu par une commission , qui
le condamnait à se rétracter , et qui
lui interdisait Ventrée de la court
par le temps et espace d'nng an
entier. Cet arrêt fut cassé quelque
temps après , et la cour en rendit un
autre le 8 février i56o, qui absoult
icelui Foix des cas à lui imposés.
i56 FOI
L'impression néanmoins que cette accu-
sation avait faite, ne fut pas entièrement
cffdcée ; elle devint même par la suite,
pour Pau! de Foix, une source dVm-
barras et de désagréments , et faillit de
le faire envelopper dans le massacre
de la Saint-Barthélemi. On ne sait si
ce fut cela qui le dégoûta de sa charge ;
mais il s'en démit en i56i, pour s'at-
tacher uniquement à la cour, et suivre
la carrière diplomatique sous la pro-
tection de Catherine de Médicis , qui ,
pendant la minorité de Charles IX ,
avait l'administration du royaume. Sa
première ambassade fut celle d'Ecosse
vers Marie Stuart, qui depuis peu
avait quitté la France. 11 ne tint pas à
Paul que cette reine infortunée n'éta-
blît chez elle un ordre de choses qui ,
peut-être, aurait prévenu tous ses mal-
îieurs. A la fin de i56i, Paul de
Foix fut envoyé en Angleterre , où
il demeura quatre ans. 11 y rendit à
k religion catholique les services
que permettaient les circonstances,
fournit au roi les moyens de retirer le
Havre des mains des Anglais, et enipêi
cha qu'on ne leur rendît Calais. Au
retour de cette légation , Charles IX le
fit conseiller d'état, et le dépêcha vers
ïa répub'ique de Venise, de laquelle il
obtint le prêt d'une somme de cent mille
ccus d'or , qui vinrent fort à propos
pour satisfaire les reitres, ces troupes
ïie voulant pas sortir de France sans
avoir été payées. C'est pendant cette
ambassade de Venise que Montaigne
dédia à Paul de Foix, qu'il avait en
grande estime , un pelit poëme de la
Boétie, imprime depuis; et c'est à
son retour que, pour le réconipenser
de si bons services, le roi le nomma
conseiller d'honneur au parlement de
Paris. Peu de temps après , il le ren-
voya en Angleterre. L'objet de cette
nouvelle mission était de négocier le
mariage du duc d'Anjou avec la rciue
FOI
Elisabeth, et de faire adoucir, s'il le
pouvait, le sort de Marie Stuart, que
cette princesse retenait en j)rison. Oq
sait que ni ce mariage , ni celui du duc
d'Alençon proposé ensuite , n'eurent
lieu , et qu'il ne fut pas plus heureux
sur ce qui concernait Marie. C'est
Paul de Foix qui , en iSyS, compli-
menta les ambassadeurs polonais ,
venus pour annoncer au duc d'An-
jou son élection au royaume de Po-
logne , et qui ensuite fut envoyé pour
remercier, au nom du roi Charles IX,
les puissances qui l'avaient fait com-
plimenter sur cette élection. Paul de
Foix devait d'abord aller en Italie et
à Rome, passer de là en Allemagne,
et enfin se rendre à la cour du nouveau
roi de Pologne. La députation près
du pape ne laissait pas d'avoir sa dif-
ficulté. On était prévenu à Rome con-
tre Paul, à cause de l'accusation d'hé-
résie de laquelle cette cour ne le croyait
pas suffisamment purgé. Néanmoins il
se mit en route. Jacques-Auguste de
Thou , qui n'avait que 20 ans alors,
et qui était curieux de voir l'Italie, vint
le joindre à Gien. Il rend , dans les
Mémoires de sa yie^ un compte,
fort détaillé de ce voyage. Nous y
voyons qu'aucun temps n'y était
ixerdu pour l'instruction. Paul de Foix
à cheval avait à ses côtés Arnauldd'Os-
sat, depuis cardinal, qu'il avait pris
pour secrétaire, lequel, dans le che-
min, lui expliquait Platon. Arrivé à
l'auberge, Paul, pendant qu'on ap-
prêtait le repas, se faisait lire par
François de Choesne son lecteur, les
Paratitles sur le Digeste , deCujas,
celui des jurisconsultes qu'il estimait le
plus (i). Paul prenait ensuite la peine
de les expliquer avec étendue. Après
avoir rempli sa mission près des di-
(1) Cujas faiïftit «iisii grand cas de Paul d«
Foix. C'est «ur sa demande «jn'il entreprit les /*«-
mtiUet jurlo Cçdcy Cl Jl te» loi dédia.
FOI
verses puissances d'Italie, visite' les
savants et les personnages illustres
qui se trouvaient dans les différentes
•villes, et s'être assuré qu'il serait bien
reçu du pape , Paul de Foix se rendit
à Korae, et fut admis à l'audience de
Sa Sainteté; mais on l'engagea à con-
sentir à la révision, devant une con-
grégation de cardinaux , de son }»ro-
ccs terminé il y avait plus de douze
«os, et sur lequel il était d'autant plus
«jtrange qu'on revînt , que df^puis il
avait rendu d'éminents services à la
religion catholique ; et Charles IX
avait fait prévenir le pape qu'on ne
devait avoir aucun doute sur sa catho-
licité. 11 eut la complaisance de se prê-
ter à cette mesure ; on oserait presque
dire l'imprudence , si pour l'y déter-
miner , on n'eut eu l'adresse de lui
faire entendre que ce n'était qu'une
affaire de forme, et si d'ailleurs la
promesse que lui avait faite le cardinal
d'Armagnac , qu'il avait vu en passant
à Avignon , de lui résigner l'archevê-
ché de Toulouse et d'autres bénéfices
considérables, ne l'eût en quelque
sorte mis dans la nécessité de paraître
ne point craindre cette révision. L'af-
faire prit une tournure à laquelle il
était loin de s'attendre. Ennuyé des
longueurs et des dégoûts qu'on lui
faisait éprouver, il saisit l'occasion de
k mort de Charles IX pour quitter
Rome et aller au devant du nouveau
roi, 11 y revint quelque temps après,
par ordre de Henri llï, pour remer-
cier le pape , de la part de ce prince ,
de l'honneur qu'il lui avait fait de lui
envoyer un légat pour le complimen-
ter sur son avènement à la couronne
de France. Paul ne demeura à Rome
que le temps nécessaire pour s'acquit-
ter de cette commission. Il revint en
France, et continua d'y être employé
dans des affaires cl des négociations
importantes. Il retourna à Vxquiq eu
FOÏ 1S7
1 575, en qualité d'ambassadeur. L'an-
née suivante, Henri m l'envoya en ^
Guienne, vers le roi de Navarre,
depuis Henri IV, pour le détacher du
parti des Huguenots , et l'engager à
changer de religion ; et quoique Paul ne
réussît pas dans sa mission, il s'acquit
la confiance de ce prince. Il eut beau-
coup de part à l'édit de pacification /
et fut l'un des commissaires nommés
pour son exécution. Le roi lui donna,
en 1578, l'ordre d'accompagner Ca-
therine de Médicis, sa mère, dans un
voyage qu'elle fit en Guienne , et il
reçut d'elle la charge d'y traiter di-
verses grandes affaires. 11 signala dans
cette province son zèle, pour la foi
catholique. 11 y fit relever les autels,
et rétablit le culte dans beaucoup d'en-
droits où il avait été aboli. La reine
l'ayant congédié à Lyon , comme elle
retournait à la cour, Paul de Foix:
partit de cette ville pour Rome , ou
l'appelaient ses propres affaires. Le
cardinal d'Armagnac lui avait fait les
résignations promises, et il lui fallait
des bulles. Le procès commencé à
Rome en 1574, n'était point encore
jugé. Il paraît qu'il ne le fut qu'en 1 58'2
ou 85, et qu'alors les bulles furent ex-
pédiées. Des 1 58i , pendant que Paul
de Foix était à Rome sans caractère ,
Henri 111, par une dépêche du ii
mai, l'y avait nommé son ambassadeur
ordinaire. C'était Grégoire Xlll qui
alors était assis sur le trône pontifical.
Paul s'acquitta de sa nouvelle mission
d'une manière digne de sa haute re-
nommée, et justifia la confiance du
monarque en se rendant agréable au
pontife et à sa cour. C'est au milieu
de ces occupations et des projets qu'il
formait pour l'avantage du diocèse
qu'il était appelé à gouverner, qu'il
tomba malade. Quoiqu'incommodé uu
jour de fête solennelle, il voulut diie
la messe. Il se trouva plus indisposé
i5Fî fOÎ
à l'autel. On fut oblige de rempoilcr.
8a santc commençait à se remettre,
lorsqu'un Français vint lui demander
quelque service; il ne voulut point
le refuser. 11 sortit pour le satisfaire,
et revint chez lui épuise de fatigues j
sa maladie le repiit, et dura peu :
il mourut dans de grands sentiments
de piëlc , à la fin de mai i 584 ? "'<-'-
tant âge que de 56 ans ; il fut inhumé
dans regli5c de Saint-Louis, où Mu-
ret , qui lui avait toujours élc fort atta-
ché, prononça en latin son oraison
funèbre. Grégoire XI H, qui se propo-
.sait, dit-on , de le décorer de la pour-
pre romaine , honora sa mort de son
éloge cl de ses larmes. Paul de Foix
joignait au zèle de la religion une sage
tolérance , vertu rare dans ces temps-
là. Jamais vie ne fut plus occupée, ni
occupée plus utilement que la sienne.
Jamais homme ne fut d'un commerce
dont on pût tirer plus d'avantage pour
le cœi'.r et pour l'esprit. C'est le té-
moignage que lui rend de Thon : « Je
ne le quittais jamais, dit-il, sans me
sentir meilleur et plus disposé à pra-
tiquer la vrrtu. » Auger de Mauléon a
publié les Lettres de Messire Paul
de Foix , archevêque de Toloze et
ambassadeur pour le roi auprès
du pape Grégoire XIII , au roi
Henri III y vol. in-4 '. P^ris, 1628. Ces
lettres, au nombre de cinquante-sept,
offrent la correspondance de Paul avec
le roi , pendant sa dernière ambas-
.sade , depuis le ag mai i 58 1 jusqu'au
4 novembre i58'2. Une sorte de res-
semblance de style dans ces lettres et
celles de d'Ossat dont Mauléon est
aussi l'éditeur , lui a fait croire qu'elles
avaient été écrites ou au moins retou-
chées par d'Ossat; M. de Foix, dit-il,
n'y ayant fourni que l'étoffe à laquelle
puis après M. d'Ossat son secré-
taire auroit donné la façon. Ce ju-
gement n'a point paru fondé à de bous
FOI
critiques; et Secousse, à qui on doit un'
excellent mémoire sur Paul de Foiss
( Acad. des Inscr. XVH , 620 ), esD
d'une opinion absolument contraire: W
est bien plus naturel, en effet, que d'Os-
sat , ayant écrit pendant vingt ans sous
la dictée de Paul dont il était le secré-
taire , « se soit formé sur la manière
de son maître , que d'imaginer qtnmt
ministre qui avait beaucoup d'espriC
et de connaissances , ait emprunte^
d'un homme beaucoup plus jeune qu»>
lui , la forme de ses dépêches. » Le^
père Lclong est du même sentiment.-
( Bibl. hist. de la France, n". 3o,2o4 ).
Mauléon a traduit en français la ha^
rangue funèbre prononcée par Muret,'
de laquelle nous avons parlé, et Ta
mise à la tête de son édition des Lettres^
de Paul de Foix. L — y.
FOIX (Ft\ANçois de), en latin Flus-^
sas, duc de Caudale { Tojez Cats"
dale), commandeur des ordres du
roi, embrassa l'éîat ecclésiastique, et
fut, eu I S-jo , nommé évêque d'Aire
en Gascogne. 11 mourut à Bordeaux,
le 5 février i594, dans sa quatre-
vingt-dixième année. Il avait fonde
dans cette ville une chaire de géomé-
trie ; et, par une de ses dispositions,
nul ne pouvait être admis au concours
qu'après avoir subi un examen parti-
culier sur les corps réguliers, disposi-
tion qui était encore observée en 1 7 1 o.
François de Foix a donné , avec le se-
cours de Joseph Scaliger, une éditiort
grecque et latine du Pimandre d'Her-i
mes, Bordeaux, i574, in 4'^-(0 I^
traduisit ensuite cet ouvrage en fran-"*
çais, Bordeaux, i574,in-8'.; \^19*
in- fol. Cette version est peu estimée ,
l'auteur ne paraissant guère versé dans
(1) La première éfJition de cet ancien oiivraçr
philo»ophiquc , attribué a Hermès ou Mercur*
irismégiste , mais que Ton croit composé dans 1«
deuxième sièi le de l'ère vulgaire , avait paru en
latin seulement, ffréviic, x^-ji .ïn-t^". {rof. Ft-
eiMo.)
FOI
la pLilosopliie des anciens Egyptiens.
En i566, il avait fait imprijner un'e
édition latine des Eléments d'Euclide
{Voyez Euclide), augmentée d'un
seizièine livre suries corps réguliers ,
et sur ceux qu'il nomme régnlièremeut
irreguliers. Il reproduisit cette édition,
en y ajoutant deux autres livres sur
le même sujet, Paris, 1578, 1602,
in-fol. Les travaux de François de
Foix sur Euclide ne sont guère plus
estimes que sa traduction du Piman-
dre. Z.
FOiX (Louis de), architecte, ne
à Pans dins le 16°. siècle, habita
longtemps l'Espagne , où ses talents
furent connus et employés. On croit
qu'il eut 1j direction des travaux de
l'Escurial ; mais on ignore la part qu'il
a pu avoir à cet immense bâtiment ,
auquel tant d'artistes italiens et espa-
gnols ont travaillé. Il eut l'avantage
d'être connu de l'infant don Carlos ,
qui lui fît part des inquiétudes que lui
donnait la jalousie de son père, et du
projet qu'il avait formé de s'enfuir dans
les Pays-Bas. De Foix trahit indigne-
ment la confiance de ce malheureux
prince ( Foj Don Carlos , tora. Vil ,
pag. iSg), et contribua à le faire arrê-
ter. Il parait qu'il n'obtint pas de Phi-
lippe il la récompense qu'il atleridait
pour ce service , puisqu'il revint en
France peu de temps après la mort
tragique de l'Infant. Il fut chargé , en
1679, des travaux du port de Baïonne,
combla l'ancien canal de l'Adour et en
fit creuser un nouveau. C'est le même
artiste qui a fait construire la tour de
Cordouan , à l'embouchure de la Gi-
ronde. Gf t édifice, qui sert de phare
aux navigateurs , fut commencé en
1 584 "t terminé en 1610. La hauteur
en est de cent soixante pieds. On ne
conçoit pas , dit Miiizia , que Ton se
soit plu à entasser toutes les richesses
àe l'architecture et de la sculpture
FOI i59
dans un lieu presque inaccessible.C'est,
ajoutet-il , comme .si l'on plaçait dans
un grenier à foin les chefs-d'œuvre du
Corrège. W — s.
FOIX (Marc-Antoine de ), jésuite,
tt homme d'un esprit supéiituret fort
distingué dans sa compagnie w , dit
l'abbé Goujet , naquit en i6'27 , au
château de Fabas , dans le diocèse de
Gouserans. Son père , Nicolas de Foix ,
descendait des comtes de Fabas , fa-
mille considérable , et qui se préten-
dait issue des comtes de Foix , dont
elle portait le nom et les armes. Marc-
Antoine de Foix. entré au noviciat
des jésuites, en i645 , devint un théo-
logien habile , cultiva les lettres avec
succès et se fit un nom parmi les pré-
dicateurs. Il joignait à une manière de
s'exprimer noble , élégante et persua-
sive, la connaissance du cœur humain ;
et ces avantages , si nécessaires à un
prédicateur, se trouvaient chez lui re-
levés par deux autres , qui ne con-
tribuent pas moins à faire impression
sur un auditoire, une belle figure et
une physionomie imposante. Em-
ployé dans le gouvernement de son
ordre, le P. de Foix y occupa les places
honorables de recteur et de provincial.
C'est dans le cours des visites qu'il fai-
sait en cette dernière qualité , qu'il
mourut au collège de Billon , vers le
milieu du mois de juin de l'an 1687.
On connaît de lui les ouvrages sui-
vants : \.Uu4rt de prêcher la parole
de Dieu , contenant les règles de
V éloquence chrétienne , Paris , 1 687,
in- 12. L'abbé Goujet, dans le 2". vol.
delà Bibliothèque française , pag. 72
etsuiv. , en donne une analyse éten-
due. Suivant ce critique « l'ouvrage du
P. de Foix est bien écrit , solide,
approfondi. On y reconnaît, dit-il ,
l'homme d'esprit , le savant poli et
versé dans la littérature sacrée et pro-
fane. Le livTe est plein d'exccDcntcs
i4o FOI
réflexions ; mais il y a trop de répé-
titions et sur-tout trop de digressions.»
L'auteur pense qu'où ne peut fnire de
bonsscrmonssurlaprëde tiuafiou,sur
l'existence de Dieu , sur l'immoi talite
de l'ame, quoique d'ailleurs il avoue
que ces grandes vërile> sont l^s fon-
dements et les principes de la morale
chrétienne. II. UArt d'élever un
"prince , 1687 , in-4\ , réimprimé eu
i(i88, sons le titre de \^Art déformer
Vespril et le cœur d'un prince ,
3 vol. in-i2 , que l'abbé Goujet croit
être du P. Gisbert, aussi jésuite. Ou
l'attribua d'abord au marquis de Var-
des, puis à d'autres personnes. Le
père de Foix venait de mourir quand
il parut , et n'était plus en pouvoir
d'en réclamer la propriété. Les Mé-
moires de Trévoux , composés par '
des jésuites , ne décident rien sur le
réritable auteur de ce livre. Cependant
Moréri nous apprend que le P. Lom-
bard, aussi jésuite, attribuait l'y/ri
a'élever un prince au P. de Foix , et
avait rassemblé des preuves de nature
à lever toute incertitude à ce sujet.
Quoi qu'il en soit, il paraît que ,dans,
cet ouvraj^e, à de très bonnes choses,
sont mêlées beaucoup de trivialités,
L Y.
FOIX. ^o/.Chateaubriand, Laut
TREc, Lesçun, Lesparre , Saint-
Foix.
FOL ARD ( Jean-Charles de ) , né
à Avignon, le i3 février 1669, d'une
famille noble et fort nombreuse, mais,
dénuée de fortune , montra dès l'en-
fance un goût très vif pour les armes.
Ce goût se développa d'une manière
extraordinaire par la lecture des Com-
mentaires de César, qu'il reçut en prix
à l'âge de quinze ans. A peine avait-d
atteint sa seizième année , qu'il s'é-
chappa de la maison paternelle pour
s'engager dans une compagnie d'in-
fanterie qui passa par Avignon. Arrête'
FOL
peu de temps après , sur la demande
de son père , il fut enfermé dans un
couvent, d'où il s'échappa de nouveau
à l'âge de dix huit ans, pour prendre
le mousquet dans le régiment de Berri.
Sa conduite autant que sa naissance
l'ayant bientôt fait distinguer, il obtint
une sous-!ic(itcnancej et ce fut dans ce
grade qu'il vit la guene pour ia pre-
mière fois en 1 688. Il la vit d'autant
mieux pour son instruction, qu'il fut
employé dans un corps de partisans.
On sait que c'est la meilleure école des
grandes opérations. Ainsi Folard eut
dès-lors occasion d'observer, avec beau-
coup d'avant. ges, les parties les plus
importantes de l'art militaire. Sans cesse
occupé de 6'instruire,c'étaiten lisant les
relations des guerres précédentes qu'il
parcourait les contrées qui en avaient
été le théâtre. Il examinait tous les
passages , les moyens d'attaque et de.
défense, reconnaissait les positions,
levait des plans , des cartes , et pré-
parait ainsi les matériaux de ses volu-
mineux écrits. Ce fut dans ce temps-là
qu'il fit un petit Traité de la Guerre,
de Partisan y qui n'a jamais été im-
primé , mais que le maréchal de Bel-
lisle a possédé long-temps manuscrit.
Le marquis de Guébrianl, colonel du
régiment de Berri, prit beaucoup d'in-
térêt à Folard, et lui fit obtenii' une
Ijeutenance dans son régiment. Ce
corps reçut , aussitôt après , Tordre de
se rendre à Naples ; et ce fut dans
cette longue marche , qu'ayant vu que
les ennemis recevaient leurs vivres et
leurs munitions par mer, Folard con-
çut l'idée d'enlever le poste de la Mc-
sola, qui protégeait le débarquement
des convois : il remit un plan à M. do
Guébriant , et ce plan fut eijvoyç à la
cour, qui l'approuva; ujais elle char-,
gea un autre officier de l'exeVuler, et
l'auteur resta ignoré. Le duc de Ven-»
dôme, informé de celle injustice, nom«<
FOL
ma Folard son aide-decamp, et lui fit
obtenir le grade de capitaine. Après lui
avoir donné des preuves d'une grande
confiance , ce prince ne le cédn qu'avec
peine à son frère le grand-prieur, qui
commandait en Lombar^lie. Fol «rd
renfîit d'importants services à ce gé-
néral; mais son talent, et suriout sa
franchise, lui firent beaucoup d'mne-
mis dans l'état-wajor. Ce fut à la prise
des postes de Rovire, d'Ostiglia, et
principalement à la défense de la Cas-
sine de la Bouline, qu'il fit remarquer
ses talents et sa valeur. C'était par
ses avis que le grand- prieur avait fait
occuper ce poste important ; et Folard
était allé y faire des dispositions par
les ordres de ce général, lorsqu'un
corps nombreux de l'armée du prince
Eugène se présenta pour s'en emparer.
Les préparatifs de défense n'étaient
pas achevés, et la garnison était peu
nombreuse; cependant, encouragée
par Folard, elle soutint avec une rare
valeur les attaque* réitérées des Im-
périaux. Ceux-ci pénétrèrent dans l'in-
térieur de la Cassine, à plusieurs re-
prises, et toujonrs ils en furent repous-
sés par l'intrépidité des Français que
dii igeait Folard. Cette brillante affaire
lui valut la croix de S. Louis. 11 en
a rapporté les détails dans les notes de
son 5". volume de Polybe; et son récit
a été cité pa r tous les écrivains militaires
comme une des meilleures leçons que
l'on puisse offrir sur la défense des
postes de campagne. Revenu auprès
du duc de V« ndôme, Folard ne lui fut
pas moins utile qu'à son frère par sa
présence d'esprit, et par les bons avis
qu'il lui donna principaleiuent à la
bataille de Cassano, où il reçut deux
blessures graves. Celte bataille, re-
marquable par de grands efforts de la
part des doux partis , par des mouve-
ments de tous les genres, et par des
résultats incertains, frappa vivement
FOL i4ï
l'imagination de Folard. On préfend
que ce fut au milieu des souffrances
que lui causèrent ses blessures , qu'il
conçut son système des colonnes et
de l'ordre profond. Vendôme étant
allé en Flandre peu de temps après
la bataille de Cassano, Folard, qui
lui était très attaché, voulut en vaiu
l'accompagner : il fut retenu à l'arinée
d'Italie par les ordres du duc d'Or-
léans , qui vint en prendre le com-
mandement. La confiance que ce prince
lui montra , et la liberté avec laquelle
Folardcontinua de direson opinion, lui
firent encore une fois, dans l'état-major,
des ennemis dangereux. On voit dans
une note de son Polybe, que ce fut par
leurs insinuations qu'il eut ordre d'.U-
ler s'enfermer dans Modcne. On crai-
gnait que cette ville ne fût attaquée;
et elle se trouvait commandée par un
nommé de Bar, sur lequel il était im*
possible de compter. Cet homme vil,
bien décidé à rendre la place à la pre-
mière sommation , se trouva dans une
opposition manifeste avec le chevalier
de Folard , qui , selon sa coutume , était
bien déterminé à faire son devoir. On
lit dans son Traité de la Défense des
places un fort long récit des indigni-
tés qu'il eut à essuyer de la paît de
ce lâche gouverneur. Ce misérable alla
jusqu'à attenter à ses jours; et un tel
crime resta impuni , quoique Folard
l'ait dévoilé sans ménagement. Ce fut
avec bien de la joie , qu'aussitôt après
la capitulation de Modcne, il put enfin
se rendre aux ordres du duc de Ven-
dôme, qui l'appela auprès de lui. Il
passa par Versailles, et se présenta au
roi , qui le reçut très bien et lui accorda
• une pension de 4oo fr. Dès qu'il fut
arrivé à l'armée de Flandre, Folard dé-
cida le duc de Bourgogne à attaquer l'île
de Cadsant. Cette entreprise réussit
au-delà de toute espérance, et||ksoa
auteur fut nommé commandant de U
1^2 FOL
place de Ij^lliague. Le jeune prince,
qui avait d'abord apprécie les avis du
chevalier, en fit ensuite aussi peu de
ca? que de ceux du duc de Vendôme
{f^oj\ Vendôme); et il persista, mal-
i;re ses avis, à rester dans l'inarlion
devant le prince Eugène, qui s'em-
parait de Lille. Les conseils que
Folard donna au maréchal de Villars
^îour le secours de Mons, ne furent
pas plus écoutés. Cependant , ses
services étaient de jour en jour plus
reconnus et mieux appréciés à la
cour. Ce fut à cette époque que le
ministre lui envoya une seconde pen-
.sion de 600 fr. Cette nouvelle faveur
était d'autant plus méritée, qu'il ve-
jiait d'être blessé encore une fois d'une
manière très grave à la bataille de Mal-
plaquet. Redoublant alors de zèle et
d'activité, mais ne pouvant prendre
part aux mouvements de l'armée, il
les suivait sur la carte et dans son ima-
gination, rêvant sans cesse des plans
et des opérations, et envoyant toutes
ses idées aux généraux. Un jour il se
fit porter sur un brancard chez le ma-
réchal de Boufflers , pour lui donner
un avis qui ne fui point écouté. On seni
qu'un pftreil zèle fut souvent indiscret,
et que de semblables manières durent
quelquefois nuire aux meilleures ob-
servations. Ce fut aiusi que M. de
JVIontesquiou repoussa un avis que lui
donna Folard sur la mauvaise position
qu'il occupait en avant de Douai. Ce
j^énéral ne vit qu'après sa déf lite com-
bien il avait eu tort de mépriser de
tels conseils. Quelques mois après,
Folard trouva le maréchal de Villars
plus docile , et il eut la s.itisfaction de
voir l'armée se mettre en mouvement,
par .suite d'un plan qu'il avait remis à
ce ç^énéral. Ayant ensuite été envoyé
à M. de GtJébriant , qui élait mcuacé
d'ujMiéi^e dans la place d'Aire, le che-
i.aher fut plis eu chcmiu par des
FO.L
troupes ennemies, qui firent de vains
efforts pour conu;iître ses instructions.
Le prince Eugène eut recours à tous
les moyens de séduction pour le dé-
terminer à passer au service de l'em-
pereur; Folard, inébranlable dans sa
fidéhlé, trouva même pendant sa cap-
tivité une occasion de servir son sou-
verain , en donnant le change au
prince Eugène sur les opérations de
l'armée française. 11 reçut alors quel-
ques secours de la part du duc de
Bourgogne^ et ce prince ne larda pas
à le faire échanger. Ce fut à la même
époque qu'il obtint le commandement
de la place de Bourbourg , dont il a
conservé le titre et les appointements
jusqu'à sa mort. La paix qui fut con-
clue en 17 1 2 l'ayant obligé au repos ^
il commença ses Commentaires; mais,
se trouvant encore dans un âge à ne
pouvoir rester long-temps dans l'inac-
tion, il profita des alarmes que les
Musulmans donnèrent aux chevaliers
de Malte, en 1714» pour se rendre
dans cette île avec une permission de
la cour. Le grand -maître l'accueillit
avec beaucoup d'empressement; mais
Folard s'abandonna bientôt à son ca-
ractère de vanité et d'indiscrétion en-
vers les ingénieurs français qui étaient
venus , comme lui , offrir aux cheva*
liers leurs bras et leurs conseils. Mé-
content de n'avoir pu faire préviloic
sou opinion , il refusa la croix de l'oiv
drc qui lui fut olferte selon l'usagé
en pareil cas, et il revint dans sa pa*
trie , où il ne lui fut pas encore
possible de rester .long-temps inactify
Le bruit des exploits de Charles Xl|
retentissait alors dans toute l'Europe^
et Folard desirait vivement eu être le
témoin. Il s'embarqua sur un vaisseau
qui fit naufrage au moment de toucher
au port ; et après s'être sauvé dans une
chaloupe, il arriva presque nu à Stock-
holui. Le roi l'accueillit fort \iko, et
FOL
TeVoiita parler de sa tacti<(ue avec une
extrême complaisance. On ne pouvait
rien faire qui fût plus agréahie au che-
valier; aussi preféra-t-il dès le premier
instant le séjour de la Suède à celui de
la France. 11 se rendit néanmoins
dans sa patrie peu de temps après ,
afin d'y concourir aux plans du baron
de Goërîz. Mais ces pians ayant clé
renversés par l'arrestation du baron
( Foy. Charles xii et Goertz), Fo-
îard retourna à Stockholm , et ne tarda
pas à accompagner le roi de Suède
dans son expédition de Norvège. 11
revint en France aussitôt après la mort
de ce prince , et il y fut nommé racstre-
de-camp à la suite dans le régiment de
Picardie. Ce fut en celte qualité qu'il
fit sa dernière campagne, en 17 19,
dans la courte guerre que la France
eut à soutenir en Espagne. La paix
devint alors générale , et Folard se
vit condamné à un repos qu'il ne con-
naissait point encore. 11 ea profita
j^our se livrer tout entier à ses tra-
vauxlittéraires ; et bientôt il fut à même
de présenter au duc d'Orléans, régent,
son livre des Nouvelles Découvertes
sur la Guerre, Paris, 1724, in- 12.
il cherclia ensuite un cadre où il lui
fût possible de réunir les résultats de
ses longues observations , et dans le-
quel il pût surtout faire entrer l'ex-
plication de ses nouveaux systèmes.
L'Histoire de Polybe lai parut le sujet
le plus propre à ses vues. Cet ouvrage
est, sans aucun doute, l'un des écrits
historiques de l'antiquité les plusexacts
et les plus judicieux sous le rapport
militaire 5 ainsi Folard ne pouvait faire
un meilleur choix. Mais ne sachant pas
le grec, il fut obligé d'en confier la
traduction à dora Thuiilicr, et il tra-
vailla en même temps à ses longs
Commentaires, qu'il plaça en notes et
à la suite de chacun des chapitres de
Polvbe. Ces Comiacutaires sont d'uue
FOL
143
prolixité sans exemple, et le style de
l'auteur descend quelquefois jusqu'à la
trivialité^ il y présente souvent dans
la même page les choses les plus inr
cohérentes} enfin on y remarque dc^
efforts continuels pour tout rattacher
à son système des colonnes et de l'or-
dre profond. Mais, quelque imparfait
que soit l'ouvrage de Folard, les mi-
litaires le trouveront utile sous beau-
coup de rapports. A côté de remarques
judicieuses et de recherches savantes
sur les guerres des anciens, on y trouve
des renseignements précieux sur les
événements dont l'atîteur a été le té-
moin, et l'on doit regretter que les
historiens de celte époque ne l'aient
pas consulté plus souvent. Il explique
les causes et les résultats de ces évé-
nements avec une franchise qui lui fut
souvent nuisible, mais qui sera tou-
jours utile à la postérité. Cette fran-
chise, qui avait mis tant d'obstacles à
son avancement tant qu'il eut les ar-
mes à la main , vint encore s'opposer
à ses projets lorsqu'il se mit à ])u-
blier des livres. Quand il fut arrivé au
6". volume de son Polybe , on lui dé-
fendit de se livrer aux mêmes discus-
sions que dans les précédents. 11 se
plaint amèrement de celte défense dans
la préface de ce volume, et dit qu'on
l'a retenu précisément à l'endroit ou
son auteur devenant plus intéressant,
il allait être inspiré lui-même par des
événements plus dignes de remar-
que. Folard a placé en têle de cet
immense ouvrage son Traité des Colon-
nes et de l'ordre profond,qu'il regarde
comme la base de toute bonne tacti-
que. Cette opinion rencontra alors de
nombreux contradicteurs. Le plus
judicieux de ces critiques était M. de
Savornin , général suisse au service
de Hollande, qui publia sous le voile
de l'anonyme : Les Sentiments d'un
homme de guerre sur le nouyean
i44 FOL
Sjstème de Folard. Cet auteur est
celui de ses adversaires que le cheva-
lier traite avec le plus d'égards dans
les préfaces de chacun de ses volumes,
dont on sait qu'il faisait une espèce de
champ de bataille, où il attaquait sans
ménagement ceux qui ne pensaient pas
comme lui. La partie \a meilleure
des Commentaires de Polybe est sans
doute celle où Folard traite de la
tactique des anciens, et surtout de
leur manière d'attaquer et de défendre
les places. Personne n'avait mieux ap-
profondi cette matière; personne n'a-
vait plus médité et travaillé sur les
instruments de guerre des peuples
de l'antiquité. Il avait fait construire
une catipulte dont les expériences le
transportèrent d'admiration ; et il n'hé-
sita pas à dire que s'il lui était possible
d'attaquer, avec les machines et les
moyens des anciens, une place défen-
due par l'artillerie des modernes, il se
faisait fort de la prendre en peu de
temps. On sent combien une aussi
étrange opinion eût été difficile à prou-
Ter. Ses idées sur la stratégie ne sont
pas moins faites pour étonner; et son
système des colonnes et de l'ordre
profond sera a^sez apprécié si l'un
pense que dans les nombreuses guerres
qui ont eu lieu depuis sa pubhcation,
il n'est pas un souverain ni un seul
général qui ait daigne le mettre en
usage. Seulement, il f «ut convenir que
les aitaques en colonnes serrées, si
généralement et si heureusement em-
ployées de nos jours, n'en sont qu'une
sorte «l'imitation. Cetie méthode prou-
ve sans Joute qur l'ordre profond est
souvent le meilleur: m;iis les attaques
en colonnes serrées, par pelotons,
par divisions ou par baiaillons, telles
qu'un les fait aujourd'hui, présenlent
dos avantaî^es bien importants, et aux-
quels Folrd n'avait pas songé; c'est
de pouvoir se déployer au besoin,
FOL
changer de front et de direction avec
une extrême facilité, enfin passer ra-
pidement de l'ordre profond à l'ordre
mince , et de l'ordre mince à l'ordre
profond. Folard était tellement enti-
ché de son système et de ses décoii*
vertes , qu'il ne voyait partout qu'or-
dre profond et colonnes d'attaques. Il
avait peu lu la liible ; un jmr il se met
à la parcourir , et dès la première page
il s'écrie: « Savcz-vous que Moïse était
» un grand capitaine?llavait découvert
» ma colonne î » Le comte de Saxe,
qui avait connu Folard en Suède, a
paru faire cas de ses opinions; et l'on
peut juger de l'estime que cet habile
général avait pour lui par les Icflrei
qu'il lui adressa. On en trouve quel-
ques-unes à la suite de l'ouvrage in-
titulé : Mémoires pour sentir à l'His-
toire de M. le chei^alier de Folard ,
-Baîisbonne( Paris), 1753, i vol.in-i'2.
Folard était un assez bon ingénieur , et
il dessinait et levait fort bitn des plans.
C'est sur ses dessins que l'abbé Gédoyu
a donné le plan de difféi entes batailles
dans sa Traduction de Pausanias.
On a nommé Folard le F é^èce fran-
çais ; mais il eût élé peu flatté de celle
comparaison , car il parle souvent très
mal de Végèce. Comme il cite un grand
nombre d'anciens auteurs, il a sou-
vent rectifié leur texte alléré par les
copistes, et il a quelquefois indiqué
des conire-scns dans leurs traductions.
La publication de son Polybe lui valut
une grande léputation en Europe, et cet
ouvra^^e le fit admettre dans la société
royale de Londres. Le roi de Prusse,
Frédéric-le-Grand, désira fane une
expérience de son système, et Folaid
fut invité à se rendre à Berlin pour
en être le lémuin; mais son âge ne lui
permit pas d'entreprendre un pareil
voyage. Cependant ce prince faisait 1
peu de cas des écrits de Folard , et il '
les a posilivcmcnt traités de visions
FOL
et à' extravagances dans plusieurs
passages de sa correspondance, et
surtout dans le volume qu'il fit im-
primer en 1761, sous ce titre:
1/ Esprit du chevalier de Folard ,
un vol. in -8°. Frédéric dit dans
Tavant-propos de cette compilation :
« Il ( Folard ) avait enfoui des dia-
» mants au milieu du fumier; nous
» les avons retirés. On a fait main
» basse sur le système des colonnes :
» on n'a conservé que les manœuvres
» de guerre, dont il donne une des-
» cription juste; la critique sage qu'il
» emploie sur la conduite de quelques
» généraux français , certaines règles
î> de tactique , des exemples de dé-
» fenses singulières et ingénieuses ,
» et quelques projets qui fournissent
3) matière à des réflexions plus utiles
«encore que ces projets mêmes.»
Telle était l'opinion du plus grand
capitaine de son temps sur les écrits
de Folard. Les travaux littéraires de
ce tacticien altérèrent sa santé plus
rapidement que n'avaient fait les fa-
tigues de la guerre. En 1750, il
"voulut encore une fois revoir sa ville
natale, et se rendit à Avignon, où il
ïnourut le 25 mars 1752, à l'âge de
85 ans. Ce guerrier n'avait pu s'é-
lever au premier rang de l'armée,
quoiqu'il l'eût vivemxnt désiré. Cepen-
dant il était content de son sort; et
avec un faible patrimoine et quehjues
pensions du roi , il trouva moyen de
faire du bien. Ses dernières années au-
raient été parfaitement heureuses, s'il
ne les eût troublées lui-même en se
jetant à corps perdu dans une polé-
mique imprudente, oii il donna sou-
vent des armes contre lui par trop
d'irascibilité et par un amour-propre
excessif. Un autre travers jeta aussi
quelque amertume sur ses -lerriicres
années. S'etant laissé entraîner dans
h parti des appelais , il fut signalé par
FOL ï4^
les pamphlétaires du temps comme
se livrant à des convulsions de vision-
naire sur le tombeau du diacre Paris.
La nouvelle secte fut enchantée de pou-
voir s'appuyer d'un pareil témoignage ;
et l'on conçoit tout le ridicule qui dut
en résulter pour le vieux chevalier. Le
cardinal de Fleury en fut très mécon-
tent, et ce ministre fit donner ordre
à Folard de s'éloigner de Paris. Ce ne
fut qu'à la prière de plusieurs géné-
raux , qui firent valoir ses nombreux:
et importants services, que cet ordre
fut révoqué. Folard avait joui pendant
toute sa vie d'une sauté très robuste.
Une seule infirmité l'affligea dès sa
jeunesse, et elle ne fit que s'accroître
avec l'âge; c'était une surdité natu-
relle , et qui lui fut souvent funeste à
la guerre. Il était presque entièrement
sourd dans sa vieillesse. Ses opinions
militaires , qui avaient excité tant de
discussions pendant sa vie , en firent
naître de plus grandes encore long-
temps après sa mort. Son système des
colonnes, vivement attaqué dans les
Mémoires militaires du colonel Guis-
chardt, en 1758, ainsi que dans les
Mémoires critiques du même , de
1774, fut défendu avec beaucoup de
chaleur dans les Recherches d*anti-
quilés militaires du chevalier de Lo-
looz, Paris, 1770; et d'une manière
encore plus positive, dans un autre
volume publié par le même auteur en
1776, sous le litre de Défense du
chevalier Folard. V Histoire de Pc*
Vyhe y avec les commentaires , impri-
mée d'abord à Paris, en 6 vol. in 4 '.^
i7'27 à 17^0, le fut ensuite à Ams-
terdam, 1755, 7 vol. in^". Le sep-
tième volume est un supplément qui
ne se trouve pasdatisi'étlilionde Pari§.
Il contient: (. Les Nouvelles décoU"
vertes sur la guerre IL Lettre criti^
que d'unofficier hollandais {Ti-r>on),
llï. Sentiments d'un homme do.
10
i46 FOL
guerre (SaiVOYnm ) siirle système mi'
lilaire du chevalier de Folard. IV.
Réponse de Folard à ces criliques. Les
Commentaires sur Poiybe ont été'
abrégés et imprimés séparément par
Chabot, 5 vol. in-4°-5Pûris, 1757.
Ou en connaît deux traductions alle-
mandes, Tune imprimée à Berlin et
l'autre à Vienne. Les observations sur
Ja bataille de Zama et sur l'Histoire
d'Epaminondas , qui avaient été pu-
bliées séparément en \y^ et 1739,
font partie des Commentaires sur
jPoIjhe; et l'auteur a aussi jéuni à
ces Commentaires son Traité de la
colonne, ainsi que celui de l'attaque
et de la défense des places. Oa a en-
core de Folard : Fonctions et devoirs
d'un officier de cavalerie, Pa ris, 1 7 3 3 ,
in-i2. — Son frère ( Melchior ), jé-
suite, né à Avignon en i683, mort
dans la même ville le 19 février
1 709, professa la rhétorique à Lyon ,
et fut membre de l'académie de celte
ville. Il a composé plusieurs tragédies
médiocres, dont deux ont été impri-
mées à Lyon , savoir : OEdipe, en 1 7 22,
€l Thémistocle, en 1729. Un des
neveux du chevalier fut ministre de
France à la diète de Ratisbonne, et
envoyé extraordinaire auprès de l'é-
lecteur de Bavière en 1755. M— d. j.
FOLCHEK (Jean), théologien,
né à Calmar en Suède , vers la fin du
dix-septième siècle, ayant fait ses étu-
des à Upsal et à Giessen, devint pro-
fesseur de théologie à Calmar, d'où il
passa dans la même qualité à Pernau
en Livonie. S'étant déclaré pour les
dogmes des piétistes, il fut dénoncé
par un de ses collègues comme héré-
tique ; et lorsqu'il se fut rendu à Stock-
holm pour échapper aux Russes, qui
avaient occupé la Livonie, il éprouva
de la part des théologiens suédois une
telle aiiimosité, qu'il fut obligé de se
réfugier en Scâiiit;. La cour le prit ea
FOL
vain sous sa protection , et il mourut
en 1729, dans l'exil auquel l'avait
condamné une assemblée d'évêqucs.
On a de lui quelques dissertations la-
tines, et plusieurs ouvrages polémi-
ques contre ses antagonistes. C — au.
FOLCUIN, ou FOLCWIN, nom
commun à un saint , et à deux moines
de l'ordre de S. Benoît , l'un et
l'autre nés en Lorraine , et contem-
porains j tous deux d'une famille dis-
tinguée, sans toutefois être parents;
ayant fait profession dans le même
monastère, et qu'à cause de tant de
rapports ou a souvent confondus ,
quoique des circonstances remarqua-
bles prouvent, sans réplique, que ce
sont deux personnages différents. —
FoLCuiw ( S. ) , évêque de Térouane ,
était fils de Jérôme , frère du roi
Pépin , et possédait de grands em-
plois à la cour : méprisant les gran-
deurs humaines pour le soin de son
salut , il embrassa l'état ecclésiastique.
Elu évêque de Térouane en 817 , il
gouverna son diocèse avec sagesse ,
s'attacha à y faire fleurir la discipline et
les mœurs, tint pour cela différents
synodes , et assista aux conciles assem-
blés de son temps : on lui doit d'a-
voir, en 846 , en les cacbant sous
l'autel de. S. Martin, soustrait les re-
liques de S. Bertin à la fureur sacri-
lège des Normands, qui ravageaient
le pays. Ce saint évêque mourut dans
le cours de ses visites pastorales , en
856, le 14 décembre. C'est ce jour
que l'église célèbre sa fête ; il fut en-
terré dans le monastère de S. Bertin,
à côté de S. Orner.— Folcuin, abbé
de Laubes ou Lobes , sur la Sambre,
dans le diocèse de Liège, naquit en
Lorraine vers l'an 955 , d'une famille
distinguée; quœ non erat infima , dit-
il modestement : il se voua jeune à la
vie monastique dans l'abbaye de 5/-
thiea^ nommée depuis S. Berlin. Les
FOL
études, au moins cclies du femps,
florissaieiit daus les ëtablissemenls de
Tordro de S. Benoît, et alors ne flo-
rissaicnt guère que là. Foicuin étudia
les lettres divines et humaines dans
celte ccole , et y fil de grands progrès.
Il avait de la pénétration et l'esprit
vif; il mit à profit ces heureuses dis-
positions. Les livies qu'il a laissés
prouvent qu'il avait acquis des con-
naissances assez étendues. Son style
est plus soigné et plus poli que celui
des écrivains de son siècle, et l'on
voit que ses principes de théologie
étaient conformes à la bonne et saine
doctrine. L'abbaye de Lobes étant ve-
rnie à vaquer , Eraclc , évêque de
Liège , fit élire Foicuin , quoique
celui-ci fût encore jeune. Le nou-
vel abbé gouvernait tranquillement
son monastère, lorsque Ratbier , au-
trefois moine de Lobes , et depuis
cvêque de Vérone . le fit prier de lui
envoyer des chevaux et des gens pour
se rendre à Lobes. Foicuin s'empressa
de rendre ce service à un ancien con-
frère, constitué en dignité, et alors
malheureux. Ratbier avait été tour-
menté dans son évêché de Vérone ;
déjà il avait été forcé de le quitter
pour éviter diverses sortes de persé-
cutions. Foicuin le reçut amicalement,
et lui assigna même , du consentement
des moiues, quelques terres dépen-
dantes de l'abbaye, afin qu'il pût y
vivre honorablement. Cette alteutiou
fut mal payée : Ralhier porta le trou-
ble dans le monastère de Lobes; et
aidé de quelques religieux brouillons ,
il en fit sortir Foicuin , et s'en empara.
Néanmoins, environ un an après,
jSotger, évequede Liège, homme re-
commaudable par son mérite et son
savoir, ayant succédé à Eracle qui
protégeait Rathier, le réconcilia avec
Foicuin, et celui-ci rentra dans son
abbaye. Redevenu paisible possesseur.,
FOL i47
il mit toute son application à la bien
administrer, tant au spirituel qu'au
temporel. Il fit des règlements pour
le maintien de la discipline, donna
l'exemple de la piété et de la pratique
des vertus religieuses , encouragea les
études, augmenta et enrichit la biblio-
thèque. Quoique l'église fût grande et
décorée , il y fit divers embellisse-
ments : on cite surtout la construction
d'un jubé, d'un travail curieux j il
construisit un réfectoire, et multiplia
les aumônes. Il mourut l'an 990, après
vingt - cinq ans d'un sage gouverne-
ment, et fut enterré dans la chapelle
de St. Ursmar, autrefois aussi abbé de
Lobes, à côté de l'évêque Ratliier^
décédé plusieurs années auparavant.
Les ouvrages de Foicuin , abbé de
Lobes , sont : I. La vie de S. Foi-
cuin, évéque de Térouane , duquel
nous avons parlé plus haut, Foicuin
écrivit cette vie sur les traditions du
pays encore récentes. Après l'avoir
composée et revue avec soin, il l'a-
dressa aux moines de Silhieu , et à
leur abbé Waufier, son ami, à qui il
la dédia. DomMabillon l'a publiée avec
des observations , dans le tome V des
Actes de l'ordre de S. Benoît. II. Les
Gestes des abbés de Lobes depuis la
fondation du monastère au -j^. siè-
cle, jusqu'au temps de l'auteur. Doin
Luc d'Achery les a imprimés dans son
Spicilége. Trithème attribue mal à pro-
pos cet ouvrage à Hilduin, nommé
Tasson , qu'il suppose avoir été abbé
de Lobes , et qui fut archevêque de
Milan. Cet Hilduin n'a pas vécu au-
delà de 94i , et les Gestes continuent
l'histoire jusqu'après la mort de P^i-
ihier, arrivée en 974. lH . Les Fies de
S, Orner y de S. Berlin^ de S, Finoc
et de S. Siivin; elles sont aussi adres-
sées à Wautier , abbé de St. -Berlin,
Trithème attribue à ce même abbé de
Lobes des homélies et des sermons,
10.,
î
i48 FOL
— FoLfcuiN, racine de St. -Berlin,
issu , comme le précèdent , d'une
maison de Lorraine, mais bien plus
illustre , vivait aussi dans le dixième
siècle. Il descendait en ligne di-
recte de ce Je'rome, cité plus haut,
et qui était fils de Charles Martel : il
se dit lui-même parent de S. Folcuin
et de S. Adelard, abbé de Gorbie,
aussi issu de Charles Martel ; et c'est
vme des raisons qui font distinguer ce
Folcuin de Tabbé de Lobes, qui, en
parlant de sa famille, et en écrivant
la vie de S. Folcuin , n'aurait pas man-
qué de revendiquer l'honneur de lui
appartenir. Les parents de Folcuin,
dès sa première enfance, à raison
sans doute de quelque vœu, vinrent,
suivant un usage fort commun alors ,
l'offrir à Dieu dans l'abbaye de St.-
Bertin, pour y être élevé dans la vie
religieuse , et y vivre sous la règle de
S. Benoît. Ils le remirent entre les
mains de l'abbé Womar, qui le fit
instruire dans les saintes lettres, et le
revêtit de l'habit religieux. Folcuin,
enfant soumis, ratifia , quand il fut en
âge, un sacrifice qui n'était point de
sa volonté, et renonça de bon cœur aux
avantages que sa naissance lui pro-
mettait dans le monde. Son abbé le pro-
mut aux ordres sacrés j mais Folcuin
demeura diacre. Il vécut dans la pra-
tique des vertus monastiques, et mou-
rut dans un âge peu avancé. Des ou-
vrages qii'il a faits il reste : I. Une
épitaphe de S. Folcuin , son parent _,
en six vers élégiaques^ ils ont été in-
sérés dans sa légende. II. Un recueil
de pièces concernant Vhistoire de
son abbaye , depuis sa fondation
jusqu'au temps où il vivait. Ce re-
cueil est composé de diplômes , char-
tes , et monuments relatifs au monas-
tère de St.-Bertin. Ces pièces sont
d'autant plus précieuses , qu'elles ont
été transcrites avec la plus scrupu-
FOL
leusc fidélité. L'auteur ne s'y est pas
même permis de marquer les époques
par les années de l'incarnation, lors-
qu'elles n'étaient point désignées de
cette manière, de peur que cette li-
berté n'en fît soupçonner de plus gran-
des; mais tout, dans le recueil, est
rangé méthodiquement et dans l'ordre
chronologique. L'auteur a joint à ces
anciens monuments des notes judi-
cieuses, où se trouve l'histoire des
abbés de S. Bertin, et qui éclaircis-
sent ce qu'il pourrait y avoir d'obs-
cur. Folcuin entreprit ce travail par ,
le commandement de l'abbé Ade-*
longa, et il le lui dédia. Dans un cata-
logue des moines qui vécurent avec lui
sous cet abbé , il fait mention d'un
Folcuin, qui est sans doute l'abbé de
Lobes. Dom Mabillon a extrait de ce
recueil un grand nombre de morceaux
qu'il a insérés dans sa Diplomatique ,
dans sa collection d'Actes et dans ses
Annales, III. Un autre recueil de
chartes de différents monastères ^
entrepris pour l'usage des officiers de
la maison, et rédigé dans un si bel
ordre que chacun y trouvait ce qui se
rapportait à son office. L — y.
FOLCZ (Jean ) , barbier à Nurem-
berg, né à Uhn vers le milieu du 1 5".
siècle, fut un des plus célèbres poètes
d'Allemagne , de la classe de ceux
qu'on appelle Meistersœnger, maîtres-
poètes. La littérature allemande avait
eu son siècle d'or sous les empereurs
de la maison de Hohenstaufen , qui
régnèrent en Souabe et en Alsace de-
puis 1 080 , et occupèrent le trône im-
périal, avec quelques interruptions ,
depuis II 58 jusqu'en ia54. Cette
époque brillante produisit une série de
poêles , connus sous le nom de Chan-
tres d'Amour, Minnesœnger, ou de
poètes souabcs. Quelques-uns d'entre
eux survécurent à la fin tragique de
la maison de Hohcustaufcn : ou eu
FOL
trouve encore pendant les troubles
politiques qui déchirèrent l'Allemagne
jusqu'au commencement du i4^. siè-
cle j mais les muses allemandes se tu-
rent, lorsque sous les empereurs de
la maison de Luxembourg, une lan-
gue e'trmgère, l'idiome bohémien, de-
vint celle de la cour. La poésie, qui
anciennement avait fait les délices des
princes et des seigneurs , devint alors
l'apanage des dernières classes de la so-
ciété : à la place d'un ordre dans lequel
le talent et la noblesse des sentiments
donnaient l'entrée , il se forma des
maîtrises ou jurandes , où l'on était
reçu en remplissant certaines forma-
lités, ou en payant certaines rétribu-
tions. Bien loin de parcourir les princi-
pales villes et les châteaux , et de faire
entendre leurs chants devant des juges
dignes de les apprécier, les prétendus
poètes des 1 4*^. et 1 5^ siècles se ren-
fermèrent dans les salles oii leurs cot-
tcries avaient coutume de se réunir ;
au lieu de l'enthousiasme que le désir
de plaire aux dames et aux princes
inspirait aux poètes-souabes, le misé-
rable talent de coudre ensemble quel-
ques rimes tenait lieu de génie à ces
nouveaux enfants d'Apollon. La dé-
nomination de Maîtres-Poètes , qu'ils
adoptèrent, caractérise parfaitement
leur génie. Pour être regardé comme
Maître il fallait connaître ce qu'on ap-
pelait les lois de la Tablature, c'est-
à - dire , une suite de règles insigni-
fiantes sur la quantité et la rime ; et
pour se rendre célèbre il fallait inven-
ter quelque nouveau rbythme , et lui
donner un nom baroque. Il est impos-
sible de traduire les dénominations
absurdes que portaient ces rhylhmes ;
en voici quelques-unes des moins ridi-
cules : les rhythmes de l'escargot , de
l'encre, des étudiants joyeux, de l'or,
des roses, etc. Maïence, Strasbourg
et Nuremberg sont les villes où l'on
FOL ï49
trouvait les plus fameuses jurandes de
Meistersœnger ; mais il y en avait
aussi à Memmingen, àUlm, à Augs-
bourg et dans d'autres villes de la
Souabe. Leurslieux d'assemblée étaient
ordinairement dans les cabarets , et les
réunions se terminaient par des or-
gies. En parcourant les listes de ces
maîtres , on n'y trouve que des tisse-
rands , des boulangers, des cordon-
niers et d'autres artisans. On place
l'époque de ces chantres entre l'année
1 35o et l'année 1 5 1 9, où Luther opéra
une réforme dans la langue allemande ;
mais les jurandes continuèrent long-
temps après, et celle de Strasbourg se
perpétua jusque dans la seconde moi-
tié du I8^ siècle. Jean Folcz, qui
nous a fourni l'occ^ision de cette di-
gression , se distingua par l'invention
de plusieurs rhylhmes nouveaux. Il
fit imprimer à Nuremberg, où il pos-
sédait peut-être une presse , un grand
nombre de ses poésies, dont les titre»
bizarres ne peuvent être rendus ea
français. Nopitsch en donne le détail
dans son Supplément au Dictionnaire
des savants nurembergeois. On y voit
que la plus ancienne de ses pièces ,
achevée en 1470, avait été imprimée
ou gravée en bois dès 1 474 ? ^^ qu'on
en réimprima , en 1 534, ^ Nuremberg,
une collection en 3 vol. in-4''. Nous
indiquerons seulement : I. Histoire
poétique allemande ( Ein teutsch
worhaflig poetisch ystori , etc. ),
1 4^0, in-4''. de 20 feuilles. C'est une
histoire abrégée de l'empire germani-
que, en rimes. On en conserve un
exemplaire dans la bibliothèque Eb-
nerienue à Nuremberg. II. Fitœ pa-
trum vel liber colacionum , poème de
297 vers : on en connaît deux éditions
l'une en 8 feuilles, sans date, et gra-
vée en bois; l'autre en 7 feuilles,
i485 , in -fol. Gothelf Fischer en don-
ne une description détaillée dans ses
5o
FOIi
Raretés typographiques , etc., Maïen-
ce, 1800, in-B"., en allemand. S — l.
FOLENGO (Théophile), pius
connu sous le nom de Merlin Cocàie^
geuie bizarre et poète bouffon , ne fut
garanti des travers de son esprit et de
sa conduite , ni par la noblesse de sa
naissance , ni par la gravité de son
e'tat. Les Folengo figuraient dès le
commencement du onzième siècle par-
mi les familles nobles de Mantoue.
Théophile naquit le 8 novembre 1 49 ï ,
dans un lieu appelé autrefois Cipada,
et qui aujourd'hui n*a pius de nom ,
hors du faubourg St. -George, auprès
du lac inférieur. 11 a lui-même parlé
de ce lieu de vsa naissance, dans plu-
sieurs endroits de ses poésies :
Magna suo veniatMcrlino parva Cipada..,.
Maiitua Virgilio qaiiiiel, Verona C^iiiUo,
DantP si'O fiorens urbs Tiisca, Cipads Cocajo....
Ncc Merlinus ego, lans, gloria, fama Cipad», etc.
11 reçut au baptême le nom de Jérôme,
et fat élevé d'abord dans la maison de
son père , qui le confia ensuite aux
soins d'un bon prêtre des environs de
Ferrare. ]l annonçait, dès son en-
fance , beaucoup de pénétralion , de
vivacité d'esprit, un goût décidé pour
la poésie , et une facilité singulière à
mettre en vers tout ce qui se présen-
tait à lui. Toraasini, et d'après lui
d'autres auteurs, ont écrit qu'il avait
achevé ses éludes à Bologne, sous
le célèbre Pomponace : quoi qu'il en
soit, il avait fini son cours de belles-
lettres et celui de philosophie, lors-
qu'à peine âgé de seize ans , il chan-
gea tout-à-coup de dessein , et entra
dans l'ordre des Bénédictins de la
congrégation du Mont-Cassin, à Bres-
cia , où son frère aîné Jean-Baptiste
Fûlengo avait fait ses vœux trois mois
auparavant. Il prit alors le nom de
Théophile au lieu de celui de Jérôme,
et fit lui-même profession dix-huit
mois après, ie ^4 juin iSoQ. Sa vie
fut d'abord régulière j mais un nour
FOL
veau supérieur du couvent de Brescia
où il était devenu [»rofès, y ayant
souffert ou même inti oduit de grand»
désordres, Théophile, entraîné par
de mauvais exemples , se dérangea
d'abord en secret, puis à découvert ,
et finit par quitter son couvent , son
habit, et aller courir le monde avec
une fort jolie femme qu'il aimait éper-
dument. Elle était comme lui très
bien née, aussi ne l'a-t-il jamais nom-
mée dans SCS ouvrages ; mais il a
mis les lettres de son nom pour ini-
tiales aux vers d'une espèce de can^
zone qui en a treize, et ces treize
lettres rassemblées donnent le nom
de Girolama Dieda. il alla errant
avec elle pendant plus de dix ans,
n'ayant, à ce qu'il paraît, de ressour-
ces pour vivre que son talent et ses
vers. 11 avait commencé un poëme
latin écrit avec beaucoup d'élégance :
quelle que fut la cause de son change-
ment, il quitta ce genre sérieux dans
lequel il ne pouvait tout au plus espé-
rer que la seconde place , pour un
genre qu'il appela macaronique , sans
que l'on sache précisément pourquoi ,
mais où il eut l'ambition et la certitude
d'occuper le premier rang. Le fond du
langage qu'il y employa est latin , mêlé
de mots italiens, et plus encore de
mots du patois mantouan qui était sa
langue maternelle, avec des terminai-
sons latines. Il raconte dans son poème
les aventures ridicules d'un héros qu'il
nomme Baldus, parmi lesquelles il y
en a plusieurs qui lui étaient arrivées à
lui-même: souvent, sous cette enve-
loppe bouffonne, on trouve des pen-
sées et des maximes d'un grand sens,
des traits satiriques sur les grands ,
sur la vanité dos titres, sur les diffé-
rents travers des hommes ; et ces traits
originaux et piquants sont presque
toujours sans amerlumc. Ou a pré-
tendu que l'auteur douua le uom de
FOL
Diacaronique à cette composition plus
que bizarre, où le latin est assaisonne'
d'italien et de mantouan, à cause des
macaroni qu*on assaisonne avec un
me'lange de farine , de beurre et de
fromage; et en effet, il n*en fallait
peut-cire pas davantage à un esprit tel
que le sien. Au lieu de diviser son
poëme eu livres ou en chants, il le di-
visa en macaronëes : macaronea
■prima; macaronea seeiinda , etc. Il
y en avait dix-sept dans la première
édition; il y en a eu vingt cinq dans
les suivantes. Merlinus Coca jus fut
le nom d'auteur qu'il se donna ; ce
nom devint bientôt célèbre ; il se fit
eu peu d'années plusieurs éditions de
ses poésies facétieuses. Leur succès
n'empêcha pas qu'elles ne fussent ai-
grement critiquées, qu'on ne repro-
chât à l'auteur et le style même dans
lequel il écrivait, et la licence d'idées
et d'expressions qu'il se permettait
souvent • irrite de ces cridques , il
changea de style ou plutôt de langue
et de nom , et composa dans l'espace
de trois mois un poème satirique ita-
lien en huit chants, sur l'enfance de
Roland, auquel il donna le titre d'O/'-
îandino. Limerno Pitocco fut le nou-
veau nom qu'il prit en tête de ce
poëme : Limerno n'est que l'ana-
gramme de son premier faux nom
Merlino ; et la qualité de mendiant
{pitocco ) qu'il y ajoutait , ne signifiait
que trop bien l'étal où il était quelque-
fois réduit. 11 s'était cependant fiit
dans le monde beaucoup d'amis par
la réputation que lui avaient acquise
l'étendue de ses connaissances et les
agréments de son esprit. 11 en avait
même conservé dans le cloître ; et
lorsqu'étant las de celte vie errante
et misérable , il prit en iSaô le parti
d'y renirer, il fut reçu à bras ouverts.
11 signala sa conversion par un ou-
vrage dont cette conversion même était
FOL i5i
le sujet; elle ne s'étendait pas jusqu'à
renoncer à la bizarrerie qui lui était
naturelle; il fît de cet ouvrage une
espèce d'énigme; le titre même est
énigraatique : Il Chaos del triperuno;
tel est ce titre , qui signifie , le Chaos
de trois pour un j c'est-à-dire, de lui-
même, qui a été successivement Théo-
phile Folengo, Merhn Coc^ïe, et
Limerno. L'ouvrage est un mélange de
vers, de chants, de narrations, en
latin, en italien, en langage macaro-
nique , un véritable chaos , divisé en
trois parties, qu'il appelle SjbeSy
comme le poète latin Stace a appelé
Syl\>œ le recueil de ses poésies diverses.
Il s'appliqua ensuite à corriger ses au-
tres ouvrages : Y Orlandino reparut
en sept chants, au lieu de huit, et
avec des corrections et des suppres-
sions considérabks , sur-tout dans le
septième chant. Il entreprit aussi d'é-
purer les Macaroniques ; et ayant
terminé ce travail en 1 53o , il en con-
fia l'édition à François Folengo, l'un,
de SCS frères. Les deux ouvrages de-
vinrent ainsi plus chastes et plus or-
thodoxes ; mais ces éditions corrigées
sont très justement tombées dans l'ou-
bli. On a écrit qu'il avait passé en Si-
cile en i555, et qu'il y était reste
pendant dix ans : mais l'auteur de sa
\ie qui est en tête de la belle édition
des Mac ar uniques , Manf oue ( sous le
titre à* Amsterdam), 1768, 2 vol.
in-4'' , établit d'après des titres origi-
naux , que Folengo demeura pendant
quelques années à Gapri , maison de
campagne appartenant à son ordre,
eiitre Brescia etBergarae , près du lao
d'Iseo ( lacus Sebinus ) ; qu'il parta-
gea son séjour entre celte campagne et
Ijrescia, jusqu'en 1 556 et 1 537, et
que ce fut dans l'une ou dans l'autrr*
qu'il composa son poëme italien en
dix livres et en octaves sur VHuma^
nité du fils de Dieu , le plus ortho-
i53 FOL
doxe de ses ouvrages, et qui en serait
le plus e'difiant, si l'on pouvait êlre
édifie' par ce qu'on ne peut lire. Il fut
ensuite envoyé en Sicile dans le mo-
nastère de St.-Martin délie seule ,
près de Palerrae. A quelque distance
de cette maison et dans une très agréa-
ble solitude , était un petit couvent de
femmes appelé Sain te- Marie de la
chambre ou des chambres , qui est
maintenant détruit. On lui confia la
direction de ce couvent , où il ne de-
meura qu'à peu près une année. Le
gouverneur de Sicile , Ferdinand de
Gonzague , qui résidait à Palermc , le
rappela auprès de lui. Moréri a pré-
tendu que ces religieuses lui avaient
suscité de fâcheuses affaires, à cause
de son esprit poétique et facétieux ; et
d'autres l'ont redit après lui. L'auteur
de la Vie que nous venons de citer ,
nie ce fait ; mais il soupçonne que
Foîcngo fut contraint par Ferdinand
de Gonzague , de quitter cette douce
retraite. Il cite une épigramme iné-
dile de douze vers que Théophile ins-
crivit, en partant, sur le mur de sa
cellule , et dont le second vers indique
évidemment ce départ forcé :
Dulc« soluni, patfiseque instar, mea cura, Ciambre,
Accipe supremum (cogor abire ) vale.
Deux autres distiques de cette même
épigramme nous paraîtraient désigner
assez clairement la cause secrète de ce
rappel. Théophile n'avait qu'environ
cinquante ans. Il avait eu des habi-
tudes dont il est difficile de se corri-
ger entièrement: il s'était sincèrement
«converti; mais on l'avait peut-être
exposé, en lui confiant une direction
de celle nature: peut-être, enfin, n'é-
tait-ce pour autre chose que pour son
esprit poétique, que quchjues reli-
gieuses lui suscitèrent des aflaires au-
près du gouverneur, qui ne crut pas
devoir être trop sévère, et qui se con-
\(in\d^ de l'arracher aux lemaiioDs^ en
FOL
l'appelant auprès de lui. Voici les
quatre vers qui nous semblent auto-
riser cette conjecture :
Vos vilrci fontes , et amori» conscia nostri
Murmura, perpeluo vere,' cadenlis aquK,
Mantoom altérais memorate Theoplùlon anait,
Sitque mea: voliis causa sepulta fugae.
Ce dernier vers, sur- tout, nous paraît
exempt de toute équivoque; le lec-
teur en jugera. Logé, à Palerme, dans
le palais du gouverneur , Folengo
composa pour lui plusieurs ouvrages,
un, entre autres , dont on ne connaît
que le titre et le sujet, mais où il put
déployer tout ce que son imagination
avait d'extraordinaire. C'était une es-
pèce de repréïientation sacrée, assez
semblable à nos anciens mystères , où
étaient mis en action, avec une grande
pompe de spectacle, la création du
monde, le combat des bons et des mau-
vais anges, le paradis terrestre, la
chute de l'homme , la nature humaine
personnifiée, implorant la clémence
divine, les sybiiles, les prophètes,
l'ange Gabriel, l'annonciation, la ré-
demption, et les actions de grâces
de la nature humaine et du chœur des
anges. Cette représentation se donnait,
à grands frais , dans une église de Pa-
lerme, appelée Sainte-Marie délia
Pinta, qui n'existe plus. La pièce,
qui était en vers italiens et en tercets
ou terza rima y était intitulée : V^tto
délia Pinta^ ou la Palermila; elle
n'a point été imprimée, non plus que
trois tragédies qu'il fit aussi pour Fer-
dinand de Gonzague, la Cecilia, la
Cristina et la Cattarina : elles furent
mises en musique quelque temps après
par ordre d'Autoiue Colonna , succes-
seur de Gonzague , dans le gouver-
nement de Sicile ; ce qui fait croire
que quelque mauvaises qu'elles nous
paraîtraient sans doute aujourd'hui ,
elles n'étaient pas sans quelque mérite.
Foiengo repassa, en 1 54 3, en Italie^
FOL
et se relira dans le couvent de Sainte-
Croix de Carapese , près de Bassano,
sur les bords de la Brenta; ii y mou-
rut un peu plus d'un an aj)rès, le
9 décembre 1 544 > n'étant âge que
de cinquante-trois ans. Ses ouvrages
imprimes portent les titres suivants,
auxquels nous ajouterons les dates des
meilieuros éditions qui en ont été faites:
I. Merlini Cocaii poëtœ Manluani
Macaronices libri XVII, Venise,
Alexandre Paganino , 1 5 1 -^ , in-i)°, j
édition extrêmement rare , et dont
les plus savants bibliographes par-
lent sans l'avoir vue. 11 y en a
une seconde, mais qui en suppose
plusieurs antécédentes, quoique l'on
n'en connaisse qu'une seule ; elle est
intitulée : Merlini^ etc. lïbri XVII
post omnes impressiones uhique loco-
rum excusas novissimè reco^nili^
omnibusque menais expurgati, Ve-
nise, César Arrivabene, i5'2o,in-8".
Celle édition est elle-même remplie ,
non seulement de fautes , mais d'addi-
tions et d'interpolations. — Opus Mer-
lini Cocaii poëtœ Mantuani Maca-
ronicorum toium in pristinam for-
marn perme Magistrum aquarium
Lodolam redactum , etc. Tuscidani
apudlacum Benacensem, Alexandre
Paganino, i 52 1 , in-8''. avec figures ;
édition la meilleure et la plus complète
de toutes, et d'après laquelle toutes les
autres bonnes éditions ont été faites.
On croit que ce fut Folengo , lui-même,
qui la donna , sous le nom de maître
Aquarius Lodola; Aposlolo Zeno et
d'autres auteurs préfèrent cependant
à celte édition de i52i, celle qui a
pour titre : Macaronicum poéma ^
Baldus , Zanilonella , Moschea ,
Epigrammata ; et à la fin , Cipatœ
apud Magistrum Aquarium Lodo-
lam j sans date , mais que l'on con-
jecture être postérieure de plusieurs
années à 1 55o, C'est cette édition cor-
FOL i55
rigée que Folengo prépara depuis sa
conversion, et dont il recommanda
l'impression à son frère. Elle est peut-
être meilleure sous le point de vue
moral; mais, sous les rapports litté-
raires, c'est la plus mauvaise de
toutes. Nous renverrons aux biblio-
graphies pour les autres éditions plus
ou moins bonnes des Macaroniques ;
nous indiquerons seulement la der-
nière, qui est fort belle, enrichie de
, notes très utiles , ornée de vignettes
gravées, et qui pouvait être la meil-
leure à tous égards si l'éditeur n'avait
pas pris le mauvais parti de la faire
d'après le texte de l'édilion corrigée
dont nous venons de parler. En
voici le titre : Theophili Folengivulgb
Merlini Cocaii opus Macaronicum
notis illustratum , cui accessit vo-
cahularium vernaculum , elruscum
et latinum , editio omnium comple-
tissima , Arastelodarai ( Mantuae ) ,
1 768 7 1 , sumptihus Josephi Bra-
glia , 2 vol. in-4°' H existe une tra-
duction française de cet ouvrage , in-
titulée : Histoire macaronique de
Merlin Coccaie y (tic. Paris, 1606,
4vol.in-i2. Le nom du traducteur
est inconnu , et l'on voit à l'antiquité
de son style que celte traduction est
du lô*'. siècle, quoiqu'elle n'ait été,
imprimée que dans le \^°. II. Or-
landino,per Limerno Pitocco da
Manlova composto , Venise, Nico-
lini Fralelli da Sabbio, iSaô, in-
8^.; ibidem, Gregorio de Gregori,
i526, in-8°.; Rimini , Jérôme Son-
cino , 1627 , in -8". : c'est aussi l'édi-
tion corrigée par l'auteur, dont on a
parlé dans sa vie; mais personne de-
puis ne l'a prise pour règle : toutes
ont été faites d'après les deux pre-
mières , et notamment la jolie édition
de Molini , Paris , sous le titre de
Londres, 1770, in- 12. III. Chaos
ddtriperuno^ con privilégia , et à
i54 FOL
la fin , Venise , Fratelli da Sahbio
rîiccolini , iS.i'j , in 8". ; ibidem ,
1546, in-S''. IV. La humanità del
figliuolo di Dio, in ottava rima,per
Theophilo Foîengo Mantovano , et à
la fin, Venise, AurelioPincio, i555,
in-8.; ibidem, i558, in-8''.; iSyS,
in -8'. V. Joannis Bapt. Chrjso-
goni Folengii Mantiinni anachorètes
dialogi quos Pomiliones vocat , au
promontoire de Minerve , 1 553 , in-
8**. VI. Phisicnrs Poèmes , la plu-
part sur des sujets de dévotion , et
quelques-uns aussi dans le genre ma-
caronique , qui n'ont point ete' impri-
mes. G— É.
FOLENGO ( Jean - Baptiste ) ,
be'uediclin du I6^ siècle, était frère
du préce'dent , et naquit à Mantoue,
"vers 1499; il fit profession dans le
monastère de Ste.-Justine , de la con-
grégation du Mont-Cassin , et en fut
prieur. Ami des bonnes études , il cul-
tiva les lettres divines et humaines ,
et joignit Tamour du travail à l'érudi-
tion et à la pieté. De Tliou , dans son
histoire , en parle avec éloge , et loue
sa charité, la douceur de ses mœurs,
son zèle et l'esprit de modération qui
règne dans ses écrits. Cet esprit de mo-
dération d'un côté, et d'ordre de l'au-
tre , faisait désirer vivement à Folengo
de voir réformer les abus qui s'étaient
introduits dans la discipline ecclésias-
tique , apaiser les divisions , et se
réunir à l'Eglise ceux qui s'en étaient
séparés. 0 11 marchait en cela , ajoute
de Thou , sur les traces d'Isidore Cla-
rio , cvêque de Foligno , religieux de
la même congrégation.» {Voyez
Clabius.) « Folengo écrivait purement
et noblement; son style n'était pas
moins poli que ses manières. » Une
mort paisible le fit passer à une autre
vie , le 5 octobre 1 SSt) , dans le mo-
nastère où il avait tait profession.
Jcan-Bapii^tc Folengo a laissé : I.Dcs
FOL
Commentaires sur les deux Epurer
de St. Pierre , celle de St. Jacques
et la première de St. Jean, adres-
sés en i549 au cardinal Hercule
de Gonzague. La manière libre avec
laquelle Folengo s'exprimait dans cet
ouvrage, ne plut point à Rome, et
son livre fut mis à ['index. 11. Com-
mentaires sur les Psaumes , Bâ!e ,
1 557 ; réimprimés à Rome , par ordre
de Grégoire XII l , en 1 585 , et à Co-
logne en 1 594 . Ces commentaires sont
estimés. L'auteur y exerce une criti-
que judicieuse, qu'il appuie du re-
cours au texte original, et des ver-
sions les plus accréditées. Il y donne
le sens littéral des termes , les expli-
que par l'analyse du psaume , en fait
voir la liaison et la suite ; passe de là
au sens spirituel, moral et mystique,
et ne laisse rien à désirer ni pour l'ins-
truction ni pour l'édification. IlL Ta-
ble^ dans laquelle les psaumes sont
divisés en différentes classes, d'après
les sujets qui y sont traités j ouvrage
utile. L — Y.
FOLIANUS. Voy. Foglianf.
FOLIETA. Voy. FoGLiETA.
FOLIGNO (la B. Angèle de ),
ainsi appelée du lieu où elle naquit ,
au duché de Spolète, dans le i5%
siècle. EHe s'était vouée à la religion ,
quoiqu'à la fleur de l'âge et mariée.
Après la mort de son époux, elle en-
tra dans le tiers-ordre de S. François,
où , à l'exemple du saint, elle mit tou-
tes ses pensées et ses affections dans
la croix. Elle disait que la marque
d* amour la plus sûre était de voU"
loir souffrir pour ce qu'on aime.
Celte pratique d'une ame pure et d'un
esprit simple et naïf, lui obtint des
grâces et des lumières vives. Elle n'en
conçut jamais d'araour-propre, et ne
se créa point d'illusions; elle appre-
nait à en garantir les autres eu s'en
prcscryanl elle-même. Hubertiu de
FOL
Casai , célèbre mystique franciscain ,
en reçut des avis pour sa conluite
et ses écrits ; il rapporte qu'elle
lui découvrit tellement tous les dëfiuts
de sou cœur, qu'il ne pouvait douter
que Dieu ne lui p;ulât en elle-même.
Elle soutint sa constance, lorsque,
tourmenté par la fièvre, il reprit ses
forces avec son courage, et termina
VArhor vitce crucifixœ , ouvrage qui
semble lui avoir été tracé en parlie ,
dans ses détails, par la bienheureuse
Angèle, dont les opuscules ont été
recueillis et donnés en latin sous le
titre de Theologia crucis. Elle y pré-
pare en quelque sorte la voie aux Ca-
therine de Sienne et aux Thérèse.
S. François de Sales la nomme fjé-
qucmmeut dans sou Traité de Va-
moiir de Dieu : il admire sa sainteté,
et décrit SCS combats et ses disposi-
tions d'après elle-même. On ressent,
dit aussi liossuet ( Etats d'oraison ,
livre 9), dans les paroles de la bien-
beurt'use Angèle, un transport d'a-
mour dojit on est ravi. Les acfes des
Bollandistes, où ses œuvres sont in-
sérées, fixent l'époque de sa mort au
4 janvier 1009. 11 existe plusieurs
éditions de ses opuscules , Paris ,
i558 et 1601. Le catalogue de la
bibliothèque de Dufay en indique
nne traduction française, Cologne.
1696, in-i'i. Le P. J. Blaucone en
avait donné une sous le titre de Fie
spirituelle d'Angélique de Foligni ,
gcntilfemme italienne, etc. Paris ,
j6o4, in-1'2. G — CE.
FOLIUS ou FOLLIUS. Fojez
FoLLl.
FOLKES (Martin) fut , parmi
les savants du i8^ siècle, un desphis
remarquables par le nombre et Tnli-
lilé de ses travaux , et par les émi-
iienls services que son zèle infatigable
a rendus aux lettres et aux sciences. 11
naquit à WcbtLaiiislcr, le 29 octobre
FOL i55
1G90. Envoyé en France à l'université
de Sauniur, il y fit des progrès très
rapides dans le latin , le grec et l'hé-
breu : après la suppression de l'uni-
versité de Saumur, qui eut lieu en jan-
vier 1695, le jeune Folkes passa dans
celle de Cambridge , et à vingl-irois
ans il fut reçu membre de la société
royale de Londres. Le grand Newton,
qui présidait cette société, le choisit
pour r.n de ses vice-présidents ; et ,
après la mort de Newton et de Hans
Sio.me, Fôlkes fut porté à la prési-
dence. Elu , en 1720, membre de la
société des antiquaires , il en devint
aussi président en 1 740 : on le choisit,
en I 742,associéétrangerderacadéraie
des sciences de Paris ; en 17401! fut
reçu docteur en droit de l'université
d'Oxford. Il voyagea en Italie en 1 753,
et en rapporta le modèle en plâtre
de la sphère antique du palais Far-
nèse à Rome , dont Bentley inséra un
dessin dans son édition de Manilius.
Folkes, par sa naissance et ses riches-
ses, aurait pu prétendre â*des places
importantes ; mais elles l'auraient dis-
trait de ses études. Il fut fidèle aux
lettres, et les lettres l'en récompen-
sèrent : bon père, tendre époux, ami
sincère , il fut chéri et considéré de
ses contemporains. Il termina sa car-
rière le 28 juin 1754, et fut enterré
dans l'église d'Hillington, terre de ses
ancêtres du côté maternel, située près
de Lynn , dans le comté de Norfolk.
Ses nombreux manuscrits n'étant pas
en ordre pour l'impression , il en
ordonna la suppression. Par son tes-
tament, il légua à la société royale
deux cents livres sterling , un superbe
portrait du chancelier Bacon , et une
grande bague çn cornaline, sur la-
quelle étaient sculptées les armes de
celle société , pour l'usage de ceux
qui lui succéderaient dans la prési-
dence. La vente de s.i bibliothèque ,
i56 FOL
de ses gravures et de son cabinet de
me'dailles dura cinquante-six jours , et
produisit plus de trois raille livres ster-
ling. Son principal ouvrage est inti-
tulé : I. Talle des Monnaies d'ar-
gent d'Angleterre , depuis la cou'
quête des Normands, jusqu'au temps
présent , avec leurs poids et leurs va-
leurs intrinsèques , etc. , in. 4**., Lon-
dres , T 745 (en anglais ). Il donna en
même temps une 1^. e'dition d'un ou-
vrage qu'il avait publie en 1756, in-
titulé : IL Table des Monnaies d'or
d'Angleterre , depuis la I8^ année
du règne d'Edouard III , époque à
laquelle on commença à frapper des
monnaies d'or en Angleterre , jus-
qu'au temps actuel. Ce dernier ou-
vrage a été publié de nouveau en 1 765,
avec un plus grand nombre de plan-
ches, d'après les manuscrits de l'au-
teur , par les soins et aux frais de la
société des antiquaires. Les nombreux
Mémoires que Martin Folkes a lus à la
société royale de Londres , se recom-
mandent presque tous par leur utilité;
nous indiquerons les principaux :
III. Remarque sur l'étalon de la me-
sure conservée dans le Capitale à
Rome, vol. XXXlX, n°. 44^> P* 262.
IV. Comparaisons entre les Mesures
et les Poids de France et d'Angle-
terre , vol. XLII, n". 465, p. i85.
V. Comparaison de divers étalons
de Mesures de longueur et de Poids
fabriqués pour la Société royale ,
ai>ec les étalons conservés à la
Tour , à Guid - Hall , à Founder-
Hall, vol.XLIl, n". 470, pag. 541»
VL Expériences relatives à la fra-
gilité des vases de verre non recuits ,
vol. XLIII, n\ 4:7, p. 5o5. VIL Re-
marques sur quelques incrustations
vues à Rome , dans la villa Ludovi-
«, vol. XLIII, p. 557. VIIL Ob-
servations pour justifier un passage
de Pline , contre une correction er-
For.
ronée du P. Hardouin, vol. XîiV,
n". 4^2, pag. 365. 11 est question
dans ce Mémoire de la longueur de
l'ombre équinoxiale du gnomon dans
la ville d'Ancone , et de la latitude de
cette ville. IX. Examen des plus an-
ciennes Cartes d' Angleterre y lu à
la société royale en 174^ : Folkes
prouve que ce sont celles de Christo-
phe Saxton , et que les plus anciennes
de cet auteur sont de i574. Martin
Folkes a inséré dans V Archœologia.
Rritannica les Mémoires suivants,
lus à la sociétédes antiquaires : Obser-
vations sur les colonnes Trajane et
Antonine, v. I , p. 117, et Observa-
tions sur une Statue équestre en bron-
ze, vue à Rome , vol. I , pag. i li. Le
Traité d'optique de Robert Smith , pu-
blié en 1738, in-4'''> renferme plu-
sieurs observations intéressantes de
Folkes sur les phénomènes de la vi-
sion. Ce savant avait réuni une belle
et riche bibliothèque, et une des plus
belles collections de médailles et de
monnaies qu'on eût encore vues en
Angleterre. Il aida généreusement l'or-
nithologiste Edwards , et le célèbre
voyageur Norden, dansia publication
de leurs travaux. Il y a eu plusieurs
portraits gravés de Folkes , l'un peint
en 1718, par Ricbardson , gravé par
Smith en 17 19; un autre peint par
Vanderbank , en 1 706 , gravé par Fa-
bcr en 1737; un 3^ peint par le fa-
meux Hogarth, en i74ï> conserve
par la société royale , gravé de même
par Faber en i74'^> et inséré par
Cookdans ses anecdotes biographiques
sur Hogarth, in^*"-? 1810, vol. Il,
pag. 1 56; un /^^ enfin peint par Hud-
son , et gravé par M. Ardell : on en
trouve encore deux autres , l'un dans
la Bibliomanic de Dibdin, et l'autre
dans les Portraits des Hommes illus-
tres de Danemark, 1 746, 7part.in-4".
Jean Antoine Dassicr a gravé et frappt
FOL
une médaille deFolkes, en 1740; ^^
deux ans après on en frappa une autre
s Rome , avec cet exergue : Sua sidéra
norunt ; sur le revers est une pyramide
et un sphinx. On a érigé à Folkes ,
en 1792, un beau monument dans
Tabbaye de Westminster. W — r.
FOLLEVILLE ( l'abbé Guyot
DE ) , plus connu sous le nom de
l'évêque d'Agra. Au mois de mai
1793, pendant que l'armée ven-
déenne occupait la petite ville de
Thouars , dont elle venait de s'empa-
rer , quelques paysans trouvèrent
dans une maison un homme vêtu eu
soldat, qui leur raconta qu'il était
prêtre , et qu'on l'avait enrôlé par
force dans un bataillon à Poitiers. Il
demanda qu'on le conduisît à M, de
Villeneuve, un des officiers de l'ar-
mée vendéenne. M. de Villeneuve le
reconnut en effet pour M. l'abbé de
Folleville , son ancien camarade de
collège. Bientôt l'abbé ajouta qu'il
était évêque d'Agra ; que des évê-
qiies insermentés l'avaient en secret
consacré à St.-Germain , et que le
pape venait de l'envoyer dans les
diocèses de l'ouest avec le titre de
vicaire apostolique. Un des ecclésias-
tiques les plus éclairés de l'armée fut
appelé : l'abbé de Folleville lui fit le
même récit avec assurance et tran-
quillité; il citait pour garant un fort
respectable curé et la supérieure du
couvent de sœurs - grises , situé au
milieu du pays insurgé , et disait qu'ils
avaient connaissance de son carac-
tère et de sa mission. On lui proposa
de suivre l'armée, de s'attacher au
parti vendéen; il n'en montra aucun
désir; il alléguait sa mauvaise santé :
enfin l'on parvint à vaincre son hési-
tation, et M. l'évêque d'Agra fut pré-
senté à rétat-major de l'armée. On
n'avait aucune raison pour douter de
ses récits ; il avait une belle figure ,
FOL 157
un air de douceur et de componc-
tion , des manières distinguées. Les
généraux virent avec un grand plai-
sir un ecclésiastique d'un rang élevé
et d'une belle représentation venir
contribuer au succès de leur cause par
des moyens qui pouvaient avoir beau-
coup d'effet. Cependant tout cequ*avait
raconté l'abbé de Folleville était faux :
étant vicaire à Dol , il avait d'abord
prêté serment , puis l'avait rétracté,
était venu à Paris , et de là s'était ,
quelque temps avant la guerre de la
Vendée, réfugié à Poitiers chez une
de ses parentes. Ses manières , soa
air religieux et doux , lui avaient valu
le meilleur accueil dans la société de
Poitiers. Toutes les âmes pieuses, Its
religieuses chassées de leur couvent^
recherchaient avec beaucoup d'em-
pressement cet abbé, qui vivait caché.
Ce fut alors qu'il imagina, pour se
donner plus de considération et d'im-
portance, de dire quSl était évêque
d'Agra : de là venait que le curé et les
religieuses de St.-Laurent avaient ap-
pris son existence par leurs dévotes
correspondantes de Poitiers. Arrivé
à l'armée sans y avoir songé, il se
trouva porté à continuer son ro-
man, dont personne ne pensait à se
méfier. C'est ainsi qu'un conte ridi-
cule dicté par une sotte vanité le cx)n-
duisit à devenir un grand person-
nage dans l'armée vendéenne. Sa con-
duite singuHère n'admet point une
autre explication. Ce n'était ni un
traître ni un espion ; jamais ses dé-
marches n'ont eu un caractère équi-
voque ; il est mort pour la cause ven •
déenne avec constance et courage:
on ne peut pas supposer non plus que
cette imposture lui eût été suggérée
par le dessein ambitieux de jouer ua
grand rôle dans la guerre civile. Ou
eut de la peine à l'y entraîner; il
avait inventé son épiscopal avant d«
i53 FOL
savoir qu'il viendrait dans la Ven-
dée : d'ailleurs , il ne montra jamais
aucun désir de domination; c'était un
homme de peu d'esprit, sans éner-
gie, sans ardeur, d'une grande tié-
deur de zèle, et dont tout je mérite
était quelque usage du monde. On
a voulu dire que les généraux étaient
complices de cette fraude , et qu'elle
avait été inventée par eux pour exer-
cer plus d'influence sur les paysans.
C'est mal connaître les cliefs de cette
armée que de les supposer capables
de se jouer ainsi de la religion : si
quelqu'un eût proposé un tel pro-
jet, quelle n'eût pas été-J'indif^nation
de M. de Lescure ou de M. d'Eibée î
D'ailleurs dans un si nombreux état-
Tnajor , où personne encore n'avait le
'^titre décommandant, où tout se fai-
sait publiquement et volontairement,
où il y avait du courage et du dé-
vouement, mais nulle habileté et au-
cun projet fixe pour l'avenir; com-
ment aurait-on concerté et caché une
si importante supercherie? On crut
sans beaucoup de réflexion un récit
vraisemblable, et qui une fois admis
devait être fort utile à la cause. En
effet l'yrrivée de l'abbé de Folleville
à l'armée produisit d'abord une sen-
sation extraordinaire chez les paysans.
liC bonheur d'avoir un évêque parmi
eux , de recevoir sa bénédiction , d'as-
sister aune messe épiscopale, les enor-
gueillissait et les enivrait de joie; leur
ardeur en était fort augmentée. On
pi, ça ensuite l'évêque d'Agra à la
tête d'mi conseil supérieur, qui de-
vait être chargé de l'administration
du pays insurgé, et qui se compo-
sait d'ecclésiastiques , de vieux gen-
tilshommes et de quelques hommes
de loi. Là parut cnlièreracnt la mé-
diocrité, la nullité même de l'évêque :
il avait sous sa présidence un homme
<£ui tarda peu à l'éclipser cl à s*em-
FOL
parer du premier rôle où l'appe-
laient son ambition, son ardeur et
son habileté. L'abbé Bcrnier fut bien-
tôt tout autrement connu et impor-
tant dans l'armée que l'évêque d'Agra.
11 paraît que guidé par l'espèce d'ins-
tinct que donne le désir d'abaisser et
de détruire son supérieur , ayant
d'ailleurs plus d'occasions et de moyens
de le pénétrer, il se douta de la su-
percherie, et qu'il écrivit en cour de J
Rome pour s'en assurer. Cela n'est, f
il est vrai, qu'une conjecture; mais,
ce qui est certain , c'est qu'im-
médiatement après le passaç;e de la
Loire, au moment où les Vendéens
vaincus et désespérés étaient forcés
d'abandonner leur pays , un bref du
pape fut apporté aux généraux : il
était en latin suivant l'usage ; Ton fit
venir l'abbé Dernier pour le lire. Ce
bref portait que te soi-disant évêque
d'Agra était un imposteur sacrilège.
Les géuéraux demeurèrent confondus
et fort embarrassés du parti qu'ils
devaient prendre au milieu d'une telle
détresse, f.orsque l'armée entière hâ-
tait sa marche pour se rallier et échap-
per à l'extermination, on ne voulut
point ajouter ce scandale h tous les
sujets d'agitation de ce malheureux
moment. On se résolut à tenir la
chose secrète. Les uns, indignés de ce
qu'il avait abusé l'armée catholique
sur une chose si sainte et si respecta-
ble , ne parlaient pas moins que de le
faire périr et de le jeter dans une bar-
que quand on arriverait à la côte. Plu-
sieurs se méfiaient de quelque trahi-
son, et n'étaient pas moins sévères
dans leur opinion : d'autres, se souve-
nant combien ce pauvre imposteur
était doux et bonhomme, combien au
fond sa piété était sincère , quoique
peu fervente, ne trouvaient pas que sa
sottise fut un si grand crime, et avaient
pitié de lui ; ils uc pensaient pas qu'au
FOL
milieu de tant de désastres on dût trai-
ter avec une extrême rigueur un com-
pagnon d'infortune , et ils savaient
mauvais gré au curé de Saint-Laud
du zèle et de la suite qu'il avait
mis à le perdre. I/évéque s'aper-
çut bientôt , au ton froid et réservé
dont les chefs usaient avec lui, qu'on
savait quelque chose, et il en fut en-
core bien puis sûr lorsque passant à
Dol, où il avait été vicaire, il fut re-
connu; dès-lors il devint profondé-
ment triste, mais avec calme et cou-
rage. A l'attaque de Grauville , il passa
la journée à parcourir les rangs , en-
courageant les soldats , relevant les
blessés, leur donnant les consolations
de la religion sous le feu de l'ennemi ,
et cherchant une mort que sa posi-
tion lui faisait désirer. Il continua à
suivre l'armée jusqu'au moment où,
après la déroule du Mans , elle fut
presque détruite ; alors il se cacha ,
et déroba pendant quelque temps sa
vie aux poursuites qu'on faisait con-
tre les Vendéens dispersés et fugi-
tifs. Après quelques semaines , il fut
pris et amené à Angers. Il déclara
d'abord qu'il était secrétaire de M. de
Lescure; mais il ne pouvait être mé-
connu à Angers , où peu de mois avant,
pondant les triomphes des Vendéens,
il était venu en grande pompe officier
poniificalement. « Tu es l'évêque
» d'Agra, lui dit-on ! — Oui, répon-
» dit -il, je suis celui qu'on appelait
» ainsi. » Il fut conduit à féchataud ,
et y monta avec courage le 5 janvier
1794. Les journaux républicains, et
d'après eux M. Garât , dans un éloge
du général Kléber, prononcé publi-
quement, ont fait de l'évêque d'Agra
un prêtre fanatique qui encourageait
les Vendéens au combat et au car-
nage. Il y avait plus d'esprit de parti
que de connaissance des faits dans ce
jugement et celle peinture d'un hom-
J"OL i5o
me dont le caractère était absolument
le contraire de foute violence. A.
FOLLI ou FUOLl ( Cecilio), né
en i6i5, à Fanano, sur les Aîpcs
modenaises , après la mort de son
père, qui fut tué à l'armée. Elevé
chez son oncle, membre du conseil
de santé de Venise, le jeune Folli fit
avec distinction ses cours d'humanités
et de philosophie , alla étudier la mé-
decine à l'université de Padouc , et y
obtint le doctoral. De retour à Ve-
nise , il fut créé chevalier, et promu
à la chaire d'anatomie, qu'il remplit
honorablement jusqu'à sa mort. Ses
ouvrages sont en petit nombre et peu
volumineux; cependant ils renferment
des idées ingénieuses, et même des
découvertes réelles. I. Sanguinis à
dextro in sinîstrum cordis ventri-
culiun defluentis facilis reperta via ;
ciii non vidguris in lacteas nuper
patefactas venus animadversioprœ-
ponitur , Venise, lôSg, in-4'*« On
retrouve cet opuscule dans le Sjyn-
tagma anatomicnm de Jean Vesling,
1641 , et joint à d'autres monogra-
phies médicales, Leyde, 1723. L'au-r
leur a connu et démontré les vais-
seaux lactés sur les cadavres humains ;
il s'est assuré que le chyle se dirigeait,
à l'aide des valvules, vers les troncs
principaux.il dit avoir observé le trou
ovale et le canal artériel chez l'adulte.
l\.Noi>a auris internée delineatio,
Venise, i645, in-4"'. fig. ; plusieurs
fois réimprimé et inséré dans divers
recueils : cet écrit de quelques pages est
en quelque sorte une simple expUcation
des figures. Pourtant il est précieux
par son exactitude et par les faits nou-
veaux dont il est enrichi : on y voit
les canaux demi-circulaires et le lima-
çon isolés de l'os temporal, la longue
apophyse du marteau , et le muscie
antérieur de cet osselet, le petites
Icniiculaire ou orbicuiairc de l'oreille
i6o FOL
interne , et le muscle de retrier. TII. '
Discorso sopra la generazione e
V usa délia pinguedine, Venise, i644t
iu-4'. L'auteur fait de vains efforts
pour prouver que la graisse n'est pas
sccrëtëe par le sang. C.
FOLLÏ (François), naquit le 5
mai 1624, au château de Poppi, en
Toscane, près de la source de l'Arno.
Sa famille, originaire de Borgo di San-
Sepolcro , avait fourni des hommes
d'état et des littérateurs distingués.
Entraîné par son goût pour les scien-
ces naturelles, Folli choisit la méde-
cine. Il exerçait depuis huit ans cette
profession à Bibbiena , lorsqu'au mois
d'août i665, il fut appelé à Flo-
rence en qualité de médecin de la cour.
Le grand-duc Cosme III de Medicis
lui proposa le même emploi auprès de
la princesse sa fille. Mais Folli avait
senti le poids des chaînes qu'impose
constamment la faveur des souverains.
Il refusa le poste brillant qui lui était
offert, s'éloigna de la cour, quitta
même la Toscane , et se relira dans la
petite ville de Citerua, 011 il donna
ses soins aux malades jusqu'à sa mort,
arrivée en i685. Folli ne se borna
point à la pratique de son art; il fit
àcs expériences multipliées, toutes
ingénieuses , et dont quelques-unes
ont éclairé ou perfectionné la physi-
que et l'agriculture. Les écrits dans
lesquels il a consigné le résultat de
ses travaux méritent certainement des
éloges, bien qu'ils ne soient pas à l'a-
bri de la critique. I. Recreatio pky-
sica^ in qud de sanguinis et omnium
vivenlium universali analogicd cir-
culatione disseritut\ Florence , 1 ()65,
in-8**. L'auteur adopte et exalte la
belle découverte de Guillaume Harvey,
dont il fait des applications trop géné-
rales au système de l'univers. Il cher-
che à concilier les opinions des an-
oiens avec celles des inQdernçS; trace
FOL
«ne description assez fidèle d'une (épi-
démie de fièvres putrides, regarde la
bile comme la cause productrice de U
fièvre tierce et de la quarte: en effet,
plusieurs observations tendent, sinoa
à confirmer, du moins à rendre vrai-
semblable cette origine. IL Stadertt
medica , nella qiiale , oltre la medi"
cina infusoria ed altre novità , si
bilanciano le ragioni fai>orevoli e l&
contrarie alla iransfusione del san-
guey Florence, 1680, in-8\ Folli se
proclame l'inventeur de la transfusion
du sang, qu'il avait exécutée dès le
i3 août 1654, en présence de Fer-
dinand IL Les historiens de cette opé-
ration singulière , loin de reconnaître
les droits du médecin de Citerna , font
à peine mention de lui. Chacun saitque
la gloire de l'invention en appartient
à Libavius. Folli prétend aussi avoir
imaginé le premier un instrument pro-
pre à mesurer l'humidité atmosphé-
rique : il le nomma mostra umidaria»
Pour rendre cet hygroscope ou hygro-
mètre plus commode et plus utile à la
météorologie , l'auteur y adapta ua
thermomètre. III. Dialogo intonio
alla cultura délia vile , Florence,
1670, in-8". La méthode de Folli
consiste à laisser végéter la vigne en
toute liberté, à favoriser même son
développement par le moyen des tail-
les , qui réunissent à la beauté l'avan-
tage de produire des fruits plus abon-
dants et plus savoureux. Les matériaux
de cet article ont été puisés dans un
Eloge peu commun de François
Folli , par Pi. F. Durazzini. (].
FOLLI E (Louis -Guillaume DE
la), amateur dislmgué de chimie, et
l'un des membres les plus instruits
de l'académie de Rouen, sa patrie, à
laquelle il a fourni plus de vingt mé-
moires, de 1774 à 1780. Il paraît
que né avec un esprit arlent, il ne
pouvait §e boruef à suivre les traces
FOL
de ses contemporains , et il s*élançait
au-delà des bornes de la science :
également mécontent des idées des
anciens et des nouveaux chimistes ,
il cherchait à s'ouvrir une nouvelle
route; mais, emporte par son imagi-
nation , il fut incapable de dëvelop-
Eer ses idées avec me'thode. Rassem-
lant toutes ses conceptions, il en
composa un ouvrage singulier sous ce
titre : Le Philosophe sans prétention
ou. V Homme rare , ouvrage physi-
que, chimique, politique et moral ,
dédié aux Savants, par M. D. L. F.
Paris, 1775, in-8°. ; trad. en alle-
mand, Francfort, 1781, in-8°*
Cest une espèce de roman dans
lequel Ormasis, le principal per-
sonnage , paraît être un magicien
qui étonne par de prétendus pro-
diges, tandis qu'au fond, ce n'est
qu'un physicien habile qui connaît
mieux les secrets de la nature que les
• autres. On voit facilement que l'auteur
expose par l'organe de ce personnage
ses principes de chimie et de physique.
Il y attaque, par le ridicule, Vacidum
pingue de Meyer; mais il se donne le
tort d'attaquer de même Vairjixe de
Priestley, et la conversion de l'air en
eau , l'une des bases de la chimie
moderne, qui, à la vérité, commen-
çait seulement à se former. Cet ou-
vrage est écrit avec chaleur , quelque-
fois avec une volupté un peu vive pour
un ouvrage de ce genre , et trop sou-
vent avec une boursoufHure philoso-
phique. FoUie employa d'une manière
plus utile ses connaissances chimiques
en secondant les recherches de son
ami Dambourney sur les végétaux co-
lorants indigènes ; il avait entre autres
découvert un mordant qui lui parais-
sait propre à fixer toutes les couleurs
végétales. Il publia dans le journal de
physique, tome IV, 1774? ^^ Exa-
men d\ne terre verte que Von trouve
FOL
i6t
aux environs de Pont-Judemer, en
Normandie, avec quelques expé-
riences qui paraissent démontrer
que les couleurs variées de toutes
les plantes ne sont que le résultat
des précipités ferrugineux ; et dans
le tome V du même recueil, p. 452,
et suiv., des Observations et expé'
riences sur les cidres. Parmi les
Mémoires qu'il lut à l'académie de
Bouen, on estime son travail sur
les cristallisations arborescentes de
certains sels, sur les vernis au feu
et à Veau, sur le bleu de Prusse,
sur Vétain soumis à une nouvelle
épreuve, sur la potasse, etc. On doit
surtout à ce zélé citoyen des décou-
vertes importantes sur la teinture en
jaune tirée de la gaude, et sur la
manière de fixer sur le fil la couleur
dite rouge des Indes. On lui doit
aussi un Mémoire sur le doublage
des vaisseaux par le moyen d'une
composition métallique plus avanta-
geuse que le cuivre. Il venait de re-
cevoir le brevet d'inspecteur des ma-
nufactures , lorsqu'il mourut des suites
d'une chute, en 1780, à l'âge de
47 ans. — Un autre Follie , né à
Paris en 1761, s'étanl embarqué à
Bordeaux sur le navire les Deux
Amis qui fit naufrage sur la côte
d'Afrique le 17 janvier 1784, fut,
avec le reste de l'équipage, réduit chez
les Maures dans une cruelle captivité,
dont on peut voir les détails dans les
Voyages de Saugnier (Y oy. Borde,
V, i58, n°. XI). Follie, rendu enfia
à sa patrie , publia la relation de ses
malheurs sous le titre de Voyage
dans les déserts du Sahara, Paris ,
1792, in-8°. de 171 pag. ; trad. en
allemand par J. Reinhold Forster,
Berlin, 1795, in-8''. D— P— s.
FOLLIlN (Herman), médecin fri-
son du 17®. siècle, exerça pendant
plusieurs années, avec distinction,
II
î6 FOL
remploi de médecin-pliy.Nicien de la
ville de Bois-le-Duc. Appelé en qua-
lité' de professeur à Cologne , il dé-
ploya dans renseignement de son
art !c talent qu'il avait montre comme
praticien. Ses ouvrages toutefois of-
frent peu d'inte'rêt ; on les consulte
rarement aujourd'hui : I. Amulethum
Antonianum, seu luispesUferœfu^aj
ciii accessit utilis libellas de cauteriis,
Anvers, 1618, in-B^. On est choqué
par l'absurdité du premier de ces litres
et par la basse adulation qui la dicte'.
Le livre est dédie' au baron Antoine
Grobbendonck, goujirerneur. L'amu-
lette antipestilentielle n'empê» ha point
l'auteur de périr victime du fléau dont
elle préservait. IL Orationes duœ :
De naturd febris pedicularis ejus-
que curatione : De studiis chymicis
conjungendis cum Ilippocraticis ,
Cologne, 1622, in-S". ifollin a écrit
en outre une mauvaise arithmétique,
une algèbre pitoyable en latin, et un
Traité hollandais sur les tempéra-
ments, qui ne méritait guère la tra-
duction latine qu'en a publiée le fils
de l'auteur , sous ce titi'c : Spéculum
natiirœ humanœ , si^e mores el
temperamenta hominum usque ad
inlimos animorum secessus cogîios-
cendi modus , methodo Aristotelis
illustratus , Cologne, 1649, in-'^- —
Jean FoLLiN,fils, ne se borna pas au
rôle de traducteur. Né à Bois-le-Duc,
il pratiqua la médecine comme son
père, et. publia deux espèces de Ma-
nuels qui ont joui de quelque réputa-
tion : I. Synopsis tuendœ et conser-
vandce honœ valetudinis , Bois-le-
Duc, i64t), in-i'2; ibid. iG4b; Co-
logne, i()48, in- 12. IL Tjrocinium
medicinœ praclicœ , ex probatissi-
mis auctoribus digestum, Cologne,
1648, in- 12. C.
FOLQUET, troubadour, ne à Ro-
mans, ûorissaitTcrsle commencement
FON
du l5^ siècle. Les manuscrits âa
temps disent qu'il fut comblé d'hon-
neurs par les nobles, et qu'aptes avoir
chanté ses amours pour une grande
dame qui habitait le D.iuphiné, il
passa en Itilie, où il vécut successive-
ment à la cour He Frédéric II, aupiès
du marquis de Mont ferrât, et enfin,
à Savone, dans la maison du seigneur
de Carret. Ses Sirifenies, dans les-
quels il blamc les méchants et louo
les bons, n'offrent guère que des idées
communesrengcnérrtljdans ces pièces,
il s'efforce de ranimer l'enthousiasme
pour les croisades ; cependant , ma'gi é
l'opinion de Crescimbeni , on peu|
croire qu'il ne prêcha point d'exem-
ple, et qu'il ne fut jamais tenté d'aller
dans l'Orient à la suite du marquis de
Montferrat, dont l'expédition avait
pour objet de recouvrer le royaume
de Thessaloniqne. I' — x.
FONCEMAGiSE (Etienne Lau-
REAULT de), né, en 1694, à Or-
léans, entra, presque au sortir du
collège , dans la célèbre congrégation
de l'Oratoire. Pendant qu'il enseignait
les humanités à Soissons, sa santé fut
altérée par un excès de travail. Il vint
chercher dans la maison paternelle un
repos indispensable. Cédant enfin aux
instances d'un père dont il était le fils
unique, il consentit à demeurer dans
le monde. La terre qu'il habitait était
voisine de celle du duc d'Antin , qui
l'appela dans la capitale, où il ne ce.<isa
de lui donner des preuves de con-
fiance et d'affection. Le jeune Foncc-
magnc acquit bientôt de la réputation.
En I 722 , l'académie des inscri|>tions
et Ijelles-letlres l'admit au nombre de
ses membres. Il inséra , dans les mé-
moires de cette compagnie, au moins-
douze dissertations. Nous indiquerons
seulement les principales : Sous la pre-
mière race de nos rois , la couronne .
etait-eîle e'iectii^e ou héréditaire? il
FON
consacre deux mëraoires à la discussion
de ces deux opinions, et fait voir que
la seconde est la seule admissible. U
confirme celte décision par un troi-
sième mémoire , dans lequel il prouve
que , sous la première race , c'était
une maxime d'admettre tons les fils
des rois au partage du royaume de
leur père. Un préjugé presque univer-
sel faisait croire que les filiesen France
sont exclues de la succession au trône
par une disposition expresse de la loi
salique. Foncemagnc démontre que
cette exclusion émanait simplement de
Tesprit dans lequel on avait rédigé la
loi. En parvenant à donner une idée
exacte de l'ctendue de la monarchie
française sous la première race, il re-
connaît l'impossibilité de fixer les bor-
nes des royaumes particuliers qui en
formaient la division. Les uns attri-
buaient l'origine des armoiries aux
tournois, les autres aux croisades. U se
décide d'abord en faveur des premiers.
Dans un second mémoire , il avoue
qu'il faut unir les deux opinions, et il
présente un extrait si clair, si fidèle
de ce que ses prédécesseurs avancent
de plus important sur cette matière ,
que l'on peut se dispenser de recourir
à leurs écrits. Dans tout ce qui sort de
la plume de Foncemagne , on remar-
que l'érudition réglée par le goût, le
latent de saisir des conséquences justes
et neuves. Sa marche est méthodique
sans pesanteur j son style est précis
sans sécheresse, élégant sans recher-
che. On n'estime pas moins l'impartia-
lité de sa discussion que les ressources
de sa dialectique. Il réfute ses adver-
saires avec une politesse aimable et
franche Jl refusa deux fois le secrétariat
de l'académie des inscriptions, d'abord
en 174-, lor.-que de lioze s'en démit,
cusuile eu 1 749, à la mort de Frérctj
mais, pour soulager iiougainvillc dans
l'exercice de celte place, il publia les
FON i65
tomes XVI et XVII qui comprennent
les années 1741? ^']^^i 1745. La
partie historique de ces trois années
est la plus volumineuse de ses compo-
sitions.QuoiqneBoug.iinvilleetDupuy
n'annoncent sous son nom que l'his-
toire de ces trois années , il est pro-
bable qu'il s'occupa de celle de plu-
sieurs des années précédentes. Eu ef-
fet, dès le 10 janvier 1757, l'abbe
de Rothelin , eu le recevant à l'aca-
démie française, où Foncemagne fut
admis à la place de Bussy-Rabutiu ,
évêque de Luçon , s'exprime en
ces termes : « L'académie des ins-
» criptions exige de vous deux fois
» par an de rendre compte par
» d'exactes analyses , de h. suite et du
» progrès de son travail , à des audi-
» leurs dont il est essentiel , autant
» que flilteur, de mériter les suf-
» frages. » Son ouvrage le plus cité est
sa réponse à Voltaire , relativement
au Testament politique du cardinal
de Richelieu. Cotte discussion étant
en général imparfaitement connue ,
parce qu'on ne la lit guère que dans
les œuvres du philosophe de Ferney,
nous allons en donner un aperçu. En
1749, dans une dissertatiou intitulée
Des mensonges imprimés , Voltaire
prétendit que ce testament était sup-
posé par la fourberie ; que l'igno-
rance , la pré\fention , le respect d'un
grand nom rayaient fait admirer ;
qu'il ne convenait ni au caractère ,
ni au stjle du ministre à qui on le
donne , ni au roi auquel on Va-
dresse, ni au temps où on le suppose
écrit. L'idée seule d'un pareil caté-
chisme lui semble ie comble du ridicule.
Foncemagne lui répondit, en i75g,
par mie Lettre aussi poiie qu'instruc-
tive, adressée à un anonyme. Vol-
taire n'eut a se plaindre que de
la solidité des raisonnements qu'elle
contient. Il y fit , sous le titre de
t64 foN
Doutes nouveaux , une réplique
qui ajoutait peu de force à ses pre-
miers arguments. Il eu reproduisit
les principaux traits^ans son Siècle
de Louis XI F, dans son Essai sur
les mœurs et Vesprit des nattons, etc...
Ces attaques reitëiees accrëditaici4
l'opinion d'un écrivain célèbre que tout
le monde lit, et d'après lequel tant de
lecteurs parlent. Foucemagne, peu ja-
loux d'occuper la renammée , recueil-
lait en silence des matériaux qui don-
naient chaque jour plus de poids à sou
sentiment. Il en augmenta sa lettre,
dont il fit , pour ainsi dire, un nouvel
ouvrage. Cette lettre précieuse, vrai
modèle de critique , parut à la suite de
Fédition que Marin donna des Maxi-
mes d'état ou du Testament politique
du cardinal de Kichelieu , en 2 vol.
in-8'V, avel; une préface et des notes,
à Paris , chez Ltbretou , 1 764. H y
règne un ton persuasif, propre à ins-
pirer la confiance et l'intérêt. En cher-
chant la vérité de bonne foi , en crai-
gnanî d'abonder en son sens , l'auteur
relève , avec autant de modestie que
d'urbanité , les inexactitudes , les
fausses conséquences , les chicanes
puériles de Voltaire. Il le suit pas à
pas, le combat quelquefois avec ses
propres armes , et ne laisse aucune
objection sans une réponse plus ou
moins satisfaisante. S'il lui arrive d'ex-
euser les méprises du cardinal par
l'exemple de Voltaire lui-même, dont
il en rapporte de plus frappantes, il
ajoute aussitôt , avec ménagement :
« Comme M. de Voltaire ne cite jamais
» ses garants , on ignore si c'est à lui
)> ou aux écrivains qu'il a consultés ,
» qu'on doit imputerles fautes qui ont
» pu lui échapper. Je crains bien
» d'avoir péché par l'excès contraire ,
» et qu'il ne m'en coûte d'essuyer ,^ de
» votre part, quelque plaisanterie sur
» la profusion des citations. » L'em-
FON
pïoî fréquent des comparaisons , les
métaphores outrées , les allusions
froides, sont, aux yeux de Fouce-
magne , le sceau du siècle où le Tes»
tament a été composé. En reconnais-
sant que le cardinal n'a point assez vécu
pour y mettre la dernière main , non
seulement il n'y voit rien qui ne puisse
être de lui , mais il voit beaucoup de
choses qui ne peuvent être que sou ou-
vrage» Il y trouve le plan d'un traité
complet de politique. 11 regarde l'in-
troduction comme un modèle des abré-
gés de ce genre. Il croit qu'on pourrait
puiser, dans le cours du livre , un re-
cueil de pensées comparables à ce que
nous avons de mieux , et même écrites
avec cette précision sententieuse , peu
connue au milieu du 17''. siècle. Il re-
marque un nombre infiiii de traits
qui portent le cachet du ministre de
Louis Xllï. Voltaire ne se livre pas
à un examen aussi scrupuleusement
approfondi. Le caractère de son esprit
ne comportait pas tant de patience et
d'attention. H s' éionnQ ([\\ un premier
ministre ne dise rien des négociateurs
que Von peut employer ^ et cependant
un chapitre roule uniquement sur ce
point. Son antagoniste convient que
le cardinal, après avoir formé son plan
tel que nous l'avons, a pu se faire
donner des mémoires sur certains ti-
tres dont l'objet ne lui était pas (ami- =
lier, ou demandait des recherches que |
nelui permettaient pas ses occupations. ^
Voltaire en infère hardiment que Fon-
cemagne tombe dans une contra-
diction manifeste, à moins , lorsqu'il
nomme Richelieu, qu'il n'entende tou-
jours l'abbé de Boui^éys , ou quelques
autres des auteurs auxiliaires qu'il
employait. La réflexion suivante suffit
pour détruire ce reproche; « Ceux qui
» ont amassé , même préparé les ma- '
« tériaux d'un édifice , ne partagent
» point avec l'architecte l'honneur de
FON
» la construction. » Il ne nie pas for-
mellement l'existence d'une suite de
rintioduclion au Testament, connue
sous le titre de Narration succinte
des principaux événemenls du règne
de Louis XIII: ccttesuile tirée récem-
ment des manuscrits de Colbert , est ,
en plusieurs endroits , corrigée de la
main du cardinal. II conclut des correc-
tions , que le cardinal n'approuvait
point la Narration succinte où elles
se trouvent-, quoiqu'elles soient plutôt
une preuve d'authenticité qued'impro-
bation de sa part. C'est de plus une
démonstration pour lui que le Testa"
ment , proprement dit , est supposé ,
puisqu'il ne s'y rencontre aucune cor-
rection semblable. Il déclare que si
Bourzéys le lui montrait, signé delà
main de Richelieu , il luidirait : « Non ,
» il n'est pas de lui, c'est vous qui lui
» avez fait signer votre ouvrage. »
Dans sa dernière réplique , intitulée
Nouveaux doutes , dans la Lettre
d'envoi qui l'accompagne ,dans V ar-
bitrage entre M. de Voltaire et
M. de Foncemagne, arbitrage d'après
lequel , ainsi qu'on le devine aisément ,
le premier gagne son procès d'emblée,
il ne fait que tourner dans le cercle
des mêmes objections. Pendant ce long
débat il proteste de son zèle pour la
vérité , c'est en citoyen quil parle ,
c'est Vintérét du genre humain qu'il
réclame. Néanmoins , soit que ce gé-
nie brillant et vif ne puisse s'asservir
à copier littéralement , soit qu'il ne
puisse résister au désir de faire triom-
pher sa cause , il ne respecte pas tou-
jours la pureté du texte qu'il critique,
il tranche les difficultés, au lieu de les
résoudre. Par exemple, il avait affirmé'
que Ze moindre goût, le moindre dis-
cernement suïdsnianl pour faire rejeter
le Testament , comme fabriqué par
l'imposture. L'autorité de La Bruyère
cl de Montesquieu lui est opposée. Il
?0N l'es
répond avec assurance : « Dès qu'une
» fois la prévention est établie , vous
» savez que la raison perd tous ses
» droits. » On a vanté la modération
qu'il a mise dans cette guerre litté-
raire. Au milieu de compliments dont
il épuise les formules , il laisse pour-
tant échapper cette étrange exhorta-
tion : « Avouez qu'au fond vous ne
» croyez pas qu'il y ait un mot ducar-
» dinal dans ce testament. » Il viole si
communément les bienséances , dans
son style polémique , que Ton d«l lui
savoir gré de les avoir respectées en-
vers un confrère dont h caractère
commandait les plus grands égards.
Il est vrai qu'il se dédommagée aux
dépens de l'abbé de Bourzéys , qu'il
traite de faussaire, de menteur igno-
rant , de Colletet de la politique.
Lorsqu'il vint à Paris, en 1778, ii
s'empressa d'aller rendre visite à un
homme qui le combattait avec une dé-
cence faite |>our honorer les lettres.
On ne vit pas sanse'motion s'embrasser
ces deux vidllards, nés la même an-
née, prêts à descendre dans la tombe,
l'un chargé decourounes, enivré d'en-
cens ; l'autre entouré de la vénération
publique. Les Testaments politiques
de Colbert, de Louvois, d'Alberoni,
etc. , passent pour être évidemment
controuvés. Voltaire mit dans la même
clas.«^ celui de Richelieu , dont ils sont
de fausses imitations. Après en avoir
parlé avec un tel mépris , il craignait
de descendre à une rétractation. Il
aima mieux développer les objections
d'Aubery, historiographe très médio-
cre. Il avait envoyé sa brochure au
roi de Prusse. A travers les ménage-
ments de Frédéric , qui voulait alors
{ le 20 avril 1750) l'attirer dans ses
états, on s'aperçoit qu'il ne partage pas
son opinion. « Les grands liommes,
» lui dit-il , ne le sont ni tous les mo -
» meuts, ni eu toutes choses... Si j'a-
i66 FON
» vais vécu avec ce cardinal , f en par-
» leiais plus positivement; à pi csent
» je ne peux que deviner. » 11 finit
par ces vers , qui sont au nombre
des plus jolis qu'il ail laits :
i>e.f granâeu's et des petitesses .
(Quelques vertus, pus de faiblesses,
Sont le bizarre composé
Du hérr.s le pin» aviso.
11 jette un ravon «le lumière;
Mais ce soleil d.ins sa cairièrc
We brille pas d'un feu coustant.
Ij'espri? le plus profond s'eclipse;
Richeli u fit son testament,
Et Newton son apocalypse.
Nous ajouterons que , suivant le
père Griffet , le chancelier d'Agues-
seau n'avait jamais doute' de l'aiulien-
ticilë du Testament^ dans lequel il
retrouvait le style de l'auteur ( Trai-
té des preuves de la vérité de Vllis-
toire)y et que Forbonnais , Ce'rutti,
Rulhières, Malesherbes , etc., y ont
également puisé des citations et dis
raisonnements qui semblent supposer
qu'iîs en portaient le même jugement.
Foncemagne a fourni , au Journal
des savants, un assez grand nombre
d'extraits et de morce.iux curieux.
Dans le Dictionnaire des anonymes ,
on regarde comme douteux qu'il ait
compose' la préface du livre intitule' :
Science du maître - d'hôtel cuisi-
nier (\). On apprend, dans ce dis-
cours préliminaire, que la cuisine mo-
derne , en épurant les parties gros-
sières des aliments , dispose les mets
qu'elle assaisonne à porter d.ms le sang
une grande abondance d'esprits sub-
tils. J)e là plus de vigueur et d'agi-
lité dans le corps , plus de vivacité
et de feu dans l'imagination^ etc....
On conçoit quelles doivent être les
conséquences merveil'euses de cette
sublime théorie. Foncemagne trouvait
un te: attrait dans le commerce d'Ho-
mère et de Xcnophoii, qu'il répondit
(i) Madame Dcsmtrai» a plusii-um fois ouï-dire
a madame sa mère, lu tnarquue d'Orl<>;ins , belle-
MKur de M. .le l^uncema^ne , que «;« uemier éuit
Tauleur Je celte plaitanlcrie.
FON
un jour à quelqu'un qui lui demandait
quel serait son médecin , depuis que
Vernage n'exerçait plus $a profession ;
«Je prendrai Lorry. D'abord il sait
» le grec... » Il avait une connaissance
profonde des antiquités de la nation.
A l'étude assidue dcsiangues savantes,
il joignait celle de sa langue maternelle.
Il en possédait .si bien les sources , les
"variitions , les principes , qu'il deve-
nait souvent l'arbitre des questions
qr.i s'élevaient au sein de l'académie
française, sur cet objet essentiel de
ses travaux. I! communiquait les nom-
breux matériaux qu'd avait amassés,
à quiconque voulait les mettre en œu-
vre. Satisfait du progrès des lumières,
il lui importait peu que l'on sut par
combien de services il y contribuait.
Des lettres trouvées dans ses papiers
apprennent qu'on avait eu le projet de
l'attacher à l'éducation du Dauphin,
fils de Louis XV. Ce poste redoutable
l'effVaya plus qu'il ne le séduisit. Lors-
qu'cn I ^52 , le duc d'Orléans le choi-
sit pour h place de sous- gouverneur
du duc de Chartres, il ne Taccepla
qu'après une longue résistance. En
perdant , en i 7^8, une compagne en
qui l'esprit et les grâces le disputaient
aux vertus , il perdit tout le bonheur de
sa vie. La douleur absorba ses facultés,
et le prince lui accorda sa retraite.
Aussi bon parent qu'ami tendre et zélé ,
il puisa desniotif:îde consolation daus
sa sollicitude pour une belle-sœur,
dont les qualités naissantes lui rappe-
laient l'objet de ses regrets. Après
l'avoir élevée, il lui donna un époux
digne d'dle, M. le marquis d'Orléans,
dont la mémoire est chère aux gens de
bien. L'aménité de Foncemagne, son
élocutiun ficileet pure, son immense
érudition, donnaient à ses entreliens
autant d'agrément que d'utilité. Ils
avaient un si grand charme qu'ils atti-
raient chez lui, pour rcnlcndre , les
FON
personnes des deux sexes les plus dis-
tinguées par la naissance , le raérite et
les talenls. A celte réunion formée cer-
tains jours de la semaine , et connue
sous le nom de conversation , assis-
taient refgulièreraeutlc prince deBcau-
vau , le duc de la Rochefoucauld ,
Malcshnbes, Bre'quigny, Lacurne de
Sainte Palaye , etc.... Ne pour faire
les délices de ce qui l'entourait , ja-
mais il ne refusa ses secours aux
uiaiheureux. Il aidait libéralement de
ses conseils, de ses livres ^ souvent
même de sa bourse, les jeunes gens
qui montraient des dispositions pour
l'étude. Jusqu'au dernier moment il
obtint le sentiment d'une bienveillance
générale j récompense d'une vie consa-
crée à lapraliquedetouslesdevoirs.il
mourut le 26 septembre 1 779, après
une maladie de six mois. En expirant,
au milieu de souffrances cruelles, ses
dernières paroles furent : a La reli-
» gion seule me fortifie et me console. »
Ce sage , d'une vertu si indulgente
pour les autres , était sévère pour lui-
niêrae. li destinait chaque année, à k
retraite et au recueillement, un nom-
bre de jours qu'il passait dans la
maison de l'institution de l'Oratoire.
Son excellent esprit prévoyait les cala-
mités dont nous menaçaient les décla-
mations de quelques écrivains qui s'ar-
rogeaient exclusivement le titre de phi-
losophes. Son extrême douceur ne
bissant aucun prétexte à leurs hosti-
lités , ils n'osaient pas les diriger ou-
vertement; mais, pour détruire l'in-
fluence de ses principes religieux et
politiques , ils minaient en secret sa
}t'putation littéraire. Tant qu'il vécut,
ils le ménagèrent en apparence, à
cause de son ascendant à l'académie
des inscriptions, et delà considération
dont il jouissait dans le monde (i).
(1) On disait : « Voltaire a rmpurtë en mourant
» tout legûnicdo aotve li.tcralure, elFoucemague
FON 167
Aussitôt après sa mort, Grimm , dans
sa correspondance, s'expliqua sur son
compte avec une légèreté dédaigneuse.
Laharpe , dans la sienne , ne lui fut
guère plus favorable. « C'est un vrai
» bibliographe, dit-il On peut
» l'aire en peu de mots son éloge,
» qui serait assez remarquable : cet
» homme, qui était savant de pro-
» fession et janséniste de conviction,
» était pourtant le plus doux des
» hommes. » St. S — n.
FOINCENET ( François Daviet
de), géomètre, naquit en 1764 à
Thonon, petite ville de la Savoie, et
non pas en Piémont, comme quelques
auteurs l'ont imprimé. Son père , à
qui la littérature et la philosophie
n'étaient pas étrangères, le fit passer
de bonne heure à Turin. 11 y reçut des
leçons du célèbre Lagrange ) et la ma-
nière dont il en profita, changea bien-
tôt le disciple en véritable ami du
maître. Foncenet fut admis à l'aca-
démie des sciences de Turin en 1 778.
Il y présenta , sur l'analyse algébrique,
sur les principes généraux de la méca-
nique et sur l'analyse transcendante,
plusieurs savants Mémoires qui lui
donnèrent une place distinguée parmi
les géomètres ( Foy. les premiers vo-
lumes des Miscell. phys. mathem.
Taurin., etc., 1759). Malheureu-
sement pour lui , sa réputation comme
savant vient d'être presque entière-
ment déti uile par quelques révélations
échappées à Lagrange dans ses der-
niers jours. Il paraît que ce grand
génie , aussi généreux que fécond ,
dans l'intention d'obliger un ami ,
père de famille, fournissait à Fon-
cenet la partie analytique de ses Mé-
» toute rhonnêtcté. « Ma<lame Desniarais répétait
un jour cette phrase. Le cœur plein des bontés de
son oucle, elle .ubruit que Delille était présent;
le poète aimable se coiitenta de répondre : « Cela
« est un peu dur pour le» acadcniiciciii qui leur
» surriveut. »
i68 FON
moires, en lui laissant le soin de àé-
▼elopper les raisonnements sur les-
quels portaient les formules ( i ). Ces
Mémoires n'ont jamais paru sous le
noradeLagrange; maison y remarque
cette marche analytique qui, depuis,
a fait le caractère de ses plus belles
productions. Lagrange avait trouve'
une nouvelle théorie du levier , qui
formait naturellement la troisième
partie d'un Mémoire présenté par
Foncenet. Les deux premières parties
sont du même style, et paraissent être
de la même main que la troisième.
Sont-elles aussi de l'auteur de la Mé-
canique analytique ? On peut le croire ;
mais il ne les a pas expressément
réclamées. Ce qui peut achever de nous
éclairer sur le jugement que nous avons
à porter, c'est que Foncenet cessa
bientôt d'enrichir le Recueil de la nou-
velle académie. On n'a de lui, depuis ses
premiers travaux , qu'un Mémoire sur
une foudre ascendante qui a éclaté sur
la tour du fanal de Villefranche, inséré
dans la Biblioteca oltramontana ,
juillet 1 782. Au moins les intentions
généreuses de l'illustre Lagrange fu-
rent-elles remplies : le Mémoire sur
)a mécanique, dont nous avons parlé,
eut un grand succès; et Foncenet,
pour récompense, fut mis à la tête de
la marine que le roi de Sardaigne
formait alors. Foncenet n'était cepen-
dant pas sans mérite ; il jouissait de
l'estime de tous les savants de son
temps, et en particulier de celle de
d'Aiembert. Son goût pour la soli-
tude et son peu d'ambition lui firent
refuser les emplois lucratifs que lui
offrirent Catherine II et le grand Fré-
déric. Entièrement dévoué à son roi,
il le servit avec zèle et distinction
comme gouverneur de Sassari. Il ne
voulut point accepter la charge de
(0 yojre* YLlo^ de Lagrange, par M. De>
lambre.
FON
contador général, à titre de récom-
pense ; mais il fut créé chevalier des
ordres militaires des Saints Maurice et
Lazare , et obtint de réunir le com-
mandement de Villefranche à celui
de la marine sarde. Il vivait heureux
dans ce double emploi, quand l'inva-
sion du comté de Nice, en i •jga, vint
le précipiter dans un abîme de mal-
heurs. Le général Anselme et le contre-
amiral Truguet s'étant présentés de-
vant Villefranche le 3o septembre,
Foncenet, d'après des ordres supé-
rieurs, abandonna la place sans la
défendre. Victime de son obéissance,
il fut jeté dans les cachots de Turin ,
où il languit plus d'un an. Il mourut
à Casai en août 1 «799. N — t.
FONDOLO (Gabrino), tyran de
Crémone de 1 4o6 à 1 4^0 , était un
simple soldat de fortune attaché à la
famille Cavalcabo , qui pendant long-
temps avait été à la tête du parti
guelfe à Crémone. Il partagea les
avantages que ses patrons retirèrent,
en i4o2, de la mort de Jean Galeaz
Visconti, duc de Milan. Ugohn Ca-
valcabo fut délivré d'une prison oh
il avait été long-temps retenu j il fut
déclaré seigneur de Crémone, et mis
à la tête d'une ligue formée contre les
Visconti. Gabrino Fondolo fut nommé
son lieutenant; on lui donna le com-
mandement de la forteresse de Cré-
mone et celui de plusieurs châteaux.
Cependant, Ugolin ayant été fait pri-
sonnier en i4o4> trouva en 1406,
lorsqu'il recouvra sa liberté, un de ses
cousins, nommé Charles, qui s'était
emparé de la seigneurie de Crémone
pendant sa captivité, et qui ne voulait
point la lui rendre. Une guerre civile,
également ruineuse pour la famille
Cavalcabo , pour l'état de Crémone et
pour le parti guelfe, allait s'allumer
entre eux, lorsque Gabrino Fondolo
offrit sa médiation , comme serviteur
FON
de toute la famille. Il invita les deux
Cavalcabô , avec tous leurs parents ,
tous les chefs du parti , tous les hom-
mes considére'sdaus l'ctat , à un grand
repas qu'il leur donna dans la forte-
resse le 26 juillet 1406 : tout-à-coup
il se leva de table, et, à ce signal con-
venu, ses gardes , se précipitant dans
la salle, commencèrent, par son ordre
et sous ses yeux, une horrible bouche-
rie. Tous les Cavalcabô, avec soixante-
dix citoyens de Crémone, furent mas-
sacrés , leurs corps jetés a la voirie ;
et, au milieu de ce carnage, Gabrino
Fondolo se fit proclamer seigneur de
Crémone. Les talents de Gabrino et
son audace lui firent conserver long-
temps la seigneurie dont il s'était em-
paré par une aussi effroyable trahison.
U fit la paix avec le duc de Milan , et
se joignit même à lui contre Ottobon
Ferzi, autre usurpateur non moins
cruel que lui, qu'il battit près deCas-
telletto le 19 juin i4o8. U accueillit
dans Crémone , en 1 4 * 5 , l'empereur
Sigismond et le pape Jean XXIII, qui
venaient prendre des mesures pour le
futur concile de Constance, il les con-
duisit tous deux au sommet de la haute
tour de la cathédrale pour leur mon-
trer les vastes plaines de la Lombardie.
Sigismond lui accorda le vicariat im-
périal de Crémone , et légitima ainsi
son usurpation. Cependant, lorsque
le duc de Milan eut commencé à se
relever de son abaissement, par les
talents et l'activité du brave Carma-
gnola , Gabrino Fondolo fut des pre-
miers exposé à ses attaques. 11 se dé-
fendit avec vaillance de 1 4 1 7 à 1 420.
Il vendit alors Crémone au duc de
Milan pour le prix de 35,ooo florins,
s« retirant au château deCastiglione,
dont il se réserva la propriété. C'est là
qu'ayant été trahi par son ami et son
compère Oldrado, officier du duc de
Milan , il fut enlevé en 1 4^5 , et cou-
FON 169
duit à Milan, où il fut condamné à
perdre la tête sur un échafaud. De
quelques crimes que Fondolo se fut
rendu coupable, cette sentence du duc,
qui n'était point son souverain ou son
juge, était contraire au droit public.
Comme le confesseur de Fondolo s'ap-
prochait de lui sur l'échafaud pour
l'exhorter à la repentance : « Je me
» repens en eifet, s'écria Fondolo, et
» d'une faute irréparable : j'ai tenu
» l'empereur et le pape au haut de ma
» tour de Crémone j j'aurais pu les
» précipiter tous deux en bas , et
» m'acquérir ainsi une gloire immor-
» telle : j'ai laissé échapper cette oc-
» sion unique de m'iliustrer à ja-
» mais. » S. S — i.
FONS (Jacques de la), et non de
la Fous, comme on l'a dit par er-
reur dans le Dictionnaire universel^
poète, né dans l'Anjou vers i58o,
est principalement connu par l'ou-
vrage intitulé : Le Dauphin , Paris ,
1609, in-8''. Ce poème est divisé en
dix livres, et chaque livre en plusieurs
chants : il est dédié à Louis XI II en-
core Dauphin , et l'auteur y propose
surtout pour modèles , au jeune prin-
ce , les vertus et les actions héroïques
de Henri IV, son père. Tout ce qu'il
prescrit, dit l'abbé Goujet, sur la
manière dont on doit élever un prince,
est sensé et judicieux , et il ne manque
à son ouvrage que d'être mieux écrit
pour être encore lu avec satisfaction.
On a encore de lui : Discours sur la
mort de Henri-le- Grand , Paris,
i6io,in-8^ W— s.
FOiSSECA (Jean Rodrigue de) ,
naquit à Séville vers l'an i452. La
reine Isabelle-la-Catholique l'honorait
de sa confiance et le consultait dans lesr
affaires les plus difficiles. Fonseca était
un homme doué de beaucoup de con-
naissances , mais d'un caractère dur
et inhumain. Lorsque Christophe Co-
170 FON
loinb sollicitait , pour là seconde fois,
«le la cour d'Espagne , les moyens
freffcctucr la découverte du Nouveau-
Blonde , Fonseca était alors doyen de
SeVille ; et la reine l'ayantfait consulter
'.sur la possibilité' de cette entreprise;
iî se contenta, pour unique raison, de
traiter Colomb de visionnaire , et s'op-
posa de tout son pouvoir à ce qu'on
donnât aucune attention à sa demande.
Nais le père Marchena, ennemi caché
du doyen, et ami de Colomb , parvint
à faire agréer à la reine le projet de
ce derniei: , lui persuadant que cette
entreprise , dont les avantages pou-
\ai{'ni être inappréciables, ne lui cou-
tt^rait que 16,000 ducats. Après bien
des débats , la cour s'élant enfin dé-
cidée à acquiescer aux demandes de
Colomb, ce fut Fonseca qui eut la di-
rection des armements qui se firent
pour les Indes- Occidentales ; mais il ne
voulut accorder à Colomb , dans ses
équipages et dans le nombre de vais-
seaux , que ce qu'il ne pouvait abso-
lument lui refuser , ne perdant jamais
l'occasion de contrarier ses vues. De-
venu évêque de Badajoz et ensuite de
Palencia , il fut admis au conseil du
roi. C'est là qu'il fit connaître toute
.son inimitié pour les malheureux In-
diens, soit en s'opposant aux justes
sollicitudes que le célèbre Las-Casas
montrait pour améliorer leur sort ,
soit en proposant contre eux des me-
sures de rigueur. Chargé de choisir
les missionnaires qui devaient aller
les convertir à la foi , il préférait
toujours les plus fanatiques et les
moins éclairés. Las-Casas chercha tous
les moyens pour le réconcilier avec
l'humanité , mais inutilement. 11 eut
plusieurs conférences avec ce prélat ,
qui lui fit mille vaines protostations
d'amitié; mais, tant qu'il veVut , le
sort des Indiens ne ch ingea jias. On
raconte qu'il avait coutume de diic
FON
que , pour convertir les Américains ,
il fallait un baptême ou d'eau ou de
sang. Pour donner une juste idée des
principes et du caractère de Fonseca^
il suffira dédire qu'il étaitintimement
lié avec le dominicain Torquemada,
et que celui-ci lui dut , en grande par-
tie, sa place d'inquisiteur- général,
Fonseca mourut vers i55o. Il était
alors évêque de Burgos. B — s.
FONSECA (A^TOl^•E da), né h
Lisbonne en 1017, mort en i588,
était fils d'Antoine Correa, fonda-
teur du couvent de Sainte-Anne dans
la ville de Viana. Apres avoir pris
l'habit de S.Dominique, il vint à Pa-
ris, et étudia en Sorbonne avec beau-
coup de distinction. Cette faculté lui
donna le bonnet doctoral le 6 janvier
154*2. Jean III, qui, à cette époque,
s'occupait de la restauration de l'uni-
versité de Coïnibrc, rappela Fonseca,
et lui donna la cliaired'Ecriture-Sainie.
Fonseca prit possession de cette place
en i544j et s'y fit une grande répu-
tation. 11 n'en avait pas une moins
brillante comme orateur sacré, et il
fut fait prédicateur du roi. Louis de
Souza dit que Fonseca introduisit en
Portugal l'explication de l'Evangile
par le sens littéral. Avant lui, on em-
ployait un style figuré , allégorique ,
pl( in de déclamations et d'absurdités.
Après lui, on s'en servit encore; mais
au moins il donna l'exemple d'une
méthode plus sage. 11 avait à peine
vingt-deux ans lorsqu'il composa les
gloses ou notes marginales jointes
à V Interprétation du Pentateuque
parle cardinal Cajêtan^PàiïSj iSSf),
in-folio. Dans ce volume, outie les
notes, l'introduction au Pentateuque
et la vie de djétin sont l'ouvrage dfe
Fonseca. Vu dictionnaire histoiique
lui attribue un traité De epidemid
fehriti, qui appartient à un autre
Antoine Fonseca , né également à
FON
Lisbonne, et célèbre meclecîn. En
1620 et i6'2i, une maladie épidc-
ïnique faisait de grands ravages parmi
les troupes espagnoles cantonnées danf.
le bas Palatinat : Fonseca travailla avec
zèle et succès à en arrêter les progrès ,
et il publia la desciiption de cette ma-
ladie et dos procédés curalifs qjj'il avjiit
employés dans l'ouvrage cité p'us haut,
et qui fut imprimé en 1625 à Maiines.
B— ?s.
FONSECA (Rodrigue), célèbre
médecin portugais , naquit à Lis-
bonne. Appelé en qualité de profes-
seur à l'université de Pise , il remplit
avec distinction, pendant plusieurs
années, ces honorables fonctions, et
ne les quitta que pour aller occuper
à Padouc la première chaire de mé-
decine. 11 montra beaucoup de talent
dans la carrière intéressante et difïi-
cile de renseignement, qu'il parcou-
rut glorieusement jusqu'à sa mort,
arrivée en i62'2. vSes ouvrages sont
assez nombreux, et quelques-uns
conservent encore une portion de leur
renommée : I. De calculorum reine-
diis qui in renibus et vesicd gigiiun-
tur libri duo, Rome, i586, in-4''.
ï/auteur exalte beaucoup trop ks
vertus lithonlripliques des eaux mi-
nérales de Pise et de la Porretta. H.
De ventnis eorumque curatione li-
ber , Uome, i58i, in-4"' Hl- Opus-
culum quo adolescentes ad medi-
cinani facile capessendam instruun-
tur, casus omnium febriuin nietho-
dicè discutiuntur et curanlur , juxtà
normam in punctis tentativis pro
doctoratu recilandis usitatam, Flo-
rence, 1596, in-4". C'est dans ce li-
vre, dont le titre est ici fort ahrei^é,
qu'on trouve le moy^n dfi guérir les
plaies de iêle sans opération chirur-
gicale, et par la seule application
d'une huile secrète admirable. IV.
De tuendd valeiudine et produ-
FON 171
cendd vitd. liber fingnlaris , Flo-
renct , i5o2 , in • 4*'' J Fr^iïicforf,
i6o5, in-8".j trad, m italitD parPo-
litien Mantini, Ffortnce, i6c5, iti-
4". V. Dehoniinis exutwenùs li-
bellas, Pise, 161 5, in-4°. î^es di-
verses excrét ion 9 , telles que la sueur ,
l'urine, les fèces, le vomissement,
sont examinées sous le rapport d«
diagnostic et du pronostic. VI. "Con-
sultationes medicœ , sin^ularibas re-
mediis refertœ , non modo ex ani
tiqua , verùm etiam ex ?iom me"
dicind depromptis ae selectis , quo-
rum usus exactissimd methodo ex--
plicatur , et experimentis probatur ;
accessit : De consultandi ratione
brève compendium, et consultatio
de plicd Polonicd , Venise, 1618,
iu-lol.j ibid. , 1619, 1622, 1628;
Francfort, i625, '2 vol. in - S''. ,
avec le petit traité: De virginum
morbis qui inirà clausuram curari
nequeunt. VU. Tractatus de fe-
Ijrium acutarum et pestilentium re-
mediis diœtelicis , chiîurgicis et
pharmaceuticis , Venise, 1621 , in-
4". On doit en outre à ce professeur
une édition du Trnité des fièvres de
Léonard Giaccbino, et des Commen-
taires plusieurs fois réimprimés sur
les aphorismes et les pronostics d'Hip-
pocrafe, ainsi que sur son livre on
chapitre intitulé la Loi ( vo^oç), H
suftira d'indiquer les principales édi-
tions de ces commentaires : InLeg.,
Rome, i586; Prognost. , Padoue,
iDQnj ^phorism. y y enïse y i6'2r ,
in-4'. — FoNSECA ( Gabriel), né à
Lamego en Portugal , était neveu de
Rodrigue, qui dirigea ses études , et
lui procura la chaire de philosophie à
l'univervsilé de Pise. Après la mort de
son oncle, Gabriel se rendit à Rome ,
où il enseigna la médecine, devint
archiâtre du pape Innocent X , et
mourut en 1668. Il a composé quel-
172 FON
<}ues écrits , dont les titres sont à
peine connus : OEconomia medici ;
Convwia medicinalia , etc. C.
FONSECA (Pierre da), naquit en
ï 528 àCortizada , village de Portugal.
Il entra le 17 mars i548, comme
novice, chez les jésuites de Coïmbre,
d*où il passa, en i55i , dans l'uni-
versité naissante d'Evora : il y écouta
les leçons du célèbre Barthélemi des
Martyrs. Bientôt Fonseca devint pro-
fesseur, et il montra dans l'exercice
de ses fonctions un si grand talent,
qu'on le surnomma VAristote portu-
gais. En 1570, il reçut le bonnet de
docteur dans une assemblée solennelle
qu'honorèrent de leur présence le roi
dom Sébastien , le cardinal dom Henri
et l'infant dom Duarte. Fonseca ne
tarda pas à être élevé aux premières
dignités de son ordre : il fut successi-
vement assistant du général , visiteur
de la province, supérieur de la maison
professe. Philippe II, ayant formé un
conseil des ministres pour la réforme
du Portugal, y plaça Fonseca ; et le
pape Grégoire XIII confia à sa di-
rection des affaires de la plus haute
importance. C'est au zèle de Fonseca
que Lisbonne doit la maison des Gi-
téchumènes, celle des Converties, le
collège des Irlandais, et le couvent
de Sainte-Marthe. Il mourut le 4 no-
vembre 1 599 , âgé de 7 1 ans î il avait
5i ans de religion. On a de lui :
I. Instituliones <imiec£ic«, imprimées
à Lisbonne en i564, et ailleurs un
grand nombre de fois. IL Commen-
taire latin sur la Métaphysique
à^Aristote, en 4 vol. Il y en a eu
plusieurs éditions. Fonseca s'est van-
té d'être l'inventeur de la science
moyenne, qui est une certaine ma-
nière de concilier le libre arbitre avec
la prédestination. L'embarras est que
Molina s'attribue aussi le mérite de
cette grande découyerle; mais on a
FON
démontré chronologiquement que
Fonseca était le premier en date :
c'est bien de l'honneur pour Pierre
da Fonseca. B— -ss.
FONSECA (Ele'onore, marquise
DE ), naquit a Naples, d'une à^& plus
illustres familles de cette ville, l'an
i-jôS. Quoique douée d'une beauté
peu commune , et de toutes les grâces
de son sexe, elle chercha moins à en
tirer avantage qu'à cultiver son esprit.
Eléonore passa sa première jeunesse
dans l'étude des sciences et des lettres,
et s'adonna particulièrement à celle de
l'histoire naturelle et même de l'ana-
tomie. En 1 784 , elle épousa le mar-
quis de Fonseca , d'une ancienne fa-
mille espagnole depuis long- temps
établie à Naples. Ayant été présentée
à la cour, elle y fut reçue en qualité
de dame d'honneur de la reine, qui
lui accorda sa bienveillance. Mais sa
beauté et ses talents lui suscitèrent
bientôt des ennemis qui la desservirent
auprès de la reine Caroline , en rap-
pelant à cette princesse quelques pro-
pos un peu mordants que la marquise,
disait-on, avait tenus à l'égard deS.M.
et du ministre Acton. Quoi qu'il en soit
de la véçité de ce fait, la marquise fut
disgraciée, et reçut l'ordre de ne plus
paraître à la cour. C'est de cette épo-
que que date l'inimitié de M""", de
Fonseca pour la famille royale. Livrée
de nouveau à ses études , elle se lia
d'estime avec le célèbre Spallanzani ;
on assure même que, par ses con-
naissances dans l'anatomie, cette dame
lui fut utile dans plusieurs de ses
recherches et notamment dans la fa-
meuse découverte Aasvaisseaux lym-
phatiques. La révolution eut à peine
éclaté en France, que la marquise de
Fonseca en adopta aussitôt les prin-
cipes j et comme son amabilité et son
esprit avaient réuni chez elle une so-
ciété des personnes les plus remar-
FON
quables de la capitale, elle put avoir
une grande part aux trames dirigées
contre la cour, en février 1799, lors
de l'approche des Français, avec les-
quels on croitqu'elle avait de secrètes
intelligences. Le roi et sa famille ayant
ctë obliges de quitter la capitale, dans
l'intervalle de ce départ qui affligeait
sincèrement tout le peuple, les Lazza-
ronis commirent les plus grands ex-
cès contre tous les Français qui se
trouvaient alors à Naplcs et contre
leurs partisans. Dans leur émeute, les
Lazzaronis n'oublièrent pas la mar-
quise de Fonseca : ils se disposaient
à aller brûler son hôtel et exercer sur
elle la plus cruelle vengeance. Mais la
marquise en fut avertie à temps : à la
tête de plusieurs femmes , elle traversa
les rues au milieu des cris de la popu-
lace qui , vu sa contenance ferme,
n'osa pas l'attaquer , et elle conduisit ses
compagnes sous la protection du châ-
teau Saint-Elme. Les Français , ayant
fait leur entrée dans Naples, la déli-
vrèrent bientôt; elle se mit alors à
rédiger un journal intitulé, Moniteur
napolitain^ où elle attaqua cons-
tamment la famille royale et surtout
la reine et ses ministres. Ce journal eut
beaucoup de vogue, et ne manqua pas
d'augmenter les partisans des Fran-
çais, en répandant partout les princi-
pes révolutionnaires. M""^. Fonseca
était au comble de son triomphe, lors-
que les succès du cardinal Ruffo obli-
gèrent les Français à évacuer Naples.
Malgré les avis de ses amis , la mar-
quise, au lieu de se sauver, s'obstina
à rester dans la capitale, afin, disait-
elle, que sa fuite ne décourageât pas
tout à fait son parti. Elle courut ainsi
à sa perte : le cardinal la fil arrêter ;
et malgré les prières de sa famille et de
plusieurs des principaux seigneurs qui
ne pouvant la soustraire à la mort,
sollicilaieut de faire au moins coiurauer
FON 175
ce genre de supplice, elle fut condam-
née à être pendue le 10 juillet dans la
même année 1799, étant alors âgée
de trente-un ans. B — s.
FONSECA FIGUEUEIDO Y
SOUSA. (Joseph-Marie de), francis-
cain portugais , naquit à Evora , le y
décembre 1 690 , d'une illustre famille.
Ayant été reçu, dans cette université,
docteur en droit, il passa à Rome
avec le marquis d'Abrantès, nommé
ambassadeur auprès de Clément XL
Fonseca avait eu une maladie très dan-
gereuse , pendant laquelle il avait fait
vœu de prendre l'habit de Saint-Fran-
çois ; il accomplit ce vœu à Rome en
1 7 1 2 , dans le couvent ^Ara cœli.
Après y avoir enseigné avec succès ,
pendant plusieurs années , la philoso-
phie et la théologie , il fut élevé aux
emplois les plus distingués de son or-
dre , jusqu'à ceux de général et de ré-
formateur apostolique. Malgré l'oppo^
sition de tous les autres ordres reli-
gieux de Saint-François, il parvint à
faire placer dans le Vatican la statue
de ce saint en habit de l'observance:
mais ce qui lui fit plus d'honneur , ce
fut l'établissement d'une magnifîquebi-
bliothèque dans le même couvent, en
1 727. Benoît XïII l'avait choisi suc-
cessivement pour théologien au con-
cile de Latran, consulteur des congré-
gations sacrées , etc. Il fut pendant
long-temps président de salines à
Rome , conseiller aulique de l'empe-
reur Charles VI j chargé d'affaires du
roi de Sardaigne , et sou plénipotcn»
tiaire sous les pontificats de Benoît
XIII , Clément Xïl et Benoît XIV. U
se distingua également dans l'art ora-
toire et dans la poésie italienne, et fut
membre de différentes académies,
ainsi que de l'académie royale d'his-
toire portugaise. Fonseca avait refusé
les évêchés d'Osimo , de Tivoli , et
d'Assise ; mais il fut contraint d'obéir
174 F ON
aux ordres de Jean V, roi de Portu-
gal , qui l'avait nomme' e'vêque de
Porto. Ayant pris possession de son
diocèse, il y fut constamment aimé au-
tant par sou savoir que par la douceur et
la bienfaisance de son caractère: le père
Fouseca mourut le i4 avril 1 760. 11 a
laisse plusieurs ouvrages en latin, eu
espagnol et en italien: I. Jura RomU'
nœprovinciœ super ecclesiam Ara-
cœlitanam , etc. Rome , 1 7 1 9, in-fol.
IL Privilégia terrœ sanctœ etfacul-
tas ulendi pontificalibus , etc. ibid.,
i7'2i, in-fol. ni. P. Fr. Claudii
Frassen philos ophia , et theologia
correcta etemendata, Rome, 1 726, 1 6
tom. in-4°.I S .Excelencias yvirtudes
del apostolo de las Indias S. Fran-
cisco Solano , 1 7'27 , in-8°. V. Ar-
cadia festiva peW innalzamento al
trono delV eminentissimo card. Cor-
sini colnome diClementeXII^ Rome,
1 750 , in-4°. VI. Tabulœ chronolo-
gicœ in quibus sculptœ sunt effigies
et gesta sanctorum ponlificum , car-
dinalium , etc, qui seraphicce mili-
tiœ sunt adscripti^ Rome, 1737?
in-fol., etc., etc. On conserve aussi,
soit dans la bibliothèque d'^r^ cœli^
soit dans celle de l'académie royale
d'histoire de Lisbonne, plusieurs ma-
nuscrits du même auteur , parmi les-
quels on trouveque'ques compositions
poe'tiqucs en langue italienne, aussi
estimables pour le style que pour le
bon coût.
li— s.
FONSECA SOARÈS (Antoine da)
vil le jour à Vidiguiera, en Portugal ,
le 25 juin i63i. A la mort de son
père, qui le l"aisait»elever à Evora, il
quitta le collège pour le service. Ses
inclinations licencieuses le jetèrent
long-temps dans les excès les plus
condamnables. Poursuivi pour crime
d'hojnicide , il passa au Brésd ; mais
en changeant de climat, il ne changea
pas dç raœurs. La lecture d'un \o-
FON
lume de Louis de Grenade , qui par
hasard se trouva sons sa main , tou-
cha son cœur, et le fit rougir des dé-
sordres où il était plonge. Dans un
moment de componction, il fit vœu de
prendre l'habit de cordelier ; et pour
l'accomplir, il revint en Portugal. Sa
conversion n'était pas solide, et il re-
tomba dans ses anciens égarements.
Une maladie le ramena à la religion :
cette fois, son repentir fut sincère;
il entra, le 18 mai i(5êbt,^jdans le
couvent des cordeliers d'Evora , et
prit , en religion , le nom de frère
Antoine Das Chagas ( Des Plaies ).
Après avoir étudié avec soin la philo-
sophie et la théologie, il se livra tout
entier aux fonctions de l'apostolat j il
parcourut le Portugal et une grande
partie de laCastille, portant la pa-
role de Dieu dans les villes et dans
les villages. Ses austérités étaient pro-
digieuses , et son éloquence entraî-
nante. Le succès de ses missions passa
son espérance, et lui acquit une telle
réputation de sainteté et de vertu que
le régent lui offrit, en 1679, l'évê-
ché de Lamego, qu'il refusa. Fonseca
mourut le 20 octobre 1G82, à cin-
quante-un ans, à Varatojo , ou il
avait fondé un séminaire de mission-
naires. Tout le peuple des environs
accourut à ses funérailles. On se dis-
puta ses ongles et ses cheveux; on se
partagea ses vêtements. Ces saintes re-
liques opérèrent des miracles, des mi-
racles même constatés par des actes ju-
ridiques , et qui malgré cela n'en sont
pas plus avérés. Le P. DasChagas a écrit
beaucoup de traités ascétiques , les
Etincelles de l'amour divin^ le Fouet
des pécheurs^ le Bouquet spiriluel
composé avec les fleurs de la doc-
trine^ et le. reste. On a recueilli tout
cela en deux volumes, imprimés plus
d'une fois. Avant sa conversion , Fon-
seca avait fait beaucoup de vers pro-
FON
fanes, entre autres un poëme lieroî-
que en douze chants sur les amours
de Phyllis et de Dcmophon. Inquiet,
peut-être à tort, du danger que ses
vers pouvaient avoir pour les âmes
pieuses, le bon père promettait à ceux.
qui voudraient lui en rapporter des
exemplaires, de jeûner et de se dis-
cipliner, un an de suite, à leur inten-
tion. Sa vie a ëtë e'crite par le P. Go-
dinho. B — ss.
FONT. Voyez Lafont.
FONTAINE (Charlfs), né à
Paris le i3 juillet i5i5, d'un mar-
chand qui demeurait place Notre-
Dame, s'adonna entièrement aux let-
tres, qui ne le conduisirent pas à la
fortune. Il alla la chercher à la cour
de la duchesse de Ferrare, et ne
l'y trouva pas davantage. Il revint en
France, et en iS/jO épousa, à Lyon,
Marguerite Carme, qu'il a chantée
60US le nom de Marguerite. L'ayant
perdue, il se remaria, en i 544? à une
autre Lyonnaise, qu'il a fort souvent
célébrée dans ses vers sous le nom de
Flora. Un procès l'obligea de venir à
Paris^ quelque temps après son ma-
piage. Voilà tout ce qu'on sait sur son
compte -y on ignore l'époque de sa
mort, que l'on croit cependant posté-
rieure à i588. Il avait été l'élève et
l'ami de Marot. On a de lui : I. Estrei-
nes à certains seigneurs et dames
de Lyon, Jean Détournes, i540,
petit in-8°. C'est un recueil de qua-
trains à l'adresse ou en l'honneur de
diverses personnes; telles que Sébas-
tien Gryphius , Jean Détournes , Jean
Desgoulies, Antoine Dumoulin, li.
Aneau , auquel il dit :
L'anneau que Ton met a la joincte
N'est point tant uny à moyli.'; ,
Comme est (amy) ton amylié
A tes amys unie et joincte.
On trouve à la suite un chant nuptial
par Ch. Fontaine, et une éclogue suc
son mari ige avec Mn-guonle Car me.
FON Î75
IL La conlr'ainye de court : celt«
réponse à VAmye de court de la Bor-
derie a été imprimée dans les Opus-
cules d'amour par Héroet , la Bor-
der ie et autres divins poètes , Lyon ,
J. Détournes, 1547, in-^'-j et en-
core à la suite de l'édition du Mépris
de la court ai^ec la vie rustique ,
noui^ellement thaduit d'e^paignol
(d'Ant. Guevara) en françois (p.^r
Ant. Allègre), Paris, J. Ruelle, i55o,
in- 16. ni. LeQuintil horatien, i55î,
in- 18 , ainsi intitulé du Quintilius
FaruSy dont parle Horace ( Art poét.,
458 ). C'est en effet une critique de
La défense et illustration de la lan-
gue française par J. du Bellay, et
de r 0/fV(? , sonnets antérotiques , odes
et vers lyriques du même. Cette cri-
ti(pie a été imprimée sous le titre de
Quintil censeur , à la suite de VArt
poétique françois ( par T. Sebillet ) ,
iStG, in- 16. IV. S'ensuyvent les
ruisseaux de Fontaine _> œui^re con-
tenant épitres , élégies y chants di-
vers , épigrammeSj odes et estrennes
pour celte présente année i555;
Lyon, Payen , i555, in -8". Dans
une de ces pièces , il s'établit le de -
fonseur de la rime. Parmi les pei-
sonnes auxquelles il adresse quelques-
uns des ouvrages de ce recueil, ou
remarque Tiraqueau , Touchel d'Or-
léans, Fernel, Ronsard, J. du Be!-
lay , J. Dorât , Jodelle , Des Autels ,
R. Belleau , Amyot ( qu'd ne connais-
sait pourtant ]ws ) , Bayf. On trouve
à la suite XXFIII éiiygmes , tra-
duilz des vers latins de Symposius,
ancien poète (Voy. Lacïange), (t
Le passeternps des amis , livre con-
tenant épitres et épigrammes en vers
françois , et composé par certains
auteurs modernes , et nouvellement
recueilli par Ch. Fontaine , auteur
d'une partie^ et enfin la traduction
en veii français du premier livre dn
176 FON
Remède d'amour^ c'est-à-dire, de la
moitié' du livre unique de ce poème
d'Ovide. V. Les XXI épitres d'O-
vide (en vers français) , Lyon , J. Dé-
tournes et G. Gazeau, i556, in- 16,
dëdie' à M™^. Grussol : une première
édition des dix épîtres , faite en i552,
était de'diëe au fils de cette dame. Les
dix premières épîtres sont de la tra-
duction de Fontaine , qui les a enri-
chies d'abnotations. Les 17*=. et 18'.
( intitulées de Léandre à Héro , et
de Héro à Leandre ) , sont l'ouvrage
d'un Saint-Romat, et enfin les neuf
autres sont le travail d'Octavien Saint-
Gelais , retouché par Fontaine : la
Fable des amours de Mars et de
F émis j irad. d' Homère ^ et le Ra-
vissement de Proserpine , imitation
d'Ovide, se trouvent dans ce volume,
ou l'auteur a inséré encore le Muséus
des amours de Léandre et de Héro ,
trad. en rime francojrse, par Cl.
Marot. Le volume est terminé par un
Petit avertissement ans lecteurs.
Après la dixième épître, on lit quel-
ques mots du Translateur aus lec-
teurs. Il est plaisant d*y voir Ch. Fon-
taine vanter l'utilité de sa traduction,
quant aux meurs , pour ce qu'il njr
ha personne tant adonnée et es-
chaufée en l'amour voluptueuse , qui
nen soit bien refroidie et destournée
après quelle aura bien leu ici de-
dens , et bien considéré les peines et
misères des amoureus Quand
sont racontées les grandes fâcheries
et infortunes des dames amoureuses y
c'est un miroir et exemple de ne
faire comme elles , ains au contraire
estre sapées aux despens d' autrui,
comme dit le prouerbe. VI. Les
dicts des sept Sages , ensemble plu-
sieurs autres sentences latines ex-
traites de divers bons et anciens au-
theurSy avec leur exposition fran-
çaise, Lyon, J, Celoys, i557,
FON
in-8". VII. Odes y énigmes et épi^
grammes, i557, in-8'. Outre ces
sept ouvrages que nous avons sous
les yeux, et dont, à l'exception du
Quintil, aucun ne mérite d'être lu,
Duverdier, Goujet et Lacroix du
Maine citent encore quelques autres
écrits de Ch. Fontaine , tels que , «ne
traduction française du Prompluaire
des médailles, i553, 1 vol. in-4°.;
XEpitome des trois premiers livres
de Artemidorus , traitant des Son*
ges , 1 546 , in-S**. ; 1 547 , in-8^ ;
i555, rn-8'. ( cette dernière édition
est augmentée d'un Brief recueil de
F alere- Maxime touchant certains
songes ) ; une Ode sur l'antiquité et
excellence de la ville de Lyon ,
1 556; une traduction des Sentences de
Publius Sjrus, etc. Il avait le premier
fait une traduction de VArt poétique
d'Horace. Celait l'ouvrage de sa jeu-
nesse; il le mit de coté pour le revoir
plus tard , puis l'oublia. Ce fut dans
cet intervalle que parut la traduction
d'Horace par Peletier du Mans, qui
se trouva le premier et pendant quel-
que temps le seul traducteur de l'Art
poétique. A. li— t.
FONTAINE (Jacques), docteur
en médecine , et professeur à la faculté
d'Aix en Provence , naquit à St.-Maxi-
min, au i6^ siècle, et mourut dans
la mêmevilheen 162 1. Fontaine avait
un savoir étendu pour son temps, et
sa réputation lui valut le titre de mé-
decin ordinaire du roi. Il nous est
resté plusieurs ouvrages de ce profes-
seur ; I. Traité de la Thériaque ,
Avignon , 1601 , in- 12. Ou y trouve
plus d'érudition que de critique. II.
Discours problématique de la na-
ture , usage et action du diaphrag-
me, kin, 161 1 , in- 12. Ce morceau
qui fit sensation dans son temps , ne
se trouve plus en harmonie avec les
connaissances que les modernes ont
FON
acquises en anatoraie et en physiologie.
m. Deux paradoxes appartenants à
la Chirurgie ; le premier contient la
façon de tirer les enfants de leur
mère , par la violence extraordi-
naire ; Vautre est de Vus âge des
ventricules du cerveau , contre Va-
pinion la plus commune , Paris ,
i6 1 1 , in - 1 2 Le nom de paradoxe ,
donné par l'auteur lui-même aux pro-
positions dont il traite , ne leur sera
point contesté par les lecteurs. La
doctrine de Fontaine n'est fondée que
sur des spéculations plus vaines que
solides. IV. Discours contenant la
rénovation des bains de Gréoiix ,
en Provence } la composition des
minéraux qui sont contenus en leur
source^ etc., Aix, 1619, in- 12. Cet
ouvrage atteste l'enfance de l'art , sous
le rapport des connaissances chimi-
ques , et des moyens de procéder à
l'analyse des substances naturelles , si
perfectionnée maintenant. F — r.
FONTAINE (INicoLAs), né à Paris,
et fils d'un maître d'écriture , perdit
son père, n'ayant encore que douze
ans. Il avait pour parent le P. Grisel,
jésuite, qui voulut bien eu prendre
quelque soin, et dont le projet était
de le faire entrer dans la maison du
cardinal de Richelieu. Il introduisit le
jeune Fontaine dans le monde. Celui-
ci, né avec un goût naturel pour la
retraite , se prêta peu aux vues de son
parent j il conçut même le projet de
se faire jésuite ; le P. Grisel l'en dé-
tourna, on ne sait par quel motif. La
mère de Fontaine connaissait M. Hil-
lerin , curé de St.-Merry j elle lui pré-
senta son fils. Le curé, louché de sa
piété et de sa sagesse, conçut pour lui
une vive amitié ; il était intimement
lié avec Arnauld d'Andilly, et avec
les autres solitaires de Port -Royal.
Il leur fit connaître le jeune Fon-
taine, qui, par ses bonnes qualités ,
XV.
FON 177
sut se concilier l'estime de ces soli-
taires. Il continua de demeurer chez
M. Hilleriu , et y prit le goût des bon-
nes lettres et des études solides; il
s'appliqua surtout à la lecture de i'E-
criture-Sainle et des Pères. M. Hil!eriu
ayant quitté sa cure, et s'étant retire'
dans un petit prieuré qu'il avait en
Poitou , pour y vaquer plus librement
à son salut, emmena Fontaine avec
lui; mais ce généreux protecteur s'a-
perçut bientôt qu'un tel séjour nuirait
aux progrès de son élève , et qu'il n'y
trouverait pas pour ses éludes les se-
cours dont il avait besoin. Il résolut
de If reconduire à Paris , et d» le con-
fier à ses amis de Porl-Uoyal. Ce fut
en 1645, qu'il le remit cntie les mains
de ces savants et laborieux solitaires.
Fontaine avait alors vingt ans , et il se
trouva engagé dans un parti bien op-
posé à celui auquel l'aurait attaché son
premier vœu , si le père Grisel lui eût
permis de le suivre. Son entrée à Port-
Koyal décida du sort de sa vie. Son
premier emploi fut d'éveiller les soli-
taires j il l'avait choisi par humilité
et mortification : il fut ensuite chargé
de surveiller les études de quelques
jeunes gens qu'on élevait dans celle
maison. Pendant ses heures de loisir, il
transcrivait les écrits de ces solitaires.
Soit qu'il tînt ce talent de son père,
soit qu'il l'eût acquis depuis , il avait
une fort belle écriture. L'abbé Ladvo-
cat dit avoir vu chez M. de Pompone
le recueil de MM. de Port-Royal sur
les affaires ecclésiastiques, eu i5 vol,
iu-4''. , écrit de la main de Fontaine
avec tant de netteté et d'élégance, que
le plus bel imprimé y était à peine
comparable; aussi Fontaine servait-il
de secrétaire à Ant. Arnauld , et aux
autres personnages delà société. Lors-
que ce docteur, exclu de la Sorbonne
en i656, fut obhgé de se cacher.
Fontaine demeura quelque temps
tr» FON
avec lui et Nicdle. Son attAcbement
et les services quM renflait à ces mes-
sieurs, faisaient qu'il leur ëlaif rxtrê-
mcrnent cher. Il partageait leur exil
et leurs retraites; il accorapaj»na Sacy
et Sin^lin dans celles qu'ils furent
for» e's de se procurer, et dont il leur
fallait changer souvent; quelquefois
ils en sortaient secrètement pour leurs
aftkires , ou pour des conférences
relatives à leurs ouvrap;es. Fontaine
assistait avec Sacy à celles qui se te-
naient à l'hôtel de Longueville pour
la traduction de la Bible , e'bauche'e
quelques années auparavant par An-
toine Lemaître. Sacy s'étaii charge' de
la préface : Fontaine habitait avec lui
dans une maison du faubourg Saint-
Ântoiue, lorsque tous deux furent ar-
rêtes par ordre du roi et conduits à
la Bastille. Ils en sortirent le 3i octo-
bre 1669, et ne se quittèrent plus.
Fontaine accompagnait Sacy à Pom-
pone, à Paris, à Port - Royal des
Champs. Il prit néanmoins un loge-
ment à St. -Mandé, pour être plus
à portée de surveiller l'édition des ou-
vrages de son ami. En 1 679 , il voulut
retourner à Port-Royal ; mais les soli-
taires ayant reçu ordre de quitter cette
maison, il continua de demeurer à
St.-Mandé , où Sacy, qui s'était retiré
à Pompone, venait le voir souvent.
C'est dans une de ces visites, qu'il
proposa à Fontaine de traduire un re-
cueil de passages des Pères , dont
Pélisson avait besoin pour un ou-
vrage contre les protestants. On se
faisait fort, disait Sacy, de Uire ob-
tenir une pension à celui qui feiait ce
travail : tel était le désintéressement
de Fontaine , que ce mot de pension,
qui pour 'tant de personnes aurait été
un motif déterminant, lui fit refuser
celte entreprise. Après la mort de
Sacy , arrivée en 1 684 ; Fontaine con-
tinua de vivre dans la retraite , chau-
FON
{*eant néanmoins souvent de demeur<f*
A la fin de ses jours , il se retira à
Melun, où il mourut âgé de quatre-
vingt-quatre ans, le iH janvier 1 709»
Il est peu d'hommes qui aient été
aussi laborieux, comme le prouvent
les nombreux ouvrages qui suiv< nt :
I. Figures de la Bible, sous le nom
de Royaumont, et long-tei. ps attribué
à Sacy, Paris, 1674, in-^". Peu de
livres ont été plus souvent réimpri-
més. II. Jhrégé de S. Jean Chry^
sostôme , sur le Nouveau • Testa^
ment y in-8\, et sur l'ancien- Tes-
tament i\\\si>'iïn-S°. y Paris, 1670(1),
III. Le Psautier y traduit en fran*
cois, avec de courtes notes, tirées
de S. Augustin , Paris , 1674, in- 1 2»
Les notes sont en latin ; elles furent
données en français en 1^)76. IV. Ex'
plications du Nouveau- Testament ,
tirées de S, Augustin et des autres
Pères latins j Paris, 1675, 2 vol.
in-B". , dont une autre édition en a
vol. in-4''., Paris, i685. V. Les huit
Béatitudes, Paris, i vol. in - 12.
VI. Méditatiojis pour la Semaine-
Sainte, Paris, 1678. VII. Fies des
Patriarches avec des réjltxions ,
tirées des Saints - Pères , 1 vol.
in 8°., i683, dont deux autres édi-
tions eu i685^t 1695. VIll. Heg
des Prophètes , avec des réflexions p
tirées des Pères de l^ église, Paris,
i685ei 1693, 1 vol. in-8^ IX. Hes
des Saints pour tous les jours de l'an-
née, Paris, it)79, 4 vol.in-8 .X. Les
O DE l'a VENT , avec des rejlexions y
Paris, I vol. in- 12. XI. Traducfiou
franç.iisedu '^^aradisus animœ Chris*
tianœ d'Horsfius (Jacques Merlon,
pieux ecclésiastique de Cologne ):
cette traduction porte le titre dHIeU"
(1) M. Barbier, d'après Ir témoignage de l'abbé
de SainuLéfiT, dit \\nr le imm de l'autrur de
V.tbrégé (W le Souveait-Tetiantent , c-che «ou»
celui deMarailly, nVtt poiut Mcola» fontawc»
nu* ftijitêX, chanoia* dt Aielua en i6^i.
FON
res chrétiennes, Paris, i685 et
1715, 1 vol. in- 12. XII. InstmC'
lions chrétiennes sur le sacrement
de mariage^ et V éducation des en-
fants, traduites du latin de Lin-
denhrogius, Paris, 1679, in- 12.
XIII. Prières tirées de V Ecriture-
Sainte , pendant la messe, Paris,
3085. XIV. Le Dernier jour du
monde f ou Traité du jugement der-
îiier, Paris, 1689. XV. Le Diction-
naire chrétien, Paris, 1691 , i vol.
in- 4'. XVI. Imitation de Jésus-
Christ, avec des réjlexions sur le
premier livre , Paris, 1694, in- 13.
XV IL Traité de la conversion du
■pécheur, Paris, 1677. XVIII. Mé-
moires pour servir à Vhistoire de
Port-Royal, Utrecht, 1756, 1 vol.
in- 1 1. lissent plus riches en réflexions
morales qu'en faits , quoique Tauteur
y parle des plus célèbres personna-
ges à qui cette maison doit sa re-
nommée. XIX. Traduction des ho-
mélies de S. Chrysostôme , sur les
épîtres de S. Paul, 7 vol. in-8'\;
ouvrage qui fut pour Nicolas Fon-
taine l'occasion d'amers chagrins. On
l'accusa d'y avoir renouvelé l'hérésie
de Nestorius. Le P. Daniel et le P.
Bivière , jésuites , écrivirent à ce sujet.
Le P. Quesnel leur répondit. D'autres
écrits encore intervinrent dans ce dif-
férend. Fontaine avait gardé le si-
lence : voyant néanmoins que l'on con-
tinuait de l'attaquer , il prit le parti
d'é» rire à M. de Harlay, archevêque
de Paris, une lettre aussi humble que
soumise. Il y faisait la profession de
foi la plus catholique sur le point
controversé j il offrait sa rétractation
sur tout ce qu'on croirait rcpréhen-
sible dans sa traduction, et même il
y fit mettre plusieurs cartons. Cela
n'empêcha point M. de Harlay de con-
damner l'ouvrage, et Fontaine reçut
avec beaucoup de patience cçlte hu-
FON 179
miliation : il semblait que là devait se
terminer la querelle. On continua,
dans différents écrits, d'accuser Fon-
taine : quelques-uns disent qu'alors il
prit lui-même sa défense, soutint qu'il
avait traduit fidèlement S. Chrysos-
tôme , et entreprit de prouver que
plusieurs Pères s'étaient exprimés de
même que ce saint docteur; d'autres
prétendent que l'écrit intitulé Aver-
tissement, dans lequel se trouve cette
défense, n'est point de Fontaine, et
qu'il l'a désavoué, quoiqu'il fût sous
son nom. Cette dernière opinion pa-
raît plus conforme au caractère de
Fontaine, naturellement modeste et
doux , et à la conduite qu'il avait te-
nue à l'égard de M. de Harlay : eu
tout cas, il est certain qu'il persista
dans sa rétractation et le plus humble
désaveu de tout ce qu'on pourrait
trouver de répréhensible dans sou
livre (1). L — y.
FONTAINE DES BERTINS
( Alexis ) , célèbre géomètre , né à
Claveison, était fils d'un notaire de ce
petit bourg du Danphiné, près de
Saint-Vallier, et descendait d'une fa-
mille distinguée dans la robe et dans
l'épée. Son père, qui le destinait au
barreau , l'envoya au collège de Tour-
non , chez les jésuites, où il ne fit pas
de brillantes études. Il y apprit les
éléments de géométrie sous le P. Le-
mer. A l'âge de vingt ans, il vint à
Paris pour se soustraire aux sollicita-
tions de ses parents , qui voulaient le
contraindre à étudier la jurispru-
dence. La lecture du livre de Fonte-
(0 On a attribué à Fontaine, i*". une tratluctloa
de» Conférences et dei Iiistilulions de Ca»sien^
sou» le nom du sieur de Saligny, Paris, 1667,
2 vol ia-'î*'. ; a*, la traduction des Soliloques tue
le psaun'e u8, écrits en latin par Hamdn , sous
le titre de yEgrct anima; et dolorern lenire co-
nanlif, pin inpsalin. 1 »8 soliloquia^ Paris, 1686.
Duguet donne cette traduction à Poatchâleau.
3". Dupin attribue à Fontaine les Regrets d'une
ame touchée d'avoir abusé de la sainteté iVi*
Paler, Ce livre «st du P. Pfou , célesun.
i8o FON
iielle sur la gcomëtrie de l'infini ,
lui inspira beaucoup de goût pour
celle science; et, ayant fait connais-
sance avec le P. Castel , excite et di-
rigé par les conseils de ce savant jé-
suite, il fil de grands progrès dans les
mathématiques : mais , peu favorisé
par la fortune , et ayant perdu son
père, il quitta Paris en l'j'iS'j et il y
revint à la mort de son frère aîné,
qui lui laissa une succession de cin-
quante mille livres. N'aspirant qu'à se
rapprocher de Paris, il vendit son
patrimoine , et acquit la terre d'Anel,
près de Gompiègne; ce qui lui permit
de faire de fréquents voyages dans la
capitale, où il ne tarda pas à se lier
d'amitié avec Clairaut et Maupertuis.
Il commença à se faire connaître des
savants, eu déterminant \e minimum
de la ligne comprise enti e deux points
situés sur une surfaee combe. Jean
Bernoulli avait déjà résolu le même
problème ; mais sa solution était igno-
rée de Fontaine, qui n'avait eu jus-
qu'alors d'autres notions sur la mé-
thode de maximis et minimis que
celles qu'il avait acquises par la lec-
ture du Traité des infiniment petits
du marquis de l'Hôpital. En 1732, il
présenta à l'académie des sciences de
Paris des solutions de problèmes très
singuliers, relaliveraent à des points
attractifs situés sur des surfaces cour-
bes. Il résolut ces problèmes par des
considérations e«trêmement délicates,
et à l'aide d'intégrations très com-
pliquées, dans lesquelles il montra
beaucoup de sagacité et d'originaUîé.
En 1734 parut son fameux Mémoire
sur les tautochrones , que d'Akmberl
regardait comme l'un des meilleurs
de ceux qui composent le Recueil de
l'académie des sciences. Le pioblèrae
des tautochrones consiste à trouver
une courbe telle, que tout corps placé
sur sa coucnvité arrive toujours; dans
FON
le même temps, au point le plus bas;
Ce problème avait été résolu par
Huygcns dans l'hypothèse du vide,
par Nev^'ton en considérant la courbe
dans un milieu résistant comme la
vitesse, et séparément par Euler et
par Jean Beiuoulii, qui supposaient
la résistance du milieu résistant pro-
portionnelle au carré de la vîtesse;
ce qui est plus d'accord avec l'obser-
vation. Fontaine, par une méthode
toul-à-fait neuve, et qui repose sur
deux sortes de variations , résolut le
même problème dans ces différentes
hypothèses, et d'une manière qui
n'exige pas que l'on sache intégrer
l'équation différentielle de la vîtesse,
ainsi que h* supposaient les solutions
de SCS prédécesseurs. 11 donna ensuite
à la sienne une plus grande généra-
lité, en regardant la résistance comme
étant à la fois proportionnelle au carré
de la vitesse et au produit de cette
vitesse par une constante. Cependant,
malgré ce pas immense fait par ce
géomètre, il était réservé à Lagrange
d'aller encore plus loin , et de passer
les bornes que Fontaine croyait avoir
atteintes. C'est dans cette solution du
problème des tautochrones que Fon-
taine démontra le premier deux théo-
rèmes qui sont le fondement du calcul
des variations inventé depuis cette
époque. Fontaine démontra aussi le
premier que toute équation différen-
tielle d'un certain ordre a toujours un
même nombre d'intégrales complètes
de l'ordre immédiatement iuférieur,
et à l'aide desquelles on peut trouver,
par l'élimination, l'intégrale finie com-
plète, qui est toujours unique. Si l'heu-
reux choix des signes qui servent à
manifester nos idées est d'une utilité
majeure dans une science de spécula-
tion comme les mathématiques , nous
ne devons pas passer sous silence
l'ingénieuse notation de Fontaine pour
FON
exprimer les coëtlficients difFereutiels
de tous les ordres, et qui porte le nom
de son celcbre auteur. Fontaine est
aussi l'inventeur d'un principe général
de dynamique, qui , quoique présenté
par lui d'une manière très obscure,
revient à cilui de d'Alembert; car les
quantités de mouvement gagnées ou
])erdues que d'Alembert met en équi-
libre, ne sont autre chose, dans le
principe de Fontaine, que les forces
qu'avaient les corps pour se refuser
au mouvement. D'Alembert publia son
principe en »745, tandis que Fon-
taine ne parle pour la première fois
du sien que dans le Recueil de ses
Mémoires publié en 1764, mais en
avertissant que ce principe lui était
connu dès 1739, et que les commu-
nications qu'il en avait faites à un
grand nombre de géomètres devaient
produire le même effet que s'il le leur
eût transmis par la voie de l'impres-
sion. Cet aveu suffit alors pour exciter
les partisans de Fontaine et plusieurs
journalistes à contester à d'Alembert
la priorité de cette découverte si im-
portante dans la mécanique. Ce qui
est remarquable , c'est que, dans cette
grande dispute, Fontaine garda le si-
lence. Au reste, il était un assez liabile
géomètre pour avoir inventé son prin-
cipe sans avoir eu connaissance de
celui de d'Alembert. Ce qui rend cela
encore p' us probable , c'est que Fon-
taine, dans tout ce qu'il a ftit, a peu
marché sur les traces des autres; et,
ce qu'on aurait de la peine à croire ,
ses connaissances en mathématiques
n'étaient pas très étendues : habitué
à suivre ses propres idées, il négli-
geait souvent de lire les ouvrages de
SCS rivaux, et les siens n'en acqué-
raient que plus d'originaUté. Ainsi, il
n'est pas étonnant qu'il ait fait beau-
coup de réclamations en mathémati-
ques : il a contesté à Eulcr la décou-
FON 181
verte des conditions d'intégrabiUté des
formules différentielles, et un beau
théorème sur les fonctions homogènes.
Il prétendait qu'en 1758, ayant com-
muniqué à Paris ces découvertes à
plusieurs géomètres, elifs avaient pu
être transmises à Euler j mais il igno-
rait que ce grand géomètre avait,
depuis long-temps, publié ces théo-
rèmes dans les Mémoires de Péters-
bourg pour les années 1754 et 1 735.
Ce fait, qui constite les droits d'Euler
à l'invention de ces théorèmr s, est aussi
une forte présomption que le géomètre
français les avait égalementdécouvcrts.
Font fine a beaucoup fait de recherches
sur le calcul intégral ; il a employé
divers procédés d'intégration fondés
sur les propriétés des fonctions ho-
mogènes, sur la restitution des fac-
teurs évanouis , sur î'élimination des
constanles arbitraires, etc., etc. Il
croyait avoir trouvé des méthodes
générales d'intégration, chose que
Lagringc regardait comme impossi-
ble. En vain Fontaine employa-l-il
toutes les ressources de la méthode
des coëfiicicnts indéterminés; il par-
vint à des équations si compliquées ,
surtout dans les ordres supérieurs,
que ses méthodes ont été entièrement
rejetées. On en peut dire autant de ses
procédés pour résoudre les équations
littérales et numériques. Dans cette
vue, il a construit des tables à l'aide
desquelles on trouvef le système de
facteurs qui convient à une équation
donnée; mais la difficulté de la cons-
truction de ces tables et la longueur
des opérations subséquentes ont fait
qua personne n'a cherché à s'occuper
d'une méthode dont la généralité
même n'est pas démontrée. On voit,
par celle analyse des travaux de Fon-
taine, qu'on lui doit le germe de plu-
sieurs découvertes importantes, et
qu éminemment doué dç l'esprit d'in-
iSî FON
veiition, ses idées les plus heureuses
5ont celles qui ont le moins exigé de
calculs. 11 est vrai q«ie, s'il s'est jeté
dans ces calculs , c'était pour vaincre
des difficultés qu'on re^iardait comme
insurmontables. Une pareille entre-
prise montre qu'il sentait toute la force
de son génie. Aussi il ne dissimulait
pas l'opinion avantageuse qu'il avait
de lui. Lorsqu'il eut publié ses pre-
miers essais : On en parle dans les
cafés j disait-il avec bonhomie. Dans
la préface de ses Mémoires, il s'ex-
primait ainsi sur la solution qu'il avait
donnée du problème des tautochrones:
« Quand j'entrai à l'académie , l'ou-
» vr 'ge que M. J. Bernoulli y avait
» envoyé en i «jSo , qui est uu chef-
» d'œuvre, venait de paraître. Cet
» ouvrage avait tourné l'esprit de tous
» les géomètres de ce côté; on ne
» parlait que du problème des tauto-
» chrones : j'en donnai la solution ,
» et l'on n'eu parla plus. » Malheu-
reusement pour lui, mais non pour
îa science , Lagrange en parla encore
dans les Mémoires de l'académie de
Berlin de 1765. Fontaine, ayant exa-
miné superficiellement le travail de ce
grand géomètre, l'attaqua avec aigreur,
prétendant qu'il s'était égaré , et qu'il
paraissait n'avoir pas entendu sa pro-
pre méthode, qui d'ailleurs, disait-il,
était bornée et indirecte. Le grand
liomme qui, pour la première fois,
se voyait attaqué dans une carrière où
il n'avait eu que des succès, se con-
tenta de confondre son adversaire, en
prouvant que c'était lui-même qui avait
donne une solution défectueuse en
certains cas. Au reste, Fontaine n'en
était pas moins pénétré d'admiration
pour le mérite supérieur de Lagrange;
voici de quelle manière il en parlait
dans une lettre écrite à Mathon de la
Cour en i ^65 : « Je le regarde comme
» le premier géomèlre de l'Europe 5
FON
» et, quand il ne le serait pas , il serait
» encore un des hommes \ts plus ai-
)> mables que je connaisse.» Le fond
du caractère de Fontaine était un mé-
lange de finesse, de niaiserie et d'or-
gueil. Cette mêmr subtilité qui lui faisait
découvrir tant d'idées neuves en mathé-
matiques, il la portait dans la société,
qui présentait un vaste champ à ses
observations : peu souvent satisfait,
son esprit toujours actif s'aigriss.iit;
et, trop naïf pour dissimuler, il mani-
festait sa pensée et devenait caustique.
Un jour qu'on lui reprochait son si-
lence, il répondit : « J'observe la va-
» nité des hommes pour la blesser
» dans l'occasion »; et, cette occa-
sion , il ne la laissait jamais échap-
per. Lorsqu'en 1741, Tambassadeur
de la Porte-Othomaue vint à Paris, un
de ces hommes suffisants qui affectent
de dédaigner tout ce que les autres
recherchent, regardait avec pitié l'em-
pressement du public pour l'ambassa-
deur, a Eh ! que vous fait l'ambassa-
» deur turc , lui dit Fontaine, en seriez-
» vous jaloux? » L'abbé Nollet lisant
à l'académie une longue dissertation
dans laquelle il ne parlait que du prix
de différentes denrées : « Cet homme
» connaît le prix de tout, excepté ce-
» lui du temps » , dit Fontaine, fati-
gué de la dissertation. Voici encore un
mot qui peint part ùteraent cet illustre
géomèlre: « J'ai cru un moment (di-
» sait-il en parlant de Condorcct)
» qu'il valait mieux que moi , j'en étais
» jaloux; mais il m'a rassuré depuis.»
Fontaine, retiré a la campagne, me-
nait une vie très solitaire, et partageait
son temps entre les travaux de l'agri-
culture et les mathématiques. II fut
r< çu à l'académie des sciences en 1 7 55.
Étranger à toute brigue, il assistait ra-
rement aux séances. «Une découverte,
» disait-il, vaut mieux que dix années
» d'assiduité à l'académie. » Ses con-
TON
JirèiTS lui laissaient toute liberté à cet
égard. Peu au courant de tout ce qui
n'était point du ressort des mathëma.
tiques , il prenait rarement part à leurs
diseussions. Dans sa retraite, il avait
beaucoup de goût pour la lecture ; il
affectionnait particulièrement Racine
et Tacite, comme les auteurs qui four-
nissaient le plus d'observations à sa
pliilosophie. Par une raison contraire ,
celte philo^ophie lui avait inspiré une
aversion insurmontable pour les af-
faires. Dans !es premières années de
son séjour à Àuel, la possession de
celle terre lui ayant suscité un procès;
<ç Monsieur, dit-il un jour à son avo-
» cal, qui lui rendait compte de ses
» démarches, croyez-vous que j'aiç;le
V temps de m'occuper de cette affaire?»
Sa famille ne pouvait obtenir de ses
nouvelles que par la voix publique.
Cependant il sedécida à faire un voyage
à Bourg-Argental , patrie de sa mère,
Madelène Seytre Depréaux. Çest au
sujet de ce voyage que Mathon de La-
cour , avec lequel il était fort lié, don-
nait à Condorcet les détails suivants
sur ce grand géomètrç : «Je le revis e(\
» 1755; il passa plusieurs mois au
» Bourg-Argental : il nç respirait que
» pour la géométrie. Il était ravi de
» trouver quelqu'un qui voulût l'écou-
» 1er, et j'étais le seul dans ce pays-là.
» Aussi, toutes les fois qu'il me ren-
vi contrait , nos séances ne unissaient
» plus. Il se plaisait à me montrer et
» à calculer devant moi divers pro-
î> blêmes que cet exercice lui rendait
» plus familiers, et à m'initier dans.la
» géométrie de l'iofini. Je l'écoutais
» avec plus d'avidité encore qu'il n'a-
» vait de plaisir à parler i je mettais en
» ordre ce que je lui avais entendu dire;
» et il se plaisait à revoir le lendemain
» ce que j'avais écrit , et souriait aux
» efforts de mon zèle. Il parlait d'un
» Ion si passionné de sa chère géome-
FON i63
» frie, qu'il m'inspira un amour pour
w elle, que le peu de secours et le peu
» d'émulation que l'on trouve en pro-
» vince n'ont jamais éteint, » Si Fon-
taine accueillait avec bonté les jeunej
gens qui étudiaient les mathématiques
pour leur propre satisfaction , il était
bien différent à l'égard de ces demi-
savants qui ne veulent faire parade que
d'un étalage de science : il les laissait
argumenter, et lorsqu'ils tombaient en
contradiction ou se perdaient dans
leurs raisonnements , il les regardait
avec mépris , et avait un secret plaisir
à les laisser dans l'embarras. {)n 1 765,
il vendit la terre d'Anel, et acquit di^
prince de la Marche la haro nie de Cui-
seaux en Bourgogne, sur les confins
de la Franche-Comté ; et , par une de
ces singularités qui le caractérisaient,
il vendit tous ses livres au moment où
il allait s*enseveiir dans !a retraite. Il
y mourut, en 1771, d'une maladie
cruelle quM avait négligée d^ns sou
origine. Cet esprit d'observation qui
ne le quittait jamais , lui ût regarder la
vie comme un long problème dont l.i
mort était une des données. Aussi la
vit-il s'approcher avec courage, pen-
sant qu'il y aurait de l'absurdilé à se
plaindre d'une loi de la nature aussi
nécessaire et inaltérable que les au-
tres. II légua son bien , grevé encore
par des procès , au chevalier de Borda,
qui lui avait rendu des services impor-
tants, et qui le rendit à la famille de
cet homme célèbre. Son éloge a été'
écrit par Condorcet ; et ses Mémoires,
qui font partie de ceux de l'académie
des sciences, ont été recueillis aveu
quelques pièces inédites, en i v. in-4".
quia paru eu 1764. B — l— t.
FONTAINE (Jacques), dit de la.
Roche ^ prêtre appelant , et auteur de
la gazette intitulée Nouvelles ecclé-
siastiques y naquit à Fontenai-le-
Comte , en 1<Ô8S. Etant entré dans
i84 FON
Fétat ecclésiastique, il s'attacha au
dio( èse de Tours , et fut fait cure' de
Mantelan <;n 1713. Son zè!e contre
la bulle Unigenilus , et une ieltreim-
f rimëe à M. de Kastij^nac, l'obli^èreut
à quifJer sa cure. Il vint à Paris ,
où il fut accueilli par les frères De-
ses?;arts, dont !a maison e'iait ouveite
à tous les prêtres inquiétés pour la
même cause, ils avaient commence',
en 1727, à envoyer dans les pro-
vinces des bulletius imprimés, pour
avertir leurs partisans de ce qui se
passait, et exciter leur zèle. Ils s'ad-
joignirent pour ce travail l'abbé Fon-
taine , qui prit apparemment alors le
nom de la Roche. Boucher, Troya
et quelques autres f oopéraienr aussi à
ces bulletins. ( P'o^ez Boucher, t. V ,
p. '275. ) Mais Fontaine en demeura
bientôt seul chargé; et depuis 1 719 ,
il paraît avoir été l'unique rédacteur
de cette feuille, sous l'inspecliou ce-
pendant d'une espèce de bureau formé
des meilleures têtes du parti. Il se con-
damna pour cet effet à ime profonde
retraite, dont très peu de gens avaient
le secret. Son imprimerie était établie
près la ru' de la Parcheniinerie, quar-
tier Saint-Jacques. Unedame Théodon
est citée comme ayant imagmé les im-
primeries secrètes d'où partirent cet
écrit et tant d'autres. Le lieutenant de
police àr ce temps-là , Hérault, mit ,
dit on , tout < n œuvre pour connaître
Fauteur des Nouvelles et pour en faire
cesser le débit. Mais Fontaine , pro-
tégé par le fai»atisme de ses partisans,
continua sa gaz ;ltequiparais>ait toutes
les semaines. Un arrêta une fois un ou
deux de ses distributeurs ; on ne put
arriver jusqu'à lui. Telsétaient même le
zèle et l'ardeur de ses agents , qu'une
femme ayant été arrêtée au moment
où elle avait 800 exemplaires de cette
gazette , interrogée si elle savait que le
ftoi eût défendu de colporter ce libelle,
FON
répondit qu'oui, mais que Dieu le lui
avait ordonné. Que ne devait-on pas
attendre de gens animés d'un tel zèle!
Le 27 avril 17^2 , M. de Vintimille,
alors archevêque de Paris, donna un
mandemeut pour condamner les Nou-
velles. Quelques curés de Paris refu-
sèrent de le publier; et dans les parois-
ses où on le lut, les gens de ce parti
sortirent aussitôt de l'église pour ne
pas participer à cette condamnation.
Cela s'appelait, dans leur langage,
rendre témoignage de sa foi. L'arche-
vêque ayant voulu obliger les curés
appelants à lire son mandement, ils se
pourvurent au parlement. Il paraîtra
sans doute un peu singulier et un peu
ridicule qu'on ait admis une telle re-
quête. Le parlement se saisit de cette
affaire avec une vivacité et une chaleur
qui ne peuvent être expliquées que
par cet esprit de vertige qui s'empare
quelquefois des corps , et par l'intérêt
bien connu que beaucoup de magis-
trats prenaient alors à cette misérable
gazette et à tout ce parti. On a honte
de dire aujourd'hui que plusieurs con-
seillers se firent exiler, et que presque
tous les autres donnèrent leur démis-
sion plutôt que de souffrir que l'on
touchât à leur protégé. Fontaine, de
son côté, témoigna sa reconnaissance
aux magistrats par un dévouement
entier à leurs intérêts , et prit constam-
ment leur parti dans leurs différends
avee la cour. Sa gazette était un foyer
d'opposition. Ce répertoire est sans
intérêt aujourd'hui; mais en y jetant
les yeux , on ne sait ce qui doit le
plus étonner, ou de la partialité fati-
gante de l'auteur, des minuties sur
lesquelles il se traîne, des platitudes
et des contes qu'il débile, ou de la
crédulité de ses lecteurs qui dévoraient
ses feuilles et qui adoptaient les déci-
sions de cet oracle. Là les convulsions
et les miracles de Saint-Médard sont
FON
cites comme des prodiges de la droite
du Très-Haut. Chaque âge a ses folies,
et il fatit bien convenir que celles-là
étaient uti peu moins funestes que les
nôtres. On doit dire pourtant que
plusieurs appelants n'approuvaient
pas le ton des Nouvelles, Duguet,
Delan , Débonnaire, se plaignaient des
excès du gazetier. Mais il se soutint,
maigre ieur autorité. SfS mensonges
et ses inepties étaient utdes à la cause;
on le protégea. Il peut être regardé ,
par la persévérance de ses clameurs
contre les Jésuites , comme une des
causes principales de leur destruction.
Toujours ardent contre les papes, les
évêques et en général contre l'autorité,
il a le mérite d'avoir contribué à affai-
blir les sentiments de religion par l'à-
creté de ses disputes et la persévé-
rance de ses calomnies. L'assiduité du
travail de Fontaine, et le genre de vie
auquel il s'était condamné, abrégèrent
ses jours. 11 mourut d'un ulcère à la
vessie le 2(i mai i-^Gi , ayant rétligé
les Nouvelles pendant plus de trente
ans. Ses partisans ont loué sa piété ;
il ne disait pas la messe. Sa juort ne
fit point cesser les Nouvelles qui furent
rédigées depuis par Guénin, dit l'abbé
de Saint Marc, et Mouton. ( Voyez
ces noms.) Leur vériiable titre est:
Nouvelles ecclésiastiques ou Mé-
moires pour servir à l'histoire de
la Constitution Unigenitus, Elles
étaient in-4°. , chaque feuille conte-
nant quatre pages; ce qui fiùt 208
pages par aniȎc. La collection en-
tière jusqu'en i8o3, fait de 20 à
25 volumes, suivant qu'on relie plus
ou moins d'années ensemble. L y a
une table pour le commencement des
Nouvelles jusqu'(n 1760. Cette ta-
ble, publiée par l'abbé Bonnemareen
1767 , 2 gros vol. in-4"., aurait elle-
même besoin d'en avoir une. Les Jé-
suites rédigèrent depuis .1 754 un Sup-
FON i85
plément pour l'opposer aux Nou-
velles; ils furen? obligés de cesser ce
journal à la fin de 1 748- ( Voyez
Patouillet ) — Il y a 'ii -, sous le
même nom de Jacques Fontaine , un
jésuite flamand, qui a écri< ponr la
défense de la bulle Unioenilus quatre
volumes in-fol. , et qui est mort à
Rome en 1728. P — c — t.
FONTAINE-MALHERBE (Jean)
naquit dans le diocèse de Cout^nces ,
vers 1740 , eî mourut en 1780. Il a
laissé : 1. Calypso à Télèmique , hé-
roïde, i76i..Le succès de l'héroïde
de Colaideau av^it mis ce genre à la
mode. II. Eloges de Carie Fanloo
et de Deshaies ( dan> le Nécrologe
de 1 766 ). III. La rapidité de la vie,
poëme qui a rempoifé l'accessit de
l'acidéraie française en 1766, in-8".
IV. Discours en vers sur la Philo-
sophie , qui a co!. couru la même an-
née. V. Epîlre aux Pauvres , pièce
qui a remporté l'accossit de l'aoadé-
mie française en 1768. VI. Fables et
Contes moraux, \ 769, in-8' .V IL^^r-
gillan ou le Fanatisme des croisades ,
tr.igédie en cinq actes et en vos, 1 76g,
in 8 . Vlll. Le Gouverneur, drame
en cinq actes et en p: ose, 1770, in-8".
IX. Le Cadet de famille ou llieureux
iRefo«7, comédie en un acte et eu vers.
X. L'Ecole des Pères, comédie en
un acte et en vers. XL Les Mariages
assortis, comédie italienne, eu vers,
mêlée d'ariettes : nous citons les trois
dernières pièces d'après le Supplément
à la France littéraire , publié en
1778. L'abbé Voisenon a donné eu
1774, 011e comédie des Mariages
assortis ; nous ignorons si elle a quel-
que rapport avec celle de Fontaine.
Cet auteur a fourni des poésies à l'/i/-
manach des Muses , et a coopéré au
moins aux deux premiers volumes de
la traduction de Shakespeare avec
Catueian et Letouroeur. Les ouvrages
ï86 FON
dramatiques de Fontaine n*ont pas eu
les bonne iis de ia rcpiesentation,
JVI, Tabbé Sabrjlier de Castres, en re-
prochait aux autres poésies el discours
de Ffint^ine un vtrnis philosophique,
ne manque pas de If s juger s;ms inte'-
rêl , sans poésie et sans vrai talent; et
cependant il les regarde comme très
supérieurs à ceux qui ont eu le prix.
A.B-.-T.
FONTAINE (Jean La), Fojez
Lafontaiive.
FOiNTAl^ES (Marie -Louise-
Charlotte DE (jivRYj comtesse de )
ctau fille du marquis de Givry , an-
cien commandant de Metz , qui avait
favorisé rétablissement des Juifs dans
cette ville , et à qui les Juifs , par re-
connaissance, avaient fait une pension
assez considérable, qui , après sa mort,
était passée à ses enfants. C'est à cette
circonstance que Voltaire fait allusion
dans les derniers vers d'une pièce
adressée à M"*^. de Funt.ines:
Adiru. Malgré mes épilogues ,
Puissi«-z-vous pourtant tous les ans ,
Me lire deux ou t^ois romans ,
Et taxer c[uatre synagogues.
3VI™*.de Fontaines publia deux romans,
la Comtesse de Savoie et Améno-
phis. On trouve, dans le premier, le
sujet de deux tragédies de Voltaire ,
uirtémire et Tancrède^ le g(rmede
celle-ci était déjà dans l'épisode de
Genièvre et d'Ariodant du Roland
furieux. Aménophis , dont la scène
est dans l'ancienne Libye, offre beau-
<:oup moins d'intérêt que la Comtesse
de Savoie. Tous deu\ ont été réim-
primés dans l'édition des OE'Uvres
complètes de M"*'*, de La Fayette
et de Tencin, Pariî», i8o4, 5 vol,
in-8% et l'ont été de nouveau eu » 8 • 'i,
sous le litre à!OEuvres de M'"*", de
Fontaines, i vol. in-i8, nvec une
Notice littéraire. On lit dans les
OEuvres inédites du président lié-
nault^ une note ^ui attribue à la Cha-
FON
pelle et à Ferrand, les deux romans
de M™*", de Fontaines, et rapporte sur
cette dame plusieurs particuianlcsqui
ne font pashonu; ur à sa >agesse. Elle
raourui pauvre en 17^)0. \ — g — r.
FONTAINES (Piçrre des), gen-
tilhomme du Vetmandois, vivait du
temps de St.-Lonis. Ce priiice, au
rai 'port de Juinville, l'appelait sou-
vent pour l'aider à rendre la justice à
ses sujets. On le trouve mentionné au
nombre des seigneurs et maîtres du
parlement (c'est ainsi que l'on appe-
lait alors les membres de celte illustre
couipa';;nie), dans deux arrêts de l'an
i'i6o. Des Fontaines étnt très versé
dans le droit français, et dans le droit
romain, qui commençait alors à être
en grand crédit. Il composa , sous le
titre de Conseil, un style de pra'ique,
dans lequel il fil un fréquent usage des
livres du droit romain , dont il y tra-
duisit un grand nombre de passages,
accommodés aux usages et aux mœurs;,
de ce temps. Cet ouvr.jgc contribua à
accélérer la révolution que St. - Louis^
voulut opérer dans notre législation ,
en substituant les formes du droit ro-
main aux pratiques barbares qui y
étaient établies. Des Fontaines con-
serva néanmoins les maximes fonda-
mentales du droit françus, qu'il pur-
gea de la rouille dont elles étaient en-
veloppées. C'est dans son ouvrage que
les ont puisées les auteurs venus après
lui. Du Causée fit imprimer le Conseil
de Pitrre Des Fontaines, à la suite de
l'Histoiii'e de St.-Louis par Joinvilk,
Paris, i()68, iu-lol. B— ».
F.')>T\INES (PiEBRE- François,
GVOT DES ). f^OJ". DesFONTAINES.
FONT AN A (Annibalj, habile
graveur en pierres fiiM-,, mort à Mi-r
lau, sa patne, .a 1587, à l'â^e de
quar.inte sept ans , s'était .*equis une
grande téputation par la délicatesse et
la perfectiou de ses gravures, soit ea
FON
creux , soit en camée. Guillaume , duc
de Bavière, qui le protégeait, lui en
fît exécuter un ^rand nombre sur
crystal de roche. Le plus considéra-
Lie de ces ouvrages était une petite
cassette couverte de bas-reliefs, com-
posés et exécutés par Fontana , et
pour laquelle il reçut six mille écus.
On admirait aussi les bas-reliefs et les
statues dont il orna le portail de
3Sotrc-Dame de St.-Gelse à Mdan. —
Fontana (Prosper), né à Bologne
en 1 5 12, fut peintre d'histoire, et le
maître de Louis et d'Augustin Carra-
che. — Fontana ( Lavinie), sa fille,
morte eu 1602, peignait le portrait,
et fut puissamment protégée par le
pape Grégoire XIII. Z.
FONTANA ( PuBLio), célèbre poète
moderne, naquit en i548,àPaluccio,
village sur le territoire de Bergame,
mais dans le diocèse de Brescia. Il
fit ses études avec la plus grande
distinction , et , ayant embrassé l'état
ecclésiastique, il fut nommé à la cure
de Paluccio. Il partagea son temps
entre les devoirs du saint ministère et
la culture de la poésie , pour laquelle
il avait montré dès l'enfance les plus
heureuses dispositions. Son poème
intitulé XJpothéose du Tasse y ayant
répandu son nom dans toute l'Italie ,
le cardinal Aldobrandini voulut le
voir , et lui fit les promesses les plus
séduis anlej^pour l'engager à se fixer à
Rome, où il devait trouver plus de
sujets d'exercer son talent : mais rien
ne put déterminer Fontana à quitter
son modeste bénéfice.Ce ne fut qu'avec
une extrême répugnance qu'il consentit
d'être présenté aux principaux prélats j
et il se hâta de regagner sa retraite ,
qu'il ne quitta plus. Estimé et chéri de
ses voisins, il passa une vie tranquille,
et mourut pendant l'automne de 1 609,
chez un de ses amis qu'il était allé vi-
siter à DesenzanO; sur les bords du
FON 187
lac de Garda. On connaît de lui :
\* Delphinis, UbritreSy Venise, 1 58*2^
in-Zt". II. Imago, sive dedivd Mug-^
dalend à Titiano de pic ta , Carmen ^
ibid. i585 , in-4". III. De musd pe^
destri carmen , Bergame , 1 587 »
in-4''. IV. Jd Nicolaum Contare-
num Carmen y ibid., 1687, in-4''-
V. Formica sive de diuind Provi^
dentid carmen, ibid., 1094 -> in-4°-
VI. Damon^ ecloga Firgini malri
sacra, VII. Le veglie Bresciane,
VIII. Del proprio ed ultimato fine
del po'éîa , tratlato, Bergame, 1 6 1 5 ,
in- 4°. IX. Tractatus de plantis sim^
plicihus. X. Disserlationes qualuor
de mysteriis numeri temarii et qua-
terni. Les poésies de Fontana ont
été recueillies et publiées par Marc-
Antoine Foppa , et ensuite par le car-
dinal Furietti, Bergame, 1752, in-8".
Cette dernière édition est précédée
d'une vie de l'auteur, et des éloges
que lui ont donnés la plupart des cri-
tiques de son siècle. J. Vict. Rossi ( Ja-
71US Nicius Erjthrœus ) dit que Fon-
tana est l'un des poètes modernes qui
ont approché le plus près de Virgile
par la beauté des images et l'harmonie
du style. On devrait s'étonner, d'après
ce magnifique éloge , que la réputation
de Fontana ne fût pas encore plus
étendue ; mais en convenant qu'il mé-
rite une place distinguée entre les
poètes , on ne croit pas qu'il doive être
mis au-dessus des Sannazar ni des
Vida. Le plus estimé de ses ouvrages
est sa Delphinis ; c'est aussi celui
qu'il avait travaillé avec le plus de
soin. Il y a de la noblesse et de l'élé-
vation dans le style, de la chaleur et
de la vérité dans les descriptions de
combats , de batailles ; mais c'est une
chose tout à fait remarquable, qu'un
homme qui avait passé sa vie à la
campagne, dans un pays délicieux,
ait moins bien réussi à peindre les
ï88 FON
scènes de la vie cliampêtre que les
imagos terribles de la guerre. W— ».
FOMANA (Dominique S archi-
tecte ci ingcnienr ilaiicn. Quand cet
artiste parut , le Bramante, San-Gallo,
Vignoie , Palladio, le grand Michel-
Ange et plusieurs autres hommes de
génie, avaient déjà élevé ^ur le sol
de l'Italie des monuments à jamais cé-
lèbres. Non - seulcra«^nt Fontana se
montra digne de marcher sur leurs
traces ; il sut encore se faire un nom
par un talent tout particulier pour
l'érection des obélisques. 11 naquit au
village de Mi!i, près du lac de Corne ,
Tan 1545. L'étude delà géométrie fa-
cilita ses premiers progrès , et, âgé de
vingt ans, il se rendit à Home auprès
de son frère, Jean Fontana, qui exer-
çait l'architecture. Dominique , en étu-
diant les restes précieux de l'art anti-
que, et les plus grands maîtres moder-
nes , ne tarda pas à se faire un nom
recommandable. Le cardinal Montalfe
ie choisit pour son architecte, et lui
fit commencer, dans Ste.-Marie-Ma-
jeure , une chapelle , ainsi qu'un petit
palais dans le jardin de cette basilique.
Monlalte, à l'exemple d'un très grand
nombre de prélats et de princes ita-
liens , desirait attacher son nom à des
ouvrages imposants. Il voulut que
Fontana n'épargnât rien pour l'exécu-
tion de ses plans, et il fut obéi; mais
Montalte , depuis si fameux sous le
nom de Sixt( -Quint, était né au sein
de l'indigence. Il avait besoin , pour
soutenir son rang, des pensions que
Grégoire XllI lui avait accordées. Ce
pontife, mécontent, et peut-être ja-
loux de la magnificence qu'affectait le
cardinal dans la construction de ces
édifices , cessa de lui fournir de l'ar-
gent ; et les travaux de Fontana
eussent été interrompus s'il ne se fût
piqué de les achev<r à ses propres
irais , eu y consacrant mille écus ro-
FON
mains (plus de 5,ooo francs ), prove-
nant de ses épargnes. II n'eut qu'à se
féliciter d'avoir ain.si préféré à des cal-
culs d'intérêt son attachement pour
son protecteur et son amour de la
gloire : Montalte, parvenu bientôt au
trône pontifical, lui confirma le titre
de son architecte ; et la chapelle ne
tarda pas à être terminée aus^i bien
que le palais. Fontana en construisit
aussitôt un autre pour le même pon-
tife , près des thermes de Dioclétien ,
transformés par Michel-Auge en église
des chartreux. La coupole de la basi-
lique de St. - Pierre n'était point en-
core finie; Sixte-Quint voulut que
Fontana, et Jacques délia Porta,
architecte également habile, se char-
geassent de ce travail qui devait don-
ner du lustre à son pontificat ; mais
auparavant, le pape jugea qu'un obé-
lisque décorerait très bien la place par
laquelle on arrive à la plus superbe
église du monde. Près de la vieille
sacristie de cet édifice, était depuis
long-temps comme caché au milieu des
décombres, un de ces monuments
consacré , suivant une tradition assez
douteuse, au fils de Sesoslris, et trans-
porté à Rome sous Caligula. Cet obé-
lisque était de granit rouge , avait été
tiré des montagnes voisines de Thèbes
en Egypte, et , en y comprenant la
pointe , présentait en loçeueur 1 1 1
palmes et demi (i) ; il eu'*Jlvait 1 2 de
large à sa base , et 8 au sommet. Plus
d'un pape, avant Sixte -Quint, avait
eu l'intention de le faire transporter
au milieu de la place ; mais ce projet
n'avait pu recevoir son exécution ,
parce que l'on ne s'était point accordé
sur les moyens à employer , et surtout
parce que l'on avait été effrayé des dif-
ficultés du transport, et des dépenses
(i^ L« pnlme romain (de» «rchitecte») fait ua
peu plus lie 8 pouces 3 li^nei , ou de 2x3 BtUiaiè-
|r«* , «xacV«ai«Dl «. aa34^
FON
considérables qu'il eût fallu faire.
Sixlr-Quint, déterminé à surmonter
tous les obstacles , s'adressa , d'une
manière qu'on peut appeler solen-
nelle, aux plus habiles mathémati-
ciens , ingénieurs ou architectes de
l'Europe. Ils e'taient, dit-on , au nom-
bre de cinq centsj et chacun d'eux of-
frit, pour la re'ussite de l'entreprise,
lin modèle, un dessin, ou tout au
moins un mémoire. Leurs avis, comme
on pouvait s'y attendre , furent très
partages. Fontana e'tait un de ceux
qui avaient pre'sente'un modèle. L'obé-
lisque, à moitié enfoui dans la terre ,
était à peu près debout. La grande
question consistait à savoir si l'on es-
saierait de le transporter ainsi, après
l'avoir dégagé de ce qui l'encombrait ,
ou si l'on commencerait par l'abattre
entièrement. Cette dernière opinion
était celle de Fontana. Il soutenait,
contre le sentiment le plus général ,
qu'il convenait de transporter l'obé-
lisque couché, et de ne le relever que
sur la place. Le pape voulut qu'il ftt
cette expérience sur un petit obélisque
autrefois appartenant au mausolée
d'Auguste : elle fut heureuse , et Fon-
tana eut la joie de voir son projet ac-
cepté. Celte joie fut cependant dimi-
nuée par l'adjonction dedeux collègues.
Sixte-Quintnorama Jacques dellaPorta
et Barthelemi Aramanati,pour concou-
rir à ce travail; mais à force de repré-
sentations, Fontana obtint enfin de
courir seul les risques d'une tentative
dont il voulait recueillir seul la gloire.
11 serait impossible de détailler dans
cet article tous les procédés qu'em-
ploya l'architecte pour déplacer , mou-
voir et dresser une masse de plus de
huit cents milliers j il suifira de dire
que Fontana n'employa pas dans tout
le cours de l'entreprise moins de 900
ouvriers , et de 1 4 o chevaux. On com-
mença par abattre l'obélisque; puis
FON i8g
on s'occupa de l'élever à 3 palmes de
terre. On y parvint en douze reprises,
et à la vue d'une foule immense , à la-
quelle un rigoureux silence était pres-
crit, sous les peines les plus sévères.
Le son de la trompette réglait tous les
mouvements, et celui des timbales
marquait les repos. L'obélisque fut
amené sur la place, étendu horizon-
talement sur quatre rouleaux. Il fiilut
ensuite l'élever sur son piédestal : on
attendit, par ordre du pape, que le
temps des grandes chaleurs fût passé ;
et enfin, le 10 septembre i586, on
effectua ce complément d'un travail si
prodigieux, le jour où le duc de Piney-
Luxembourg , ambassadeur de Hen-
ri IV, faisait sou entrée dans Rome.
Dès l'aurore on avait commencé l'opé-
ration ; elle fut terminée en cinquante-
deux reprises , au coucher du soleil ( i ),
Il faut bien se pénétrer de l'enthou-
siasme des habitants de Rome pour
les arts , et pour tout ce qui peut ac --
croître la magnificence de la ville
éternelle , si l'on veut se faire une
idée des transports et des acclamations
qui récompensèrent Fontana de ses
peines. Ses ouvriers le portèrent en
triomphe sur leurs épaules , au bruit
des trompettes et des tambours. Sixte-
Quint ne fut pas moins sensible à la
réussite d'une telle entreprise , la
plus considérable de celles qui eurent
lieu sous son pontificat. II fit frapper
deux médailles pour en consacrer le
souvenir , anoblit Fontana , et le créa
chevalier de l'éperon d'or. A ces hon-
neurs, il joignit des récompenses so-
lides. Il lui fit payer 5ooo écus d'or,
et lui donna une pension de 2000 écus,
réversible à ses héritiers. Fontana eut
enfin la charpente et tous les maté-
riaux , qui ne lui produisirent pas
(i) On peut voir de plus grands détails sur cette
belle opération mécanique , et sur tout ce qui con-
cerne cet obélisque , dans le Jotrntit des savanit
<l4«embre 176* et janvier 1761. *
iQo FON
moins de ao,ooo ecus romains. Cette
masse d'une matière à peu près indes<
Iructible, est encore aujourd'hui au lieu
même où Tëleva l'architecte. Une croix
de bronze, de lo palmes , la sur-
nio'ite ; et quatre lions , aussi de
bronzo, lui servent de support. Apres
avoir si bien réussi , Fontaiia n'éprou-
va nulle difficullé pour élever, selon
les dcsirsde Sixte V, trois autres obé-
lisques. Celui du mausolée d'Auguste,
dont on a parlé ^ et qui a 66 pieds de
bauleur,fut érigé sur la place de Sainte-
Maric-M.ijeure. Des recherches assi-
dues , parmi les ruines de Rome anti-
que, firent trouver les deux derniers:
l'un est devant la basilique de Saint-
Jean-de-Lalran ; l'autre orne la place
voisine de la porte du Peuple, à l'ex-
trémité des trois grandes et belles rues
que h s voyageurs ont en perspective ,
lorsqu'à près avoir passé le pont Mil-
vins y aujourd'hui P onte- Molle , ils
arrivent à Borne par l'ancienne voie
Flamlnia, Rome possède encore plu-
sieurs obélisques élevés par d'autres
inj;énieurs; mais ceux-là sont les plus
considérables de tous. Sixte-Quint em-
ploya de plus les talents de son archi-
tecte à la construction de plusieurs édi-
fices remarquables , et entre autres à
celle de la bibliothèque du Vatican ,
qui, non encore terminée quand ce
pape mourut en iSgo, le fut sous
Clément VIT î.Fontana continua, sur
JemoiitQuirinal, le pdLis pontifical,
dit de Monte Cavallo , et fit trans-
porter, des thermes de Diociélien sur
la place voisine , les deux célèbres
groupes colossaux de deux héros ou
demi-dieux domptant des coursiers ,
que l'on altiibue, sans toult-rois avoir
d'autorité positive , à Phidias et a Praxi-
tèle. La rép^rition des colonnes An-
tonineet Tiajanr, quelques fontaines
et l'érecliou de plusieurs bâtiments,
occupèrent ensuite Foutana. Clémeut
FON
VTII désirait établir des fabriques de
laine dans le Colisée : Fontana fît, par
son ordre, plusieurs projets. Mais
bientôt l'architecte quitta Rome ; et le
pape ne s'occupait plus guère d'une
entreprise encore à peine ébauchée ,
lorsqu'il mourut, en i6o5. On doit
regijller qu elle n'ait pas eu son exé-
cution : elle eût donné une destination
utile à cet immense monument de la
grandeur et de la férocité romaines.
Fontana conduisit à Rome, d'une
montagne éloignée de 5 lieues , l'eau
àiieAquafelics. Le palais du Quirinai
s'en trouva pourvu avec abondance ;
et la fontaine construite à la place de
Termini^ devint une des plus remar-
quables de la ville. Il eût été exlraor^
dinaire que, chargé de tant de travaux
aussi avantageux à sa fortune qu'a sa
gloire, Fontana n'eût pas ressenti les
atteintes de l'envie. Elle semblait ne
l'avoir ménagé jusqu'alors, que pour
l'accabler soudain , au milieu de la
prospérité en apparence la mieux as-
surée. Il s'occupait d'un pont dans le
quartier dit Borghetto , lor;^qu'on l'ac-
cusa d'avoir détourné, à son profit,
des sommes considérables dans les
entreprises qui lui avaient été confiées.
Il doit paraître surprenant qu'une
telle accusation ail été dirigée contre
un artiste qui avait donné, dans la
construction des travaux ordonnés
par le cardinal Montalte, des preu-
ves de désintéressement si peu dou-
teuses. Quoi qu'il en soit , le pape^
le crut coupable et lui ôla son emploi.
Le vice-roi de Naples , empressé de
procurer à son souverain un artiste
aussi distingué, offrit à Fontana le litre
d'architecte et de premier ingénieurdu
roi des Deux-Siciles. Fontana croula
ces offres honorables , qui semblaient
hauieuient proclamer l'injiislice de
l'accusation portée contre lui. Il se
rendit a r^aplcs vers la fin du Tau i Sg'i,
çt s'y raarîa. Des Crinauxqui préservè-
rent des inondations la province dite
Terre de Labour, un chemin le long
de la raer, et d'autres travaux, l'oc-
cupèrent jusqu'au moment où il cons-
truisit le palais du Roi. L'union qu'il y
fît des trois ordres, dorique , ioniq-e
et composite , n'eut pas l'approbation
de tous les connaisseurs. Depuis Fon-
tana, on a fait , à ce palais de grands
changements: ils dispensent dv traiter
avec plus d'étendue, d'un monument
qui n est plus, à proprement parler,
celui du premier arclutecte. Ce n'était
pas la première fois que Fontana eût
éprouvé des reproches dans la cons-
truction des édifices. Il allait couron-
r.er, par un ouvrage d'une très grande
importance, sa vie laborieuse, quand
divers obstacles l'emj^êchèrent d'exé-
cuUr scî» desseins. Il s'agi-saildc cons-
truire un port dans celte ville de
Naples, si avantageusement située pour
en posséder un consiilérable. Ce projet
ne fut réali>é que dans la suite , sous
Pierre d'Aragon , par François Pic-
chi' îi ; mais du moins ce dernier sui-
vit le plan de Fontana. Digne de pren-
dre rang parmi les architectes et sur-
tout parmi les ingénieurs célèbres,
malgré les critiques dont ses travaux
furent Tobjet, Dominique Fontana
mourut à Naples, en 1607 , à l'âge
de 64 ans. Considéré comme écrivain
sur son art, il n'est auteur que d'un
seul ouvrage , intitulé : Del modo
tenuto nel irasportare Vohelisco
Faticano , e délie fabbriche di
nostro signore Sislo V , faite dal
cavalier Domenico Fontana. Ce vo-
lume in-folio , en italien , fut imprimé
à Rome , en 1 Sgo , avec 19 gravures
de Boni face d « Sebenico :il est curieux,
en ce qu'il indique des procédés que
Fontana dut, en quelque sorte, créer,
puisque les anciens ne nous avaient
rien laissé sur cette matière. Il fut
F ON 191
réimprimé à Naples, i6o4, in-foL
avec le titre de libro primo, et suivi
d'un lihro secundo^ in cui si ragiona
di alcunn fabbriche faite in Rorna e
in Napoli dal cav. Domenico Fonta-
na, formant un S' conn volume, pareil-
lerarnt in-fol. — Jules-César Fon-
tana , fils du précédent , hérita de
ses biens , qui étaient considérables ,
et de SA place d'architecte du roi de
Naples. Il fit ériger à son père un
mausolée dans l'ég'ise de Sainte-
Anne. D — T.
FONTANA (Jean), frère aîné de
Dominique, était, comme lui, origi-
naire de Miii. Il naquit en i54o , et
vint fort jeune à Rome. Quoique son
plu» grand talent fiit pour la cons-
truction de machines hydrauliq les,
il convient de remarquer qu'il fut ar-
chitecte de l'égHse de St. -Pierre,
place aussi honorable que lucrative,
et que l'ou n'obtenait pas sans avoir
fait preuve d'une habileté peu com-
mune. Il est surprenant qu'on ne soit
pas certain si le palais Giustiniani ,
monument vaste et assez remarqua-
ble, a été, ou non, construit sur ses
dessins. L'un des travaux les plus ira-
ponants de Jean Fontana fut le réta-
blissement des anciens aqueducs d'Au-
guste, qui eut pour objet d'amener à
Rome, comme Paul V le desirait, l'eau
du lac de Bracciano. C'est au-dessus de
l'église de Saint-Pierre in Montorio^
que celle eau jaillissant par cinq bou-
ches forme une des plus belles fon-
taines de Home. Fontana nettoya l'em»
bouchure du Tibre à Ostie , travail pé«
nible et ingrat, dont la nature effaça
bientôt les traces. Il régla le cours du
Véhno, et conduisit à Frascati l'eau
Algida pour servir aux embellisse-
ments des ville Belvédère et Mon^
dragone. Ce fut encore lui qui amena
des eaux à Recanati et à Lorette. Fras-
cati lui doit aussi uue digue qui sert
Ï92 FON
à y former îa c.iscade du Teverone.
RaveiiMC, Ferrare et quelques lieux
vois'us, rlésolés p.»r les fréquentes
inotiditions du Po et de quelques au-
tres rivières, exercèrent ensuite l'habi-
leté de Fontana. Il se rendit sur les
lieux par ordre du pape . afin de re'-
parer les dommages qu'elles occa-
sion naienl souvent dr.ns cette partie
de l'Italie. Fontana, déjà très avancé
en âge, y éprouva une maladie causée
en giande partie par le mauvais air.
Il se bâfa de revenir à Rome; mais
il j mourut presque au moment de
son arrivée, l'an i6i4, à soixante-
quatorze aus. Ses restes furent dé-
posés dans l'église d'^ra Cœli.
FONTANA ( François), astronome
napolitain, vivait au l'j''. siècle. 11
voulut étudier la jurisprudence, et se
fit même recevoir docteur eu droit;
mais il n'avait pas cette facilité d'élo-
culion qu'exige le barreau. D'ailleurs,
il ne trouvait au forum qu'erreur ou
mensonge, tandis que les sciences
exactes pouvaient seules , disait-il ,
le gu derdans la recherche de la vé-
rité. Il se livra donc à l'étud? des ma-
thétn^fiques et surtout de l'astronomie.
Joignant la pratique à la théorie, il
s'occupa également de îa taille des
verres , du perfectiobnement des ins-
truments, et prétendit, en 1608,
avoir inventé le télescope. Mais de telles
réclamations, dii IVIontucla, sont de
peu de valeur, lorsqu'on ne peut les
appux er sur des preuves péiemptoires.
Fonlana mourut de la peste en juillet
i6">6, ayant eu de plusieurs femmes
un grand nombre d'infants. Il a pu-
blié '.^Nov.p cœlesiium et lerrestrium
rerum Obsenfationes, î^^p'.es, 1646,
1667 , in-4".,*l^ laissé en manuscrit,
Fortificazioni diverse. On trouve l'é-,
loge de<et astronome, aujourd'hui to-
talement oublié, parmi ceux des hom-
FON
mes lettrés de Loi enzo Crasse, Vênîsey
1666, in-4"., seconde partie. — Fon-
tana (Gaétan), autre astronome,
issu d'une fimille illustre, naquit à Mo-
dèneen 1 645. Doué d'un caractère en-
clin à la piété , il embrassa l'état ecclé-
si istique , et prit , avant l'âge de vingt
ans, l'habit des clercs réguliers dits
Théatins. Il fit sa profession à Rome,
et mena constamment une vie exem-
plaire. Toutelois, les exercices pieux
ne l'empêchèrent point de se livrer à
l'étude des sciences et de la littérature;
et ses supérieurs l'employèrent à l'cii-
seignemeut public dans leurs maisons
deRtme, de Padoue, de Vérone et
de Modène.Uuedes «sciences qu'il af-
fectionnait le plus , était l'astronomie.
Confiné dans la maison professe de sa
ville natale qu'il ne quitta qu'à la mort,
Fontana mettait autant de soin à fuir
les honneurs et la gloire, que d'autres
en prennent pour les acquérir. Cepen-
dant sa réputation perça malgré lui;
et, dans peu de temps, il se vit en cor-
respondance avec les savants les plus
illustres de son temps , tels que Mu-
ratori, Salvago , Eustachi, Manfredi ,
Corradi. Il se lia surtout d'une amitié
particulière avec le célèbre J. Domini-
que Gassini; et celui-ci lui a rendu le
témoignage public que , de toutes les
observations astronomiques qu'on lui
communiquait , celles de Fontana
étaient toujours les plus exactes. Ce
dernier eut, avec le père Uama7zini,
une discussion sur les variations du
baromètre. On peut consulter, à ce
sujet , un écrit de Fr. Torli, intitulé :
Dissertatio epistolarU circà nifircu-
riimotiones in harometro, dans h quel
il examine et compare les opinions de
Fontana, de Rodolphe Camerarius et
de Schi'lamer. Fontana mourut de la
pierre, le 9.5 juin 1 7 19. On a de lui ;
I. Insliiutio physico-astronomica ,
cum appendice geographico ^ Mo-
FON
^nt3,i695, in-4". II. Ânimadver-
siones inhistoriam sacro-politicam,
prœsertim chronolo'j^iam speclanles;
nonnulla ad astronomiam et cho-
ros^rapkiam , nec non dissertatio
phrsico - mathematica de Aëre ,
Modène, 1718. III. Une Carte géo-
graphique du pays de Modène, et
beaucoup d'autres cartes ëgalemenl
manuscrites. Il avait entrepris de
lever celles de toute la Lombardie;
mais la mort l'empêcha de terminer
rexecutiondeceprojet.lv. On trouve
consij^nëes dans les Mémoires de l'a-
cadémie des sciences de Paris , plu-
sieurs Observations astronomiques
de Fontaua. Son éloge , par Joseph
Berlagni, a e'të insère' dans le tome
XXXIII , partie première, du Gior-
nale de Letterati d'Italia. D. L.
FON TAN A (AuGusTiw), comte
Scagnelli, juge civil à Plaisance, se'-
naieur à Mantoue, auditeur de Kole
à Bologne, mort vers la fin du l'J^
siècle , s'est fait connaître par les ou-
vrages suivants : I. Amphilheatrum
légale seu Bibliotheca legalis am-
plissima, Parme, 1688 , 5 tomes
in-fol., qui se relient ordinairement en
2 vol. IL De successione monaste-
rii bonorum capacis , Bologne, 1 685 ,
in-fol. III. Anamalogiaseutractatus
de omni génère expensarum. IV. As-
trea criminale ioscana , overo brève
metodo di ben procedere nelle cause
criminali. Ces deux ouvrages étaient
sur le point d'être livrés à l'impres-
5»ion en 1688. V. Quelques poésies
insérées daos le Salmista toscano ,
Bologne, 1688. Il avait commencé sa
Bibliotheca legalis des 1661 , sur le
plan d'un répertoire du même genre
que le cardinal Curzio, évêque de
Rimini , dont le comte Jean Fontaua son
frère était vicaire - général , avait fait
pour son usage , et il ne cessa d'y tra-
vailler. Celle de Lipenius ayant paru
FON 193
en 1678, il se hâta de la faire -venir,
y prit tous les articles qui lui man-
quaient, et y reconnut un grand nom-
bre d'omissions : aussi , l'ouvrage du
Fontana, contenant plus de quinze
mille articles , est bien plus complet
que la première édition de Lipenius;
et quelque amples que soient les ad-
ditions et suppléjuents dont on a
enrichi ce dernier dans les éditions
suivantes, V Amphilheatrum légale
sera toujours recherché , étant rédigé
suivant un ordre beaucoup plus com-
mode, et enrichi d'ailleurs de notes
sur les ouvrages de« jurisconsultes
d'Italie. Les deux premiers tomes sont
par ordre alphabétique de noms d'au-
teurs, et les trois autres sont comme
des répertoires, par ordre de matiè-
res , qui renvoient à ces deux tomes
pour les détails bibliographiques. — •
Charlcs-Eraanuel Fontana, autre bi-
bliographe italien de la même épo-
que, a publié une Bibliotheca poé-
tico-toscana , Rimini, 1688, in-12,
citée d^ans la Biblioteca volante,
«'Quel que soit cet opuscule que je
» n'ai pas vu, dit Cinelli, l'idée ea
» est bonne, gi l'auteur s'y est donné
» de la peine; se v'avrà faticato il
» suo autore, » C. M. P.
FONTANA ( Charles), architecte
et écrivain itaUen , naquit, en i634,
àBruciato, dans le territoire de Corne.
Son nom et le lieu de sa naissance por-
teraient à croire qu'il était de la famille
des célèbres architectes du même nom:
cependant on n'a là -dessus aucune
notion positive. Quand Charles Fon-
tana vint àRome, leBernin, malgré
les défauts très graves ettrès nombreux:
qui se trouvent dans ses ouvrages , te-
nait , en quelque sorte, le sceptre des
beaux-arts. Fontana le choisit pour
son maître en architecture, et devint,
en peu de temps , un de ses meilleurs
élèves. Ou lui confia l'exécution ^eplu-}
i3
194 F ON
sieurs monuments d'une assez grande
impoi tance, parmi lesquels il suffira
d'indiquer les palais Grimani et Bolo-
gnetti; le mausolée de la reine Christi-
ne, dans Téglise de St.-Pierre ; la fon-
Mine de St.-Pierre; la fontaine de Sle.-
Marie^ dans le quartier dit Translè-
Tere ; le théâtre de Tordinonc , etc.
Innocent XI , qui affectionnail les ta-
lents de Fontana, quoiqu'ils fussent
loin de pouvoir toujours soutenir les
regards aune critique sévère, le char-
gea spécialement d'ériger plusieurs
monuments , entre autres l'église de
Saint-Michel à Ripa , et le palais sur
le mont Citorio. Clément XI lui confia
aussi plusieurs entreprises , et ce fut
sous son pontificat que Fontana bâtit
les greniers publics à Tcrmini. La ré-
putation de l'architecte franchit non-
seulement les bornes de Rome, mais
encore celles de l'Italie. Il envoya un
modèle pour la cathédrale de Fulde ,
et plusieurs autres pour les écuries ou
remises du palais impérial de Vienne.
Passant sous silence quelques ouvrages
exécutés par Fontana en qualité d'ar-
chitecte, nous allons indiquer ses prin-
cipales compositions littéraires , ayant
toutes un rapport plus ou moins direct
à son art. Il fit, par ordre d'Innocent
XI, une ample description du Vati-
can , sous ce titre : Il tempio Fati'
cano esua origine con gli edijiciipiù
cospicui antichi e modérai , Rome ,
1694, i vol. in-fol.j traduit en latin
par J.-Jos. Boijnerue de Saint-Romain,
ibid. , 1 7 53, fig. Dirigé par un goût sûr
qui ne l'avait pas toujours éclairé quand
il construisait des monuments, Fon-
tana s'élève avec force dans son hvre
contre l'existence d'un entassement
de maisons peu agréables à la vue qui,
interposées entre le château et le pont
Saint-Ange , d'une part , et de l'autre
la basilique et la place de Saint-Pierre ,
isolent les uns des autres ces monu>
FON
ments si remarquables , et font quW
n'aperçoit la plus belle église de l'Eu-
rope qu'après avoir traversé des rues
dignes tout au plus d'une petite ville
de ^ovince. La censure de Charles
Fontana était d'autant plus juste que les
personnes les plus étrangères aux arts
sont frappées du défaut qu'il relève.
Il proposa de remplacer par des por-
tiques , un arc triomphal, en un mot,
par une suite d'édifices d'un bel aspect,
les bâtiments dont il provoquait la
suppression. Par malheur, ses plans,
bien qu'approuvés et reconnus très
avantageux , ne furent point exécutés j
et le quartier de Saint-Pierre, toujours
très mal-sain et peu habité , continue
à offrir, dans son ensemble, les plus
étranges disparates. Ne pouvant don-
ner à la basilique du Vatican, les amé-
liorations dont elle était susceptible,
Fontana voulut du moins en être l'his-
torien exact. Il calcula même ce qu'elle
avait coûté à bâtir , et trouva que ,
depuis sa fondation jusqu'à l'aDuée
1 694 , l'on y avait consacré une somme
qui revient à plus de deux cent trente
quatre millions : encore ne compre-
nait-il , dans une dépense si considé-
rable , ni celle des modèles , ni la dé-
molition des murs de l'ancienne église
et d'un clocher élevé par le Bernin ; ce
qui eût ajouté au total 56o,ooo fr. Les
vases , les ornements , 1rs tableaux,
les machines et les échafauds n'en-
traient pas non plus dans le calcul de
Fontana. Il mesura l'église, et porta
sa longueur extérieure à no toises
6 pouces , l'intérieure à 94 toises : la
largeur extérieure est de 77; l'inté-
rieurede 70. La nefa de largeur 1 3 toi-
ses et 4 pieds; sa hauteur, sous la clef
de la voûte, est de 24 toises. La voûte
est épaisse de 3 pieds 6 pouces. La
hauteur, depuis le pavé jusqu'au des-
sous de la boule qui surmonte la cou-
pole, est de 65 toises 5 pouces. Cette
FON
tv.ule a de diamètre 6 pieds 9. pouces,
et elle peut contenir une douzaine de
personnes. Une croix de 1 5 pieds est
placée sur celle boule (i). Fontana
s'dbcupa beaucoup de la coupole de
Saint-Pierre, qui, disait- on, depuis
quelque temps , menaçait ruine. 11 re'-
futa des reproches adressés au Bernin,
son maître , pour avoir pratiqué des
escaliers et des niches dans ies quatre
massifs qui la supportent. Bientôt les
architectes italiens les plus habiles,
réunis par Innocent XI , déclarèrent
que la coupole n'avait nullement souf-
fert, et ne de;vait causer aucune inquié-
tude. C'était , en grande partie, pour
faire cesser ces biuifs alarmants , que
ne pape avait ordonné à Fonlana de
composer son ouvrage. FiCs soins pré-
voyants du pontife et de rarclutecte
n'eurent pas tout lesucoès désiré; car
on a renouvelé plu> d'une fois , depuis
€ette époque, les raisonnements sur
lesquels on fondait la crainte de voir
s'écrouler une masse si énorme. Fon-
tana composa un autre livre qui ne fut
pas moins bien reçu des amis des ;irts
que la description de la basilique de
Saint-Pierre. Un édifice aussi remar-
quable que le Colisée méritait un his-
torien : il l'eut dans Charles Fontana,
et l'ouvrage très substriutiel de cet ar-
tiste, ne laisse à peu près rien rà dési-
rer; il a pour titre : VAnfiteatro Fla-
çio , descritto e delinealo dal cava-
lière Carlo Fontana ^ i vol. in-fol.,
La Haie, 1 72 '>. Procédant avec mé-
thode , Fontana , dans son introduc-
tion , traite de l'origine des théâtres
et amphithéâtres , de ceux qui les ont
construits , des théâtres de Scaurus ,
de Pompée , de l'amphithéâtre de
Vérone, etc. Dans le premier des cinq
U) On riUnmine à la fête de St. -Pierre ; et cette
•pération e»l si périlleuse , que l'ouvrier à qui on
la confie ne manque jamais de se confesser «t de
ctnanuBier ayaat de l'entrepreudre.
FON ujS
livres qui composent son ouvrage , il
dé rit le Colisée, ou l'amphithéâtre de
Flavius Vespasien , tel qu'il était du
son temps. Le livre second le repré-
sente dans son état originel. Le troi-
sième livre parle des usages auxquels
étaient consacrées ses diverses parties ,
et des fêles qui s'y célébraient. De
cette érudition profane , comme il la
nomme lui-même , Fontana passe à
V érudition sacrée, qX donne la longue
liste des chrétiens qui , selon des lé-
gendes plus ou moins authentiques ,
furent martyrisés dans cet amphi-
théâtre. Le cinquième livre indique les
moyens de rendre à l'édifice son an-
cienne splendeur. Eu résumé, l'ou-
vrage de Charles Fontana est celui
d'un arlislf habile, d'un très bon dessi-
nateur et d'un homme qui n'a rien né-
gligé pour envisager son sujet sous
toutes ses faces. L'auteur mérite moins
d'éloges comme écrivain ; mais il vi-
vait en Italie au 1 7^. siècle : on ne doit
donr pas s'étonner qu'il ait sacrifié au
goût peu sûr de son temps et de son
pays, en se permettant quelquefois
des concetti dans un livre dont le ton
général devait être une noble simpli-
cité. Outre les deux ouvrages dont on
vient de parler , Charles Fontana en
écrivit plusieurs autres , dont on se
contentera d'indiquer les litres: Trat-
tato délie acque correnti , Rome,
169,4 et 1696, in-fol. Descrizione
délia capella del fonte battismale
nella basilica Faticana , Rome ,
1697 , fol. Discorso sopra il monte
Citorio delU Anùo , Rome , 1 708 ,
in-fol. Anlio e sue antichicà , Rome ,
1710, in-fol. Cet homme habile et
laborieux mourut à Rome en 1714 ,
à 80 ans. Deux neveux qu'il eut cul-
tivèrent aussi Tarchitecture, mais sans
s'élever au-dessus de la médiocrité.
Il en fut de même de ses élèves qui ,
à l'exception d'Alexandre Specchi ,
i3,.
196 FON
construclenr d'un assez beau palais
dans la rue du Cours, ne mérilèrent
pas que leur mémoire fût sauvée de
l'onbli. D — T.
FOiNTANA ( François ) , autre ar-
chitecte de la morae famille, et des-
cendant du fameux Dominique Fon-
tana , fut honoré comme lui du titre
de chevalier, et s*illustra par des tra-
vaux du même genre. Il s'était déjà
signalé par plusieurs beaux ouvrages,
lorsqu'il fut chargé en 1705 du trans-
port et de l'érection sur la place du
Monte Citorio, d'une ancienne co-
lonne prise d'abord pour la Columna
Citatoria^ et que Ton reconnut en-
Suite pour la colonne consacrée à la
mémoire d'Antonin - le - Pieux , par
Marc-Aurèle et Lucius Vérus , après
son apothéose : elle est de granit
rouge , de huit palmes de diamètre
et de soixante-sept et demi de haut.
Le piédestal, d'une seule pièce, est
orné de bas -reliefs, dont les mieux
conservés représentent l'apothéose
d'Antonin. L'opération se fit avec
grand appareil et sans accident. Ele-
vée en moins de quatre heures , abais-
sée deux jours après, transportée en
huit jours , la colonne fut mise sur
son piédestal au son des tambours et
des trompettes, et au bruit du ca-
non. François Posterla a publié en
italien le détail de ces travaux dans
trois brochures, dont on peut voir
l'extrait dans les Mémoires de Tré-
voux, d'avril 1706. —- Joseph Fon?
TANA , savant littérateur et médiocre
écrivain, né près de Roveredo en
1759, mort dans cette ville le 29
mars 1788, y exerça la médecine
avec distinction : il avait des connais-
sances étendues dans la géographie
et l'histoire littéraire , civile et ec-
clésiastique de l'Italie. Il a fourni au
Journal de médecine (de Venise), de
bonnes observalions ; l'histoire d'uue
FON
épidémie dont la ville de Roveredo
avait été affligée, etc. Z.
FONTANA (Félix), savant phy-
sicien et naturaliste italien , était né le
i5 avril 1750, a Pomarolo, petit
bourg dû Tyrol. Il commença ses
études à Roveredo , les continua dans
les collèges de Vérone et de Parme ,
et aux universités de Padoue et de Bo-
logne , d'où il se rendit à Rome et à
Florence. L'empereur François I*'. ,
alors grand-duc de Toscane, le nomma
professeur de philosophie à Pise; le
grand - duc Pierre Léopold , depuis
empereur sous le nom de Léopold II ,
le fit venir à Florence , l'attacha
plus particulièrement à sa personne
comme physicien, et le chargea de
former le beau cabinet de physique
et d'histoire naturelle qui fait encore
aujourd'hui l'un des ornements de
Florence. Indépendamment des ma-
chines de physique, d'astronomie, et
du grand nombre d'objets des trois
règnes qui remplissent celte collec-
tion , l'on y voit une immense quan-
tité de préparations en cire coloriée y
offrant, dans le plus grand détail ^
toutes les parties du corps humain^
et les organes les plus déliés qui en-
trent dans leur composition ; prépara-
tions faites sous les yeux de Fontana,
et supérieures pour la plupart à toutes
celles qui avaient été exécutées aupa-
ravant , quoiqu'il n'ait souvent donné
à ses artistes que des gravures pour I
objets d'imitation. Cette grande entre- î
prise lui valut beaucoup de célébrité
parmi les gens du monde , étonnés de
prendre ainsi, sans dégoût, une idée
d'une machine aussi merveilleuse que
la nôtre. L'empereur Joseph II, lors-
qu'il passa à Florence, lui accorda le
titre de chevalier en signe de son ad-
miration , et lui commanda une suite
pareille pour l'académie de chirui'gie
de Viewie ; celte collection y oc-
FON
cupe sept cabinets. Napoléon Buona-
parte lui fit une commande semblable
pour la France; mais les pièces que
lit parvenir Fontana n'ayant pu sup-
porter la comparaison avec celles que
M. Laumonier , de Rouen , avait faites
pour Técoie de me'deciue de Paris,
on les envoya à Montpellier, où elles
sont encore. Outre les pièces anato»
iniques, Fontana a aussi fait exécu-
ter, en cire coloriée, des champi-
gnons, des plantes grasses et d'au-
Ires objets d'histoire naturelle qui ne
Î)euvenl se conserver avec leurs coll-
eurs naturelles. Il avait entrepris,
sur la fin de sa vie, un ouvrage qui
aurait e'té plus e'ionnant si l'on eût
pu l'exécuter comme il l'avait conçu;
c'était une statue de bois, de gran-
deur colossale, susceptible de se de'-
xuonter , et qui aurait offert ainsi
toutes les parties du corps , se déta-
chant et se rattachant dans leur ordre
naturel, en sorte qu'on aurait eu en
quelque façon un moyen de répéter à
chaque instant la dissection d'un or-
gane quelconque. Mais, outre la pro-
digieuse difficulté de sculpter et d'a-
dapter les uns aux autres avec jus-
tesse tant de milliers de petits mor-
ceaux , la propriété qu'a le bois de se
renfler plus ou moins, selon qu'il fait
plus ou moins humide , détraquait
sans cesse toute la machine, malgré
Je vernis dont elle était enduite; et
après la mort de celui qui l'avait ima-
ginée et commencée, l'on a abandonné
ce travail. Fontana est auteur de plu-
sieurs écrits marquants sur la chimie,
la physique et la physiologie. En 1757,
il s'attacha à constater les phénomènes
de l'irritabilité, et confirma plusieurs
des assertions de Haller. Ses lettres
sur cet important sujet sont insérées
dans le 5^ volume des Mémoires de
Haller sur les parties sensibles et ir-
rilahUs, En 1 765, il prouva , par des
FON 197
expériences tiès ingénieuses sur les
mouvements de l'iris, que l'irritabilité
de cette partie de l'œil est dans certains
cas soumise à la volonté ( 06* moti
delV iride , Lucca, in-8°.) En 1767,
il analysa plus profondément la nature
de cette fonction animale ( dans les
Mémoires de Vacadémie des scien-
ces de Sienne, tome MI );; et il dé-
veloppa en détail sa doctrine e^» 1775,
dans un ouvrage en quelque sorte
classique (^Ricerche filosofwhe sopra,
lajisica animale , Florence , 1775,
in-4". , trad. en allemand, avec des
additions et un extrait de l'ouvrage
sur le Poison de la vipère, par
E. B. G. Hebenslreit, Leipzig, 1 786,
in-S**. fig. ), oii il cherche à prouver
que l'influence du nerf sur la fibre
ne doit être considérée que comme
un irritant extérieur. Ses Ricerche
fisiche sopraHl ifeleno délia vipera ,
Lucca, in-S**., avaient aussi paru en
1 767. C'est un recueil immense d'ex-
périences ; on y voit que le venin de
la vipère agit par le moyen du sang
et en détruisant l'irritabilité, et que la
morsure d'une vipère d'Europe, ca-
pable de faire périr de petits animaux,
est insuffisante pour tuer un homme ;
que pour produire cet effet, il faudrait
la réunion des morsures de cinq ou
six de ces reptiles venimeux. Il a fort
étendu le même genre de recherches
dans son Traité sur le venin de la
vipère^ sur les poisons américains ,
sur le laurier-cerise, et sur quelques
autres poisons végétaux; on y a
joint des Observations sur la struc-
ture primitive du corps animal , dif-
férentes expériences sur la repro-*
duction des nerfs , et la description
d'un nouveau canal de Vœil, Flo-
rence, 1781, 1 vol. in-4°. iig.; tra-
duit en alleniand , Berlin, 1787,
2 vol. in-4*'. fig. Fontana y fait con-
naître, entre autres objets importants ^
19$ FON
îes propriétés terribles et singulières
de l'huile et de l'eau distillée de lau-
ïier-ceiise. H a encore donne, soit
séparément, soit dans divers recueils
italiens un frr.nçais , des lettres ou «le
petits écrits , sur les globules du sang,
contre l'opinion d^ jDella Torre qui
ïes croyait creux; sur les vers soli-
taires et sur les vers liydalides qui se
logent dans le cerveau des moulons,
et leur donnent la maladie nom niée
tournis; sur la circulation de la sève
dans les plantes; sur la tremelle d'/i-
danson^ espèce de zoophyte que sa
coukur verte avait fait prendre pour
«ne plante , et qui se meut continuel-
lement; enfin sur les maladies des
lûXéb que Ton appelle ergot, et rouille;
mais il paraît qu'il n'avait pas assez
bien dislingue cis maladies les unes
des autres, ce qui empêcha d'autres
observaîeurs de retrouver toujours
les petits vers eu forme d'anguilles,
qu'i' croyait en être la cause. Ses
Mémoires de chimie remplissent les
recueils du temps. Il prit surtout beau-
coup de part aux recherches sur les
gaz auxquelles GavendishjPriestley et
Jjavoisier avaient donné une si grande
impulsion. On lui doit l'emploi du gaz
nitreux pour mesurer la salubriié de
l'air; et plusieurs physiciens se ser-
vent encore de son eudiomètre, conçu
d'après la découverte de Priestley sur
la propriété qu'a ce gaz d'absorber
l'oxjgène {Descrizionied usi di al-
cuni stromenti per misurar la salu-
hrità delV aria y Fiortnce , 1774,
in-8®.,.et Recherches phjsiques sur
la nature de l'air déphlogistiqué et
de l'air nitreux y Paris, 1776, in-8'*.)
lia particuhèrement observé la faculté
du charbon d'absorber les différentes
espèces d'air. Son dernier ouvrage est
intitulé : Principes raisonnes sur la
génération. Il se proposait , ainsi que
Spallauwfli , de publier un Traite ex
FON
professa, qui eût été infiniment fu-
rieux , sur la résurrection des ani^
maux , à l'occasion du singulier phé-
nomène que présente le RotifèrCy et
qu'il avait cru remarquer d.ms les
anguilles microscopiques du seigle er-
goté. Gibelin a traduit de l'italien en
français plusieurs opuscules de Fon-
tana , sous ce litre : Observations phy-
siques et chimiques y Paris, 1785,
in-8 '. Dans tous ses écrits , Fontana
se montre ingénieux et laborieux ;
mais il n'est pas toujours parfaite-
ment exact, et plusieurs de ses expé-
riences ont besoin d'être revues avant
qu'on puisse les employer comme bases
de doctrine. Il avait fait en France et
en Italie un voyage scientifique qui
l'avait lié avec les principaux savants
de ces deux pays. Sa place de direc-
teur du Musée le mettait d'ailleurs en
rapport avec tous les étrangers de
marque qui passaient à Florence. Sui^
vanl un usage commun eu Italie,
il portail l'hibit ecclésiastique, et éiail
fort répandu dans la société ; mais on
dit qu'il n'y conservait pas toujours
la dignité convenable à un savant.
Quoique , à l'époque de la première
occupation de la Toscane par les
Français en 1799, il n'eût point pris
de part directe ^|Btç affaires, les défé-
rences que les généraux lui témoi-
gnèrent , lui firent courir quelques
risques au retour des Auiricbicns , et
les insurgés d'Arezzo, qui les précé-
dèrent à Florence, le jetèrent en pri-
son ; mais il fut promptement mis en
liberté. Une chute qu'il éprouva dans
la rue le 1 1 janvier i8o5, le fi» lan-
guir jusqu'au 9 mars suivant, qu'il
mourut à Tage de 75 ans. Il est en-
terré dans la célèbre église de Ste.-
Croix, ou reposent tant de grands
hommes; et sa tombe est voisine de
celles de Galilée et de Viviani. M. Jo-
seph Mangili, professeur à Pavic, 4
FON
prononcé son éloge, à la rentrée de
celte université , le 12 novembre
i8i2. G— V— R.
FONTANÂ ( Le P. Grégoire),
•célèbre mathématicien italien , frère
du précédent, né à Villa de No-
garola, près de Roveredo, dans le
Tyrol, le 7 décembre 1735, com-
mença SCS études en cette ville, et
alla les continuer à Rome, où il s'en-
gagea dans l'ordre des Ecoles-Pies,
et s'y fit bientôt distinguer par ses
talents. Ses supérieurs lui confièrent
une partie de l'enseignement dans
leur collège romain, appelé Naza-
renOj et l'envoyèrent peu de temps
après comme professeur public à Si-
nigaglia ; il s'y lia très intimement
avec le marquis Jules Fagnani , qui
cultivait les mathématiques avec suc-
cès , et qui lui inspira le goût de cette
science , vers laquelle dès - lors il
tourna -entièrement son génie. On le
^t passer ensuite à Bologne , où il ne
tarda pas d'avoir des rapports d'ami-
tié avec les savants de cette ville. 11
n'y resta pas long-temps , parce qu'on
voulut l'avoir à Milan pour profes-
seur de philosophie et de mathémati-
ques dans les écoles Pies qui venaient
d'y être établies. Le comte de Firmian ,
cet illustre Mécène de la Lombardie,
conçut pour lui une grande estime ,
et même une afifection distinguée. Les
premiers ouvrages de Fontana, ayant
été publiés en cette circonstance, le
firent juger digne d'aller occuper dans
l'université de Pavie ( en 1 763 ) la
chaire de logique et de métaphysi-
que ; et le comte de Firmian le nomma
€n même temps directeur de la bi-
bliothèque dont il allait enrichir cette
université. Ce fut sous Fontana qu'elle
acquit son existence et la majeure par-
tie de ses richesses. Il conserva cette
charge lorsque cinq ans après il fut
promu à la chaire des hautes malhé-
FON 199
matiques , vacante par la mort du fa-
meux Boscovich ; et il la remplit avec
distinction pendant environ trente
ans. Les nombreux ouvrages, tant la-
tins qu'italiens , qu'il donna au pu-
blic pendant cet espace de temps, et
les Mémoires qu'il envoya à diverses
académies, le firent connaître, non
seulement en Italie, mais encore dans
toute l'Europe savante. Son zèle pour
la propagation de sa science favo-
rite alla jusqu'à le faire descendre au
travail aride des traductions, quand il
voyait paraître dans l'étranger des
ouvrages qui pouvaient en faciliter
l'étude à la jeunesse. Quoique labo-
rieux et infatigable, il n'entreprit nu-
cun grand ouvrage; l'ardeur K l'ins-
tabilité de son génie ne purent le lui
permettre : mais le nombre de ses
écrits paraîtrait surprenant si l'on ne
savait qa*il ne sortait de son cabinet
que pour monter dans sa chaire de
professeur, aux devoirs de laquelle
il fut toujours scrupuleusement fi-
dèle. Sa société se bornait à un petit
nombre d'amis qui venaient le visi-
ter , et qui tous étaient des hommes
éminents en savoir. Il trouvait encore
du loisir pour lire tout ce qui parais-
sait de nouveau en littérature , soit en
Italie, soit dans l'étranger, et pour
entretenir une nombreuse correspon-
dance épislolaire avec presque tous
les savants de l'Europe. Il eut aussi
le temps d'écrire à la marge de tous
les livres de sa bibliothèque particu-
lière une immensité d'apostilles qui
les font rechercher aujourd'hui. Vers
1 795 , la santé de Fontana s'altéra
notablement par suite de ses travaux
plus encore que par les progrès de
l'âge; et les médecins l'obligèrent à
sortir souvent de chez lui, pour res-
pirer h la promenade un air plus li*
bre et plus pur que celui de sa cham-
bre. Lorsqu'en 1 796; Buonaparte vint
aoo FON
en Italie comme général en clicf de
Tarme'c française, il crut devoir té-
moigner beaucoup de conside'ration
et même de confiance à notre malhe'-
roalicien , qu*il fit nommer membre
du corps législatif de la naissante ré-
publique cisalpine. Après la victoire
de Marengo, en 1800, Fontana,
déjà professeur èmérite de l'univer-
sité, vint chercher le repos à Milan.
A la nouvelle organisation de la ré-
publique italienne, Tontana devint
membre du collège électoral de' Dotli.
Une fièvre ardente le surprit au mi-
lieu de ses travaux littéraires, et ilmou>
rut à Milan le 24^0111 i8o5, léguant
tons ses manuscrits à son frère Félix,
qui le suivit de près dans la tombe.
Celui-ci, qui ne laissa guère plus de
fortune que le P. Grégoire Fontana ,
institua néanmoins pour son héritière
leur sœur , qui, resiée dans le célibat ,
n'avait qu'eux pour ressource. Bien-
tôt réduite à la misère dans un âge
très avancé, et douée d'une imagina-
tion vive, qui lui rendait sa situation
Insupportable, elle alla presque de
sang-froid se noyer dans le canal na-
vigable de riutérie4ir de la ville de
Milan qu'elle habitait sous le règne de
Napoléon et le gouvcrncmcot de son
vice-roi : on ne leur avait point fait
songer à honorer , par des bienfaits ,
ep la personne de M^^". Fontana , la
mémoire de deux savants qui avaient
fait tant d'honneur à l'Italie. Les ou-
vrages imprimés de Grégoire sont en
grand nombre : I. Sept Disserta-
lions ou Opuscules académiques en
latin ou en italien sur diverses ques-
tions de physique , d'hydrodynami-
que, etc., dont nous citerons seule-
ment ses uinalyseos sublimions
opuscula y Venise, 1763, et ses
Mtmorie matematiche , Pavie, 1 796,
in-4**. II. Quinze Mémoires dans la
coilccûon de l'académie de Sienne.
FON
III. Dix sept dans les Memorie di
Matematica e Fisica délia società
italiana délie scienze. Un des plus
curieux est le Mémoire sulla mac-
china a specchi di M. de Buffon , e
sulla luce che da uno specchio piano
circolare viene ripercossa sopra
uno spazio circolare dato. IV. Cinq
Mémoires dans la collection de l'aca-
démie de Turin ( 1802). V. Cinq au-
tres dans la Bihlioteca fisica d'Eu-
ropa, VI. Quatre dans le Journal
physico-médical de Pavie : un des
plus importants , intitulé , Discorso
sopra un problema ottico astrono-
mico relalivo alla forza amplifia
cata dai telescopii di fferschel , se
trouve encore au tome XV de la Rac-
colta di opuscoli y imprimée à Milan
par Joseph Marelli. VU. Il a tra-
duit en italien \^ Hydrodynamique et
d'autres ouvrages mathcmatiqijes de
l'abbé Bossut, Sienne, 1779. Parmi
ses autres traductions on distingue
son Compendio di un corso di le-
zioni di Fisica sperimentale del si"
gnor Giorgio Alvood ad uso del
collegio délia Trinità, Pavie, 1781.
C'est dans les notes qu'il ajouta à ce
cours de physique expérimentale qu'ail
hasarda cette singulière proposition,
xjui fut réfutée en plusieurs écrits , et
notamment dans un Appendice mis
à la réimpression faite à Plaisance, en
1799, de la Logique de Condillac :
« Si dix indices concourent sur la
» culpabihlé ou l'innocence d'un ac-
» cusé, et qu'il résulte de chacun
» d'eux que l'innocence est plus pro-
» bable que la culpabilité, cette cul-
» pabilité que l'on cherche sera cin-
» quante fois plus probable que l'in-
» noccnce. » Vlli. Saggio di una
difesa délia divina rivclazionc di
Leonardo Eulero tradottodall'idio-
ma tedesco, colVaggiunta delVesa-
me deWargomenio dedotto dall'ab'
FON
breviamento àeltanno solare e^pîa-
netario y Pavie, «777- IX. Disser-
tazione di Gian-Lorenzo Mobheim
sopra l'opéra di Origene contro
Celso , con copiose annotazioni dtl
traduttore , Pavie, l'i'jS, X. Sag-
gio sopra i principu délia compo-
sizione storica e loro apylicazione
aile opère di Tacilo del signer
Giovanni ffill, tradotto daW in-
glese y con un appendice dtl tradut-
tore, Pa^ie, 1789. XI. Discorso
preliminare agli atli i4Îella società
Lineana di Londra, suW origine e
progressa délia sioria naUiraîe ^ e
più parlicolarmente delln hoinnica
del signor Jacopo Odoardo Smith ,
tradotto fedelmente dalV inglese ,
con note, Pnvie, i79'2. Xll. Ser-
mone sul martirio del re Carlo 1 ,
detto nella chiesa di 5. Patrizio
di Duhlino^ il 3o sennajo ^ 17*^6,
dal dottor Gionatà Swift ^ decajio
di detta chiesa, Pavie, 1790 (ij.
XllI. V esempio délia Francia, av-
viso e specchio alV Inghilterra , di
Arturo Young scudiere , membro
délia società reale , con note, Pa-
vie , 1 794. On a encore de Gre'-
goire FoDtana quelques ouvrages im-
prime's sans sa pai licipation , tels que
La Dottrina degli azzardi appli-
cata ai problemi délia probahilità
délia vita , délie pensioni , etc. di
Abram Moïvre ^ Pavie, 1776,
iu-8 ., de 195 pag. Celte traduction ,
enrichie de notes savantes et cu-
rieuses, est d'autant plus importante
que l'ouvrage de Moivre n'a point été
traduit en français; la version qu'en
faisait espérer l'illustre Lagrange
ji'a pas paru. Fonlana y a joint une
notice par ordre chronologique de
tous les ouvrages ou mémoires sur
(i) Cette traduction et la suivante furent faite»
et publiées à l'occasioa de Tatroce immolatiua de
Louis X.V1.
FON 20f
les calculs de mortalité' depuis les
observations de Giaunt, publiées eu
1 66'2 ( /^or. Graunt), jai^qu'à la
dissertation fie M. Zeviani sur la mor-
talité des enfants , Vérone , 1775.
( Vojez ]e' Journal des savants »
mars, 1 777O Outre ces diverses rom-
posilions ou traductions, le P. Fon-
tana a fourni des notes tt des addi-
tions importantes à un grand nombre
d'ouvrages de physique ou de ma-
thématiques publiés de sou temps ea
Italie. G — n.
FONTANA (Le P. Mariano), ma-
thématicien d'Italie , mort le 18 no-
vembre 180H, était né de parents
obscurs dans la petite ville de Casal-
raag-iiore , en 1 746, les uns disent le
i5 janvier, les autres, avec plus de
vraisembl.<nce,le 18 février. A 16 ans
il entra dans la congrégation des clercs
réguliers de Sainl-Paul , appelés Bar-
nabites , à cause de l'église de Saint-
Barnabe dans laquelle ils s'étaient
étr-blis à Milan, dès leur origine. Ses
progrès brillants et rapides dans leurs
écoles en cette ville, annoncèrent un
beau talent : on l'envoya, en 1771 ,
professer la philosophie dans le collège
public de Sainte-Lucie à Bologne. Il
acquit, dans cette chaire, une répu^-
tation qui îe fit connaître en d'autres
p.'iys. Le grand-duc de Toscane, Léo-
pold , l'appela àLivourne pour y en-
seigner la même science. Mais le comte
de Firmian, plénipotentiaire de l'em-
pereur près le gouvernement général
de la Lombardie , y ramena bientôt
Fontana, en flattant son goût particu-
lier pour les mathématiques , dont il
le nomma professeur pour le collège
de Mantoue, en 1 780. Celui-ci accepta
d'autant plus volontiers , que la na-
ture l'avait , en quelque sorte , créé
pour être mathématicien. Lorsqu'après
la restauration des éludes de Pavie, le
comte de Yiizech , qui avait succédé
201 FON
au comte de Firmiaii, s'occupa défaire
revivre les bonnes études à Milan ,
il y appela Foutana pour enseigner,
dans le célèbre collège de la Brëra, les
mathématiques appliquées à la méca-
nique et à la statique.. Ce fut alors
qu'il composa son cours de dynami-
que , qui servait de texte à ses leçons
publiques. L'université de Pavie ayant
besoin d'un professeur des mathéma-
tiques appliquées à la mécauique, etc. ,
Fontana fut nommé à cette chaire en
1 785: il passa ensuite à celle de géo-
métrie et d'algèbre, par suite de quel-
ques tracasseries j et il continua d'en-
seigner en cette université , jusqu'en
i8o2, oii, ayant droit à la pension
d'émérite , il se retira à Milan , dans
le couvent de Saint- Barnabe, et c'est
là qu'il finit paisiblement ses jours.
Sa passion pour les mathématiques
ne le détourna jamais de ses devoirs
de religieux; elle ne l'empêcha pas
même de se livrer au goût qu'il avait
pour d'autres études et pour les arts.
11 s'était formé une bibliothèque pré-
cieuse, et possédait de vastes connais-
sances en bibliographie. 11 avait , en
outre , recueilli un grand nombre de
cartons de grands peintres; et il avait
tellement étudié leurs manières diver-
ses, qu'il était en état de fixer les
incertitudes des artistes mêmes dans
l'attribution d'un tableau à tel grand
maître plutôt qu'à tel autre. Cet avan-
tage, ainsi que celut d'être très versé
dans l'histoire de l'art , le rendirent
souvent l'oracle de ceux qui cultivent
la peinture. Il montra fréquemment
qu'il s'était aussi adonne à l'étude de
J'anatomie ; et c'était lors des thèses
publiques des professeurs de cette
science,qu'il venait argumenter comme
s'il eût été l'un d'entre eux. Plusieurs
académies , tant étrangères qu'ita-
liennes , se l'étaient associé ; il devint
inembre de Tinsiilut national des scicn-
FON
ces , lettres et arts du royaume d'Ita-
lie , où il était , en outre , du collège
électoral des Dotti. Son principal ou-
vrage imprimé est son Corso di di-
namica , 3 vol. ou parties in-4", Pavie,
1 790 , 1 792 et 1 795. Les Mti de cet
institut national offrent , dans la 1^,
partie de leur premier volume, donné
au public en 1 806 , un Mémoire par
lequel Mariano Fontana essaya de ré-
futer le Tra ité analytique de la résis-
tance des solides d'égale résistance y
etc., publié à Paris en 1 798 par M.Gi-
rard, ingénieur des ponts et chaussées;
et dans le tome second, des Osservor
zioni storiche sopra Varitmetica di
Francesco Maurolico. \\rèsw\ie de ces
observations historiques , que ce fut
ce mathématicien de Messine , à peine
nommé dans l'histoire des mathéma-
tiques, qui , au 1 6". siècle , introduisit
dans les calculs , au lieu de chiffres ,
des signes plus généraux et les lettres
de l'alphabet, et que c'est lui qui a
fixé les premières règles de l'algo-
rithme algébrique. On aurait dit que
Mariano Fontana craignait que les
modernes ne s'enorgueillissent trop
de leurs découvertes ; car il chercha
plus d'une fois à prouver que ce
qu'ils inventaient, l'avait été en des
temps antérieurs. C'est ainsi qu'il fait
honneur aux anciens de plusieurs des
méthodes que sou ami Mascheroui
avait publiées comme neuves dans sa
Géométrie du compas; et il fait voir
que le plan même de cet ouvrage
n'élait pas nouveau, ayant déjà été
donné depuis long- temps par J.-B,
de' Benedetti , dans un petit livre qui
a pour titre : Resolutio omnium Eu-
clidis problematum aliorumque ad
lioc necessariè inventorum^ und tan-
tummodo circini datd aperlard , per
Joannem Baptistam de Benedictis
inventa , Venise , 1 555, npud Barthi
Cœsanum, G — v*
FON
FONTANELLE ( Jean-Gaspard
DUBOIS), ne à Grenoble ie 29 oc-
tobre 1757, consacra sa vie aux
lettres et à la philosophie ; il coopéra à
diverses entreprises Ulte'raircs , et fut ,
pen'lant la révolution, professeur eux
écoles centrales du départeme)it de
l'Isère. Il est mort le 1 5 février 1812.
Ses ouvrages sont : I. Le Connais-
seur , comédie en aenx actes et en
vers, 1 762 , in-8'. IL Le bon Mari,
coiuédi ' «n un acte et en vers , 1765,
in-8". IIL aventures philosophi-
ques^ »7'^5, in- 12. IV. Pierre-le-
Grand , tragédie , non représentée ,
1766 , in -8°. V. Métamorphoses
tVOi^ide , traduction nouvelle, 1 766,
ù, vol. in -8'.; 1778 , 2 vol. in- 12;
1 780 , 2 vol. in-j 2 ; et avec des no-
tes, 1802, 4 vol. in-80.; 1806, 2
vol. in - 1 2. Le traducteur a suivi le
texte de Jouvency. Sa traduction an-
nonce une plume sinon aussi élégante
que celle de l'abbé Banier, du moins
pins exacte. VI. Ericie ou la Ves-
tale , drame eu 5 a 'tes, 1 76B , in-b"". ,
pièce dirigée contre le fanatisme reli-
gieux et les vœux monastiques. M. Sa-
batier y trouve quelques pensées trop
hardies; mais il la regarde comme su-
périeure à la Mélanie de Laharpe.
L'onvrage de Fontanelle occasionna
dans le temps un grand scandale ;
Marin, censeur royal , ayant refuse'
son approbation à ce drame, le lieu-
ten^uit de police envoya li pièce à l'ar-
chevêque de Paris , ef défense fut faite
à l'auteur de la faire imprimer. Ericie
fut bientôt mise au jour et recherchée
avidement ; et de malheureux col-
porteurs , convaincus d'en avoir ven-
du (les exemplaiies, furent condamnés
à la marque et aux galères. Le 19 ^^oût
1789, Ericie fut représentée sur le
théâtre français. Dix ans après , Tau-
teur donna une nouvelle édition de son
diamc, Grenoble, i799,in-8% VIL
FON 205
Essai sur le Feu sacré et les Vesta-
les, 1768, in-8^ VIII. Vie de P.
Arelinetde Tassoni\, 1768, in- 12.
IX. Effets desPassions, ou Mémoires
de M. de Floricourt, 1768, 5 vol.
in • 1 2 , réimprimés en 1 782 . <ous Ip
second titre seulement. X. Naufrage
et A\fentures de Pierre Fiaud ,
1768, ^770, 1780 , in-12, très sou-
vent réimprimé; ouvrage devenu po-
pulaire. aT. Anecdotes africaines ,
depuis r origine ou la découverte des
royaumes qui composent V Afrique
jusquà nos jours ^ 1775, in-8''. XII.
LoredaUy tragédie en 4actes,joueV
sans succès, 177S, in - 8". XIII.
Vezins^ drame en 3 actes, 1779,
in -8". XIV. Contes philosophiques
et moraux y 1779, 2 vol. in 18. XV.
Nouveaux Mélanges sur différents
sujets, contenant des essais drama-
tiques , philosophiques et littéraires,
1781, 5 vol. in-8^ XVL Théâtre
et œuvres philosophiques, égayés de
contes nouveaux dans plus d'un gen-
re , 1785, in-8''. XVII. Anna y ou
V Héritière galloise, traduit de l'an-
glais, 1788, 4 ^'ol. in-12. XVIIÎ.
Clara et Emmeline , par miss H,
( Helme ) , trad. de l'anglais , 1 788 , 2
vol. in- 1 2. XIX. Etat actuel de V em-
pire othoman, par Ali Ahesci, qui a
résidé plusieurs années à Consianti-
nople , attaché au service du grand-,
seigneur, trad. de l'anglais, 1 79 1 -93,
2 vol. in-8". XX. Cours de belles-
lettres , 1 8 1 3 , 4 V. in-8". , publié par
M. llenauldon, petit-fils del'auteur ; cet
ouvrage est plus élémentaire et moins
diffus que celui de Laharpe , et moins
sec que celui de Batteux. Fontanelle
avait entrepris une Histoire univer-
selle ancienne; on en commença l'im-
pression en 1769 , mais il ne paraît
pas qu'on l'ait continuée. Il a travaillé
à la Gazette universelle de politique
et de littérature , de Deux - Ponts ,
îio4 F 0 N
depuis son établissement en 1770 ,
jusqu'au i". juin 1776 : il a fait de-
puis 1 7';6 la partie politique du Jour-
jiaI de politique et de littérature , de
Pt^nckoucke, dont Laharpe rédigeait la
partie littérairej de I7'j8 à 1784, la
partie politique du Mercure de Fran^
ce: en juin 1784, il était rédacteur
de la Gazette de France, A .B — t.
FONTANELLI (Alphonse), na-
quit en i557 a Reggio , en Lombar-
die, fut, très jeune encore, associé à
l'académie des Politici , et Ton ap-
prend par un sonnet de Vitriani , qp'il
présidait cette compagnie en i58o.
Alphonse d'Esté le nomma l'un de
ses chambellans, l'envoya , en i584,
complimenter le nouveau doge de Ve-
nise sur son élection , et l'honora de
plusieurs autres missions de confiance.
Le successeur d'Alplionse le nomma
son ambassadeur à Kome, puis en
Espagne , ou il demeura plusieurs an-
nées, et pour le récompenser de ses
services , lui fit don d'une terre consi-
dérable, qu'il érigea en marquisat en
1619. Mais ni l'estime que lui té-
moignait son souverain , ni les mar-
ques de satisfaction qu'il venait d'en
recevoir , ne purent détourner Fon-
tanelli de la résolution qu'il avait for-
mée de renoncer au monde : il fit part
de !>on projet au duc de Ferrare , qui
consentit avec peine à le laisser s'é-
loigner, et il se rendit à Rome. Avant
d'entrer dans les ordres, il résigna
ses titres, et fit une donation géné-
rale de ses biens à son frère. Depuis
ce moment , livré au:^ exercices de la
piété la plus fervente, il ne s'occupa
plus que de l'affaire importante de son
salu'. Les austérités auxquelles il s'é-
tait condamné, affaiblirent sa santé ; il
tomba malade , et mourut deux ans
après avoir quitté la cour , le 1 1 fé-
vrier 1621. On a de lui : I. Oratio
in ecclesid D, Prosperi habita in
FON
ejus diefesto 7 cal. jul. 1570, Rog-
gio, in -4". Ce discours , supérieur à
ce que l'on pouvait attendre d'un au-
teur de treize ans, a été réimprimé
dans les Notizie délia f ami glia Fon-
ianelli. IL Quelques pièces de poé-
sies, des Harangues, des Lettres en
mauuscrit. W — s.
FONTANELLI ( Alphot^se - Vin-
cent, marquis de), de la même fa-
mdle que le précédent, né à Reggio
en 1706, fit ses premières études au
collège de Modène, et il y fit de tels
progrès qu'à l'âge de dix-huit ans,
outre l'hébreu , le grec et le latin, il
possédait les principales langues de
TEuropc. Son éducation terminée, il
visita la France, l'Angleterre, la Hol-
lande et l'Allemagne, ajoutant chaque
jour à ses connaissances par la lec-
ture des meilleurs ouvi-ages , Tins- •
peclion des monuments et la conver-
sation des savants les plus distin-
gués. Il parcourut ensuite l'Italie, et
après une absence de plusieurs an-
nées , il revint au sein de sa famille se
délasser de ses fatigues et former de
nouveaux projets. A peine était-il de
retour que le duc de Modcne l'ho-^
nora du titre de son conseiller in-
time. Fontanelli fut envoyé en Alle-
magne en 1754, et l'aniée suivante
en France, où il fut chargé de né-
gociations importantes qu'il eut le
bonheur de terminer avantageuse-
ment. Il fut nommé en 1 740 colonel
du régiment de la Mirandole , ea
1741 gouverneur du duché de Massa-
Carrara ; et lorsque les événements
de la guerre déterminèrent le duc de
Modène à quitter ses états , il nomma
Fontanelli membre de la junte qu'il
établit pour gouverner pendant son
absence. Chargé de fonctions si inté-
ressantes , et qui semblaient devoir
l'occuper tout entier, Fontanelli trou-
vait cependant le loisir de cultiver U
FON
lilleralure et les sciences. Sa Biblio-
thèque, aussi précieuse par le nom-
bre que par le choix des voUimes ,
c'iait ouverte aux personnes qu'il
réunissait plusieurs fois chaque se-
maine , pour discuter ensemble des
matières de physique et d'érudition.
C'est dans cette assemblée que fu-
rent conçus plusieurs projets utiles
que Fontinelli fit exécuter. On lui
doit riJe'e de la route pratiquée dans
les Apennins, et qui communique en
ligue directe de Modène à Massa, la
conslruttion du magnifique arsenal
de JModèiie , et la plupart des embel-
lissements qu'a reçus cette capitale
dans le siècle dernier. Cet excellent
citoyen mourut à Modène le 5 dé-
cembre 1777; et son corps fut in-
liuiuf' dans l'église de Marziglia, où
ou lit son ëpitaphe. Fontaneili était
membre de presque toutes les acadé-
mies d'ItaUe ; et peu de personnes ont
mieux mérité cet honneur. Outre plu-
sieurs pièces de poésie insérées dans
les tecuc'jls du temps, ou a de lui :
I. Des Cantates. II. Des Traduc-
tions en prose dLAlzire , de Maho-
met, de Brulus et de Zaïre, tragé-
dies de Voltaire ; du Gustave de
Piron , et du Mahomet II de La-
noue. Ces difTérenles traductions ont
été imprimées ; mais il en a laissé
un plus grand nombre en manus-
crit, lll. Trattato délia falsità de-
gUoracoli antichi IV. Nuovo piano
per la scella e formazione délie
truppi nazionali di S. A, S., 'i vol.
in-fol. V. Poésie raccolte nel 1777,
in-fol. VI. Une Réfutation du livre
de l'Esprit, Tous ces ouvrages sont
conservés dans la famille de l'auteur.
— FoNTANELLi ( Alphonse-Frau-
çois), né à Bologne le 20 décembre
J721, mort à Reggio le 1 5 juin 1782,
est auteur de la Descrizione d'alcunî
discendenti di Giacomo 0 Giacohi-
FON
205
no seniore da Fontanella di Reg-
gio in Lombardia , Reggio, 1775,
in-4'*. On trouvera dans cet ouvrage,
dont Tiraboschi loue l'exactitude, de
grands détails sur les personnages dis-
tingués qui sont sortis de cette illustre
famille. W — s.
FONTANES ( jEAN-PlERRE-MAa-
CELLiN DE ), ne' à Genève en 17^11 ,
mort à Nantes , au mois de novembre
1774, descendait d'une famille con-
nue , aux environs d'Alais , depuis
plusieurs siècles. Ses ancêtres avaient
embrassé la religion prétendue réfor-
mée ; et son aïeul , zélé calviniste ,
s'était expatrié dans les dernières an-
nées du règne de Louis XIV. Sou
père revint en France , à l'époque du
ministère de M. Orry, dont il était
connu : il espérait que, sous des lois
plus douces, il recouvrerait quelques
débris du patrimoine de sa famille.
Ses espérances furent trompées. En-
tièrement dépourvu de fortune , il
accepta une place d'inspecteur des
manufactures dans le Bas-Languedoc.
Le fi!s ( Jcan-Pierre-Marcellin ), dont
il est ici question, suivit la même car-
rière. H se maria à St.Gaudcns, avec
M^'^. de Scde, nièce du marquis de
Fourquevaux. Un triste succès , dans
une aiï'aire d'honneur, lui fit deman-
der son déplacement pour le Poitou.
Il se fit connaître dans celle province
par des établissements utiles j et il
y a laissé une mémoire honorable.
C'est à lui qu'on y doit , eu grande
partie , le défrichement de plusieurs
terrains stériles , connus sous le nora
de Lais-de-Mer. Il y a fort encou-
ragé la culture et les pépinières de
garance. Il a fourni des Mémoires
estimés à diverses sociétés d'agricul-
ture; quelques-uns de ces mérôoîres
ont paru dans les Éphémérides du
Citoyen , journal dont Voltaire parle
avec éloîe. Jeau de Fontanes eut deux
XV.
2ÔÔ
FON
fils : laine , mort à ai ans , s'était
fait connaître par des essais poétiques
qui donnaient de grandes espérances;
le second vit encore. C'est celui qu'on
a vu naguère président du corps lé-
gislatif et grand-maître de l'université ,
et qui est aujourd'hui pair de France
et ministre d'état. Z*
FONIANEY ( Jean de ), jésuite
français , et missionnaire à la Chine ,
fut désigne , en i684 , par Cassini , à
Colbert , d'après l'intenliou où était ce
ministre , ami des arts , d'envoyer k
la Chine et aux Indes des hommes ca-
pables d'y faire des observations uliles
aux sciences en général , et à l'astro-
nomie en particulier, en même temps
qu'ils y porteraient le christianisme.
( Voy, Bouvet. ) Le P. Fonlaney
avait jusqu'alors enseigné les mathé-
matiques dans le collège des jésuites
de Paris, où il s'occupait aussi d'as-
tronomie (i). Il mit le plus grand
empressement à une entreprise qui
favorisait également son zèle et son
goût pour l'élude. Cependant , le
voyage fut différé de près de deux
ans; mais au mois de mars i685 , le
P. Fontaney, accompagné des PP.
Tachard, GerbiUon , Lecomte , Vis-
delou et Bouvet, tous illustrés depuis
par leurs talents et leurs ouvrages ,
partit de Brest avec des instructions
spéciales de l'académie des sciences,
qui l'avait élu, lui et ses compagnons,
comme correspondants. Ce fut-là le
premier noyau de cette mission fran-
cise de la Chine, si célèbre pendant
plus de cent ans , et dont les mem-
bres ont tant contribué à faire con-
\i\ Ce<t le P. FonUney qui avait publié , en
1674, le Planisuhcre ou Globe céleste, en «ix
fenillci, du P. de Pardlea, Tua des plua compieU
ou'on eut «lor» ( Voy Pxrdiii ). L'abbé de
Choiiy écrivait, en date du i3 mars i6i^5 : « I-es
r Carte» attronomiquei du F Pardiei, auxquelles
» le P. Fontaney a beaucoup dr part, nous ont fait
» grand plaisir C'est lui qui les a revues , corri-
» gées, augmentées et r»il imprimer. » ^Journal
ou Suit€ du yojage d< Hinm , p, »a.)
FON
na*treles contrées orientales de l'Asie.
Des observations astronomiques , fai-
tes au-delà de l'équateur , furent le
premier tribut envoyé par le P. de
Fontaney.Plusicurs de ses observations
sont consignées dan:> le Voyage du P.
Geibillon , et on peut les voir au tome
H de la compilation de Du Halde. Les
missionnaires avaient dirigé leur route
par le royaume de Siam , où ils arri-
vèrent en septembre 1 685 ; et ce fut
là que le P. Fontaney observa , comme
il en était convenu avec Cassini avant
son dépnrt , une éclipse totale de
lune, qui pouvait ê:re d'une grande
utilité pour la détermination des lor-
gitudes. Au mois de juillet 1686, les
missionnaires partirent de Siam pour
Macao ; mais l'inhabileté de leur pi-
lote , et la difficulté de la navigation
dans ces mers orageuses et peu con-
nues alors , ne permirent pas qu'ils
y arrivassent : ils se virent donc con-
traints de revenir à Siam , où ils appri-
rent que les Portugais s'opposaient lU
passage des missionnaii es , de Ma-
cao à la Chine. Ce fut pour eux un
motif de prendre une autre route; et'
à leur second départ , le 1 9 juin 1 687 ,
ils s'embarquèrent sur un vaisseau
chinois qui allaita JYingpIio , dans la
province de Tche-Kiang , où ils arri»
vèrent le '23 juillet suivant , deux ?ns
et demi après leur départ de France.
Environ trois mois après , ils furent
appelés à Péking par ordre de l'empe-
reur. Le P. Fontaney n'y demeura pas
long-temps : il se rendit à Kian^-
ning, ou Nanking , au mois de mai
1688, et fixa dans cette yille le siège
de ses travaux apostoliques. Il y resta
plus de deux ans , occupé , dans la
compagnie du P. Gabiani , à prêcher
la foi, et à instruire les chrétiens. Les
Portugais de M.<cao coulinuaient à
chercher les moyens de nuire aux
raissionnairci de la Chine, et à intcr-
FOÏÎ
cepter même les livres et Targent
qu'on leur faisait passer d'Europe.
Cela obligea le P. Fontaney de faire
un voyage à Canton, pour chercher à
obtenir justice. Il y retourna de nou-
veau sur la fin de 1692 ; mais il fut
bientôt après mandé à Pékiug , où
l'empereur donna à lui et à ses com-
pagnons , une maison dans la pre-
mière enceinte de son palais, pour
les récompenser des remèdes euro-
péens qu'il avait reçus d'eux , et aux-
quels il devait d'être délivré d'une ma-
ladie qui avait résisté aux cfiorts
combinés des Bonzes et des méde-
cins chinois. Il paraît que le P. Fon-
taney resta dans celte capitale jusqu'à
l'année 1699, ^^ ^^ ^^ ^^ premier
voyage en Europe. Il revint en Chine
au milieu de 1701 , et demeura dans
le port de Tcheou-chan^ à dix-huit
lieues de Ning-pho. Il en repartit le
1". mars 1703, sur un vaisseau an-
glais, qui l'amena à Londres. H était
dans cette ville au mois de janvier
1 704. Le but de ces voyages était de
rendre compte à ses supérieurs de
l'état des jésuites en Chine, et de
prendre différents arrangements, re-
latifs à la mission. L'époque de son
retour en Chine ne nous est pas connue;
mais on snt qu'il revint en France au
mois d'octobre 1720. Dans ses pre-
miers voyages, il avait apporté plu-
îiieurs livres chinois , qui sont du
nombre des premiers qu'ait possé-
dés la bibliothèque du roi. Dans le
dernier, il fit présent à cet établisse-
ment d'un dictionnaire Mandchou, en
douze volumes , qui est très proba-
blement le premier ouvrage en cette
langue qu'on y ait vu. Nous n'avons pu
découvrir l'indication de l'époque, du
lieu et des circonstances de la mort
du P. Fontaney. Ce missionnaire est
plus recormraandable par le zèle infa-
ti|;able avec lequel il a rempli sa car-
FQN 207
rière apostolique, que par seâ tra-
vaux littéraires. Ou a de lui deux
lettres insérées dans les tomes VU et
VIII des Lettres édifiantes. La pre-
mière est assez intéressante; l'autre
n'offre guère que le re'cit de quelques
contestations entre les missionnaires
des différents ordres qui se trouvaient
h la Chine. Le P. Fontaney a aussi
fourni quelques Mémoires à la com-
pilation de Du Halde. A. R — t.
FONTANGES(Marie-Angelique
ScoRAiLLE DE RoussiLLE , duchesse
de), née en 1661, d'une ancienne
famille de Rouergue, fut placée comme
fille d'honneur auprès de Madame.
On prétend que dès l'enfance ses
parents l'avaient destinée à plaire au
roi. Lorsque M^^". de Fontanges pa-
rut à la cour , la passion de Louis XI V
pour M™"", de Montespan était sai-
son déchn. La hauteur , les vio-
lences et les inégalités du caractère
de cette dame l'affaiblissaient chaque
jour. M"*'', de Montespan qui , à cette
e'poque, redoutait plus M"*", de Main-
tenon que toutes les beautés de la
cour, vanta elle-même au roi les char-
mes de M^^^. de Fontanges, qu'elle
appelait une statue provinciale. Mal-
gré ces moqueries, le roi fut frappe
de l'éclatante beauté de cette jeune per-
sonne; il la loua, l'admira, et en fut
bientôt vivement épris. M^^*". de Fon-
tanges n'avait pas autant d'esprit que
de beauté ; elle ne fit pas acheter sa
conquête par une longue poursuite»
Déclarée maîtresse , elle jouit" de sa
faveur avec autant d'aviditéque si elle
avait pressenti combien son règne de-
vait être court. M'"*', de Montespaa
s'alarma de cette nouvelle passion;
mais ses efforts pour l'affaiblir , fu-
rent inutiles. Malgré son peu d'esprit,
M^^^. de Fontanges eut une grande in-
fluence dans les affaires , devint la dis-
pensatrice de toutes les grâces et l'ob-
2o8 FON
jet des adorations de la cour. La pw-
digalite faisait le fond de son caractère.
Elle s'y livra toute entière ; elle dépensa
cent mille cous par mois, fit des dettes,
et s'étonna que cette dépense parût ex-
traordinaire. On aurait dit qu'elle se
jiatait de remplir sa destinée. Sa faveur
l'enivrait au point qu'elle passait de-
vant la reine sans la saluer; elle rendit
au centuple à M™", de Montespan les
dédains qu'elle en avait reçus. Mais ce
rêve de grandeur ne tarda pas à s*éva-
nouir.Les suites d'une couche lui firent
perdre tous ses cbarmes, et l'amour de
Loui^ ne survécut point à la beauté de
sa maîtresse. Bieutôt il ne resta de
cette favorite d'autre souvenir que
celui d'un ornement de tête qui passa
un moment avec son nom dans toute
l'Europe. M^^^ de Fontanç;es quitta la
cour, et se retira dans l'abb jyedePort-
Boyal, oii elle languit encore quelque
temps. A ses derniers moments, elle
sollicita la faveur de voir le roi, et l'on
raconte que le jour qu'il avait promis
de venir, elle demandait sans cesse
quelle heure il était. En voyant au
lit de la mort celle qu'il avait aimée ,
Louis parut attendri et versa quelques
larmes. On prétend que M'^*". de Fon-
tanges dit : a Je meurs contente, puis-
» que mes derniers regards ont vu
» pleurer mon roi. » Paroles , qui sans
être très remarquables, sont peut- être
au-dessus de ce qu'on attendait d'elle.
Cette favorite se montra aussi peu sen-
sible que peu spirituelle. Son humeur
était douce , mais son cœur était froid.
Plus d'un^ fois , dit-on , le roi soup-
çouua sa fidélité. Elle irrita ses amis
par son indifférence, et étonna jus-
Tju'aux courtisans par son ingrati-
tude envers ceux qui l'avaient servie.
M^**. de Fontanges mourut le a8 juin
1681 dans sa vingtième année. Elle
avait un frère dont la postérité sub-
siste^- B— y.
FON
FONTANIEU ( Gaspard-Moïse) ;
fut successivcmenr. maître dr s requêtes,
intendant de Grenoble , conseiller
d'état ordinaire, contrôleur- général des
meubles de la couronne, et mourut I»
26 septembre 1 -^67 , âgé de soixante-
quatorze ans. Il consacra ses jours à
l'étude aride et pénible de l'histoire
de son pays , et forma , sur ce sujet ,
le plus ample Recueil de Titres que
nous possédions. Ce recueil, composé
de huit cent quarante un portefeuilles
in-4'., et dé})0sé à la bibliothèque
royale, est tiré non seulement des tré-
sors que renferme celle-ci, mais des
archives de la chambre des comptes ,
du cabinet de St.-Martin-des-Champs ,
du trésor des chartes , des nombreux
travaux de l'abbé de Camps ( Foyez
Camps ), et même des pays étrangers.
Il est divisé en deux parties : ki pre-
mière concerne les règnes particuliers
des rois des trois races ; la seconde
traite du droit public de France, des
matières ecclésiastiques , du gouver-
nement, des prérogatives de la cou-
ronne et du droit de succession , des
maisons du roi , de la reine et des
princes , des mariages , testaments ,
donations , des généalogies , de l'état
des personnes, des procès criminels,
des pairies , du droit féodal, des or-
donnances , des juridictions , de la
guerre, des finances, du commerce, de
la marine, du domaine, et des mœurs
des Français. Fontanieu ne s'est pas
contenté de réunir par un travail im-
mense toutes ces pièces ; il les a enri-
chies de notes , d'observations , et
même de dissertations quand elles ea
exigeaient. On a en outre, de lui, en
manuscrit : I. Histoire de Charles
F II y 1 vol. in- fol. i\. Histoire de
Charles VIII, in-fol. III. Journal
de la guerre d'Italie en 1 753 , in-
fol. IV. Histoire du Dauphiné^ avec
différents mémoires sur celle province^
FON
iu-fol. , suivi (Vun volume in -4°. de
preuves. V. Traité des Régences ,
iii-fbl. VI. Dissertation sur le rem-
placement par élection de l'office
de chancelier de France et des ma-
gistratures du parlement , in-fol.
Vil. Divers Traités sur les reines
de France^ in-fol. VIII. Droits du
Roi sur les pays possédés par les
étrangers t in •4°. IX. Mémoires sur
les actes les plus importants du car-
iulaire du Dauphiné^ 2 vol. iu-4<*.
Le conseiller Fontaiiieii n'a ])iiblië
qu'un seul ouvrage; c'est laRosalinde,
imitée de l'italien de Bernardo Moran-
do, La Haye ^ Paris), 1702 , in- 12,
0. vol. — FoNTANiEU ( Pienc-Elisa-
bcth), fils du précédent, fut comme
lui, contrôleur des meubles de la cou-
ronne, de l'académie des sciences, de
celle d'architecture et de celle de Stock-
liolm. Il s'adonna à la chimie , et pu-
blia en I y-jS , in-8°. , l'j4rt défaire
les cristaux colorés imitant les pier-
res précieuses. C'est, il faut l'avouer,
un travail bien long et bien pénible
pour un résultat d'une médiocre im-
portance. Fontanieu a laissé en ma-
nuscrit un ouvrage plus utile .sur les
couleurs en émail , dont la composi-
tion a beaucoup d'analogie avec celle
des pierre^ factices. Jacques-Philippe
Fcrrand ci d'Avelais de Montamy
avaient déjà traité la même matière.
Fontanieu mourut le 5o mai 1 784»
D. L.
FONTAISINI (Juste ) , archevêque
d'Aucyre, savant littérateur, antiquaire
et critique italien, naquit, le 5o oc-
tobre 1 666 , à Saint-Daniel , l'une des
principales villes du Frioul. Il com-
mença ses études à Goniz , chez les
jésuites : s'étant ensuite décide à en-
trer dans la carrière ecclésiastique, il
se rendit, en 1690, à Venise, et en-
suite à Padoue, pour y acquérir, sous
les plus habiles prx)fesseurs , les con-
XV.
FON 20Ç)
naissances nécessaires à cet état. Une
savante dissertation sur la condition
des esclaffes chez les Lombards ,
commença sa réputation ; et la place de
bibliothécaire du cardinallmperialifut
son premier pas vers la fortune : il en
alla prendre possession à Rome , en
1697 ,et fut bientôt admis aux doctes
réunions qui se formaient chez les pré-
lats Severoli , Ciampini , et chez plu-
sieurs cardinaux amis et protecteurs
des lettres. Ayant reconnu qu'il lui
manquait , pour y réussir complète-
ment, d'être plus instruit qu'il ne l'était
dans la langue grecque, ce fut seule-
ment alors qu'il en fit une étude ap-
profondie ; il apprit aussi du savant
antiquaire Fabretti , à connaître , lire
et expliquer les anciennes inscriptions.
Ses recherches se tournèrent princi-
palement vers l'histoire ecclésiastique j
il ne tarda pas à donner des preuves
de son savoir dans l'académie qui s'as-
semblait au palais de la Propagande ,
et qui en portait le nom : mais il n'en
suivait pas avec moins d'ardeur quel-
ques travaux purement littéraires j et
conservant toujours son goût pour la
poésie, et l'admiration presque exclu-
sive qu'il avait eue pour le Tasse dès
sa première jeunesse , il fit imprimer
à Rome une défense de \Aminta ,
dans le temps même où il paraissait le
plus occupé de recherches sur des
questions d'histoire ecclésiastique et
de droit canonique. Il avait aussi en^
trepris la défense de la tragédie du
Tasse, intitulée : // re Torrismondo ;
il y voulait traiter de la tragédie et de
la comédie telles qu elles sont chez les
peuples modernes et particulièrement
chez nous autres Français. Il aban*
donna cette entreprise , dans laquelle
il eût probablement apporté plus de
passion en faveur du Tasse que de
connaissance des règles du théâtre et
de justice à notre égard. Le pape CleV
210 VO^
rient XI, qui avait à cœur de rendre
à runivcrsité n>inaine tout son e'rlat,
y nomma Fontaninipiofesseur dV-Jo-
quence. Le discours latin sur Inutilité
et la dignité des belles - lettres ^ qu'il
prononça en prenant possession de
cette chaire , eut un grand succès, et
obtint le sufF» âge de l'illustre Bayle,
à qui il en avait adresse un exemplaire.
Il était dès-lors en correspondance avec
ies savrinls les plus célèbres de pres-
que toutes les parties de l'Europe:
l'ouvrage du P.Mabillon sur la Science
diplomatique, ayant ëlë attaque' en
1703, avec autant d'aigreur que de
présomption , par le jésuite Germon,
dans sou traiîé de veLeribiis regum
Francorum diplomalibus , Fontanini
prit la défense du savant bénédictin
ei de la science ru s;ëncral dont ce jé-
suite avait totite' d'ébranler les bases
en osant soutenir que la plupart des
titres et des diplômes étaient faux et
controuvés , à peu près comme le P.
Hardouin, son confrère, avait pré-
tendu que les chefs-d'œuvre de l'anli-
quité grecque et latine avaient été
forgés par des bénédictins du onzième
siècle, li n'en fallut pas davantage pour
exciter contre Fontauini les journa-
li-les de Trévoux et tous les écrivains
membres de la sociéic ou ses parti-
sans. Ils écrivirenl durement contre
lui, et contre Gatti et Lazzarini, qui
avaient pris sa défense. Il semblait
fait pour ces sortes de combats, et ne
h'ein-ayait ni de la violence ni du nom-
bre de ses adversaires.Que les hommes
me traitent comme ils voudront , di-
.sait-il , pourvu que la vérité soit pour
moi. Il prit , avec le même courage ,
le parti de Tillemont, dont l'Histoire
ecclésiastique était l'objet de critiques
si animées , qu'on ne parlait de rien
moins que d'en obtenir la suppres-
sion. Le pape qui haïssait jusqu'au nom
des jansénistes , l'eût peut-être pro-
FON
nonce'e ; mais les raisons all^ic'es par
Fontanini le désarmèrent, et il lui sut
même bon gré de son zèle à défendre
la vérité. L'espèce de patronage qu'il
exerçait à l'égard de quelques autres
savants persécutés pour les mêmes opi-
nions que Tillemont, et dont il recher-
chait la correspondance, dont il lisait
et fiû.sait valoir les lettres apologétiques
et les mémoires, dontil vantait haulc-
nient les talents et le savoir , le firent
accuser par les jésuites d'être , à Rome,
le partisan et le fauteur du jansénisme j
il ne tint aucun compte de ces accusa-
tions , et continua d'agir et d'écrire
comme il avait commencé. Son fameux
TrsLiiédeVEloquenceitalienne lui at-
tira des controverses d'une autre es-
])èce.Il le fit paraître pour la première
fois en i 70G; les critiques qu'il essuya
et ses propres réflexions , lui firent
apercevoir un grand nombre d'erreurs
et d'omissions qu'il y avait commises:
après trois ou quatre éditions qu'il
avait progressivement améliorées , il
le refondit presque en entier trente
ans après, l'année même de sa mort.
Il est divisé en trois parties; la pre-
mière a pour objet l'origine et les pro-
grès de la langue italienne., la seconde
son accroissement par les ouvrages
qui y out été écrits ; dans la troisième,
est rangée avec ordre etd.ms une clas-
sification régulière, une bibliothèque
des livres classiques italiens de tous
les genres , avec des notes bibliogra-
phiques et lillcraires. Lorsqu'il parut
dans rc nouvel état, l'auteur fut encore
loin d'être à l'abri de la censure. La
principale de celles dont il fut l'objet
eut pour auteur Apostolo Zeno : cecé-
lèbrelittératenr était pomtant son ami,
mais il avait pour la vérité un zèle égal
au sien ; et , malgré leur ancienne ami-
tié , malgré la douceur habituelle de
son caractère , il fut entraîné par le ton
dur et amer que Fontauini avait souvent
FÔN
teis rlans ses iugements, h mcllre aussi
de ramerlume et de la dureté dans ses
critiques. D'ailleurs , Fontanini, qui
letait très irascible, et qui rompait fa-
ciiemcnl ses liaisons les plus intimes,
s'était brouillé avec Muratoriet MafTei,
et avait su mauvais grë à Zeno d'être
reste leur ami. Zeno hii avait fourni
un nombre infini de notes et d'obser-
vations pour la dernière édilion de
son ouvrAi^e; Fontanini eu avait fait
tts.igc sans dire un mot de ce service,
et avait même lancécontre luiqnelques
traitsde critique; ce fut ce qui fit sortir
ApostoloZeno de sa modération ordi-
naire, et ce qui nous a valu l'excellent
ouvrage de critique, connu sous le nom
de Notes sur la Bibliothèque de Fon-
tanini. ( Foy. Apostolo Zeno.) Une
discussion qui s'éleva entre fempereur
Josi^pli I"''. et le Pape , au sujet de la
ville de Comacchio, fournit à Fonta-
nini l'occasion de donner de nouvelles
preuves de son zèle pour les intérêts
du St.-Siége, et d'en recueillir les fruits.
Il écrivit très savamment, pour ap-
puyer les prétentions du pape sur
cette ville, et pour combattre celles
de l'empereur. Muratori n'écrivit pas
moins savamment pour la cause con-
traire. Le second mit , dans cette que*
relie , la modération et le calme qui lui
étaient naturels ; le premier , la véhé-
mence et la passion qu'il mettait atout.
Cette violence nuisit plus à la cause du
pape qu'elle ne la servit. L'empereur
Joseph resta en possession de Comac-
chio : mais ce qui fait croire qu'au
fond il avait tort, c'est que Charles VI,
sou successeur , rendit cette ville au
pape Benoît XIII ; ce qu'il n'eût pas
fait , sans doute, s'il avait eu le droit
de la garder. C'.émentXl voulut cepen-
dant reconnaître le dévouement et le
talentque Fontanini avait montrés dans
celte affaire; il le fit un de ses camé-
riers apostoliques; et joignit plusieurs
FON ait
riches bénéfices à ce titre d'honneur*
Encouragé par ces récompenses, Fon-
tanini , après avoir publié quelque*
autres ouvrages sur différents sujets
d'érudition, résolut de se consacrer
totalement à ceux d'antiquité ecclé-
si JStique , et obtint du pape la per-
mission de voyager dans toute l'Italie
pour enrechercher les monuments, et
pour puiser de nouvelles lumières au-
près des hommes les plus versés dai>s
cotte science. Il recueillit dans ce voyage
de nombreux témoignages d'estime, et
beaucoup de titres et de monuments
relatifs au but qu'il se proposait. De
retour à Rome, il reçut l'ordre d'en
faire nu premier uâage, eu prouvant
que les pontilcs romains avaient eu U
suzeraineté sur le duché de Parme et de
Plaisance , droit qui Venait d'être mé-
connu dans le traité conclu au mois de
juillet I •] i8 entre l'empereur , les rois
de France et d'Angleterre , et la répu-
blique Balave: il y était stipulé que si
la famille Farnèse venait à manquer ,
ce duché , comme fief impérial , tom-
berait dans la possession de l'empe-
reur. Fontanini soutintcctie causeavec
autant de savoir , mais aussi avec la
même liberté et les mêmes emporte-
ments que la précédente. 'Malh ureu-
sement pour lui, Clément XI mourut:
Innocent XI II désapprouva hautement
cette manière de plaider pour le Saint-
Siège; il priva Fontanini du logement
qu'il occupait dans le palais ; et la dis-
grâce , en un mot, fut le fruit d'un
travail dont l'auteur avait espéré Taug-
mentation de son crédit et de sa for-
tune. Il se retira sans se plaindre, se
consola par l'étude, se procura, par
les amis puissants qu'il avait à la cour
de Rome, des occasions de la servir
par des conseils utiles et par de savants
écrits ; enfin il touchait au moment cÊl
Innocent XIII devait le rappe'er au-
près de lui , qua^nd kr mort de ce pope
i4**
2iîi FON
lui donna Benoît XIII pour siTCces-
seur. Le nouveau pontife qui avait tou-
jours eu de la bienveillance pour Fon-
tanini, ne tarda point à lui en faire sen-
tir les effets ; il le fit archevêque titu-
laire d'Ancyrc, et chanoine de Sainte-
Marie-Majeure : il y ajouta , bientôt
après, un office de secrétaire du visa, et
une assez forte pension sur les revenus
de i'ëvêche de Cëne'da. Enfin, il lui
fut assigne' un logeuicnt au mont Quiri-
nal , Tun des plus beaux quartiers de
Rome , pour qu'il |)iit s'y livrer tran-
quillement et commodément à ses tra-
vaux. Fontanini put alors terminer
plusieurs dissertations sur des sujets
d'érudition ecclésiastique, qu'il fit pa-
raître successivement. Il était d'ail-
leurs toujours prêt à donner , sur
toutes les questions de drwt cano-
nique , tous les éclaircissements que
le pape lui faisait demander. Ce
pontife lui confia un travail plus
important , celui d'une nouvelle édi-
tion des cinq livres de décrélales con-
nus sous le titre de Décrets de Gra-
tien, rédigés dans un meilleur ordre,
accompagnés d'une préface historique
et critique, de notes ou de scolies, et
de tables : il ne lui fallut pas moins de
seize mois pour achever cette grande
entreprise , dans laquelle il fut encore
pidé par deux savants théologiens,
Vincent-Thomas Moncglia et Domi-
nique Georgi. lien avait formé, depuis
quelques années, une autre qu'il ne
proyail pas moins utile j c'était une
réimpression des Morales de S. Gré-
goire, traduites en italien par Zanobi
Ba Strada,contemporain de Pétrarque,
purgée de toutes les fautes dont cette
tieille traduction était remplie, et ac-
compagnée de notes explicatives. Il
en avait de'jà publié un volume in-4*
à Rome, en 1714; le second y avait
paru en 17^1, et le troisième, en
i-ji^fiï publia le quatrième et der-
FON
nier en i-ySo. L'idée de ce travail
était fort bonne; mais on peut voir
dans les notes d'Apostolo Zeno sur la
Bibliothèque de Fontanini yiom. 11,
pag. 469 à 475, combien de choses
manquent à rexécution.Une nouvelle
disgrâce vint troubler dans sa vieil-
lesse le repos dont il jouissait. Les
évêques d'Arezzo prétendaient avoir
droit de porter le pallium ; il soutint
dans un écrit non imprimé, qu'on
devait leur refuser ce droit : le cardinal
Laurent Gorsini , qui les y croyait
fondés, devint pape; il chassa Fonta-
nini du palais Quirinal , et lui donna
plusieurs autres preuves de sa colère,
Fontanini se réfugia , comme la pre-
mière fois, dans le sein de l'étude; ce
fut alors qu'il se livra de suite, et avec
son ardeur accoutumée , à la rédaction
d'un ouvrage dont il avait amassé de-
piMS long-temps les matériaux, V His-
toire des savants du Frioul : il ve-
nait d'en terminer le premier volume,
qui cowûcniX Histoire littéraire d'A-
quilée, lorsque la mort le surprit; il
mourut d'apoplexie , le 1 7 avril 1 736,
Son neveu, Dominique Fontanini,
l'assista dans ses derniers moments ; il
recueillit et mit en ordre ses papiers,
publia, quelques années après, le vo-
lume d'Histoire littéraire du Frioul^
qui était seul achevé, et prit soin de faire
transporter et placer convenablement
à St.-Daniel la bibliothèque entière
de son oncle , que celui-ci avait léguée
par son testament, à cette ville où il
était né. Les principaux ouvrages de
ce savant et laborieux écrivain sont,
en latin : ï. Vindicice antiquorum
diplomatum adversàs Bartholomœi
Germonii dissertationem , libri II ^
Bomae, 1705, iu-4''. IL Bibliothecœ
card. Imperialis calahgus , secun-
dùm autoruni co^nomina , ordina
alphabetico dispositus , Rome, 171 1,
iii-fol.; livre de bibliographie très eu-
FON
r'.cws. , et que i'antenr avouait lui avoir
roule beaucoup de peine , et plusieurs
années de Iravail. llï. De antiquitaii-
biis Horlœ coloniœ etruscorum, libri
///, Rome, 1 7 1 5, iu-4''. ; insère par
Btirmanu, t. VIII de son Thésaurus
antiq. ital. ÎY. Dissertaiio de co-
rondfefredLongobardorum, Rome ,
1717, in •4". , et t. IV du Thésaurus
antiq. ital. V. Viscus votivus argen-
teus commentario illustratus, Ro-
me, 1728, in 4". VI. Achates isiacus
annulariscommentariolo illustratus y
Rome, 1728, in-4°. VII. De corjwre
S. Augustini Ticini reperlo in con-
fessione œdis S. Pelri in Cœlo-
Aureo disquisilio , Rome , 1 728 ,
in-4''* de 1 44 P^S^s ; ouvrage com-
pose par ordre de Benoît XIII pour
terminer la discussion élevée entre
les chanoines réguliers et les ermites
de S. Augustin, qui possédaient en
commun l'église de Saint-Pierre in
Cœlo'Aurco à Pavie, dans la cha-
pelle de laquelle ou avait découvert ,
en iGgSjles reliques du saint docteur.
( foy. Augustin, III, 61.) On trouve
un précis de cette dissertation dans les
Mémoires de Trévoux, mars 1731.^
Vllï. De S. Petro Urseolo duce Ve-
netorum dissertatio , Rome, 1750,
in^". IX. llisturiœ lilerariœ aquile-
jensis lib. J^; accedit dissertatio de
nnno emortuali S. Athanasii pa-
iriarchœ alexandrini , nec non 7n-
rorum illustrium provinciœ Fori Ju-
lii catalogus , Rome, 1742, in-4''.
En italien : I. Délie masnade ed altri
servi seconda Vuso de' Longobardi ,
Venise, 1 698, in-4". II- L'Aminta di
Torquato Tasso difeso e illustrato ,
Rome, 1 700, in-B''.; et Venise, 1 730,
in-S'*. avec les notes critiques d'un aca-
démicien de Floience( Uberto Ben-
voglienti ) , et la réponse de Fonta-
lîini. III. Dell' eloquenza italiana^
ragionamento steso in una lettera
FON 2i5
air illustrissimo sig. marchese Gian
Giuseppe Orsi, Rome, 1706, in-4''-»
Crsena, 1724, in-Zj".; Rome , 172^ ,
in-4°., édition publiqueraentdésavouée
par l'auteur 5 Venise, 17 27, in 8"., et
enfin, Rome, 1 706, in-/^"., édition tel-
lement augmentée, que l'ouvrage est en.
quelque sorte nouveau ; il porte aussi
un nouveau titre : Délia eloquenza
italiana di monsig. Giusto Fonta-
nini, Arçivescovod'Ancira, lib. tre.
Ce fut le neveu de l'auteur qui acheva
de préparer et fit paraître cette édition ,
que son oncle avait à peine commen-
cée lorsqu'il mourut. C'est la seule que
l'on recherche quand on ne veut avoir
que l'ouvrage même de Fontanini ;
mais il y faut joindre l'édition de la
Bibliothèque en particulier , avec les
notes d'Apostolo Zeno, dont noiis
avons parlé dans cet article, et sur
lesquelles nous reviendrons dans l'ar-
ticle Zeno.1V. // Dominio temporale
délia sede apostolica sopra la città
di Comacchio colla difesa del mede-
simo dominio y Rome, 1709? in-fol.
Difesa seconda del Dominio tempo-
rale délia sede apostolica sopra la
detta città, Rome, 171 1, in -fol.
Confutazione d'un libro italiano e
francese sparso inGermania intorno
a Comacchio y ^ome y 1711. Rispos-
ta a varie scrilture contro la S.
, sede in proposito di Comacchio ,
liome, 1720. Si l'on veut connaître
tout le zèle que monsig. Fontanini
mettait à défendre la puissance tempo-
relle de la cour de Rome , et toute la
science qu'il employait à soutenir cette
cause tantôt gagnée et tantôt perdue,
ou doit joindre à ces quatre plaidoyers
celui qu'il publia au sujet de Parme,
et qui ne lui réussit pas aussi bien :
Istoria del Dominio temporale deU
la sede apostolica del ducato di
Parma e P iacenza y ^ome, 1720,
in-fol. G — É.
3i4 FON
FONTÂNON (Antoine), avocat
ail parlement de Paris, né en Au-
vergne, vivait vers la fin du 1 6*". siècle.
Aide par le célèbre Pierre Pithou , par
iJcrgeron et d'autres savants jiiribcou-
sulles de son temps, il enlrtprit un
recueil des anciennes ordonnances de
nos rois. Il existait avant lui des recueils
de ce genre, mais ils étaient imparfaits
rt incomplets. Fontanon fil imprimer
le sien en 1689, ^^ '^' divisa en 4 vol,
jn-fol., qu'on trouve ordio liremeut
reliés en deux. 11 y fit entrer plusieurs
ordonnances qui n'avaient pas encore
clé imprimées et dont les plus ancien-
nes sont de St.-Louis. Elles n'y sont
point rangées dans Tordre chronolo-
gique , mais suivant un prdre de ma-
tières que l'auteur imagina et qu'il dis-
tiibua en dilTérents livres'. Gabriel de
la Bocbe-Maillel, avocat au parlement
de Paris , qui revit l'ouvrage de Fon-
tanon, par ordre du chancelier de
Sillery, en donna , en 161 1 , une
nouvelle édition en 3 gros vol. in-fol.,
augmentée d'un fort grand nombre
d'ordonnances tant anciennes que mo-
dernes , qui n'avaient pas encore étç
recueillies. Il y a eu, d'autres compi-
lations des ordonnances postérieure-
ment à celle de Fontanon, et qui,
comme la sienne, ont été éclipsées
par la collection entreprise sous les
auspices du chancelier d'Aguesseau , et ,
connue sous le nom d'Ordonnances
du Louvre : elle se continue par les
soins de la 3^ classe de l'Institut. On
eu a déjà publié seize vol. in-fol. Elles
y sont imprimées dans l'ordre clirono-
logique,et présentent ainsi un tableau
fort intéressant des progrès de notre
législation et des pas successifs qu'elle
a faits vers la civilisation. B — i.
FONTANON (Denis), médecin
fiançais du i6«. siècle, naquit à Mont-
pellier , fit ses études à la célèbre uni-
Y^rsit^dc cette yillc, obtint eu i5o2
FON
«ne chaire de médecine , qu'il occupa
jusqu'à sa mort, arrivée vers i545.
Les leçons qu'il avait dictées pendant
le cours de son professoral, furent re-
cueillies par le docteur Jean Reinier ,
et imprimées sous ce titre : Practica
medica , sive de morhorum inter-
nai um curalione libri quatuor y Lyon,
i55o, iu-8". ; ibid. i556, i6o5 ;
Francfort, 1600, in-S**.; ibid. i6j i ;
Leyde, i658, in - 12. Les principes
de cet ouvrage ne sont pas toujours
fondés sur une doctrine judicieuse ;
et dans la méthode curative on re-
trouve la polypharniacie arabe. Le
huitième chapitre du premier livre
traite de la céphalalgie , produite par
la siphiRs. Il a été extrait par Louis
LuiJni , qui l'a inséré dans sa collec-
tion intitulée : Aphrodisiacus. Il con-
vient de remarquer, avec Astruc, que
c'est le troisième écrit public eu France
sur la maladie vénérienne : il est ad
reste peu important , et mérite la cri-
tique sévère qu'eu fait Girtanner. C.
FONTANUS ( Nicolas ), ou plutôt
FoTitejiiy médecin hollandais du 17%
siècle. Quoiqu'il ait exercé pendant
long-temps avec honneur sa profes-
sion à Amsterdam , et enseigné publi-
quement l'anatomie dans cette ville ,
où il avait reçu la naissance, il n'est
guère connu que par ses ouvrages,
qui sont assez nombreux : 1. Iristitu-
tiones pharmaceulicœ ex Baudero-
nio et Dubois , in pharmacopieorunt
gratiam polissimùm concinnaiœ ,
Amsterdam , i635 , in- 12. il. Flori-
le^ium medicum , in quo flores uni-
versœ medicinœ , tam iheoricœ quhm
practicœ per partes distiiictaspropo-
nuntur , et raris , utilibus , iliustri-
busque quœstionibus exornanlur ,
Amsterdam, 1657, in- 1*2. \\\. Bes-
ponsiomim st curationum medicina-
lium liber unus » Amsterdam , itiDQ,
iû-i ;i. Q'cst ua recueil de lettres mcdi»
FON
«aies adressées à Fontanus; qm fait
sur cliacune, des réflexions, des com-
incnlaires, dont la théorie est presque
constamment empruntée de Galien.
Quelques-unes de ces lettres contien-
nent des histoires curieuses, mais
dont rautheuticitë est parfois sus-
pecte. Ou y voit avec surprise , pour
Jie rien dire de plus , un individu muet
et imbéciile, recouvrer, peu d'heu-
res avant de mourir, la parole et la
raison. I V. Ohservalionum rariorum
analecta , Amsterdam , 164 • , in-4°.
Dans cet écrit, analogucau précédent,
on trouve un exemple intérjessant de
laryngotomie , pratiquée avec autant
d*habileté que de succès. V. Sj'ntag-
ma medicum de morhis mulierum ,
in quatuor tomos distinclum , Ams-
terdam, 1G44? iu-iu; Venise, 16/49,
in- 18. Ces quatre tomes ne forment
qu'un très petit volume. VI. Fons
sive origofebrium , earumque remé-
dia, >\mslirdam ^ 1644, in-i2.Fon-
tanus a donné en outre une édition
méthodique des Aphorismes d'Hip-
pocrate, «furichie d'un Mémoire sur
l'extraction du fœtus; il a publié des
commentaires, des remarques sur le
Traité des maladies des enfants, <Ie
Sébastien Austiius , sur l'anatomie
d'André Vesale, sur la médecine pra-
tique de Kembert Dodoens. C,
FONTE. Fof. FuENXKS.
FONTE ( MoDERATA ) , dame cé-
lèbre par son esprit, naquit à Venise
en 1 555 : un an après sa naissance elle
perdit son père et sa mère, qui mou-
rurent de la peste à quelques jours l'un
de l'autre. Sou aïeule matcr.^clle prit
soin de son enfance, et, à l'âge de sis
ans, la mit en pension dais un cou-
vent, oij on lui enseigna les premiers
elément> de la grammaire. E le lut en-
suite , ou plutôt elle dévora tous les
livres qu'on lui mit entre les maijis; et
ce fut ainsi qu'çlle acquit, en très peu
FON 3i5
de temps, la connaissance de la géo-
graphie, de l'histoire et de la mytho-
logie. Elle était doiiéc d'une mémoire
si prodigieuse, qu'il lui suffisait de lire
un ouvraj;e une seule fois, ou d'en-
tendie prononcer un discours pour le
reienir en entier. A sa sortie du cou-
vent, elle apprit le latin en assistant
aux leçons qu'eu recevait son frère ;
elle s'appliquait en même temps à la
culture des arts d'agrément , et' se
rendit très habile dans la musique
et le dessin. Elle épousa, à dix-sept
ans, Philippe Giorgi , avocat-général
près le tribunal des eaux à V^enise, et
vécut avec lui dans une uniou parfaite
pendant vingt années. Elle mourut des
suites d'une couche , le a novembre
iSQi, et fut inhumée dans le cloître
du couvent de St.François. Cet te dame
se noumiait Modesta Pozzo; mais elje
changea ce nom contre celui de Mod< -
rata Fonte, qui en est à peu près la
traduction, et qu'on lit en tête de ses.
ouvrages, dont voici la liste : ï. Il
Floridoro^ poème en treize chants»,
Venise, i58f,iu-4''' W- LaPassionc
di Christo, in ottava rima , con luia,
canzone nelV istesso soggetto , \e~
nise, 158*2, in i»2, fîg. 111. La Re^
surrezione di ChristOy Venise, 1 592 ,
in -4". ÏV. Il mérita délie Domie
scritto in due giornate , Venise ^
1 600 , in-4''. Cet Oiivrage , dans lequel
cette dame veut établir la supériorité
de son sexe sur les hommes, fut pu-
blié par Cécile Giorgi, sa fille, avec
une vie de l'auteur, par Jean-Nicolas
Doglioni. W— s.
FONTENÂÏ ( Pierre - Claude) ,
né à Paris eu i683 , après de bonnes
éludes, entra au noviciat des jésuites
en 169B. Suivaut l'usage de cette
institution, on lui fit professer les hu-
manités; après quoi il vint faire sou
cours de théologie au collège de Louis-
le-Graiid,et prit les ordics. Ses su*
2l6
FON
përieurs le trouvant propre à Teru-
dition et aux sciences ecclésiastiques,
le retinrent à Paris, fils le chargèrent
de fournir des extraits au journal de
Trévoux , et il rtçut particulièrement
en partage, pour les examiner et
les juger, les livres qui concernaient
la religion et l'Eglise. Ce fut lui qui
rendit compte du travail du P. Lon-
gueval, premier auteur de l'Histoire
de l'e'glise gallicane , ouvrage com-
mandé par le clergé de France, sans
se douter qu'un jour il en deviendrait
le continuateur. Il s'appliquait en
même temps à la lecture des Pères et
à l'étude des anciens documents ec-
clésiastiques, travaillait à divers ou-
vrages , et préparait une Histoire des
papes. Ce projet l'avait occupé pendant
plusieurs années ; il avait ramassé et
mis en ordre des matériaux pour celte
histoire; il l'avait même commencée
et avancée depuis S. Pierre jusqu'à la
mort de Symmaque en 5 14. Malhen-
reusemenl il n'a pas été possible de
tirer parli du fruit de ses veilles. Il s'est
trouvé plusieurs lacunf^s dans les ma-
nuscrits; ils étaient d'une écriture si
mauvaise qu'on pouvait à peine les
déchiffrer, d'autant plus qu'étant dé-
pourvus de citations ils laissaient les
faits sans l'appui d'aucune autorité.
L'étude des matières ecclésiastiques
n'empêchait pas le P. Fontenai de
s'appliquer à la littérature : il en fai-
sait son délassement; c'était même,
dit-on, son goût dominant. Il est sorti
de sa phime plusieurs pièces de poésie
que les recueils du temps ont conser-
vées, il était recteur du collège d'Or-
léans, lorsque le P. Longueval mourut
après avoir donné huit volumes de
l'Histoire de l'Eglise gallicane. Rap-
pelé à Paris pour lui succéder, le
P. Fontenai ne trouva que peu de
secours dans les papiers du P. Lon-
gueval, qui ne contenaient îjue qucl-
FON
ques Me*moires, et encore assez im«
parfaits, pour le IX'". volume. Il y
suppléa ;m moyen des éludes dont il |
s'était occupé , fit ce volume et le a
X". ; mais il fut tout-à-coup arrêté par
le dérangement de sa santé assez dé-
licate. H travailla néanmoins au XP.
volume , dans les intervalles que lui
laissait sa maladie, avec une applica-
tion dont il paraît qu'il fut la victime.
Il parvint ainsi à pousser ce volume
jusqu'à la 522^ page.En janvier I -^40,
ayant été affligé d'une attaque de pa-
ralysie presque totale , il lui fallut re-
noncer à toute occupation. Il quitta la
maison professe , et se retira à la
Flèche, où, après avoir soAjffert avec
une patience chrétienne pendant près
dedeuxans, il înourut le i5 octobre
i'ji2, dans sa 5g'. année. On lui
avait donné pour successeur le P. Bru-
moy , qui le précéda au tombeau après
avoir achevé le Xl*". volume de celte
Histoire, et fait le XIP". On trouve
dans le style du P. Fontenai une sé-
cheresse qu'on n'a pointa reprochera
ses collaborateurs ; mais c'c^t le même
fonds d'érudition et la même exacti-
tude dans les faits. Quant aux quali-
tés personnelles de ce religieux, voici
comment le peint le P. Berthier, qni
succéda à Brumoy : « 11 joignait à des
manières faciles et complaisantes
toutes les vertus de son état , beau-
coup de religion , de piété, de bien-
séance dans la conduite , et de talent
pour gagner la confiance des autres.»
L— Y.
FONTENAY. Foy. Coldore.
FONTElNAY (J. B. Blain de),
bon peintre de fleurs , élève du cé-
lèbre Baptiste Monnoyer , naquit à
Caen en i654 , et mourut asthmati-
que à Paris en 1 7 1 5. H était fils d'un
peintre peu connu, qui l'avait é'evé
dans la religion réformée. En i685
il fit abjuration j ce qui lui procura
FON
divers avantiges auxquels un protes-
tant u'anrait pas pu prétendre. Il
épousa la fille de sou maître, zëlë ca-
tholique ; puis il fut admis à Tacade-
mie de peinture, qui, peu de temps
après , le nomma conseiller : euHn
Louis XIV lui accorda un logement
au Louvre et une pension de 4oo
francs. Peu d'artistes furent aussi cons-
tamment employe's par le gouverne-
ment ; il le fut à Versailles , à Marly ,
à Trianon, à Fontainebleau, en un
mot dans presque toutes les maisons
royales ; et l'on exécuta d'après lui
un grand nombre de tapisseries à la*
manuficfiire des Gobelins. On pré-
tend qu'nn jour Fontenay et quelques
artistes de ses amis, dans le dessein
df; représenter plus au naturel l'effet
pittoresque d'un incendie , ne se firent
aucun scrupule d'aller, munis de tor-
ches et de fagots , mettre le feu à
une petite maison isolée qui ne leur
appartenait pas. On ajoute qu'après
avoir joyeusement exécuté ce beau
projet, ils en furent quittes pour payer
de gré à gré le dommage au pro-
priétaire. Cette particularité est rap-
portée dans un trop grand nombre
d'Ana pour qu'il nous ait été permis
de la passer sous silence. Nous nous
gardons bien toutefois d'en garantir
la vérité. Les tableaux et les dessus
de porte de Fontenay sont très esti-
més des connaisseurs. Ce peintre ex-
cellait à imiter les belles formes et
l'éclat des fleurs , le velouté des fruits ,
la transparence de la rosée , les
feuilles , les insectes , les marbres ,
les vases, les bronzes, les bas -re-
liefs , etc. Ses succès dans ce genre de
peinture lui firent d'autant plus de ré-
putation qu'on ne lui connaissait en-
core d'autre rivai que Baptiste Mon-
noyer , son beau - père , auquel il
n'était nullement inférieur j mais lors-
que les belles fleurs de Van Huysura
FON 217
commencèrent à cire plus connues
en France , les productions de Bap-
tiste , comme celles de Fontenay , y
furent un peu moins recherchées.
Van Huysum en effet égalait ces deux
peintres pour la légèreté et la délica-
tesse du pinceau, et il pouvait leur
être préféré pour la vigueur du colo-
ris. Fontenay avait un fils qui pei-
gnait aussi les fleurs avec succès,
mais qui mourut à la fleur de ràs;e.
F.P— T.
FONTENAY ( Louis -Abel de
BoNAFONs, plus connu sous le*nona
d'abbé de), naquit eu 1737 à Cas-
telnau du Brassac, près de Castres
en Languedoc. A l'âge de seize ans il
entra chez les jésuites , et professa
les humanités à Tournon. Après la
destruction de la société, il vint à
Paris, où il s'occupa constamment de
littérature. Il travailla en 1776 aux
uéfjiches de Province ., et ensuite au
Journal général de France , qu'il
rédigea depuis le i^'. mai 1776
(n". 18) jusqu'au 10 août 1792. A
cette époque il s'expatria , ne revint
en France qu'après la terreur, et se
remit à des travaux littéraires. 11 mou-
rut le 28 mars 1806 à la suite d'une
maladie longue et douloureuse. On a
de lui : ï. U Illustre destinée des
Bourbons , 1790, 4 vol. in- 12. Les
deux premiers volumes avaient paru
en 1783 sous le titre de VAme des
Bourbons. On a tiré sous ce titre quel*
ques exemplaires des tora. 111 et IV.
Cet ouvrage n'est qu'une misérable,
basse et fade compilation , qui n'eut
aucun succès. Vainement le libraire
eut recours au changement de fron-
tispice j le sort du livre fut de res-
ter en magasin. II. Dictionnaire des
Artistes, 1777, 1 vol. petit in-8''. j
compilation utile quoique incomplète.
L'auteur comprend sous le nom d'ar-
tistes non seulement les personnes
ai8 FON
qui se sont distinguées dansles beaux-
arts, mais encore celles qui se sont
fait un nom dans les arts mécani-
ques. M. Sue le jeune a donne un
mince supplément à ce Dictionnaire
dans son Précis historique sur la
vie et les ouvrages de l^assemanty
1778, in-8". m. Tables de l'His-
toire universelle , trad. de l'anglais,
formant le 46*. vol. in-4°. ( ^oy.
CuAUFFEPiE. ) IV. La plus grande
parlie du texte de la Galerie du
jPalais-Rqyal, 1 786-1808, 5g li-
vraisDns in - fol. V. La suite du
T^oya^eur français. (Foy. Domai-
jiON.) Enfin il a donné les éditions
des ouvrages suivants : Dictionnaire
^e Vélocution française , par De-
mandre, 1802, 2 vol. in-8°.; Dic-
tionnaire géographique de Fosgien^
i8o5, in-8''.; Géographie moderne
de Nicolle de Lacroix , i8ov5, 2
Tol. in-i2. On lui attribue quelque-
fois le Traité du Bétahlissement des
jésuites et de Véducation publique.
Ce livre est de l'abbé Proyart.
A/B-t.
FONTENELLE (Bernard le Bo-
viER (i) de), naquit à Boucn le 1 i
février 1657 ' ^^ mourut à Paris le q
janvier 1757. C'e.-t daus cet inter-
valle de temps qui renferme un siè-
cle entier, moins quelques jours, qtie
les plus grands écrivains dont s'ho-
nore la France, ont commencé ou
terminé leur carrière ; 1; et parmi
ces hommes illustres qui furent tous
ou les amis, ou les ennemis, ou les
rivaux de Fontenelle, qui tous le
surpassèrent soit par la force, soit
(^i) FonteneUe a, de ion vivant , tmijourj im-
primé ainsi son nom; mais Tabbc: Trubict , dans
•es Mémoire* sur la vie de cet homme illustre ,
Îaf;e 4-3' • remarque cjue le vrai nom de sa famille
tait le Bonrer; c«lui de le Bovier n'en est qu'une
altération, tjue note insérée dam le journel du
département de TOrne , le 3i janvier i8o8 , nous
apprend qu'il existe encore dans ce département
deux branches de cette famille, toute* dcui por-
tant le uom de le Boujrer.
FON
par Toriginalilé, soit par relévalîoa
de leur génie, aucun n'a été plus re«
marqué de son vivant, ni plus célè-
bre après sa mort. Il doit princip »!e-
ment cet avantage à la variété de ses.
connaissances , à la finesse de son
esprit, à la souplesse et aux grâces
d*un talent éminemment français , et
qui ne pouvait acquérir son entière
perfectiou et se déployer aussi heu-
reusement que dans le pays qui l'a
vu naître et dans le siècle où il a
vécu: d'ailleurs, le mérite littéraire,
qui seul recommande à notre souve-
nir tous les grands écrivains contem-
porains de Fontenelle , n'est en quel-
que sorte que la moitié de la renom'!
mée de ce dernier. Il a régné une telle
barmonie entre ses écrits , ses prin-
cipes et sa conduite, que l'histoire de
sa vie , quoique peu variée , et ne
présentant rien d'extraordinaire, nous,
iiîtéressc comme la peinture d'un de
ces personnages achevés, que notre
imagination nous présente exempts
des incohérences et des contradic-
tions qui, dans la vie commune, dé-
parent les caractères les plus distin-
gués et déconcertent nos jugements.
Jl semble que l'on voudrait Àurpreu-
dre, dans Fontenelle, le secret de
cette philosophie pratique qui , pen-
dant tant d'années , lui fit savourée
tranquillement les douceurs de la vie
et en écarter les peines. On cheiche k
deviner cet homme accusé d'éguïsme,
çt faisant le bien en secret ; on estime
ce s^iZ^Q. , exempt des grandes pissions,
et maître des petites; on chérit cet
esprit éclairé qui se montre doux, et
conciliateur même, lorsqu'il cesse d'ê-
tre impartial; ou applaudit à l'adresse
de l'homme aimable, qui put se mé-
na<>];er de puissantes protections sans
qu'il en coulât rien à sou indépen-
dance : ou admire le chef d'une illus-
tre académie, ^ui sut rendre aux
FON
ktlres et aux sciences la dignité, IV-
clat et la considération qu'il en avait
reçus. Fontcnelle , en naissant, était
si faible, qu'il ne parut pas pouvoir
vivre une heure; on ne put ie bapti-
ser qu'au bout de trois jours. Dès sa
première jeunesse, il s'abstint de tout
divertissement pénible j à seize ans,
le billard était un exercice trop vio-
lent pour lui, et toute grande agita-
tion lui faisait cracher le sang. Durant
le cours de sa longue vie, il n'eut
qu'une seule maladie; elle fut légère
et de courte durée. Son estomac fut
toujours très bon , et sa poitrine tou-
jours déhcate; aussi lorsque sur un
sujet quelconque il avait exposé son
opinion, et les raisons sur lesquelles il
s'appuyait, il se taisait, et ne répon-
dait à aucun de ceux qui le contredi-
saient. C< pendant, comme La Motte,
dans une lettre à la duchesse du Maine,
l'accusait, en plaisantant, d'user de
prétextes pour étrangler les discus-
sions, il est à présumer que son si-
lence, dans ces occasions, était le
résultat d'une des règles de sa con-
duite, et non d'une ordonnance de
son régime. Il parut toujours attentif
à s'épargner les secousses violentes
de l'ame comme celles du corps. Il
ne connut point les éclats de la joie,
ni les angoisses du chagrin : il a avoué
que jamais il n'avait ri ni pleuré;
mais il était habituellement gai , et
souriait fréquemment. Il se montra en
quelque sorte , dès sou plus jeune âge ,
un favori de la raison : ses facultés se
développèrent facilement et rapide-
ment; les études qu'il fit au collège
des jésuites de Rouen , furent brillan-
tes. Il entra en rhétorique à treize ans;
et la note sur le registre du collège , à
cÔ!é de son nom , était ainsi conçue :
Adolescens omnibus partibus abso-
lutus , et inler discipulos princeps.
Les jésuites cherchèrent à l'avoir dans
FON ^19
leur société; les talents qui le distin-
guaient déjà étaient rehaussés par l'il-
lustration littéraire de sa naissance. Il
était neveu de Corneille : son père ,
d'une famille noble, ancienne et ori-
ginaire d'Alençon, exerçait à Rouen la
profession d'avocat, avec plus d'hon-
neur que de célébrité; sa mère, Mar-
the Corneille, pour laquelle il avait
une prédilection particulière, était une
femme de beaucoup d'esprit. « Je lui
» ressemblais , disait-il , et je me loue
» en le disant. » Fotitenelle avait une
figure très agréable. Sa parenté avec
le grand Corneille, fut la seule préro-
gative dont il osait tirer vanité; il se
montra du reste, non-seulement in-
différent, mais contraire à toute autre
distinction. « De tous les litres de ce
» monde (dit-il quelque part), je n'eu
» ai jamais eu que d'une espèce, éiçs.
» titres d'académiciens , et ils n'ont
j) été profanés par aucun autre plus
y> mondain et plus fastueux. » Fontc-
nelle fit sou droit par déférence pour
son père; il fut reçu avocat, plaida une
cause, qu'il perdit , et renonça au bar-
reau pour la culture des lettres. Il con-
courut plusieurs fois pour le prix de
poésie de Tacadéinie française, sans
pouvoir le remporter. En i6'j4 et eu
1679, il vint momentanément à Pa-
ris, et se lia particulièrement avec des
jeunes gens de son âge, amoureux
comme lui de la gloire littéraire, et
désirant y arriver par des moyens
différents. C'étaient l'abbé de Saint-
Pierre, l'abbé de Vertot, et le mathé-
maticien Varignon. « Nous nous ras-
» scmblions (dit-il dans Télogc de ce
» dernier), avec un extrême plaisir,
» jeunes , pleins de la première ar-
» deur de savoir, fort unis, et, ce que
» nous ne comptions peut - être pas
» pour un assez grand bien, peucoii-
» nus. » Fontenelle commença sa car-
rière littéraire par (juelqutj^ pièces de
i^o FON
vers, qui furent insérées dans le Mer-
cure, alors rédige' par son oncle Tho-
mas Corneille et par Vise. Les jour-
nalistes accompagnèrent la première
de ces pièces, intitulée X Amour nojé,
d'un cloge de l'auteur , tel qu'on au-
rait pu l'écrire vingt ans plus tard ; ce
qui prouve que dès-lors , comme au-
jourd'hui, ou connaissait l'art d'attirer
à soi la célébrité, avant de l'avoir
méritée. Fontenelle aida son oncle
Thomas Corneille dans la composi-
tion de deux opéras ; il risqua ensuite
au théâtre, sous le nom de Visé, une
petite comédie en un acte, intitulée
la Comète j et vint après à Paris pour y
fdire jouer sa tragédie d'Aspar(i). A
cette époque (1680) , l'envie se servait
du nom de Corneille pour déprécier
et tourmenter Racine 5 aussi Fonte-
«elle, avec sa tragédie, devint l'espé-
rance et le héros d'une cabale qui lé
préconisait dans les journaux, et qui
l'annonçait comme étant destiné à de-
venir le successeur de son oncle. La
chute complète d'Aspjir changea ce
triomphe en humiliation. Fontenellc
}ela sa pièce au feu : mais Racine , of-
fensé, ne voulut pas qu'on oubliât
Aspar; et dans l'épigrammc si connue
de {'origine des sifflets ,• il fait dire à
un acteur :
Mais quand lifflcts prirent commencement,
C'est (j'y jouais , j'en «uis témoin fidèle ) ,
C'est il ÏÀtpar du sieur de l'ontenelle.
L'auteur d'Aspar chercha à se venger
à son tour par des épigrammes sur
Esther et Alhalie , qui ne réussirent
pas mieux que sa tragédie; mais il
fut plus heureux contre Boileau , qui
venait de produire alors deux pièces
de vers , l'Ode sur la prise de Nagnur ,
et la Satire sur les femmes, qui pa-
(1) Le sujet de celte tragédie , lelou l'abbé Tru-
fclet , était une conspiration contre l'cQipcreur
Léon , <|ui tuccéda à Mwciea en 4S7.
FON
rurenl inférieures à ses autres ouvra-
ges. Voici l'cpigramme que Fontenell«
(il à ce sujet :
Quand Despréaux fut sifUé snr son ode ,
Ses partisans criaient dans tout Paris :
Pardon, messieurs, le pauvret s'est ini'pris;
Plus ne loûra, ce n'est pas sa méthode.
II va draper le «exe l'éminin.
A son grand nom \ous verrez s'il déroge î
Il a paru, cet ouvrai^c malin;
Pis ne vaudrait quand ce serait éloge.
Peu de temps après, survint la fa-
meuse querelle sur la prééminence des
anciens et des modernes, à laquelle
Fontenelle prit part; ce qui augmenta
encore les préventions que Racine et
Boileau avaient conçues contre lui: ils
le repoussèrent, tant qu'ils purent, de
l'académie française , où il ne fut re-
çu qu'en 1G91, et après avoir été
refusé quatre fois. L'extrême bonté
de La Motte avait désarmé Boileau
lui-même, qui lui pardonnait ses pa-
radoxes spirituels contre les anciens
et la poésie, mais qui cependant ne
pouvait lui passer ses liaisons avec
Fontenelle. « C'est un excellent hom-
» me que M. de La Motte, disait
» Despréaux; c'est dommage qu'il se
» soit encanaillé de Fontenelle. »
L'amitié de La Motte et de Fonte-
nelle fut constante; pendant trente
ans , ils ont eu les mêmes ennemis
et les mêmes admirateurs. Foule-
nelle , après la mort de La Moite ,
saisit une fois l'occasion de le louer,
sans restriction , dans une séance aca-
démique; mais peut - être exprimait-
il encore plus vivement la haute estime
qu'il avait pour les talents de son ami,
quand dans sa vieillesse il se plaisait
à répéter ; « Le plus beau trait de ma
» vie est de n'avoir pas été jaloux de
» M. de La Motte. » D'après ce que
nous venons de dire, on a pu se con-
vaincre combien on a eu tort d'avan-
cer que Fontenelle n'avait jam.iis ré-
pondu à aucune ciilique : il est vrai
de dire qu'il n'est sorti des bornes do
FON
la modération, qui le caractérisait,
que dans ses disputes avec Racine et
Boileauj mais on trouve dans ses œu-
vres plusieurs réponses à des criti-
ques de quelques-uns de ses ouvra-
ges. Dans une d'elles, il se contente
de repousser les injures personnelles
de son adversaire , par cette phrase
pleine de sens : « Quelquefois , en
» voyant nos grands hommes dispu-
» ter avec tant d'aigreur, et qui pis
» est avec si peu de bonne foi , j'ad-
)) mire leurs raisonnements , et j'ai pi-
» lié de leurs raisons ; ils parlent de
» philosophie, mais ils ne parlent pas
» en philosophes.-) Fonteuelle avait
débute dans la littérature par des poé-
sies légères et par des pièces de théâtre;
et il eut toujours une prédilection par-
ticulière pour ces genres de composi-
tion , si peu assortis à son génie. Sa
tragédie en prose, intitulée /^rt/ie,
et ses si# comédies sont au-dessous
du médiocre. Son opéra de Théiis et
Pelée eut long - temp^ de la répu-
tation , cl fut même loué par Voltaire;
lorsqu'on l'a lu, on a peine à com-
prendre aujourd'hui et ce succès et
ce suffrage : ceux de Lauinie et à'En-
dymion ne réussirent point. Ses poé-
sies pastorales furent accueillies dans
la nouveauté avec empressement,
et elles sont ingénieuses et spirituel-
Us; mais le prosaïsme des vers et
l'afféterie des idées y blessent à la fois
l'oreille et le goût, et justifient la sé-
vérité avec laquelle on les a jugées
depui^ 11 faudrait cependant excep-
ter de cette proscription la charmante
cglogue intitulée Ismène, où il y a
autant de naturel que de grâce. Si à
celte pièce on ajoule V Apologue de
r Amour et de V Honneur , le Sonnet
de Daphné et le portrait de Clarice ,
on aura les seuls vers de Fontenelle
qui méritent d'être sauvés de l'oubli,
^t de rester dans la mémoire des
FON 2î^i
amntetirs. Les Lettres du chevalier
d'Her^* n'obtinrent qu'un succès me'-
diocre ; elles parurent sous le voile de
l'anonyme , et leur auteur n'eut jamais
le courage d'avouer ni de désavouer
cette production malheureuse , ce fa-
tras de fades galanteries. Le premier
ouvrage qui commença la grande ré-
putation de Fontenelle, fut ses Dm—
loques des Morts: la publication des
Entretiens sur la pluralité des Mon-
des, et ï Histoire des Oracles, y
mirent le sceau. Là vogue qu'eurent
les Dialogues, prouve le mauvais goût
du temps : il y a sans doute, dans pres-
que tous , un grand nombre de pen-
sées ingénieuses et fines, mais tout
autant de subtiles et de paradoxales.
Le meilleur de ces dialogues est, sans
contredit , le dernier intitulé Pluton^
qui ne parut que dans les dernières
éditions; l'auteur, par une singularité
remarquable , a su y réunir toutes les
critiques qu'on avait faites des autres ,
et les présenter avec beaucoup de
force et de gaîté : il a ainsi tourné en
ridicule ses propres productions; l'en-
nemi le plus spirituel ne s'en serait
pas mieux acquitté. Un petit nombre
de ces dialogues sont marqués , il est
vrai, au coin d'une saine philosophie;
mais la plupart ne sont que des jeux
d'esprit. Il n'en est pas de même de
ï Entrelien sur la pluralité des Mon.'
des. Là , brillent à leur plus haut point
toutes les qualités qui distinguent Fon-
tenelle comme écrivain : le talent de
tempérer le sérieux de l'instruction
par un ingénieux badinage, de con-
duire ses lecteurs, sans effort et comme
malgré eux, à des vues étendues et
profondes ; de donner plus de reUef
aux pensées fortes et ingénieuses, ea
les présentant sous une forme com-
mune, et en les habillaut d'expres-
sions familières; défaire d'une objec-
tion philosophique un bon mot, et d'une
221 tOS
solution savante un compliment plein
de grâce. On retrouve moins ce genre
de mérite dans Vllistoire des Ora-
cles, parce qu'il y c'iail moins néces-
saire: d'ailleurs, le titre de cet ouvrage
est beaucoup trop fastueux ; l'histoire
des Oracles est encore à faire : celle
de Foutenelle n*e.st qu'une disserta-
lion divisée par chapitres , tirée du sa-
vant ouvraç^e de Van-Daale, où l'on
se propose de prouver que les Oracles
n'ont point cessé à la venue de Jcsiis-
Chrisl, et qu'ils n'étaient pas l'ou-
vrage des Démons. Mais le choix seul
d'un tel sujet dut beaucoup contri-
buer à la réputation de Fontenriie.
Ceux qu'on appelait alors les esprils-
Jorts j et qui déjà formaient un parti,
purent croire que Fontenelle avait
travaillé pour eux : aussi le fougueux
Le Tellier dénonça ce livre , mais ce
fut sans effet; car l'opiuion qui s'y
trouve soutenue est conforme à celle
de plusieurs théologiens renommés.
Le jésuite Baltus réfuta le livre des
Oracles , qui fut aussi défendu et
attaqué par d'autres auteurs. Fon-
tcncllc ne prit aucune part à cette dis-
pute; il se contenta d'écrire à M. L(-
clerc : a Ce serait plutôt à M. Van-
» Daalc à répondre qu'à moi , il est
» mon garant; je ne suis que son in- '
» terprcte , et j'aime mieux (|ue le
» Diable ait é;é prophète puisque le
» P. jésuite le veut , et qu'il trouve
» cela plus orthodoxe. » En général ,
le caractère de la philosophie de Fon-
tcnelle est un scepticisme modeste , et
une réserve calculée. Il disait souvent
que s'il tenait toutes les vérités dans
sa main , il se garderait bien de l'ou-
vrir. Par principe et par caractère, il
devait être 1res éloigné d'attaquer ou-
vertement la religion de son pays, et
il n'est pas démontré qu'un écrit ano-
nyme cl antireligieux , intitulé la Re-
lation de Vile Bornéo , soit réelloiDcnt
FÔN
de lui (i). 11 répétait souvent que la
religion chrétienne était la seule qui
eût des preuves, et il en pratiquait en
public tous les devoirs. Dans la vie du
grand Corneille, il a dit de l'Imita-
tion de Jésus -Christ : «C'est le plus
» beau des livres sortis de la main des
» hommes, puisque l'Ev.ingile n'en
M vient pas. » L'histoire des Oracles
fut le seul litre que Fontenelle pou-
vait faire valoir pour entrer à l'aca-
démie des inscriptions et belles-
lettres, où il fut reçu; mais comme
il ne fit rien pour elle, il demanda
la vétérance au bout de quatre ans,
et il s'abstint toujours pnr délica-
tesse de voter, lorsqu'il était ques-
tion d'élire un nouveau membre. En
1 699 , on voulut donner une nouvelle
forme à l'académie dos sciences , et
Fontenelle en fut nommé secrétaire.
C'est dans cette place , qu'il occupa
pendant quarante-deux an?', qu'il a
acquis une gloire justement méritée.
En effet , si l'on veut avoir une idée
exacte de son mérite comme écrivain,
il faut lire son Histoire de l'Acadé-
mie des sciences , qui renferme deux
préfaces, les extraits des Mémoires
des savants et leurs éloges : c'est le
moins connu et le plus beau de ses
ouvrages. Dans aucun, il n'a montré
un esprit plus vaste, plus lumineux,
plus universel. Les vérités ensevelies
dans les longueurs cl dans les obs-
(t) Cet opuscule parut d'abord dans les Now
vellet de la République det Letirer , parRayle,
mois lie janvier i68t) , pag. 88-<)a. Nos br<j|iogra-
phes aftiiinrjt qu'il est de Funtenelle, parce que
iiayle Ta dit ainsi, et qu'il l'a rôiinpriiuO dans ses
(JCuvres diverses: il serjil plus naturel de croire
que Bayle eu est l'auteur. On a long-temps attribué
cet opusoule à Mlle. Bernard, partrute de Fonte-
nelle , leauel, dit-on, a travailh; a quelques-unes
des Iragi^dies qu'elle a composées. ^ A'o^fex tome
IV, pajje agi de celle liiograp/iie. )'On en »
donné une nouvelle édition en 1807, in-ia, de
>74 pa(;.i tiré à 100 exrnip. avec une suite. Dans cet
opuscule , Mero et Enegn dé*i;;uent Roim- et Ge-
nève; et li.iharpe , dunsson Cours d* I.illrratitre^
loni. XV, pa^. 3t>, a cru que ces den» uiols étaient
aussi le tare d'un autre opuscule , difrérent d«
celui ((ui rilialiuU ; Retadçn de l'Ut tgrnt*.
turites du langage mystérieux des
sciences, deviennent sons sa plume
brillantes de clarté et de précision.
Voltaire a dit de lui à ce sujet :
L'igaorant l'entendit , le sarant Tadmlra.
Fontenelle a déployé un si rare talent
dans les Eloges des savants académi-
ciens, qu'on les a tirés de la grande
collection à laquelle ils appartenaient,
pour en faire un recueil à part, qui est
veuu se placer auprès des livics classi-
ques dans la bibliothèque des littéra-
teurs et des gens de goiit, et qui a été
plusieurs fois réimprimé. Fontenelle
semble , en quelque sorte , avoir
épuisé toutes les formes, pour attirer
ia curiosité du vulgairo sur ces sages
bienfaiteurs de la société; il intéresse
vivement à leurs nobles passions et
au succès de leurs recherches : il n'est
pas jusqu'à leur ignorance, et à leur
simplicité, dans le commerce de la vie,
dont il ne sache tirer parti; et en se
rendant complice de la vanité de ses
lecteurs, qu'aurait gênée le tableau uni-
forme de ia supériorité de tant d'hom-
mes cminents, il peint leurs manières
bizâires et leurs innocents ridicules
avec tant d'art et de mesure, qu'il
sjit par cela même les rendre encore
plu^ res[)ectables , et nous faire admi-
rer ceux dont il nous fait rire. Fon-
tenelle ne travailla pas seulement à
racadéraie des sciences en qualité de
secrétaire, mais il paya aussi son tri-
but d'académicien en composant la
Géométrie de l infini. Lorsqu'il pré-
senta cet ouvrage au régent, il lui dit :
« Monseigneur, voilà un livre que
» huit hommes seulement, en Eti-
4» rope, sont en état de comprendre,
» et rauteur n'est pas de ces huit là. »
Abstraction faite de celte plaisanterie,
il ne paraît pas en effet que Fonte-
nelle ait été très profond en mathcraa-
ti<iues } il n'a composé que l'ouvrage
t'ON 0.1%
que nous venons de citer , la pre'-
face de l'Analyse des inûniments pe-
tits de Lhopital, qui fut remarquée
dans un temps où les écrits de ce gen-
re étaient peu soignés et peu intelli-
gibles, et un Mémoire sur l'extension
de la propriété du nombre neuf. {IVou-
{f elles de la république des lettres ,
parBiyie, i685.)Gcttccxtcnsionaété
justifiée parCury, dans l'Histoire de
l'Académie des sciences, 1728, pag.
52. La Géométrie de l'inlini a été
beaucoup vantée par tous les amis de
Fontenelle; l'abbé Terrasson en fit
un extnit très détaillé dans l'Histoire
de l'Académie des sciences pour l'an-
née 1720; d'Alembcrt l'apprécia
mieux, quoiqu'avec beaucoup de mé-
uagements dans l'article Infini de l'En-
cyclopédie : cet ouvrage serait totale-
ment oublié aujourd'hui, s'il ne faisait
partie de la collection des Mémoires
de l'Académie des sciences. Cepen-
dant , on y reconnaît encore, en plu*
sieurs endroits , l'esprit philosophique
de Fontenelle. Au commencement du
XV!!!*". siècle, le goût pour les rei
cherches scientifiques devint plus
général. Cet heureux penchant fut
merveilleusement secondé par les
écrits de Fontenelle, et encore plus
peut -cire pir ses qualités sociales.
Tout ce que l'on chérit d.4ns ses ou-
vrages, cet art d'instruire en amu-
sant; de définir avec clarté; de dé-
montrer avec précision ; de mettre à
la portée de tous les esprits les vérités
les plus abstraites ; de transporter
dans les sciences les expressions de
la conversation, et d'appliquer les
expressions et les idées des sciences
à la morale, à la littérature et aux
sujets les plus simples : Fontenelle
portait tout cela dans la société et dans
le commerce du grand monde ; et il
y joignait ce qu'un ne peut mettre
dans un hvre ^ la grâce de i'élocutiou ,
ari FON
rcnjouemenl, l'à-propos, et ce culte
aimable envers les femmes auquel il
ne renonça jamais. Ses plaisanteries,
toujours spirituelles, ctaieni toujours
exemptes de malignité, et il se vantait
de n'ayoir jamais donne le plus petit
ridicule à la plus petite vertu. Il était
si réserve' dans ses assertions , que
Crébillon a dit de lui qu'il craignait
d'avoir raison. En conversation , il
écoutait avec attention, et savait faire
valoir Tesprit des autres. On a retenu
le mol de Mad. d'Argenton qui, sou-
pant en grande compagnie chez le duc
d'Orle'ans, et ayant dit quelque chose
de très fin qui ne fut pas senti , s'écria :
« Ah î Fontenelle , où es-tu?-» Les suc-
cès de Fontenelle dans la société exci-
taient plus l'envie que ceux qu'il ob-
tenait dans la littérature. La Bruyère,
qui lui fut toujours contraire , traça
de lui, dans son livre, un portrait
satirique sous le nom de Cydias, oii
Ton ne peut le méconnaître (i)- Jean-
Baptiste Rousseau fit aussi l'épigramme
suivante :
Depuis trente ans un vieux berger normand
Aux beaux esprits s'est donné pour modèle ;
II leur enseigne à traiter galamment
Les grands sujets en style de ruelle.
Ce n'est pas tout : chez l'espèce femelle
Il brille encor malgré son poil grisou:
II n'est caillette en honnête maison
Qui ne se pâme à sa douce faconde :
En vérité caillettes ont raison ,
C'est le pédant le plus joli du monde.
Mais Voltaire, qui n'eut pas à se louer
de Fonteueile, et bon juge en cette ma-
tièie comme en tant d'autres, lui ren-
dait plus de justice à cet égard. Fon-
tenelle ne se maria point, et demeura
toujours àParischezsononcleThomas
Corneille , ensuite chez M. le Haguais,
(i") Carncleres de La Bruyère , dans le chapitre
de la, lociéle et de la convertatioit. Les auteurs
de la Clefonl désigné Perrault peur le Cydias de
La Bruyère , et il» se montrent par-là très igno-
rants de l'histoirr littéraire du temps. Ou devine-
rait facilement que l'auteur a eu en vue Fonte-
nelle, quand on n'en serait pas certain par l'as-
•ertinn positive de plusieurs contemporains. Voyez
les Mémoirtt lar FonteocUe parTabbé Trublet ,
pag. i8y.
FON
avocat à la cour des aides. Quelques
années a près, le duc d'Orléans, depuis
régent, lui donna dans le Palais-Boyal
un appartement, que Fontenelle oc-
cupa jusqu'en 1750. Il le quitta pour
aller demeurer chez son neveu à la
mode de Bretagne, Kicher d'Aube,
auquel les vers de Rhulière ont donné
une sorte de célébrité ( i ). Fontenelle
avait coutume de dire : « Le sage tient
» peu de place, cl en change peu. »
On voit que cependant il en changea
assez souvent; mais jamais il n'entre-
prit de voyages. Ses liaisons avec le
régent et le cardinal Dubois ne nui-
sirent point à l'intégrité et à l'indé-
pendance de son caractère. Le régent
lui ayant demandé sa voix pour faire
entrer Rémond de Saint-Mard à l'aca-
démie française, Fontenelle la lui re-
fusa. Un |our, le régent lui dit:
« Fontenelle, je crois peu à la vertu. »
— o Monseigneur, lui répondit le
» philosophe, il y a pourtant d'hon-
» nêtes gens; mais ils ne viennent pas
» vous chercher. » Fontenelle était à
la fois économe et libéral : il avait ,
par ses places et ses pensions, des
revenus assez considérables; et une
partie était empoyée à des bienfaits ,
dont plusieurs n'ont été connus qu'a-
près sa mort, et seulement par ceux
qui les avaient reçus. Quand ses lar-
gesses étaient sues de ses amis, et
qu'on lui en parlait, ftrépondait froi-
dement : a Cela Se doit. » Ainsi même
la bienfaisance n'était pas chez lui un
plaisir du cœur, mais un besoin de sa
raison. Il ne repoussa jamais le re-
(1) Dans le poème des Disputes ;
Avez-vous par h.isard connu feu monsieur d'Aube
Qu'une ardeur de dispute éveillait avant l'aube ?
Ce Richer d'Aube, maître des requêtes et'"'
tendant de Soissuns , est auteur d'un livre inti»
tulé : Eisai utr let principet du droit et de la
morale, Paris, 1743, in-4* U mourut eu i-jS*.
Son article ayaut cté omis dan* le troisième vo-
lume de cette Biographie, ceita a«(e ne sera pas
juj^éc iituVile.
FON
proclie de froideur et de de'faul de
sensibilité' qu'on lui faisait sou-
vent; il semble qu'il avait calculé les
avantages de ce genre de réputation ,
et qu'il la possédait au-delà même du
vrai. « Fontenelle ( disait Mad. Geof-
» fiin ) porte dans la société tout ce
» qu'on peut y apporter , excepté ce
» degré d'intérêt qui rend malheu-
» reux. » C'est de son vivant que la
marquise de Lambert, son amie, a tra-
cé ce portrait où elle dit de lui : « Nul
» sentiment ne lui est nécessaire; il
» est libre et dégagé : aussi ne s'unit-
» on qu'à son esprit , et on échappe
» à son cœur ; il ne demande aux
» femmes que le mérite de la figure :
» dès que vous plnisez à ses yeux ,
» cela lui suffit , et tout autre mérite
» est perdu. » Ce dernier trait est
évidemment épigrammatique ; et, en
effet , le défaut d'abandon en amour
est peut-être le seul qu'une femme ne
puisse pas pardonner à l'homme qui
sait se faire aimer. Sans doute Fon-
tenelle était né avec des goûts mo-
dérés et des passions tranquilles;
mais sa philosophie était aussi bien le
résultat de ses réflexions que celui de
son tempérament et de son caractère;
il en a en quelque sorte écrit le code et
révélé les secrets dans un petit opuscule
intitulé : Du Bonheur. Le célèbre
Delille nous a souvent dit que c'est la
lecture de ce morceau qui lui a inspiré
les vers suivants , où il a cherché à
peindre la philosophie de Fonte-
nelle :
Fontenelle, toujours craignant «quelque «urprise ,
Aux passions «ur lui ne donne point de prise ,
Soigne attentivement son timide bonheur.
Même dans Tamitié met en gnrde son cœur ;
Ami des vérité», par crainte les enchaîne,
£t s'abstient du plaisir pour éviter la peine.
Cependant , Fontenelle eut un véri-
table ami ; ce n'était ni un homme
puissant, ni un auteur célèbre, mais
un compagnon de sa jeunesse, un
camarade de collège : il lui resta
XV,
constamment attaché. Cet ami se
nommait Bruiiel; il était procureur
ou avocat à Rouen. Fontenelle fit
même pour lui une chose blâmable et
contre l'exacte probité, lorsqu'élant
déjà membre de l'académie française,
il composa pour Brunel un discours
qui remporta le prix. L'abbé Trublet
cite de ces deux amis une correspon-
dance qui fait honneur à tous deux.
Brunel à Rouen écrit à Fontenelle à
Paris ces seuls mots : « Vous avez
» mille écus ; envoyez-les moi. » Fon-
tenelle répond par ceux-ci : « Lorsque
» j'ai reçu votre lettre, j'allais placer
» mes mille écus; et je ne retrouverai
» pas aisément une aussi belle occa-
» sion ; voyez donc. » Toute la ré-
plique de Brunel fut : « Envoyez-moi
» vos mille écus. » Fontenelle sut un
gré infini à son ami de son laconisme,
et lui envoya les mille écus. Après la
mort de Brunel, qui eut lieu eu 1 7 1 1,
l'abbé de Vertot, dans une lettre
adressée à Mad. de Stahl, peint Fon-
tenelle comme inconsolable de la perte
qu'il venait de faire; et, long-temps
après, ou lui a entendu dire : a Sans
» cette mort, le reste de ma vie eût
» tourné tout autrement. » Cepen-
dant, il fut heureux jusque dans ses
derniers moments , et la sérénité de
sa vieillesse le prouve; il conserva
toujours sa gaîté et ses facnllés mo-
rales ; il dit au médecin qui le soigna
dans ses derniers jours : « Je ne
» souffre pas, mais je sens une diffi-
» culte d'être. » Sa mort, enfin, ne
fut que le dernier des évanouisse-
ments auxquels il était devenu sujet
dans sa vieillesse, et dont il avait
même ressenti de légères attaques
dans toute la vigueur de l'ige. Seize
ans auparavant, un public nom-
breux et choisi, réuni dans l'enceinte
de l'académie française, n'avait pu
eateudjce Sixo» atteudrissement lepo»-
i5
226 FON
sage suivant de son discours i « Cin-
» qualité ans se sont e'coulc's depuis
» ma rdccplion dans celte académie...
» Ceux qui la composent prësente-
î) ment, je les ai vus tous entrer ici,
» tous naître dans ce monde littéraire;
» et il n'y en a absolument aucun à
* la naissance duquel je n'aie con-
» tribue'. » Voltaire inscrivit Fonte-
nelle , de son vivant , dans le Catalogue
des auteurs du siècle de Louis XIV j et,
après sa mort, il l'introduisit dans le
Temple du Goût par les vers suivants :
C'éuit le discret Fontenelle ,
Qui par le» beaux-arts entouré
Répandait sur eux à son gré
Uue clarté vive et nouvelle.
D'iHie planète à tire-d'aiie
En ce moment il revenait
Dans ces lient uù l\: goût tenait
Le siège heureux de so» empire f
Avec Matran il raisonnait.
Avec Quioault il budinait;
Dune main légère il prenait
Le cvnipas, la plume et Ta lyr«.
Il y a eu deux éditions complètes des
OEuvres de Fontenelle, l'une eu onze
volumes in-12, Paris, 1758, 1766
ou 1 767 , avec un nouveau titre ;
l'autre eu huit volumes in-8"., Paris,
Basticn, 1790. Ou trouve daus ces
éditions les préfaces et les éloges qui
font partie de l'Histoire de rAcàdémie
des sciences; mais il n'y a ni les ana-
lyses , ni la Géométrie de V Infini :
ce dernier ouvrage parut in-4". en
179.7. L'édition des OEuvres dher-
Ses, La Haye, Gosse, 1728 à 1729,
5 vol. iu-fol., est recherchée à cause
des figures de Bernard Picard. L'édi-
tion en 5 vol. iu-4"., publiée en même
temps, renferme les mêmes gravures,
dont on a seulement ôté les cadres.
I/ouvrage de Fontenelle qui a été le
plus souvent réimprimé est son En-
tretien sur la pluralité des Mondes.
La première édition parut en 1G86;
mais le sixième entretien, composé
long-temps après, ne fut imprimé que
dans l'édition de 171 9. Nous indique-
ions encore l'éditioD de Dijon^ Causse;
FON
an IT (1 790), in-8^; celle de Didot,
1 796, gr. in-4". ^^g* 1 ^^ ^"^" 's der-
nière et la meilleure, imprimée en
1800, avec les notes de Lalande, Eif
1730, il parut à Leipzig, in-8*'., uue
traduction allemande de cet ouvrage,
faite par Goftsched; en 1751, une
traduction italienne par Vestrini , à
Arezzo. Il en existe encore trois tra-
ductions anglaises : la dernière est de
1760, in-8''. Eri 1785, l'astronome
Bode en publia une seconde traduc-
tion allemande, avec des notes excel-
lentes : cette traduction a eu plusieurs
éditions ; la troisième et dernière est
in-12, Berlin, 1798. Toussaint Ko-
drika. Athénien, a aussi traduit cet
ouvrage en grec moderne, Vienne,
in-8"., 1794* I-'CS écrits dont Fon-
tenelle a été le sujet sont trop nom-
breux pour que nous puissions les
indiquer ici. ( Foyez Trublït. )
W— R.
FONTENETTES '( Louis ) , doc-
teur en médecine, né en 1612 dans le
Berri, mourut à Poitiers au mois d'oc-
tobre 1661. Il joignit à une grande
habileté, comme praticien , de vastes
connaissanc< s théoriques. Sa mémoire
était prodigieuse , et ornée des pro-
ductions des meilleurs poètes. Il cul-
tivait les belles-lettres , et surtout U
poésie française. On a de lui une tra-
duction en vers fiançais des Aphoris»
mes d'Hippocrate , iutitulée : Hippo^
crate dépajsé, ou version para-
phrasée de ses Aphorismes, Paris,
1654, in-4°. Cet ouvrage est, comme
on le sent bien , d'une poésie assez mé-
diocre , et le texte n'est pas toujours
rendu avec une scrupuleuse fidélité.
Cependant on y remarque des vers
asstz heureux. Il nous reste encore
de Foutcuettes une Anatomie des
fautes contenues en la réponse au
Discours des maladies populaires
de i65i, Poitiers, i(i53, in-i^^ —
FON
FoifTENETTES (Charles), médecin de
Poitiers, a publié, Dissertation sur
une fiUe de Grenoble qui depuis
quatre ans ne boit ni ne mange,
1737, in^". F— R.
FONTENU (Louis-François de),
membre de l'académie des inscriptions
fl belles-lettres, naquit au château de
Lilledon en Gâtinais , le 16 octobre
1667; sa famille, originaire de Poitou,
élail noble et ancienne. La nature lui
avait donné une coraplexion faible et
délicate ; il fut plusieurs fois menacé
de mourir de la poitrine, et, vers l'âge
de vingt-neuf à trente ans , on déses-
péra de sa guérison : il prit alors le
parti non seulement de se passer des
médecins , mais de faire directement
le contraire detout ce qu'ils lui avaient
ordonné j il guérit ainsi complètement;
et , ayant toujours continué le même
régime d'exercice et de grand air , il
vécut quatre-vingt-douze ans moins
un mois et treize jours , étant mort
le 5 septembre 1759. Il avait de
bonne heure embrassé l'état ecclé-
siastique. En 1700 il accompagna le
cardinal Janson à Rome, où il resta
dix-huit mois; et, déjà préparé à ce
\oyagc par l'étude des langues sa-
vantes et de plusieurs langues mo-
dernes, il conçut un goût très vif
pour les médailles , les recherches
&ur l'antiquité et sur l'histoire natu-
relle; il suivit à Rome un cours de
plantes sous Triumfetti , célèbre bo-
taniste. De retour à Paris, il se lia in-
timement avec Fontcnelle et la mar-
quise de Lambert, chez laquelle se
rassemblait une société choisie et
brillante; il fut d'abord admis à l'aca-
démie en qualité d'élève en 1714' '^
classe des élèves ayant été supprimée
en 17 16, il passa au nombre des as-
sociés. Il a enrichi la collection des
volumes de cette académie de vingt
Méffijoircs qui prouyent la variété
FON 1'l^
de ses connaissances et la netteté de
son esprit; ce sont des dissertations
claires, bien écrites, sans affectation
d'érudition , oii il traite divers points
de mythologie, où il explique diffé-
rentes médailles curieuses, et où il
examine les anciens camps de France
auxquels on a donné le nom de César.
Son Mémoire sur les sources du Loiret
a moins de rapport à l'antiquité qu'à
l'histoire naturelle. L'abbé deFontenu
avait un goût particulier pour cette
branche des connaissances humaines,
et il commtiniquait ses observations à
Réaumur, avec lequel il était très lié.
On ne connaît de Fontenu que les Mé-
moires imprimés dans le recueil de
l'académie des inscriptions. Il a laissé
cependant après lui vingt volumes en
manuscrit d'une écriture fine et ser-
rée, qui, selon le Beau, en feraient
plus de cinquante imprimés ; ils sont
relatifs à la théologie , à la philoso-
phie, la physique, l'astronomie, la
botanique , l'histoire ancienne et mo-
derne. On a supposé que la traduc-
tion de Théagène imprimée en 1727,
à la tête de laquelle se trouve une
épître dédicatoire adressée à Fontc-
nelle , et signée l'abbé de F..., était
de Fontenu : mais cette conjecture
nous paraît sans vraisemblance , et
contraire au caractère que lui donne
le Beau. ( Fojr. l'Histoire de l'acadc-
raie des inscriptions , tom. XXIX,
pag. 349.) Fontenu était d'une piélç
rigoureuse ; il eut toutes les qualités
sociales, fil un noble usage de sa
fortune eu la consacrant à des œuvres
de charité ; il assistait de prétérence
les pauvres honteux , et il cachait se$
aumônes avec plus de soin qu'ils ne
cachaient leur indigence. W — r.
FONTENY (Jacques de), au-
teur dramatique, né à Paris, dans le
l6^ siècle , faisait partie d'une de ces
sociétés connues sous le nom de coU'
aiS FON
frères de la Passion , qui reprè'sen-
laienl de ville en ville les mystères et
les autres productions informes de l'art
dans son enfance. On a de lui les ou-
vrages suivants: I. le Boccage d'A-
mowr, Paris, iS^S, iu-12.Ce volume
contient la Chaste Bergère , pasto-
rale en 5 actes et en vers. La seconde
édition, de i6i5 in-12, renferme eu
outre le beau Pasteur , pièce à douze
personnages, sans distinction d'acîes
ni de scènes : cette pièce manque d'in-
te'rêt, mais elle est passablement c'crite.
IL Les Eshats poétiques^ ibid., 1 587,
m-i 2. m. Les Ressentiments de Jac-
ques de Fontenf pour sa céleste ,
ibid., 1587, in- '2. On y trouve la
Galathée divinement délivrée ^ pas-
torale en 5 actes et en vers. IV. Ana-
grammes et Sonnets dédiés à la reine
Marguerite de Valois, ibid., 1606,
iu-'4**. V. Les Bravacheries du capi-
taine Spavante , traduit en français ,
de l'italien de Fr. Andréini , Paris ,
1 608 , in- 1 2 , italien et français ; rare
et recherché des curieux. —On ignore
«i c'est au même Jacques de Fonteny
que l'on doit attribuer : \. Les Anti'
quités f fondations et singularités des
villes et châteaux du royaume de
France, Paris, 161 1, in- 12. IL
Sommaire description de tous les
chanceliers et gardes des sceaux ,
depuis Mérovée à Louis XI II , avec
un discours de leur vie , insérée dans
le tom. i«''. de la Biblioth. du Droit
francoiSyde Laur. Bouchel , avec de
augmentations de l'éditeur. W — s.
FONTETTE. Foy. Févret.
FONTEYN (Pierre), savant hol-
landais, ministre d'une congrégation
de Mennonites , à Amsterdam , né
Ters 1708, mourut le 8 août 1788.
Il dirigea constamment ses recherches
et SCS études vers l'interprétation du
petit liTre des Caractères de Théo-
phra&te > dont il préparait une édiiioa
FON
qu'il ne donna jamais , et qu'il était-
encore fort loin de pouvoir donner ,
quand la mort le frappa à l'âge de
quatre-vingts ans. Les matériaux im-
menses qu'il avait rassemblés sont
passés entre les mains de M. le pro-
fesseur Wyltenbacli , qui a promis de
les mettre en ordre et de les publier.
C'est en 1 790 que M. Wyltenbach a
pris cet engagement, que d'autres tra-
vaux plus importants et le mauvais
élat de sa santé l'ont empêché de rem-
plir. Quoique Fonteyn n'eût rien pu-
blié, sa réputation était fort grande,
et il est plus d'une fois nommé avec
éloge dans les livres des philologues
hollandais ses contemporains. B — ss.
FONTEYN. Foy. Fontanus.
FONTI (Barthelemi), en latia
FontiuSj savant florentin , né eu 1 4 4 ^%
mort en 1 5 1 3 , avait été disciple de
Jérôme Savonarole et de Françoi»
Philelphe , et remplit dans sa patrie
la chaire de rhétorique et de langue
giecque , après la mort de ce dernier,
Mathias Corvin, roi de Hongrie, l'ap-
pela ensuite à Bude, pour lui donner
la direction de la magnifique biblio-
thèque qu'il forma dans cette capitale,
{Foy. Corvin). Ses principaux ou-
vrages ont été recueiilis sous ce liti-e :
Opéra exquïsitissima Bartholomœô
Fonti Jlorentini , quitus accessit da
pudicitidet conjugio dialogus, Franc-
fort , Unckel , 1 62 1 , in- 1 2. Ce re-
cueil, publié par les soins de George
Rem, contient sept discours qui avaient
déjà été recueillis en un volumein-4''.,
une vie de Paul Guiaccheti , un traitd
De assCy mensuris ac ponderihus, et
quelques autres opuscules. On con-
naît encore deFonti: L Un commen-
taire sur Perse, imprimé dans l'édi-
tion de Venise, 1482 , in-fol. , et plu-
sieurs fois depuis. IL une édition de
Celse, avec des notes, Florence, 1 478»
in-foL III. Des ^7wa/(?5 de i44^ *
FON
1 4*^5 , consen écs en manuscrit dans
ia bibliothèque Kiccardi, à Florence j
des poésies italiennes; une traduction,
dans la même langue, des e'pîtres de
Phalari s, Florence, 1 491, etc. , Foy.
F;<hi ic. Bibl. lat. med. œt. C. M. P.
FONTON ( Charles ) , orienta-
liste français , est auteur de deux
ouvrages qui se trouvent manuscrits
à la Bibliothèque royale sous le nu-
méro in -4°. V ''if^; ils sont datés
de Constantinople en i-jSi. L'un
est intitulé : Aventures de Zélide
et de Ferannès, composées en per-
san , et traduites du turk en fran-
çais; l'autre, plus curieux, et con-
tenu dans le même volume , est inti-
tulé : Essai sur la musique orien-
tale comparée à la musi/jue euro-
péenne. L'auteur ne paraît pas très
versé dans la matière qu'il traite , et
souvent il s'embrouille en voulant
exposer le système musical des Orien-
taux. Ce que l'on peut conclure de
ses discours est que les Persans et
les Turks ont, comme nous, vingt-
un sons à l'octave , quoiqu'ils ignorent
les calculs dont nous nous servons
pour les déterminer. Au iS*". siècle,
ajoute Fonton, vivait un certain Hod-
gie ou savant, qui passe pour le res-
taurateur de la musique chez les Per-
sans. Nul ne chantait comme lui; mais
il ne communiquait à personne ses
compositions. Hosaïn , fils de Baïkra ,
et arrière-pclit-fils de Tamerlan , qui
gouvernait alors leKhorasan, desirait
néanmoins ardemment avoir un élève
de lui. Pour y parvenir, il mit auprès
du Hodgie un esclave qu'il lui dit être
sourd et muet, et dont il lui fit présent.
Le dernier, sans démentir son rôle,
, profita si bien iqu'en peu de temps il
égala son maître , qui , découvrant la
supercherie, parvint à le faire exiler.
Cet esclave revint depuis en Perse ,
monte sur \m chameau q^u'il aysdt i.os-
F ON 229
truit à marquer la mesure par le
mouvement de ses pieds. L'époque
la plus florissante de la musiquii
chez les Turks fut sous Achmet IIL
Fonton traite ensuite de leurs ins-
truments musicaux. Ce sont le ney,
espèce de flûte d'environ deux pieds
de long, percée de sept trous; c'est
sur cet instrument que s'accordent
tous les autres ; le tambour , sorte de
guitarre , dont le manche de trois
pieds a trente-six divisions ; elle a
huit cordes, c'est-à-dire quatre dou-
bles ; on la pince comme la mando-
line avec une lame d'écaillé. Ce qui!
y a de bizarre, c'est que les Turks
prétendent avoir reçu cet instrument
du philosophe Platon.Viennent en-
suite le dairé ou tambour de basque;
lemiscel (ou Mousical), flûte de Pan à
vingt-deux tuyaux, et le violon turk ,
ou keman , formé de la coque d'une
noix de coco ; il a trois cordes de
soie , et se joue comme le nôtre avec
un archet. Les Turks n'ont pu s'empê-
cher de donner au ney une origine
miraculeuse. Ils disent qu'un jour
Mahomet confia à son gendre Ali des
paroles mystérieuses , avec défense
de les répéter. Ali, ne pouvant retenir
sa langue, et sp trouvant sans té-
moins, dit ces paroles, la bouche
tournée vers l'ouverture d'un puits.
Bientôt il crût dans ce puits un ro-
seau d'une longueur merveilleuse. Un
berger trouva ce roseau, le coupa,
en fit un chalumeau, et, au grand
étonnement de tous , le chalumeau
répéta les paroles qu'Ali avait indis-
crètement divulguées. Cette fable rap-
pelle celle du barbier de Midas. D. L.
FONTRAILLES (Louis-d'Asta.
RAC, marquis de), d'une ancienne
famille de l'Armagnac, reçut de Gas-
ton , duc d'Orléans , la commission
de se rendre en Espagne pour con-
ce.rlçr avec le duc d'Olivarès \^
25o FON
moyens de perdre le cardinal de Ri-
chelieu. Par le traite' sicne' le 1 3 mars
1642, TEspapjne s'obligeait de fournir
à Gaston douze mille hommes d'in-
fanterie, cinq mille de cavalerie,
quatre cent mille ccus pour faire dés
levées en France , et douze mille
écus par mois pour ses dépenses par-
ticulières. Celte conspiration ayant
été découverte f Voy. Cinq- Mars),
Fontrailles fut décrète d'accusation ,
et s'enfuit en Angleterre , d'où i! ne
revint qu'après la mort du cardinal.
Fontrailles mourut en 1677. Il a éciit
une Relation des choses particulières
de la cour pendant la faveur de
M' de Cinq-Mars; elle est impri-
mée au tome V\ des Mémoires de
Monlresor. Celte pièce contient des
détails curieux sur les intrigues de
îôSq à i64'2. On conserve à la Bi-
bliothèque du roi des Lettres manus-
crites de Fontrailles. W — s.
FOOTE ( Samuel ), comédien et
auteur comique anglais , surnommé le
moderne Aristophane , naquit d'une
très bonne famille, à Truro, dans le
comté de Cornouailles. 11 manifesta
de tiès bonne heure une facilité
singulière à imiter le ton, les ma-
nières et les ridicules des autres.
Son père , membre de la chambre des
communes, le destinait à la carrière
du barreau , et le fit entrer au collège
de Inne^Teraple; mais il ne montra
que de l'aversion pour l'étude de la
jurisprudence, et n'y fil presque au-
cun progrès. Le mauvais état de sa
santé lui ayant fourni un prétexte pour
aller passer quelque temps à Bath , il
se lia , dans ce séjour de di^^sipation ,
avec des libertins de bon ton , y prit
le goût du luxe et la funeste passion
du jeu. Il paraît que la mort de son
père l'avait alors rendu maître d'une
assez grande fortune , qu'il eut bientôt
dissipée. II contracta même des dcUes
F 00
qu'il ne put payer; ce qui le fit
passer quelque temps dans la pri-
son nommée the Fleet. Il devint
acteur par nécessité, et débuta en
1744^ Londres sur le petit théâtre de
Hay-Market ^ par le rôie à^ Othello ,
et quelques autres rôles tr;)g»ques qui
ne convenaient ni à sa figure ni à ses
moyens : il n'eut aucun succès. Impor*
tuné cependant par ses créanciers, il
lui fallut chercher une autre ressource;
et l'on rapporte qu'il se lira d'embarras
par le stratagème suivant : Un de ses
amis, M. Délavai, depuis sir Francis
Blake Délavai , ruiné comme lui par 1
ses extravagances, ayant formé le
projet de se marier pour rétablir ses
affaires, Foofe promit de lui trouver
un bon parti. Il connaissait une dame
fort riche, qui voulait se marier,
mais qui n'avait pas encore fait un
choix; il lui conseilla de consulter sur
un objet aussi important un prétendu
sorcier , dont il lui vanta beaucoup la
pénétration. Un autre ami de Foole se
chargea de faire le rôle de sorcier ; ilfil
apparaître aux yeux de la dame une fi-
gure de grandeur naturelle, portant
les traits de sir Fr;incis, désigna l'é-
poque et le lieu où elle devait le voir
lui-même pour la première fois, et les
habits qu'il porterait ce jour-Jà. Elle
fut tellement frappée de la coïncidence
de chaque circonstance avec la prédic-
tion, qu'elle don na , peu de jours après ,
sa main à sir Francis, qui, pour i<«on-
naître ce service de Foole, lui fit une
pension. Foole loua alors une mai-
son de c^mpagoe où il recommença à
vivre avec une magnificence dont il
pressentait bien lui-même la courte du-
rée. Il do' uait un jour à dîner à son
ancien maître de l'école de Worcester f
celui-ci, frappé d'une snperbe vais-
selle qu'il voyait sur la table , lui
demanda ce que c< la pouvait coûter:
Je nen &ais rien , répondit Foole,
FOO
mais je saurai sûrement bientôt ce
quecelapeut sevendre. Ce train dura
environ dix-huit mois. Il ouvrit, en
1747, pour son propre compte, le
tbéâireaeHay-]VIarket,oiiilfut tout à
la fois, ce qui e'tait alors nouveau, di-
recteur, auteur et acteur, et pour le-
quel il composa , sous la dénomination
générale de Divertissement du malin ,
un grand nombre de comédies sati-
riques, dans lesquelles il présentait,
sous les couleurs les plus ridicules , des
hommes connus , des magistrats, des
médecins en vogue , des acteurs cé-
Jèbres « même des dames de qua-
lité. Ces pièces , grâce à la vérité
des portraits, fortifiée par la vérité
de son jeu et la hardiesse de l'imi-
tation, eurent le plus grand succès et
beaucoup de représentations , malgré
Topposition de quelques magistrats.
Foote jouait lui-même tour à tour les
principaux rôles, passant de l'un à
l'autre comme un véritable Protéc;
mais il n'épargnait ni l'amitié, ni le
malheur. L'un des personnages les plus
ridicules et les plus divertissants de
ses pièces, Cadwallader , était la
caricature d'un geniilhorame gallois ,
qui avait été sou ami intime. Ses suc-
cès n'étaient pourtant pas sans un mé-
lange de quelques revers. Ayant joué
sur le théâtre de Dublin un fameux
imprimeur de cette ville, qui avait le
malheur de porter nue jambe de bois
{Toj^ez George Faulkni^r), l'im-
primeur trouva la |>laisantcrie fort
mauvaise; il attaqua Foote en justice ,
et le fit condamner à une forte amende.
Johnson, craignant d'ctr^ à son tour
livré à la risée publique, déclara qu'il
avait acheté un «norme baloa , dont
il comptait se servir à la première imi-
tation. Foote, bien averti, le laissa
tranquille. Ses succès dramatiques se
soutenaient toujours j mais les magis-
irals de Weslmiustcr , irrités contre
FOO a3i
lui, et autorisés d'ailleurs par un acte
du parlf-ment qui limitait le nombre
des théâtres, envoyèrent à Hay-Mar-
kct , un jour de représentation , une
escouade de constables qui firent vi*
der et former la salle. En 1 766, dans
une partie de plaisir , il lui arriva de
se casser la jambe entom,bant de che--
val; on parla défaire l'amputation : le
duc d'York, qui l'aimait et qui avait
été témoin de l'accident , le décida à se
laisser opérer , eu lui promettant d'ob-
tenir pour lui une patente ou permis-,
sion à vie de tenir son théâtre ouvert
au public pendant la clôture des deux
principaux théâtres de Londres, c'csf-
à-dire, depuis le 1 5 mai jusqu'au 1 5
septembre. Foote, que sa junbc de
bois n'empêcha point de continuer à
paraître sur le théâtre, et qui en tiia
même les moyens de jouer certains
rôles, devint alors plus que jamais le
favori du public. Avec un peu d'écono-
mie, il aurait pu amasser une fortune
considérable pr les recettes qu'd
faisait ; mais quelques heures passées
dans les tripots de Bath, en avaient
bientôt absorbé le produit. Foote vi-
vait dans la familiarité des nobles et
même des princes; mpis il y vivait
comme un homme qui amuse, et ne
savait pas se relever par son carac-
tère de rabaissement attaché à un
pareil métier. Comnie le plaisir était
l'occupation de sa vie , l'argent^
était le but de toutes ses actions. 11
s'était fait du scandale un moyen de
fortune, et l'employait de la manière
qui lui paraissait le plus profitable.
La duchesse de Kingston avait f^if
parler d'elle d'une manière peu avan-
tageuse. 11 lui donna, dans une co-,
médic qu'il préparait ( A Trip tô
Calais], un rôle, sous le nom de
ladf KittY Crocodile, et eut soin q\ic
son projet parvînt aux oreilles de l.i
4iichesse, qui,, camPltî ^ J axrail biea
252 FOO
compté, voulut acheter son silence:
mais les prelentions deFoote furent si
extr.ivagantes qu'elle trouva meilleur
marché de s'adresser à l'autorité; et
Foote , obligé de retrancher le rôle
de lady Kitly, sans se le faire payer ,
encourut de plus le ridicule attaché à
l'avidité dupée. Les médecins lui ayant
conseilié de faire un voyage en Fran-
ce, il fut frappé, à Douvres, d'une atta-
que de paralysie, dont il mourut pres-
que subitement le 21 octobre 1777-
Il fut enterré à Douvres ; mais on lui
a érigé depuis un monument dans le
cloître de l'abbaye de Westminster. H
était aussi amusant dans la sociéié que
sur le théâtre ; on en peut juger par
le passage suivant, de la Fie de Sa-
TnuelJohnsœif qu'a publiée Buswell.
C'est Johnson lui-même qui parle,
avec toute la familiarité de la conver-
sation ; et son témoignage est peu sus-
pect, car on a vu qu'il n'était pas dis-
posé pour Foote d'une manière favo-
rable : « La première fois que je me
» trouvai en société avec Foote ,
» ce fut à i'hotel Fitzherbert. Ayant
» assez mauvaise opinion du person-
» nage, je pris la résolution de ne
» pas m'amuser de ses saillies, et il
» est fort difficile d'amuser un homme
» contre sa volonté. Je dînai d'un air
v triste, affectant de ne pas l'aperce-
» voir ; mais le drôle fut si comique,
» que je me vis forcé de poser ma four-
» chette et mon couteau, et, renversé
» sur ma chaise , d'éclater de rire fran-
» chemcnt. Ah! Monsieur, ajoutait
» Johnson , sa gaîté était nrésistible. »
Ou cite de I ui un grand nombre de traits
cl de mots piqu mis. Le suivant ajou-
tera à l'idée qu'on a pu prendre de
son esprit et de son impudence. A la
fin d'un grand dîner, le lord Sand-
wich , un peu échauffe par les vapeurs
du vin, dit à Foote : «J'ai souvent
)) pensé à la catastrophe qui termi-
FOP
» nera vos jours j mais je crois que
» vous devez mourir ou de la v. . .
» ou du gibet. » Foote lui répon-
dit : « Cela dépendra des circonstan-
» ces; c'est selon que j'embrasserai la
» maîtresse ou les principes de votre
» seigneurie. » On a de Foote vingt-
deux pièces, qu'on ne peut pas pro-
prement appeler des comédies, et qui
pèchent surtout par l'irrégularité du
plan; mais on y trouve beaucoup de
vivacité et de gaîté; et la lecture
même en est fort amusante. Elles ont
néanmoins perdu de leur piquant , qui y
étant fondé sur des ridicules indivi-
duels, a dû disparaître en partie avec
les individus qu'il ridicuHsait. Il imt
excepter de ce jugement la comédie
du Mineur^ l'une de ses meilleures
pièces , dirigée contre la bigoterie et
la secte des Méthodistes. Il a beau-
coup emprunté à Molière et à d'autres
auteurs. On a imprimé sous son nom,
et sous le titre de Théâtre comique y
en 5 vol. in-12 , un recueil de comé-
dies , traduites du français. Après le
Mineur, on cite encore avec distinc-
tion sa pièce du Chevalier, et celle
du Diable boiteux (the Devil on two
sticks). M. William Cooke a publié
les Mémoires de Samuel Foote ^
avec un Recueil de ses bons mots ,
anecdotes , jugements authentiques ,
etc. , la plupart inconnus , et trois
de ses pièces de théâtre non impri"
mées dans ses œuvres , Londres ,
i8o5, 3 vol. in-8^ Arthur Murphy,
son ami, avait rassemblé des maté-
riaux pour écrire aussi la vie de cet
homme singulier ; il en a même laissé
des fragments qui ont été imprimés
dans la Fie d'Arthur Murphy » par
Jesse Foote. S — d.
FOPPENS (Jean-François), né
à Bruxelles en 1689 > professeur de
théologie à Louvain, chanoine et ar-
chidiacre de Malines, mort le iG juil-
FOP
let 1761 , consacra ses études à l'his-
toire de son pays. Il a donne : I. HistO'
ria episcopatiîs Antverpiensis^ ' 7 ' 7>
in-4". W.Historia episcopalûs S;yl-
vœ-ducensis ^ 1721, in^"» lH- Com-
pendium chronologicum episcopo-
rtiîïi Brugensiiim , 1731 , in -4°.
IV. Bibliotheca Belgica , Bruxelles,
1 75g, 2 vol. in-4 '. Il a refondu dans
un seul ouvrage les écrits de Valère
André , d'Aubert le Mire , d'Ant.
Sander, de Fr. Sweert sur les écri-
vains de la Belgique, et les a con-
tinués quoique incomplètement jus-
qu*en 1680, en y en ajoutant envi-
ron 56o ; ce qui porte le nombre
total à près de trois mille. Il y a
fait des additions , corrections , sup-
pressions et mutilations j mais il n'a
ajouté aucun détail biographique ,
ce qui réduit la Bibliotheca Belgica
à n'être le plus souvent qu'une no-
menclature d'ouvrages. Foppeus n'a
pas pris dans les auteurs qu'il a re-
produits tout ce qu'il y avait à pren-
dre , de sorte que l'on n'est pas dis-
pensé d'avoir les éditions originales
de Valère André, Aubert le Mire,
Sander, Sv^eert. En rapportant les
épitaphes des auteurs non catholi-
ques, Foppens prévient ridiculement
que les éloges contenus dans ces
épitaphes ne doivent pas lui être at-
tribués. Les portraits ( au nombre de
près de 4o<>) qui ornent ses deux
volumes ne sont au reste que de nou-
velles épreuves des cuivres qui avaient
déjà servi pour les Elogia Belgica
de le Mire et pour \ Académie de
BuUart. ( Foy. Bullart^I n'avait
pas promis , comme le di^^ler sur
Struvius ( Bill. hist. litlerariœ , pag.
1236), de donner un 3*. volume
qui comprendrait \es auteurs belges
depuis 1680; il avait dit seulement
qu'il remettait la suite de sa Biblio-
theca Belgica à d'autres temps , ou
FOP 255
même dans d'autres mains (poste-
riores aut contemporaneos aliis eu-
ris , seu meis, sive potiùs virorum
eruditorum, relinquens). On peut au
reste , sur la Bibliotheca Belgica de
Foppens , consulter le Dictionnaire
historique de Marchand (pag. ici
à 1 09 , note C ) , où de nombreuses
omissions sont réparées ou indiquées,
La Bibliothèque du roi en possède un
exemplaire en onze volumes aVec des
notes de M. Van dcn Block, qui sont
de très peu d'importance ; ce n'était
que le commencement d'un travail
immense. Depuis Foppens , la Bel-
gique a eu un autre bibliographe.
( V. Paquot.) V. Oratiofunehris ha-
bita in ecclesid metrop. D. Romualdi
in exequiis Caroli sexti imperato-
ris, l74^, in-4°. VI. Jpplausus
ecclesiœ Mechliniensis D. archie-
piscopo suo D. Thomœ Philippo de
Alsatid^ in-fol., pièce de vers. Fop-
pens en a composé bpaucoup d'au-
tres. VIL Basilica Bruxellensis ,
etc., seconde édition, 1743, '^ vol.
in - 8". La première avait paru sous
ce titre : Basilica Bruxellensis sive
monumenta antiqua , inscriptiones
et cœnotaphia œdis DD. Michaëll
Archangelo et Gudilœ Firgini sa-
crœ , Amsterdam, '677, un seul
volume in-8"., attribué à J. B. Chrys-
lin. VUL Auberti Mirœi opéra di-
plomatica et historica, éditio secun-
da , auctior et accuratior , Lou-
vain, 1723-48, 4 vol. in-fol. Les
ouvrages que Foppens a laissés eu
manuscrit, et dont nous avons con-
naissance , sont : 1 *'. Dissertatio de
Bibliomanid Belgica hodiernd^ in
qud specialiter de libris agitur quos
anno 1 765 plaçait phœnices libro-
rum appellare ; 2". Epitaphia Bru-
gensia quœ exlant in diversis eccle-
siis, nec non Ostendana, Dixmudana
et in ecclesid parovhiali de Foug-
a54 FOQ
ques; 5". une Chronique abrégée de
la ville de Bruxelles. — Foppens
( François et Pierre ), frères de Jean-
François, ont donne' les Délices des
Pays - Bas , 1 745 , 4 vol. in - 1 2.
Hoyois ( Bibliothèque des Pays-Bas)
pense que le premier autciu' de cet
ouvrage est Dobbeleer , libraire à
Bruxelles, qui le fit paraître eu 1697,
un vol. in- 12; il le dédia à J. B.
Chrysfin , qui y travailla , et donna
l'édition de 1 7 1 t , 3 vol. in-S". De-
puis les frères Foppens, le P. Griflel
a donne' une nouvelle édition de ce
livre, Liège, Bassompierre, 1769,
5vol.in-8". A.B— -T.
FOQUELIN (Antoi>£), ne dans
le Vermandois , a fait imprimer à Pa-
ris en i555 une édition des Satires
de Perse, avec un commentaire la-
tin : elle est dcdic'e à l^;iraus , dont
Foquelin avait pendant neuf ans reçu
les leçons. Après avoir donné à Paris
des cours publies sur la philosophie
d'Aristote, Foquelin alla professer le
droit à Orléans. 11 était élève de Cu-
jas, et se montra digne d'un si grand
maître. Ses Frœlectiones Aurelianœ,
qui contiennent ses cahiers sur la
substitution ordinaire et la sub^lilu-
lionp'jpillairesoutappeléesparSaxius
Aureolus Ubellus , « un petit livre
» d'or. » Cet ouvrage , dont la pre-
micre édition est de Paris, iSSq, a
été réimprimé à Leydo en 1677 el
1695. B— ^ss.
FOREES, en latin, Forbesius y
nom d'une famille noble du comté
d'Aberdeen, en Ecosse, laquelle a pro-
duit plusieurs personnages qui méri-
tent d'clre connus. ForbÈs (Patrice),
seigneur de Corse et baron d'Oueille
dans ce royaume, était né en i504 »
et avait embrassé ieiat ecclésiastique.
)1 avait atteint Tage de qnaranle-liuit
ans , lorsque son évcque lui fit de vi-
yes iiibtiiJices pour l'enga^^er à prcud^e
FOR
une cure de campagne, qu'il desservît
avec beaucoup de zèle pendant quel-
ques années. L'évêché d'Aberdeen
étant venu à vaquer, Jacques 1^'. y
nomma Patrice Forbès , qui s'acquitta
des fonctions épiscopales en véritable
apôtre. Ce prélat pieux, ami des let-^
très et protecteur de ceux qui les cul-
tivaient, mourut en i635, âgé de
soixante-onze ans, après dix-sept an-
nées d'épiscopat. Il a composé: I. Un
Commentaire sur l'Apocalypse ,
Londres, i6i5, en anglais, traduit
depuis en latin par son fils, qui Ta pu-
blié avec des notes, Amsterdam, 1 646,
in-4". IL Exercitaliones de verbo
Dei , et dissertatio de versionibus
vemaculis. — ForbÈs (Jean ) , fils
du précédent , et théologien célèbre de
l'église anglicane , né à Aberdeen en
1593, avait eu beaucoup de succès
dans ses premières études. Après les
avoir finies , il commença , au collège
d'Aberdeen, un cours de théologie,
qu'il alla continuer à l'univtrsitéd'Hei-
delbcrg, sous le docteur David Pa-^
rœus. S'il était vrai, comme le dit
Piclet dans ses œuvies mêlées, que
Je.tu Forbès, en 160B, eût soutenu
une dispute publique contre l'arche-
vêque et les docteurs luthériens d'Up-
sal , il faudrait que fort jeune il «ut
fait d'txtiêraes progrès eu théclogie,
puisqu'alors il u'auiait eu que quii:ze
ou tout au plus seize ans. Aussi celte
anecdote est-<lîe révoquée en doute.
Forbès visita plusieurs autres acadé-
mies et universités d'Allemagne, |>our
y pcrfeclionucr son instruction. Il y
étudia av^soin la langue hébraïque,
et revint dahs sa patrie profondément
versé dans la théologie et l'histoire ec-
clésia.stiquc, et nourri de la lecture
des Pères. L'université d'Aberdeen
s'empressa de s'attacher un sujet aussi
dislingue. Ou créa tout exprès pour
lui Uttc chaire destinée à dts leçons où
FOR
U tlieologic devait se trouver réunie
à riii:>toire du christianisme, étude
uu peu tombée en Ecosse, et que It^s
circonstances exijieaient qu'on relevât.
11 remplit celte tâche avec applaudis-
sement. Forbès voulait ê're évêque,
et tenait aux opinions des e'piscopaux ,
rejetées par Téglise d'Ecosse entière-
ment presbytérieunej il avait signé les
cinq articles de Jacques I**". , et refusé
le covenanl : cela le rendit susp( et.
Déféré, en 1640, au synode d'Aber-
deen, il y fut condamné et dépouillé
de sa chaire : les troubles augmentant,
il se retira, en 1642, en Hollande.
11 y profita de son loisir peur revoir
les leçons qu'il avait faites à Aberdeen,
et mettre la dernière main à quelques
ouvrages ; il en fit imprimer plusieurs.
Après avoir passé environ deux ans
en Hollande, il retourna eu Ecosse,
et alla se fixer dans sa terre de Corse,
où il vécut dans la retraite, joignant
à l'étude une conduite extrêmement
édifiante. Il y mourut le 29 avril
3648. Les protestants rigoristes lui
reprochent son tolérantisme et le de-
sir qu'il laissait entrevoir d'un rap-
prochement entre les communions
réformées et l'église romaine. H a
laissé les ouvrages suivants : 1. Insti-
tutiones hislonco-lheologicœ , Aras-
tcrdam,in-fol., 1646; Genève, 1699.
Ces institutions sont le résultat des le-
çons que Jean Forbès faisait à Aber-
deen quand il y professait. C'est l'ou-
vrage le plus considérable de ce théo-
logien j il y fait remarquer les dijïe-
reules circonstances qui, selon lui,
ont successivement amené des chan-
gements dans la discipline ecclésiasti-
que j il note les erreurs ou vraies ou
prétendues , telles qu'elles sont nées
dans chaque siècle, et les questions
qui ont clé agitées dans TEglise depuis
les temps apostoliques jusqu'au i 'J^
sicçîe.On y trouve vecueiliis avec grand
FOR 255
soîn tous les passages des anciens au-
teurs ecclésiastiques, qui concernent
les matières dont il traite , et qui peu-
vent faire'voir quel a été leur senti-
ment. Cet ouvrage, dont il y a une am-
ple analyse dans les Mémoires du Père
Nicéron (t. 42), réunit, lorsqu'il parut,
les suffrages des professeurs des uni-
versités de Leyde et d'Utrecht. On en
a un abrégé , sous le titre de Amoldi
Montani Forhesius contractas, Ams-
terdam, i663. 11. Dix Livres de
Théologie morale , qui contiennent
une explication du Décalogue , im-
primés sur le manuscrit de l'auteur.
Cet ouvrage est regardé par les protes-
tants comme un corps complet de mo-
rale chrétienne. L'auteur y emploie
moins le raisonnement que l'autorité,
s'appuyanl toujours sur le témoignage
^es Pères ou des théologiens scolasli-
ques. IIL Briève idée de la vie inté-
rieure^ tirée des amples commen-
taires des exercices spirituels , que
M- Garden a eus en écossois de la
propre main de Forbès , et qu'il a
traduits enlatin.lY. Les commen-
taires delà vie intérieure et des exer-
cices spirituels de Forbès , écrits par
lui-même, et traduits en latin par
M. Garden. C'est le journal des exer-
cices de piété de l'auteur ; ces corn-
mentaircssontsuivis de deux Sermons
et d'une Dissertation. V. Irenicum
amatoribus veritatis et pacis in ec-r
clesid^cotiand. Ce sont des conseils
et des moyens de conciliation pour
parvenir à rétablir la paix entre les
épiscopaux et les presbytériens, avec
nne dissertation en faveur du gouver-
nement épiscopal. VI. Un Traité du
devoir et de la résidence des pas-^
teurs. L'auteur y traite de leur fuite
légitime ou illégitime en temps de per-
sécution. M. Gutler, professeur de
théologie à Devenler, a donné le rc^,
cueil des œuvres de Jean Forbès,
a56 FOR
Amsterdam, 1703, 1 vol. in-foK,
dont le 2«. conlienl les instilulions
hisloiico-tliéologiques, que rautenr
avait revuesavec soin dans sa retraite
après son retour de Hollande , et aux-
quelles il avait fait des changements
et des augmentations. Sa vie, delà
composition de George Garden , se
trouve à la tête du premier volume.
— • FobbÈs ( Guillaume ), premier
«vêque d'Edimbourg , né vers Tan
1 585 , à Abcrdeen , et de la même fa-
mille que les pré<;e'dents , commença
ses études dans sa patrie , et se fit
che'rir de ses maîtres, par sa douceur,
5a modestie, les espérances que don-
nait son génie naissant, et par son ap-
plication à l'étude. A seize ans il avait
achevé son cours de philosophie,
quoiqu'il Teùt doublé et y eût employé
quatre ans. Lorsqu'il passa maîire-ès-
arls , il soutint ses examens avec tant
de distinction , que Gilbert Grey ,
principal du collège Marshal , le jugea
digne d'y occuper une chaire de logi-
que : il exerça cet emploi pendant qua-
tre ans , se tenant fidèlement attaché
aux principes d'Aristote,.et combattant
les nouveautés que Ramus avait in-
troduites, lesquelles commençaient à
se répandre, A l'âge de vingt ans,
Guillainnc Forbès, se destinant à l'état
ecclésiastique, visita l'Allemagne dans
Je dessein de perfectionner ses con-
naissances et de se rendre habile dans
la théologie; il s'arrotait partout où il
trouvait des moyens de s'instruire.
]| suivit les leçons des professeurs
d'Helmstadt, d'Heidclbeig et des au-
tres universités , fît une étude sérieuse
de l'Ecriture-Sainte , des PP. de l'E-
glise, des scolasti(|ttcset des conlrover-
sisles. Aux langues latine et grecque
qu'il possédait parfaitement, il joignait
la connaissance de la langue sainte , et
y réussit tellement qu'il eût pu le dis-
puter aux plus habiles rabius. Après
FOR
avoir pa^sé quatre ans dans ces occu-
pations, il se rendit à Leyde, où il vit
Grotius, Vossius et d'autres savants
avec lesquels son mérite lui procura
aisément d'intimes liaisons. Sa santé ,
altérée par la fatigue des voyages et
l'étude , ne lui permit ni de repasser
par la France et l'Italie , comme il se
le proposait, ni d'accepter une chaire
d'hébreu qu'on lui offrit à Londres. 11
revint à Aberdeen , où ses forces étant
revenues, le comte Forbès, son parent,
le fit nommer pasteur de l'église d'Al-
fort: le talent distingué qu'il avait pour
la prédication , porta les habitants de
la ville d'Aberdeen à le demander pour
ministre. Il céda à leurs instances ;
mais cet emploi devenant trop fati-
gant pour lui , on le nomma à la prin-
cipalitédu collège Marshal , comme à
une place de repos. Son zèle ne lui
permit pas d'en jouir à ce titre. Il s'as-
treignit à y faire , trois fois la semaine ,
des leçons de langue hébraïque et de
controverse. Il rendit d'autres services
à ce collège, lien restaura et augmenta
les bâtiments, en décora l'église , et y
fit bâtir une salle de bibliothèque , qui
bientôt s'enrichit de bonslivres. L'uni-
versité reconnut ces services, en le
nommant successivement doyen de la
faculté de théologie et recteur magni-
fique. Sa réputation fit souhaiter à la
ville d'Edimbourg de l'avoir à la tetc
de son église. Forbès s'excusa sur
sa santé. Mais lo synode provincial
n'ayant point agréé ses excuses , il fut
obligé d'obéir. Il fut reçu àEdinibourg
avec toutes sortes de marques d'estime.
Malheureusement ces dispositions fi-
vorables durèrent peu. Forbès avait
sur l'épiscopat des sentiments con-
traires à ceux des presbytériens, qui
prévalaient à Edimbourg. Quoique
dans ses sermons il n'exposât ses opi-
nions qu'avec beaucoup de modération
cl de sagesse , il déplut. Ou chercha k
FOR
le diffamer, et on l'accusa de papisme.
11 prit la re'solution de quitter Edim-
bourg et de retourner à Aberdeen. II y
fut reçu avec joie , et y reprit ses pre-
mières fonctions. Le roi Charles I",
étant venu se faire couronner à Edim-
bourg , Forbès fut nommé pour aller
le haranguer et pour prêcher le pre-
mier sermon devant lui. 11 s'acquitta
de cette double fonction d'une manière
si agréable au monarque , que ce
prince , ayant fondé à Edimbourg un
e'vêché , il y nomma Forbès. Le nou-
veau prélat ne jouit pas long-temps de
cette dignité : étant tombé grièvement
malade, il ne songea plus qu'à se pré-
parer à la mort. Il se fit administrer
I eucharistie , après avoir fait sa con-
fession à un prêtre et en avoir reçu
l'absolution , ce qui fit croire qu'il était
catholique dans le cœur; opinion que
semble confirmer la conduite d'un fils
qu'il laissait, lequel, dans la suite, se
déclara ouvertement catholique ro-
main.Foi bèsmourutle I*', avril 1634,
âgé seulement de 49 'ins. Tl n'y avait
que trois mois qu'il avait été nommé à
lepiscopat. Il fut enterré dans son
église cathédrale. C'était unbomme de
bien et d'une grande piété. 11 jeûnait
et se mortifiait comme un anachorète.
II avait une mémoire admirable , était
excellent dialecticien , retranchait des
disputes théologiques tout ce qui n'était
point essentiel , et desirait ardemment
l'unanimité de sentiments parmi les
chrétiens. Il ne publia rien de son vi-
vant. Il avait préparé et laissé en ma-
nuscrit , un livre intitulé. Considéra-
tiones modestœ controversiariim ,
lequel fut imprimé à Londres en i658,
in-8\, et à Helmstadt en i655.Ilen
parut unetroisième édition à Francfort-
snr-le-Mein , en 1707. A la tête du
livre se trouve un abrégé de la vie de
l'auteur. Le livre de Guillaume Forbès,
écfitavec beaucoup de modération , ne
plut point aux protestants rigides ,
dont l'esprit ardent ne voulait entendre
à aucune composition. Outre cet ou-
vrage , Forbès avait laissé en mou-
rant un exemplaije des controverses
de Bellarmin , 4 voL in-folio , dont
toutes les marges étaient remplies de.
notes de sa main. Une partie de ces
notes, qu'il avait mises en ordre , avait
servi à la composition des Considéra-
tiones modestœ. Cet exemplaire d&
Bellarmin tomba entre les mains de
Robert Baron, qui avait succédé à
Forbès dans sa chaire. Il devait faire
imprimer ces notes dont il faisait grand
cas , et y joindre des observations et
des dissertations. Il mourut avant
d'avoir pu exécuter ces desseins.
L— Y.
FORBES (Duncan), juriscon-
sulte écossais , né en 1 685 à Culloden ^
dans le comté d'Inverness, étudia aux
universités d'Edimbourg , d'Utrechl
et de Paris. De retour dans son pays ,
les talents et le caractère qu'il déploya
au barreau , lui acquirent une grande
réputation , et lui valurent, en 1 7 1 7 »
la place de solliciteur général d'È-
cosse , en 1 7*^5 celle d'avocat du roi ^
et, en 1 742 , la place de premier pré-
sident de la cour de session. Il repré-
senta son comté natal dans le parle-
ment, entre les années 1722 et 1737.
Pendant la rebeUion qui éclata ea
1745 et 174^? 6ÏÎ faveur du préten-
dant, il signala son zèle pour le gou-
vernement, en engageant ses propres
biens pour le soutien de la causeï
royale. La gloire d'avoir contribué à
rétablir l'ordre dans l'état , fut la seule
récompense qu'il recueillit de ses ser-
vices; et après s'être presque ruiné
pour le bien public, lorsqu'il s'atten-
dait à quelque dédommagement, le
ministère n'eut pas honte de lui de-
mander un état des dépenses qu'il
avait faites. Ce trait d'indélicatesse
»58 FOK
TafFecta au point que le cliagrin qu'il
en eut avança, «lit-on, sa mort, arri-
vée en 1747» IJ f'»t 3 '3 iois un juge
intègre et plein d'humanité; religieux,
mais sans superstition ; bienfaisant et
ch^ritabie envers les malheureux, de
quelque serte quMs fussent. 11 était
très savant , et écrivait avec élégance.
On a de lui qut Iques ouvrages esti-
més en Angleterre , mais qui n*ont
point de rapport à sa profession , et
qui ont été publiés en 1 750, en 2 vol.
iu- 1 "X. Ce sont : 1. Pensées sur la reli-
gion. II. Lettre à un évëque. III. Ré-
Jlexions sur V incrédulité , *75o,
2 vol. in-8". Ils ont été traduits en
français. Le P. Houbigant a donné les
ouvrages de Forbès, contenant ses
Pensées sur la religion naturelle
et révélée. Lettres à un éi^éque ,
Réflexions sur l'incrédulité, tra-
duction de l'anglais, 1768, in-8°. ;
177 r , in-8<*. Eidous avait traduit les
Réflexions sur les causes de l'in-
crédulité par rapport à la reli-
gion y 1768, in- 12. — FoRBEs (Sir
William), de Pitsiigo, baronet an-
glais , esliraé pour ses talents et pour
son caractère bienfaisant , avait été
l'ami intime, et fut un des exécuteurs
fcslaraentaires du poète Bcatlic. Il pu-
Wia en 1 806 : An Account of the
life, etc. {Mémoires sur la vie et les
ouvrages de Jacques Bealtie , com-
prenant un grand nombre de ses let-
tres inédites ) , 2. vol. in-4**. , avec un
portrait de Bealtie d'api es Keynolds,
et des fac simile de son écriture.
Forbès njourut ptu de temps après.
Son ouvrage fut lu avec avidité , et
parut fort supérieur, pour l'intérêt,
l'exactitude et l'élendue des détails , à
ceux qui l'avaient précédé sur le même
fujet; mais on fut un peu dégoûté du
ton continuel de panégyrique qui y
règne, et que ne justifient pas trop
dta ayenx contenu» dans la corres«
Fon
pondance même du héros. It paroi
en 1807 une seconde éiition de ce»
Mémoires. William Mudfort, qui a
donné depuis une ViedeBeatlie, Lon-
dres, 1809, in- 12, a beaucoup dé-
primé le mérite de l'ouvrage de For-
bès , mais n'a pas dédaigné cependant
de le copier, en plusieurs endroits,
assez littéralement. X — s.
FOKBIN (Palamède de), dit le
Grand y seigneur de Soliers , d'une
ancienne maison de Provence, fut
d'abord p^é^idcnt de la chambre des
comptes , et ensuite conseiller d»i roi
René. Son mérite et sa capacité lui va-
lurent l'entière confiance de ce prince ,
qui ne prenait aucune décision impor-
tante sans avoir son avis. Il continua
à jouir de la même faveur sous Cbarle»
d'Anjou, successeur de René; et ce
fut Forbin qui lui persuada , dans le
cas où il mourrait sans enfant mâle ,
de laisser ses états au roi de France.
Charles étant mort le 1 1 décembre
1481 , Louis Xl prit possession de
la Provence , et en nomma Forbia
gouverneur, avec le privilège de dis-
poser de toutes les charges en faveur
de qui il jugerait convenable. L'année
suivante, Forbin convoqua les états,
et y fit confirmer les ordonnances
qu'il avait rédigées jwur l'administra-
tion du pays : il nomma son gendre
grand sénéchal, son fils juge-maje,
et distribua les autres emplois â ses
parents ou à se^i créatures. Ce haut
d<'gré de fortune lui avait suscité de
nombreux ennemis; i's chercLèrent à
le perdre dans l'esprit du roi , en
l'accusant de faire nn emploi coupable
des deniers publies. Le roi, fatigué des
plaintes qu'il recevait , envoya un
commissaire pour examiner la con-
duite de Forbin, qui n'eut \^s de
peine à confondre ses accusateurs.
Mais, après la mort de Louis Xl , il
fut obligé de céder à ses ennemis, et
FOR
adressa au roi la démission de tous
Ses emplois. Il survécut plusieurs an-
nées à ce revers , qu'il soutint avec
courage , et mourut à Aix , a« mois
de février 1 5o8. PalafnèJi- Forbin ,
dit un de ses compatriotes (Bouche),
est uu des plus grauds homfues en
tout genre , que U Provence ait pro-
duits depuis Gharlemagiic. — Forbin
(Gaspard de), seigneur de Soiieis et
dilgt.-Ginual , fut député par la no-
blesse de Provence à rassemblée' des
KOtables, convoquée à i^ouen en i6i 7.
Il a laissé des ouvrages manuscrits ,
parmi lesquels on cite : I. Mémoire
sur les troubles de Provence de 1 578
à 1 588 , in-4**' f^et ouviage était con-
servé dans h bibliothèque du marquis
d'Aubais. II. Mémoires pour servir à
Vhistoire de Provence, contenant
ce qui s'est passé depuis le mois de
mai i588, jusqu'au 16 novembre
1697 Le Long dit que César Nostra-
damus a bien profité de cet ouvrage
pour la rédaction de son Histoire de
Provence. W — s.
FOaBIN. rqr. Janson et Rosem-
BERG.
FORBIN (Claui»), chef d'escadre
des armées navales de France , naquit
en i656 , à Gardane , près d'Aix en
Provence. Sa famille était Tune des
plus distinguées de cette province. Il
entra de bonne heure dans la marine,
fut recommandé au maréchal de Vi-
vonne par son oncle, qui était capitaine
de vaisseau, etsrrvit,en 1675, dans
Texpédition de Messine. Ennuyé en-
suite du repos dans lequel on le lais-
sait, il entra dans l'armée de terre;
mais il reprit bientôt la mer, et fit la
campagne d'Amérique avec le comte
d'Estrées , puis , avec Duquesne , celle
dans laquelle Alger fut bombardé. Dans
toutes les occasions il se distingua par
une valeur qui allait jusqu'à la témé-
rité. Lorsqu'en i685 le chevalier de
FOR 239
Chauraont fut envoyé en ambassade à
Siam, Forbin l'accompagna en q laiité
de major. L'activiléqu'il montra en s'ac-
quittaut des fonctions de cet emploi,
plut tellement au roi de Siam , que ce
prince voulut le retenir auprès de lui
quand Cbaumonl revint en Europe.
Constance, principal ministre de ce
monarque, fut ravi de ses desseins sur
Forbin. La liberté avec laquelle ce der-
nier s'expliquait sur le peu d'avantage
que la France retirerait de ses liaisons
avec ce pays lointain, donna au mi-
nistre lieu de craindre qu'un homme
d'un caractère si. franc nefîtécbouer,
en retournant en France , les projets
qu'il avait formés, pour son propre in-
térêt, sur une alliance avec ce pays,
et qu'il conduisait avec beaucoup,
d'adresse. Il persuada au roi de pren-
dre à son service un certain nombre
d'étrangers. Forbin se vil , malgré sa
répugnance, ob'igé d'accepter la char-
ge de grand-amiral , général des ar-
mées du roi et gouverneur de Bancok ,
et reçut les marques de sa dignité. Ce
poste éminent ne lui attira que des d^
sagréments de tout genre de la part de
Constance inêm:e , jaloux de la f iveur
que le roi lui témoignait. Au bout de
deux ans, il demanda, sous prétexte de
sa mauvaise santé, à se retirer du ser-
vice , et en ob:iot la permission. « Je
» m'estimais si heureux, dit-il dans ses
» Mémoires, de quitter ce maudit pays,
» que j'oubliais, dans ce moment , tout
» ce que j'avais eu à souffrir. » Il se reiî«
dit à Pondichéri, et, après différentes
courses dans les mers voisines, il s*em-
bârqua pour la France où il arriva en
1688. Le rapport qu'il fil en parlant à
Louis XIV, ne fut pas favorable au
royaume de Siain ; et dans les entre-
tiens qu'il eut avec Seignelai, ministre
de la marine , et avec le P. Lachai>e ,
il ne leur déguisa pas !a vérité sur ce
pays. Lors de la guerre qui éclata ea
34o FOR
1689 , le chevalier de Forbia eut le
commandement d^une frégate destine'e
à croiser dans la Manche. li fit une
partie de cette cimpagne avec Jean
ljartli,ettous deux soutinrent brillam-
ment l'bouneur du pavillon français.
Le son des armes est journalier; après
avoir fait des prodiges de valeur, ils
furent pris , conduits à Plymouth et
mis sous les verroux. Deux hommes
d'un caractère aussi entreprenant ne
pouvaient supporter long-temps le re-
pos ni la captivifë. La fortune sourit à
leurs efforts; ils s'échappèrent et abor-
dèrent heureusement sur les cotes de
Bretagne. Quand Forbin se pre'senla
chez le ministre , celui-ci , qui pouvait
à peine en croire le témoignage de ses
yeux, lui dit: D'oii venez -vous?
— D'Angleterre. — Mais par.oiî dia-
ble avez-vous passé? — Par la fenêtre,
monseigneur. — Forbin demanda au
roi , que le récit de son aventure in-
téressa beaucoup, la permission d'aller
prendre sa revanche. Il obtint le grade
de capitaine de vaisseau , et une grati-
fication pour l'indemniser des pertes
qu'il avait éprouvées : il remercia le
ministre et le roi; mais, non moins
généreux que reconnaissant, il repré-
senta que Ton avait Tair d'oublier Jean
Barth , qui cependant méritait que l'on
se §puvîut de ses services , qui était
son commandant , et qui , dans la
dernière occasion , n'avait pas moins
mérité que lui. Louis XIV , frappé de
cette grandeur d'ame , se tourna vers
Louvois, et lui dit : « Le chevalier de
Forbin vient de foire une action bien
généreuse et qui n'a guère d'exemple
dans ma cour. » Le lendemain Forbin
apprit que sa recommandation eu fa-
veur de Jean Barth , avait été efficace :
ce ne fut pas assez pour lui; l'occasion
lui sembla favorable, il en profita pour
recommander au ministre les officiers
qu'il avait laissés prisonniers en Angle-
FOR
terre. Aussi , peu de temps après , Sei-
gnelai étant allé à Brest, où se trou-
vait Forbin , le proposa pour exemple
aux officiers. Pendant le reste de la
guerre , Forbin servit, soit sur un bâ-
timent qu'il arma eu course , soit sur
les vaisseaux de l'état , et eut de nou-
veau l'occasion de se signaler avec son
fidèlecompaguon Jean Barth.Ils firent
ensemble des prises considérables sur
les Hollandais , et ravagèrent les c4|ës
d'Ecosse. Ce fut au retour de cette ex-
pédition , qu'il mena Jean Barth à la
cour. ( roj^. Barth. ) A la bataille de
la Hogue, Forbin fut blessé , mais il
sauva son vaisseau ; et à la célèbre
journée de Lagos , où Tourville prit sa
revanche , Forbin brûla trois bâti-
ments ennemis et s'empara d'un qua-
trième. Il fît ensuite respecter le pavil-
lon français dans la Méditerranée, tant
par les Algériens que par les corsaires
de Flessingue. Il accompagna le comte
d'Esirées à la prise de Barcelone ; et
quand la paix fut signée , en 1697 » ^^
eut ordre d'aller annoncer cette nou-
velle en Sardaigne. L'année suivante
il alla , comme ambassadeur extraor-
dinaire, à Alger. La guerre de la suc-
cession d'Espagne rappela Forbin aux
combats. Eu 1702, il fut chargé, par
Louis XIV, de croiser dans l'Adria-
tique , parce que i'on savait que la ré-
publique de Venise faisait passer des
vivres à l'armée de l'empereur en Ita-
lie. Forbin, avec un vaisseau, deux fré-
gates et deux galiotes , se rendit abso-
lument maître du golfe. Il bombarda
Triesle , menaça d'autres parties de la
côte, et détruisit un grand nombre de
bâtiments ennemis. Son action la plus
hardie fut d'attaquer, dans le port de
Malamocco , un vaisseau anglais qui
armait pour le service de l'empereur.
Il s'en empara après un combat opi-
niâtre. Ce trait d'audace rendit Forbin
redoutable aux ennemis et répandit là
FOR
terreur parmi les Ve'niliens. Quand il
revint à Toulon , son vaisseau était sur
le point de couler bas. Il vcnaitde ter-
miner une longue croisière dans la Me-
diterrannée, lorsqu'il reçut, en 1 706,
le commandement d'une escadre de
huit vaisseaux qui était à Dunkerque.
A peine fut-il hors du port, qu'il rra-
contra une flotte nombreuse de navires
marchands, escortée par uu vaisseau
de ligne et trois frégates : il enleva dix
navires richement chargés; tout le
reste prit la fuite. Une autrefois il atta-
qua, avec sept bâtiments qui lui res-
taient, une flotte de cent voiles hollan-
daises , escortée par six vaisseaux de
ligne. II prit, à l'abordage, le vaisseau
commandant, qui bientôt fut en feu; il
encoula à fond un second qui était venu
l'attaquer ; un troisième tomba entre
les mains d'une des frégates françaises.
Une autre campagne dans la mer du
îford, en 1707, donna occasion à
Forbin de livrer aux Anglais un san-
glant combat : 'e roi, pour le récom-
penser , le fit chef d'escadre et comte.
Enflammé d'un nouveau zèle, Forbin
alla combattre les ennemis de la Fran-
ce au-delà du cercle polaire , dans la
mer Blanche. Les tempêtes fréquentes
dans les mers boréales ne l'empêchè-
rent pas de battre à outrance les An-
glais et les Hollandais qui naviguaient
le long des cotes de la Norvège et du
Finmaïk. Il prit sur la rade deVardoe-
huus plusieurs navires marchands hol-
landais , et, passant par le nord de
l'Ecosse et de l'Irlande , il entra heu-
reusement à Brest. Pour tromper les
ennemis qui auraient pu le guetter à
son passage , il avait imaginé d'écrire
des lettres par lesquelles il mandait au
ministre qu'il ferait son retour à Dun-
kerque , et il avait mis ces dépêches
à bord d'un petit bâtiment qui , ainsi
qu'il l'avait supposé, tomba au pouvoir
de ceux qu'il voulait tromper. Le tort
XV.
FOR 241
qu'il avait caiisé au commerce des An-
glais et des Hollandais , était si grand
que ceux-ci s'en plaignaient hautement;
et « ils avaient d'autant plus de raison
, » d'en témoigner de l'étonnement , dit
» Forbin , qu'il était sans exemple que
» les Français eussent poussé leurs
» courses si avant dans le nord. » La
même année Forbin se signala avec
Duguay-Trouin , dans le combat qui
fut hvré aux Anglais près du cap Lé-
zard. ( Foy, Duguay-Trouin. ) On lui
confia,eni7o8,lecommandemcnlde
l'escadre qui devait porter le Préten-
dant en Ecosse; les Anglais faisaient
si bonne garde le long des côtes, qu'il
ne put réussir, et rentra à Dunkerque.
Il avait prévu le mauvais succès de
cette expédition , dans laquelle il
montra une présence d'esprit admi-
rable : mais tout sembla s'être réuni
pour le contrarier ; ce qui lui occa-
sionna bien des désagréments. Ils fu-
rent poussés à un tel point, qu'après
avoir rempli quelque temps les fonc-
tions de commandant de la marine à
Dunkerque, Forbin, que les infir-
mités, suites de l'âge et des fatif;ups ,
commerçaient à accabler, se relira
du service en 17 10, et alla passer le
reste de ses jours dans une maison
de campagne près de Marseille. H v
mourut le 4 niars 1753. Il avait
rédigé ses Mémoires, qui ont été pu-
bliés par Reboulet, Amsterdam, 1700,
2 V. in- 1 •!. Dans cet ouvrage, écrit avrc
facilité, et que la vivacité de h narra-
tion et la variété des événements font
lire avec plaisir, Forbin, quoiqu'il r.e
se montre pas sous un jour désavan-
tageux , ne cache cependant aucun de
ses défauts. Son naturel était vif, bouil-
lant et impétueux. Cette fougue, qne
l'âge ne put entièrement amortir, lui
attirait souvent des affaires qu'il fallait
terminer les armes à la main. Louis
XIV l'aimait , et lui adressait souvent
242 FOR
des choses flatteuses. «Avouez, lui dit
uu jour ce monarque, que mes enne-
mis doivent vous craindre beaucoup.»
— « Sire , répliqua Forbin , ils crai-
p;nent les armes de Votre Majesté.»
Une autre fois ce prince dit : « Voilà
un homme que les Vénitiens n'aiment
guère et que mes ennemis craignent
beaucoup. » Malgré cette bienveillance
du roi , Forbin ne fut pas récompensé
comme il le méritait; il n'avait, à sa
mort, qu'une pension de 5ooo livres.
Sa brusque franchise lui avait fait trop
d*ennemis dans les bureaux du minis-
tère; et ceux-ci eurent le dessus quand
il eut perdu Scignelai et Bontcmps,
qui avaient de l'amitié pour lui. For-
bin , dans sa retraite , devin t un homme
nouveau. Il ne s'occupa plus que des
devoirs de la religion : rigide envers
lui-même , indulgent pour les autres ,
son bien devint le patrimoine des pau-
Tres. Au reste , sa libéralité s'était déjà
manifestée d'une manière qui lui fait
le plus grand honneur. Le vice-roi de
Barcelone lui avait fait abandon de
ses droits sur uu navire français, con-
duit dans ce port par un corsaire fles-
singuais , que la tempête avait forcé
d'y entrer. Forbin rendit au proprié-
taire le navire, qui était d'une valeur
immense. E — s.
FORBISHER. Foy, Frobisher.
FOaBONNAlS ( François Veron
de), inspecteur-général des monnaies,
membre de l'institut, naquit en l'^i'i
au Mans, où son trisaïeul avait fondé
une manufacture d'étamines , connues
dans le midi de l'Europe sous le nom
de Férones. Après avoir terminé ses
études à Paris , le jeune Forbonnais
voyagea , pendant deux années , en
Italie et en Espagne, pour les affaires
commerciales de son père. Un de ses
oncles , riche armateur de Nantes ,
l'appela auprès de lui, en 1745. Le
mouvement extraordinaire de cette
FOR
place opulente , les vaisseaux riche-
ment chargés que recevait son port,
frappèrent vivement Forbonnais, et
tournèrent son esprit, naturellement
réfléchi, vers l'étude de l'économie
politique. Pendant un séjour de cinq
ans dans cette ville, il recueillit un
grand nombre d'observations impor-
tantes sur les manufactures, le com-
merce, la marine, les colonies , la va-
leur des monnaies, etc. Forbonnais
ouvrit, en 1760, par ^Extrait de
VEsprit des lois , la carrière qu'il de-
vait parcourir avec gloire. Il vint à
Paris en 1 75*2, et présenta au gouver-
nement divers mémoires sur les finan-
ces ; mais, s'étanl permis de défendre
ses principes en présence et contre
l'opinion du ministre dont il sollicitait
la faveur, il n'en reçut qu'un accueil
dédaigneux, et fut éconduit. Inspiré
par cette noble fierté que nous donne
le sentiment de nos forces, Forbonnais
prit dès-lors la résolution de ne jamais
f.dre sa cour aux grands , et d'adresser
directement ses idées au public. Riche
de son propre fonds , et des matériaux
nombreux qu'il avait amasses, il pu-
blia , de 1755 a 1758, plusieurs trai-
tés, dont les phis importants sont les
Eléments du commerce , et les Pie-
cherches et considérations sur les
finances de France. Tous ces ouvra-
ges , dirigés vers un but éminemment
utile , associèrent leur auteur à la gloire
des hommes célèbres qui , dans le
même temps , honoraient notre littéra-
ture. Voltaire, BufTun , Montesquieu,
dont les écrits lumineux ont agrandi
l'horizon du génie. En 1756, un bre-
vet d'inspecteur-général des monnaies
fut la récompense de ses premiers
travaux. La France , à cette époque ,
était épuisée par unegucrre désastreuse
qui moissonnait l'chte de' sa popula-
tion , et stérilisait nos provinces. L'étal
des finances était tel, qu'il ne restait, en
FOR
î-^SS, que i,5oo,ooo îir. au trésor.
Le gouvernement , instruit à l'e'cole du
înalheur, sentit le besoin d'appeler
autour de lui les citoyens capables
d'ëclairer sa marche, pour Taider à
cicatriser les plaies du corps politique.
Forbonnais ne fut point oublie. Trois
ministres, Berryer, Choiseul et Belle-
Isle l'associèrent secrètement à leurs
travaux , et lui demandèrent des con-
seils. Silhouette , devenu contrôleur-
général en 1739, voulut l'attacher à
son département. Forbonnais refusa
d'abord, et ne se rendit que sur un
ordre du roi , qui l'honorait de son
estime. <c Du moment qu'il fut installé
au contrôle-général , en qualité de pre-
mier commis , il y acquit toute la pré-
pondérance que devaient lui donner
son nom et ses lumières. Tout ce qui
s'est fait de brillant et de juste sous
Silhouette , est presque en entier son
ouvrage. » Une de ses plus importantes
opérations fut de créer , dans les fer-
mes générales du royaume, soixante-
douze mille actions, chacune ds 1000
francs, auxquelles il a'tribua la moitié
des bénéfices dont jouissaient les fer-
miers-généraux. Cette ressource, qui
produisit en vingt-quatre heures 72
millions sans grever l'état , fut vive-
ment applaudie. Il suspendit en outre
plusieurs privilèges concernant la
taille, et réduisit beaucoup de pen-
sions (i). Pendant son administration,
qui dura plusieurs années, et lui fit le
plus grand honneur , Forbonnais
s'imposa la loi de ne jamais donner
d'audience particulière qu'en présence
de deux témoins , afin d'éloigner toute
idée de séduction par l'or ou par ks
(i) Forbonnais voulut aus»i contribuer de sa
fortune à Titmélioration de nos manufactures ; et
«'est lui qui proposa en 1-60 k l'acadéinie des
sciences un prix extraordinaire pour la perlection
des verreries. Il avait exigé de n'être point nom-
mé ; mais sa modestie fut trahie par les rédacteurs
<iu Journal des Savants ( août "T^Jq , P. Ùii). Bojc
« AqUc r«mpvrU le pris.
FOR 245
femmes. En 1760, cet homme intègre
proposa au gouvernement les bases
d'une paix dont l'exécution eût évité
à la France le traité honteux de 1 7 05.
Son plan , approuvé par le duc de
Choiseul et par l'ambassadeur d'Es-
pagne, ne fut point adopté, parce que
la marquise de Pompadour n'avait
pis été consultée. En 1763, Choiseul
eut de nouveau recours à Forbon-
nais , qui lui présenta un plan général
de finances, dans lequel il remplaçait,
par un impôt unique , plusieurs con-
tributions onéreuses au peuple, et sup-
primait les trois-quarts des frais de
perception. Le conseil d'état, et le ver-
tueux dauphin , père de Louis XVI ,
applaudirent à cette mesure j mais elle
échoua contre les intrigues de la favo-
rite, et l'apathie d'un monarque dont
le sceptre était tombé en quenouille.
Ces réformes et d'autres qu'annonçait
notre sévère censeur ^ soulevèrent
contre lui cette foule de courtisans
rapaces qui gaspillaieul les trésors de
1 état ; ils le calomnièrent auprès du
roi , dont ils obtinrent un ordre qui
l'exilait dans ses terres. Loin d'une
couravihe et corrompue, où son intc^
grité le rendait déplacé , Forbonnais ^
dans sa retraite, ne resta point oisif.
Les douces occupations de l'agricul-
ture, le goût des beaux-arts , le charmes
des lettres , servirent d'aliment à l'ac-
tivité de son esprit. L'office de con-
seiller au parlement de Metz, qu'il
avait acheté, le plaçait dans l'ordre de
la noblesse ; Forbonnais renonça gé-
néreusement aux privilèges dont il
eût pu jouir en matière d'impôt, et, par
acte du 5o septembre 1 764 , il soumit
à la taille toutes ses propriétés. Cet
exemple, s'il eût été suivi parles deur
ordres privilégiés en 1 789 , aurait
peut-être épargné bien des malheurs à
la France. Cependant notre solitaire
eulrctcuait ujie correspondance suivie
16..
244 FOR
avec les intendants des finances. Le
fameux abbe Terray entr'autres , pro-
mu an contrôle général, en 1769, lui
demanda des mémoires, profita de ses
lumières, mais fit en vain tous ses
efforts pour le ramener au timon des
affaires. Forbonnais, que les Man-
ceaux eurent l'injustice de ne pas dé-
puter aux états-genéiaux, vint, en
1790, à Paris, sur l'invitation du
comité des finances. Il eut part à un
travail relatif aux monnaies, dont le
résultat a été imprimé. Revenu au sein
de sa tusculane chérie, ses plus douces
occupations étaient de répandre des
bienfaits autour de lui , et de mettre
en ordre ses nombreux manuscrits;
mais les troubles civils qui continuaient
à désoler le département de la Sarthe ,
le forcèrent de quitter ses foyers en
avril ! 799 , et de se réfugier à Paris.
Sou âge ne l'empêcha point de fré-
quenter assidûment l'institut, dont il
était associé jusqu'à sa mort , arrivée
le 20 septembre 1800 : il était membre
de l'rithénée de Lyon , du lycée d'Alen-
çon , de ta société des arts du Mans,
etc. Ses nombreux ouvrages ont tous
pour objet l'utilité pub'ique, et attes-
tent l'étendue de ses connaissances.
Voici les principaux : L Extrait de
l'Esprit des lois , avec des observa-
tions, 1750, in- 12. Cette analyse si-
gnale le trait distinctif du caractère de
j'auteur : la rectitude des idées. II.
Tliéorie et pratique du commerce et
de la marine, par D. H. Ustariz,
traduit de l'espagnol , i 753, iu-4**- Ce
traité, publié k Madrid en 1724,
présente , au milieu de quelques détails
insignifiants , plusieurs vérités impor-
tantes. On y apprend que l'Espagne ,
depuis j49^) époque de la conquête
deslndes-Occidentalps jusqu'en 1 724,
a tiré du Nouveau-Monde 9 milliards
160 millions de piastres , qui répon-
draient aujourd'hui â plus de 5o uil-
FOR
liards. III. Considérations sur les
fuYinces d^ Espagne, relativement à
celles de France ^ Dresde (Paris ),
1753, in- 12. Ce livre fit une grande
sensation sur le gouvernement espa-
gnol , dont il dévoilait les trop longues
et ftmestes erreurs. Le ministre Euse-
nada demanda l'auteur pour consul-
géuéral en Espagne; mais, sur l'avis
du maréchal de INo.ùlles , le conseil de
Louis XV refusa son consentement-
IV. Le Négociant anglais , Dresde
(Pari.s), 1753, 2 vol. io-i2.C'est
une traduction abrégée du British
Merchant , ouvrage publié à Londres
en 1713, sur le commerce de l'Angle-
terre avec la France , le Portugal et
l'Espagne, d'après les bases posées par
le traité d'Utrecht. Forbonnais réfute
quelques erreurs de l'écrivain anglais,
et développe les idées lumineuses qui
distinguent cet ouvrage. Il a aussi es-
quissé, dans le discours préliminaire,
le tableau historique du commerce de
la Grande-Bretagne. V. Eléments du
commerce, Paris, 1754,2 vol. in- 12,
plusieurs fois réimprimés. L'édition de
1796 est corrigée et enrichie d'addi-
tions importantes. Ce livre classique
a été traduit dans la plupart des lan-
gues de l'Europe. L'auteur est le pre-
mier qui ait traité méthodiquement
tout ce qui a rapport au commerce.
On sait que l'économie politique est la
théoi ie des richesses considérées dans
leurs rapports avec la prospérité pu-
blique. Chaque nation renferme dans
son sein les éléments de son propre
bonheur, et le meilleur gouvernement
est celui qui favorise davantage l'agri-
culture , l'industrie, l'exportation des
produits du sol, la circulation du nu-
méraire, d'où naît le crédit public.
L'auteur apporte, dans le développe-
ment de ces importantes vérités, toute
la sagacité d'un profond observateur.
VI. Questions sur le commerce des
1
FOR
Français au Levant; Examen des
avantages et des désavantages de
la prohibition des toiles peintes ,
Marseille, Carapatria (Paris \, 1735,
a brochures in- 12. VII. Recherches
et considérations sur les finances de
France , depuis i5g5jusquen 1721,
Baie, 1758, 1 vol. in 4^j 2^ édit.,
Liège, 1758, 6 vo!. in-12. Cet ou-
vrage mit le sceau à la réputation de
l'auteur, et fut accueilli chez l'érranger
avec autant d'empressement qu'en
France. Thomas faisait le plus grand
cas de ces recherches : il y a puise' les
principaux matériaux de son éloge de
Sully. VIII. Principes et observations
économiques , avec cette épigraphe :
Est modus in rébus , Amsterdam,
1 767 , 1 vol, IX. Analyse des prin-
cipes sur la circulation des denrées
et Vinjluence du numéraire sur cette
circulation , Paris , 1 800, petit volume
in- 1 2. L'institut , auquel l'auteur l'avait
présenté, en ordonna l'impression.
Forbonnais a publié en outre quelques
poésies légères, et beaucoup de notes
insérées, sous le nom du Fieillard
de la Sartha, dans le journal de
M. Dupout de Nemours, et fourni
plusieurs articles à l'Encyclopédie. H
avait, à vingt-sept ans, composé une
tragédie de Coriolan^ reçue par les
Français, mais non représentée. Il a
laissé un grand nombre de manuscrits
sur la littérature , les finances et la
politique. M. Delisle de Sales a pu-
blié la Fie littéraire de Forbonnais ,
Paris, Fuchs, 1801 , 87 pages in-8'.
M. Leprince d'Ardenay , président de
la société des arts du Mans , a jno-
noncc son éloge, le 20 novembre
1800, 16 pages in-S", L-^-^u.
FORCADEL (Etienne), en la-
tiu Força tulus f naquit à Béziers en
1534. On ne se souvient de lui qu'à
cause du hasard qui le mit en coa^
•ours avec Gujas pour une chaire
FOR 245
de droit vacante à Toulouse en 1 554-
Pithou ( dans l'épilaphe de Gujas ) ,
Papire - Masson et S nnte - Marthe
ont écrit que Forcadel l'avait emporté
sur Gujas. Gette erreur, répétée de
dictionnaire en dictionnaire, a attire
bien des injures à Forcadel et aux
Juges qu*on supposait l'avoir favo-
risé. C'est un des exemples qu'on
citait le plus souvent pour prou-
ver les avantages qu'obtiennent si
souvent les hommes médiocres sur
ceux d'un mérite supérieur. Cepen-
dant M. Peitavin , secrétaire perpé-
tuel de l'académie des jeux floraux , a
fait insérer un article dans le n°. 74
du Bulletinde la société des sciences^
lettres et arts de Montpellier , oîi il
justifie la ville de Toulouse du blâme
dont on l'avait chargée à celte occa->
sion. Il fait voir que Cujas s'était en
effet inscrit pour le concours en même
temps que Forcadel et quelques au-
tres, mais qu'il quitta Toulouse avant
la décision du concours, et que For-
cadel ne l'emporta que parce qu'il se
trouva le plus habile par l'absence de
ce redoutable rival ( Foy. Gujas. )
Forcadel a composé des ouvrages dç
jurisprudence qui portent des titres
singuliers, pour ne pas dire ridicules,
tels que : Sphœra juris , Necyornan--
Uajuris, Clipido jurisperitus, Avia-
rium juris civilis , Lyon , 1.549 r
Frometheus seu de raptu animo-
rmn, Paris, 1678 , in-8'. , livre sin-
gulier. Quoique l'auteur paraisse en
tout un homme de peu de jugement ,
Dumoulin lui a cependant donné
quelques éloges. Le plus connu de
ses livres d'histoire est son traite' Be
Gallorum imper io et philos ophid ,
Paris, 1669, în-4°., où il a montrd
peu de goût et beaucoup de crédulité'.
Il avait également compose' des vers
latins et fiançais, plus oubliés encoro
que sa prose. La première édition,.
246 FOR
connue a pour titre: Le Chant des
Seraines (Sirènes), avec plusieurs
autres compositions nouvelles, par
E. F., Lyon, i548, in-S".; reim-
primé à Paris la même année, in-i6,
et à Lyon, i55i, in-8^, avec de
nouvelles pièces. L'auteur, mort en
15^5, avait obtenu l'année précé-
dente un privilège pour la réimpres-
sion de ses poésies , qu'il avait revues
et augmentées. L'édition eu fut don-
née par son fils L. P. Forcadel, sous
Je titre à^OEuvres poétiques , etc.,
Paris, iS^g, in-S". Ses Poésies la-
tines, Epigrammata y avaient paru
a Lyon, i554, in 8". Ses OEuvres
ont été recueillies en un vol. in-fol.,
Paris, iSgS. B — i.
FORCADEL (Pierre), frère du
précédent, né comme lui à Béziers ,
avait séjourné quelque temps à Rome
et dans d'autres villes d'Italie , lors-
qu'il vint à Paris , où Raraus , auquel
il avait commencé d'expliquer Eu-
clide, lui fil obtenir en i56o une des
deux chaires de mathématiques du
collège royal. Il montra beaucoup de
zèle pour cette science, dont il don-
nait déjà depuis quelque temps des
leçons particulières ; mais elle était
peu cultivée à cette époque , car il
paraît qu'après sa mort , arrivée vers
1576, les deux chaires restèrent va-
cantes assez long -temps. Avant son
arrivée à Paris , Forcadel faisait un
commerce de pharmacie j au moins
Freig lui donne le titre de Mercator
Hippocrales. Il était peu versé dans
la littérature classique^ mais il y a de
l'exagération à dire, d'après Gas-
sendi (Vie de Peiresc), qu'il n'avait
point étudié le latin , ce qui ne l'em-
pêchait pas , ajoute-t-on , d'entendre ,
au moyen des chiffres et des figures,
tous les livres de mathématiques écrits
en cette langue. Si elle ne lui eût pas
i\é familière , il lui aurait été irapos-
FOR
sible de donner les nombreuses tra-
ductions dont on lui est redevable ^
qui presque toutes paraissaient pour
la première fois eu français. On
trouve It détail de tous ses ouvrages
dans V Histoire du collège royal,
par l'abbé Goujet; voici les princi-
paux : I. Arithmétique par les
gects (i), divisée en 5 Hvres, Paris ,
i558, in-8''. L'auteur avait publié
séparément 5 livres d'Arithmétique
en i556, i557 et i558 ; il donna
en i565 V Arithmétique entière et
abrégée. II. Description d'un anneau
solaire convexe, Paris, lôGg, in-4°.
III. Les six premiers livres des
Eléments de Géométrie d^Euclide,
traduits enfrançois, ibid., i564«
in-4°v ^^^à.y i56è, in- 12. Il y ajouta
en 1 565 les livres 7,8 et 9 , in 4°-
IV. Deux livres de Proclus , du
mouvement , traduits et commen-
tés, ihià.j i565, in-4°. V. Le pre-
mier livre d'Archimède des choses
également pesantes, ibid., i565,
in -4°. VI. Le livre d'Archimcde
des pois , qui aussi est dict des
choses tombantes en l'humide , suivi
d'une pièce du livre d'Euclide, in-
titulé dv LEGER ET DU PESANT , ib. ,
i565, in-4". Ces trois opuscules sont
aussi traduits et commentés, VII.
Traduction de la Musique d'Eu-
clide,\h., i565, in-8\ VIII. Deux
livres d' Autolice, Vun de la sphère
qui est meue, et l'autre du lever et
coucher des estoiles non errantes
( Voy. AuTOLYCus); ensemble le
livre de Théodose des habitations ,
ibid., 1572, in -4". ÏX. Traduc-
tion de la Practique de la Géomé-
trie d^O ronce ( ^o/. Fine), ow est
compris l'usage du quarré géomé-
(i) « Gecler, ditForcadcl. c«tj»o»er un, on un
» nombre par une ou plusieurs iimplci unités, i»
Définition qu'on ne trouvera p«i fort civile d'uQ
tenue d'où vH venu noire moiyeltu.
FOR
trique et autres instruments servants
à même effet , ibid. ,i5no, in-4 '.
C. M. P.
FORCE ( Jacques NoMPAR DE Cau-
3VI0NT duc DE la), pair et raareclial de
France, ne vers iSSg , était fils de
François de Caumont , qui fut enve-
Joppc dans le massacre des protestants
eu iS-j^. Mézcray rapporte que le
jeune deCauraonl, qui fait le sujet de
cet article, était couche' avec son père
et son frère, la nuit de la St.-Barlbe-
lemi , et que ce fut par une espèce de
miracle qu'il échappa au fer des assas-
sins. C'est sur la foi de cet historien
que Voltaire a mis eu vers cette san-
glante catastrophe au deuxième chant
de la Henriadff Mais Voltaire ayant
obtenu plus tard la communication des
Mémoires manuscrits du maréchal de
îa Force , il en a inséré , à la suite des
nouvelles éditions de son poème , un
extrait qui rectifie des h\ls dont Méze-
ray n'avait pas eu une exacte connais-
sance ( i). Caumont père, iustrnit par
un maqiu'gnon de son voisinage, du
danger qui le menaçait, se disposait à
sortir de sa maison avec ses deux en-
fants , pour chercher un asile, lors-
qu'un des assassins , nommé Martin ,
se précipita dans sa chambre , suivi
de plusieurs soldats. Caumont l'atten-
drit par ses supplications , et lui pro-
met deux mille écus,s'il veut lui sauver
la vie et à ses enfants. Martin les con-
duit dans une maison non suspecte,
où ii les laisse sous la garde de deux
suisses; mais ils en sont bientôt ar-
rachés par le comte de Coconas , ce
trop indigne favori du duc d'Anjou, et
traînés au lieu des exécutions. Cau-
mont père et son fils aîné tombent sous
les coups d^s meurtriers. Jacques-
]Sompar , tout couvert du sang de son
père et de son frère , se laisse tomber
(l'j Ces Métnolrps ont été imprimés (taW8 ÎC
Hercuie de novembre ij65.
FOR 247
en criant : je suis mort. Cet acte de pru-
dence lui sauva la vie. Un malheureux,
eu le dépouillant de ses habits, s'a-
perçut qu'il respirait encore, et , tou-
ché de' compassion , le couvrit d'un
vieux manteau , et le conduisit , pen-
dant la nuit , chez le maréchal de
Biron , l'oncle de Caumont , où
celui-ci resta quelque temps caché
dans la chambre des filles ; mais enfin ,
sur le bruit qu'on le faisait chercher ,
il se sauva, déguisé en page , sous le
nom de Beaupuy. La Force se rendit,
par des chemins détournés et à trav{ is
mille dangers, dans sa famille, où il
demeura jusqu'à ce que le roi de Na-
varre (Henri IV ) , s'étant évadé de la
cour , vint se remettre à la tcte des
protestants. La naissance, les malheurs
et les belles qualités du jeune Caumont
intéressèrent vivement le prince, qui
s'empressa de lui donner un emploi
dans son armée. 11 se distingua dans
plusieurs rencontres , et particulière-
ment au combat d'Angers , en 1 SBg.
La Force avait été l'un des premiers
à reconnaître Henri IV pour roi légi-
time, et son exemple contribua à ra-
mener plusieurs seigneurs. 11 jouit
constamment de la confiance de Henri ,
et il se trouvait dans sa voiture lorsque
ce grand prince fut assassiné. Quelques
sujets de mécontentement l'éloignè-
rent de la cour dans les premières an-
nées du règne de Louis XIII. 11 prit
du service dans l'armée des rebelles ,
et, en i Gai, il défendit Monlaubau
contre le roi en personne, qui fut oblige
de lever le siège après avoir perdu la
meilleure partie de ses troupes. L'an-
née suivante , la Force obtint son par-
don, fut fait maréchal de France, et
envoyé en Piémont avec le titre de lieu-
tenant-général. Il prit Saluées en 1 63o,
et défit les Espagnols à Carignan ;
en 1634, il investit Lunéville, et prit
Lçttnolle qui paraissait imprenable. Ce
248
FOR
fut à ce siège, dit Hénauît , rpie Ton
se servit, pour la première fois en
France, de bombes , quoiqu*inventecs
depuis i588. Kn i635 , il fait lever
Ift siège de Philisbourg , il secourt
Heidelberg , et s'empare de Spire ;
Tan née suivante il bat Je général autri-
rhien Collorédo et le fait prisonnier.
Son grand âge lui faisant désirer sa
retraite, il se démit de son comman-
dement peu de temps après. Il mourut
à Bergerac le lo mai i652, âgé d'en-
's'iron 93 ans. — Forck ( Armand-
jVompar , duc de la), lils du précé-
dent , entra de bonne heure dans la
carrière des armes , et servit avec dis-
tinction dans les guerres d'Italie et
d'Allemagne. Il fut fait maréchal de
France , après la mort de son père ,
et mourut au château de la Force , en
Périgord , le 16 décembre 1675,
à l'âge de près de go ans. Ses Lettres^
écrites de i63o à i658 , étaient con-
servées dans la bibliothèque de Bou-
thilier , ancien évêque de Troyes.
W—s.
FORCE ( Charlotte-Rose DE Catj-
MONT delà), de l'académie des Rico-
iT^ff, petite-fille de Jacques de la Force,
naquit au château de Casenove, en
liazadois, et mourut à Paris, en 17*24,
à 74 ans. Elle avait épousé , le 7 juin
1687, le fils dti président de Brion,
et sur information faite le 1 7 dn même
mois , le mariage avait été déclaré nul.
Elle a laissé quelques poésies qui offrent
des détails heureusement rendus , et
seize romans qui annoncent en général
beaucoup d'imagination, de l'esprit et
le talent d'écrire. 11 n'y manque qu'un
peu plus de vivacité et de précision.
L'histoire y est partout mêlée avec la
fiction. Les personnages qu'elle y in-
troduit ont existé pour la plupart, et
leurs aventures sont conformes au ca-
ractère qu'on leur connaît : J, His-
toire secrète du duc de Bour^o^ne^
FOR
1694, in -12, 2 vol. Ce sont des
aventures galantes assez bien écrites.
II. Histoire secrète de Marie de
Bourgogne, 17 12, in -12, 2 vol.
(Toj. J.B. de la Borde). III. His-
toire de Marguerite de Valois ^
1696, in-12, 2 vol. j 1720, in-i2,
4 vol. ( Foy. idem). Ce hvre, écrit
d'un style agréable, conserve en
général le fond des faits histori-
ques, mais les altère presque toujours
par une tournure romanesque. IV.
Histoire secrète de Catherine de
Bourbon, duchesse de Bar , avec les
intrigues des règnes de Henri III et
de Henri IF.^Anci, 1703, in-12;
réimprimée en 17091, à Amsterdam,
sous le titre de Mémoire historique
ovL Anecdotes- galantes. \. Gustave
Fasa, Lyon, 1698, 2 vol. in-12,
où la fiction la plus ingénieuse est
jointe à l'histoire la plus intéressante.
YI. Les Fées ^ contes des contes,
Paris, 1692, in-12, pleins de va-
riété, d'intérêt et de morale. ï— d.
FORCE ( FOY, PiGANIOL DE LA ).
FOUCELLINl ( Egidio ) naquit
d'honnêtes parents, dans un village
du diocèse de Padoue, appelé Féner,
près la ville de Felfre, le 26 août
i638. Né avec tous les dons de l'es-
prit , le peu de fortune de sa famille
ne lui permit pas de les cultiver dès
l'enfance , et il avait déjà passé cet âge
quand il put commencer , dans le sé-
minaire de Padoue, l'étude de la
langue latine. Il y eut pour maître, et
bientôt pour ami, le savant Jacques
Facciolato, et fit des progrès si rapi-
des qu'il fut bientôt en état de l'aider
dans l'important travail d'une nouvelle
édition du Dictionnaire de Calepin,
(F. Facciolato.) Il y donna, pendant
quatre années , tout son temps et tous
ses soins. De cette première entre-
prise , terminée en 1718, naquit entre
le maître et le disciple, le projet d'une
FOR
seconde beaucoup plus vaste, celle
d'un grand Vocabulaire complet de la
laDsruelaline.Forcellini en fut de'tourne'
1 T
pendant quelques anne'es par la direc-
tion du séminaire deCënéda qui lui fut
confiée, et par la chaire de rhétorique
pour les jeunes séminaristes qu'il fut
obligé d'y remplir. Rappelé en i^Si
au séminaire de Padoue, par Tévêque
son protecteur, avec des appointe-
ments honorables , et la libre dispo-
sition de son temps , il commença
dès-lors à se livrer avec la plus
grande ardeur à Texécution de son
grand dessein, aux travaux prépara-
toires et aux recherches immenses
qu'exigeait une telle entreprise. Les
devoirs de confesseur qui lui furent
imposés onze ans après , le forcèrent
encore de l'interrompre, ou du moins
la ralentirent. Le cardinal Rezzonico,
nouvel évêquede Padoue, raflfranchit
de cette obligation , et voulut qu'il ne
fût plus chargé d'autre chose que d'a-
chever le grand ouvrage que les amis
des lettres latines attendaient depuis si
long-temps : cet ouvrage fut enfin ter-
miné et publié en 1771. Facciolato
n'avait point cessé de prendre part à
cette entreprise, et de la diriger par
ses conseils; mais Forcellini l'exécuta
seul , presque toute entière , et y dé-
ploya autant de constance et de cou-
rage que de goût, de discernement et
de savoir. Chaque mot latin est rendu
en italien , et accompagné du mot
grec correspondant. Le sens et les dif-
férentes acceptions de tous les mots,
tant au propre qu'au figuré, sont
démontrés par de norahreux exem-
ples, qui supposent dans l'auteur,
non seulement une vaste lecture ,
une notion suffisante de tous les arts
et de toutes les sciences sur lesquels les
Latins ont écrit, une connaissance par-
faite de leur religion , de leurs usages ,
de leurs lois, de leuv géographie, de
FOR Mg
leur histoire , mais encore une criti-
que sûre , et l'art difficile d'expliquer
et de résoudre en peu de mots les
obscurités, les contradictions, les dif-
ficultés de toute espèce que présentent
les auteurs , les médailles antiques et
les inscriptions. Cet utile et immense
travail , qui absorba pour ainsi dire
la vie entière de Forcellini, parut en
4 vol. in-fol., sous ce titre : jEgidii
Forcellini totius latinitalis Lezicon,
plurimorum annorum opéra et stu-
dio ah ipso accuratissimè elitcubra-
tum , consilio et cura celeb. Jacohi
Facciolaii; T^pis semin. Pataviniy
1771. Aussi modeste après cette pu-
blication qu'il Tétait auparavant, il
en renvoyait tout l'honneur à son
maître, et prétendait que, quant à lui,
sa science se bornait à celle des mots.
Le cas particulier que des savants,
tels que Valsecchi, Morgagni , et plu-
sieurs autres, faisaient de lui, la con-
fiance avec laquelle ils le consultaient
sur des matières importantes, et sur
toutes les questions d'antiquités, prou-
vent bien qu'ils le regardaient comme
sachant beaucoup d'autres choses. Il
conserva , jusqu'à l'âge de quatre-
vingts ans, la gaîté d'esprit, la dou-
ceur de caractère , l'indulgence pour
les autres, qui le faisaient générale-
ment aimer; et il s'éteignit paisible-
ment le 4 avril 1 768 , laissant une
réputation peu brillante, mais solide,
et fondée sur l'un des plus grands ser-
vices que l'on ait jamais rendus à la
culture des langues anciennes et à
l'étude de l'antiquité. L'abbé J. 13,
Ferrari a donné la vie de Forcellini,
Padoue, 1792, in-4''. {Voy. J. B.
Ferrari, XIV, 4 1 5.) G — e.
FORD (Jean), auteur dramatique
anglais , né en 1 586 , dans le comté
de Devon. On ne connaît presque au-
cune particularité sur sa vie. Il fut at-
taché à la société de jurisprudence de
25o FOR
Middle Temple , fut inlimeoient lie
avec Rowley et Deckor , et contribua
à la composition de plusieurs de leurs
pièces de théâtre. De celles qu'il a
faites seul, onze seulement ont été
conservées j elles parurent entre les
années 1629 et î636, et eurent pres-
que toutes beaucoup de succès. Les
comédies sont très médiocres ; mais ,
avec tous les défauts qui tenaient à son
temps , Ford avait un vrai talent pour
le genre tragique, et sa versification
a de l'harmonie. On cite particulière-
ment VJfJli^é ( the Broken-Hearl ),
le Sacrifice de V Amour , la Mélan-
colie d'un amant, et une pièce II is
pity she is a whore , que sur le titre
on prendrait pour une comédie plutôt
que pour une tragédie, et qui a été'
réimprimée dans le recueil de pièces de
théâtre de Dodsley. On trouve dans
les tragédies de Ford, quelques scènes
dignes du génie de Shakespeare, mais
aussi des atrocités et des indécences
qui ne peuvent être goûtées que par
des spectateurs anglais. Quoiqu'aucune
de ces pièces ne porte son nom , on les
reconnaît à cet anagramme imprimé
sur le litre , comme c'était alors
Tusage : Fide honor. On suppose
que cet auteur mourut vers l'année
i(i4o« Henri Weber a donné, en
181 1, une édition des OEuvres
dramatiques de Jean Ford, avec
une introduction et des notes ex-
plicatives , Londres et Edinbourg ,
2 vol. in-8*. X— s.
FOUD ( Sir John ), ingénieur-mé-
canicien anglais, naquit en i6o5 à
Up-park, dans la paroisse de Ilar-
ting en Sussex. Il parut d'abord sur
la scène politique , fut grand shérif de
dusses, et montra tant de loyauté
dans sa conduite , que Charles V. le
créa chevalier à Oxford en iG43. Il
servit à la même époque en qualité
de colonel daas l'année royale , et eut
FOR
beaucoup à souffrir pour la cause qu'il
avait embrassée; car en 1647 •' ^"'
emprisonné comme suspect d'avoir
coopéré à faire évader le roi du châ-
teau de Hamptoncourt ; mais comme
il avait épousé la sœur d'Ireton, on
peut supposer que le crédit de ce gé-
néral du parti parlementaire contri-
bua à lui procurer sa liberté. En
i656, Ford, à la demande des ci-
toyens de Londres , et encouragé par
Cromwell, inventa une machine pour
faire monter l'eau de la Tamise et U
porter dans les rues de Londres les
plus élevées jusqu'à quatre-vingt-
treize pieds de hauteur. On dit qu'il
exécuta ce projet en un an et à ses
dépens : la même machine fut en-
suite employée dans d'autres parties
du royaume pour dessécher les terres
et les mines inondées; et l'on trouva
qu'elle était d'un meilleur usage et
moins dispendieuse que toutes celles
dont on s'était servi auparavant.
Ford construisit aussi une grande
machine hydraulique à l'hôtel nommé
Sommerset-House pour fournir de
l'eau à la rue appelée Strand et au
quartier voisin; mais comme elle gê-
nait la vue de cet hôltl, la reine Ca-
therine, épouse de Charles 11 , la fit
abattre. Après la restauration, Ford
inventa une manière de frapper la
monnnie de cuivre qui la rendît im-
possible à contrcfaire.il ne put obte-
nir un brevet pour établir cette ma-
chine en Angliterrc ; mais il réussit
pour l'Irlande : il partit en consé-
quence pour celte île; mais il mou-
rut avant d'avoir terminé l'exécution
de son dessein , le 3 septembre 1670,
Les historiens du temps parlent dé
Ford comme d'un homme qui cûf
fait de grandes choses, s'il eût éié
encouragé. On a de lui : I. Projet
•pour amener une rivière de Rick'
innmworth en flertford-Shire à
FOR
Si.' Giles ' des - Champs , près de
Londres y les avantages de ce pro-
jet exposés^ et réponse aux objec-
tions dont il a été Voljet, Lon-
dres, i()4i, in -4". n. Proposi-
tions expérimentales pour que le
roi puisse avoir de Varient et en-
tretenir ses flottes sans fouler le
peuple ; que la ville de Londres soit
rebâtie j et que tous les proprié-
taires soient contents ,• que l'argent
puisse être emprunté à six pour
cent sur gages ; enjin que le com-
merce de la pèche soit soutenu,
tout cela sans enfreindre ou con-
trarier aucune de nos lois ou cou-
tumes, Londres, 1666, in -4". H
ajouta à cet ouvrage une Défense du
crédit par billet. Vers 1 665 il avait
fait imprimer une Proposition pour
lever de l'argent par le moyen de bil-
lets de change qui devaient passer
comme monnaie courante au lieu
d'argent, aûn de prévenir les vols.
E— s.
FORDUN ( JejlN de ) , historien
écossais , est le plus ancien dont il
nous reste une chronique générale de
son pays. On ne connaît pas bien
positivement quels furent le lieu de
sa naissance et sa condition ; mais
on suppose avec assez <le probabdite
qu'il naquit à Fordun , village du
comté de Méarns , et qu'il embrassa
l'état ecclésiastique. On voit par son
histoire qu'il vivait à l'époque à la-
quelle Gautier Wardlaw, cardinal,
occupait le siège épiscopal de Glas-
gow. Or ce prélat mourut vers 1 386.
On est fondé à croire que notre his-
torien vint au monde vers la fin du
règne d'Alexandre lil , et qu'ainsi il
florissait vers le milieu du 1 4^ siè-
cle, dont il fut sans doute un orne-
ment. On sait, d'après des autorités
irrécusables, que l'intention de Fordun
Cft écrivant rhistoire de son pays de-
FOR aSi
puis Tantiquité la plus reculée, fut de
réparer la pertedesarchiresderFcosse
qu'Edouard I'''', , roi d'Angleterre,
avait ou anéanties ou emportées; et
si l'on considère la pénurie des ma-
tériaux que Fordun eut à sa disposi-
tion , l'on conviendra qu'il exécuta son
projet d'une manière qui lui fait hon-
neur. Il ne se contenta pas de fouil-
ler dans les annales des monastères ;
il consulta aussi tous ceux qui avaient
éludié l'histoire de sa patrie , ou que
les circonstances avaient mis à portée
de la connaître : enfin il parcourut
l'Ecosse, l'Angleterre et l'Irlande pour
recueillir des renseignements. Il re-
vint de ce voyage vers 1 54 1 , et com-
mença la rédaction de son ouvrage. Il
en avait déjà écrit cinq livres , qui
contenaient la suite des événements
jusqu'en 1057. ^^^ "^^^^ l'empêcha
d'aller plus loin. Ce livre ne tarda pas
à devenir le type d'après lequel les
moines écrivirent leurs annales. Tous
les couvents d'Ecosse, la plupart de
ceux d'Angleterre , en firent des co-
pies. On l'appelait par distinction la
Chronique écossaise. Comme For-
dun avait laisse de très bons maté-
riaux pour la continuation de son
ouvrage , cette tache fut entreprise
et assez bien exécutée par Macullo
et quelques autres. Ce Macullo était
moine à Scoon , et secrétaire de l'ar-
chevêque Schevez sous les règnes de
Jacques II et de Jacques III. Cette
histoire ainsi continuée va jusqu'à la
mort de Jacques I". en 1457. Elie
parut sous ce litre : Joannis Fordun,
Scoti , chronicon genuinum , unh
cum ejusdem supplemento ac con-
tinuatione, edidit Thomas Hearne^
Oxford, 1722, 5 vol. in-S". Goodall
en a publié une autre édition à Edin-
bourg, en un volume in-folio. On la
trouve aussi, mais incomplète, dans
la Collection des historiens anglais de
25^ FOR
Gale. La bibliotlièque bodielenne ,
le musée britannique et les collec-
tions d'Edinbourg renferment un
grand nombre de manuscrits de la
chronique de Fordun. On a repro-
ché à cet auteur d'avoir inséré dans
son ouvrage trop de légendes fabu-
leuses , et des traditions qui semblent
dénuées de preuves authentiques. For-
dun pensa que ce serait un grand
déshonneur pour l'Ecosse si TÀngle-
terre l'emportait sur elle par l'an-
cienneté de sa monarchie. Il imagina
en conséquence de faire commencer
la race des rois d'Ecosse sept cents
ans avant celle des rois d'Angleterre ,
et il supposa que le trente - neuvième
roi ayant été expulsé par les Romains
et leurs confédérés , il en était résulté
wne interruption dans l'ordre de la
succession qui avait recommencé avec
Fergus l'an 4^5. Plusieurs liisto-
riens écossais , égarés par l'araour-
propre national , ont suivi les traces
de Fordun ; mais , à mesure que la
critique historique a fait des pro-
grès, on a rejeté tout ce qui tenait de
îa fable. C'est ce que Maitland a
exécuté avec beaucoup d'érudition
dans sop livre intitulé : Histoire et
jinliquités d'Ecosse, Londres, 1757,
2 vol. in-fol. Cet écrivain observe
que Fordun n'est pas toujours d'ac-
cord dans les parties authentiques de
son histoire avec ses compatriotes
Boèce, Buchanan et Lesly ; mais que
souvent il peut avoir raison contre
eux , parce qu'il vivait à une époque
plus rapprochée des temps dont il a
parlé , et qu'il n'était iniluencé par
aucun système religieux ou politique,
qu'en conséquence son opinion doit
être préférée. Son ouvrage offre un
grand nombre de particularités inté-
ressantes et précieuses, entre autres
le discours prononcé par un bardç
Biontaguard au couronnement d'A-
FOR
lexandrclll, en 1249. C'est une
pièce particulière dans sou geire.
E— s.
FORDYCE (Jacques), célèbre
prédicateur écossais , était (ils d'un
respectable magistrat, père de vingt
enfants d'une même mère , et naquit,
en 1720, à Aberdeen. 11 fit ses étu-
des au collège Marshal de celte ville.
Ayant reçu les ordres dans l'église
écossaise, il fut nommé ministre de
Brechin, dans le comté d'Angus , et
ensuite d'Alloa , près de Slirling. Déjà
connu par la publication de quelques
écrits , il vint à Londres en 1 760 ;
sans doute par considération pour ses
talents, et, malgré la différence des
opinions religieuses , il fut fait co-
pasteur d'une congrégation de ^15-
senters, établie dans la capitale. Ses
prédica'ions eurent beaucoup de vo-
gue; il avait le secret de parler au
cœur , et joiguail , au mérite d'une
composition élégante et fleurie, celui
d'une éloculion claiie et animée, et
d'une physionomie nobleet expressive:
mais un manque de procédés, et une
conduite arbitraire envers son collè-
gue , lui firent beaucoup do tort dans
l'esprit du public, qui déserta le pré-
dicateur à mesure que ses moyens s'af-
faiblirent avec l'âge. Il se retira alors
dans le Hampshire, et ensuite à Bath,
où il mourut le i"'. octobre 1 796. Il
avait su, par la modération de ses
opinions, conserver en même temps
des relations d'amitié avec le docteur
Price et le docteur Johnson , deux
hommes , certes , de principes bien
opposés. Voici , à l'exception de quel-
ques sermons détachés , la liste des
ouvrages qu'il a publiés : I. Essai sur
r action convenable à la chaire j,
in-12; imprimé à la suite de Théo-
dore, dialogue concernant l'art de
prêcher^ par David Fordyce, 5^ édi-»
tion in- 1 2, 1 755. 11. Le Temple de l<k
FOR
Ferttt, songe, in-ia, 1757 et 1775,
avec des corrections. 111. Sermons
aux jeunes femmes y 2 vol. in-12,
1796, publie's d'abord sans nom d'au-
teur, en 17G5. Ce recueil eut un très
grand succès, et fut généralement
goûté des femmes; il a été traduit
en français. ( Fq/ez Estienne ,
XIII, 599.) IV. Le caractère et
la conduite du sexe féminin , et
les avantages que les jeunes gens
peuvent recueillir de la société de
femmes vertueuses ; discours en trois
parties, 1779, in-S". II y justifie le
caractère des femmes contre les impu-
tations du lord Chesterfieid ; mais il
monfre un peu trop d'indulgence poar
des faiblesses .qu'il avoue lui-même
tenir à la galanterie. Il recommande
aux jeunes gens , d'après sa propre
expérience , un commerce spirituel
avec le sexe, qui ressemble à de l'a-
mour platonique. V. Adresses aux
jeunes gens y 1 vol. in-12, 1777;
réimprime'es en 1796, 1 vol. même
format. VI. Adresses à la Divinité ,
in-1'2, 1785, réimprimées en 1787.
VII. Un volume de Poésies, 1786,
in- \i. Il y a dans ses vers plus de
raison que de poésie ; mais on y trouve
de la correction et de la facilité. Son
style en général est harmonieux ; on
lui a reproclié le défaut d'ordre dans
l'arrangement des idées, même en An-
gleterre , où ce défaut est assez com-
M un. Le zèle qu'il a montré pour
maintenir les femmes d;uis la ligne
des devoirs que la nature et la société
leur imposent , a excité contre lui Tin-
dignation d'une femme d'un grand
talent, qui les jugeait appelées au con-
traire à partager avec les hommes tous
les genres de succès et de gloire :
« Cet écrivain , dit-elle dans sa Dé-
D fense des droits de la femme , noie
» l'éloquence de Rousseau dans des
» périodes ampoulées, et expose ses
FOR 255
» opinions sur le sexe féminin dans
» le jargon le plus senlimental. C'est
» d'un bout à l'autre un étalage de
» sentiments froids et artificiels ,
» et cette ostentation de sensibilité
» qu'on devrait apprendre à mépri-
» ser aux enfants, comme lamanpie
» certaine d'un esprit vain et étroit. »
Cela paraît un peu dur sous la plume
d'une femme ; mais cette femme était
miss Wolstonecraft, depuis madame
Godv^in. — David Fordyce, frère de
Jacques , né en 1711, fut professeur
de philosophie au collège Marshal
d'Aberdcen. L'envie d'ajouter à ses
connaissances l'ayant engagé à faire
divers voyages sur le continent, il
périt dans un naufrage sur les cotes
de Hollande en 1751. On a de lui,
Théodore , dialogue sur Tart de
prêcher, dont une troisième édition
a été donnée par son frère en 1755;
des Dialogues sur l'éducation ,
îu-8'.; et un Traité de philosophie
morûZe , imprimé en 17^4- ^ l'av-ût
composé pour entrer dans la collec-
tion d'ouvrages élémentaires publié»
par Dodsley , intitulée le Précep-
teur. S — D.
FORDYCE ( George) , célèbre me'-
decin anglais du XVIU''. siècle, na-
quit, en 1736, dans une maison de
campagne que son père , David . pos-
sédait près d'Aberdcen. Il montra,
fort jeune encore , d'heureuses dispo-
sitions , et obtint le grade de maître
es- arts à quatorze ans. A quinze, il
entra, comme élève, chez son oncle,
Jean , chirurgien et apothicaire à Up-
pingham. Suffisamment imbu des
principes de l'art de guérir, il alla
continuer ses études à l'université' d'E-
dinbourg, et sut mériter la bienveil-
lance de l'illustre professeur Cullcti.
Le disciple se montra digne d'un pareil
mécène. Admis au doctorat en 1738,
il répandit de nouvelles lumières ^ur
%
254 FOR
le mec3ni<«ne des flnxlous, et sur la
nature du liquide qu'elles cliarient. Sa
thèse, De catarrho^ a été insérée
dans divers recueils, et notararacnt
dans le Thésaurus de Sanditbrt. At-
tiré par réclat dout brillait l'université
de Leyde , Fordyce , quoique docteur ,
n hésita point à se remettre sur les
bancs de celte fameuse école, qu'il
fréquenta assidûment pendant plu-
sieurs mois. Après avoir ainsi com-
plété son éducation médicale, il revint
en Angleterre , et se fixa dans la ca-
pitale. Peu favorisé des biens de la
fortune , il espéra trouver dans la
carrière de renseignement un moyen
d'existence honorable et lucratif. Il
ouvrit en conséquence des cours par-
ticuliers de médecine, consacrés sur-
tout aux branches de la science né-
gligées par les autres démonstrateurs,
liien qu'essentiellement utiles, telles
que la chimie, la pharmacologie, la
thérapeutique et la pathologie. Le nou-
veau professeur manquait de ce ta-
lent si précieux et si rare qui orne
et embellit par les grâces du discours
les matières les plus arides. Cet obstacle
ne le rebuta point; il crut pouvoir sup-
pléer à l'élofjuence toujours sédui-
sante, mais quelquefois stérile, par
la précision, la clarté, l'exactitude. Ses
efFoils ne tardèrent pas à être cou-
ronnés d'un succès complet. Ses au-
diteurs devinrent chaque jour plus
nombreux. Le Manuel qu'il composa
pour leur usage franchit bientôt l'en-
ceinte qui lui était destinée, et fut placé
parmi les livres classiques. Nommé,
en 1770 , médecin de l'hôpital Saint-
Thomas, membre de la société royale
en 1776, et du collège des médecins
en 17^7? Fordyce eut en outre une
pratique assez étendue. Chargé de
fournir à la marine le sauerkrauty
dentelle fait une consommation abon-
dante, il justifia pleinement la con-
FOR
fiance du gouvernement, sans négli-
ger ses iîilérêts. Quoique d'une santé
faible et cacochyme , il continua d'exer-
cer sa profession jusqu'à l'âge de plus
de soixante ans. Tourmenté par une
goutte irrégulière et une hydropisie de
poitrine,ilysuccorabale25juini(So2,
laissant plusieurs ouvrages, dépour-
vus des charmes du style, mais re-
marquables par des vues neuves et
des expériences curieuses : L Princi-
pes d'agriculture, et préceptes sur
la végétation y Edinbourg, 1765,
in-8^., fig.; Londres, 1771 , in-8".,
fig. (en anglais); traduits en allemand,
avec des notes et des additions , par
le docteur François -Xavier Schwe-
diauer , Vienne eu Autriche, 1777 ^
m - 8°. II. Eléments de médecine-
pratique, Londres, 1768, in -8°.;
ibid., 1770, 1777, 1784 (en an-^
glais); traduits en allemand, d'abord'
en 1 76g , puis par Chrétien-Fédéric
Michaélis , Breslau , 1 797 , in - 8".
C'est le Manuel qui servait de texte
aux leçons de l'auteur. III. Traité
de la digestion des aliments , Lon-
dres , I 79 1 , in - 8". ( en anglais ) ;
traduit en allemand, par Michaélis,
Zitfau, 1795, iu^". Fordyce a sans
doute augmenté nos connaissances sur
la nature du principe nutritif et sur
son mode d'assimilation : toutefois il
est loin d'avoir entièrement déchiré
le voile qui couvre à nos yeux les
importantes fonctions des organes di-
gestifs. IV. Première dissertation
sur la fièvre simple , Londres, 1 794,
iu-8''. (en anglais.) Cette dissertation
fut suivie de trois autres, publiées
successivement en 1 79J , 1 796 et
1802, et traduites en allemand par
Michaélis. L'auteur desirait vivement
pouvoir compléter celle pyrétogra-
phie, dont les quatre premiers frag-
ments avaient obtenu Taccueil le plus
favorable. La cinquième disserlation,
FOR
pi semble former ce complément,
â été' imprimée sur un manuscrit que
lé défunt avait terminé quelques jouis
ivant sa mort.Ce qui contribua davan-
tage encore à la réputation de For-
iyce, fut, sans contredit, la belle série
d'expériences qu'il eutrepnt, en 1774?
avec autant de zèle que de talent ,
sur la température des animaux en
général , et du corps de Thomme en
particulier. Il résulte de ce travail in-
téressant que l'animal à sang chaud,
tel que le mammifère et l'oiseau , pos-
sède la faculté précieuse de résister à
l'excès du calorique, comme il résiste
à l'excès du froid. Des hommes ont
pu supporter , pendant quelques mi-
nutes, sans être gravement incom-
modés, une chaleur supérieure à celle
de l'eau bouillante, dans une étuve
où des œufs étaient bientôt complète-
ment durcis. Les individus plongés
dans celle espèce de fournaise ar-
dente, éprouvaient à peine deux de-
grés d'augmentation dans leur tempé-
rature, ce qui démontre en quelque
sorte, mathématiquement, la prodi-
gieuse influence et presque la mesure
de ce principe vital sur lequel on a
tant déraisonné. — Fordyce (Guil-
laume), frère de David et de Jacques,
naquit, comme eux, à Aberdeen ; il fit,
en 1724 ) d'excellentes études au col-
lège de cette ville, partit ensuite pour
l'/irméc en qualité de volontaire, et
obtint bientôt un emploi de chirur-
gien. De retour à Londres , il y exerça
la médecine avec le même succès et
le même éclat que son neveu George,
jusqu'à sa mort, arrivée le 4 dé-
cembre 1792. Le roi l'avait décoré
du titre de chevalier en 1787. il
se livra de préférence au traite-
ment des affections siphilitiques ,
sur lesquelles il publia un ouvrage
estimé : L Examen de la maladie
vénérienne j et des mojens propres
FOR 255
à la guérir, Londres, 1768, in-125
ibid. , 1777, 1785 (en anglais); tra-
d'.iit en allemand par George -Henri
Konigsdœrfer , Altenbourg , 1 769 ,
in - S*". Le tome premier du Recueil
d'observations de la société des mé-
decins de Londres (1737), contient
en outre un Mémoire de Fordyce sur
les propriétés éminentes de la salse-
pareille, pour la cure des symptômes
siphilitiques les plus opiniâtres. IL
Hecherches sur les causes, les si'
gnes et les moyens curatifs des fiè-
vres putrides et inflammatoires,
Londres , 1 77^, ia-8 '. ; traduites ea
allemand, Leipzig, 1774, in-8\ Oïl
peut regarder comme un supplément
à ces recherches la Lettre de l'auteur
à Jean Sinclair , sur la vertu anti"
septique de V acide muriatique, Lon-
dres, 1790, in-8'. 111. Essai sur
l'importance de la rhubarbe, et sur
la meilleure manière de la cultiver
en Angleterre poar les usages mé-
dicinaux, Londres, 1792, in-8°»
La société d'encouragement décerna
à l'unanimité une médaille d'or à
l'auteur , en reconnaissance de ses
louables et utiles tlTorts pour l'accli-
matement d'une racine dont l'impor-
tation coûtait à l'état une somme an-
nuelle de deux cent mille guinces.
Fordyce élait, avec raison , admirateur
et partisan très zélé des immortelles
découvertes de Newton; mais il en
fait des applications intempestives :
il considère, par exemple, rjrritabilité
animale comme une modification de
l'attractiou universelle, et il la nomme
en conséquence attractionvitale, C.
FOKEIRO, en latin Forer ius ,
célèbre dominicain du 16*. siècle,
issu d'une maison illustre , sut se ren-
dre plus recommandable encore par
ses vertus, son talent, et l'utilité dont
il fut à l'Eglise, que par sa naissance.
Il était né. à Lisbonne , où il prit fort
256 FOR
i une l'habit de St.-Dominique. Doue'
d'un esprit vif et d'un jugement so-
Jide, il fit de prompts et de grands
progrès dans ses études , et apprit les
langues latine, grecquft et hébraïque.
Il cultiva surtout avec soin cette der-
nière langue, afin de pouvoir péne'trer
plus aisément dans le sens des saintes
Ecritures , et il y eut pour maître le
fimeux grammairien Ange Canini.
Foreiro se fit à lui-même un diction-
naire de cette langue. Jean III , roi
de Portugal, instruit des dispositions
du jeune dominicain , et du désir qu'il
avait de s'instruire, le fit envoyer à
Paris par ses supérieurs, pour y sui-
vre les cours de l'université, et se
perfectionner dans les lettres divines
et humaines : il y devint un théolo-
gien profond. De retour en Portugal
en i54o, il se livra à l'enseignement
et aux travaux de la chaire , où il se
fit un nom célèbre ; il passait pour le
plus éloquent et l^ meilleur prédica-
teur du Portugal : c'était lui qui ordi-
nairement prêchait les stations devant
la cour, sans que cela l'empêchât
de remplir les mêmes fonctions dans
les autres églises. Le roi et les
princes ses frères l'honoraient de
leur estime : dom Louis, l'un des deux
princes, lui confia l'éducation de son
fils , dom Antoine, en 1 56 1 . Dom Sé-
bastien, qui avait succédé à Jean III,
députa Foreiro au concile de Trente,
eu qualité de théologien. Foreiro y pro-
nonça plusieurs discours qui furent
fort applaudis, et les pères l'entendi-
rent avec tant de satisfaction, qu'ils
le firent prêcher devant eux une fuis
cliaque semaine. On ne tarda point à
s'apercevoir, au concile, que Foreiro
ne se distinguait pas moins par sa
dextciilç dans le maniement des af-
faires , que par son érudition et son
éloquence. Y ayant eu à traiter quel-
ques points délicats avec Pie lY dans
FOR
des conférences particulières, on en
chargea Foreiro, et il s'acquitta de
cette commission à la satisfaction du
pape et du concile : dès-lors on n'y
agita presque rien sans qu'il fût con-
sulté. On a prétendu qu'il avait rédigé
le texte du concile, tel que nous l'a-,
vous. Il est sûr du moins qu'il fut se-,
crétaire de la commission pour la cen-
sure des livres, et qu'il est l'auteur
de la préface qui se trouve à la tête de
V Index publié en i564: il fut aussi
choisi, avec deux autres théologiens.
( Léonard Marini , et Gilles Fosca- .
rari ) , pour rédiger le catéchisme du
concile (i), et fut membre de la com-.
mission pour la révision et la réforme
du bréviaire et du missel romains. A
son retour à Lisbonne, en i5G4, il
fut nommé prieur du couvent de cette,
ville, et peu après provincial. C'est pen- .
dant l'exercice de cette charge qu'il fit
construire, à Almeïda , un couvent de ,
son ordre où, lorsque le temps de.
son administration fut expiré, il se
retira, s'y partageant entre l'étude et
la prière. 11 y mourut le lo janvier
1 587. Il a laissé : I. Isaïœ prophètes
vêtus et nova ex hebraïco versio
cum commentario , Venise, i565,
in-fol.; Anvers, i565, iu-8". Cette
traduction et son commentaire, re- j
gardés comme excellents , ont reparu ,?
en 1660, à Londres , dans le 5*. vo-
lume des Critiques sacrés. II. Des
Sermons, et autres ouvrages ou com-
mentaires sur plusieurs livras de la
Bible, demeurés manuscrits. L — y.
FORER ( Laurent ), jésuite sgisse,
et fameux controversiste, né à Lu-
(1) Calechismut ad parochot, Rome, i565 ,
in fol;, très «ouvpnt réimprimé, et connu auwi »ou»
le nom de Catéchisme romain. L'érudiùon. l'exac-
tiiude et la précision i'v trouvent réunies i« l'élé-
gance et à la pureté ilu «tyle, qui est telle que
quelques auteurs en ont fait honneur à Paul M«-
imce; mais le 1*. Lngomnrsini a pronré que c'est
le savant Jules Foggiani qui a revu et poli le style
(le ce Catécitisiue.
FOU
icerne en 1 58o , entra chez les je'suites
-à l'âge de vingt -cinq ans, et cura-
niença, snivant l'usage, par enseigner
les humanités dans les collèges de
cet institut. Apres avoir fait ses qua-
tre vœux, et reçu l'ordre de prêtrise,
il fut charge' de pruft'sser 1 philoso-
phie , la théologie et la controverse.
Ennemi redoutable des nouvelles doc-
trines , et plein de feu , il se dévoua à
les combattre, et poursuivit les sec-
taires avec une activité infatigabh*. Il
devint chancelier de l'université de
Dillingen, fut lecteur du collège de
Lucerne, et enfin confesseur de l'évê-
que d'Augsb urg. 11 mourut d'une at-
taque d'.ipoplexie à Ratisbonne , le 7
janvier 1659, âgé d'environ soixante-
dix-neuf ans. Il est auteur d'un grand
nombie d'ouvrages , la plupart de
controverse. Le cat lugue qu'eu donne
Solwel, bibliographe de la société,
en porte le nombre à quarante quitre,
les uns en latin , les autres en alle-
mand. Voici les principaux : I. Sym-
bolum cathoUcum , lutheranum ,
cabinianum cum apostoUco colla-
tum, Diliingen, 1622, in-4\ II. Pa-
trociniurn votorum contra prœdi-
cantem Tubin^ensem ^ WnA, , i6'25,
in-4''. C'est une défense des vœux
monastiques. III. Luihcrus thauma-
tur^us ,'\h\à./m-l^\ IV. Gramma-
iicus Froteus , arcanorum societaiis
Jesu Dedalus dedolatus , et genui-
no suo vultu reprcesentatus : acces-
sit auctarium animadversionum in
{rasparis Scioppii ecclesiasticam as-
trologiam, Ingolstadt, i656, in-S".
V. Ànti-raelander adi^ersùs Philo-
xenum Mclandrum autorem Fla-
gelli jesuitici. C'est Scioppius , en-
nemi juré des jésuites , qui s'était
caché sous le nom de Mélander. La
réponse de Forer est en allemand,
et parut à Munich eu iG33. Forer
passa ainsi sa yie à attaquer et à
FOR 25^
se défendre. Parmi les articles lan-
cés contre lui , deux portent le litre
A' 4nti- Forer. Le premier est de
Jean-Uiric Pregitzer , pasteur pro-
testant , et professeur de théologie
à Tubingen : son livre est dirigé
contre le Patrocinium votorum, et
il y attaque les vœux monastiques*
L'autre Anti- Forer est de Pierre
Hiberkorn, professeur de théologie
à Giessen , et prédicateur du 1 md-
grave de Hesse : cet ouvrage parut
en 1654 ; il roule sur des questions
proposées par le P. Forer, aux pro-
testants, sur la nature de la réforma-
tion , l'état de l'église avant Luther , etc.
Outre ces nombreux ouvrages polémi*
ques , et d'autres encore , demeurés
manuscrits , dont la Bibliothèqua his-
torique de la Suisse donne le détail
d'après la Lucerna litterata de J. A.
F. de Balthasar , on a du P. Forer dei
Observations sur les eaux thermales
de Pfeffers, traduites du latin en alle-
mand, Augsbourg, 1642, in-8°.,fîg.,
dont Hallcr parle avec éloge. L — y.
FOHEST (Pierre de la), arche-
vêque de Rouen et cardinal, « l'un
» des plus excellents ho. urnes de soa
» tempï> », dit François Duchesne,
et du petit nombre de ceux qui, nés
dans une condition obscure, ont du
leur élévation à leur mérite, vit le jour
dans le village de la Suse, à quelques
lieues du Mans, en i3i4. Son pèrç
se nommait Philippe de la Forest , et
sa mère Marguerite, native de la Cha-
pelle-Saiut-Aubin, autre village dans
les environs de la mêmeville.C'étaient
d'honnêtes gens occupés des travaux
de la campagne. Marguerite avait ua
frère ecclésiastique , nommé GeofTroi
de la Chapelle, que Gui de Laval,
évêquedu Mans, « instruit de sa suffi-
sance et expérience en fait de justice » ,
avait constitué son officiai , et que soa
mérilç éleva dan^ la suite sur ce
n
a58 FOR
même siège du Mans. Pierre montrait
une grande vivacité' d'esprit et un grand
désir d'apprendre. Soit que ct^t oncle,
officiai, y contribuât, soit qu'en bons
parents , le père et la mère de Pierre
épuisassent leurs moyens, ils firent
étudier leur fils j et ses progrès dans
les classes furent tels , qu'à l'âge de
dowze ans il avait achevé ses huma-
iiile's et sa philosophie. 11 s'appliqua
alors à la jurisprudence avec tant de
succès, qu'après avoir obtenu ses li-
cences il fut fait professeur, et enseigna
le droit dans les écoles, alors iâmeuses,
d'Orléans et d'Angers. Sa réputation
y amena bientôt un grand concours
d'auditeurs. On venait le consulter de
tous côte's ; on y accourait même dos
pays étrangers, et la facilité avec la-
quelle il savait résoudre les questions
les plus délicates lui attirait une admi-
ralion générale. Gui de Laval crut ne
devoir pas laisser sans récompense
des talents &i recommandables ; et
n'ayant rien de mieux à offrir à
Pierre , il lui donna la cure de Ché-
miré-le-Gaudin. C'était un théâtre uu
peu rétréci pour le mérite du jeune
docteur, et peut-être pour son ambi-
tion : il résolut de se rendre à Paris,
et de s'y faire connaître. 11 en prit le
moyeu le plus sûr , en s'attachant au
barreau, et exerçant la plaidoirie pi'ès
de la première cour de magistrature
de France. Il ne tarda point à se faire
distinguer dans cette carrière; et le
bruit de ses succès parvint jusqu'à Phi-
lippe de Valois, qui le pourvut d'une
charge d'avocat-général. Ce ne fut pas
le seul avantage qu'il obtint. Les bé-
néfices vinrent comme d'eux-mêmes
s'accumuler sur sa tête. Philippe de
A^alois ayant investi son fils Jean des
duchés de Normandie et d'Aquitaine ,
ce jeune prince admit Pierre de la Fo-
rcst dans son conseil, lui confia les
cccaux de ses duchés ; et l'ca «ommA
FOR
chancelier j il fît plus encore, il h
recommanda à Clément VI, qui lui
donna l'évêché de Tournai. Pieire de
laForest néanmoins n'alla jamais dans
celte ville , ses charges le retenant à
la cour. Philippe de Valois, peu de-
temps après, réleva à la dignité de
diancelier de France , à la place de
Jean de Cherchemont, et le nomma
sou exécuteur testamentaire. C'est
presqu'en même temps qu'Audouin ,
évêqucde Paris , ayant été transféré au ,,
siège d'Auxerre, Pierre de la Forest }
fut pourvu de l'évêché qu'il laissait I
vacant. Les talents de Pierre de la I
Forest et les hauts emplois dont it
était revêtu lui firent prendre une
grande part dans les affaires politi-
ques de son temps. En i35i , il fut
chargé par le pape , conjointement
avec l'évêque de Lao», de donner le
chapeau à Rigaud de Roussi , non»n&
cardinal , et auparavant abbé de Saint-
Denis. La cérémonie s'en fît au pa •
lais , en présence du roi Jean ; et les
historiens remarquent que c'est la
première fois qu'il fut dérogé par
les souverains pontifes à l'usage d'al-
ler recevoir le chapeau à la cour
papale. La trêve entre Edouard et
la France ayant expiré au mois
d'août de la même année , la Forest
fut un des plénipotentiaires nommés
pour aller traiter de la paix. Les
conférences se tinrent entre Calais et
Guines; mais on ne put convenir que
d'une trêve, qui même fut liientôt rom-
pue, et que Pierre de la Forest signa
en prenant les qualités de chancelier
de France et d'évêque de Paris. L'an-
née suivante, il fut nommé archevê-
que de Rouen. Il faut qu'alors on ne
pût, sans dispenses, cumuler le trai-
tement d'une charge avec un revenu
ecclésiastique. Il existe des lettres dé-
rogatoires qui autorisent Pierre de la
Foreit à percevoir les éuaolumeaU de
FOR
sa charge de chancelier , nonobstant ,
y est-il dit , que sa prélalurc en eust
deub faire cesser la continuation.
Il faut aussi qu'alors la dignité de
chancelier, tout éminente qu'elle est,
li'anoblîl pas , puisque le même Pierre
de la Forest ayant, vers ce temps , fait
l'acquisition du château et châtelleuie
de Loupcîande, près le Mius, fut
oblige', pour être investi de ce fief no-
ble, de prendre des lettres de no-
blesse. En i354, il se rendit à Avi-
gnon , où Ton devait conférer, eu pré-
sence d'Innocent VI , sur les moyens
de rétablir la paix entre la France et
l'Angleterre ; mais Edouard y mit des
conditions qui la rendirent imprati-
cable. Le renouvellement des hosti-
lités obligea le roi Jean de convoquer
les états l'année suivante. Pierre de la
Borest, en sa qualité de chancelier,
en fit l'ouverture en la chambre du
parlement de Paris , et parla au nom
du prince , ;>owr quon luifist aucune
ayde qui lui fust suffisante à faire
sa guerre. En 1 556 , le roi ayant été
fait prisonnier à la bataille de Poi-
tiers, une nouvelle assemblée des états
fut convoquée pour travailler à la
délivrance du roi. Pierre de la Forest
en fit encore l'ouverture; mais les dé-
putés, au lieu de s'y occuper du bien
de l'état , présentèrent au dauphin
Charles , lieutenant du royaume pen-
dant la captivité de son père , une liste
de vingt personnes revêtues des pre-
miers offices , et les plus fidèles servi-
teurs du roi , à la tête desquelles était
Pierre de la Forest, dont ils exi-
geaient la destitution. Charles éluda
pendant quelque temps cette deman-
de ; et , pour éviter d'y répondre ,
prenant le prétexte d'un voyage à
Metz pour y aller consulter l'empe-
reur Charlqg IV, sou oncle, sur la si-
tuation des affaires de France, il rom-
pit les états. Le prince, dans ce voya-
FOR 25^
ge , se fit accompagner de Pierre
de la Forest; à son retour, voyant
que s'il ne consentait à la demande
des états , il ne pourrait obtenir de
subsides pour le roi sou père, il se
vit obligé de céder. La même année ,
Pierre avdit été nommé cardinal par
Innocent Vï, qui le créa aussi soa
légat en Sicile. Pierre se voyant des-
titué de sa place de chanceli* r , se re-^
tira à Bordeaux , où le roi Jea« était
encore , et où il lui reporta les sceaux.
On y négociait la liberté du roi. Les
affaires n'avançant point, et Pierre es-
pérant que peut-être en Angleterre il
pourrait les hâter, se rendit à Lon*
dres, où il demeura près d'un an.
Pendant ce temps, la France était li-
vrée à la fureur des factions. En 1 35g,
le dauphin ayant réussi, par sa sagesse,
à calmer un peu les esprits , un de ses
premiers soins fut de réhabiliter les
officiers qu'il s'était vu contraint de
destituer. Il rendit une ordonnance
par laquelle il les restitue en leurs
états et renommées , et veut qu'ils
soient payés des gages de leurs offices
comme s'ils les avaient toujours te-
nus. Par ce moyen , Pierre de la
Forest fut rétabli dans sa charge de
chancelier de France; mais , instruit
que ses ennemis tramaient contre lui
de nouveaux complots , il se retira à
la cour d'Avignon, et s'établit à Ville-
neuve, près cette ville, où il mourut
de la peste le 25 juin 1 36i . Son cœur
y fut inhumé, et son corps transporté
au IVIans pour y être enterré dans la
cathédrale, à coté de l'évêque Geof-
froi, son oncle, auquel il avait fait
élever un monument. Trois jours
avant sa mort , Pierre avait fait un
testament fort étendu. Par* une de»
dispositions , il ordonnait qu'un ser-
vice solennel lui serait fait à Paris,
dans l'église de Notre-Dame, dont il
avait i\é chanoine. On y voyait autre «
17..
i6o FOR
fois , sur un des piliers du cLœur , sa
stalue, dont François Ducliesne, dans
son Histoire des Cardinaux fran-
çais » nous a conservé la ressem-
blance. L — Y.
FOREST (Pierre van), méde-
cin hollandais, plus connu parmi les
savants sous le nom de Foreslus ,
parce que c'est ainsi qu'il traduisait
son nom à la tête de ses ouvrages
écrits en lalin , naquit dans la ville
d'AIemaer en 1 522. Son père , qui
était bailli d'un village voisin , l'en-
voya à Louvain pour y étudier le
droit ; mais Foreslus n'avait nul goût
pour la pro/ession d'avocat, et se
sentait un vif penchant pour celle de
médecin. Son père lui permit de s'y
consacrer. Après avoir achevé ses
études à Louvain , il alla voyager en
Italie , parcourut successivement Bo-
logne , où il prit le bonnet de doc-
teur ; Padone , où il suivit les leçons
du célèbre André Yesale, et Rome,
où il eut l'occasion d'acquérir de nou-
velles lumières en assistant à la cli-
nique de son célèbre compatriote
Gisberl Horstius. Forestus quitta l'Ita-
lie pour aller à Paris. Dans celte ville
il suivit les cours de Vidus Vidius et
de J. Sylvius. Après avoir exercé la
médecine pendant un an à Pithi-
vicrs , il retourna dans sa patrie , et
y obtint pendant douze ans les suc-
cès les plus heureux dans la prati-
que. Une maladie pestilentielle exer-
çant les plus grands ravages à Delft ,
cet, habile médecin n'hésita pas de se
rendre aux instances des habitants ;
et, à l'exemple de l'immortel Hippo-
crate, en s'cxposant au danger le
plus imminent, il eut le bonheur de
sauver une multitude d'infortunés,
et de se préserver lui - mêiue de la
contagion. Les magistrats de Delft
lui ayant offert une pen.sion considé-
rable, il ûxa soa séjour dans leur
FOR
ville, et pendant quarante ans il ne
s'en éloigna momentanément que pour
aller à Lcyde , où il fut appelé en
1575 pour y faire les premières le-
çons de médecine à l'ouverture de
l'université qui venait d'y être fon-
dée. Forestus, devenu vieux, se retira
à Alcmaer sa patrie 5 il y mourut en
1697, à l'âge de soixante - quinze
ans. La ville lui fît élever un monu-
ment dans la principale église. On y
lit ce distique chronogrammatique :
eVICtUs fato CUbat haC sUb MoLe forestU» :
hIppoCrates bataVh «IfUlt, ILLe fUU.
Forestus joignait à un savoir très va-
rié l'habileté d'un grand praticien. On
voit , en lisant ses écrits , qu'il était
un excellent observateur. 11 y a re-
cueilli un grand nombre d'histoires
fort intéressantes sur les maladies.
Haller suspecte la fidélité de ces his-
toires ; mais Boërhaave en faisait un
cas tout particulier. L'on s'aperçoit , |
d'après les ouvrages de Forestus , f
qu'il donnait un peu dans la poly-
pharmacie , comme c'était l'usage de
son temps : cependant plusieurs de
ses formules sont encore en grand cré-
dit dans la Hollande et dans la Belgi-
que, et portent son nom. L'auteur de
cet article a lui-même souvent pres-
crit dans ces contrées la boisson con-
nue sous le nom de decoctum Pétri
Foresti , que ce grand praticien em-
ployait avec, succès dans les affec-
tions catarrhalcs qui sont fort com-
munes dans les Pays-Bas. Voici la liste
des ouvrages les plus remarquables de
Foreslus : I. Observalionum et cura-
iionum medicinalium , sii^e medicince
theoricœ et practicœ^ libri XXFIIl,
Francfort, 1602, 2 vol. in-fol. 11.
Jdem , lib. XXIX ^ ibidem, if)o4,
I vol. in-fol. 11 f. Idem, lib. XXX ^
XXXI et XXXII, ibié., 1607,
I vol. in-fol. IV. Obseru, et cura-
Uonum ckirurgicarum libri quinque;
FOR
(tccesserunt de incerlo ac fallaci
urinarum Jiulicio adversùs uromari'
tas et uroscopos libri très , Franc-
lort) i6io,in-fol. Ce volume, for-
mant la suite du précédent , est le
V*. de la collection. Dans ce dernier
écrit Forestus s'élève justement con-
tre la jonglerie des charlatans qui pré-
tendent connaître, à l'inspection de
l'urine, les maladies, leur cours et
leur suite. Cette opinion prouve en
faveur des lumières et de la philoso-
phie de l'auteur, qui les manifestait à
une époque où la médecine était in-
fectée des préjuges les plus absurdes ,
auxquels des médecins d'ailleurs re-
commandables avaient la faiblesse de
sacrifier. V. Ohserv. et curât, chi-
rurgicarum libri quatuor posteriores,
Francfort, i6ii , in-fol. Ce volume
est le VF. tome et le dernier des ou-
vrages de Forestus. Les OEuvres de
cet habile médecin sont toujours con-
sultées par les praticiens; elles ont été
réimprimées , soit séparément , soit
ensemble, en Allemagne, en France
et en Hollande. Les Observations
et Histoires chirùrgiques ^ Genève,
i(i6tj , en contiennent un extrait
traduit en français , sous le titre
d' Observations chirurgiques qui re-
gardent les maladies externes.
F— R.
FOREST. Voy. Leclerc.
FOREST-DUGHESNE (Nicolas),
jésuite , puis religieux de Tordre de
Cîteaux, ne à Reims vers l'an i595,
entra dans la société à l'âge d'environ
17 ans. Après avoir enseigné dans dif-
férents collèges { à Reims et à Pont-à-
Mousson ), suivant l'usage des jésuites ,
il obtint de ses supérieurs la permis-
sion de voyager j il parcourut l'Italie ,
et visita Rome. On ignore ce qui le
porta à changer d'institut ; mais il de-
manda au père Mutio Vitelleschi , gé-
néral de la compagnie, ei obtint la
FOR
261
permission de passer dans l'ordre de
Cîteaux. 11 conserva , au reste , sous
son nouvel habit, tout son attache-
ment pour son premier état , et les
principes qu'il y avait puisés , comme
letémoignentla plupart des écrits qu'il
composa depuis, relativement aux opi-
nions alors débattues ; ce qui Ta rendu
fameux dans l'histoire du jansénisme.
Il obtint une abbaye ; et à 1 1 tête d'un
de ses ouvrages il prend le titre d'<z6-
has Escuriensis ( abbé d'Escurey ,
diocèse de Toul). Néanmoins, dans
la liste des abbés de ce monastère ,
donnée par les auteurs du Gallia
Christiana, on ne trouve point le
nom de Forest-Duchesne; et même à
l'époque où il pourrait être censé
avoir gouverné l'abbaye d'Escurey,
on la trouve possédée par trois com-
raendataires. On a de lui , pendant
qu'il était jésuite : I. Pratique du
compas de proportion. Il y en a une
édition de iCSç), in-i-i. 1. Nicolai
Forest-Duchesne ahbatis Escurien-
sis Jlorilegiuni universale liberalium
artium et scientiarum. C'est un ex-
trait des leçons qu'il avait données
étant jésuite , sur la philologie, les
mathématiques , la philosophie et la
théologie. L'ouvrage est peu connu ,
et l'on dit qu'il mérite peu de l'être.
ITL Horoscopus Delphini^ autora
Nie. Duckesne, Paris, i652 , in-4''.
IV. Précautions tirées du Concile de
Trente contre les rwuveautés de la
Foi, par Nicolas Forest-Duchesne ,
abbé bernardin ^ dédiées à la reine,
1649, in-S''. V. Lettre d'un théolo-
gien à son ami malade , contenant
V Abrégé de Jansenius ^Vans, i65r,
in 4°. VJ. Lettre d'un théologien à
son ami en convalescence , contre
trois lettres d'un janséniste ( l'abbé
de Bouraeis), Paris, !65o, in -4°.
VIÎ. Lettre d'un théologien à un sien
amij parfaitement guéri du jansé-
262 FOR
nisme , contenant quelques avis sur
les canons du Concile d' Orange ^
Paris, i65o , in-4 '• Le père Gerbe-
ron, dans son Histoire du jansénisme,
parle de ces diffëreuts ouvrages avec
peu d'cstitne pour eux et pour leur
auteur. Ce n'eî«t pas à un juge aussi
attaché au parti contraire, qu*on peut
s*en rapporter ; mais ces» écrits étant
de circonstance oui aujourd'hui peu
d'intérêt. L — y.
FORESTI ( Jacques-Philippe ) ,
historien, plus connu sous le nom de
Jacques-Philippe de Bergame, naquit
en 1454, à Soldio, près de cette ville,
de parents distingués par leur nais-
sance et parleurs emplois. Après avoir
terminé ses études avec un grand suc-
cès , il entra , en 1 45 1 , dans l'ordre
des ermites de Saint-Augustin , et en
reçut l'habit dts mains de JeanNibbia,
de Novare, l'un des fondateurs de
Tordre en Italie. Dès-lors il parragea
son temps entre les devoirs de son état
et la recherche des monuments his-
toriques du moyen âge. Il forma ainsi
des recueils précieux qui lui furent
d'un grnd secours pour la rédaction
de l'ouvrage qu*il méditait. Il ne se
proposait rien moins que de comparer
entre eux tous les historiens, de foudre
leurs récits, et.de former de cette ma-
nière une espèce de corps d'histoire
universelle. Ce fut dans cette vue qu'il
publia son Supplementum chromco-
rum orbis , ouvrage qui eut un grand
succès , et qui , malgré ses nombreux
défauts , mérite encore d'être consulté,
surtout pour les faits dont l'auteur a
c'té le témoin. La réputation de Foresti
devait le porter aux premières dignités
de son ordre ; mais il les refusa toutes
pour se Hvrer plus tranquillement
à l'élude , et ce fut , malgré lui , qu'il
accepta la direction momentanée des
couvents d'Jmola , de Forli , et enfin
de Bergame. Il chercha à inspirer à ses
FOR
confrères le goût des lettres, et il for-
ma , dans le couvent de Bergame, une
bibliothèqur, l'une des plus nombreu-
ses qu'il y eût à cette époque. Foresti
mourut en celte ville, le 1 5 juin 1 520,
à l'âge de 86 uis. I. On a de lui: Sup-
plementum chronicorum orbis ab ini-
tio mundi usque ad annum 1482,
libri XV ^ Venise , 1 485, in-fol. : cette
première édition est fort rare ; Brescia,
i485; Venise, i486, \l\<^^y ï492>
in-fol.; Nuremberg, i5u5; Venise,
i5o3, i5o6, in-fol. On trouvera des
détails curieux sur ces différentes édi-
tions , dans la Bibliothèque de David
Clément, arUBergomas. (jôtze assure
que l'édition de Venise 1 5o6 est la
plus rare; c'est aussi la plus com-
plète, puisque l'auteur y a ajouté
un 16^. livre qui conduit cette chro-
nique à la fin de l'année 1 5o3. Cette
édition a été réimprimée dins la
même ville en i5i3; enfin, Simon
de Colines en a donné une, Paris,
i555 , remarquable par la beauté
de l'impression , et par l'addilion d'un
i-j^. livre, qu'on attribue à Bernar-
din Bindoni ; mais les mutilations
qu'elle a éprouvées la déprécient beau-
coup aux veux des amateurs. Li chro-
nique de Foresti a été traduite en ita-
lien par F.Sansoviuo, Venise, i49i»
i553, in-fol.; ibid. i575et i58i ,
in-4". ^^'De plurimis claris selectis-
que mulieribus opus propè divinum
novissimè con^estum, Ferrare, 1 4()7,
in-fol. C'est l'unique édition de cet
ouvrage; mais Ravisius Tcxtor l'a in-
séré dans son recueil De memorabili'
bus et claris mulieribus, Paris , 1 52 1 ,
in-ft)l. Les curieux le recherchent,
surtout à raison d'un aiticie sur la pa-
pesse Jeanne ; mais ils peuvent trouver
cet article dans les notes de la Biblio-
thèque de David Clément. III. Con"
fcssionale seu interrogatorium aliO'
rum novissimum, Venise, 14^7 >
FOU
in-fol., i5oo, in-8^; Anvers, i5i5,
in-8'*. IV. Commentarius in Cato-
nem de moribus^ in-fol. Cet ouvrage
est cite dans la Bibl, nova manuscrip-
iorum de Moulfaucou. W — s.
FORESTÏ ( Antoine ) , jésuite , né
à Carpi , dans le duché de Modène,
vers le milieu du 1 7^ siècle , est prin-
cipalement connu par l'ouvrage sui-
vant : Mappamondo istorico , ot^ero
descrizione dl tutti imperi del miin-
do , délie vite dei pontefici, e ifatli
più illastri deW anlica e moderna
storia , Parme , 1690 et ann. suiv.,
6 vol. in-4*'.0n n'avait pas encore osé
entreprendre une histoire universelle
sur un plan aussi étendu; mais Foresti
mérite bien plus d'éloges pour avoir
formé ce plan que pourla manière dont
il l'a exécuté. Il mourut vers l'année
1699 avant d'avoir terminé son tra-
vail. Le célèbre Âposlolo Zeno le con-
tinua, et publia les quatre volumes
suivants, qui contiennent l'histoire des
rois d'Angleterre , d'Ecosse , de Suède ,
de Danemark, des ducs de liolstein
et des comtes de Gueldre. Le marquis
Dominique Suarez a donné le 1 1 ®. vol.
qui traite des califes ; et le docteur
Silvio Grandi , le 12^. , qui renferme
l'histoire de la Chine. Ce grand ouvrage
a été réimprimé à Venise en 174^?
i4 vol. in- 4°. Il avait été traduit en
allemand par George Schlueter , Augs-
bourg, 17 16-1 7 18, 6 vol. in-fol. On
connaît encore du P. Foresti quelques
ouvrages ascétiques : L / conjbrti ce-
lesti inwiati alla milizia cristiana dél-
ia sacra lega , Parme , 1 686 ; Venise,
1689, in- 12. II. // sentier o délia
sapienza mostrato a' gicvani stu-
denti, Parme, 1689; Venise, 1705,
in- 12. 111. La strada al sanluario
mosirata a' chierici i quali aspirano
alsacerdozio,Modcnej i699,in-i2,
souvent réimprimé. Ou conserve à la
bibliothèque ducale de Modène des
FOR îi65
Mélanges historiques du P. Foresti .
et ses Lectiones m S. Scriptiiram.
W— s.
FORESTIER (Antoine), en latin
Sfhiolus , poète njé à Paris dans le
1 5^ siècle , avait eu pour amis et pour
compagnons d'étude Robert Gaguin
et Fauste Andrelini. Lacroix du Maine
en a parlé assez superficiellement ;
mais on ne peut deviner sur quoi La
Mon noyé s'est fondé pour assurer
qu'on ne doit pas le distinguer d'un
religieux célestin du même nom , au-
quel on attribue quelques vers fran-
çais €n l'honneur de la Sainte-Vierge.
Ces deux auteurs nous paraissent au
contraire n'avoir de commun que le
nom. On conjecture qu'Antoine Fores-
tier avait embrassé la profession des
armes , et qu'il fit les campagnes da
Milanez sous Louis XII. La lecture de
ses ouvrages aurait sans doute appris
quelques autres particularités de sa
vie ; mais le recueil en est devenu si
rare 5 qu'on l'a cherché inutilement ,
même à la Bibliothèque du Roi. En
voici le titre, d'après Conrad Gesner;
Elegiœ aliquot, videlicet de Spiritu
Sancto; de signa lignoque crucis ,• de
resurrectione Domini , de lauro, de
nohilitate generis , de victorid Lu-
dovici XII in Genuenses ; \item Hen-
decasj'llaborum et carminum ad di'
versos liber; Dialogi aliquot et epi-
grammata , Pavie, 1 5o8 , in-4*'. On
connaît encore de Forestier : Carmen
de triumphali aique insigni victorid
Ludovici XII Galliœ régis in Ve-
netos ^ sans date et sans nom de lieu
d'impression , in-4''.; Paris , de Mar-
nef , même format. Alphonse Chacoji
lui attribue un Traité d'astrologie
judiciaire , en manuscrit , et Kôm'g
nn poème latin h l'honneur de Ste.
Geneviève. Lacroix du Maine dit qu'il
avait laissé plusieurs comédies fran-
çaises j mais elles sont perdues. W — s^
îi64 FOR
FORESTIER (Pierre), prêtre,
ne à Avulon le iG de'icmbrc ib54,
obfiî't UQ^tauonicat à ia collégiale de
cette ville, pailagca sa vie entre ses
devoirs et l'étude, et mourut dans sa
atrie le x5o novembre 1720, à l'âge
e 69 ans. Il est auUui des ouvrages
sinvaiAs :\. Homélies ou Instructions
familières pour des vélures ou pro-
fessions religieuses j Paris, i^iQo,
2 vol. in-ia. Ces discours sont au
nombre de trente-deux. On trouve à
la tê.'e du second volume une disser-
tation en forme df préface , dans la-
quelle il combat h s erreurs de Moli-
nos , qu'un de ses confrères avait
récemment cbercbé à remettre en
crédit. II. Histoire des indulgences
et des jubilés, Paris, 1700, in- 12.
Cet ouvrage est estimé , et passe
pour le meilleur d» Forestier. 111. Les
/^ies des saints patrons, martyrs et
évéques d*Autun, Dijon, 1713, in-
i'2. 11 en promettait une nouvdle édi-
tion , augmentée d'une préface sur
l'établissement de la religion chré-
tienne dans les Gaules , et du catalogue
des saints qui ont fleuri dans les se[>t
premitrs siècles de l'Eglise; mais le
Î3eu de ^uccès qu'eut son ouvrnge
'empêcha de tenir sa promesse. IV.
Explication littérale des Evangiles
des dimanches et fêtes de l'ai>ent et
du carême , Paris , 1 --o 1 , in- 1 2. Il a
laissé en manuscrit les Fies des saints
évçquts d'Juxene, et une Histoire
de V église collégiale d^Avallon. —
Forestier ( Mathurin-Germain Le),
jésuil»', naquit à Paris en 1697 , et,
après avoir ferrainé ses études d'une
manière briilarte, fut admis dans la
société en 1717. Son esprit et sa ca-
pacité pour les affaires relevèrent
bientôt aux premiers emplois. Il fut
ap[)elé à Borne par le supérieur-géné-
ral , qui le nomma son théologien , et
je chargea de la révision des ouvrages
FOR
composés par les membres de la so-
ciété. 11 fut envoyé en i 766 à Lon-
dres , pour apaisir les créanciers du
fameux père La Valette , et y parvint,
non sans peine. De retour à Home . iî
fit de vains efforts pour s'opposer à la
suppression de l'ordre , solHcitée alors
par tous les souverains : il mourut
dans celle ville, en 1778, à l'âge de
quHtre-vinpt-un ans. W — s.
FORFAIT ( Pierre-Alexandre-
Lal'rent ) , ingé> wur- constnicleur ,
puis ministre de la marine , naquit à
Rouen en 1 752. Au sortir des écoles
où il s'était préparé, par des succès,
à parcourir avec éclat la carrière à
laquelle i! se destinait, il fut envoyé,
en 1775, à Urest, et y exrrça les
fonctions d'ingénieur jnsqu*<n 1782,
que ses talents le firent designer pour
aller les remp'ir à Cadix, ious les
ordres du comte d'Eslain^:,. La paix
signée eu i ';83 , le rappela en France,
et lui fournit bientôt une occasion de
donner de nouvelles pi euves de son
talent. Le gouvernemeui résolut , en
1 787 , d'établir , avec ses colonies
d.ms les deux mondes , et les Etats-
Unis d'Améiique, une navigation ré-
gulière exécutée par des paquebots.
Ces bâtiments devaient réunir, à la
promptitude de la marche, la possi-
bilité de porter des ; archandis(\s, et
un grand nombre de passagers. Fur-
fait trouva la solution de ce problème ,
et construisit des vaisseaux qui ne
laissèrent ri( n à désirer sous ces deux
rapports. L'ciégance de leurs formes
les fit admirer par ses compatriotes ^^
et par les étrangers qui venaient aii
Havre, oii se faisaient ces expéditions.
Il venait de remplir en Angleterre,
pour le miniatèi-e de la marine, une
mis-^ion de la plus haute importance,
quand le département de la Seine-
Inférieure le nomma membre de l'as-
semblée Ijgislativc en 1791. H fit
FOR
preuve dans celle assemblée d'un es-
piit et d'un cœur droils, cl y montra
le couragf It- plus ferme en s'op-
posant à toutts les propositions sug-
gérées par des têies c^iaitees; et quand
elle fut rfniplacëe par la Convention ,
il aJl* reprendre ses fonctions au
Havre. Dénoncé au proconsul en mis-
sion dans cette vil'e , dans le tcnips
de la terreur , il reçut un mandat
d'airêl ; mais ou se contenta de placer
auprès de lui un gendarme, parce
quf l'on ne pouvait se passer de lui
pour la surveillance des travaux du
port. Cependant, le comité de salut
public, qui écoutait quelquefois les
jéclam.ilions dictées par la justice, et
savait apprccitr les talents des lum-
iiu s dont les services pouvaient lui
être utiles, ne fit pas plutôt instruit
d( s mesures arbitraires prises contre
Forfiit , qu'il lui fît rendre sa liberté.
Le jour où cette nouvelle parvint au
Havre , lui procura un véritable
triomphe; tous les citoyens, et sur-
tout les ouvriers qui étaient sous ses
onlres , s'ei^pnssèrcnt de venir le
féliciter. Quand la France eut fait la
conquête de la Belgique et de la Hol-
lande, Forfait fut, à diverses repri-
ses , chargé d'aller examiner les côtes
des deux pays ; et ses conseils détermi-
iièrenti'étaMisseraent d'un port mililai-
leà A'ivcrs.On s'occupait depuis long-
temps des moyens de faire remonter
directement des bâtiments d'une cer-
taine dimension, du Havre à Paris;
Forfait, chirc^é par le directoire, en
l'an IV, d'explonr le cours de la
Seine, le suivit depuis son embou-
chure jusqu'à la capitale, cl prouva
ainsi la possibilité de cette naviga-
tion sur le navire le Saumon ^
qui mouilla au bas du Pont-Royal le
seizième jour après son départ du
Havre. Les détails relatifs à ce sujet
iiuéressanl, aux moyens ingénieux
FOR oM
employés pour abattre et relever la
mâture aux passages des ponts, et aux
améliorations proposées pour le rours
du fleuve, améliorations qui facilite-
raient l'approvisionnement de la ca-
pitale, sont consigrés dans un Mé-
moire remis à la comniission de la
marine , et méritent de fixer l'atten-
tion du gouvernement. Lorsque le
général lîuonaparte eut été élt-vé à la
dignité de premier consul, il se sou-
vint de Forfait, qu'il avait vu en
Italie, où ce dernier était allé pour
prendre possession de l'arsenal de
Venise, et il le nomma ministre de la
marine. Forfait n'occupa pas deux
ans ce poste éminenl ; il donna sa
déaùssion peu après la ignature des
préliminaires de paix en 1801 , et
devint successivement conseiller d'é- '^
tat, inspecteur général de la flotille
destinée contre l'Angleterre , com-
mandant de la Légion - d'honneur ,m
préfet maritime au Havre, puis à
Gènes. Desservi par des envieux qui
parvinrent à lui faire perdre la con-
fîaace du gouvernement , il chercha
une retraite au sein de sa famille. Le
sentiment dis injustices qu'il avait
éprouvées mina sa s.mte', et les suites
d'une attaque d'apoplexie le mirent
au tombeau !e 8 novembre 1807.
On a de lui : L Un Mémoire en latin
sur les canaux navigables ^ couronné
par l'.c (demie de Mantoue en 1773.
II. Traité élémentaire de la md'
tare des vaisseaux, Paris, 1788,
I vol. iu-4°. Cet ouvrage, entrepris
par ordre du ministre de la marine
pour l'instruction des élèves , annoucp
que l'auteur avait bien approfondi
son sujet. Il entre dans tous les dé-
tails qui concernent l'art du mâteur,
indique les bois propres à faire des
mâts, expose la manière d'exploiter
ces bois , fait connaître leurs quali-
tés, leurs vices et leur valeur, et ex-
!266 F 0 R
plique les procèdes que Ton suit,
pour donner aux mâts et aux ver-
gues la forme apparente et extérieure
qui leur est propre. Il décrit les di-
verses formes de voiles, et îeur usage
pour faire avancer, tourner, ou arrê-
ter le vaisseau. II définit et compare,
sous leurs rapports généraux, les
divers systèmes de voilure; établit
les lois suivant lesquelles on propor-
tionne les mâts et les vergues dans
les divers Systèmes; montre la rela-
tion des voilures qui en résultent , et
détermine la meilleure méthode de
placer ces mâts et ces vergues. Les
règles qu'il pose à cet égard , ont été
trouvées si précieuses et si exactes ,
qu'elles ont servi de guide aux cons-
tructeurs et aux marins , et que ceux-
ci dirigent leurs travaux d'après les
tables qu'il a dressées. La seconde
édition de ce livre utile , publiée en
i8i5 , ue diffère de la première que
parce que l'on y a ajouté les calculs
d'après les nouvelles mesures. III. Un
grand nombre de Mémoires envoyés
à l'académie des sciences, dont il
était correspondant, et d'excellents
articles dans le Dictionnaire de ma-
rine de l'Encyclopédie méthodique,
sur les moyens de briser les rochers ,
et d'aplanir les hauts fonds de la
mer, sur ceux de relever les corps
submergés , sur une machine à plon-
ger et travailler sous l'eau ; enfin ,
dans la Collection des arts et mé-
tiers , un Mémoire sur l'art de faire
les peignes. Tous ces morceaux prou-
vent la variété et l'étendue de ses
connaissances. Il a laissé aussi beau-
coup de manuscrits sur divers objets
qui intéressent la marine. E — s.
FORGE (Louis de la ) , docteur en
médecine , naquit à Paris dans le 1 7*.
siècle. Il habitait la ville de Saumur , où
il exerçait sa profession , et y composa
niï traité fort savant pour ^en temps ,
FOR
publié d'ahord en français , et traduit
en latin par J. Flayder, sous ce titre :
Tractatus de mente humand, ejus
facultalibus et functionibus , neC'
non de ejusdem unione cum corpore,
secandùm principia Renati Descar-
tes y Paris, 1666, in-4°. Cet ouvrage
fut réimprimé plusieurs fois en Alle-
magne; mais, depuis que la philoso-
phie moderne a prévalu sur les hypo-
thèses et les abstractions de la méta-
physique, on ne lit plus ce livre, ni
ceux qui sont composés dans le même
esprit, et qui contiennent de sem-
blables rêveries. De la Forge était
un grand sectateur de Descartes ; il
a fait de nombreuses notes sur le
Traité de Vhomme , de ce philoso-
phe. Ces notes ont été publiées avec
l'ouvrage même, Amsterdam, 1677,
in-4^ F— R.
FORGEOT (Nicolas-Julien), né
à Paris en juillet 1758, y est mort le
4 avril 1798. Après avoir fait sou
droit , il fut reçu avocat , et se lia
avec MRL Pons (de Verdun ) et An-
drieux. Il fut aussi attaché à Tadmi-
nistralion des postes , et il en fut ins-
pecteur pendant quelque temps. Voici
la liste de ses ouvrages : LA l'Opéra,
les Pommiers et le Moulin , comédie
lyrique en un acte, musique de Le-
moine, représentée le 3 o janvier 1 790,
imprimée in-8". IL Au théâtre Fran-
çais : les Rivaux amis , comédie en
un acte et en vers, jouée le i3 no-
vembre 1 782 , in-S"".; les Epreuves ,
en un acte et en vers, jouée le 29
janvier 1785, in-8''.; la Ressem-
blance , en trois actes et en vers ,
jouée le 29 janvier 1 788, in-8°. III.
Au théâtre Italien : les Deux Oncles ,
comédie en un acte, jouée le 27 sep-
tembre 1 780 ; V Amour conjugal , ou
l'heureuse Crédulité, en un acte ei
en prose, jouée le i3 janvier 1781 ,
in-8".; Lucas et Luçette , comédie ea
FOR
UH acte et en prose, raê'ee d'ariettes,
musique de Dezède, jouée le 8 no-
vembre 1781, in-8°; les Dettes^
comédie en deux actes et en prose ,
mêlée d'ariettes , musique de M.
Champein , jouée le 8 janvier 1 787 ,
in - 8*. ; le Rival confident , en
deux actes , musique de Grétry ,
jouée le 26 juin 1 788; la Caverne ,
opéra en trois actes , 1 796 : le sujet
est tire' de Gilblas, Il avait déjà
paru une pièce sous le même titre ,
jouée en 1793 au théâtre Feydeau,
paroles de M. Dercy, musique de Le-
su'ujr. IV. Au théâtre Feydeau, le
Bienfait de la loi , ou le double Di-
vorce, comédie en un acte , 1 794 ; lo-
Rupture inutile, comédie en un acte
et en vers , 1 797 , in-8°. Ces deux
comédies ont été jouées par les comé-
dieusFrançais.Forgeot avait en porte-
feuille le cinevas de plusieurs comé-
dies en trois et en cinq actes : il en
avait même ébauché quelques scènes.
11 est mort avec le regret de ne pas
laisser de grands ouvragcs*dramati-
ques pour immortaliser son nom;
mais le joli opéra-comique des Dettes
lui fera toujours beaucoup d'hon-
neur. A. B — T.
F OU G ET ( Pierre), sieur de
Fresnes , après avoir rempli diffé-
rents emplois avec beaucoup de ca-
pacité , fut nommé secrétaiie d'état
en 1589. Quelque temps après il fut
envoyé près de Philippe 11, roi d'Es-
pngne , pour se plaindre des secours
qu'il donnait à la ligue. La mort fu-
neste de Henri III l'obligea de reve-
nir en France avant d'avoir pu ob-
tenir de s ilisfaction. II continua d'être
employé sous Henri IV, et servit ce
prince avec autant de zèK que de suc-
cès. Il régla seul les affaires de la re-
ligion , et fut le rédacteur du célèbre
édit de Nantes, qui :iccordait aux ré-
formés le libre exercice de leur culte
FOR a67
dans toute l'étendue du royaume. Il
fut ensuite nommé intendant-général
des bâtiments de la couronne , con-
seiller du bureau des finances, et
commissaire en Provence , 011 il ré-
gnait encore des troubles. Il accom-
pagna le roi en Savoie , lorsque ce
prince s'y rendit pour traiter de Té-
change du marquisat de Saluées ; et
il ne lui fui pas moins utile par ses
conseils dans cette circonstance, qu'il
l'avait déjà été précédemment. Il se
démit de ses charges en 1610, et
mourut, la même année, du chagrin
que lui causa la fin déplorable d«
Henri IV. Forget aimait les sciences
et les savants, dont il fut un zélé pro-
lecteur. On lui attribue : La Fleur de
Lfs , qui est le discours d'un Fran-
çois où Von réfute la déclaration du
duc de Mayenne, 1 595, in-8 '.; niais
Arnauld d'Andilly assure que cet ou-
vrage est de son père. Le recueil des
Lettres de Forget était conservé à la
Bibliothèque de Saint-Germain-des-
Prés. — Forget ( Pierre ) , sieur de
la Picardière , qu'on a confondu
qnelqjiefois avec le précédent, pre-
nait les titres de conseiller d'état et
maître d'hote! ordinaire du roi. Il fut
député, dans plusieurs circonstances,
près des princes d'Allemagne , et en-
voyé à Constantinople avec la qualité
d'agent pour les affaires de Sa Majesté.
li obtint , en 1609 , la charge d'histo-
riogra[)he de l'ordre de Saint-Michel,
s'en démit l'année suivante, et mou-
rut en i638. On a de lui des poésies
dans lesquelles on trouve du naturel
et de la facilité : I. Hymne à la reine
régente , mère du roi , Paris , 1 6 1 5 ,
in4'.; reimprimée avec d'autres pièces
du même auteur, dans les Délices de
la poésie françoise, Paris, 1620.
II. Les Sentiments universels, Lyon,
i63o, in-8". ; nouvelle édition, cor-
rigée et augmentée i) Paris, i63-/>,
îics Fon
in-fol.; ihid., i65G, in 4". C'est un
recueil de quatrains politiques , phi-
losophiques et moraux. Les pensées
en sont justes et passab'ement expri-
mées; mais elles ne sont pas rangées
Avec assez d'ordre , ce qui en rend la
lecture peu agréable. Marolles a mal
nomméForgft Fr^wçois, dans son Z^e-
nombrement des Auteurs. W — s.
FORGET (Jean), médecin, né
à Esscy en Lorraine, mérita la con-
fiance de Charles l.V, qui, en récom-
pense de SCS services, l'anoblit par
lettres -patentes du ^4 août i65o. Il
exerça la place de premier médecin
de ce prince jusqu'en 1644» époque
011 il demanda sa retraite , à raison
de l'alfaiblissemenl de sa santé ; et il
mourut quelques années après, dans
un âge peu avancé. Tandis qu'il fai-
sait ses cours à Paris , Forget com-
posa un ouvrage intitulé , Arlis sig-
natœ designaia fallacia , dans le-
quel il réfute solidement le système
cle Porta , qui prétendait qu'on pou-
vait deviner les propriétés à^s plantes
par leurs caractères extérieurs. Il pu-
blia cet ouvrage à Nanci, 1 633, in-8**. ,
sur les instances de son confrère
Christophe Bazot. Il a laissé manus-
crits deux autres ouvrages sur les Si-
gnes des métaux et ceux des ani-
maux ; et enfin les Mémoires de la
vie de Charles IF^ que Chifflct ciie
avec é'oge dans son Commentarius
Lolhariensis , et que Dom Galmet
a consultés pour son Histoire de
liOrraine. W — s.
FOUMAGE ( Jacques • Charles-
César ), né à Coupesartre( près de
Lisieux ) , le iC septembre 17491 ^^
ses éludes à P.jris avec succès , et ,
après avoir achevé son cours de phi-
losophie , se voua lui-même à l'en-
.seignement, et devint, en 1 779 , pro-
fesseur de troisième à Rouen. Lors
^e forganisalion des écoles centrales,
FOR
il remplit dans cette ville la chairs
des langues anciennes , et fut chargé
du même emploi lors de l'organisation
des lycées. Il ne se contentait pas
de professer les lettres ; il les cultivait,
et ses Fables surtout l'ont fait con-
naître du public. Il est mort à Rouen,
le 1 1 septembre 1 B08. On a de lui :
1. In Licenliam nostrœ poëseos ^
Carmen. II. Ignis. 111. In Pestem
quœ Bolhomago incubuit. Ces trois
poèmes, couronnés en 1778, 1779?'
1780 par l'académie de l'immaculée
Conception de P\ouen , se trouvent
dans le Recueil de pièces de cette
académie. IV. Stances sur la guerre
présente ( la guerre d'Amérique ),
couronnées en 1780 par la même
académie , et i?nprimécs dans son
Recueil. V. Discours sur la réu-
nion de la Normandie à la cou-
ronne de France , sous Philippe-
Auguste ^ couronné en 1781 par la
même académie , mais imprimé seu-
lement par extrait dans son Recueil,
YL Fables mises en vers, 1801,
3 vol. in-B". : quelques-unes avaient
déjà paru dans plusieurs recueils ,
et entre autres dans V Ecole amusante
des enfants, traduite du hollandes ,
par T. J.E.V. Guilbert. L'auteur se
proposait, dans une secojide édition
qu'il préparait , de supprimer plu-
sieurs pièces. Les fables de Formage
n'ont rien de très remarquable; et,
quoiqu'elles lui aient fait quelque ré-
putation , il reste confondu dans la
foule de nos nombreux fabulistes fran-
çais. 11 avait au moins commencé un
Traité sur Vintelligence de la my-
thologie. Il a laissé en manuscrit une
Traduction desMétamorphoses d' O-
vide. A. B — T.
FORMAN (Simon), astrologue
anglais, naquit en ij52 à Guidham,
près de Wiîton en Willshirc , d'une
bonne famille^ car son père et son
FOR
aïeul avaient cte' honore's du titre de
chevaliers. Ses biographes nous ap-
prennent que dès l'âge de six ans il
fut fréquemment tourraente par des
songes et des visions. Entre autres
maîtres auxquels on coufia son en-
fance , il en eut un qui , pour se
re'chauffer en hiver, portait du bois
d'un lieu à un autre, et faisait faire la
même chose à son élève. Forman per-
dit son père en 1 565 : sa mère ne
donna aucun soin à son éducation,
et lui fit garder les moutons , aider
les laboureurs et ramasser du bois. Ce-
pendant , à l'âge de quatorze ans , Il
entra en apprentissage chez un épicier-
droguiste de Salisbury , et apprit à
comiaîlre les objets dont son maître
faisait commerce : il chercha à aug-
menter ses connaissances par la lec-
ture, mais on lui interdit l'usage des
livres. Son avidité pour s'instruire
était si grande, que, faute d'autre
moyen , il se faisait répéter par un
jeune homme en pension dans la mai-
son où il habitait , ce que celui-ci ap-
prenait à l'école de Salisbury. Une
querelle qu'il eut avec la femme de
son maître, le força à demander son
congé. Il retourna à l'école pendant
quelque temps; m.is sa mère, vraie
marâtre, refusa de pourvoir à son en-
tretien. Parvenu à l'âge de dix-huit
ans , il se fit maître d'école, et , au bout
de six mois d'un travail assidu , il
amassa 4o sbellings, qui lui servirent
à aller à Oxford , où il entra comme
étudiant pauvre au collège de la Ma-
delène. Un bachelier es- lettres se
chargea d'une partie de son entretien;
mais comme il se servait de lui pour
beaucoup de travaux domestiques p^'n-
dant qu'il se divertissait , Forman
quitta l'université après deux ans de
séjou»'. Jusqu'alors »a conduite avait
été louable ;, puisque tous ics efforts
n'avaient teudu qu'à yaiûcre les obs-
F 0 R 2G.^
tades que lui opposait sa mauvaise
fortune; mais bientôt il se montra
sous un jour bien différent. Il paraît
que les nombreuses contraintes qu'il
avaitéprouvées lui iïispirèrenr des sen-
timeut> peu favor ibles pour rcspèce
humaine, cl que, loure réflexion faite,
il pensa qu'il n'y avait rien de mieux
à faire qne de profiter de sa crédulité.
11 alla en Hollande étudier la médecine
et l'a^tiologie , et revint exercer ces
d^ux aits à Londres. Les médecins
de cette ville s'y opposèrent furte-
ratnt : il f<ît condamné quatie fois à
(li:i> amendes et emprisonné. Alors il
étudia à Cambri'jge , s'y fit recevoir
docteur , prir une permission de pra-
tiquer la médecine, et s'établit à Lam-
belh , près de Londres, où il exerça
ouverltment les d^pux professions de
médecin et d'astrologue. Un de ses
biographes raconte qu'il y vivait res-
pecté de tous ses voisins; qu'il met-
tait bt;aucoup de sygaciié tt avait du
bonheur dans les réponses qvi'il fai-
sait aux questions qu'on lui adres-
sait, et dans l<s traitements des ma^
ladies, et qu'il était très charitable en-
vers les pauvres. Mais celle charité
n'était pas tout-à-fait désintéressée :
car les témoignages favorables des
pauvres, ordinairement ignorants et
crédules, sont très ava'itagcux aux
charlatans. Tout le monde ne fut
probablement pas satisfait de For-
man, puisqu'on i6oi une plainte fut;
portée contre lui devant l'archevêque
de Canlorbery. On l'accusait de trom-
per le peuple. Il pir.nt que cette af-
faire n'eut pas de suite ; sa renommée
n'en souffrit pas , cl la foule des dupes
de tous les rangs ne cessa pas de se
porter chez lui. I! mourut subitement
en traversant h Tamise en b.teau, le
12 septembre i6i i; et, s'il faut tu
croire un de ses historié). s, il avait
prédit qu'il termi.uf rail sa vie ce jour-
270 FOR
là. Forman a écrit ua grand nombre
de livres sur la pierre philosophale ,
)a magie , l'astroûomie , l'histoire ua-
turelle et la philosophie de la nature ;
deux Traite'5 sur la peste, et d'autres
sur la religion. Les inanusciits en
avaient été' déposés à la Bibliothèque
Ashmobeiène; il existe aussi au Mu-
séum Britauaiquc quelques -uus de
ses manuscrits sur l'astrologie. 11 est
douteux que rien de tout cela ait été
imprimé. Forman était, pour son
temps, CD homme très instruit: l'u-
sage qu'il fit de ses connaissances
prouve nnç grande dupe, ou un in-
iame imposleur. E — s.
FORMEY (Jean-Henri-Samuel),
né à Berlin, le 3i mai 171 1 , d'une
famille de réfugiés français origmaire
de Vitry en Champagne, se destina au
ministère de l'Évangile, et fut , à l'âge
de vingt ans , pasteur à Brandebourg.
Dans la même année 1731, il devint
le collègue de Fornerct , qu'il rem-
plaça. ( Foy. FoRNERET. ) En 1 737 ,
il fut nommé professeur d'éloquence
au collège fraDç;»is de Berlin ; et en
1739, il obtint la chaire de philoso-
phie, vacante par la mort de Lacroze.
Depuis 1 752 , il se trouva en liai-
son avec les personnages les plus dis-
tingués de Berlin. En 1 733 , Beauso-
bre se l'associa pour le travail de la
Bibliothèque germanique ( commen-
cée en 1720 \ A la mort de Beauso-
bre , Formey continua cet ouvrage
avec P. E. de Mauclerc , qui mourut
lui même en 174^. Formey n'aban-
donna pas cette entreprise, qui ne cessa
qu'au 25*. volume j mais seul il com-
mença une autre collection qu'il inti-
tula , Nouvelle Bibliothèque germa-
nique, el qui a aussi 25 volumes.
Dans l'intervalle de ces deux collec-
tions , il donna deux volumes d'un
Journal littéraire de l'Allemagne,
auquel a coopéré le chapelain du roi,
FOR
Pérard. Lors de sou association avec
iieausobre, il avait publié séparément
une feuille périodique intitulée: Mer-
cure et Minerve. Frédéric , dès le se-
cond jour df son règne , avait envoyé
Jordan chez Formey, pour engager ce
dernier à publier un journal, dont le
roi fournirait les matériaux. Ce fut ce .
qui donna naissance au Journal de
Berlin, ou Nouvelles politiques et
littéraires, in-fol. Le premier numéro
parut le 9 juillet 1740. Cependant,
les matériaux que le rui avait promis,
n'arrivaient pas exactement. L'inser-
tion d'une pièce de circonstance oc-
casionna quelques plaintes du dépar-
tement des affaires étrangères , et
Formey en prit occasion pour aban-
donner, le 7 janvier 1741 , la rédac-
tion du journal que le libraire Hau-
de continua jusqu'au 8 avril sui-
vant. A la fin de janvier 1744? '^
assista à l'inauguration de l'académie
des sciences et belles-lettres de Ber-
lin, dont il est mort le doyen. Ad-
joint, en 1 746 , à de Jarriges pour le
secrétariat de la classe de philosophie,
il lui succéda eu 1748; et lorsque les
secrétariats furent réduits à un seul ,
ce fut Formey qui fut conservé seul
secrétaire perpétuel. Lors du séjour
de Voltaire à Berlin, il eut avec For-
mey quelques différends, mais qui
n'eurent pas de suite. Forme y , parta-
geant son temps entre les devoirs
du ministère, les travaux académi-
ques et les ocrupalions littéraires,
ne négligeait pas sa fortune. Il dé-
diait ses ouvrages à des personnages
puissants, qui lui en témoignaient leur
reconnaissance : on prétend que par
ce moyen il s'était fait une assez
belle fortune. Il est certain du moins
qu'il avait obtenu des protections ef-
ficaces pour ses enfants. En 1778, il
fut nommé secrétaire correspondant
de la princesse Henriette Marie d«
FOR
Prusse, retirée au cliâleau de Coepe-
nick. Il obtint aussi dans le même
temps une place au graïid directoire
français, et le litre de conseiller prive'.
En 1788, il devint directeur de la
classe de philosophie de racadémie
de Berlin : Tâge ne l'avait prive d'au-
cune de ses faculte's , et il les con-
serva toutes jusqu'à sa mort, arrivée
le 8 mars 1797. Forraey e'tait fort
laborieux , et sa carrière a été très
longue. La liste de ses ouvrages est
immense : on la trouve dans Meusel ,
mais incomplète. 11 suffira de citer ,
outre les joornaiix que nous avons
indiques, ceux de ses ouvrages qui ont
eu quelque succès, ou ont encore quel-
que intérêt : I. Mémoires pour servir
à l'histoire et au droit public de
Pologne f contenant ksPacta cori'
venta <i'Auguste III , La Haye, 174'?
in-8'.; Francfort, i754j in -8**.
II. Fie de M, J. Ph. Baratier,
Utrecht, 1741 ? in-S^.j Brunswick,
1755, in-8". III. La belle fFol-
Jienne, ou Abrégé de la philoso-
phie Wolfienne, La Haye, 1 741 -55 ,
6 vol. in-8°.; 1774» ^ ^^1. in- 12.
Cet ouvrage eut du succès ; mais on
eut bientôt oublié , lorsqu'il eut cessé
de s'en servir dans ses leçons , celui
qu'il donna sur le même sujet, sous le
titre de , Elementa philosophiœ seu
Medulla Wolfiana, i7ii6,in-8o.IV.
Conseils pour former une bibliothè-
que peu nombreuse mais choisie ,,
1746, in- 12; réimp.en 1750, 1751,
1755, 1756, 1775, et chaque fois
avec des corrections , soit de lui , soit
des éditeurs : c'est ainsi que l'édition
donnée à Paris sous le titre de Berlin ,
1 756, contient de grandes différences
d'avec les éditions prussiennes , l'édi-
teur nouveau ayant retranché quel-
ques ouvrages finançais imprimés à
l'étranger, dont Formey conseille la
lecture, çt ayant adiQÎs en revanche
FOR 271
des ouvrages imprimés en France, et
inconnus à Formey, ou dédaignés par
lui. V. Traité des Dieux et du
monde , par Sallusle le philosophe ,
traduit du grec , avec des réflexions
philosophiques et critiques y 1748,
in- 18; réimprimé avec le n". XV"
ci-après; et séparément, à Paris, 1808,
iii-8''. VL Epistola ad Em. card,
Quirinum, 1749^ in-4''. VU. Pen-
sées raisonnables opposées aux pen-
sées philosophiques , avec un Essai
sur le livre intitulé y Les Mœurs (de
Toussaint), 1749? in-8''.; 1756,
in-S". VIII. Le philosophe chré^
tien, Leyde, i75o-56, 4 vol. in-S"*.
C'est le recueil des sermons de l'au-
teur. IX. Discours moraux pour
servir de suite au Philosophe chré-
tien, 1765, 2 vol. in- 12. A cet ou-
vrage et au précédent on peut join-
dre le Sermon à Voccasion de la
mort du prince de Prusse, 1767 ,
in-8 '. ; les Sermons sur divers textes
de V Ecriture-Sainte, 1 774, 2 vol. in-
8"*. ; le Discours sur le Jubilé, 1 785,
in-8". X. Mélanges philosophiques y
1 754, 2 vol. iu-8°. Recueil des pièces
de l'auteur , dont quelques - unes
avaient été imprimées précédemment.
XL Catalogue raisonné de la li-
brairie d'Etienne de Bourdeaux,
Berlin , * 754 - 55 , 4 toi»- in - 8**.
XII. La France littéraire, ou Dic-
tionnaire des auteurs français vi-
vants , corrigé et aiigmenté, Berlin ,
1757, in-8". Depuis 1755, on pu-
bliait en France un Almanach des
beaux-arts, contenant les noms et
ouvrages de tous les auteurs franc aïs
vivants, auquel on donna, en 1755,
le titre qui lui est resté de France,
littéraire. Cet opuscule ne contenait
que les auteurs vivant en France.
Formey imagina d'en donner une édi-
tion en 1 757 ; mais il y joignit les ré-
fugiés, et riûdicatiou de Uurs ou-
i'ji FOÉ
vrages imprimés , soit en Prusse, soit
cil Hollande : partinilarité qui lait
encore rechercher son vohime, où
l'on trouve des renseignements qui
ne sont dans aucune des éditions
de la France littéraire faites en
France. XIll. Eloges des académi-
ciens de Berlin, et de divers autres
savants, 1757, 1 vol. in-12. Ces
éloges sont au nombre de quarante-
six ; ils sont historiques , et donnent
des détails sur les personnages aux-
quels ils sont consacrés. L'auteur en
a composé quelques autres depuis ,
savoiV : Eloges de MM. les maré-
chaux Schwerin et de Keith , et de
M. de Fiereck, 1760, in- 8'. Eloge
de Maupertuis , 1760, in-8". Eloge
de M. Eller, 1762, in-8\ Eloges
de MM. les comtes Podewils et de
Goller, et de MM. Jacobi, Sprœ-
gel, Becman et Humbert, ^7^5,
in-B". Eloge de Mme, Gotlsched ,
suivi du Triomphe de la philosophie
par cette dame, i767,in-8°. Elo^e
de M. le professeur Meckel, 1774^
îu-8'. Elo^e de M. Uden , 1785,
in-8''. Eloge de M. Sack, \ 7{^6, in- 8 '.
Eloge de Beguelin, dans les Mé-
moires de l'académie de Berlin.
XIV. Abrégé du droit de la nature
et des gens , tiré du grand ouvrage
latin de M. fVolf, Am>terdam , 1758,
iîi-4^.; 1758, 3 vol. in-i-î. XV. Le
Philosophe payen , ou Pensées de
Pline , avec un commentaire litté-
raire et moral , 1 759 , 5 vol. in-i 2.
On trouve à la suite une réimpression
de la traduction de Salluste le philo-
sophe, et un l'raité anonyme des
sources de la morale. XVI. Prin-
cipes élémentaires des belles-lettres ,
i-jSB, in - 8". ; 1 7(>5 , in- 12.
XVI ! . Abrégé de Vhistoire de la phi-
losophie j 17G0, in-8'. XV 111. L'es-
prit de Julie ( ou la nouvelle ffé-
lyUe)j 17(3», in -S"'. XiX. Abrégé
FOR
de r histoire ecclésiastique y i']&l,
2 vol. in-i-i. XX. Anti Eniife, 17(52,
in-8'.; 1764, in 8'. XXl. Emile
chrétien , consacré à l'utilité' publi-
que , Berlin ( Amsterdam ) , 1 764 ,
2 vol. in-8'. (0 Le libraire Neaulme
ayant donné , en 1 762 , à Amsterdam,
une belle édition de \* Emile de J.- J.,
avec ces mots : « Suivant la copie de
» Paris , avec permission tacite pour
» le libraire ;» les états de Hollande dé-
sapprouvèrent cette édition. Neaulme
fut sur le point d'être condamné à une
amende; il obtint grâce, à condition
de donner une édition purgée : ce fut
l'origine de VEmile chrétien, oîi, entre
autres changements , la confession du
vicaire savoyard est remplacée par un
morceau où la doctrine contraire est
exposée. Ce procédé étrange, de tron-
quer ainsi un auteur de son vivant , at-
tira à Formey une sortie de MM. Rey,
dans le Journal des savants , et des
no?.es que Rousseau mit à une- édition
d'Emile,faite à Deux-Ponts XXlï.Z>i-
versilés historiques , traduites du grec
d^Elien , et enrichies de remarques ,
1764, in-S°. XXl H. Discours phi-
losophiques de Maxime de Tjr ^
traduits du grec, 1764, in-12 XXIV.
Discours sur la paix , Leyde , 1 767,
ouvrage non me ntionné par Meusel ,
et que Formey avait composé , à
l'occasion du prix qu'en 176G avait
proposé l'acadéfuie de la Rochelle.
( F. G. H. Gaillard. ) XXV. Fré^
déric - le - Grand , Foliaire , Jean-
J.rcques, d'Alembert, 1789, in-8°.
XXV I. Souvenirs d'un citoyen, 1 789,
2 vol. petit in-8'.; seconde édition,
1797, '2 vol.; ouvrage qui contient
des détails sur plusieurs de ses con-
temporains, dont quelques-uns avaient
déjà p ace dans ses Eloges. Formey
(i^ \\ ne fan» pas confondre cet ouvrage avec
VEmile chrétien, ou de l'Education, par M.C***,
lie Lcvcson, l'arij , i7t)4i * ^•^' '»-'»•
FOR
n'y parlant de ces personnages qu*eli
raison ou à roccasion des relations
qu'il avait eues avec eux, y donne
cousëquemment beaucoup de rensei-
gnements sur lui-même. Outre les
journaux dont il a déjà été fait men-
tion , il a aussi coopéré à la Bibliothè-
que centrale, 1760 -58, îS vol.
in-8 ., en 54 cahiers ; à la Bibliothè-
que des sciences et des beaux-arts ,
aux Nouvelles littéraires , au Jour-
nal encyclopédique. Meusel dit qu'il a
travaillé à X Encyclopédie d'Yverdun:
Deniua ( Prusse littéraire , supplé-
ment , p. 1 07) , dit que c'est à l'édition
de Paris ; et ce qui nous autorise à
être de son avis, c'est que l'éditeur
de ses Conseils pour former une bi-
bliothèque en 1756 ( Foj, ci-devant
N". IV ), qui donne la liste des tra-
vaux de Formey jusqu'à celte époque,
dit textuellement : a 11 a fourni un
» manuscrit de 1800 pages, conte-
» uant un grand nombre d'articles
» philosopliiques qui s'emploient dans
» [^ Encyclopédie y à fur et à mesure
» de l'impression. » On a déjà eu occa-
sion de parler de plusieurs ouvrages
dont il est éditeur ou traducteui* ( P^.
Catherine II , Cuemnitz , Demachy,
DucuAT , FoRNERET ) : il a été en ou-
tre éditeur des OEuvres de Fran-
çois Villon , avec les remarques de
diverses personnes , 1 742 , i" 8°. ;
du Traité des Tropes de Dumar-
sais , Leipzig, 1737 , in-8°. ; de \A-
brégé de VHistoire universelle par
Lacroze, revu, continué et enrichi
de quelques notes ^ Gotha, 1754,
in - 8". ; réimprimé à Amsterdam ,
1761 , in-i'i; Gotha, 1765, in-8°.j
^'eufchâtel , 1776, in 8".; du Jour-
nal de Pierre - le - Grand, 1775,
dont une nouvelle édition, avec des
notes d'un officier suédois , parut en
1774. On lui a attribué injustement
Antisans-Souci j 1761; parce qu'à
XV.
FOR 27
la suite de ce titre on lit , ou la Fof^
lie des nouveaux philosophes natu-
ralistes , déistes . et autres impies ,
dépeinte au naturel , avec des ré-
Jlexions préliminaires , par M. F...,.
On avait )nis et imprimé, sous le titre
de Réjlexions préliminaires , les Pen-
sées raisonnables , mentionnées ci-dc*
vanl sous le N°. VII; et en les énuméivmt
les dernières , on donnait perfidement
à entendre que le tout était de Formey,
ce qui eût pu lui occasionner des dé-
sagréments si le roi de Prusse eût
été pris dans ce piège. Denina
( Prusse littéraire, II , 5i , 55 ), dit
( et il est le seul ) , qu'il est auteur
d'un Christianisme raisonnable, « ea
» plusieurs volumes.» JNous ne con-
naissons sous ce titre que l'ouvrage de
Locke, traduit en français par Coste,
avant la naissance de Formey. ( Voj,
CosTE- ) Le Dictionnaire universel
historique , etc. , met sur le compte de
Foimey Y Introduction générale à
l'étude des sciences et belles-lettres ,
imprimée, il est vrai, à la suite de
l'édition de 175G, des Conseils pour
former une bibliothèque, mais qui
s'y trouve sous le nom de la Mar-
tinière , son véritable auteur. Le
même dictionnaire donne encore k
Formey une Traduction française
de Vhistoire des protestants , par
Hansen , VLi\\\iâ , 1 76-2. Meusel parle
seulement, vers 1756, de la Traduc-
tion d'un Mémoire concernant la
conduite de la maison d Autriche ,
à V égard des protestants, in -4".
A. B— T.
FORMÏ (Samuel)^ chirurgien,
né à Montpellier , entra au service du
roi contre la ligue , et assista au siège
de Paris en 1590. A la paix, il re-
tourna dans sa patrie, où il jovùt d'une
assez grande réputation , qui lui mé-
rita l'honneur qu'on lui fit d'associer
ses observations à celles de Rivière ,
18
27 f FOU
célèbre professeur de la faculté' de
me'decine de Montpellier. Formi nous
a laisse un livre sépare' , inlilulé :
Traité chirurgical des landes ,
lacs , emplâtres , attelles et ban-
dages y Montpellier, i65i , in - 8°.
Ot ouvrage contient beaucoup de re-
marques critiques sur la chirurgie
du temps ; et malgré les immenses
progrès que l'art a faits depuis l'épo-
que où Formi écrivait, on trouve
encore dans son livre des choses
utiles à consulter. F — r.
FORMI (Pierre), né à Nîmes au
commencement du l 'j*^. siècle , exerça
la médecine, et cultiva en même
temps l'éloquence, la poésie et les
autres branches de la littérature. Il
accompagna Gustave Adolphe dans
le voyage que ce prince fit en France
en ï(j3i , et refusa de le suivre eu
Suède. Les ouvrages qu'il a publiés
eu laissés inédits sont: 1. De VAdian-
ton , ou Cheveu de Vénus ^ conte-
nant la description , les ulilités et
les diverses préparations galéni-
ques et spag^riques de cette plante ,
Montpellier, i644> ia-B". Ce trai-
té a joui long - temps de l'estime
des médecins. IL VArt de bien
former le discours , enrichi d^wie
courte et claire suite d'exemples
pour V usage familier de tous ceux
qui désirent lire , entendre ou
imiter Vartifice et les ornements
des anciens et nouveaux maîtres
de V éloquence, manuscrit. III. Flo-
rilegium helicomum , sive Musce
latinœ et ^allicœ ^ ad serenissi-
mum principem Gustavum Adol-
phum potentissimi ac invictissimi
Suecorum régis hodiè féliciter re-
gnantis palruum illustrissimum. On
voit que ce recueil , qui n'a jamais
<fté publié, fut fait soas le règne de
Charles Gustave de Bavière, suc-
cfSieur de 1a reine Christine. IV.
FOR
Vita Samuelis Petit, 1673. L'an •
teur était le gendre de ce savant; il
offrit l'hommage de cet opuscule à
l'université d'Oxford. V. Histoire de
l'homme^ et de ses divers états na'
turel, moral et surnaturel, dans
laquelle on fait voir Vanatomie de
son corps et de toutes les parties qui
le composent, avec la description
de son ame, de ses facultés, de ses
actions et de son innocence pre-
mière ; des malheurs du péché et
de la félicité de la grâce. Ce livre
devait être dédié aux magistrats de
Zurich et de Berne, comme un té-
moignage de la reconnaissance de
l'auteur pour les bienfaits du gou-
veruemenl de ces cantons envers
ses ancêtres. Ils étaient pioleslants;
et sans doute ils s'y étaient réfugiés
pendant les troubles religieux du 1 6".
siècle. Formi mourut à Nîmes , le 5
juillet 1679. — Formi (Jacques),
fils du précédent, docteur en méde-
cine comme son père, naquit à Nîmes
vers le milieu du 17^ siècle. Il fut
de l'académie de cette ville , et pu-
blia des notes sur divers opuscules
de Maïmonides. Il paraît qu'il mou-
rut, ou qu'il s'expatria pour cause de
religion, en 1687. ^- ^- ^*
FORMOSE, élu pape le 19 sep-
tembre 891, succéda à Etienne V.
Il était déjà évêque de Porto , et cette
translatiou d'un siège à un autre fut
un des griefs articulés coîilre sa mé-
moire. Il jouissait déjà d'une grande
réputation de science et de vertu. Il
eu avait fait preuve en Bulgarie , ou
il avait été envoyé légat par le pape
Nicolas, et où il avait opéré beau-
coup de conversions. Le pape Jean
VIll l'avait depuis déposé, ainsi que
le concile de Troyes en 878 ; mais il
avait été léhabilité par Martin I".
Devenu pape, Forraose ne se démen-
tit point. Sa conduite dans la con^
FOR
daranalion de Pliotius et de ses ad-
heieuts fut pleine de douceur et de
tolérance. La lettre qu'il écrivit à Sly-
lien à ce sujet prouve qu'il était in-
dulgent pour les erreurs, ze'ië pour
les principes, mais sensible au re-
pentir. Formose ayant appris par une
lettre de l'archevêque de Reiras, Foul-
ques, le couronnement du roi de
France Charles-le-Simple, écrivit au
roi Eudes pour le prier de ne point
attaquer Charles dans sa personne
ni dans ses biens, et de lui accorder
«ne trêve; il écrivit aux évêques de
Gaule pour les exhorter à faire les
mêmes instances auprèsdu roi Eudes;
enfin à Charles, pour lui donner des
avis convenables à sa position. Au
mois de février 892 il couronna em-
pereur Lambert , duc de Spolète ; et
s'éiant brouillé avec lui, il appela,
pour le supplanter, Arnoul , roi de
Germanie, qu'il couronna de même
en 896. Dans le serment que les Ro-
mains prêtèrent à ce nouvel empe-
reur, il eut soin de faire insérer cette
clause : a sauf la foi due à For-
» mose. » Ce pape mourut le 4 avril
896, après un pontificat de quatre
ans et demi. Ou fit le procès à son
cadavre {Fof. Etienne VI j; et sa
mémoire fut réhabilitée au concile de
Rome de 898, sous le pape Jean IX.
Formose eut pour successeur immé-
diat Boniface YL D — s.
FORNARI (Simon), littérateur,
né à Reggio en Galabre au commen-
cement du I G*', siècle, fit ses études
à l'université de Pise avec un grand
succès. 11 s'appliqua ensuite unique-
ment à la culture des lettres ; et
comme son frère partageait ses goûts ,
ils travaillèrent ensemble à éclaircir
les passages de YOrlando, dont le
sens divisait alors les beaux -esprits
de l'Italie. Un accident le priva de
son manuscrit au moment où il al-
FOR !275
lait livrer son travail à l'impression ;
mais il ne perdit point courage , et
après de nouveaux efforts il fit enfiu
paraître sa Spositione soprà l'Or'
lando furiosQ , Florence , 1 549 ^^
i55o, 2 vol. in -8". Ce Commen-
taire est précédé d'une Vie deTAriostc
qu'on a réimprimée dans la rare édi*
lion de YOiiandoj Venise, i566,
in-4''. Les autres circonstances de la«
vie de Foruari sont peu connues ;
quelques biographes prétendent qu'il
entra dans Tordre des Chartreux, ep
qu'il mourut vers i56o danS''^3e
grands sentiments de piété. W — s.
FORN ARÏ ( Marie-Victoire), ins-
titutrice des Annonci;jdes célestes , na-
quit à Gènes en i56'2, d'ujîe famille
noble , et montra dès son enfance une
vocation décidée pour la vie religieu-
se; mais ses parents la destinant à
l'état du mariage, elle préféra l'obéis-
sance au sacrifice. Ils lui choisirent
pour époux Jean Strato, noble gé-
nois, dont elle eut six enfLuils qui se
consacrèrent tous à Dieu , à l'excep-
tion d'un seul qui mourut en bas âge.
Victoire Fornari perdit son époux
après huit ans de mariage. EHc aurait
mis dès-lors à exécution le projet de
son jeune âge; mais l'éducation de ses
enfants ne lui permettait pas de s'é*
loigner d'eux. Cepcudant elle se voua
aussitôt à une partie des obligations
qu'elle se proposait de conUactcr; elle
fît secrètement le vœu de chasteté , se
promit de n'assister à aucune as^em-
iiléc mondaine , et retrancha de sa
parure l'or, l'argent, les bijoux, la
soie, tout ce qui pouvait la faire re^
marquer. Ses enfants ayant tous pris
un e'tat, elle songea à se donner en-
tièrement à Dieu en entrant dans un
ordre religieux. Le P. Zenon , jésuite,
son directeur, s'occupait alors d'une
nouvelle association consacrée à la
Ste.-Vierge. Il trouva Victoire For-
18..
2^6 FOR
nari disposée à le seconder. L'arche-
vêque de Gènes consentit à l'crec-
tion d'un monastère ; le sénat permit
l'acquisition d'un terrain pour l'éta-
blir , et de pieuses dames se réunirent
â la fondatrice. Alors le P. Zenon
dressa les constitutions du nouvel
institut. Le 19 juin 1604, ces saintes
filles entrèrent dans leur clôture;
€t l'année suivante, elles prononcè-
rent leurs vœux. C'est dans celte
cérémonie qne Victoire Fornari joi-
gnit à son nom de baptême celui
de Marie, patrone de l'association.
Les papes Clément VIII , Paul V ,
Grégoire XV et Urbain VIII ap-
prouvèrent l'institut sous le nom
êi Annonciades célestes (i); elles
sont vêtues de blanc, avec un scapu-
Jaire et un manteau b'eude-ciel ;
elles s'occupent particulièrement de
filer pour fournir de corporaux et de
purificatoires les églises pauvres : vi-
vant elles-mêmes dans la plus grande
pauvreté et dans une entière sépara-
tion du monde , elles ne peuvent par-
ler à leurs proches parents que six
fois l'année. La mère Marie- Victoire
reconnue supérieure de la première
maison la gouverna avec sagesse. Elle
mourut en odeur de sainteté le 1 5
décembre 1617. Cet ordre s'étendit
promptement; le deuxième cou-
vent fut celui de Pontarlier , fondé
en 1612 j il s'en forma bientôt dans
les différentes parties de l'Europe,
et jusqu'en Danemark, où Ja maré-
chale de Rantzau , qui en avait em-
brassé la règle , alla fond r un mo-
nastère. La Vie de la mère Fornari
a été écrite par le P. Fab. Ambr. Spi-
nola, jésuite, Gènes, i64o, in-4°.
(i) Annunciatae cirleilitiie. On leur donna co
nom, «le la cnulfur de leur manteau, pour le(
distinguer de* Annonciadei ou reli[;ieusei de l'An-
nonciation de la Sainte-Vierge ,' fondées en i5oo
par sainte Jeanne dt V«l*u , reiac de France.
FOU
Une autre Vie de la même fondatrice,
écrite en italien par le P. Ferdinand
Melzi,fut traduite en français parle
P. Ferd. Guyon, jésuite de Dole,
Lyon , Larjot, i63i , in-8\ L — y.
FOBNER ( Don Pablo), juris-
consulte et poète espagnol , naquit à
Palma (dans l'île de Mallorca), le i5
avril i-ySo. Etant fort jeune encore,
il passa à l'université de Cervera , ou
il étudia les lois, et reçut le grade de
docteur dans celle de Salamanque. Il
avait beaucoup de goût pour la poé-
sie lyrique , et ses premières compo-
sitions annonçaient du talent. Forner
avait fait ses études avec succès ; et
cherchant à s'établir , il vint à Madrid,
oii , d'abord, il se fit connaître plus
comme poète que comme avocat. Il
donna au public plusieurs de ses poé*
sics , qui furent très bien accueillies ,
et lui procurèrent la connaissance d'un
Mécène , qui se chargea de son avan-
cement. Après qu'il eut exercé pendani
trois ans la profession d'avocat, son
protecteur lui procura la place dey/5-
cal del crimen (procureur-général du
roi), dans laquelle il se distingua et
par son éloquence et par son savoir.
Il ne négligeait pas , pour cela , de sa-
crifier aux Muses; et, en 179B, il
donna une comédie intitulée, El Filch
sofo enamorado{\e Philosophe amou-
reux ) , dont voici , à peu près , le
sujet. Un philosophe vivait entière-
ment étranger au monde, dans sa
paisible retraite , oîi il ne s'occupait
qu'à cultiver son esprit. Un de ses amis
étant devenu amoureux d'une demoi-
selle dont le père ne voulait pas con-
sentir à ce mariage, vient solliciter le
philosophe, afin qu'il s'unisse à lut
pour réduire ce père à la raison. Après
s'être bien moqué du prétendu pou-
voir de l'amour, «tde la faiblesse de son
ami , le philosophe cède enfin aux ins-
tances de celui-ci, quitte son cabinet,
FOR
pour la première fois, au bout de
viiigt années , et se laisse pre'senter
chez la jeune personne : elle est aima-
ble et jolie , et le présomptueux cé-
libataire en devient épcrdument amou-
reux ; et comme il est fort riche , le
père de la demoiselle est très dispose'
à le prendre pour son gendre : il
en fait même franchement Taveu au
philosophe , qui , combattu entre ra-
meur et le devoir, reconnaît alors
toute l'inutilité de sa science. Le de-
voir l'emporte à la fin ; il fait à l'ami-
tié le sacrifice de sa passion , et par-
vient à obtenir du père l'union des
deux amants. Le rôle du philosophe
n'étant pas peint avec des couleurs
bien sévères , lorsqu'on le voit aux
prises avec un amour auquel il ne
s'attendait pas , il en résulte des scè-
nes aj;sez comiques et qui font bien
ressortir tout le ridicule de sa folle
vanité. Le plan de la pièce est bien
conçu, le style pur, la versification
facile, élégante, et pleine d'esprit;
mais, dans la marche de l'action et
l'enchaînement des scènes , on remar-
que souvent que l'.'uteur n'avait pas
assez l'usage du théâtre : aussi , c'est
la seule pièce qu'on ait de lui. Mal-
gré ces défauts, elle obtint dix-huit re-
présentations , chose peu ordinaire à
Madrid , où le public e«t très avide
de nouveautés. Forner mourut le 20
juin 1799, un an après la représen-
tation de sa pièce, dans le moment
où il venait d'être nommé alcade de
corte ( juge du roi ). Ses ouvrages
contenant plusieurs poésies lyriques,
plusieurs odes au prince de la Paix,
et sa comédie, ont été imprimés par
Saneha, 1799, in-8°. B — s.
FORNEHET (Philippe), né à
Beaune le 119 janvier 1666, sortit de
France pour cause de religion , fît ses
études à Francfort sur l'Oder, et les
acheva à' Lausanne. Après avoir des-
FOR 277
servi pendant deux ans l'église de
Côpenick, près de Berlin, il fut appelé
dans cette dernière ville en qualité de
pasteur de l'église française; il mou-
rut le 26 février 1736. Formey, qui
après avoir été son catéchumène eu
1720, devint son collègue en 1731 ,
et fut depuis sou successeur , se ren-
dit éditeur des Sermons de Fornerety
Î758, I vol. in-8**. Ce recueil eut peu
de succès malgré la réputation de l'au-
teur. Formey raconte que Forneret
n'apprenait ses sermons qu'avec une
peine extraordinaire, et en y em-
ployant beaucoup de temps. Il lui ar-
riva, dans sa 70^ année , de demeu-
rer court en chaire ; il en fil les ex-
cuses les plus humbles à l'auditoire,
et revint chez lui inconsolable. I aac
de Beausobre, qui apprit à quel point
cet accident l'avait affecté, vint le
voir; et après lui avoir fait sentir
combien à son âge , et avec sa répu-
tation , il devait être peu sensible à
cet accident , il ajouta : « Si cela peut
V vous tranquilliser, je m'offre à res-
» ter court dimanche prochai n.)>Beau-
sobreavait alors 77 ans. A. B— t.
FORN 1ER ou FQU KNIER ( Jehan ),
poète et traducteur , né à Montaubau
dans le i6\ siècle, fut envoyé à Tou-
louse pour faire ses études, et pren-
dre ses degrés en droit. Il négligea les
conseils de ses parents, et se livra à
son goût pour la poésie, avec une
telle ardeur, qu'à l'âge de vingt ans
il avait déjà publié deux volumes de
vers. Les autres particularités de la
vie de Fornier ne sont pas connues ,
et l'on ne peut fixer l'époque de sa
mort. On a de lui : I. Epigrammes
erotiques (au nombre de 201 ), Tou-
louse, sans date, m-S". II. Chansons
lyriques, ibid., sans date, in -8".
îll. VUranie y contenant V horoscope
de Henri II , en dix-huit sonnets ;
plus, V UranomacUe , ayec de hriè*
278 FOR
^'es annotations sur les phénomènes
d'icelle, Paris, i555, in-H". IV. Le
premier volume de Roland furieux y
traduit du thuscan en rime fran-
cowe, Paris, i555, in-4°. , et An-
vers , roême année , in-8". Fornier
n*a traduit que les quinze premiers
chants de ce poème. V. Les affec-
tions d* amour de Parthénius de Ni-
çée , jointes les narrations d'amour
de Plutarque , Paris , 1 555 , iii-S". ;
!2^ éd., retouchée par le traducteur,
Lyon, i555, in-8^.; Paris, Cousue-
lier, 1743, in-S''. Celte traductio?i
fait encore partie de la Bibliothèque
des Romans grecs j Paris, 1797. Le
nouvel e'diteur l'a fait précéder d'un
Mémoire de Mercier de St.-Léger,
ou ce savant bibliographe indique
les difFérences qu'il a remarquées
entre les deux éditions pubUées à
Paris et à Lyon la même année.
VL Histoire des guerres faites en
plusieurs lieux de la France con-
tre les hérétiques , et tout ce qui est
advenu en France digne de mé-
moire, depuis Van 1200 jusquen
i5ii, Toulouse, i56ï , in-4°. C'est
une traduction de la chronique con-
nue sous le nom de Simon de Mont-
fort, et que Calel attribue h Pierre V,
evêque de Lodève j mais Rigoley de
Juvigny, dans ses notes sur la Biblio-
thèque de Duverdier, prouve que
cette chronique n'est point l'ouvrage
de Pierre de Lodève , et qu'on ne doit
pas l'attribuer non plus à Puy-Lau-
rens , comme l'a fait Foi'nier : ainsi ,
le véritable auteur en est encore in-
connu. VIL Histoire de Vaffliction
de la ville de Montaubanjorsquelle
fut assaillie par plusieurs fois , et
long-temps assiégée des chevaliers
et grands de France en i562. C'est
uu poème en trois livres. Il en exis-
tait une copie dans la bibHothèque du
inarquis d'Aubais, W— s.
FOR
FORSÏUS (Sigefrid-Arow),
théologien, mathématicien et physi-
cien, né en Suède vers la fin du
16^. siècle , fut d'abord professeur
d'astronomie et de mathématiques à
Upsal, et ensuite pasteur à Stock-
holm et en Finlande. H fit des ob-
servations sur la comète de 1607,,
rédigea des almanachs pendant une
longue suite d'années , et composa
une Minérographie , la première
qu'oneutpubliéedansleNord. En mê-
me temps il s'occupa de plusieurs ou-
vrages tbéologiques. Il jouissait d'une
grande considération dans le public ,
et Gustave Adolphe faisait beaucoup
de cas de ses connaissances ; mais il
ternit sa gloire , et s'exposa à l'ani-
madversion du ç;ouvernement , en se
livrant à des rêveries astrologiques.
Ayant publié des prédictions sur l'an-
née 1 6 1 9 , il perdit sa place cette mê-
me année. Ce revers ne le corrigea
point; et dans sa retraite il continua
d'observer les astres, pour y lire
l'avenir. Il s'occupa aussi de poésie,
et traduisit en vers suédois un re-
cueil de distiques latins, intitulé:
Spéculum vitœ humanœ. Il mourut
en 1657. C — AU.
FORSKAL ( Pierre ), naturaliste
et voyageur remarquable , naquit en
Suède l'année 1706. Il fut envoyé
très jeune à Gottingue pour y faire
ses études. Avant de quitter celte
ville, il y publia une Dissertation qui
donna une idée très avantageuse de
son savoir et de sa pénétration : elle
avait pour litre, Dubia de princi-
piis philosophiœ recentioris , et fut
annoncée avec de grands éloges dans
le Journal de Gottingue. De retour en
Suède, il fit imprimer, l'an lyÔQ, eu
suédois, une brochure intitulée, Pen-
sées sur la liberté civile , qui déplut
au parti alors dominant. Son goût
pour les sciences, et en particulier
FOU
pour l'histoire naturelle, lui fît re-
chercher ramilie de Linné; et ce
grand naturaliste ayant apprécie ses
talents le recommanda à Frédéric P*".,
roi de Danemark, qui se proposait
d'envoyer plusieurs savants en Asie.
Forskal partit pour Copenhague en
1 76 1 , obtint le titre de professeur,
et fut nommé pour être du voyage
avec Niébuhr, von Haven et Cramer.
Versé également dans les langues
orientales et dans les sciences natu-
relles, il recueillit bientôt un grand
nombre d'observations importantes.
Débarqué à Marseille, il visita la
plaine maritime connue sous le nom
de ÏEstac, assez riche en plantes
rares, dont il nous a donné la Fiorc ;
il fît une excursion à l'île de Malle ,
y recueillit quelques plant^^s dont il
a laissé la liste. Arrivé en Egypte , il
remonta le Nil, fut pris et dépouillé
par les Arabes , etc. ; mais ayant
été attaqué de la peste, il mourut
à Djérira en Arabie, le 11 juillet
1765. Niébuhr rassembla ses pa-
piers , et en tira les ouvrages sui-
vants : Descripliones animalium,
avium , amphibiorum , piscium , in-
sectorujTi, vermiuni , quœ in itinere
orienlali ohservavit P. Forskal ,
Copenhague, 1776, in-4". ; Flora
JEgyptiaca Arabica , seu descrip-
liones plantanim , etc., ibid. , 1775,
in-4'.; Icônes rerum naturalium
quas in itinere orient, dep in gi cura-
yit^ ibid., 1776, in-4". Ces ou-
vrages prouvent que ce voyageur avait
su observer la nature , et qu'il avait
cherché avant tout q être exact et
vrai. Forskal s'était proposé d'en-
voyer à Linné divers objets d'his-
toire naturelle , comme nu tribut de
sa reconnaissance ; mais il ne pur lui
faire parvenir qu'une petite branche
dei'-.rbredu baume incluse dans une
lettre. L'immortel professeur dVpsal
FOR 379
a consacré à la mémoire de son iîi-
fortuné disciple, sous le nom de
Forskalea, un genre de plante exo-
tique de la famille des orties, dont
toutes les espèces sont remarquables
par les poils accrochants et tenaces
qui entourent la fleur. C — à u.
FORSTER ( Jean ) , savant grair»^
mairien , né à Augsbourg en î495.
Après avoir fait ses premières études
avec succès, il fréquenla l'école de
Méianchthon, qui lui témoigna dès-
lors une estime particulière. Il em-
brassa les principes de la réforme
avec beaucoup d'ardeur , et fut en-
voyé par Luther à Strasbourg en
i535, pour y diriger la nouvelle
église. Il fut banni de celte ville en
iSSg, pour avoir soutenu publique-
ment dt'S opinions scandaleuses sur
la doctrine des sacrements, et il se
retira à Wiltembcrg , ou il remplit la
chaire d'hébreu pondant plusieurs
années avec une grande distinction.
Son zèle pour les progrès du luthé-
ranisme lui fil abandonner son em-
ploi, et il parcourut diiïerentes par-
tics de l'Allemagne dans le dessein
de faire des prosélytes à la nouvelle
secte. Sur la fin de sa vie, il revint
se fixer à Witlemberg , où il mourut
le 8 décembre 1 556. On a de lui :
Dictionarium hebraïcum novum ex
sacris Bibliis depromplum , Baie,
i552, 1557, i564,in-fol. Cet ou-
vrage est estimé. Socin préférait ce
dictionnaire à celui de Pagnin , parce
que Forster est plus exact à indiquer
l'étymologie et les diiTérenles accep-
tions des mots. Rich. Simon au cou-*'
traire donne là préférence au dic^
tionnaire de Pagnin, par la raison que
celui-ci a profité des livres des l'ab-
bins, tandis que Forster n'a pas raêrau
daigné les consulter. -^ Forster
(Jean), poète, est auteur d'un ou-
vrage en allemand .sur la guerre de
aSo FOR
Sui.'ilckalde. — Forster ( Jean ) , né
le 20 décembre i5yO, à Aurbach
dans \t Palalinat, professa la ihéolo-
gie à Witlemberg, et fut ensuite
nommé pastur de Téglise d'Eislc-
ben , ou il mourut le 17 novembre
j6i3. Ona de lui : I. De Ursis et
Samuele , Leipzig , 1 604 , in ~ 8'\
II. De interpr etntione ScripturU'
rum, Wiltembeig, i(3o8, in*- 4".
311. Theatrum Chrislianœ juven-
lutis , quo exhibentur FI ludi sce-
nici sacri et quulem ires tragediœ
itemque comœdice, ibid., 1609, in-
8". J V. Cemmeniurii in Exodiim ,
^sàiam et Jeremiam , ibid., 1604 ,
in-4<>. V. Johanni - Fridericidos
libri V ^ poème épique en vers à
l'honneur de l'électtur de Saxe. VI.
Cerduriœ seîeciissimorum epigram-
malum; Prohlemata; Thésaurus ca-
techeticus , etc. , et quelques autres
«puscules moins imporîauls. — Fors-
îTER (Jean), jurisconsulte, vivant a
Padoue au commencement du 1 7 '. siè-
cle, est auteur d'un ouvrage intitu-
lé : Processus judicialis cameralis.
W— s.
FORSTER (Valentin), jurisoou-
5ulte allemand, né à Willcmberg en
i53o, y mourut le '27 octobre 1609,
après avoir enseigné le droit à Mar-
hourg et à H idelberg. 11 a lai-ssé plu-
sieurs ouvrages , dout on se conten-
tera de citer les principaux : I. Histo-
TÎa juris clvilis Romani , libri très ,
Maïtne, 1607 , in -4°-; Helmstad,
j6io, in-8 .j Genève, 1619, in-8".
Dresselius, ami de l'auteur, parle de
celle histoire avec estime ; mais Ru-
pert y relève plusieurs fautes graves,
et avertit les lecteur^ d'accorder peu
de confiance à cet écrivain , beaucoup
trop superficiel. IL De successioni-
bus ah intestatOy Cologne, i594,
in - fol. , réimprimé à Maïence en
1607, in-4''. ll\. In histitutiones
FOR
juris, Wiltemberg, t6ii, 1 vol.
in- 1 G. IV. De interpretalione juris ,
ibid., iGi5, in-8'. V. De jurisdic-
iione Romand , Helmstad , 1 6 1 o ,
iu-8**.; Wittemberg, 1625, in -8°., ,
accompagné d'une Vie de l'.iuteur ; |
VL Interpres, seu de interpretatione *
juris ohservaliones subcesivœ. Ces
deux ouvrages ont été insérés dans le
Thésaurus juris romani, d'Everard
Othon, tom. IL Kupert dit que Fors-
ter promettait encore Commentarium
de familiis Romanis y. mais que cet
ouvrage n'a pas paru. — Forster
( Valentin-Guillaume), fils du précé-
dent, né a Marbourg le iS août 1 5']^ ,
professa le droit, avec distinction,
à l'université de Wittemberg , et mou-
rut le 25 octobre 1620. 0:i a de lui :
I. De dominio, 1620, in 8". W.De
pactis , Wittemberg, 1621, in-8''.
III. Justinianeœ disseriuiiones ad
inslituliones. IV. De successionibus ,
Francfoit, iG55, in-8 . 11 fut l'édi-
teur de quelques-uns des ouvrages de
son père, publia en latin les lois de
Solon , avec des notes, et donna une
édition des OEuvres de J. de Coras.
W— s.
FORSTER (Nathaniel), théolo-
gicn et philologue anglais , naquit en
1717,3 Stadscorabe , dans la paroisse
de Plimsîock en Devonsbire, 011 son
père était ministre. 11 occupa succes-
sivement dillérenls emplois dans l'é-
glise, se mai ia avec une femme très
riche, au mois d'août 1 757 , et mou-
rut ie 20 octobre suivant. Il avait été
reçu membre de la société royale en
1755. On a de lui : 1. Réflexions sur
l'antiquité du gouvernement , des
arts et des sciences en Egypte
Oxford, 1743 (en anglais), l^- P}a'
tonis Dialogi quinque, recensiti et
notis illustrati, ibid., 1745. On y
trouve un texte très correct des dialo-
gues suivants, les amours d'Eulypbron,
FOR
r^poiogie de Sociale , le Criton et le
Phedoii. G«ntc édition est préférée à
celles de 175*2 et de 1765. III. Ap-
pend IX Liviann contiudns, V\ Selcc-
tas codicam MSS. et editionum
antiquarum lecliones , prœcipuas
variarum einendationes , et supple-
vienta lacunarum in Us Titi Livii
qui supersunt libri>; 'i'\ J. Freins-
hemii supplementoruin libros X , in
locum decadis secundœ Livianœ de-
perditœ , Oxford y i^^6. Forster fut
aidé par un de ses collègues du collège
de Christ, dans la composition de cet
ouvr.igequi ne porte pas de nom d'au-
teur IV. Sermon prêché devant Vu-
niifersîlé d' Oxford , le 5 novembre
I 7.46 , pour prouver que le papisme
tend à détruire f évidence du cJiris-
tlanisme , Oxford , 1 7 1 6. V. Disser-
tation sur le récit relatif à Jésus-
Christ , que Von attribue à Josèphe ,
ou Essai pour montrer que ce cé-
lèbre passage peut, à texception
de quelques altérations peu impor-
tâmes ^ être considéré comme au-
tlientique ,0\knd , l'j^Q. Celte dis-
sertation est dictée par un esprit de
critique regardé comme très ingé-
nieux, même par Bryant, qui, en
décidant le point de controverse , a
défendu le passage tel qu'il existe.
L'opinion de Warburton lui était en-
core plus favorable-; car ce prélat,
dans son Julien, rend témoignage au
savoir, à la franchise et à l'habileté
de Forster ; et dans une lettre à cet
auteur , après avoir parlé de quelques
observations judicieuses qu'il avait
faites sur son Julien, en manusciit,
il ajoute : « J'ai souvent désiré qu'une
» main capable réunisse tous les frag-
» raents qui nous restent de Por-
» phyre , de Celse , d'Hiéroclcs et de
» Julien, et nous les donne avec un
î) commentaire raisonné, critique et
» tbéologique, qui soit comme uu défi
FOR 281
» à l'infidélité. Je ne connais que
» vou qui ayez le talent nécessaire
» pour l'entreprendre. L'auteur de la
» dissertation sur le passage de Jo-
» scphe , que je regarde comme le
» meilleur morceau de critique du
» siècle, brillerait dans une telle com-
» position. » VL Biblia hebraïca sine
punctis , Oxford, 1 760 , a vol. in-4*^.
E— s.
FORSTER (Frobenius), savant
prélat catholique allemand, né en
1709 à Kouigsfcld en Bavière, en-
tra, en 1728, dans l'ordre de S. Be-
noît, et fit profession à Ratisbonne
dans la célèbre abbaye de St.-Em-
meran : il y enseigna la philosophie
depuis l'an 1735 jusqu'en 17447 où
il fut appelé pour remplir la même
chaire à l'université de Sallzbourg. Il
revint trois ans après à St.-Emmeran ,
pour y enseigner l'interprétation de
l'Ecrit ure-Sainte, y fut élu prieur ea
1750, et piince-abbé en 1762. Il se
distingua dans celte place éminenle par
le soin qu'il prit pour faire fleurir les
bonnes études , qu'il cu'tiva lui-même
avec succès jusqu'à sa mort, arrivée
le 12 octobre 1791. On a de lui six
Dissertations latines sur divers sujets
de philosophie et de théologie, et une
dissertation allemande sur le concile
tenu en 1763 à Aschein, dans la
Haute- Bavière, insérée la même an-
née dans le tome 1*"". des Mémoires
de l'académie des sciences de Bavière:
mais son principal titre à la reconnais-
sance des gens de lettres est la belle
édition d'Alcuin , qu'il a donnée en
1777, sous ce titre : Beati Flacci
Albiniseu Al^^j,,. opéra... de nova
collecta , mim^ lacis emendala et
opusculis primùm repertis plurimùm
aucta, 2 parties en 4 vol. in-folio. Le
savant éditeur a profité du travail de
dom Gatelinot , bénédictin, qui pré-
parait depuis long-temps une édiliou
2S2 FOR
de cet auteur ecclésiastique; il y a joint
soixante-onze lettres inédites d'A|cuin,
apportées d'Angleterre par Bre'qiiigny.
Ik" nombreuses recherches qu'il avait
fait faire dans toutes les bibliothèques
d'Allemagne, de France, d Italie, et
même d'Espagne , lui procurèrent
ieaucoup de variantes, de corrections,
et dix pièces nouvelles , dont une des
plus curiejises est un traite du calen-
drier, De cursu et saltu lunœ et his-
sexio. On y voit qu'Alcuin partageait
Fbeure en quarante moments, divises
chacun en cinq cent soixante ({uatre
atomes ; il la partage aussi en cinq
points , ou en soixante ostenta , qui
correspondent à nos minutes. Parmi
les autres pièces qui paraissent pour
la première fuis dans cette édition ,
Ton remarque encore un livre de Or-
thographia, et Libellus adversits
hœresin Felicis { Urgcliensis) adAb-
hates et monachos Goihiœ , orné
d'une préface de P. Foggini, qui avait
envoyé ce traité à l'abbé de Saint-
Eraraeran, d'après un manuscrit du
Vatican. C. M. P.
FORSTEU (Jean-Curetifn), pro-
fesseur de philosophie à l'imiversité de
Halle , né dans la même ville le 1 4 dé-
cembre fjoS, y exeiça différents em-
plois administratifs , y fut nommé, en
J791 , inspecteur du jardin botanique
cl économique, et y mourut le 1 9 mars
1 798. Voici ses principaux ou\ rages :
I. Disputalio de deliriis , Halle ,
1759, in "4". 11. Comparatio dé-
mons trationis Cartesiipro existenlid
Dei cum illd qud Anselmus canliia-
riensis usus est, Berlin, i77o,in-4°.
111. Caractère des t^wis philosophes ,
Leibnitz, Wolf
garlen , 2'
édition , Halle , 1 765 , in-8 '. , en alle-
mand, ainsi que les suivants: IV. In-
iroduciion à la politique ( Staats-
îehre ), d'après les principes de Mon-
tesquieu, ib. , 1 ^65, iu-8". y. Essai
FOR
d* introduction à V économie politique
(Kameral-Polirey-und Fiuanz Wis-
senschaft ) , Berlin , 1771, in-8 '. VI.
Révision des principales révolutions
de la ville de Halle , dans t espace
d^un siècle, Halle, 1780, in-8'. VU.
Courte notice sur Wolf gang Rati*
chius , célèbre professeur du siècle
passé ( mort en 1 655 ) , avec quelques
pièces originales y ibid., 178'i, in-8**.
V 11 l. Description et Histoire des sa-
lines de Halle, ib., 1795, in-8"\,fig.
IX. Aperçu de Vhistoirc de luniver-
site de Halle , pendant le premier
siècle de sa fondation , ibid., i 794,
in-8". Forster a rédigé pendant quelque
temps le feuilleton ( Intelligenz blatt )
de la Gazette littéraire de Halle, et a
été l'éditeur de deux ouvrages pos-
thumes d'Ant.-Théoph. Baumgarten :
Sciagraphia encjclopœdiœ philoso-
phicœ , Halle , 1 769, in-8''. , et Phi-
losophia generalis , ib., 1 770 , in-S*.
— Un autre Jean-Chrétien Forster ,
théologien protestant, né en 1764 à
Auersiaedt en Thuringe, inspecteur
des écoles à Naumbourg en 1 787 ,
nommé surintendant ecclésiastique à
Weissenfels en 1800, mort le i5 dé-
cembre de la même année, a public
en allemand des sermons et quelques
ouvrages ascétiques, à l'usjge des lu-
thériens. C. M. P.
FORSTER ( Jean Reinhold ), cé-
lèbre naturaliste et voyageur, descen-
dait d'une famille anglaise qui avait
quitté sa patrie, à cause des troubles
politiques du règne de Charles l^^ U
était fils du bourgmestre de Dirs-
chaw , dans la Prusse polonaise , où
il naquit le 'il octobre 1729. Il étudia
successivement au gymnase de Berlia
cl à l'université de Halle les langues
anciennes et modernes, les langues,
orientales et la théologie. H remplit
ensuite avec distinction les fonctions
de prédicateur à Nasseuhuljen ou Nas-^
FOR
Senhof , près de Dantzig , et consacm
ses instants de loisir à acquérir des
connaissances dans la philosophie, la
géographie et les mathématiques. Il
s'était marie' : son revenu modique ne
pouvait suffire à l'entretien d'une fa-
mille qui prenait de l'accroissement ;
la gêne qu'il éprouvait, lui fit prêter
roreille aux propositions qu'on lui
adressa , d'aller en Russie diriger les
nouvelles colonies de Saratof. Ce poste
lui fut peu avantageux ; ses projets de
s'établir dans ce pays échouèrent : il
partit pour Londres en 1 766 , muni
de bonnes recommandations , mais
assez mal pourvu d'argent. Peu après
son arrivée en Angleterre, il reçut du
gouvernement russe une gratification
de cent guinées ; puis il augmenta ce
fonds du produit de la traduction des
Voyages de Kalm et d'Osbcck , écrits
en suédois, et qu'il mit en anglais.
Vers le même temps , lord Baltimore
lui offrit l'intendance de ses vastes
domaines en Amérique ; il préféra
l'emploi de maître de français , d'al-
lemand et d'histoire naturelle , dans
l'école de Warringlon, en Lancashire,
tenue par des dissidents. Tandis qu'il
remplissait des fonctions si peu bril-
lantes , Dalrymple que la compagnie
des Indes venait de nommer gouver-
neur de Balambangan, près de Bornéo j
lui proposa de l'accompagner. Ce pro-
jet ne put s'exécuter: mais il semblait
que Forster fût prédestiné à des courses
lointaines; car on le choisit, en 1772,
pour aller, en qualité de naturaliste,
avec le capitaine Gook , dans son se-
cond voyage autour du monde. Forster
prit avec lui son fils, alors âgé de 1 7
ans. Les personnes qui s'intéressaient
à Forster, l'avaient chaudement re-
commandé comme un naturaliste et
un philosophe dont les observations
sur les pays que l'on découvrirait ne
pouvaient manquer d'çlre de la plus
FOR îiB5
haute importance pour les sciences;
ils n'avaient à cet égard rien promis
de trop: malheureusement la conduite
de Forster durant le voyage empêcha
que l'on eût pour lui la considé» ation.
que méritait son profond savoir. S'il
en faut croire le témoignage d'un autre
savant embarqué aussi dans cette ex-
pédition, Forster se montra fier, im-
périeux, présomptueux: il ne se passa
pas une semaine, sans qu'il eût une
dispute avec quelqu'un de l'équipage;
et avant que l'on fût arrivé à la Nou-
velle-Zélande , il s'était querellé avec
tout le monde. Ces altercations répé-
tées produisirent une froideur extrême
entre lui et les officiers de la Résolu-
tion, et l'exposèrent même à des af-
fronts. Il lui était assez souvent échappé
de s'écrier, quand il se figurait qu'on
lui manquait : Je le dirai au Roi,
Cette expression devint proverbiale
parmi l'équipage; et quand un simple
matelot voulait plaisanter un de ses
camarades, il répétait d'un ton iro-
nique : Je le dirai au Roi. La dureté
du caractère de Forster se manifesta
dans ses rapports avec les naturels des
îles du grand Océan; deux fois Gook
le mit aux arrêts , pour les avoir mal-
traités sans aucune provocation. Enfin
sa conduite choqua tellement le chef
de l'expédition, que celui-ci, à son
retour en Angleterre , crut devoir s'en
plaindre au comte de Sandwich , alors»
premier lord de l'amirauté. Ses torts
avaient peut-être été exagérés ; cepen-
dant, Gook, quoique naturellement
emporté , était bon , humain et franc.
Au reste , quel qu'en ait pu être le mo-
tif, Forster fut traité très sévèrement.
Selon son rapport , il avait été cou-
venu , avec lord Sandwich , qu'indc-
•pendamment des travaux relatifs à
l'histoire naturelle , il serait charge
d'écrire la relation du voyage d'après
ses obscrvatious et celles de Gook, et
284 FOR
que ce qui appartenait à chacun d'eux
serait indique'se'parëraent. On lui com-
muniqua en conséquence une partie
du journal de Cook. Il écrivit qnelqucs
feuilles de relation pour essai : ce tra-
vail fut inutile, parce que Ton décida
que chaque journal serait imprimé sé-
parément. L'amirauté arrêta ensuite
qu'une somme de deux mille livres
sterling, pour les frais de gravures,
serait partagée également entre Cook
et Forcer , et assigna à chacun sa part
dans les observations à publier. Un
second essai de relation que Forster
présenta à lord Sandwich , fut mal
accueilli. Il s'aperçut alors que dans
l'accord passé avec lui , relativement
au travail dont il devait être chargé,
le mot relation avait été omis proba -
hlement à dessein , ce qui lui otait le
droit d'écrire une histoire suivie de
l'expédition. On lui insinua même po-
sitivement que, faute de se conformer
à la lettre de l'acte, il perdrait sa part
à la somme destinée aux planches. H
se conforma à cette injonction , et n'é-
crivit qu'un corps d'observations sur
l'ensemble du voyage. Il avait fait par-
là un sacrifice qui dut beaucoup lui
coûter, mais qui fut inutile. Son ou-
vrage fut rejeté, et on lui refusa net-
tement sa part dans h s deux mille
livres sterling. Peut-être le vrai motif
de cette conduite , de la part des An-
glais, venait-il de ce qu'ils voy.iieut
avec peine qu'un étranger parlât en
son nom dans le récit d'une expédi-
tion qu'ils regardaient comme une pro-
priété nationale. Forster avait rassem-
blé dans le voyage des animaux vivants
et d'autres empaillés. Il envoya au
muséum britannique une partie de ces
derniers , et l'autre à la reine : S. M.
les accueillit très gracieusement ; mais
des remercîments furent tout ce que
Forster reçut pour récompense. Il
s'était procuré à grands frais des
FOR
dessins de plusieurs objets curieux en
histoire naturelle; il les destinait au roi:
ce prince ne voulut pas même les
voir. Forster , le fils , se plaignit amè-
rement, dans une lettre adressée au
comte de Sandwich , d'un traitement
si cruel , qui le ruinait entièrement lui
et sa famille. Mais , loin de faire at-
tention à ses plaintes , on découvrit un
nouveau grief contre Forster le père.
Son fi!s avait publié en anglais et en
allemand une relation du voyage au-
tour du monde. On supposa que le père
avait eu beaucoup de part à cet ouvrage;
Wales, astronome de l'expédition,
lui reprocha hautement d'en être le
véritable auteur. Comme Forster avait
contracté l'engagement de ne rien pu-
blier séparément de la relation oiTi-
cielle, il encoututl'animadversion du
gou^ crnement , et mécontenta les per-
sonnes qui s'intéressaioiit* à lui. On
l'accusa aussi d'avoir inséré dans ce
livre des réflexions déplacées sur le
gouvernement anglais , et des faussetés
sur les navigateurs qui avaient dirigé
l'expédition. Toutes ces circonstances
rendirent son séjour à Londres si dé-
sagréable , qu'il se décida à quitter
l'Angleterre : avant de pouvoir exé-
cuter cette résolution , il éprouva des
embarras pécuniaires qui le firent pri-
ver de sa liberté. Frédéric II, roi de
Prusse, dont il avait fixé l'attention
depuis un certain temps , et qui lui
avait écrit, lui fournit, en 1780, les
raovens de payer ses dettes , le fit
venir à Halle, pour y professer l'his-
toire naturelle , et lui donna l'inspec-
tion du jardin de botanique: l'année
suivante , Forster obtint le degré de
docteur en médecine. Malgré le zèle
qu'il apportait à tout ce qui pouvait
faire fleurir l'université de Halle, il
ne gagna pas l'amitié de tous ses con-
frères les professeurs. Des détails con-
tenus dans des lettres qu'il écrivait à
FOR
ferlin, nuisirent à qiieîqyes-uns : ce
ii*ëtail pas un effet de méchanceté de
sa part ; car , malgré sou caractère vif,
irritable et susceptible , il était franc ,
ouvert, bon et géuéreux. Il y avait
d'ailleurs en lui un penchant destructif
de tout le bonheur qu'il eût dû goûter
dans sa situation ; un goût désordonné
pour le jeu épuisait et les émolu-
ments de sa place, et le produit de ses
compositions littéraires. Cependant il
compta , pour les plus heureuses de
sa vie, les dix-huit années de son sé-
jour à Halle. La mort de deux de ses
fils vint, sur la fin de sa carrière,
agraver les maux dont il commençait
à souffrir; il y succomba le 9 dé-
cembre 1798. Kiirt-Sprengel, profes-
seur à Halle , prononça son éloge dans
lequel il flatte peut-être un peu son ca-
ractère moral j mais il ne dit , sur ses
vastes connaissances en histoire géné-
xale , en géographie physique et mo-
rale, en histoire naturelle, rien que
de juste et d'exact. Le talent de bien
observer , que Forster avait eu l'occa-
sion de mettre en pratique , se joignait
chez lui à une lecture immense : il
savait profiter avec succès de ce double
avantage; et en lisant ce qu'il a écrit,
on voit qu'il connaissait une infinité de
faits , dont l'homme, qui ne puise son
instruction que dans les livres , ne
peut avoir même une idée incomplète.
En histoire naturelle, il avait de la
prédilection pour les vues grandes et
géuér.des : son auteur favori était Buf-
fon , qu'il citait comme un modèle de
style. Iljouissait de l'amitié decc grand
homme. Il avaitcntrctcnu aussi une cor-
respondance suivie avec Linné, dont il
fait ressortir le grand talent pour bien
décrire les productions de la nature.
Il savait dix-sept langues mortes et
vivantes, et entre autres, le copte et le
samaritain. Il avait la répartie vive et
des saillies heureuses^ mais il ne sa-
F 0 R 285
vaif pas toujours les réprimer, ni ca-
cher sa ftiçon de penser , ce qui lui fit
beaucoup d'ennemis, notamment en
Angleterre. Il avait été, en 1775,
reçu docteur en droit à Oxford; il
était membre de la Société des Anti-
quaires et de la Société royale de
Londres , et de beaucoup d'autres
compagnies. On a de lui en anglais :
I. Introduction à la minéralogie ^
Londres, 1768, in-8^ IL Cata-
lo^ue d'insectes anglais , Warring-
ton , 1770, in-8\ III. Catalogue
des animaux de V Amérique an-
glaise, avec des instructions suc-
cintes pour rassembler , conserver et
transporter toutes sortes de curiosi-
tés naturelles, ibid. 1770, in-S**.
IV. IVovœ species insectorum , centu-
rialj Londr., 1771 ,in-8°. W.Flora
Americœ septentrionalis ( or a Cata-
logue ofthe plants ofnorth America),
ibid., 177 1 , in-8^ VL Epislolœ ad
J. D. Michaëlis, hujus Spicilegium
geographiœ exterœ jam confirman-
tes jamcastigantes y Gottingen, 1 772,
in-4°. VIL Characieres generum
plantarum , quas in itinere ad insu-
las Maris australis colîegerunt, des^
cripserunt, delinearunt , annis 1772-
1775 , J.E. Forster et G. Forster y
Gottingue, 1776, in-4"., traduit en
allemand par J. S. Kerner , ib. , 1 776 ,
in- 4°. C'est le premier ouvrage qui ait
été composé sur les productions de la
nature dans ces contrées lointaines;
il contient soixante-quinze nouveaux
genres de plantes. VIIL Observations
faites dans un voyage autour du
monde, sur la géographie physique ^
l'histoire naturelle et la philosophie
morale , Londres, 1778, in-4°-, en
anglais; traduit en allemand par son
fils , Berlin, 1783, grand in-S'».; en
hollandais, Haarlem , 1788, grand
in-S**. ; en suédois , par fragments in*
sérés dans la Bibliothèque historique ,
286 FOR
en 1 785 ; en français , par Pîngeron ,
formant le 5". vol. de Tédit. française ,
in-4*'. , du 2^. voyage de Cook. Quand
on lit l.i relation de ce voyage, donnée
par Cook , et qui , suivant l'expression
d'un homme bien fait pour l'appre'-
cier , est un modèle de simplicité et de
précision ( Voy. Cook. ), l'on est loin
de regretter qu'un autre écrivain ne
lui ait pas prêté sa plume, pour faire
connaître cette mémorable expédition.
Mais, d'un autre coté, quand on a
étudié les observations de Forster, on
se félicite de ce qu'il s'est décidé à les
communiquer au public. Ce livre con-
tienl le résumé du voyage. L'auteur en-
visage d'abord , sous plusieurs points
de vue généraux , les objets qui font
la mniière de ses observations, et qui
sont relatifs à la géographie physique,
à l'histoii e naturelle, et au tableau mo-
ral des îles qu'il a vues dans le cours
de sa longue navigation. Il passe en-
suite aux détails , et traite ce vaste
sujet avec un art que l'on ne peut as-
sez admirer. On doit le louer de ne
jamais succomber à la tentation de
bâiir des systèmes ; il se contente de
présenter le résultat des faits qu'il ex-
pose. Ou peut lui reprocher d'avoir
trop flatté le portrait des habitants de
Taïti ; cette faute est bien excusable.
Tout ce qui concerne la géographie
physique, est du plus haut intérêt.
Ce que dit Forster, par induction des
choses qu'il a vues , sur les produc-
tions nouvelles dont il est probable
que la Nouvelle-Hollande enrichira le
domaine de l'histoire naturelle, décèle
sa profonde sagacité. Son livre est un
des plus riches en idées grandes et
neuves; il abonde en instructions so-
lides. L'auteur s'y montre éclairé, et
pénétré d'une reconnaissance reli-
gieuse pour le. souverain auteur de
toutes choses. Quels qu'aient pu être
les démêles de Forster avec Cook , il
FOR
n'en existe pas la moindre trace datis
cet ouvrage : le nom de l'immortel
navigateur n'y est cité qu'avec les ex-
pressions de l'attachement et de l'ad-
miration. IX. Zoologiœ Indicœ ra- l
rioris Spicilegium , avec une traduc- *
îion en allemand, Halle, 1781, in-foL ;
Londres, 1 790, in-4°- ; 2". édition ,
augmentée, Halle, 1 795,in-fol. X. Ta-
bleau de V Angleterre pour Vannée
1 780 , continué par Véditeur jusqu'à
Vannée \ 783, 1 784 , in-S". : l'auteur
le traduisit en allemand , Dessau ,
1 784 , in-8°. ; on y trouve le portrait
des principaux personnages de l'An-
gleterre , à l'époque de la guerre d'A-
mérique. Ce livre est trop satirique ,
et trop souvent l'animosilé guide la
plume de l'auteur. XL Becueilde mé-
moires sur Véconomie domestique
et la technologie , Halle , 1 784 ,
108"., en allemand, ainsi que les
suivants : XII. Histoire des décou-
vertes et des voyages jaits dans le
Nord, Francfort sur roder, 1784,
gr. in-8°. ; trad. en anglais , Londres ,
1786, iu-4*'.; trad. en français , d'a-
])rcs la version anglaise, par Brous-
sonnet, Paris, i788,in-8°.La manière
dont ce sujet est traité, prouve les
vastes connaissances de l'auteur. Il
présente un résumé exact de tous les
voyages entrepris dans les mers arc-
tiques. S'il y a des omissions et quel-
ques erreurs dans ce livre, c'est que
les documents relatifs aux faits ou-
bliés ou inexacts , n'étaient pas con-
nus quand Forster écrivit. On voit,
par cette production, ce qu'd eût pu
îaire, si les circonstances fâcheuses
dans lesquelles il se trouvait trop sou-
vent, ne l'eussent forcé à s'occuper de
travaux plus faciles. XII 1. Projet
pour détruire la mendicité y notam-
ment dans la ville de Halle ^ Halle ,
178(), in-8'. XIV. Enchiridion his-
toriœ jiaturali inscrviens , ibid. y
FOR
1788, grand in -8". XV. Magasin
des voyages les plus récents , tra-
duits de diverses langues, et enrichis
de remarques, Halle, 1790-1798,
ï 6 volumes in-8\ XVï. Observa-
tions et vérités jointes k quelques
principes qui ont acquis un haut de-
gré de vraisemblance^ ou Matériaux
pour un nouvel essai sur la théorie
de la terre, Leipzig, 1798, in-8\;
petit ouvrage bon à e'tudier par ceux
qui s'occupent de géologie. XVII. Plu-
sieurs petits ouvrages sur l'histoire
naturelle, d'autres relatifs à la géogra-
phie, et destines à être donnés en
ëlrennes aux enfants. XVIII. Divers
raorceaux dans les journaux littéraires
anglais et allemands, et des Mémoires
dans les recueils des socie'tës savantes
dont il était membre. Tous annoncent
un homme profondément instruit , et
doué d'une grande sagacité. Ou re-
marque dans le nombre de ces mé-
moires sa dissertation de Bysso an-
tiquorum, imprimée séparément, Lon-
dres, 1775, in-80. XIX. Des traduc-
tions de voyages et de livres sur l'his-
toire naturelle , l'économie rurale , la
géographie , etc. Il y ajoutait toujours
des notes et des suppléments, qui fai-
saient preuve de ses connaissances.
Il suffit de citer la Zoologia indica ,
Halle, 1781, 1795, iu-fol. Il com-
posa aussi les préfaces de plusieurs
ouvrages. Il eut part à la publication
des trois premiers volumes de l'ou-
vrage allemand, intitulé : Essais sur
la géographie morale et physique ,
Leipzig, 1781,1 783. Mathias Spren-
gel, professeur à Halle, son gendre
et sou collaborateur , continua seul ce
recueil. Meusel a , dans son Catalogue
des écrivains décédés , donné une liste
détaillée des productions de Forster.
Une baie de la terre de Sandwich porte
son nom. Linné fils a dédié aux deux
Forster, père et fils, sous le nom de
FOR 287
forstera une petite plante de la fa-
mille des caprifoliacées, dont la seule
espèce connue jusqu'à ce jour croît
sur le sommet des moutagnes de la
Nouvelle-Zélande. E-^s.
F OR S TE a ( Jean - George.
Adam), fils du précédent, naquit ea
1754 à Nassenhnbem, près de Dant-
zig. A l'âge de onze ans il suivit son
père en Russie; et lorsqu'ils revin-
rent tous deux de Saratof à St. Pé-
tersbourg , il continua , à l'ure des
écoles de cette ville, les études qu'il
avait commencées sous la direction
paternelle. A Londres il fut d'abord
commis chez un marchand. Ses oc-
cupations dans le comptoir n'étaient
pas proportionnées à ses forces ; il
tomba malade. A peine guéri , il re-
nonça aux occupations mercantiles,
alla rejoindre son père à Warring-
ton , poursuivit ses éludes avec suc-
cès , traduisit divers ouvrages en an-
glais, et donna dans une école voi-
sine des leçons d'allemand et de fran-
çais. Son père, comme on l'a vu plus
haut, le prit avec lui da:is son voyage
autour du Monde avec Cook, de
1772 à 1775. Forster quitta Lon-
dres en 1777 pour Paris , où il avait
envie de se fixer : il ne séjourna pour-
tant pas très long-temps dans celte
ville; il alla en Hollande, et prit la
roule de Berlin. 11 traversait Gassel
lorsque le landgrave de Hesse lui of-
frit une chaire de professeur d'his-
toire naturelle, qu'il occupa jusqu'au
moment où en 1784 le roi de Pologne
lui en Ol accepter une à l'université
deWilna,où il fut promu au grade
de docteur en médecine. Catherine II ,
jalouse de toute espèce de gloire,
avait voulu en 1787 faire exécuter
une expédition autour du Monde , et
avait nommé Forsler historiographe
de cette entreprise. La guerre avec les
Turks fil échouer ce noble dessein ^
aas
FOR
cl Forsfer , qui ne pouvait rester oi-
sif, alla en Allemagne , où il acquit
une nouvelle icputation par la pu-
l)lication de plusieurs Mémoires sur
rhisloire naturelle et la littdralure.
L'électeur de Maïence le choisit pour
son premier bibliothécaire. Il rem-
plissait cet emploi avec distinction,
qu'ind les Français s'emparèrent de
Maïence en 179'i. Alors Forsier,
qui avait embrassé avec ardeur les
principes de la révolution française ,
lut choisi par les Maïençais formés
en convention nationale, pour aller à
Paris demander leur réunion à la
république. Il était encore dans la
capitale de la France lorsque les Prus-
siens reprirent Maïence ; ce qui lui
fit perdre , et tout ce qu'il possédait ,
rt ses manuscrits, qui tombèrent dans
les mains du* prince de Prusse. Il
éprouva bientôt de nouveaux cha-
grins. Une femme qu'il aimait à l'ado-
ration lui fut infidèle. Toutes ces con-
trariétés lui inspirèrent la res"lution
de quitter l'Europe, et d'entreprendre
un voyage à l'indostan et au Tibet. Il
commença en conséquence l'élude des
langues oricnta'es; mais sa santé était
trop altérée par les secousses qu'il
avait éprouvées: il mourut à Paris le r 1
janvier i •j94- On a de lui : I. Foyage
autour du Monde sur le vaisseau
la Résolution , commandé par le ca-
pitaine Cook, dans les années ij'j'2-
i']']5 , Londres, 1777, 2 vol. in-
4". (en anglais.) H le traduisit en al-
lemand de concert avec son père, et
y fil diverses additions, Berlin, 1 779-
1780, 2 vol. in-4°.; ibid., 17B4,
3 vol. in-8". Cette seconde édition
fait aussi partie de différents recueils
de voyages publiés en allemand. Il
s'en trouve un extrait dans les
tomes XXï et XXII des Relations de
voyages les meilleures et les plus ré-
ceulcs. On en a inscié des passages
FOR
dans la traduction française du se-
cond voyage de Cook. Eu comparant
celte relation avec celle de Cook , on
voit qu'elle contient quelques obser-
vations que l'ou chercherait vaine-
ment dans la narration de ce célèbre
navigateur , mais qui ne consistent
la plupart qu'en élans de sentimenta-
lité et en éloges de vertus dont l'ha-
bitude nous est étrangère , et dont
le fond n'est pas toujours bien pur.
Ces déclamations feraient plus d'im-
pression sur l^esprit de beaucoup de
lecteurs, si elles ne revenaient pas si
souvent, et si elles n'étaient pas gé-
néralement accompagnées d'allusions
amères dirigées contre h s vices des
Européens, et même des compagnons
de voyage de l'auteur. Ces défauts sont
plus fréquents dans le P""". volume
que dans le second , qui est meilleur
à tous égards. Forsier peint avec des
couleurs plus vives que Cook les as-
pects gracieux ou horribles des con-
trées lointaines. Les deux relations
ne différent d'ailleurs que dans des
détails peu importants, et s'accordent
sur tout le reste. La carte de Forster
n'est qu'une copie de celle de Cook.
11 ne s'étend pas toujours suffisam-
ment sur les objets d'histoire natu-
relle entièrement neufe , et tombe dans
l'excès opposé poiu' ceux qui ne sont
pas étrangers à l'Europe. Les sorties
de Forster contre ses compagnons de
voyage engigèrenl M. Wales, astro-
nome de l'expédition , à répondre par
le livre intitulé : Remarques sur la
relation du dernier voyage du ca-
pitaine Cook autour du Monde
par Forster ( Foy. Wales ). Forster
le père est principalement attaquédâns
cet écrit, auquel le fils répondit par
celui-ci : II. Èéplique aux remarques
de M, fVales sur la relation du
dernier voyage de Cook, publiée
par 'M, Forsier j Londres, 1778.,
FOR
1 vol. in-8". Considérée comme e'crit
polémique, cette réplique fait beau-
coup d'honneur à Forster , qui élait
alors encore très jeune. Il y prend
à son tour le rôle d'agresseur : ce-
pendant il se justifie sur- plusieurs
points, proleste que son père n'a eu
aucune part à la composition de son
ouvrage, convient de plusieurs er-
reurs qu'il a commises , revient sur
plusieurs jugements trop sévères , et
avoue des contradictions dans son
récit. III. Lettre au très honorable
comte de Sandwich, Londres , 1 7 79,
1 vol. in-4". IV. Réponse aux au-
teurs des annonces littéraires de
Goettingen , Goltingen , 177B, i
vol. in-i)\, en allemand. Il y parle
avec beaucoup d'animosilé, rend ce-
pendant hommage sur plusieurs points
à la critique dont il se plaint, et il
avoue quelques inexactitudes semées
dans sa relation. Mciners, auteur de
l'article auquel l'écrivain répond , si-
gna le compte qu'il rendit de cette
brochure, et protesta que Forster pou-
vait se regarder comme le maître du
champ de bataille, car on le lui aban-
donnait : c'est de ce journd litté-
raire que tout le détail relatif à la re-
lation de Forster a été tiré. V. J^ie
du docteur Guillaume Dodd, ci-
devant prédicateur de la cour à
Londres^ Berlin, 1779» in - 8°.
VI. Florulœ insularum anstralium
Prodromus , Gôttingen, 1786, un
vol. in - 8'. VII. Mélanges^ ou Es-
sais sur la géographie morale et na-
turelle, ïhistoire naturelle et la
philosophie usuelle, Leipzi'jj et Ber-
lin, 1789-1797 , 6 vol. in-8°., en
allemand. Les deux derniers volumes
portent aussi le titte d'Ecrits politi-
ques de J. Forster, et ont été pu-
bliés par Huber après la mort de
l'auteur. VIII. Tableaux de la par-
tie inférieure du RlUn, duBrabant,
XT.
FOR ûSo
de la Flandre, de la Hollande, da
V Angleterre j de la France, piis
dans les mois d'avril, de mai et de
juin 1790, Berlin , 1791-» 791 , 5
vol. in-S". Huber fit paraître le der-
nier volume, auquel il ajouta une noti-
ce sur l'auteur : ils ont été traduits en
hollandais, Harlem, 1792 - 1793,
grand in -8'\j et en français stuis ce
titre : Voyage philosophique et pit-
toresque sur les rives du Rhin, à
Liège, dans la Flandre, le Bra^
haut, la Hollande , fait en 1790,
Paris, I 795, î vol. in -8'. ; et Voyage
philosophique et pittoresque en An-
gleterre, suivi d'un Essai sur l'his-
toire des arts dans la Grande-Bre-
tagne ,Vavh , an IV (1796), I vol. in-
.8'. fig. Ce livre atteste que l'auteur joi-
gnait à beaucoup d'instruction un es-
prit vif et origia;il. On regrette qu'il se
soit abandonné trop souvent à la ma-
nie de faire du sentiment , et, dans la
partie qui concerne l'Angleterre, à des
accès de mauvaise humeur contre les
liabitants de cette île. Au reste o?i au-
rait tort de juger cet ouvrage sur la
traduction française , d'après laquelle
on pourrait croire, par exemple, que
Forster, en parlant des basaltes que
l'on trouve sur les rives du Rhin ,
place la Transsylvanie vers les bords
de ce fleuve. L'erreur vient de ce que
le nom de cette province, en allemand
Siebenhûrgen , ressemble beaucoup ii
celui de Siehenbergen , désignant
les sept montagnes situées sur la
rive droite du Rhin à la vue de Co-
logne. IX. Souvenirs de l'année
I 790 j Tableaux historiques , avec
figures de Ghodowiecki et autres des-
sinateurs célèbns, B rlin, 1 793, un
vol. in- 8**. X. Plusieurs Pamphlets
politiques relatifs à M^iïcnc;; , et-
d'autres brochures en allemand. XL
Divers Mémoires et Programmes sur
l'histoire naturelle; publiés séparé-
»9
29» FOR
ment ou dans des recueils de sociéte's
savantes. XII. Plusieurs Morceaux
dans les joiunaux littéraires anglais
et allemands. XHI. Magasin de
GoeUingen^ concernant les arts et
la littérature^ journal publie en alle-
mand , en société avec Lichtenberg ,
pendant trois ans,G6ttingen, 1780-
1782. XIV. Un grand nombre de
Traductions en allemand de voyages
et de divers autres ouvrages écrits
en anglais et en français. Il a aidé
son père dans quelques-uns de ses
nombreux travaux. Le dictionnaire
donné par Meuscl contient une liste
très détaillée de tout ce que Forsler a
publié: il eut part à la Collection de
voyages publiée par Sprengel. Son
père , que sa conduite durant les der-
nières années de sa vie , et ensuite sa
mort, navrèrent de douleur, publia
sur ce fils si regretté une Notice in-
sérée dans les Annales de la philoso-
pliie de Jacobi. E — s.
FOUSTER (George ) , voyageur,
employé civil au service de la com-
pagnie des Indes orientales , ne nous
est connu que par l'intéressante re-
lation de son audacieux voyage , qui
nous a procuré des renseignements
positifs sur une partie de l'Asie à peu
près inaccessible aux Européens. Ce
fut en l'jS'i que Forster, alors dans
l'Inde, conçut ( sans doute à la solli-
citation de quelques-uns des chefs de
la Compagnie) le projet de revenir
en Europe par le nord de l'Inde et de
la Perse. Il prévoyait bien les difficul-
tés qu'il aurait à surmonter, les périls
et les fatigues qui l'attendaient; mais
la nouveauté de l'entreprise le fortifia
dans sa résolution, et il partit de Cal-
cutta le 20 mai 1-582. Sa propre
sûreté exigeait qu'il évitât le pays des
Seyks , c'est-à-dire le Lâhor : il tra-
versa donc le Gange et le Djemnah
diius les montagnes, et se rendit au
FOR
Kachmyr, parla route de Djombo. La
curiosité seule le détermina vraisembla-
blement à visiter cette contrée célèbre
dans les annales sacrées des Hindous,
et dans l'histoire des moeurs asiatiques
et européennes ; car elle ne se trouvait
pas sur la roule que devait suivre ce
voyageur. Il traversa ensuite l'Indus,
à vmgt milles au-dessus d'Attok , pour
se rendre à Kaboul, capitale du pays
de Tymoùr-Châh , roi duCandahâr,
et plus généralement connu sous le
nom de pays des A'bdally. 11 avait l'in-
tention de poursuivre sa route au tra-
vers de la Bhoukharie ( ou Tran-
soxiane ) j mais , ayant réfléchi sur
les dangers de toute espèce qui l'at-
tendaient, il prit le chemin ordi-
naire des caravanes par Candahâr.
De cette ville il n'eut qu'à suivre
une ligne droite par Herât jusqu'à
l'extrémité méridionale de la mer
Caspienne, en traversant le Seïstân ,
leKhorâçân et le Mâzandérân.On voit
que G. Forster ( sans que l'on pré-
tende pousser la comparaison ti'op
loin ) , a suivi en grande partie la
même route qu'Alexandre poursui-
vant Bessus. Pour se rendre de
Aoude, alors la dernière station des
Anglais dans l'Inde, jusqu'à la mer
Caspienne , il fut à peu près un
an , et parcourut neuf cents lieues.
Il fallut, pendant tout ce temps ,
abandonner sa manière de vivre ordi-
naire, et être privé des aisances donl
jouissent les gens de la dernière classe
du peuple en Europe; dormir en plein
air, exposé à la pluie et à la neige ; se
contenter de la nourriture et de la cui-
sine du pays 011 il se trouvait. Le
voyage était de trop long cours pour
permettre de se charger de ce qui
pouvait contribuer à eu adoucir les fa-
tigues : un pareil bagage n'aurait servi
qu'à compromettre la sûreté du voya-
geur européen, déguisé sous le costumû
orientai , et obligé de parcourir une
immense étendue de pays musulman ,
dont les habitants haïssent les Infi-
dèles , autant par fanatisme que par
jalousie* La découverte de son secret
lui aurait immanquablement coûté la
vie ; et pour le garder, il fallait conti-
nuellement se tenir en garde contre
ses compagnons de voyage, et surtout
être bien familier avec les pratiques
religieuses, I<*s usages et les langues des
pays qu'il parcourait. Nous avouons,
à regret, que c'est Je seul genre de
connaissances que possédât G. Fors-
ter; il manquait malheureusement de
celles qui auraient pu rendre beau-
coup plus instructive la relation de son
voyage, au reste très utile et très in-
téressante. H paraît cependant avoir
fait une étude particulière de la théo-
logie indienne; car peu de temps après
son retour en Angleterre, il publia
une brochure in-8°. qui eut un grand
succès, intitulée : Sketches , etc. ( Es-
sais sur la mythologie et les mœurs
des Hindous), Londres, 1785. II a
refondu ensuite cet ouvrage daus les
î2^. et 3^ lettres de son Voyage. 11 ne
tarda pas à retourner dans l'Inde; car
c'est à Calcutta qu'il publia le i*"". vo-
lume de sa relation, en 1 790 , in-4".,
sous ce titre : A journeyfrom Ben-
gal to Englandj etc. Il préparait le
second volume; mais la mort l'empc-
cha de le publier. Au commencement
de l'avant-dernière guerre des Anglais
contre Typoù Sulthân , il fut envoyé
en ambassade à la cour des Mahraltes
orientaux, à Nagpour dans le Bérâr :
il mourut peu de temps après être
arrivé dans cette ville du Dekehan ,
en 1 792. Il n'y a donc point de raison
pour douter que le second volume n'ait
été rédigé d'après les matériaux trou-
vés dans ses papiers. C'est l'opinion
des rédacteurs du Monthly Review ,
^ue nous prenQDs ici pour guides.
fOR 291
Quelle main a recueilli ces papiers?
Comment ont-ils passé en Angleterre?
A qui la dernière rédaction ^t la publi-
cation en ont-elles été confiées ? C'est
ce que nous ignorons ; et il est fâcheux
surtout que le libraire Faulder, qui
a réimprimé le \^\ volume, et publié
le 2^. en 1 798 , a'ait pas confié le soin
de cette édition à un homme de lettres
capable de corriger soigneusement les
épreuves , et de donner quelques ren-
seignements sur l'autaur et sur son
ouvrage. Cette édition ne contient, ni
préface, ni même avis de libraire; de
manière que l'on ne sait à qui attribuer
quelques notes qui ne portent aucune
signature. Deux notices historiques
sur deux nations de l'Inde peu con-
nues, les Seyks et les Rohyllahs,
terminent le 1^, volume : les Seyks
méritent surtout une attention toute
particulière, puisqu'ils forment à la
fois une secte religieuse composée de
brahmanisme et de musulmanisme,
et une nation guerrière , établie dans
le Pendjab , laquelle peut mettre en
campagne plus de cent mille cavaliers.
Nous en avons dit assez pour prou-
ver que l'ouvrage deForster est aussi
curieux qu'instructif sous le double
point de vue géographique et histo-
rique : il n'est donc pas étonnant que
les Allemands se soient empressés de
le traduire. Le savant professeur de
philosophie de l'académie de Gô!«
tingue , M. Meiners, publia la traduc-
tion du premier volume à Zurich, en
1 796, d'après l'édition de Calcutta , et
celle du 2'. en 1800. Une traduction
française du premier volume parut
aussi en 1796, sans nom d'auteur;
il y a tout lieu de croire qu'elle a é'é
faite sur l'édition allemande. Celte ea-»
treprise n'ayant pas été continuée
quand le second volume parut en an-
glais et en allemand, l'auteur de cet
article se détermina d'autant plus va
19..
2g2 F Ô K
lontiers h traduire Toiivrasie en entier,
qu'un gr.Hid nombre de passages
avaient besoin d'é* laircissemenls et
de reclifu ations. Outre des notes qni
forment une espèce de commentaire
perpetu»'! , il y a ajoute une Notice
chronologique des Khans de Crimée^
depuis DJengUNZ-Khân jusqu'à l'ex-
tinction de cet empire en i -^83 : cette
Notice j composée d'après les anteurs
arabes, turks et persans, et d'après
les correspondances diplomatiques du
ministère des relaMonS extérieures ,
remplit une lacune assez importante
dans l'histoire de l'Orient ;elle termine
le 3'". volume de cette traduction , pu-
bliée à Paris en 1802, sous le tilre
de P'oyage du Bengale à Saint-
Pétersbourg , à traders les provin-
ces septentrionales de VInde, le
Kachmyr^ la Perse, sur la mer
Caspienne, etc., suivi de V histoire
des Rohyllahs , et de celle ries
Sejks , par feu George For s ter ,
traduit de Vans(lais , avec des addi-
tions , etc. , 3 vol. in-8'\ , avec deux
cartes géographiques , l'une contenant
l'itinéraire de Forster , l'aufrc le pays
de Kachmyr ; cette dernière carte
fait partie des addiùous du traducteur:
l'original qui a été dessinedaus l'Inde,
se trouve dans un manuscrit de la
bibliothèque du roi. Elle est sur une
plus grande échelle, et contient beau-
coup plus de positions que celle qui
accompai^ne la relation de Bernier,
le premier et même le seul voyageur
qui, av.int Forster, ait visite et décHt
le Paradis terrestre de VHindoustdn.
L— s.
FORSTNFR (Chrtstopue), ha-
bile jurisconsulte, né dans un village
du VViirtembcrg en i r)g8 , commença
ses éludes à Tubingiie, et se rendit
ensuite à Vienne, ou il suivit les cours
de l'université pendant trois années.
Quelque teinpi» aprè», il passa eu
FOR
Italie, dont il visita les principales
villes, recevant partout des marques
de l'estime qu'inspiraient ses talents.
Pendant son séjour à Venise, il eut
l'honneur de haranguer Jean Cor-
naro , au sujet de son élection ; et le
nouveau doge , en récompense du
plaisir que lui avait fait éprouver son
discours , bu accorda la décoration de
l'ordre de Saint-Marc. Forstner visita
aussi la France; mais les troubles qui
la désolaient à celte époque ne lui
permirent pas d'y trouver les mêmes
agréments qu'en Italie. De retour dans
sa patrie, où il avait été précédé par
sa réputation , le comte de Hohenlohe
le nomma son conseiller intime, et
Forstner assista en cette qualité à
la diète de Ratisbrmne. Il fut ensuite
nommé par le duc d" Wiirtemberg,
vice-chancelier, et enfin chancelier
du comté de Montbéliard , place
qu'il remplit d'une manière très-dis-
tinguée jusqu'à sa mort, arrivée le
28 décembre 1667. Forstner, dans
sa vieillesse , avait demandé la per-
mission de se retirer de la cour;
mais il ne put Jamais l'obtenir , parce
qu'on sentait l'utilité de ses con-
seils. Ce fut surtout durant les né-
gociations'de Munster, qu'il montra
cette prudence, ce discernement, cette
connaissance des différents intérêts des
princes de l'Allemagne qui lui ont mé-
rité la réputation d'un habile politi-
que et d'un sage administrateur. Ou
a de lui : I. Hypomnemalum poli-
ticorum centuria , Strasbourg, 1625
et i65o, in- 12. Il n'avait que dix-
neuf ans lorsqu'il composa cet ou-
vrage ; atissi Khfeker lui a accordé
une place dans sa Biblioth. erU"
ditorum prœcocium. 11. Epistola
de negotio pacis Osnahrngensis ,
Mentbéliord, \(\\(y; 2. édil. aug-
mentée, ibid. i656. in- 12. m. De
principatu Tibeni, IV. NoUe ad
FOR
libros annalium Taciti, Francfort,
i66'2, in-12; Lyon, i6f)5, in 1-2.
Ces notes, dans le genre de celles
d'Amelot de la Houssaye, ont l'avan-
tage d'être plus courtes; mais elles ne
sont pas toujours rédigées avec assez
d'ordre ni de clarté'. V. Epistolaapo-
logetica ad amicum contra secreti
temeratores. VI. Epistola de mo-
derno imperii slatu.Wl.Jvan U'rich
Murrer lui attribue encore Diseur-
sus de nominihus Arginidœis , im-
primes à la suite de XArgenis de
liarclay. Schelhorn a publié, dans le
14^. vol. des Amœnitaies liltera-
riœ (p. 5oi à 5~>5;, deux lettres
inédites de Forstner : la première ,
adressée à Math. Bernegger, contient
des détails très intéressants sur les
guerres qui désolèrent, en i656 et
1657 , le comté de Montbéliard et
les provinces voisines. Henri Boeder
a publié l'éloge de Forstner, en latin,
dans les Mém. philos. DeVad. Vlll,
p. 498. VV— s.
FOUSYTH (Guillaume), jardi-
nier distingué, naquit en Ecosse à
Old-Mcldrura, dans le comte d'Abtr-
déen , en i 737. Initié de bonn< heure
à la pratique du jardinage , occupa-
tion favorite de sa patrie, il vint à
Londres en i 763 , et peu après de-
vint disciple du célèbre Miller , jardi-
nier du jardin des apothicaires à Ghel-
sea , à qui il succéda en 1 77 1 . Il exer-
ça cet emploi jusqu'en 17^4 que le
roi le nomma surintendant de ses jar-
dins royaux de Kensington et de St-
Jamcs, Il mourut le 25 juillet 1804.
11 avait, dès 1 7S6, donné une atten-
tion particulière à la cuUurc des ar-
bres forestiers et des arbres à fruit ,
et s'était spécialement occupé de dé-
couvrir une composition qui put re-
médier aux maladies et aux accidents
auxquels ces végétaux sont sujets.
^|)rç8 4es essais répétés ; il réussit
FOR 295
à en préparer une qui répondît par-
faitement à ses désirs. Le succès de
ses expériences fixa les regards des
commissaires du revenu territorial ; et
à leur recommandation, un comité
des deux chambres du parlement fut
nommé pour f.iire un rapport sur le
mérite de la découverte de Forsyth. L«
résultat, de l'examen convainquit les
commissaires de l'utilité de la recette;
et en conséquence la chambre des
communes vota une adresse au roi ,
pour le supplier d'accorder une ré-
compense à Forsyth , pour qu'il fît
connaître au public le secret de sa
composition j ce qui eut lieu, On a de
Forsyth, en an Jais : I. Observations
sur les maladies , les défauts et les
accidents auxquels les arbres à fruit
et les arbres forestiers sont sujets ,
Londres , i •^qi , i vol. m-8". Il ajouta
à cet ouvrage toute sa correspondance
avec les commissaires du revenu,
IL Traité de la culture des arbres
fruitiers Londres, 1802, in-4°.;
traduit en franc us, avec des notes,
par Pictet-Mallet , Genève cl Paris ,
i8o5,in-8 .Ce livre, qui contient le
re'Milat de tous ses travaux, a été jus-
tement apprécié [)ar le public , et a eu
trois éditioîis en peu de temps. For-
syth était membre de la société des
antiquaires, de la société linnéinne,
et d autres corps savants. Il se distin-
guait par son caractère obligeant ; et
quoique connu pour un des premiers
de sa profi ssion , il avait Ja défiance
et la modestie compagnes ordinaires
du mérite réel et du savoir. E — s.
FORT ( Le ). roj, Lefort.
FORTE ou FORTIOC Angp ) exer-
çait la médecine à Venise au cnmmen-
ceraent du seizième siècle. Il était fort
entiché d'astrologie, cl en dissension
ouverte avec le collège des m© decins
de cette ville. Il se donnait lui mêmo^
Içs titres de médecin lauréat j^^'inn&s
294 FOU
tigaleur de la nature , e délia sicura
dottrina del medicare primo inven-
tore. C'est plus qu'il n'en faut pour
faire apprécier son méiite. On a de
lui, entre autres ouvrages:!. Opéra
nuova ove si contengono quatro dia-
loghi ,Yenise , 1 532 , in-8''. II. Dia-
logo nominato Specchio de la vita
umana, in oui si ragiona delVin-
Jluenza celesti nelle malade correnti
délia squinancia , délia pontura^ e
délie febre , Venise, i535, in-S".
m. // trattato de la peste dove si
fa conoscere l^essersuo, etc. Venise,
1 556 , in-S". IV. De mirabilibus hu-
jnanœ vitœ naturalia fundamenta ,
Venise , 1 543, 1 555 , in-8". V. Fe-
ritatis redivivœ Militia, Venise,
i54j, in-S*". — Forte ou Forti
( Léonard) , mathématicien de Rome ,
au même siècle, a publié un livre assez
rare , intitulé De re militari et variis
instrumentis belliy Venise, i55i.Il
est écrit en vers grecs modernes ,
in-8\ fig. Z.
FORÏEBRACGIO ( Nicolas ),
condottier italien au quinzième siècle,
était neveu du fameux Braccio di
Montone. Après la mort de ce gé-
nérai, il commanda long-temps les
troupes que Braccio avait formées,
et qui conservaient son nom. Forte-
braccio servit les Florcniins en i4^9
conlre Vollerre et contre Lucques.
Il passa ensuite au. service du pape
Eugène IV j puis, sur quelque mé-
contentement , il lui déclara la guer-
re, en 1455. 11 avait déjà conquis
une grande partie de l'état ecclésias-
tique, lorsqu'il fut blessé dans une ba-
taille à Capo di Monte, en i435. Jl
expira peu de jours après. S. S — 1.
FOHTEGUERRIou Fortiguerra,
fan ille noble et ancienne de Pisloie,
a fourni à l'Eglise et à la littérature
plusieurs sujets distingués. Le car-
dinal Nicolas Forteguerri rendit,
FOR
dans le 1 5^ siècle, de grands service»
aux papes Eugène IV, Nicolas V,
Pie II et Paul II. Il commanda l'ar-
mée du Saint Siège avec succès :
envoyé à Naples en qualité de légat,
il obtint du roi Ferdinand d'Auagon
la restitution de Bénévent et de Ter-
racine, et conclut le mariage d'Antoine
Piccolomini, neveu du pape Pie II,
avec une nièce du même roi. Généreux
protecteur des lettres , il employa une
prtie de ses richesses à fonder des
collèges et d'autres établissements
d'instruction. Il mourut à Viterbe, en
147 3, âgé de 55 ans. — Scipion For-
teguerri , célèbre érudit , plus con-
nu sous le nom de Carteromaco ,
et petit-neveu du cardinal, naquit à
Pisloie le 4 février 1 466. Dominique
son père , très versé dans les ..fTaircs
politiques de leur patrie , y fut trois
fois gonfalonier : cependant il n'était
pas riche , et n'aurait pu donner une
éducation soignée à ses trois fils, dont
Scipion était le second, sans la gé-
nérosité du cardinal son oncle, qui
résigna le riche bénéfice de Saint-
Lazare à Spazzavento, en faveur de
cet enfant. Scipion , après avoir reçu
les premiers éléments des éludes dans
le lycée délia Sapienza de Pisloie,
qui était aussi une fondation de son
grand oncle, se rondil à Rome, où il
fit le cours enlier deses études; il s'ap-
pliqua ensuite plus ])ariicuhèrement
aux lettres grecques, dans lesquelles
il eut pour maître pendant quatre ans
le savant Ange Politien ; il alla enfin
puiser dans les célèbres universités de
Bologne et de Padoue , ce qui pou-
vait manquer encore à son érudition
grecque et latine. Il était à Padouo
vers Tan i494 > lorsqii'Alde iManuce
établit à Venise sa nouvelle académie ,
principalement destinée à diriger les
éditions des auteurs classiques dans
l'imprimerie qu'il avait fondée. ( A^o/,
FOR
Aide MiNTJCE.) Aide qui l'avait connu
à Rome dès le temps de ses études ,
l'invita à se joindre à lui dans ce
projet. Scipion se rendit à Venise, et
lut choisi pour secrétaire de faca-
déraie Aldiiie. Ce fut sans doute alors
qu'il prit, selon la mode du temps,
le nom de Carteromaco, qui n*est
que la traduction grecque de celui de
Forleguerri. Il rédigea eu grec les
règlements ou constitutions de l'aca-
démie : ce morceau curieux s'était
perdu j le savant M. Gaetano Marini
l'a retrouvé à Rome servant à doubler
la couverture d'un exemplaire de
VEtymologicum magnum , de la bi-
bliothèque Barberini, imprimé par
Aide en 1499. C'était une feuille vo-
lante de format in-fol., portant la date
de i5o2. M. Morelli en a publié ré-
cemment une traduction latine dans
un petit volume intitulé : ^Idi PU
Manutii scripta tria longé rarissima
à Jacoho Morellio denuo édita et il-
lustrala, Bassano,Remoudini, 1806,
in-8°. ; et M. le professeur Ciampi en
a donné plus récemment encore une
traduction italienne dans ses Memorie
di Scipione Carteromaco , Pisç ,
181 1, in^". La part que prit Cartero-
maco aux travaux de l'académie, est
attestée par les avertissements et les
préfaces de sa composition , qu'on
trouve dans les éditions d'un grand
nombre d'auteurs grecs qui sortirent
alors des presses d'Aide; tels entre
autres que YOrganum d'Aristote j
i' Onomasticon de Julius Polluxj Aris-
tophane, Nonnus, St. Grégoire de
Nazianze, l'Anthologie, la Grammaire
de Lascaris, etc. Notre bibliothèque
du Roi possède, sous le n°. M. XLV ,
un manuscrit qui a pour titre : Neme-
sitis de naturd hominis , Phrynici
Eclogce , Jristoleles de Firtutihus ,
Theophrasti Characteres, Scholia
m Platoms Dialogos, et alia ; on lit
FOR 295
ensuite ces mots : Is codex mamt
Scipionis Carteromachi exaratus est.
C'est sans doute une de ces copies que
Scipion et les autres membres de cette
laborieuse et docte académie faisaient
pour servir aux impressions d'Aide,
et dans lesquelles ils s'appliquaient à
corriger les fautes aussi nombreuses
que grossières dont étaient remplis les
manuscrits des siècles qui précédèrent
l'invention de l'imprimerie, lorsque
le métier de copiste était abandonné à
des mercenaires ignorants, et quel-
quefois même à des femmes. Carte-
romaco reçut une distinction bien ho-
norabledansune association composée
des plus savants hellénistes que l'Ita-
lie eut alors, quand il fat choisi pour
professer pubhquement le grec au nom
de l'académie. Ce fut pour l'ouverture
de ses leçons, qu'il prononça son fa-
meux discours, De laudibiis Hier a-
ritm grœcarum, imprimé par Aide,
Venise, 1 504, deux feuilles in - S\ ,
réimprimé aussitôt par Frobcn et par
d'autres; et, ce qui prouve encore
plus en sa faveur- reproduit par Henri
Estienne, en tête de son Trésor de la,
langue grecque, comme le plus pro-
pre à exciter l'ardeur de la jeunesse
pour l'étude de cette langue. Il passa
environ douze ans dans ces pénibles
travaux : la guerre les interrompit en
1 5o6; la république de Venise se vit
près de sa perte; l'imprimerie d'Aide
îut fermée, et son académie dissoute.
Carteromaco entra au service du car-
dinal Galeotto Franciotti de la Rovère,
neveu du pape Jules H, et vice-chan-
cclicr de l'Égiisc : il trouva en lui uh
Mécène plutôt qu'un maître, et reprit,
avec le même zèle lé cours de ses tra-
vaux. Il dédia au cardinal la traduc-
tion latine du discours d'Aristide à la
louange de la ville de Rome , la prc
mière qui ait paru de ce rhéteur. Il
était encore altaclic au cardiiial Fian-
^r,G FOR
c'oîfi, lorsque , de concert avec Marc
Musuro de Be'névent, Jean Colta ,
do Vérone, et Corneille Bcnigno, de
Viteibc, il fa paraître à Rome, en
1 5o7 , chez le libraire Evan{:;elista
Tosino, la Géop,rHpliie de Ptolémée,
avec des corn étions et des éclaircisse-
ments, et avec les cartes de Biic-
liinck (i). La mort impre'vue du car-
dinal, arrivée en i5o8, le força de
chercher un autre appui : il crut l'avoir
trouve' dans le cardinal de Pavie, Fran-
çois Alidosi; mais il n'en jouit pas
lonj^-leinps : ce cardinal était allé à
Ravenne , pour se justifier auprès du
pape Jules II de la conduite qu'il
avait tenue à Bologne, où, étant avec
le litre de légat, il avait cru devoir cé-
der au parti des Bentivoglio, que Jules
en avait précédemment chassés. Le
duc d'Urbin, François Marie de Mou-
tefellro, neveu du pape, qui avait
contre Alidosi une ancienne haine,
l'accusa hautement d'avoir perdu Bo-
logne par sa faute , et le poignarda de
sa main en plein jour le 24 mai 1 5 1 1 ,
lorsque le cardinal, entouré de ses
gardes, marchait pour se rendre au
dîner du pape, où il était invité. Car-
teroraaco , témoin de celte horrible
tragédie, et dégoûté du service des
grands, prit lesage parti de retourner
dans sa patrie et dans le sein de sa
famille. On voit, par une lettre qu'un
de ses amis, Ange Cospi, lui écrivit
de Bologne vers la fin de cette année ,
que Carteromaco s'occupait à Pistoie
(i) foy. BvcmvcK, Cornelio de Viterbe ,
Jean Cotta et Mure Muscko de Bénévent. U
existe une autre édition qui , sur le frontispice,
est datée aiino Virginei parlas i5o8, ainsi que
idaiis raverlissement contenu au revers du titre;
mais il n'y « que ce seul feuillet qui ail été vérita-
blement réimprimô ; car cette prétendue édition
de i5o8 est absolument la même que celle de
i5o^. Cependant , !< 5 fréquentes .lifférentes que
|V>n trouve dariS les divers exemplaires d'une même
édili')n de ces prcniiircs impressions de Ptolémée,
feraient croire que dès-lors les imprimeur* gar-
daient lc( formes et faitaieot des tirages sucée*,
lifs. W-K.
FOR
de recherches sur \es murs d'Argos ;
et que Cospi , occupé de son côté des
murs cj'clopéens ,\e priait de lui faire
part des connaissances qu'il pouvait
avoir à ce . sujet. Cette question des
constructions cyclopéennes a repris
entre les savants un intérêt qui doit
nous faire regretter que la réponse
faite sans doute par Carteromaco à
son ami se soit perdue. Un autre ami
l'attira de nouveau à Rome; ce fut
Ange Colocci , évêque de Nocera,
prélat très généreux envers les gens
de lettres, et qui était lui-même très
lettré. 11 offrit à Carteromaco une hos-
pitalité libre, pour laquelle il n'exi-
gea pas le moindre sacrifice de son
temps. On doit , au loisir dont il jouit
alors, une savante dissertation sur un
passage de Y Histoire des animaux ,
d'Aristote, qui avait précédemment
donné lieu à de fréquentes disputes
dans l'académie d'Aide, et dont Té-
vêquc de Noccra, mécontent de tout
ce qu'on avait écrit à ce sujet, desirait
une nouvelle explication. 11 s'agissait
de la rage, maladie qui , selon ce pas-
sage d'Aristote , tue les chiens et les
autres animaux qui ont été mordus
par un chienienragé, excepté l'homme,
7r^y;v àv^-pwTTou. Ces derniers mots
étant contraires à l'expérience com-
mune, la question était de savoir si le
philosophe de Stagyre ava'U commis
une erreur aussi grave, ou si cetle
leçon était vicieuse j et dans ce cas,
quelle autre leçon il y fallait substituer.
Le célèbre médecin Leoniceno avait
proposé de lire rzph au lieu de tt/v^v, et
d'entendre que le chien enragé et tous
les animaux qu'il a mordus meurent
ayant l'homme, et plus promptement
que l'homme: mais les grammairiens
objectaient que la préposition tt^îv ne
gouverne point le génitif; ils rejet-
taient donc celte correction, et toute
la faute restait sur le compte d'Aris-
FOR
tote. D^autrcs. prétendaient qu'il fal-
iait distinguer entre la rage ).vTTa, dont
parle Aristote, et la manie ptavt'a; que
cette dernière seule est mortelle pour
rhomnje , tandis que l'autre l'est pour
les chiens et pour les autres animaux,
mais non poin- l'homme , et qu'ainsi
Aristote ne s'était pas trompé. Gartc-
romaco , après avoir examiné toutes
ces opinions et les avoir réfutées par
des passages tirés des auteurs p;recs ,
expose la sienne : il pense qu'Aristote
parle bien de la rage, mais non de
l'hydrophobie , espèce de maladie
qu'on ne connaissait point alors, du
moins dans les pays où vivait ce
philosophe; que l'hydrophobie causée
2)ar la morsure d'un chien hydro-
phobcest mortelle pour l'homme, et
que la rage seule ne l'est pas , tandis
que les chiens et les autres animaux
ineurent et de l'hydrophobie et de la
rage. Il prouve , par un passage de
Plutarque, au B*". livre de ses Ques-
tions de table, que ni Velepihantiasis
ou la lèpre, ni l'hydrophobie, n'é-
taient connues du temps même d'As-
clépiade, qui vivait plus de 200 ans
après Aristote. Kicandre, plus ancien
qu'Asclépiade , mais postérieur à Aris-
tote, parle, dans son poème, de tons
les poisons mortels pour l'homme,
soit qu'il les ait pris dans des bois-
sons ou dans des aliments, soit qu'ils
aient été inoculés par la .morsure des
animaux , et ne dit rien de la mor-
sure du cliien hydrophobe'; preuve
négative, mais très forte , que l'hydro-
phobie était inconnue de son temps.
De celle manière, conclutCarteroraaco,
il n'y a ni faute dans le texte de ce
passage d'Aristote , ni erreur dans son
opinion. Cette dissertation avait été
entièrement ignorée jusqu'en 1809.
M. le professeur Ciampi , guidé par le
savant AUieri, l'im des gardiens de la
bibliothèque du Vatican , Ta trouvée
FOR 297
alors dans celte riche bibliothèque,
et l'a publiée à la suite de ses Me-
moires, dont nous avons parle plus
haut. Carteromaco, maigre ses réso-
lutions d'indépendance, se laissa cn^
traîner, vers l'an 1 5 1 3, à la cour dii
cardinal Jean de Médicis, qui devint
pape quelques mois après sous le nom
de Léon X. Léon voulant placer au-
près de son neveu Jules , qu'il avait
fait cardinal et archevêque de Flo-
rence , un homme du premier ordre
pour le savoir et pour la probité, fît
choix de Carteromaco , qui suivit à
Florence le cardinal Jules. Ce savant
y était depuis environ deux ans; et
sans cire devenu plus ambitieux , il
pouvait se flatter d'être désormais
mieux traité par la fortune , lorsqu'il
fut attiqué subitement d'une maladie
dont il mourut le 16 octobre i5i5,
dans sa So'^. année. Il ne reste que
peu de choses des travaux d'un hom-
me si savant et si laborieux : la cor-
rection , l'cxplicalifin et la publication
des anciensauteurs, l'occupèrent pres-
que tout entier; c'étaient alors les
plus grands services qu'un homme de
lettres pût rendre au monde savant.
Outre son Discours à la louange des
lettres grecques , sa traduction latine
de X Éloge de la ville de Rome par
Aristide, et sa Dissertation sur la
ragCy connue et imprimée depuis
peu, on n'a de lui que quelques
préfaces ou épîtrcs dédicatoires qui
accompagnent les éditions d'auteurs
anciens qu'il a données , et des vers
grecs et latins qui précèdent ou sui-
vent ces mêmes éditions , ou qui
furent insérés dans quelques recueils
de son temps. M. Ciampi a recueijU,
à la suite de ses Mémoires , huit de
ces pièces de vers ou épigrammes
grecques, à peu près autant de lati-
nes , parmi lesquelles il s'en trouve
une plus étendue et qui a plus do
^0»
FOR
soixante-six vers, et un sonnet ila~
lien sur la mort du poêle Scrafino
d'Aquila : tous ces morceaux, il eu
fiut convenir, sont mcfdi ocres , et
font peu regreUer que l'auteur des
Mémoires n'ait pu exécuter le projet
qu'il avait eu d'abord , de rassembler
tout ce que l'on trouve de la même
main dans les éditions d'Aide, et dans
d'autres éditions d'auteurs classiques.
— Antoine Forteguerri , frère aîné
deScipion, et chanoine de la cathé-
drale de Pistoie, était né trois ans
avant lui , et lui survécut de huit ans.
Il était poète : on conserve un recueil
de ses poésies à Pistoie dans la biblio-
thèque de sa famille. Le Giescimbeni
et le Quadrio en ont publié quelques
essais. — Il y eut dans l'âge suivant
un Jean Forteguerri de la même
famille, qui mourut en i582, et qui
a laissé un recueil de Nouvelles ou de
contes eu prose ^ conservé de même à
Pistoie dans une bibliothèque parti-
culière. G — É.
FORTEGUERRI ou FORTI-
GUERRA (Nicolas), de h même
famille, que l'on nomme le jeune pour
le distinguer de l'ancien , cardinal ,
nommé Nicolas comme lui, fut un per-
sonnage grave dans l'Église , et un
poète joyeux sur le Paruasse. 11 na-
quit à Pistoie en 1674* Jacques Forte-
guerri, son père, qui joignait à un
esprit cultivé le goût des arts et même
le talent de peindre , voulut qu'il re-
çut sa première éducation dans la
maison paternelle; le jeune homme
y montra des dispositions rares , une
mémoire surprenante, et un goût
très vif pour les poètes. Il apprenait
rapidement des j)0cmes entiers; il
les récitait avec beaucoup de grâce,
et avec une voix douce et flexible ,
qui avait un charme particulier. Il
entrait à peine dans l'adolescence
lorsqu'il perdit sou pcre : il se reu-
FOR
dit à Pise pour étudier la jurispru-
dence, (t pour achever ses autres
éludes sous les habiles maîtres qui
professaient alors dans celte célè-
bre université. Il ne se borna donc~
pas aux leçons de droit du savant Jo-
seph Averani, l'un des premiers légis-
tes de son temps : l'éloquent Benoît
Averani , frère de celui-ci, Laurent iiel»
lini, et surtout Alexandre Marchetti,
le traducteur de Lucrèce , l'eurent ])ar-
rai leurs disciples les plus assidus. Re*
çu docteur en 1695, il partit pour
Rome, où il ne tarda pis à se faire
de nombreux et puissants amis. La
première occasion qu'il eut d'y paraî-
tre , fut l'oraison funèbre d'Inno-
cent Xn , qu'il prononça , au Vatican ,
aux funérailles de ce souverain pon-
tife. Peu de temps après, le pape Clé-
ment XI ayant nommé légat, auprès
de Philippe V, Antoine -Félix Zon-
dari, celui-ci ne crut pouvoir mieux
faire que d'emmener avec lui un jeune
homme aussi distingué par ses con-
naissances, ses talents et ses qualités
aimables que Tétait Forteguerri. Ils
s'embarquèrent pour l'Espagne : leur
navigation ne fut pas heureuse; une
tempête horrible les tint pendant trois
jours et trois nuits entre la vie et la
mort. Après avoir été jetés sur les côtes
barbaresques , où ils couraient plus
d'une sorte de dangers , ils abordèrent
enfin en Sardaignc , et y furent rete-
nus plusieurs jours par le gros temps,
La santé de Forteguerri en fut consi-
dérablement dérangée : un séjour de
vingt - deux mois en Espagne ne
l'ayant pas remise , il prit le parti de
retourner à Rome , et de là dans sa
patrie, pour se rétablir. H y recouvra
proraptemcnt la santé , et revint de
nouveau à Rome , où il fut reçu , logé,
et secondé dans ses projets d'avance-
ment par le prélat Charles-Augustin
Fabroni, avec lequel il avait prc'cc-
FOR
demment contracte ramifie la plus inti-
me , et qui devint peu de temps après
cardinal. Forlcguerri obtint bientôt de
Clément XI le titre de son ciraerier
honoraire, puis un ranonicat, d'abord
de Ste. Marie majeure, ensuite de
St.-Picrre au Vatican, et enfin la di-
gnité de prélat rcffe'rendairede l'une et
de l'aiUre cbancellcrie. Innocent XIII ,
et plus encore Clément XII, y ajou-
tèrent d'autres honneurs; mais^ ses
qualife's personnelles , jointes aux
avantages les plus brillant* de la taille
et de la figure, le distinguaient encore
davantage. Il était admis et recherché
dans tontes les sociétés Httéraircs de
Rome, et principalement dans celle
des Arcades , où il reçut le nom de
Nidalmo Tiseo. Il y récitait souvent,
ou de ses poésies , ou des morceaux
de prose , qui recevaient les plus vifs
applaudissements , et qui se font re-
marquer dans les recueils de cette
société célèbre. L'automne de 1715,
qu'il alla, selon sa coutume, passer
à la campagne , lui fournit l'occision
d'un poème de plus longue haleine.
Après avoir chassé pendant le jour ,
il recevait le soir les jeunes gens les
plus instruits et les mieux éievés des
environs. Il s'amusait souvent avec
eux à bre quelques chants du Be;"ni ,
du Puîci, de l'ArioslcIAm d'eux ad-
mirait un jour l'art avec lequel ces poè-
tes célèbres avaient su vaincre les dif-
ficultés de cette forme de l'octave
dans laquelle leurs poèmes sont écrits;
difficultés d'autant plus grandes qu'el-
les se font moins apercevoir , et qu'ils
savent les cacher sous l'apparence
d'une extrême facilité. Forlcguerri ne
voulut trouver à cela rien d'admira-
ble; il soutint que ces difficultés
étaient imaginaires , qu'en poésie c'est
le naturel qui fait presque tout, et
que ces trois poètes «'étaient donné
beaucoup moins de pejnes qu'on ne
FOR 299
pensait. Pour appuyer son opinion , il
prit l'engagement d'apporter le len-
demain au soir le premier chant d'un
poème , fait dans un genre qui tien-
drait de ceux de tous les trois. Il rem-
plit avec tant de succès sa promesse ,
qu'on exigea de lui qu'il continuât ce
qu'il avait si bien commencé : telle fut
Torigine du charmant poème de Ri-
chardet, que l'auteur acheva ensuite
en peu d'années , en y travaillant à
bâtons rompus., et dans les moments
de loisir que lui laissaient des occup; -
tions plus graves ; il est en trente
chants, et l'action fait suite à celle du
Roland furieux. Ce n'est pas seule-
ment Richardct qu'on y retrouve,
mais Renaud, Roland, Ollivier^ As-
tolfe, et presque tous les autres pa-
ladins de Charlt-magne , et ce vieil
empereur lui-même assiégé de nou-
veau dans Paris par un roi de la Ca-
frerie; ce sont aussi des géants, d'S
fées , des magiciens , des monstres ,
des baleines dont les entrailles sont
habitées , en un mot tous les prodiges
de la féerie. L'auteur s'est ])ropo.sé
d'imiter les trois premiers poètes qui
ont mis en action tous ces lessorts ;
en effet . il emploie souvent les tour-
nures antiques et naïves du Puici, le
style piquant, libre et original du
Berni : quant à l'Arioste, il a souvent
sa gaîté, quelquefois même son éié- ^
gance et sa grâce; mais la haute poé- W
sie, la force, la chaleur, les grandes
et riches images que l'Homère de Fer-
rare a répandues dans son poème dès
que son sujet l'a exigé ou permis ,
mais ce mélange du plaisant et du
sublime qui forme un caractère uni-
que et inimitable , il faut bien par-
donner à l'auteur du Richardet de ne
l'avoir pas imité. Son ouvrage n'en
est pas moins un de ceux de ce genre
dont la lecture est le plus amusante ,
et où la verve poétique se fait le mieux
3oo
FOR
sentir. L'abondance, la gaîle, la fo-
Jie des imaginations, y égalent la
facilite', relégance et la joyeuse li-
berté du style. Si l'iuteur y plai-
sante quelquefois sur des objets qui
devraient être ëtr. ngers à la poé-
sie badine, et qu'un homme de son
état devait suri» ut respecter , c'est
qu'il vonlut se livrer sans gêne à tout
l'essor de sa verve , dans la confi.jnce
oii il était que cette débauche de son
- esprit ne deviendrait jamais publi-
que j car on s'accordtf à reconnaître
que ses mœurs étaient aussi puresque
sa foi : mais il ne put se défendre de
confier ce poème à quelques amis , de
leur en laisser même prendre des co-
pies j il le communiqua enti e autres au
cardinal Corneiîie lienlivoglio , son
ami, son protecteur, et poète comme
lui; et ce fut Gui BentivogUo, neveu
du cardinal, qui le fit imprimer, quel-
ques années après la mort de son on-
cle et celle de Forteguerri. En même
temps que ce dernier composait son
Ricciardello , il travaillait à une élé-
gante traduction italienne des comé-
dies de Tércnce , en vers blancs ou
scioltiy qui ne parut non plus qu'a-
près sa mort. Il avait traduit de même
cinq comédies de Plante ; mais , au
grand regret de ceux qui les avaient
lues , et qui les mettaient de pair avec
celles deTérence, sa traduction de Vhn-
« te s'est peidue. Il avait pour ce comi-
que latin une prédilection marquée ; il
avait composé dans le style de Plante
des apologues latins, et il récitait sou-
vent de mémoire cl le plus gaîment du
inonde, des scènes entières de ses co-
médies. Ces goûts aimables ne lui
avaient point nui sous les pontificats
de Clément XI et d'Innocent XI M :
celui de Benoît XIII lui fut moins
favorable; ileut beaucoup à souffrir
de l'humeur difficile et de l'inimitié
personnelle du cardinal Coscia ^ qui
FOR
était alors tout puissant; mais il re-
trouva toute sa faveur auprès de Clé
ment XI I , qui monta en i ^So sur h
trône pontifical. Ce pape aimait h
poésie, et Forlegucrii ne se trouvait
jamais seul auprès de lui sans réciter
quelques passages de son poème, aux-
quels ce bon vieillard prenait un ex-
trême plaisir. En i ■^55 , au moment
où, ni Forteguerri, ni personne de la
cotir de Rome ne s'y aïtendait. Clé-
mvnt XII le nomma au secrétariat
important de la congrégation de dix
cardin.'îux qfii a reçu, d l'objet de son
institution, le titie de propagandd
fide. On s'attend encon- moins à voir
un homme de ce caractère , et si bien
traité par la fortune, mourir de cha-
grin ; c'est pourtant à cette cause
qu'on attribue sa mort. Le pape lui
diîstinait un nouveau secrétariat supé-
rieur au premier ( i ) ; le cardinal Cor-
sini voulut absolument y porter un de
ses favoris , homme sans mérite : For-
teguerri, pour ne se pas faire un en-
nemi du cardinal, cessa de suivre
cette affaire auprès du pape. Celui-
ci lui en sut mauvais gre, et traita
même de refus cet acte de réserve
politique. Le repentir qu'on eut For-
teguerri , fut si grand qu'il tomba
malade; les forces de l'ame et du
corps l'abandonnèrent en Fnême temps;
une humeur qui se porta violem-
ment sur ses oreilles, rentra dans
la masse du sang, et après environ
cinq mois de nuiladie, il mourut le
17 février 1735, âgé de soixante-un
ans. Peu de temps avant sa mort, il
fit brûler devant lui tous ses manus-
crits encore inédits; ce qui a fiit per-
dre plusieurs ouvrages commencés ,
et quelques-uns même auxquels il avait
mis la dernière main , entre autres une
comédie en vers , où il avait peint très
(0 Celui du conteU inume, ou S. çonju/ta-^
t ion if.
FOR
plaisamment les caractères et les
mœurs de certains grands person-
nages avec lesquels i! avait familière-
ment vécu. On sauva pourtant de cet
in» endie trois chants d'un poème épi-
que, dont le héros était le sultan
Bij.i7.et. Il avait voulu donner dans ce
poème un démenti à c nx qui prétcn-
I daient qu'il était né pour la poésie
gaie, et que s'il vouiait traiter un sujet
sérieux, il échouerait. Il soutint fort
bien la gageure pendant trois chants ;
mais arrivé au moment où Bcijazet ,
après sa défaite, était renfermé dans
une cage de fer, il trouva la chose si
plaisante, que les habitudes de son
esprit riprirent le dessus , et que ne
trouvant plus moyen d'écrire sérieu-
sement, il aima mieux renoncer à son
entreprise. Ces trois chants n'ont point
été imprimés. On a rie ce poète élé-
gant: I. Co mine die di Teren'io tra-
dotte per la prima volta in vern
italiani , Urbin , i -^56, in-8 '., et con
l'originale a fronte, in-fol. , belle
editi »n , ornée de gravures, (t sur-
tout d'une copie exacte des anciens
masques comiques , d'après le pré-
cieux manuscrit du Vatican. IL Ric-
eiardetto di Niccolb Carteromaco ,
Paris (Venise), a spesedi Francesco
Pilleri, libfajo Fcneziano ^ «758,
in-4". et in-B*". Eu tête des manus-
crits de ce poème facétieux , l'auteur
avait juç;é plaisant de mettre le nom
savant de Carleromaco, rendu célèbre
dans rérudilion p:r un de ses an-
cêtres. L'éditeur ne voulant pas nom-
mer le prélat Forteguerri par ména-
gement pour l'Église, adopta ce dégui-
sement, et de plus feignit de l'avoir
fait imprimer à Paris. L'édition in-4°.
parut la première; elle est fort belle ,
enrichie du portrait de l'auteur, et de
vignettes gravées en tête de chacun
des trente chants , représentant la
ptiucipale action que ce chant rcH-
FOR ^oi
ferme. Le débit en fut si rapide, que
la seconde édition suivit dès la même
année; elle est in-8'., et n'a aucun
des ornements de la première. Le Ri-
chardpt a été traduit ou inïité en vers
français ( f^oy. Dumouriez et Ni-
VERNOis ). 111. In Lode délie no-
hili arti délia piltnra , délia seul'
titra e delV architettura. — Ra-
gionamento allegorico inlorno ail*
origine délie cose. — Discorso paS"
iorale per la pericolosa in fer mi ta
e ricuperata sainte del santisimo
pontefice Clémente XL — Risposta
informa di letterafannliare ad Al"
fesibeo Cario ( Mario Crescimbeni )
custode d^Arcadia; quatre moi ceaux
insérés daUs le 2^. vo'ume des Prose
degli ArCadi, et qui prouvent que
Forteguerri n'écrivait pas moins bien,
en prose qu'en vers. Il y faut ajouter
sa lettre à Aci Delpusiano ( Eus-
tachio Manfredi ) , qui précède soa
poëme de Uichardet , et qui est ua
modèle de goût et de bonne plaisante-
rie. IV. Rime^ dans le i\ et le 8". vol.
des Rime degli Arcadi; dans le re-
cueil donné par le Gobbi, et dans
d'autres recueils. V. Raccolta di rime
piaçeifoli di Nicolb Fortigu^irra, etc.
parte /*., Gènes, i-jôS. Cette prclfr
mière partie, contenant onze épîtres
familières, n'a pas été suivie d'une
seconde : elle a été réimprimée avec
les autres Rime de l'auteur , Pescia ,
1780, in-8'. G — É.
FORTESCUE ( Jean ) , baronnet
anglais et grand chancelier d'Angle-
terre*, au quinzième siècle, naquit à
WearGifford d ms le Devonshire , eî
fit avec succès son cours d'études dans
l'université d'Oxford. Il travailla sur-
tout à se rendre hai)i;e dans la con-
naissance des lois. Il fut , en i43o,
sous Henri VI , revêtu de la charge
d'avocat-général , et fait, en i44ï?
lord-chef de justice du bauc du roi,
ooî FOR
Fidèle à ce monarpie , 11 deviiit , com-
me tous ceux qui lui étaient attaches,
l'objet des perseculions dans la rëvo-
lulion qui le renversa du Irone. Le
prcmierparlement tenu sous Edouard
iV, déclara Fortescuc atteint du cri-
me de lèse-m.ijesle. Il suivit Henri eu
l'Ecosse. Ce prince récompensa ses ser-
vices et sa lidélité en le nommant iord-
graudchancelier. Obligé de fuir, il
passa en France , et se réfugia en Lor-
raine. C'est dans le loisir de ce séjour,
qu'il composa une p »i tie de ses ou-
vrages. Henri e'tant remonté sur le
troue, en »470i Fortescue retourna
en Angleterre. Cet état de choses ne
fut pas de longue durée. Dès l'annce
suivante le parti d'Edouard prévalut;
et Henri, renfermé d»us la tour, y
fut poignardé. Fortescue néanmoins
n'eut point à souffrir de celle nouvelle
révolution ; il resta en Angletcire, sans
y être inquiété. Il avait fait Tacquisir
lion d'une terre à Eberton, dans le
comté de Gloccster. 11 s'y était retiré,
et y mourut à l'âge de quatre-vingt-dix
ans. Fortescue publia sur la loi natu«
relie et les lois d'Angietcrro plusieurs
ouvrages qui sont esiiraés. Celui qui
l'a rendu le plus célèbre a pour titre:
ji§^e laudibits legum Ansi^Uœ. Il ne
fut imi rimé que sous Henri VIII. Il
a éié traduit du latin en anglais, en
1-^57. La traduction est accompagnée
des notes de Selden et d'un grand
nombre de remarques sur les antiqui-
tés , l'hi'sloire et les lois d'Angleterre.
IVI. Sayer, avocat distingue, en a été
l'éditeur, et l'a fait précéder d'une
préface, où il a donné la vie de l'auteur,
des détails sur sa famille, et la liste de
«es ouvrages, tant imprimés que ma-
nuscrits. L — y.
FOR II ou FORTIS ( Raimond-
Jean), désigné quelquefois sous les
noms de Janfortius et de Zanforti,
iwquil en i()o3, à Vérone, de pa-
FOR
rèîBts extrêmement pauvres. La rare
sagacité qu'il montra dès ses plus
jrunes années lui fit trouver un pro-
lerteur qui se chargea de son éduca-
tion. Il commença ses éludes dans sa
ville uatale, et alla les continuer à Pa-
doue. Après avoir glorieusement ter-
miné sou cours de philosophie à celle
université célèbre, il suivit avec la
même ardeur et le même succès celui
de médecine. Mais à peine éiail-il re-
vêtu du doctoral , que la mort lui en-
leva son Mécène : cette perle l'affligea ,
sans le décourager. Ce fut à Venise
qu'il exerça d'abord sa profession. Le
sénat , chatmé de son zèle , de ses ta-
lents et de sa modestie, le nomma mé-
decin-physicien d'Udine. H remplis-
sait depuis long-temps ces fonctions,
quand il fut choisi , en i GSg , ptiifr
occuper la première ch.iire de méde-
cine à l'université de Padoue. Il se
distingua dans cette importante car-
rière par une éloquence séduisante,
et par l'art si précieux de joindre
constamment l'exemple au précepte.
Tourmenté par les souffrances que
traîne ordinairement la vieillesse après
elle , il obtint, en 1675 , une retraite
honorable; mais on chercha vaine-
ment de toutes parts un homme ca-
pable de le remplacer dignement. Sen-
sible à l'eslime qu'on lui témoignait,.
Forti accepta l'emploi de professeur
extraordinaire, avec la liberté démon-
ter en chaire seulement lorsqu'il lui
plairait. Appelé, l'année suivante, à
Vienne pour donner des soins à l'em-
pereur Léopold , il juslifia la confiance
du monarque, qui le combla de pré-
sents , et y joignit le titre de conseiller-
médecin de la cour impériale. De re-
tour à Padoue, il fut ciéé chevalier
de Saii»t-Marc. Forti méritait ces dis-
tinctions , trop souvent prostituées : il
n'eu jouit que deux ans, et mourut Ip
aG février 1G78. Ce médecin ne pu-
FOR
blia que fort tard le résultat de ses mé-
ditations et de sa pratique: 1. Consilia
de febribus et morbis mulierum fa-
cile cognoscendis et curandis, Pa-
douc, 1668, in-4'.; ibid., i-joi , in-
fo!. II. Consultationum et responsio-
num medicinaîium centuriœ quatuor;
le premier tome parut en 1 669 , in-
fol. , à Padoue , et fut réimprimé à
Genève eu 1677; le second, qui ne
vit le jour que trois ans après la mort
de l'iJuteur , est précédé d'une courte
notice biographique. Bien que ces ou-
vrages soient défigurés par la doctrine
galénique et la poly pharmacie arabe,
ils renlerment pourtant un grand
uorabre d'observations exactes. C.
FORTIN. Foy\ Hoguette.
FOlVnS ( L'abbé Jean-Baptiste ,
dit Alb^t), littérateur italien , mort "
à Bologne , le 2 1 octobre 1 8o3 , était
né à Viccnce en \']l\Q. Fils d'une mère
aimable et spirituelle , en mémoire de
laquelle le célèbre abbé Cesarotti éri-
gea un très joli monument dans son
jardin de Sali^aggiano, le jeune Fortis
était né avec un esprit brillant, un
jugement solide; mais son caractère ar-
dent et son imagination capricieuse,
ne lui permirent jamais de s'appli-
quer à la composition d'un ouvrage de
longue haleine. Il promenait en quel-
que sorte son talent d'une manière
assez rapide , quoique profonde , sur
divers objets. C'était un de ces agréa-
bles savants de société, prompts à
passer aisément d'un sujet à l'autre ,
et dont l'esprit ne peut se captiver que
quelques instants pour faire tout au
plus des dissertations destinées à des
. académies auxquelles l'ambition de la
gloire littéraire les porte à se faire agré-
ger. Avec ce caractère, il se montra
tour à tour physicien , naturaliste ,
poète, journaliste, bibliographe, et
mêraeérudit. Sa manière d'écrire était
facile et élégante. Aimal}le dans la $0-
FOR 3oS
ciétc, il parut loyal, sincère et d'un
excellent cœur envers ses amis. Ceux
qui ne l'aimaient point, le trouvaient
impétueux et déplaisant. Us lui savaient
mauvais gré surtout d'avoir abandon-
né l'ordre de saint Augustin où il était
entré dans sa jeunesse. Ennemi de
tout joug , il avait bientôt demandé à
en sortir. Quand il eut obtenu d'en
quitter l'habit , il s'était mis à voyager ;
et il avait acquis dans ses voyages une
manière hardie de penser qui le (it
appeler par plusieurs de ses com-
patriotes le vojageur philosophe. On
a de lui les ouvrages suivants, qui
sont peu communs même en Italie:
I . Saggio d'osservazioni sopra l'isola
di Cherso ed Osero, Venise, 1771 ,
in-4". Ces îles passent pour être les
anciennes Absyrtides. On joint ce vo-
lume à ceux de l'ouvrage qui suit: II.
Viaggio in Dalmazia , ibid. , 1 774 ?
2 vol. in-4". , avec des figures assez
exactes et des cartes qui le sont moins.
On convient en général que l'ima-
gination de l'auteur l'a entraîné un
peu loin , et qu'il a accordé trop
de confiance à des autorités suspec-
tes : c'est l'opinion des Dalmates ,
et elle est appuyée par une excel-
lente dissertation de Jean Lovrich,
intitulée, Osservazioni sopra diver-
si pezzi àel viaggio in Dalmazia >
Venise, 1776, in-4"., et qui est moins
commune encore que l'ouvrage cri-
tiqué. Celte réfutation donna lieu à une
polémique assez longue qui finit selon
l'usage par devenir fort amère. Un
anonyme a publié à Venise , en 1 788,
sous ce simple titre , les Morlaques,
\\\\ extrait curieux du F oy âge en Dal-
matie. Nous ne savons si c'est l'écrit
de ce nom que les bibliographes attri*
buent à M""', de Wynue , comtesse des
Ursins et de Rosenberg. Quant à la
traduction française , imprimée à Ber-
ne ^ en 1778, 2 vol. iu-S"., elle ne
3o4 FOR
doit probablemrnt le prix dont elle
jouit dans le commerce , qu'à l'intérêt
du sujet; car elle est à peine lisible.
Une traduction ans^Iaise , publiée à
Londres en 1778, in-4''., ornc'c de 20
planches, est enrichie d'un appendice
et d'autres additions considérables qui
n'avaient p4S encore pani. III. f^ojage
minéralogiqne dans la Calabre et
la P ouille, ou Lettres au comte Tho-
mas de B asseoit , patricien de Ra-
pise. Ces lettres, écrites originaire-
ment en italien, ont été traduites en
allemand ( par F. Schu'z) , Weiniar,
1 788 , in-8 '. Elles avaient déjà paru
dans la même langue en 1786 et 1787 ,
dans cinq numéros du Mercure alh-
mand. 1 V. Le tome XI des Opusco-
li sceltidi Milano renferme une dis-
sertation de l'abbé Forlis sous le titre
de Memoria storico-fisica sut nitro-
minérale , par laquelle il voulut se
défendre contre quelques savants qui
niaient comme impossible la décou-
verte qu'il prétendait avoir faite d'une
nitrièrenaturelleprèsdeîVIolfattadans
le royaume de Naples. M. Dominique
Testa, secrétaire pontifical des lettres
latines, ayant attaqué son opinion sur
certains poissons fossiles, notre au-
teur mit au jour pour sa défense une
Leltera su i pesci fossili del monte
Bolca. Dans le voyage à peu près
forcé qu'il fit en France, lorsqu'en
1 7Q9 les Austro-Russes vinrent chan-
ger i'éiat des choses établi par la ré-
volution que Buonaparlc avec ses ar-
mées avait faite en Italie, Fortis publia
à Paris des Mémoires pour servir à
Vhistoire naturelle et principale-
ment à l'orj'clographie de r Italie y
Paris, i8o'2,!2 vol. in-8'. Il a repro-
duit dans cet ouvrage beaucoup de ses
dissertations, ou disséminées dans les
mémoires des académies, ou publiées
séparément, et qu'il serait très long et
très iuuiile de citer cii détail. Augus-
FOR
tinCasollî, professeur de philosophie
au collège de Trîîu , lui attribue, dans
sa Vie de Jean-Luc Garagnin, arche-
vêque de Spalafro,un opuscule intitulé,
Dissertazioni sopra la collura del
castagno , et dédié à cet estimable
prélat, l'un des hommes qui ont con-
tribué le plus puissamment dans sa
patrie à la restauration des sciences
et des bonnes lettres. Il serait difficile
d'énumérer tous les opuscules de cet
écrivain dont l'esprit voltigeait en quel-
que sorte d'une matière à l'autre , en
traitant tous les sujet? avec une égale
facilité. Les Relazioni deWaccade-
mia scientifica di Fadova , publiées
au commencement de ce siècle , à Pisc,
dans le corps des ouvrages de l'abbé
Cesarotti ; les Memorie délia società
italiana délie scienze, et les actes de
plusieurs académies d'Europe qui s'as-
socièrent l'abbé Fortis , cantiennent
des mémoires de sa composition, où
l'on voit l'étendue et la diversité de ses
connaissances. Son talent mobile et
variable le porta à écrire aussi des
journaux, en commençant par tra-
duire celui de physique de l'abbé Ro-
zier. Il continua pendant quelque
temps le journal de Grisellini , qui
traitait principalement d'agriculture ,
d'arts et de commet ce, et que celui-ci
avait abandonné après son 1 3 . vo-
lume. Il travailla plus long-temps
pour l'ouvrage périodique intitulé Eu-
ropa letteraria^ que publiait à Venise
une femme très instruite, M'" . Cami-
ner Turra, à laquelle son cœur s'é-
tait attache, et qu'il aida beaucoup
dans ses études. Le sentiment qu'il
avait conçu pour elle , le ramena au
goût que dans sa jeunesse il avait par
intervalles montré pour la poésie :
elle le rendit poète; mais il n'acquit
jamais un grand nom sur le P.ii n.»sse
italien. Après la victoire de Marengo,
il retourna en Itaïc, et y lut en i8oi
FOR
Ïire'fet de la rlclie bibliothèque <le Bo-
ogne , où il resta juequ'à la fin de ses
jours en cette qualité. Le nouvel ins-
titut national que Buonaparte avait
fondé , l'eut dès son origine pour un
de ses membres, et crut devoir en
faire sou secrétaire perpétuel.
G— NetN — R.
FORTUNAT (Venakce), en latin
Fenanlius Honorius Clementianiis
Fortimaius y évéque de Poitiers à la
fin du 6". siècle , écrivain distingue' ,
était né près de Céneda , ville du Tré-
visan. Ni lui ni ses historiens ne nous
apprenneut rien sur sa famille. Quel-
ques passages de ses écrits fout pré-
sumer qu'elle ne fut point sans consi-
dération. On a dit qu'elle était origi-
naire de Poitiers j mais aucune preuve
n'appuie cette conjecture. H fit ses
e'tudes à Ravenne, où alors les lettres
florissaient. Il y apprit la grammaire,
la rhétorique , la poétique , et un peu
de jurisprudence. 11 y cultiva surtout
l'éloquence, et s'exerça à la versifica-
tion, pour laquelle il avait un goût do-
minant et une grande facilité. L'habi-
leté qu'il acquit dans ces diverses
facultés, lui a fait donner, par Hil-
duiu , abbé de Saint-Denis, le titre
de Scholasticissimus. Né avec du gé-
nie et du feu dans l'imaginafion , il fut
l'un des meilleurs poètes de son temps.
On ignore ce qui lui fit quitter l'Italie
pour la France ; peut-être fut-ce les
ravages dont la première était alors
devenue le théâtre par l'invasion des
barbares , et plus probablement un
vœu fut à St.-Martiu , pour avoir été
guéri d'un mal d'yeux, après se les êti e
frottés de l'huile d'une lampe qui brû-
lait devant l'image du saint, peinte sur
les murs d'une église de Ravenne.
Quejle qu'ait été la cause du voyage
de Fortunat , il fut accompagné de
circonstances flatteuses pour lui : par-
tout on accueillit le poète avec de
XV.
FOR 3o5
grands égards. Princes , évêques ,
grands seigneurs, tout ce qu'il y avait
d'hommes de distinclion , s'empres-
sèrent de lui donner des témoignages
d'estime. Arrivé en France sous le
règne de Sigebert, roi d'Austrasie,
dont il fut reçu avec bienveillacce ,
il assista à ses noces avec Brunehaut,
composa une épithalame pour cotte
cérémonie, et célébra en beaux vers
les grâces et les rares qualités de la
nouvelle reine. Ce mariage ayant eu
lieu en 566 , c'est à ce temps qu'il
faut fixer le séjour de Fortunat à la
cour de Sigebert. On prétend qu'il
donna à ce roi des leçons de politique.
L'année suivante, il partit pour Tours,
dans le dessein d'accomplir son vœu.
11 visita io tombeau de baiut-Marîin,
vit Saiul-Euphrone, qui était alors
évêque de Tours , et se lia d'amitié
avec lui. De là i\ alla à Poitiers, sans
qu'on sache quel motif l'y conduisait.
Sainte-Radegonde, é[X)use deCiutaire,
retirée avec la permission de ce prince
dans celte ville , y habitait un monas-
tère qu'elle avait fondé, connu depuis
sous le nom de Sainte-Croix, et dont
elle avait fait Agnès, sa sœur, abbcsse.
Instruite du mérite de Fortunat, et
mêlant elle-même à ses exercices de
piété la culture des lettres, elle voulut
le voir , et en fut assez satisfaite pour
l'attacher à sa personne, d'abord en
qualité de secrétaire et d'intendant,
et, quand il fut ordonné pvêtre, d'au-
mônier et de chapelain. Fortunat con-
tinua de cultiver les lettres près de
son auguste proteclrice.il ajouta même
de nouvelles connaissances à celles
qu'il avait déjà acquises , en e'tu-
diant la philosophie et les sciences
ecclésiastiques, et passa le reste de
sa vie à composer des vers et des
livres , et à édifier l'Eglise, encore
plus par ses vertus que par ses
«crits. 11 fut lié avec Grégoire de Tour à
20
3o6
FOR
qui avait succédé à Euplironc, et avec
les plus saints évêques de son temps ,
que Radegonde l'envoyait visiter de
sa part. Lui-même enfin fut élevé sur
le siège épiscopal de Poitiers, où il
succéda à Tévêque Platon , quoique
plusieurs lui disputent le titre d'évêque,
fondés sur ce que Grégoire de Tours
lie lui donne que celui de prêtre, et
que lui-même n'en prend point d'au-
tre dans ses écrits : mais , pour que
cette difficulté s'évanouisse, il suffit
que Fortunat n'ait été élevé à l'épisco-
pat qu'après la mort de Grégoire de
Tours , et quand ses ouvrages avaient
déjà paru. En effet , Grégoire de
Tours était mort en SgS, et, suivant
le père I^e Cointe , Fortunat ne fut
évêque qu'en Sgg. Il est d'ailleurs
impossible de récuser le témoignage de
Baudonivie, religieuse de Ste. - Croix ,
sa contemporaine, et celui de Paul,
diacre d'Aquilée, qui tous deux lui
donnent le titre d'évêque. Fortunat
survécut peu à son épiscopat. On
ignore Ta nuée précise de sa mort ,
qu'on ne peut reculer au-delà des pre-
mières années du -j^. siècle. Que Iques-
iins la fixent vers 609. L'église de
Poitiers l'honore comme saint , et en
fait l'office le i /§ décembre. On trouve
dans les œuvres de Fortunat: L Onze
Livres de poésies , presque toutes en
vers élégiaques : ces poèmes , dont
plusieurs sont assez courts , roulent
sur différents sujets. II. Des Hymnes
adoptées en partie par l'Eglise pour
ses offices. C'est de Fortunat qu'est le
Vexilla régis, composé à l'occasion
du morceau de la vraie Croix , en-
voyé par l'empereur Justin à Sainte-
Badegonde, et qui donna le nom à
son monastère. On a aussi attribué à
Fortunat , mais à tort , le Pange lin-
giia gloriosi prœlium ceriaminis ,
qui est de Claudien Mauiert. IFI. Des
Êpilaphes au nombre de vingt-huit.
FOR
IV. Des Lettres a divers évêques ,
dont plusieurs à Grégoire de Tours.
V. De petites Pièces de vers adres-
sées, soit à la reine Radegonde , soit à
Agnès sa sœur, en leur envoyant des
fleurs , des fruits , ou d'autres baga-
telles. On ne cite ces productions lé-
gères que parce que la malignité, qui
corrompt tout, a pris occasion de la
douce familiarité que permet cette es-
pèce d'écrits , et de quelques mots éga-
lement propres à exprimer un atta-
chement innocent et un sentiment
plus tendre, pour calomnier un com-
merce dont l'esprit et la vertu étaient
le seul lien, et duquel le caractère
seul des personnages et leur intime
liaison avec les plus saints évêques
du temps, devaient suffire pour écar-
ter tout soupçon ( I ). VI. Quatre /t-
çres de la Fie de Saint-Martin , en
vers héroïques, composée d'après la
prose de Sulpice-Sévère. Vil. Quel-
ques Pièces adressées à l'empereur
Justin sur la destruction du royaume de
Thuringe, et la mort d'Ermenfroi , on-
cle deSle.-Radegonde. Vlll. Une Ex-
plication de l Oraison dominicale ;
elle passe pour le meilleur ouvrage de
Fortunat : elle est insérée dans la Bi-
bliothèque des Pères, et avec l'explica-
tion du Symbole par le même dans
les Orthodoxographa. On voit dans
ces explications , que Fortunat s'était
pénétré de la doctrine de Saint-Au-
gustin sur la grâce. IX. Beaucoup
de Fies des Saints ^ dont la meil-
leure est celle de Sainte-Radegonde,
laquelle n'est pas complète toute-
fois, puisque la religieuse Baudo-
nivie crut devoir y ajouter. Des
éditions des œuvres de Fortunat ont
été faites à Cagliari en i5']5j i574
et i584; à Cologne en 1600. Toutes
(1) Fdrlunat exprime lui-même U nature d« cet .
«ttachemeut dans ce vers , à Agnùt :
CeUsli afftciu , n%n erimin4 etrporù uU»,
FOR
.wnt Incomplètes et plusieurs fautives.
Le père Ghiislophe Brower, jésuite
allcniaml, prit beaucoup de soins pour
en donner une bonne, qu'il publia en
1 6o5 , avec des notes , Fnide , in-4". ,
et qui reparut à Maïence en 1617,
avec les poèmes de Rhaban-Maur,
dans le même format et sous ce titre,
Foiiunati et Rhabani Manri po'é-
mala cum nous. Quoique moins im-
parfaites que les précédentes, ces édi-
tions ne sont point encore sans dél'int.
Le père Labbe en avait fait espérer
une meilleure, prête, disait-on, à être
mise sous presse. On ne l'a point eue;
c'est sur la 2^. édition de Brower que
les ouvrages de Fortunat ont été insé-
rés dans le S'', volume de la grande Bi-
bliothèque des Pères , de Lyon, 1 67 7.
A la tête de l'édition de Brower se
trouve la vie de Fortunat. — Fortu-
nat, évêque en Lombardie, sans qu'on
sache de quel siège, a été confondu
par quelques auteurs avec Venance
Fortunat ; ce qui doit d'autant moins
étonner que plusieurs choses leur sont
communes. Tous deux étaient Italiens,
et vinrent s'établir eu France ; tous
deux furent liés avec Saint-Germain
de Paris : mais l'évêque lombard était
né à Verceil ; et quoiqu'il fût ha-
bile dans les lettres, on ne voit point
qu'il fît des vers. Sa science lui avait
fait donner le nom de philosophe des
Lombards. On ignore le motif qui
l'attira en France. Peut-être fut-il
chassé par les barbares qui infestaient
l'Italie.. Il s'établit dans le voisinage
de Chelles, et y mourut vers l'an 569.
il est auteur d'une Fie de Saint-Mar-
cel , qu'il composa à la prière de
Saint-Germain de Paris. On lui attri-
bue aussi une Fie de Saint- ffilaire ,
en deux parties; mais de bons cri-
tiques croient que la première seule-
ment est de lui, et que la seconde est
de Vcnaucc. L — y.
FOR 5o7
FORTUNAT. Foj'-. Amalaire.
FOUTUMIO (Augustin), camal-
dule. né dans h xô". siècle , à Fiesole
en Toscane, de parents originaires de
Florence, était en bas-âge lorsque son.
père mourut. Il fut placé aux frais du
grand-duc , au collège de Pise , où il
fît des progrès très remarquables dans
les langues et la littérature ancienne.
Après avoir terminé ses études, il
entra au couvent des Saints-àngcs, à
Florence, et ne tarda pas à y pro-
noncer ses vœux. L'exercice de ses
devoirs , l'enseignement des langues
et la recherche des monuments qui
pouvaient intéresser son ordre, rem-
pliront entièrement la vie du P. For-
tunio. Il mourut à Florence vers 1 5g5,
dans un âge peu avancé. On a de ce
savant religieux: I. ffistoria Camal-
dulensium, Florence, 1'^''. part. i575;
2 . part. 1579, in-4°. Gui Grandi
rend justice à l'érudition de l'auteur
et à l'utilité de ses recherches qui ont
préservé de la destruction plusieurs
pièces importantes ; mais il lui re-
proche d'avoir adopté, sans examen,
des traditions suspectes, et d'avoir
commis un grand nombre d'anachro-
nismes. Cette histoire des Camaldules
a été entièrement effacée par celle
qu'ont publiée les pères Miltarelli et
Costadoni {Foy. ces noms ). 11. ^po-
logia Auç^iistini Florentini pro libris
suis historiarum Camaldulensium ^
ibid., 1592, in- 12. C'est une réponse
au P. Luc, ermite, qui avait démontré
la fausseté de plusieurs miracles cités
par Fertunio : elle ne satisfit personne.
III. Chronichetta del monte San-
Savino di Toscana , ibid., 1 583,
in-4°.; IV. Liber Carminum, ibid.,
1591 , in-S". Les poésies de Fortunio
roulent uniquement sur des sujets de
dévotion. On a encore de lui des Opus-
cules peu intéressants : Fita et mira-
cula SS. Justi et démentis } Trans-
20..
368 F 0 S
îatio reliquinrum S. Romualdi, 1 562,
in-8"., etc. Il tiadui it lui-même ce
dernier ouvrage en italien j il a donne'
aussi une traduction italienne de la
vie de Saint-Romuald par Pierre
Damien. W — s.
FORZ ATE ou FORZ ATI (Cl AUDE),
poète, né à Padoue dans le it)*". siè-
cle , est auteur de quelques ouvrages
qui obtinrent un succès mérité à l'é-
poque de leur publication. Sa tragédie
intitulée Recinda fut représentée sur
difterents théâtres d'Italie; et elle a eu
plusieurs éditions , dont la meilleure
est celle de Venise, 1609, in- 12. Le
recueil de ses Rime ou poésies di-
verses a été imprimé à Padoue en
i585 , in-i'2. On a encore de Forzati
un volume de vers dans le patois pa-
douan, sous le titre de Scareggio
tandarelloy Padoue, i583, in-4'.
W— s.
FOSCAUÀRI (Gilles), en latin
Foscherarius y célèbre dominicain,
d'une des plus nobles et des plus an-
ciennes maisons de Bologne , né le
^7 janvier i5i2, entra fort jeune
dans l'ordre de S.Dominique, et fit
ses vœux dans le couvent de cette
ville. Après y avoir achevé ses études,
il fut chargé par ses supérieurs d'al-
ler professer dans différentes mai-
sons de l'ordre , et il prit le bonnet
de docteur. Il était en i544 inquisi-
teur et prieur du couvent de Bologne.
La charge de mattre du sacré palais
étant alors venue à vaquer , le pape
Paul m l'appela près de lui, et la
lui donna : c'est lui qui, vers le^néme
temps, fut chargé de l'examen et
de la censure du livre des Exer-
cices spirituels de S. Ignace. Son
savoir, ses talents, sa régularité, lui
concilièrent Testime du sacré col-
lège, et le rendirent cher au pape.
Jules m, qui succéda à Paul , parta-
gea c«s soutimcBts ; et voulut lui ei^
FOS
donner une preuve en le nommant en
1 55o , malgré sa répugnance , à
l'évêché de Modène. Foscarari eut à
peine le temps de paraître dans s.i
ville épiscopale ; un bref de Jules
l'obligea de se rendre en diligence au
concile de Trente , suspendu depuis le
mois de septembre i547 > ^^ ^®"* ^*
pape avait ordonné la continuation.
Foscarari assista à la première session
tenue sous le pontificat de Jules , la-
quelle était la ii*". du concile; et
bientôt son zèle pour la foi, et sa science
lui firent une réputation parmi les
Pères. Des bruits de guerre en 1 55'2
ayant de nouveau fait suspendre le
concile, Foscarari retourna à Mo-
dène, où le soin de son troupeau l'oc-
cupa tout entier. Une disette vint af-
fliger cette ville. 11 vendit tout ce
qu'il avait, jusqu'à sa crosse et son
anneau pastoral, pour soulager les pau-
vres. Son épiscopat ne lui avait rien
fait changer à la manière de vivre de
son couvent; il était vêtu des mêmes
étoffes, n'avait point une table mieux
servie , ni d'autres domestiques que
ceux dont il était impossible de se pas-
ser. Les revenus de son cvêché étaient
employés ou en aumônes, ou en ré-
parations et embellissements de son
église. Ses vertus ne le mirent point à
fabri d'une imputation odieuse. On
rendit sa foi suspccleau pape Paul IV.
Foscarari fut arrêté avec le cardi: al
Jean de Moron , et tous deux furent
conduits au château St. -Ange le 21
janvier i558. Le plus léger examen
détruisit l'accusation, et aucun des
dénonciateurs n'osa comparaître. Pie
IV ayant succédé à Paul, fit déclarer
l'accusation intentée contre Foscarari
fausse et calomnieuse. Ce prélat retour-
na à Modène, où le plus honorable ac-
cueil le dédommagea de la persécu-
tion qu'il avait essuyée. Pie IV ayant
Qrdouné la continuation du concile ,
FOS
Foscarari se rendit à Trente le i5
avril i56i. Dans la première con-
grégation tenue le i5 janvier sui-
vant , ayant éle' convenu qu'aucun
discours ne serait prononce' en pu-
blic que préalablement il n'eût été
examiné et approuvé, Cet examen fut
confié à Foscarari; il fut aussi chargé
de dresser l'état des matières qui se-
raient traitées dans chaque session,
et de rédiger les canons qui y seraient
arrêtés. Il ouvrit toujours des avis
sages et modérés. Il ne quitta point
le concile qu'il ne fut terminé. Les
pères ayant laissé au pape le soin d'en
faire dresser un catéchisme , et de
pourvoir à la reformation du bré-
viaire et du missel romains , Pie IV
nomma , pour l'exécution de ce dé-
cret, Foscarari, avec Léonard Ma^
rini et Foreiro , tous trois de l'ordre
de S. Dominique. ( Foy. Foreiro.)
Foscarari était occupé de ce travail à
Rome , lorsqu'il mourut le ^3 décem-
bre i564. Il fut inhumé dans le cou-
vent de la Minerve,, de son ordre. Il
est auteur, avec ses collègues cités ci-
dessus , du Catéchisme ad Parochos,
Borne, 1567, in-fol. On lui attribue
wn livre intitulé: Ordo judiciarius
inforo ecclesiastico. L — y.
FOSCâRI (François), doge de
Venise de i4'i3 à 14^7. François
Foscari fut élu doge le 1 5 avril 14^5,
à la mort de Thomas Mocenigo, Il
n'avait guère plus de cinquante ans, et
il était le plus jeune de tous les élec-
teurs dont i! réunit les suffrages. On
redoutait cependant à Venise le goût
qu'un lui connaissait pour les armes ;
et Qw effet, comme ses ennomis Pa-
vaient annoncé, il engagea les Véni-
tiens dans une longue gnerre avec les
ducs de Milan, Philippe Marie Vis-
conli, l't François Sforza. Mais l'am-
bition de Fo-caii fut avmtageuse pour
lii vépubli(iue, t^dis ^u'à lui-même
FOS 5o9
elle ne procura que des mortifications
et des chagrins. Il perdit successive-
ment ses trois fils; et le quatrième,
Jacques Foscari, sur qui reposait l'es-
poir de sa maison, fut accusé, au
mois de février 1 44^» d'avoir reçu
des présents de plusieurs princes et
de plusieurs capitaines, sans doute
pour qu'il leur rendît son père favora-
îile. Jacques Foscari fut arrêté par
ordre du conseil des dix; et après
avoir confessé à la torture les charges
portées contre lui, il fut relégué à
NapolideRomanie,etensuiteàTrieste:
on le menaça de la peine de mort, s'il
s'écartait du lieu qui lui était assigné
pour demeure. Cependant Hermolao
Donati , procurateur de Siint-Marc ,
ayant été assassiné en 1 45o , on soup-
çonna Jacques Foscari d'avoir armé
l'assassin : pendant plusieurs jours on
soumit à la plus horrible torture, et
Foscari, et l'homme qu'on croyait
qu'il avait soudoyé; mais on ne put
tirer aucun aveu ni de l'un ni de l'autre.
Cependant le fils du doge, à la suiîe
de ces affreuses douleurs , perdit pen-
dant quelque temps l'usage de sa
raison. Son père supplia qu'on lui per-
mît de déposer une dignité qui sem-
blait si funeste à toute sa famille;
mais le conseil des dix le retint forcé-
ment sur le trône, en même temps
qu'il retenait son fils dans les fers.
Celui-ci fut renvoyé à la Canée , dans
l'île de Candie, avec l'obligation de se
présenter chaque jour au gouverneur
de la ville. En vain il demandait grâce
au farouche conseil des dix : en vain
il réclamait contre l'injustice de sa
dernière sentence, qui devenait évi-
dente depuis que le véritable assassin
d'Hermolao Donati avait confessé son
crime au lit de mort. Le désir de re-
voir son père et sa mère, ariivés
tous deux au dernier terme de 1»^
viçillcsse j le désir de revoir unç ^s^,•^
5io FOS
trie dont la cruauté ne méritait pas un
si tendre amour , se chanf;;èreut chez
lui en une vraie fureur. ISe pouvant
retournera Venise pour y vivre libre,
il voulut du moins y aller chercher un
supplice. Il écrivit au duc de Milan
pour implorer sa protection auprès du
sénat j et sachant bien qu'une telle lettre
lui serait imputée comme un crime , il
l'exposa lui-même dans un lieu oii il
savait qu'elle serait saisie par les es-
pions qui l'entouraient. En effet, au
mois de juillet i^Sô, le conseil àcs
dix envoya une galère pour le cher-
cher. Introduit devant ses juges, il
reconnut aussitôt sa lettre , et il avoua
le motif qui la lui avait fait écrire.
Le tribunal, sans se contenter de celle
déclaration , lui fit donner trente tours
d'estrapade pour tirer de lui quelque
autre aveu; cependant il permit en-
suite à son père, à sa mère, à sa
femme et à ses fils d'aller le voir dans
sa prison , après quoi il le renvoya à
la Canée; mais à peine Foscari fut-il
débarqué sur celle terre d'exil , qii'il y
mourut de douleur. Le vieux doge ,
accablé d'années et de chagrins , s'é-
tait efforcé de paraître encore ferme
dans la prison de son fils; mais après
l'avoir quitté, il s'évanouit. Dès-lors on
ne le vit jamais recouvrer ni ia force
du corps ni celle de Tame; il n'assista
plus à aucun des conseils, et il ne put
plus remplir aucune des fonctions de
sa dignité. 11 était alors âgé de qualrc-
•vingi quatieans; et sa mort ne pou-
vait se faire long-temps attendre : mais
le conseil des dix, au mois d'octobre
1457, lit demander à François Fos-
cari d'abdiquer. Le vit ux doge répon-
dit qu'il se soumettrait .aux ordres de
]a seigneurie, et qu'il ne les devance-
rail pas. Alors le conseil des dix lui
donna l'ordre d'évacuer en trois jours
le pilais, et de renoncer aux orne-
meuls ducaux. Foscari obéit ^iuis mur-
FOS
raurer ; il retourna chez lui avec
son vieux frère Marc Foscari , pro-
curateur de Saint-Marc. Un édit du
conseil des dix menaça de traduire
devant les inquisiteurs d'état , qui-
conque parlerait de celte révolution.
Pasqual Malipicri fut élu pour succes-
seur de Foscari : mais ce dernier,
entendant les cloches qui sonnaient eu
actions de grâces pour cette élection
nouvelle, mourut tout à coup d'une
veine qui se rompit dans sa poitrine ,
trois jours après sadcposition. S. S — i.
FOSCARÎNI ( Paul-Antoine ),
mathématicien , né vers i58o , à
Venise, suivant le père Jacob, ou dans
le royaume de Naples, suivant d'au-
tres bibliographes , embrassa la vie
religieuse dans l'ordre des carmes de
l'ancienne observance , et professa la
théologie et la philosophie à Naples et
ensuite à Messine. 11 fut nommé en
1608 recteur de la province de Ca-
labre , et continué dans celte place
pendant plusieurs années. La lecmre
des premiers ouvriiges de Galilée ren-
dit le père Foscarini partisan déclaré
du système de Copernic; et il publia ,
en 161 5, une lettre, dans laquelle
il examine les passages de la Bibic
qui paraissent en opposition avec
le principe de la rotation de la terre,
et les explique d'une manière aussi
subtile qu'ingénieuse. Celte lettre fut
le signal el le prétexte de la première
persécution que les défenseurs des
anciennes idées firent essuyer à Ga-
lilée. {P^oj. Gaulée.) Elle fut déférée
à la congrégation de [^ index, qui
prononça la suppression des para-
graphes les plus remarquabh'S , el
blâma l'auteur du mauvais usage qu'il
faisait de ses talents. On croit que le
chagrin détermina le P. Foscarini à
renoncer à l'étude; on peut même
présumer que cette cai»se avança sa
mort, que le bibliothécaire de l'ordre
FOS
place vers Tanne'e 1616. La leltre
qu'on a cile'c est intitulée : Lettera
sopra Vopinione de Pittagorici e
del Copernico , délia mohilità délia
terra e stahilità del sole, e ilnuo-
i^o Pittagorico sistema del mondo ,
Naples, iGi5, in-4". Elle a ëte tra-
duite en latin , et réimprimée à Ley-
de, iG56,et à Lyon, i64i,in-4"«7
à la suite des Dialogi Galilaei Gali-
laeL Le P. Foscarini a laisse' en ma-
nuscrit plusieurs ouvrages, parmi les-
quels on indiquera les suivants : Ckfiti-
pvndium arlium libcraliiim ; De di-
vinatione artificiosd, naluralietcos-
mologicd; De oraculis antiquis deo-
rum , genlilium et sybdlarum. De
cosmographid tractatus. On a en-
core de lui des Sermons , des Trai-
tes de théologie et des livres ascétiques
en latin , imprimés à Coscnza , 1611,
in-B". W— s.
FOSGARTNI (Michel), sénateur
vénitien, et l'un des historiographes
de cette république , naquit en iè52.
11 n'avait que dix-sfpt ans lorsqu'il
perdit son père, qui laissait plusieurs
fiis dont Mit hel était l'aîné* il perdit
aussi sa mère deux ans après, el resta
ainsi à dix-neuf ans à la tête de sa
maison. Dès h fin de l'année suivante,
il fut un des jeunes patriciens élus à
la boule d'or (1). Foscarini entra lui-
même dans les charges en iôd^.
Après en avoir rempli successivement
plusieurs, où il fit voir autant d'équité
que de talents et d'éloquence , il fut
nommé, en 1662 , l'un des avogadors
(i) Le 4 décembre de chaque année , le doge en
personne , ou en son absence le doyen des con-
seUlers , tirait publiquement au sort les noms de
trente jeunes nobles , âtjés de vingt-un ans , afin
qu'ils pussent, avant l'âge fixé par les lois, qui
était celui devinât-cinq ans accomplis, conconrir
par leur vote dans le g'and conseil, à l'élection
«les magistrats et des employés publics. Cela se
faisait avec des boules, les unes blanches, les
autres jaunes, qu'on appelait boules d'or. Ceux
dont le nom sortait de lalistc ea même temps que
l'on tirait une des boules jaunes, étaient, comme
•n disait a Venise , é(u$ à la boule d'or.
FOS on
de la république (2). En i€64 , il fut
fait gouverneur de l'île et de la ville
de Corfou , avec le titre de provédi-
teur et de capitaine. De retour à Ve-
nise quatre ans après , il fut graduel-
lement -revêtu des dignités les plus
honorables, et dont l'exercice exi-
geait la réunion des qualités les plus
rares. L'historiographe Batlista Nani
étant mort en 1678, le conseil des
dix jeta les yeux sur Foscarini, pour
continuer à sa place l'histoire de la
république de Venise , commencée
par le cardinal Bcmbo, et qu'après
lui, d'autres historiens, dont Nani
était le dernier , aussi nommés par le
même conseil, avaient conduite jus-
qu'à la fin du fameux siège de Candie
en 1 66g. Au milieu des graves occu-
pations que lui donnait le service de
la république , il ne cessa point de
s'occuper de la tâche importante qu'on
lui avait confiée; il avait rédigé -j livres
de son histoire, qui s'étendent jusqu'en
1690 , lorsqu'il fut attaqué d'un mal
subit , qui l'emporta en moins d'une
heure, le 5i mai 1692. Il avait été
reçu , dès sa première jeunesse , de
l'académie des Incogniti. Parmi les
différents morceaux qu'il y avait lus ,
sont deux Nouvelles, imprimées dans
la 5^ partie des Novelle amorose
degli accademici fncogniti, Venise,
i65 1 , in-4°. Il n'avait alors que dix-
neuf ans. Deux ans après ( i653 ),
parut à Venise l'ouvrage latin de-Ca-
raraella, divisé en deux parties, în-
12 : l'une intitulée Sacra purpura ^
contenant les éloges des cardinaux
alors vivants; l'autre, sous le titre de
Muséum illustriorum poëtarum ^ gui
ad hœc usque tempora Idtino car*
mine scripserunt. Cette seconde partie
était publiée avec des noies de Michel
(2) Espèce de censeurs ou d'accusateurs pu-
blics, chargés de veiller au maintien des lois,
comme les tribuns l'étaient à Komc de veiller *u
maintiea de la liberl^i
5i3 FOS
Foîicarini. Chacun des poètes latins
l.'claitce'Iebic <lans l'ouvr.ige que par
Il II distique ; Foscarini avait ajouté à
chaque distique une courte noie sur
]a personne, la vie cl les ouvrages du
poète. Mais c'est à son Histoire de
f^enise qu'il doit surtout sa rcnom-
^ mée. Son frère, Bastieu Foscarini,
la fit paraître chez Combi et Lanou ,
à Venise, 1696, gr. in-4''. Les mê-
mes libraires en donnèrent une se-
conde édition , aîissi in-4*'. mais plus
petit, en 1G69; enfin elle a été réim-
primée dans la Collection des histo-
riens de Fenise , dont elle forme le
dixième volume, 1712, gr. in-4''.
L'auteur n'eut pas le temps d'y mettre
la dernière main : aussi n'cst-ellc pas
ccrite avec l'élégance d'un ouvrage
fini ; et même quelques endroits ne
paraissent qu'ébauches; mais le style
en est généralement grave, noble, et
ï'on pourrait dire sénatorial , sans cn-
flure et sans trop de familiarité. Elle
occupe dignement sa place dans cette
longue chaîne historique , qui est re-
vêtue d'une grande authenticité, puis-
qu'elle est tirée des archives mêmes
du sénat , et rédigée sous ses yeux par
des sénateurs de son choix, mais de
laquelle on pourrait dire cependant,
et pour ces mêmes raisons, qu'elle
est plus authentique que sincère.
G— É.
FOSCARINI (Marc ), de la même
famille que le précédent, fournit une
carrière encore plus illustre et dans
la politique et dans les lettres. Né en
1695 , il se distingua dès sa jeunesse
par son savoir , son éloquence , la
pureté de ses mœurs et la dignité de
sa conduite. ïl entra de bonne heure
dans les charges; et après avoir par-
couru les degrés qui conduisaient aux
magistratures suprêmes, il fut nommé
chevalier et procurateur de Sf.-Marc,
^t envoyé en ambassade dans plusieurs
FOS
cours de l'Europe , où il se fit admirer
par de grands talents , de hautes ver-
tus , et une magnificence presque égale
à celle des ministres des plus grands
rois. Avant de partir pour sa pre-
mière légation , il avait été choisi par
le conseil des dix pour continuer et
terminer l'histoire de Venise , en la
reprenant où Michel Foscarini , et
après lui le sénateur Garzoni , l'avaient
conduite ( /^o^. Garzoni). L'éloigne-
ment où il fut pendant plusieurs an-
nées du dépôt des archives secrètes ,
d'où les historiographes de la répu-
blique étaient seuls autorisés à tirer
des titres et des documents , l'empêcha
de se livrer à la composition de cet
ouvrage. Pour s'occuper cependant
d'un objet analogue à la commission
qu'il avait reçue , il rassembla les ma-
tériaux qu'il avait recueillis depuis
long-temps sur l'histoire littéraire de
sa patrie. Il avait mis à contribution
les savantes bibliothèques de Venise ,
et il en possédait lui-même une im-
mense. Dès qu'il put jouir de quelque
re[)OS , il commença l'exécution de sou
projet : il divisa son travail en deux
parties. La première devait embrasser
les sciences les plus utiles à l'état 5 et
la seconde , celles qui en font l'orne-
ment , mais qui n'en constituent pas
l'essence. Il comptait donc traiter,
dans la première de ces deux parties,
du droit civil et du droit canonique ,
de l'histoire nationale et étrangère ,
de l'astronomie et de la navigation ,
de la géographie, de Tarchitecture
nautique et militaire , de l'hydrauli-
que, et enfin de l'éloquence du sénat
et du barreau. Le premier volume de
cette partie, qui a seul paru, ne traite
que des quatre premières sciences; et
quoique le titre annonce huit livres,
il n'y en a que quatre. Ce volume est
intitulé : Délia Letteratura Vene-
ziana libri oito ^ vol. I, Padgue ^
FOS
1752 , grand in-fol. , édition très belle
et très soignée , comme le sont toutes
celles qui sortirent des presses de Co-
mino sous la direction des savants
frères Volpi. Ce sont quatre grandes
dissertations ou discours suivis, dont
le texte contient , dans un très beî
ordre , l'histoire de la naissance et
des progrès de ces quatre parties des
connaissances liuraaiues dans la re-
publique de Venise; un jugement
fort sain sur les principaux ouvrages
de droit civil, de droit ecclésiasti-
que , d'histoire ve'nilienne et d'histoire
étrangère, et des notices succinctes
sur leurs auteurs. Les recherches par-
ticulières , les autorités, les citations ,
les discussions et tous les autres dé-
tails sont rejeîés dans de savantes
notes, qui forment, à l'égard de ces
quatre sciences , un répertoire très
riche et très abondant. Aussi le P. Jean
des Agostini , qui fit paraître cette
même année le premier volume de
ses Scrittori Feneziani , dit-il à Fos-
carini, dans l'épîlre dédicaloire qu'il
lui adresse , qu'il a tiré de ce beau
volume d'aniples lumières ; qu'il s'est
empressé d'en profiter pour enrichir le
sien, et qu'il compte encore par la
suite y trouver de grands secours. Le
cardinal Querini écrivit, au sujet de ce
livre, trois savantes lettres italiennes
adressées à son neveu le sénateur An-
dré Querini, qui furent traduites eu
italien et publiées à Venise en 1755.
Les grandes occupations dont Fosca-
rini se trouva toujours chargé ne lui
permirent pas de donner la suite de
cet important ouvrage. On lui confia
la direction des monuments publics,
celle de la bibholhèque de St.-Marc
et de l'université ; enfin il fut élevé le
28 mai 1 762 à la suprême dignité de
doge : mais il n'en fut revêtu que pen-
dant dix mois, et iF mourut, univer-
sellement regretté, le 3i mars 1763,
FOS
3i3
âgé de soixante-huit ans. Il a laissé
deux autres productions moins consi-
dérables , mais écrites avec beaucoup
de justesse , de goût et de clarté ,
qualités qui distinguent aussi sa Let-
teratura Feneziana: l'une appartient
à l'art oratoire, et est intitulée : Trat-
tato delV eloquenza estempoianea
utile e necessarla , dimosirata agli
stati liberi / l'autre est histoi ique , et
a pour titre , Arcane memorie ossia
segreta storia del regno di Carlo
imperatore seslo di queslo nome.
G — E.
FOSCO, en latin FUSCUS ( Pla-
cide ), médecin aussi distingué par ses
qualités personnelles que par ses con-
naissances, naquit à Montefiori , dans
le territoire de Rimini , vers la fin de
iSog. Ayant fait de son art et des
sciences physiques une étude pro-
fonde, il exerça la médecine en Sicile
et à Malte. 11 possédait, dans un de-
gré éminent , la science du prognos-
tic; et pour l'ordinaire, l'événement
justifiait si bien ses prédictions, qu'il
en avait reçu le surnom de prognostes
(celui qui devine). Le pape Pie V le prit
pour son médecin , et le mit au rang
de ses familiers les plus intimes. Fosco
se faisait un devoir de donner gratui-
tement ses soins aux pauvres , et il vi-
sitait de prédilection les prisonniers
de l'inquisition et les malades des hô-
pitaux. Il ne cessa, pendant seize ans,
de porter à ces infortunés les remèdes
et les secours que réclamait leur si-
tuation. Il mourut le i3 m§rs 1674.
Il est auteur d'un ouvrage qui a pour
titre : De usu et ahusu astrologiœ in
arte medicd, autore Placido Fosco
PU F, P. M. medico et intima f ami-
liari. Malgré le talent de l'auteur et
les places qu'il a occupées , on ignore-
rait peut-être encore rexistcuce de son
hvre, si Gaudencc Robert, savant
religieux de l'ordre "des carmes , ne
3i4 FOS
l'avait , pour ainsi dire , revëlee à son
ami, Jean-Jacques Manget, auquel il
en envoya une nutice. — Fosco ( Lac-
tance), frère puînc du précèdent,
docteur en droit canon et civil , cha-
noine de Riraini, et archiprêtre, sa-
vant dans les langues grecque et latine,
mourut Ip 9 juin 1 550, âge de 47 ans.
IVIoreri rapporte les epilaphes de ces
deux frères , tirées de la Bibliotiièque
de Manget. L— -y.
FOSSATI (Jean François), re-
ligieux béne'diclin de la congrégation
du Mont-Olivel , né à Milan vers la
fin du l6^ siècle, se fil un nom pu-
son talent pour la chaire, et fut enfin
tiré de son cloître pour être placé sur
le siège épiscopal de Torlone. Il ad-
ministra son diocèse avec sagesse, et
mourut en i653. Le P. Fossati était
membi e de Pacadémie des Animosi ,
sous le nom de XAssicurato. On con-
naît de ce prélat : T. Orazione fu-
nèbre nella morte delser, CosimoU
Medicij gran diica di Toscana ,
Sienne, 1620, in-4". II. Discorso
nclla morie délia signora D. Fran-
cesca da Cordova , moglie del duca
di Feria, Milan, iGiS , in-4**.
III. Memorie istoriche délie guerre
d^Ilalia del secolo présente dalV
anno 1600, Milan, 1640, in-4°-;
Bologne, i64i et lô/iSjin-S"*.; cette
histoire est peu estimée. W — s.
FOSSATI (George), architecte,
graveur et imprimeur , né à Morco ,
près deLugano, au commencement
du 1 8*. siècle , s'est acquis une répu-
tation très étendue par le grand nom-
bre de beaux ouvrages sortis de son
burin. A une connaissance profonde
des arts du dessin , il joignait du goût
pour les lettres , et possédait les lan-
gues anciennes et modernes. On a de
Fossati: I. Raccolta di varie favole
delineate ed incise in rame , Venise,
1744)^ vol., grand in-4°. Le texte
FÔS
est italien et français. Les gravures
placées en têle de chaque fable for-
ment le principal mérite de ce recueil,
très recherché des curieux. II. Sloria
delV architeltura nella quale, oltre
le vite degli architetti , si esamina le
vicende, i progressif la decadenza, il
risorgimcTito e la perfezione delV
arte, Venise, 1747^ in-S". Cg. C'est
une traduction des Vies des architectes
par Fclibien. Il la redonna quelques
années après sous ce titre : Fita de-
gli Architetti del signer Felihien ,
tradotta dalfrancese; Venise , dalle
stampedi G. Fossati, 1755, in-8°.,
ornée de 1 1 planches. On y trouva
aussi la Maison de Pline, et la Dis-
sertation sur l'architecture antique et
gcthique.(^.J.E.FELiBiEN.)lILUnc
traduction italienne de Mirza-Nadir,
ou Mémoires du marquis de Sandé^
gouverneur de Candahar , Venise ,
1755, in- 12. On doit à Fossati,
comme graveur, un recueil des édi-
fices de Falladio , les plans de Veuist ,
Bergame , Genève , et une carte du lac
de Lugano. — Fossati ( David An-
toine ) , frère du précédent , né à
Morco, en 1708, a laissé des pein-
tures à fresque très-estimées des con-
naisseurs. W — s.
FOSSE. F, Hays et Lafosse.
FOSSÉ ( Pierre Thomas du ) ,
connu par sa piété et par ses écrits,
né à Rouen en 1 (i34 -, e»t pour père
Gentien Thomas jina\lTQ des comptes
en la chambre de Normandie. Sa fa-
mille, l'une des plus considérables de
Rouen , était originaire de Blois. Son
grand-père avait servi utilement Hen-
ri m et Henri IV pendant nos trou-
bles civils, et avait fait rentrer plu-
sieurs villes sous Tobéissauce de ces
princes. Pierre fut dès son enfance
destiné par ses pieux parents à l'état
ecclésiastique. H n'avait que sept ans
lorsqu'ils lai firent donner la tonsure,
F 0 s
qu'il reçut en même temps que le
sacrement de confirmation, il ne
prit jamais les ordres , et ne portnit
pas même l'habit de clerc; mais il
vécut dans le célil)at, quoique de-
venu fort jeune l'aînc de sa famille.
11 n'avait que neuf ans lorsqu'en 164 5
il fut amené à Porl-Royal des Champs,
avec deux frères plus âges que lui ,
pour y recevoir une ëducTtion chre'-
tienne, et y être instruit dans les
lettres. Pierre du Fossé ne quitta point
les eVoîes de Port-Pioyal tant qu'elles
subsistèrent , et il suivit ceux qui les
tenaient dans les différenls lie'ix où les
circonstances du temps les obligeaient
de transférer leur école. Il demeura
toute sa vie attaché à ces célèbres
et pieux solitaires, et à la doctrine
qu'ils professaient. Obligé de quitter
Port-Koyal, il vint à Paris, à l'âge
de vingt-un ans , et logea avec le Nain
deXillemont, unpeuplusjeunequclui,
qui déjà s'occupait d'histoire ecclésias-
tique , et ramassait des matériaux
pour 1rs travaux qui l'ont illustré. Il
s'élablit entre eux une amitié étroite
qui dura toute leur vie. Us avaient
avec eux un M. Dusac qui savait l'hé-
breu. Du Fossé profila de l'occjksion
qui se présentait pour apprendre
cette langue, et parvint en peu de
tc^ps à s'y rendre assez habile
pour entendre l'original de l'Ancien-
Testament, et même pour commen-
ter quelques p>aumes. Tillemont et
Du Fossé revoyaient la traduction
de Saint - Jean Climaque d'Arnauld
d'Andilly, avec Ant. Lemaître: celui-
ci , ayant su que la bibliothèque du
chancelier Seguier contenait plu-
sieurs manuscrits de ce père, et les
commentaires d'Elie de Crète qui pou-
vaient en éclaircir les endroits obs-
curs, chargea Du Fossé de les exa-
miner, et d'en extraire ce qui pouvait
être utile à leur travail. Quelques sc-
FOS 0'3
raaiues lui suffirent pour remplir celte
tâche. Du Fossé ne demeura guère
qu'un au avec Tillemont. Antoine Le-
maître, ayant obtenu la permission de
retourner à Port-Royal avec un ami ,
choisit Du Fossé pour son compagnon.
Us y vécurent dans la plus profonde
retraite , jusqu'à la mort du premier ,
arrivée en i658. Lemaître de Sacy,
frère d'Antoine, continua de diriger
les études de Du Fossé, et lui proposa
de travailler avec lui à la vie de dora
Barthelemi des Martyrs, de l'ordre
de Saint-Dominique, ^rchevêquc de
Braga. Les écrits de ce prélat étant
en espagnol , Du Fossé apprit cette
langue, et, bientôt après, la langue ita-
lienne. Les solitaires de Port-Royal
étaient alors l'objet d'une vive persé-
cution. Du Fossé partagea leur sort;
il n'eut plus de demeure fixe. Arrêté
le i3 mai 1666, à l'extrémité du
faubourg Saint-Antoine, où il était
caché avec Sacy et Fontaine , ils furent
tous les trois conduits à la Bastille. Il
en sortit au bout de six mois , et reçut
ordre de se retirer dans sa terre du
Fossé, en Normandie. Il charma l'en-
nui de cet exiî en continuant ses tra-
vaux , et les sanctifia par son assiduité
à la prière et par des œuvres de cha-
rité. Il prit la peine d'étudier un peu
de médecine pour se rendre plus utile
à ses vassaux , et il voulut bien devenir
l'arbitre de leurs différends. Lemaître
de S-icj était sorti de la Bastille; ils
firent ensemble un voyage à Angers ,
pour y voir M. Henri Arnauld qui en
était évêque, et l'ancien curé de Saint-
Mcrry, M. Hillerin, leur ami, qui s'y
trouvait alors. Les ordres qui rete-
naient Du Fossé en Normandie ayant
été levés , il revint à Paris, et s'y réu-
nit de nouveau à' Tillemont , qu'il
quitta ensuite pour aller vivre avec
M"'^. Du Fossé, sa mère. A la mort
de celte dame, il comptait se reti/cr
5î5 FOS
et se livrer entièrement h la soli-
tude. Son 4ibve et sa belle - sœur,
nièce de M. de Sacy, lui firent tant
d'instances, lui promettant toute li-
berté pour ses éludes et ses au-
tres exercices, qu'il continua de de-
meurer avec eux. Il travaillait à la
vie des Saints sur des mémoires que
Tillemonl lui fournissait. M. de Sacy
était mort en 1684. î^<'»rs amis com-
muns exigèrent de Du Fossé qu'il dis-
continuât ce travail pour achever celui
' de Sacy sur la Bible , resté incomplet.
Il fit de cette occupation celle du reste
de sa vie, parfageant son séjour entre
Paris et sa terre du Fossé, où une
disette et d'autres calamités lui four-
nirent de fréquentes occasions d'exer-
cer ses soins charitables. Les dernières
années de sa vie se passèrent dans les
angoisses d'une maladie longue et
cruelle, qu'il supporta avec une rare
patience. Une attaque de paralysie qui
se porta sur la gofge et sur la langue
lui ôta l'usage de la parole. C'est dans
cette situation pénible qu'il composa
ses Mémoires, souvent interrompus
par l'état de sa santé. Il mourut le
4 novembre 1698, quelques mois
après les avoir terminés. Ses écrits
sont pleins d'onction; sa critique est
judicieuse, son style pur et noble. S'il
tirait quelque profit de ses ouvrages ,
le produit en était entièrement em-
ployé en bonnes œuvres. Jamais per-
sonne n'a été plus détaché des choses
du monde. M. de Porapone , son ami
et son allié, qui connaissait ses talents,
/ voulut vainement l'employer dans ses
ambassades. Une vie cachée et pieuse
était l'élément de Du Fossé; il n'en
sortit point. Peu d'hommes ont tenu
une conduite plus exemplaire, et eni-
])loyé leur temps d'une manière plus
chrétienne. La seule chose que la cen-
sure la plus sévère puisse lui repro-
cher, et que n'excuse pas l'exemple
FOS
d'hommes célèbres et très estimables
d'ailleurs, est son opposition à des
décisions auxquelles il devait se sou-
mettre. Encore, si ce toit pouvait êti'e
diminué par la bonne foi , ne peut-
on, en lisant ses mémoires, douter
de la sienne. On a de lui : I. Fie de
Dom Barthelemi des Martyrs, tirée
de son histoire , écrite par cinq au-
teurs , dont le premier est Louis de
Grenade^Pans, i663, in-8^.; 1664,
in-4". Non seulement Du Fossé avait
recueilli les matériaux de cette Vie,
donnée par M. de Sacy, et l'avait tra-
duite de l'espagnol ; il avait encore eu
part à sa composition , en sorte qu'on
peut la lui attribuer, à plus juste titre
peut-être qu'à M. de Sacy. U, La Fie
de Saint- Thomas , archevêque de
Cantorbery et martyr, tirée de
quatre auteurs contemporains qui
Vont écrite, et. des historiens dAn^
gleterre qui en ont parlé, des Lettres
du Saint ^ de celles du pape Alexan^
dre III y et de plusieurs person-
nages du même temps , et des An-
nales du cardinal Baronius , in-4**.
et in-i'2, Paris, 1674, sous le nom
de Beaulieu. ITI. Histoire de Ter-
tullien et d'Origène, qui contient
d'excellentes apologies de la foi ^
contre les païens et les hérétiques ,
avec les principales circonstances
de Vhistoire ecclésiastique et pro-i-
fane de leur temps ^ sous le nom
du sieur de la Motte, Paris, 1O75,
in-80.; et Lyon, i6gi, in-8". IV.
Fie des Saints pour tous les jours
du mois, '1 vol, in-4"., i68j et 1687.
Du Fossé avait entrepris ce grand
ouvrage ; mais il le qi(1tta pour conti-
nuer, après la mort de M. de Sacy,
son travail sur la Bible. V. Mémoire^
de Louis de Ponlis , officier des ar-
mées du roi , contenant plusijur^
circonstances des règnes de Ilenr
ri IF, Lms XIII et Louis XIF^
FOS
depuis Van 1 5g6 jusqu'en Van 1 65a,
Paris, 1676, '2 vol. in-12. Cet ou-
vrage est curieux et plein d'anecdotes
recueillies de la bouche de ce pieux
militaire, retiré à Port-lîoyal des
Champs , après cinquante ans de ser-
vice. Peut-être est-il un i>eu diffus , et
tous les faits, ceux surtout qui regar-
dent le cardinal de Richelieu, dont de
Pontis avait à se plaindre , ne méri-
tent-ils pas un égal degré de confi;jnce.
\ ï. Préface du poème contenant la
tradition de VÉglise sur Veiicharis-
tie , par Louis LemaÎLre de Sacf ^
Paris, 1695, in-ii. Vîl. Continua-
tion de la grande Bible de Sacj" ,
avec le sens spirituel et liiiéral. La
partie de cet ouvrage qui appartient à
Du Fossé, consiste dans le Deutero-
nome , Josué, les Juges , Ruth , les
deux derniers Libres des Rois , les
Para/ipomènes , Esdras , Tohie ,
Judith^ Esther , Job, les Psaumes
en trois volumes , Jérémie , Raruch,
Ezechiel, Daniel, Us Machabées ,
les quatre Evangélistes , et la moitié
des Actes des apôtres , le tout iu-S". ,
Paris, en différentes années. Du Fossé
avait composé une préftce qui conte-
nait un éloge de M. de Sacy, laquelle
fut mise à la tête des Nombres ; elle
ne se trouve que dans la i^'^. édition.
VIII. Les petites notes de la Rible de
Sacy, jusquaux Paralipomènes.
IX. Mémoires de M. Pierre Tho-
mas, écuyer, seigneur du Fossé,
contenant V histoire de sa vie et plu-
sieurs particularités , Utreoht, 1709,
in-i2. Il y rend un compte fidèle de
ce qui est arrivé aux ecclésiastiques ,
aux solitaires , aux religieuses et aux
amis de Port -Royal, depuis i645
■jusqu'en 1698. On assure que la fa-
mille de Thomas du Fossé sub^ste
encore à Rouen. ( Foy. le Dit t. des
Anonymes , IV, igo. ) L — y.
f dSSËU6E(FRA^çoISE deMont-
FOS 5r7
MORENCY, dite la belle). Son nom
était Montmorenci Fosseux; et si elle
porte le nom de Fosseuse, c'est par
l'usage qui a quelque temps subsisté à
la cour et à la ville de donner aux
noms des femmes une terminaison fé-
minine. Fille de Pierre de Montmo-
renci, premier du nom, elle naquit
vers l'année 1 564 , et fut placée comme
fille d'honneur près de la reine Mar-
guerite, femme de Henri îV, alors
roi de Navarre. La belle Fosseuse
était l'ornement de la petite cour de
Nérac, composée de ce qu*il y avait de
plus galant. Marguerite de Valois,
très indulgente pour les amours de
son mari, vit d'abord sans peine rat-
tachement de Henri pour M'*'", de Fos-
seux. Celte belle , naturellement co-
quette, inspira une .vive passion au
duc d'Alençon, beau-frère de Henri IV,
ùl fut cause de la brouillerie du duc
avec le roi de Navarre. La multiplicité*
d'intrigues qui occupaient cette petite
cour fit naître la guerre connue sous le
ixom de guerre des amoureux. Cctîe
guerre fut terminée en 1 58o par la
conférence de Stix en Pcrigord. Fos-
seuse étant devenue grosse, Henri
ne ncgligciiit rien pour cacher sa gros-
sesse; il décida même la reine à all«.T
prendre les eaux d'Aiguës, et à em-
mener sa maîtresse ( qu'il appelait sa
fille ), avfc peu de suite. Cependait
le moment fatal arriva. Ecoutons la
reine Marguerite rapporter elle-même
cet événement: a Le mal, dit-e!le,
» prit à Fosseuse au point du jour. Elle
» fit avertir mon mari : nous étions cou-
» chés en une même chambre, en di-
» vers lits, comme nous avions accou-
» tumé. Il se trouva fort en peine. Cj-ai-
» gnant d'un coté qu'elle fût décou-
» verte , et de l'autre qu'elle fût mal
» secourue , il ouvre mon rideau et me
» dit: Ma mie , /e vou<! ai celé une
» chose qu'il faut que je vous avoue ,*
3i8
FOS
p/e vous prie de m'en excuser»
» Obligez - moi tant que de vous
» le fer à cette heure et d'aller se-
D courir Fosseuse qui est fort mal.
» Je m assure que vous ne vou-
» drez , la sentant en cet état ,
» vous ressentir de ce qui s'est passé.
» rous savez combien je taime. Je
» vous prie , obligez-moi en cela. »
ta réponse fut aussi favorable que
Henri pouvait l'espérer. La reine se
leva , et alla voir ^^^^ Fosseux, qui
accoucha d'une fille raorle. Un amour
qui avait dure cinq à six mois n'ayant
plus de charmes pour le cœur du roi,
Fosseusefut abandonnée pour la com-
tesse de la Guiche, en 1 582 ; et elle
cpousa dans la même année François
de Broc, seigneur de St.-Mars et de
Broc, dont elle n'eut point d'cnfanls.
La suite de sa vie ne pi ésente rien de
remarquable. B — y.
FOSTER (Samuel) , mathémali-
cien anglais , né dans les premières
années du i -j^. siècle ou les dernières
du 16"., fut élevé à l'université de
Cambridge , et s'appliqua de bonne
heure à l'étude des mathématiques,
oij il obtint de son temps une réputa-
tion distinguée. Nommé en i650 pro-
fesseur d'astronomie au collège de
Gresbam , il quitta cette place , on ne
sait pour quelle raison , dix mois
nprès , et la reprit eu i64i. Il fut
l'un des membres de l'association
d'où sortit ensuite la société royale
de Londres; mais il mourut en
i652 , avant la formation de cette
compagnie savante. On a de lui un bon
traité de gnoraonique ^ iG38, in-8\ ,
et d'autres ouvrages publiés après sa
mort, sous les titres suivants: X.Pos-
thtimaFosteri ji65'î,\n-^''. II. Quatre
Traités de gnomonique (1), i654 ,
(1) Dans ses divers
eummeatés
•ateurs. Fosier
en Angleterre par
>sier dtfiine l'iog4
igcs sur la gnomonique,
beaucunp d'autres
lieux pro««d« «les
FOS
in^". III. Xe Secteur perfectionné
{the Sector altered),ib\d. . 16G1 ,
in-4''* IV' Mélanges ou Feilléesma- ,
thématiques (tant en latin qu'en an-
glais ), i65(), info!. On remarque
dans ces Mélanges \*Epitome d'Aris-
tarquede S^mos de magnitudine so-
lis et lunœ , et la traduction latine
des Lemmata d'Archimède, faite
par Jean Greaves sur un manuscrit
arabe, revue et corrigée par Fostcr.
( Voyez ArchimÈde. ) 11 avait fait
des observations d'éclipsés , et avait
inventé et perfectionné plusieurs ins-
truments d'astronomie et de mathé-
matiques. — Deux autres savants du
nom de Foster ont également écrit
sur des objets de mathématiques.
Guillaume Foster a publié, en i633,
in-4°. la traduction anglaise de deux
ouvrages composés m latin par Ough-
tred , géomètre fameux dans son temps
et dont il avait été le disciple ; l'un sur
des cercles de proportion , espèce de
cadran logarithmique; l'autre sur un
instrument horizontal , servant à ré-
soudre tous les problèmes qui exigent
ordinairement l'usagedu globe,et à tra-
cer des cadrans sur toutes sortes de
plans. — Marc Foster publia en an-
glais, en 1690, une Trigonométrie
arithmétique, dans laquelleildonnele
moyen de résoudre tous les triangles
recliligncs par l'arithmétique simple et
sans le secours des tables. X — s.
FOSTER (Jacques), théologien
angliis de la classe des dissenters y
était fils d'un foulon ; il naquit à Exe-
ter en 1697 ' ^^ reçut son instruction
dans cette ville. Il fut admis à prêcher
en 17 18, et s'acquit de la célébrité;
mais il excita contre lui la clameur
écheUet gnomoniques . Cette méthode , la plus
expéditive et la plus exacte de toutes , est très
usitée en Angleterre ; elle ^tait presque incon-
nue en hrauce avant la publication «le YEncjclo-
pèdic. Quelques auteurs aitribiicnt rinvcaliOB de
ves échelles a Lduioud Ganter.
FOS
populaire , en adoptant des senti-
ments particuliers, dans une con-
troverse très anime'e, sur la doc-
trine de la Trinité. Oblige de quit-
ter son pays natal , il se retira à
Melbourne , dans le comte' de Somer-
set , dont le même motif l'ëloigna aussi
quelque temps après. Il dirigea ensuite
deux congrégations religieuses à Co-
lesford et à Wokcy. Un Essai sur les
principes fondamentaux , où il s'atta-
chait à démontrer que la foi en la Tri-
nité n'est pas une des bases du chris-
tianisme, essai qu'il fit imprimer en
17*20, avec un sermon sur la résur-
rection de J. C. , alarma une partie de
ses auditeurs , et lui attira des dégoûts
qui le forcèrent d'aller chercher un
asile ailleurs : il trouva cet asile à
Trowbridge dans le comté de Wilt;
mais n'y voyant point dans l'exercice
de son état des moyens d'existence suf-
fisants , il eut l'idée de le quitter , et
d'apprendre le métier d'un gantier ,
chez qui il s'était mis en pension.
Au bout de quelque temps, celui-ci,
regrettant de voir un mérite aussi dis-
tingué enseveli dans un migasin , lui
procura la connaissance d'un riche
particulier, qui le garda deux ans au-
près de lui en qualité de chapelain.
Etant allé à Londres , il obtint la
permission de prêcher devant une
congrégation considérable. L'éloquen-
ce qu'il déploya dès la première fois
qu'il parut dans la chaire, fit une
impression très profonde sur le célèbre
médecin Méad , qu'une pluie d'orage
avait porté à chercher un asile daus
le temple. Ce médecin , que ses oc-
cupations et les distractions de la
société avaient en quelque sorte en-
levé à (a religion , se sentit édifié.
Ayant attendu la fin du sermon , il
s'approcha de Fosler, le remercia
tlu bien qu'il avait fait à son ame ,
et l'invita à le veuir voir. Ils de-
FOS 5i9
vinrent amis intimes , et Méad comp-
tait cette circonstance comme une des
plus heureuses de sa vie. Cette liaison
fut très utile à Foster, qui en 1724
devint pasteur de la congrégation de
Barbican à Londres, oij il continua
d'officier pendant vingt années. Sa
Défense de Vutilité, de la vérité et
de l'excellence de la révélation chré'
tienne , qu'il publia , en 1 73f , contre
l'ouvragedeTindal, Ze Christianisme
aussi ancien que la création , et qui
est écrite à la fois avec force et modé-
ration , eut beaucoup de succès : Tin-
dal lui-même déclara que Foster était
de tous ses antagonistes le seul dont iï
redoutait la dialectique , mais qu'il
le respectait et l'aimait comme un
homme sincère et de bonne foi. Foster
eut ensuite à soutenir une autre con-
troverse avec le docteur Henri Steb-
bing, qui y répandit un peu de cetie
virulence et de celte dureté d'expres-
sion que lui avaient fajt contracter
ses démêlés avec Warburton. Eu
1744? Foster fut nommé pasteur
de l'église indépendante de Pinner's
Hall. A la suite d'une vive contro-
verse qui s'était élevée au sujet du
baptême, Foster, demeuré convaincu
de la nécessité de l'immersion, se
fît baptiser de nouveau, à l'âge de
plus de 4o 3tts. La réputation dont
il jouissait comme prédicateur, se
soutint jusqu'à la fin. Il commença ,
dès 1 728, à prononcer dans le quar-
tier appelé Old Jewry, chaque se-
maine, des leçons du soir, qui eurent
pendant 20 ans une vogue extraor-
dinaire. La chaleur de son ame était
secondée par une élocution douce
à la fois et énergique, et par uu
geste animé. Son indifférence poui'
l'argent l'avait empêché de songer
à se ménager quelques ressources
pour la vieillesse : ses amis y sup-
pléèrent en ouvrant des souscriptions
320 F OS
pourTimpressiondR ses Discours sur
1% religion naturelle et la vie SO'
cials, eii 2 vol. , i ']^()-i'j5i. Le sai-
sissement qu'il éprouva en accompa-
gnant à l'échafaud eu 174^ le lord
Kilmarnock , paraît avoir porté ua
coup funeste à sa constitution. L'u-
niversité d'Aberdeen lui conféra , en
1748, le degré de docteur en théo-
logie. Il mourut paralytique , le 5 no-
vembre 1755. 11 n'était ni fanatique
ni superstitieux; mais on a peine à
lui attribuer, comme l'a fait le lord
Bolingbroke , cet aphorisme impie,
que IfL où le mystère commence ,
la religion finit. Outre les écrits cités
ci-dessiis, on a de lui des Traités sur
Vhérésie , des Discours funèbres ,
et quatre volumes in-8 '. de Sermons,
traduits en partie en français par J.
N.S. Allamand, Leyde, 1739, in-8".
X— s.
FOSTER ( Sir MiCHAEL ) , juris-
consulte anglais , né en 1 689 , à Marl-
borough, dans le Wiltshire, passa,
de l'université d'Oxford, au collège
du Temple , et exerça la profession
d'avocat à Marlborough , puis à liris-
tol, dont il fut choisi Recorder eu
1755. Il publia, dans le cours de
cette année, un examen de l'exposé
du pouvoir ecclésiastique, présenté
dans le Codex juris eccùsiastici
jénglicani, pamphlet qui lui mérita la
reconnaissance des amis de la liberté,
comme opposant une barrière puis-
sante aux principes dangereux ren-
fermés dans le livre de l'évêque Gi-
bson. ( Voytz Edmond Gibson. )
Il eut plusieurs éditions, et occasionna
une vive controverse. Fosler s'était
fait un nom dans Texercice de sa pro-
fession j et en 1745, il fifl élu juge
de la cour du banc du roi et créé che-
valier : il occupa cette place jusqu'à sa
^mort, avec un grand caractère d'inté-
grité et d'habileté. En 176a, il publia
FUS
un Rapport sur les procédures de la
commission instituée pour le juge-
ment des rebelles, en 1 746, dans le
comté de Surrey , et sur d'autres
causes de la couronne ^ suivi de
Discours sur quelques parties du
droit de la couronne ( crown law ),
Cet ouvrage jouit d'une grande estime
en Angleterre , et a mérité à son au-
teur les éloges du célèbre Blackstone.
Il a été réimprimé en 1776, et de
nouveau à Londres, in-S"., avec des
améliorations, par un neveu de Pos-
ter, Michel Dodson. Foster mourut
le 7 novembre 1763. X — s.
POSTER ( Jean ), savant philolo-
gue anglais , naquit à Windsor en
1751 , et fit ses premières études au
collège d'Eton , 011 son application au
travail et une sobriété rare à son âge
lui méritèrent l'intérêt de ses supé-
rieurs. Admis, en 1 748 , à l'université
de Cambridge , il y devint, en 1 75o ,
associé du collège du Roij et, peu de
temps après, le docteur Edouard
Barnard , célèbre maître de l'école
d'Eton, l'appela auprès de lui pour
eu faire l'un de ses adjoints. Ce choix,
vu la sévérité qu'y apportait toujours
cet instituteur célèbre , était le meil-
leur témoignage qu'on piit rendre de
la capacité de Foster. Le docteur Bar-
nard , ayant résigné ses fonctions en
1 7(35 , le fit choisir pour lui succéder.
Foster avait en effet toutes les qualités
nécessaires pour occuper cette place,
excepté la douceur et la politesse de
manières , auxquelles son prédéces-
seur avait particulièrement accoutume'
tout ce qui était dans sa dépendance.
Ses emportements avaient déjà influe
d'une manière funeste sur sa santé,
lorsqu'il pjit le sage parti d'offrir de
lui-même sa démission. Le roi le dé-
dommagea de ce sacrifice, en lui don-
nant, en 177*2, un canouicat daniJ
l'église de Windsor. Sa saaté étant
FOS
alors aile lée ; il alla, pour la rétablir,
preudie les eaux de Spa , où il mourut
au mois de septembre 177 5. On n'a
imprime' de lui qu'un ouvrage, mais
qui suffit pour prouver sou érudition ,
sa sagacité, son goût et sa caudeur :
Essai sur la nature différente de
l'accent et de la quantité , avec leur
usage et leur application dans la
prononciation des langues anglaise ,
latine et grecque ; contenant un pré-
cis et une explication des tons an-
ciens, et une Défense de V accentua^
tion moderne, contre les objections
d'.Isaac P^ossius , Henninius , Sar-
pedonius , le docteur Gallr et au-
tres auteurs y Cambridge, 1765, in-
8**. ( en augl.iis. ) On y trouve une
version latine du poème adr ssé par
Marc Musuio à f.eon X ( f^oj, Mu-
suRo ). Ou a conserve avec soin les
manuscrit^ de plusieurs de ses exer-
cices de collège. X — s.
F06TËK \ Mistriss Anne Fme-
liiNDE ) , née Mastermann , uaquit en
17471 3 Margale, et entra dans le
monde avec tous les avantages que
donnent la beauté, l'esprit et la for-
tune ; mais une aventuie d'amour
qu'elle eut avant sa seizième année,
irrita tellement son grand-père contre
elle , qu'il la déshérita entièrement.
Elle pirdit par-là 5,ooo livres st«u*l.
de rentes anuuf lies. Mariée deux fois,
sou second mari l'abandonna, et la
laissa dans une extrême pauvreté,
d'où les ressources réunies d'une pe-
tite école, du travail de l'aiguille, et de
la composition de quelques ouvrages
littéraires, ne purent la tirer. Elle
mourut a Margate,-le 24 mars 1 789 ,
âgée de 4^ a^is. On cite , parmi ses
productions , un roman intitulé : La
Fieille fille (ïhe old maid). X — s.
FUTHERBY, navigateur anglais,
fut envoyé, en 1614, avec Baffm,
pour faire, des découvertes dans le
FOT 5a t
Nord. Après avoir éprouvé de grandes
difficultés , ils s'avancèrent jusqu'à la
points du Spitzbcrg , nommée Red-
beach. Elle était au loin , entourée de
glaces, sur lesquelles ils furent obli-
gés de marcher pour arriver à la cote,
a Notre espoir d'y trouver quelques
» portions de baleines, dit Fotherby,
» fut déçu; mais, en revanche, nous
» y avons vu ce que nous ne comptions
» pas voir, une immense quantité de
» glaces qui , du rivage où elle était
» amoncelée, s'étendait dans la mer
» à une distance où la vue ne pouvait
» atteindre, v Le i*"". août, ils parti-
reiil de Fair Hjvcn, situé vers la
pointe nord est du Spitzberg, pour es-
sayer de passer au nord, puis au
nord-est en traversant les glaces : à
peine eurent-ils fait huit lieuts , qu'ils
en rencontrèrent qui venûcnt du sud-
est et du nord -ouest. L'eau de la mer
gela de l'épaisseur de quelques lignes.
Fotherby se trouvait alors au-delà du
80^. degré de 1 uitude boréale. Il prit
le parti de retourner en Angleterre.
L'année suivante, la compagnie de
Russie renvova Fotherby à la décou-
verte d'un passage au Nord; mais ce
navigateur ne put, à cause des glaces ,
aller plus loin que dans le précédent
voyage. 11 mirqua sur une carte tout
ce qui avait déjà été découvert du
Spitzberg dans l'espace compris entre
le 7 1''. et le 80". parallèles nord , de-
puis le cap Ha» kluyt jusqu'au 26^ de-
gré dans l'est. L'espace qui n'était pas
occupé par la terre , se trouvait obs-
trué p.ir les glaces. Le récit de ces
deux tentatives prouve que, nonobs-
tant i'opinion de plusieurs géographes
et naturalistes renommés , la mer
peut geler , puisque six semaines
après le solstice d'été, sa surface était
déjà prise : eu hiver, elle ne doit for-
mer qu'une masse de glaces. De nos
jours, le voyage du capitaine Phips a
21
322
FOT
démontre qiie , si 4es anciens naviga-
teurs n'avaient pas réussi à franchir
robstacie que leur opposaient les
glaces , c'est qu'il était insurmonta-
ble. ^ E—s.
FOTHERGILL (Jean), célèbre
médecin anglais, naquit le 8 mars
l'jis, à Carr-eud, près Biebemout,
dans le comté d'York. Son enfance
fut confiée à la tendre amitié de sou
aïeul maternel, Thomas Hough, ri-
che habitant du Cheshire, qui le plaça
dans la maison d'éducation de Sed-
berg , dirigée par les quakers. Ces ha-
biles instituteurs ne tardèrent pas à
découvrir chez leur jeune pupille le
germe des plus belles quahtés de l'es-
prit et du cœur. Doué d'une sensibilité
profonde , Fofher^ill crut avec raison
que la médecine lui fournirait cons-
tamment l'occasion de soulager ses
frères, et d'être ulile à l'humanité.
Agé de seize ans, il étudia d'abord ,
sous les auspices de l'excellent phar-
macien Bartlelt, l'art, trop négligé
par les médecins, de préparer les
remèdes. Il se rendit ensuite à la cé-
lèbre université d'Edimbourg, et de-
vint le disciple le plus assidu et le plus
chéri du savant Alexandre Monro. La
dissertation qu'il soutint en i ^67 ,
pour obtenir le doctorat , De emeti-
eorum usu in variis morhis trac-
tandis, tient un rang distingué dans
îe Thésaurus medicus de Guillaume
Sraellie. Persuadé que ce titre ne lui
donnait pas encore le droit d'exercer
îme profession dont il ne possédait
^uela théorie, il suivit pendant plu-
«ieurs années les visites des médecins
de l'hôpital Saint-Thomas, à Londres.
En 1 740 , il fit , avec quelques amis,
en Hollande, en France et en Alle-
magne , un voyage , dont il traça une
cbauche dans une lettre latine au doc-
teur Cuming , de Dorchester. De re-
tour dans sa patrie, Fothergill se li-
FOT
rra sans relâche à la pratique. Pout
ne point manquer d'occupations, dans
une ville oij il était peu connu , il con-
sacra principalement ses soins à la
classe des pauvres, qui ne possé-
daient point encore à cette époque la
précieuse ressource des dispensaires.
Ses premiers pas furent marqués par
des succès; et bientôt une angine gan-
greneuse, qui devint épidéraique cjji
174^7 fournit au jeune praticien l'oc-
casion de montrer dans tout son éclat
le génie observateur dont il élail doué.
La maladie, traitée généralement par
la saignée, les purgatifs et les débili-'
tants, faisait d'horribles ravages. Fo-
thergill suivit une méthode plus ra-
tionelle, et conséquemment plus heu-'
reuse. Les vomitifs, donnés avec mé*-
nagement , une petite quantité de vin
ajoutée aux boissons, les acides miné-
raux préférés aux végétaux, et lf«
amers, furent les moyens qu'il em-
ploya , et il guérit presque tous les ma-
lades confiés à ses soins. Dès-lors sa
réputation fut parfaitement établie :
appelé de toutes parts, on le cherchait
d'autant plus, qu'il était plus difficile
de l'avoir. Toutefois ce traitement ju-
dicieux, auquel Fothergill dut tant de
gloire et de fortune, avait été indiqué
par les médecins italiens, eC pratiqué à
Londres même par le trop modeste
Lealherland, qui ne voulut pas être
nommé. Les plus célèbres académies!
de l'Angleterre, la société royale , celle
de médecine, celle des antiquaires,
le collège des médecins de Londres,
et celui d'Edimbourg, admirent Fo-
thergill dans leur sein ; toutes ces so-
ciétés reçurent de lui de nombreux et
riches tributs. Passionné pour l'histoire
naturelle et l'économie rurale, il ache-
ta, en 1762, à Uplon eu Essex, un
champ très vaste, qu'il convertit eu
un jardin magnifique, dans lequel il
réussit à acclimater une foule de plante*
FOT
ûrangères, importantes à la méde-
cine et aux arts, et dont Lcttsom a
publié un excellent catalogue. Chaque
année, il distribuait, dans les trois
royaumes, et dans les colonies an-
glaises, un grand nombre de ces utiles
végétaux. Il récompensait généreuse-
ment les personnes qui lui procuraient
des objets rares; il faisait même voya-
ger des naturalistes à ses dépens. Sort
cabinet zoologtque et minéralogique
était, au rapport de Solander, un des
plus complets de l'Angleterre. La
santé délicate de Folhergiil ne lui
permettant plus de supporter les t'ui-
gpes sans cesse renaissantes d'une
immense pratique, il résolut, en i ^65,
de suspendre chaque année ses occu-
pations pendant deux mois, et de
passer ce temps à Lee-hall, près du
lieu qui avait été son berceau. Il dut
probablement à cette mesure, ainsi
qu'aux tendres soins de ses parents
et de ses amis, l'avantage de pousser
sa carrière jusqu'à 69 ans. Il mourut
généralement regretté le 16 décembre
1 780. L'épitaphe qu'on mit sur son
tombeau est d'une simplicité énergigue
et touchante : Ci-git le docteur Fo-
ihergill, qui dépensa deux cent mille
puînées pour le soulagement des
malheureux. Guillaume Hird, Gil-
b-^rt Thompson j Jean Elliot, Jean
Coakîcy Lcttsom, céiébrèrcnt les ver-
tus et les talents de leur estimable
compatriote; mais le plus bel hom-
mage qu'on ait offert à sa mémoire,
est sans contredit le brillant éloge
prononcé, en 1 782 , par Vicq-d'Azyr,
au sein de la société royale de méde-
cine de Paris. Il a été plusieurs fois
imprimé sous divers formats, et certes
il méritait cet honneur. Fothergill ,
dit l'éloquent secrétaire, était quaker
sans être trembleur. Ce fut lui qui lit
au roi le compliment d'usage lors de
sou avéûement au trône. Appelé par
FOT
525
des personnes de la plus haute qua-
lité , et ne pouvant otcr son chapeau
ni s'incliner devant ceux qu'il visitait,
il devait souvent être accusé de man-
quer aux égards. Il y suppléait par
une grande affabilité , qui marquait
assez d'intérêt pour tenir lieu de la
révérence ordinaire. Il s'approchait
du malade avec tant d'empressement,
qu'il paraissait avoir seulement oublié
de faire le salut. Son existence toute
entière fut signalée par des traits de
bienfaisance, dont les exemples sont
malheureusement bien rare?. Il fonda
une maison d'éducation gratuite pour
les orphelins , et fut l'éditeur des
livres destinés à leur instruction.
Kuight et le capitaine Carver vécu-
rent long-temps de ses largesses. II
avait acheté un terrain pour y cultiver
quelques arbres étrangers; m»is une
pauvre famille qui l'habitait, vint ré-
clamer sa pitié : Mes vœux sont à leur
comble, s'écria Fothergill, au lieu de
végétaux que j'aurais plantés , ce sont
des hommes que je nourrirai; et il
renonça dès-lors à ses projets de cul-
ture. Animé de la plus ardente phi-
lanlropie , et du patriotisme qui en
est inséparable, il ne cessa de faire
des efforts prodigieux pour prévenir
la scission des Anglo-Américains, et
pour l'abolition du commerce des
nègres. Je doute, dit à ce sujet l'im-
mortel Franklin , qu'il ait existé
un homme plus digne que Fother-
gill de l'estime et de la vénération
universelles. Il s'agit maintenant de
considérer, de juger le littérateur,
l'écrivain. C'était dans les recueils pé-
riodiques surtout que Fothergill aimait
à consigner le résultat de ses médita-
tions et de ses travaux. Les premières
observations dont il enrichit U'> Tran*
sactions philosophiques de 1744 et
de 1745, sont curieuses. Il examine
l'origine de l'ambre gris , les espècef^
31..
524 FOT
variées de raanne, la rupture du dia-
phragme, l'ëruplion bruyante du gaz
par le pénis. Les nombreux mémoires
qu'il inséra parmi ceux de la société'
luédicalc de Londres , tiennent un
rang fort distingue' dans cette collec-
tion importante , et peuvent se diviser
en plusieurs classes. La plupart ont
pour objet la thérapeutique et la phar-
macologie. I ". L'auteur donne, d'après
Russel , la description de la plante qui
produit la scammonec d'Alep, et rend
compte du succès avec lequel il l'a
cultivée en Angleterre. '2". Il signale
l'utilité du quinquina joint à de petites
doses de mercure doux pour guérir
les scrophules , et l'efficacité de ce sel
métallique contre la scialique , le lom-
bago et les vers. 3". 11 préconise la
vertu anlicancéreuse de la ciguë, bien
qu'il n'ait pas guéri un seul cancer
par l'usage de cette plante, à laquelle
les médecins français ont renoncé ,
après avoir été un moment séduits
par les promesses fastueuses du doc-
t(cur autrichien Stœrck. 4^* H expose
l'histoire botanique , chimique et mé-
dicale de la vintérane et du cachou ,
sur lesquels on ne possédait avant lui
que des renseignements incomplets.
Les observations de Fothergill rela-
tives à la pathologie , à la médecine
pratique et à la chirurgie, présentent
un vif intérêt j aussi plusieurs ont-
elles été publiées isolément , et tra-
duites en diverses langues. 5". Sur la
coqueluche , guérie par l'émélique,
à très faibles doses , incorporé dans
une terre absorbante. G'. Sur Vh/-
àropisie^ et sur les inconvénients de
trop retarder la ponction. 7°. Sur les
ulcères chroniques des jambes, I>a
médication proposée réunit tous les
avantages : il faut d'abord calmer l'in-
flammation par les éraollieuts, puis
appliquer un linge très fin, trempé
dans fcau végéto-minérale , ensuite
FOT
une plaque mince de plomb, soutenue
par un baudage. 8^^. Sur la phthisie.
L'auteur s'élève avec autant de force
que de raison contre l'abus des subs-
tances balsamiques et du quinquina ,
dont l'eïnpioi judicieux est parfaite-
ment déterminé. 9"'. Sur le rhuma-
tisme fébrile de la face. 10^. Sur
Vanc^^ine de poitrine y espèce d'étouf-
fcmcnt spasmodique, priucipaleraent
causé par une accumulation de graisse,
1 i". Description du mal de gorge
accompagné d'ulcères, qui a régné
en Angleterre , Londres , 1 748 »
in-8\j ibid., 1751 , in-8\; traduite
en français par de la Chapelle, Paris,
1749» i"-i2. Ce mal de gorge est
précisément l'angine gangreneuse épi-
démique, dont 1 heureux traitement
valut à Fothergill tant de richesse et
de icnommeV. vi". Remarques sur
l'hydrocéphale interne y ou liydro-
pisie des ventricules du cerveau,
traduites en français par M. Bidault de
Villiers, Paris, 1807, in-8'. Vicq-
d'Azyr regarde ce fragment de mono-
graphie comme un des tableaux les
plus finis que l'on ait jamais tracés
en médecine. 1 5". Conseils auxjem^
mes de quarante à quarante-cinq
ans , ou conduite à tenir lors de la
cessation des règles, traduits et ex-
traits des observations et recherches
de la société médicale de Londres ,
et augmentés de notes, par Petit-Radel,
Paris, 1800, in- 1*2; ibid., 1812. Il
eu existe une autre traduction fran-
çaise, également avec des notes, par M.
Giraudy, Paris, i8o5, iu-S". On doit
à Fothergill plusieurs écrits intéres-
sants d'hygiène publique : il a peu-
fectionné l'art de rappeler les noyés
à la vie, prouvé la uécessiiédc trans-
porter les sépultures hors des villes ,
indiqué les moyens de rendre les in-
cendies plus rares. Il a puissamment
secondé le pUilantropc Howard daus
FOT
ses généreux desseins peur Tamelio-
ration du sort des prisonniers. I! a
payé le dernier tribut aux mânes de
ses deux amis , Pierre Collinson et
Alexandre Russcl. Tous ses écrits out
été rassembles après sa mort, et pu-
blie's en anglais , d'abord par Elliot ,
Londres, 1781, in-S". ; puis par
Leltsom , Londres, l'yBS, 5 vol.
in-S". ; ibid. , 1784, in-4"«î en alle-
mand ( traduits de l'anglais et du la*
tin, avec des notes), Altenbourg ,
1 785 , 2 vol. in-8'. Linné fils a con-
sacre au docteur Fothcrgill, sous le
nom de Fother^ïlla , un genre de
plante, composé jusqu'à pre'sent d'une
seule espèce : c'est un joli petit ar-
buste de la Caroline, placé, quoique
hermaphrodite, dans la famille des
julifères ou amentacés, à côté de l'aune,
dont ila le feui!laj:;e. C.
FO-THOU-TCHHÏNG, célèbre Sa-
manéen , qui contribua puissamment
à 1 étabhssement de la religion de
Bouddha à la Chine, était né dans la
contrée que les Chinois nomment
Thian - tchou , c'est - à - dire , dans
THindoustan, et sa fimille se nom-
mait Pe. Il s'était livré de bonne
heure à l'étude, et avait fait de très
grands progrès dans les sciences oc-
cultes. L'an 3 10, il vint s'établir à
Lo-vang , à présent Ho-nan , Tune
des capitales delà province de ce nom.
Cette ville était alors la résidence
des rois Tchao antérieurs , princes
d'origine Hioung non , qui régnèrent
dans le nord et l'occident de la Chine,
depuis l'an 3o8 jusqu'en 329. Ce fut
à la cour de ces princes tai tares que
Fo-thou-tchhing fit les premiers essais
du pouvoir qu'il prétendait exercer
sur la nature, mais qu'il avait en effet
sur les hommes simples et peu ins-
truits. Il débuta par assurer qu'il avait
déjà vf^'cu plus de cent années, qu'il
se nourrissait d'air, et qu'il pouvait
FOT 525
passer plusieurs jours sans prendre
d'autres aliments. Le nom chinois qu'il
avait adopté, significatif comme tous
ceux de la Chine, et probablement
traduit de celui qu'il avait porté dans
l'Inde, voulait dire pureté de Boud-
dha. Il se flattait d'entretenir un cora- .
îiiorce avec les esprits, et de pouvoir,
par ses enchantements, tenir à sa
disposition les bons et les mauvais
génies. On raconte qu'il avait au côté
de sa robe une ouverture qui, pen-
dant le jour, était toujours fermée
avec des cordons de soie; mais la
nuit , quand il se mettait à l'étude, il
entr'ouvrait sa rObe , et il jaillissait de
son sein une lumière qui éclairait
toute sa maison. Les jours consacrés
au jeune et à la purification , il se
rendait au bord d'une rivière j et là ,
tirant par cette ouverture son cœur et
ses entrailles , il les lavait avec soin ,
pour les remettre ensuite à leur place.
Jl avait un talent tout particuher pour
expliquer le son des cloches , et il en
tirait , pour les événements heureux
ou malheureux , des pronostics que le
succès ne démentit jamais. Chi-le ,
prince tartare, qui renversa la dynas-
tie des Tchao antérieurs , et leur fit
succéder sa famille , sous le nom de
Tchao postérieurs , ayant envoyé ses
troupes à Lo-yang , et celte ville ayant
été pillée et ravagée , Fo-lhou-tchhing
se retira dans un lieu désert , pour se
livrer en paix à ses exercices de piété,
et y observer sans risques les évé-
nements. 11 n'avait pas jugé prudent
de se présenter à Chi-le, parce que
ce nouveau souverain avait été d'abord
fort mal disposé à l'égard des Cha-'
men ou Samanéens. Tous ceux qu'il:
avait rencontrés, avaient été mis à
mort ; et il en avait ainsi péri un très
grand nombre. Néanmoins Fo-thou-
tchhing crut pouvoir se fier au g^éné- /
ralissime des armées de Chi-!e ^ nommé
326
FOT
Kouo-he-lio , qui lui donna un asile
dans sa maison. Bientôt l'influence des
avis dont le Samanéen payait la pro-
tection du général, se fit remarquer
au dehors. Il prévoyait avec certitude
quel devait être le succès de chaque
combat, et faisait prendre d'avance les
dispositions convenables. Chi-le, qui
s'aperçut de ce surcroît de prudence
et d'habileté , conçut que'ques soup-
çons j et s'en étant éclairci, il apprit
de Kouo-he-lio, qu'uu Cha-men, ins-
truit dans l'art de la magie, ou, pour
mieux dire , un esprit , était venu loger
chez lui , et qu'il n'avait eu qu'à pro-
fiter de ses leçons. Le prince ordonna
qu'on fît venir devant lui le Samanéen,
pour juger par lui-même de ses con-
naissances. Fo-thou-tchhing, dont la
fortune dépendait de cet examen , re-
doubla d'attention pour en sortir à son
lionneur. II prit un vase d'airain plein
d'eau , et ayant brillé des parfums et
prononcé des paroles magiques, on
en vit sortir un lotos bleu, éclatant
comme le jour. Il ne s'en tint pas à
ce prestige, et voulut mériter , par des
services réels, la faveur qu'il ambi-
Wonnait. Les habitants de la ville de
Vang-lheou, au nord du Hoang-ho,
avaient formé le projet de massacrer
l'armée de Kouo-he-lio, pendant la
nuit. Il en avertit ce général , qui dut
la conservation de ses troupes aux
précautions que cet avis lui fit prendre.
Chi-le pourtant voulut encore éprou-
ver Fo-thou-tchhing ; mais après di-
vers essais , dont celui-ci sut toujours
se tirer avec succès, il ne mit plus de
bornes à sa confiance , et ne chercha
qu'àtirerpartidcstalentsdecfthomme
extraordinaire. La source qui fournis-
sait de Teau aux fossés de la ville de
Siang-koue, où Chi-le faisait sa rési-
dence , vint à tarir tout à coup. Fo-
ihou-tchhing fut prié d'y remédier. Il
se rendit donc à la fontaine située à
FOT
une demi -lieue au N. 0. de la ville.
Il y fut .suivi d'un peuple immense, et
surtout d'une foule de Tao-sse, sorte
de sectaires chinois, éternels rivaux
des Bouddhistes, qui eussent été char-
més de le surprendre en défaut. En
présence de tout le monde, Fo-thou-
tclihing se fit apporter des coussins ,
s'assit au-dessus de la fontaine , brûla
des parfums de la Perse, et répéta
plusieurs longues pnères. Il fit ces cé-
rémonies pendant trois jours. Au bout
de ce temps, i'eau commença à couler
en abondance , et alla rcniplir les fos-
sés de la ville. On vit aussi sortir de
la fontaine un petit dragon , long de
cinq à six pouces, qui se laissa aller
au fil de l'eau. En l'apercevant, tous
les Tao-sse prirent la fuite précipitam-
ment. Les Siau-pi, nation de Tartares
orientaux, étant venus avec leur chef
Thouan-mo-po, pour attaquer Chi-le,
ce prince alla consulter Fo - thou-
tchhing , qui lui répondit : « Le son
» des cloches m'a appris que demain ,
V à l'heure du repas , Thouan-rao-po
» serait pris. » Chi-le monta sur \cs
remparts; mais, ne voyant aucune
troupe entre loi et l'armée ennemie,
il craignit d'avoir été trompé, et en-
voya une seconde fois consulter le
Samanéen. a Dans ce moment même,
» dit celui-ci, les ennemis doivent
» être prisonniers. » En effet, des
soldats, qui, à l'iusudeChi-le, étaient
en embuscade au nord de la ville , sor-
tirent, et cernèrent toute l'armée des
Sian-pi. Lieou-yao , roi des Tchao
antérieurs, voulut tenter un dernier
effort contre Chi-le , et marcha à sa
rencontre avec tout ce qui lui restait
de troupes fidèles. Chi-le eut encore
recours à son oracle , qui lui répon-
dit : « Le son des cloches remuées
» ensemble a exprimé les mots sui-
» vanls , qui sont des mots d'une
» langue barbare : sieouicki , ti li-
FOT
n Jifing , pou-kou , khïu-tho-tang. Le
» premier, c'est Tarmëe; le second
» signifie 5oram; le troisième désigne
» le trône c'irangcr de Lieou-yao , et
» le quatrième veut dire sera pris.
» Cela signifie que notre armée vain-
» cra , et prendra Lieou-yao. » Il
ordonna ensuite à une jeune vierge de
se purifier pendant sept jours , de
prendre après ce temps du fard mêlé
d.tns de l'huile de chanvre, et de s'en
oindre le corps. Mais, à peine eut-
elle pris de ce fard dans sa main ,
qu'elle aperçut une grande clarté, et
s'c'cria , tout efFraye'e ; a Je vois une
» multitude innombrable d'hommes
» et de chevaux, et je distingue parmi
» eux un homme d'une taille élevée,
» avec un cordon de soie e'carlate
» autour du bras. » Le Samane'en
dit : C'est Lieou-yao lui-même. Chi-le,
rassuré par les promesses de Fo-thou-
tchhing, se mit à la tête de ses troupes,
attaqua Lieou-yao , le prit, s'empara
de Lo-yang , et mit ainsi fin à la dy-
nastie des premiers Tchao. Fo-thou-
tchhing, revêtu de nouveaux hon-
neurs , continua de résider à sa cour,
et de reconnaître ses bienfaits par
d'importants services. 11 y avait un
général de Chi-le, qui était de la
même famille tartare que ce prince, et
qui était surnommé Thsoung : ce mot
désigne l'ail en chinois. Chi-lhsoung
était sur le point de se révolter. Fo-
thou-tchhing , qui eut connaissance de
ses projets , en avertit Cbi-le d'une
manière détournée. « Celle année, lui
j> dit-il , il y aura dans l'ail des vers
V qui feront mourir ceux qui en raan-
î> geront : il faut défendre au peuple
» l'usage de l'ail. » A cette défense ,
Chi-thsoung se crut découvert, et prit
la fuite. Chi-le avait un fils qu'il ai-
mait tendrement : ce jeune homme ,
nommé Pin, fut attaqué d'une m.'»Ia-
dic crueye , et succomba en peu de
FOT ^'l^
jours. On étiit sur le point de l'enseve-
lir. Chi-le fit appeler Fo thou-tchhing,
et lui dit, en versant des torrents do
larmes : « J'ai entendu dire qu'autre-
» fois Phian-thsio rendit la vie au
» prince héritier de Koue ; un tel
» miracle est -il au-dessus de votre
» puissance? » Fo-lhou-tchhing se fil
aussitôt apporter une branche d'ar-
bousier, 1 imprégna d'eau, fit des asr
persions, et tendit la main à Pin, en
lui disant : Levez-vous. Le jeune prince
ressuscita aussitôt, et, en peu de jours»
il eut entièrement recouvré la santé.
Un semblable prodige ne manqua pas
d'attirer à Fo-lhou-tchhing une foule
de disciples , au nombre desquels se
trouvaient les enfants même de Chi-le.
Mais le bonheur dont on jouissait à la
cour de ce prince, fut bientôt inter-
rompu. Uu jour, par le temps le plus
serein , l'iiir étant parfaitement tran-*
quille, une des cloches qui étaient sur
la tour du monastère où habitait le
Saraanéen avec ses disciples, vint à
sonner tout à coup. « Ce son, dit Fo-
» thou-tchhing à ceux qui l'eutou-
» raient, annonce que le royaume
» aura cette année même un grand
» sujet de deuil. » En effet, Chi-le
mourut dans le courant de l'année, et
Khi-loung s'empara du trône. Il trans-
porta sa cour à Ye, et y fit venir
Fo-thou-tchhing, qu'il combla de plus
d'honneurs que ne lui en avait jamais
accordé son préttéccsseur. C'est à ce
règne qu'on peut placer l'époque des
véritables progrès de la religion boud-
dhique à la Chine, progrès que les 'fau-
sse et les lettrés cherchèrent en vain'
à arrêter, les premiers en rivalisant
avec les Bouddl^istes de prestiges et
d'impostures , et les antres eu ^sant
des représentations conformes à la
droite raison et à la plus saine polili'
que. Les peuples coururent en foule
aux Bïonasl^res d^ 5^-4hou-tçhhing ,
3i8 FOT
beaur.onp J embrassèrent la vie reli-
giiuse cl contemplative; et le nombre
en devint si grand, que Khi-ioung fut
enfin fo»'cë (ie prêter l'oreille aux rc'-
claraations des lettre's , sur un objet
qui intéressait si puissamment les
mœurs chinoises. Cela commença à
jeter quelque froideur entre Fo-thou-
tchhing et lui. Une autre chose vint
augmenter co mécontentement. Le
prince Souï, fils d Khi-ioung , per-
dit un de ses cnf<ints , malgré la pro-
messe qu'un habile médecin et un
Tao-sse, qui le soignaient, avaient
faite de le sauver. Fo - thou - tchhnig
avait prédit cet événement ; mais il
ne put ou ne voulut pas employer le
talent dont il avait fait preuve pour le
fils de Chi-le; et depuis lors, Souï
conçut contre lui une haine violente,
qui obligea ce philosophe à se tenir
éloigné de la cour. On fut pourtant
forcé d'avoir encore recour^ à lui,
dans une sécheresse extraordinaire
qui désola le royaume. Les cérémo-
nies eu usage à la Chine , dans ces
circonstances, i/ayant produit aucun
effet , Fu - ihou - tchhing fut prié de
remédier à ce fléau. A peine eut - il
commencé ses conjurations , qu'un
dragon blanc , à deux têtes , des-
cendit sur l'autel; et le jour même
une pluie abondante vint fertiliser
plusieurs centaines de lieues de pays.
On contiiiua depuis de le consulter
dans différentes circonstances , pour
expliquer des songes , tirer des pré-
sages, et donner la clef de ces phéno-
mènes naturels, auxquels les Chinois
ont toujours attaché des idées supers-
titieuses. Mais enfin, il y eut, entre
le prince et lui , une grande brouille-
rie, au sujet, de peintures et de por-
traits d'hommes célèbres, qu'on avait
ordonnés pour un temp!e nonvelle-
raeni construit. Khi-loung fut si mé-
content de la maBicre dont les pcin-
FOT
turcs avaient été exécutées, qu'il ne
voulut plus parler à Fo-thou-tchhing.
Celui-ci se voyant perdu dans l'esprit
de son maître, se fit creuser un tom-
beau à l'occident de la ville de Ye, et
dit à ses disciples *: « L'année meou-
» chin du cycle ( 55o ) , il doit éclater
» beaucoup de troubles , et l'année
» i-jeou ( 35i ), la famille Chi sera
» totalement détruite. Ainsi donc ,
» avant de voir de pareils malheurs ,
» je vais me soumettre aux lois de la
» transmigration. » 11 mourut en effet
dans le monastère de Ye-koung. L'his-
torien chinois, qui m'a fourni les dé-
tails précédents (i), ne marque point
l'année de sa mort; mais il paraît cer-
tain qu'elle arriva l'an 349. Quelque
temps après , il y eut un Cha-men qui
vint de Young îcheou , dans la pro-
vince de Chen-si , pour lui rendre des
honneurs, et visiter sa tombe. Khi-
loung ordonna qu'on ouvrît la sépul-
ture ; mais on n'y trouva qu'une pierre
à la place du corps de Fo- 1 hou-lch hin^.
Khi-loung, fusant allusion au nom de
sa famille, C/»*, qui signifie ;?i<?rre, dit:
« (vClte pierre , c'est moi. Vous pou-
» vez au^si ra'ensevelir; car je ne tar-
» derai pas à mourir. » Effective-
ment, il tomba malade, et mourut
l'année suivante. Sa mort fut le signal
de grands troubles et du renverse-
ment de sa famille, conformément à
la prédiction de Fo-thou-tchhing.
Quelle que soif Topinion que ie vulgaire
ait pu roneevoir de ce dernier, on ne
peut se refuser à voir en lui un homme
exiraordinnire, au moins par le ta-
lent qu'il eut, au milieu de ses rivaux
et de ses ennemis, de mainler.ir sa
réputation intacte , et de savoir choi-
sir à propos, pour les presUges dont
il soutenait sa doctrine , les temps ,
les lieux et les spectateurs. La philo-
( 1) JJiit. de la tijnaslie de* Tiiiiy ac p.ulie.
Biographie^ ch. gS, p «3 eiiuiv.
FOU
Sophie qu'il professait, nce des aii-
liquns écoles de l'Inde, et sœur de
celle de Pytba'^ore , ne dédaignait pas
ces moyens, que la stricte morale dé-
savoue , mais que la politique s'est
toujours permis dans les contrées et
dans les siècles oîr ils peuvent être
employés avec succès. Cenx qui cou-
naissent les importants services que
la secte de Bouddha a rendus à l'hu-
manité, en contribuant à la civilisa-
tion desTartares, et consacrant au re-
pos et à la piix plusieurs des régions
de h Haute-Asie, ne sauraient blâmer
Fo-tlioutchhing d'avoir mis en usapçe,
pour sou établissement, des 0ioyens
que les philosophes les plus sévères
de l'antiquité ont souvent appelés à
leur secours, avec des vues moins
nobles , ou d'après un pirin moins
bien concerte. On remarquera , au
reste, que les prodiges opérés par
Fo-thou-tchhing sont rapportés, par
les auteurs contemporains , comme
étant de notoriété publique, et ayant
pour te'moins des peuples entiers.
C'est un rapprochement de plus à
établir entre lui et Apollonius de
Tyane , qui passait , comme notre
Samauéen , pour savoir prédire l'a-
venir , expliquer les présages , con-
naître à l'instant les événements éloi-
gnés , et même ressusciter les morts.
A. U— T.
FOUBERT (Jean ), bénédictin,
né à Si.-Benoît-sur-Loire en j54o,
élevé par les soins du cardinal Odct de
Châti Ion, mais plus constant que son
protecteur, eut à peine prononcé ses
vœux dans l'abbaye des bénédictins
de sa ville natale, qu'il releva Té-
clal de sa congrégation, autant par
ses talents que par la sagesse de son
administration. 1! mourut le i8 avril
1619. On doita Jeai:Foub(Tt: l. His-
toire des Lombards , traduite de
Paul Diacre, précédée d'une préface
FOU 5^9
et dé la vie de cet aïiteur, Paris,
160 3. II. Supplément à l'Histoire
des Lombards de Paul Diacre, ti:é
de différents auteurs, depuis l'élec-
tion d'fli'debrani jusqu'à la prise de
Paviepar Charlemagne, Paris, i6o5,
in-8 '. Dom Foubert fut un des pro-
tecteurs du célestin Dubois, à qui
nous devons le recueil ii.titulé : Èi-
bliotheca Floriacensis. P — d.
FOUCAULT (Louis, comte de
Daugnon , maréchal de), d'une fa-
mille ancienne , fut d'abord attaché
au cardinal de Riclielieu en qualité de
page ; il entra ensuite dans la marine ,
se distingua dans plusieurs occasions,
et obtint, en récompense de ses ser-
vices , le gouvernement de l'Aunis et
des îles de Ré et d'Oléron. Pendant
les troubles de la fronde, le comte de
D (ugnon suivit le parti du prince de
Condé; mais on parvint à l'en de'ta-
clier en 1 653, et, pour le dédomma-
ger de la perte de son gouvernement,
il fut fait maréchal de France, et re-
çut une somme considérable. 11 mou-
rut en 1659, à l'âge d'environ qua-
rante-trois ans. W — s.
FOUCAULT (François), prê-
tre, né à Orléans vers 1 590. JNous le
citons moins pour les tiaités mysti-
ques qu'il composa, que pour les im-
menses services qu'il rendit comme
citoyen et comme prêtre aux habi-
tants d'Orléans, lorsqu'cn i6i6 une
peste cruelle dépeupla leur ville. Digne
imitateur de Charles Borromée , il en
institua, pour le chrgé dé sa patrie, la
confrérie qui subsiste encore. Fran-
çois Fouctult mourut en 1640. On
lui doit un livre de prières intitulé , le
Pain cuit sous la cendre apporté par
un an^e au prophète Elle pour con-
forter le moribond , Orléans , 1 65 1 .
Dans une seconde édition qui en fut
faite , on substitua au titre , qui parut
trop recherché , celui de Prières
55o FOD
chrétiennes pour servir de prépU'^
ration à la mort. Ce livre est par-
ticulièrement utile âux victimes des
pialadies contagieuses. — Il ne faut
pas confondre cet auteur avec Nicolas
Foucault, du même diocèse et de la
même famille, mort le 1 8 avril 1692.
Ses Prônes pour tous les Dimanches
de Vannée, publies en 1696, se ven-
dirent si rapidement que, quelques
années après, on en fit une seconde
édition. Ce ne fut pas le seul service
que Nicolas Foucault rendit aux mœurs
de son pays : temps, soins et fortune,
il sacrifia généreusement tout pour
rétablissement du Bon - Pasteur ou
des Filles pénitentes sur le modèle
de celui de Paris. Il leur assigna une
maison , pourvut à leur entretien , et
dans cet œuvre de miséricorde trouva
des coopérateurs, qui suivirent volon-
tiers un si bel exemple sous' l'in-
fluence du cardinal de Coislin, alors
ëvêque d'Orléans. Cet établissement
du Bon - Pasteur produisait les plus
heureux fruits : il disparut pendant
les orages de la révolution. P — d.
FOUCAULT (Nicolas-Joseph),
ivé à Paris le 8 janvier i645, était
(ils de Foucault , secrétaire du conseil
d'état, que Colbert honorait d'une
cofifiauce intime, et petit-fils, par sa
mère, de ce Metezeau, qui imagina et
construisit la fameuse digue de la Ro-
chelle, en i632. Il annonça dès l'en-
fance un esprit vif et pénétrant. Après
avoir fait sa philosophie et son droit
avec un grand succès, il del3uta au
barreau de la manière la plus brillante.
Jl obtint, étant encore fort jeune, la
place de procureur-général aux re-
quêtes de l'hôtel; mais il la dut moins
à la faveur qu'à son mérite personnel.
31 passa ensuite au grand conseil, oîi il
remplit, pendant trois ans, les fonc-
tions d'avocat-géuéral avec une telle
distmction , que le roi lui accorda la
FOU
charge de' maître des requêtes. Nomm^
intendant de la généralité de Monlau^
ban, il fut bientôt appelé à Pau pour
y remplir les mêmes fonctions dans
une circonstance difficile : c'était à
l'époque de la révocation de l'édit de
Nantes (i685). Il parvint, par sa sa^
gesse, à calmer les esprits très agités
dans le Béarn. Les états de la pro^
vince lui en témoignèrent leur recon-
naissance , en faisant frapper une mé-
daille en son honneur. Le Poitou était
en proie à des troubles. Foucault, en-
voyé aussi dans cette province eu
qualité d'intendant, y rétablit la tran-
quiilit%Il obtint le même succès dans
la généralité de Caen. Partout où il
parut, il assura l'ordre, et fit respecter
l'autorité publique. 11 avait un talenl
particulier pour saisir le caractère des
habitans confiés à ses soins , et le
diriger à son gré. Un des plus puis-
sants moyens qu'il employait, c'était
de se conformer aux mœurs et aux
usages du pays. D'un accès facile et
d'une humeur égale, affable envers
tout le monde , sévère à propos, il savait
à la fois se faire aimer et respecter.
Doué d'une conception heureuse, et
familier avec les principes de l'admi-
ciitration , il en aplanissait ai;>é-
ment toutes les difficultés. Sans entrer
dans des détails minutieux , il ne né-
gligeait aucune partie de l'ensemble.
Dans les différentes généralités où il
résida , il s'attacha à faire construire
des ponts , à pratiquer des routes. H
fonda des hôpitaux, des écoles et des
chaires publiques. Les villes de Mon-
tauban , de Pau , de Poitiers et de
Caen , lui doivent plusieurs établisse-'
ments de ce genre. Il obtint en 1705
la formation d'une académie royale
de belles-lettres à Caen. Il était litté-
rateur aussi distingué que bon admi-
nistrateur. Dans une de ses tournée^
en Qacrcy , il docoyviil à l'abbaye de
FOU
J^Ioissac le manuscrit de Mortibus
persecutorum , attribué à Lactajice ,
et qui n'était connu que par une cita-
tion de Sainl^éiôrae. Cet ouvrage a
été douné au public par Baiuze. On
doit encore'! à Fu;i.:an!t la conserva-
lion Ju Traité de Vori*^ine de la
langue française. ( f\ Caseneuve. )
Il se livrait paiur^ulièremenî à l'étude
des antiquités , et fît faire des fouilles
considérables au village de Vieux, à
deux lieues de Cacn , dans l'ancienne
ville des Fidocasses. Lo tome \". des
Mémoires de l'académie des inscrip-
tions et belles-lettres de Paris , dont
il était membre honoraire, renferme
le résultat de ses observations. Les
recherches qu'il fit en ce genre à
Alleaurae, près de Valogne, ont été
consignées d^ns les mémoires do Cay-
lus. Louis XIV, voulant récompenser
Foucault de ses longs services, l'ap-
pela à Paris , et le nomma conseiller
d'état. 1! devint aussi chef du conseil
de Madame. Dans {t?> moments de
loisir que lui laissaient ses occupa-
tions nombreuses, il avait écrit l'his-
toire de l'abbé de Saint-Martin , qui
existait à Caen à l'époque où il s'y
trouvait. Il s'était plu à retracer, sous
le titre àc Sanmartiniana , les traits
les plus piquants de la vie de cet
homme ridicule par son extrême va-
nité, et d'ailleurs estimable par les
institutions utiles qu'il a formées.
{f^oy. Saint - Martin. ) Foucault
n'eut pas le temps de publier ce re-
cueil : il mourut le 17 février 1721 ,
âgé de soixante-dix-huit ans. L — r.
FOUCHER (Paul) naquit à Tours
le 4 avril 1704, d'une famille oc-
cupée au commerce de la soie. Il fit
ses études chez les jésuites de celte
ville, et les fit sans aucun succès. Au
bout d'un assez long temps, il prit
du goût pour la poésie française, s'y
livra avec passion; et bi^niot, à son
FOU 55|
apathie primitive, succéda la fureur
poétique. Pendant ses humanités, il
lut la ^«frrtc//om>077i.ac^ie d'Homère;
et, voulant marcher sur les traces du
chantre d'ïlium, il composa, en plu-
sieurs chants, mi poème du Combat
des rats et des chats. Cependant celte
direction de son esprit était loin de
répondrf^ aux désirs de ses parents ,
et surtout d'un oncle, chanoine de
la cathédrale , qu'il était appelé à
remplacer. Foncher se rendit au^
voeux de sa famille, suspendit sa lyre ,
et entra , en 1 7 1 8, chez les oratoricns,
pour se livrer à des études plus sé-
rieuses. La mort d'un frère le rap-
pela chez luij mais, ne pouvant se
résoudie à embrasser la profession dq
commerçant, il vint à Paris faire uu
cours de théologie en Sorbonne, et,
pour en tirer plus de fruit, il se rendit
les langues anciennes familières. Des
revers suspendirent la pension que
lui payait son père ; il fut réduit alors
à se charger de l'éducation des enfants
du comte de Chatelux. Cette nouvelle
condition lui procura l'amitié du chan-
celier d'Aguesseau , grand-père de ses
élèves, et de Caylus, évêqued'Auxerre.
Ce dernier voulait se l'attacher; mais,
la duchesse dl la Tremoillc le donna
pour instituteur à son fils, et Foucher
resta toute sa vie attaché à cette illustre
maison. Admis en 1755 dans l'aca-
démie des inscriptions, il voulut par-
tager les travaux de cette compagnie,
et choisit pour objet de ses recherches
les religions anciennes. Foucher a
laissé sur ces matières deux grands
ouvrages. Le premier, sous le titre
de Traité historique de la reli-
gion des Perses, est composé de
douze mémoires et d'un supplé"»
ment , consignés dans les tomes
XXV, XXVlï, XXiX, XXXI et
XXXIX des Mémoires de racadémie.
Il l'entreprit pour réfuter l'opinion de
552 FOU
Thomas Hyde, qui, dans son lirrc
de Beligiojie P ers arum ,^réienà que
ce peuple connut dans le principe, et
conserva dans tous les temps la reli-
gion naturelle et le culte du vrai Dieu.
Foucher se de'clare pour le sentiment
contraire. 11 passe en revue les trois
époques de l'histoire des Perses, la
première depuis leur établissement
jusqu'au règne de Darius , fils d'Hys-
taspe, sous lequel vécut Zoroastre;
3a seconde, depuis la rëformation faite
par ce dernier jusqu'à la conquête de
îa Perse , et à la proscription du ma-
gisme par les Sarrazins, l'an 65 1 de
notre ère; la troisième, jusqu'à nos
jours. Foucher examine successive-
ment le sahàisme des Perses, qu'il
de'rive de l'hébreu Tsebah, et qu'il
interprète par adoration de Varmée
céleste^ et leur dualisme établi par
Manès. Il prouve qu'ils eurent un
culte de latrie pour le soleil et pour le
feu ; il range à peu près dans la même
classe les deux Zoroastres, et prend
de là occasion d'examiner les systèmes
de Pythagore, de Platon et des guos-
liques. La lecture du Zend-Avesta ,
qu'Anquetil du Perron n'avait pas en-
<^ore publie' à l'e'poque où parurent
ses mémoires , lui fournit depuis ma-
tière à un supplément, dans lequel il
se crut oblige de rétracter ce qu'il
avait dit de trop avantageux sur Zo-
roastre , d'après le témoignage des
philosophes grecs. Il existe une tra-
duction en allemand de son Traité ,
par J. F. Kleuker, Riga, 1781-85,
!i vol. in-4**. Le Second ouvrage de
Foucher, intitulé. Recherches sur
l'origine et la nature de VHellé-
nisme y ou Religion des Grecs , est
composé de neuf mémoires et d'un
supplément , imprimés dans les tomes
XXXI V, XXXV, XXXVI , XXXVIII
ft XXXIX du Recueil de l'académie.
Ce livre est entièrement systématique.
FOU
Partisan déclaré de l'intcrprclalion
historique des fables , Foucher les
explique par l'hypothèse des ihéo-
phanies, c'est-à-dire de l'existence ma-
térielle et humaine des dieux, ou de
la divinisation des héros. Cette hypo-
thèse, qu'il applique également aux
Egyptiens, aux Phéniciens, aux Grecs,
aux Indiens , aux Péruviens , aux
Celtes, ne piouve que l'inutilité de
SCS efforts pour défendre un système
insoutenable. On a encore de cet aca-
démicien : Géométrie métaphysique^
ou Essai dJ analyse sur les éléniens
de l'étendue bornée , 1768, in-8'.
Ce livre , dans lequel il combattait
quelques propositions de géométrie
généralement reçues, fut tour à tour
attaqué et défendu dans le Journal
des savants, Aq i 759 , et fournit ma-
tière aux plaisanteries de Clairault.
Foticher ne fit pas difficulté par la
suite de convenir , dans la société de
ses amis , qu'il était parti d'un faux
principe, en se persuadant que le cal-
cul infinitésimal supposait l'existence
réelle d'éléments physiques infiniment
petits. 11 a laissé en manuscrit des
Entretiens sur la religion , des tra-
ductions d'ouvrages anglais sur la
même matière , et une Histoire de la
maison de la Tremoille. Ce dernier
ouvrage qui lui donna occasion d'é-
ciaircir quelques points de l'histoire
de France par des mémoires qui furent
lus â l'académie, était à la veille d'ê-
tre mis sous presse, lorsque l'auteur
mourut d'une attaque d'apoplexie le
4 mai 1 778 : son éloge par Dupuy se
trouve dans le tome XLII des Mé-
moires de l'académie. Foucher étnit
du nombre, assez considérable, comme
chacun le sait, des gens de lettres en
butte aux sarcasmes de Voltaire. —
Foucher ( Simon ) , chanoine de Di-
jon, né dans celle ville en »644 »
mort à Paris en 1696 , fut surnommé
FOU
Je son temps le restaurateur de la
pliilosopbie académique, parce qu'il
s'efforça de faire revivre les dogmes
de celle philosophie, dont il écrivit
Thistoirc. Jl eut de fréquentes disputes
avec le père Mallebranche, et publia
pjnsieurs ouvrages , aujourd'hui en-
tièrement oubliés , tels que : I . Critique
du la Recherche de la vérité, Paris ,
1 G75 , in-i 2 , avec une Dissertation
apologétique, Paris, i(i87, 1693,
in- 12. II. Dialogue entre Empirias-
tre et Philalète , sans date ni indica-
tion de heu, in -12. Ce livre sur la
philosophie de Descartes , est très rare
et incomplet; l'impression ne va que
jusqu'à la page 56o. llï. Lettre sur
la morale de Confucius, Amsterdam
(1688), in-i2, et avec le petit volume
du Moraliste chinois. IV. Traité des
hygromètres , Paris, 1686, in-12.
Les travaux des physiciens modernes
ont rendu ce Uvre entièrement inutile.
D. L.
FOUCHEa D'OPSON VILLE
( ), né en 1754, mort le
i4 janvier 1802. Il existe, sur la vie
et les écrits de cet auteur, une Notice
par M. Garangeot , secrétaire de la so-
ciété d'agriculture de i^eine-et-Marne,
Meaux, an XI, in-8^. de douze pages:
nous n'avons pu nous la procurer.
Nous dirons seulement que Foucher
€utra au service en 1752, qu'il fît
deux fois par terre le voyige de France
aux Indes , et qu'il fut chargé de mis-
sions importantes auprès des princes
indiens. On a de cet auteur : I. Sup-
plément au Fojage de Sonnerai
{ F. Sonnerat), Amsterdam (Paris),
1785, in-8'. de trente-deux pages,
contenant des observations critiques.
II. Lettre d'un voyageur au baron
de L. sur la guerre des Turcs,
Paris, 1788, in-8'. III. Le Fran-
çais philantrope, ou Considérations
patriotiques relaùs^cs à une ancienne
FOU 53:>
ci nouvelle aristocratie , Paris, 1 78g,
iii-8'. IV. Eveil du patriotisme sur
la révolution , Paris , 1 79 1 , in-8**.
Sans jamais approuver les crimes de
la révolution, Foucher, comme tant
d'autres , s'était laissé séduire par les
promesses des novateurs. V. Baga-
vadam , ou Doctrine divine ( des In-
diens) sur V Etre suprême, les dieux,
les géants et les hommes , Paris ,
1788, in-8''.; traduction faite sur une
version tamoule, par Mcridas Poule,
interprèle de Tancienne compagnie
des Indes , aux frais de Foucher, qui
lui payait pour cet objet 60 francs par
mois, jusqu'au moment oix il s'aperçut
que son infîdèle traducteur avait en-
voyé en France une copie de sa ver-
sion. C'est sur cette copie, adressée en
1769 au ministre Berlin, que De
Guignes lut, en 1772, à l'acad. des
inscript. (iWem.ZXXF///, 5i2),
un mémoire dans lequel il fait voir
que ce livre, l'un des dix-huit ^om-
ranams, ou livres sacrés des Indiens,
et dont l'original samscrit passe chez
ce peuple pour avoir été composé par
Yiassen , fils de Brahma , environ
5i 16 ans avant J. C, est postérieur
à rétablissement des Grecs dans l'Inde
et aux communications des Romains
avec les Indiens (i). Quoique , de son
propre aveu, Foucher n'entendît pas
les langues de l'Inde, il pensa que
vingt ans de séjour dans ce pays de-»
vaient lui fournir assez de moyens de
comparaison et de redressement pour
retoucher le travail de son interprète.
VI. Essais philosophiques sur les
mœurs de divers animaux étran-*
gers , Paris , 1 783 , in-8'. Ce curieux
ouvrage, extrait du Journal des Voya-'
ges de l'auteur , embrasse aussi l'his-
(i) Anqaetil-Duperron cvoVtle Bagavadatm^nS'
teneur au troisième siècle de l'ère chrotienne; et
De Guignes, après avoir pesé se» rais0nt , finit
parle croire même postérieur au mahumé lisn^e ,
534
FOU
toire naturelle, lesraœurs elles usages
des peuples que D'Opsonville a violés.
11 traite successivement des serpents ,
des crocodiles , des caméléons , et des
sauterelles qui servent à la nourriture
des Juifs et des Arabes, ces peuples
les classant parmi les animaux purs.
Le combat des hommes avec les tigres,
corps à corps , fixe ensuite son atten-
tion; et, à ce sujet, il entretient le
lecteur des grandes qualite's de Hider-
Ali-Khân , avec lequel il eut de fré-
quentes relations. Il expose ses con-
jectures sur le motif de la vénération
des Indiens pour le cheval , l'âne et
le bœuf. Le lait , le caillé , le beurre ,
J'urine et la bouse de vache , sont ,
suivant eux , les cinq choses les plus
utiles à l'homme. Une tempête assez
violente que Foucher éprouva , lui
donna lieu de connaître le caractère
indolent et pusillanime de ces peuples
qui, accroupis, les bras croisés, at-
tendaient en silence la mort. A l'occa-
sion du chameau , si bien nommé le
navire du déseit, il nous parle de ses
propres infortunes. En Arabie, il fut
attaqué de la peste, obligé, par la
violence du mal, d'abandonner la ca-
ravane qu'il suivait, et jeté sans con-
naissance au milieu du désert, par un
religieux musulman à qui on l'avait
confié. Là , sans autre médecin que
la nature, sans autre secours qu'un
peu d'eau , il se vit en peu de temps
couvert d'ulcères. Exposé le jour aux
feux ardents du soleil , traîné la nuit
sous un coin d'abri par des femmes
arabes qui eurent pitié de lui, il languit
ainsi pendant trois semaines, au bout
desquelles il parvint à se faire repor-
ter à Alep, où, dans l'espace d'un
mois , ses plaies se cicatrisèrent.
Eclairé par sa propre expérience,
D'Opsonville présente, sur la nature
€t sur le traitement de la peste , des
idées saines , lumineuses , et qui mé-
FOU
ritent d'être propagées. Dans le posé-
scriplum qui termine son ouvrage ^
il en annonce un autre, beaucoup
plus étendu, sur l'Inde et ses antiqui-
tés; mais de ce travail intéressant il
n'a publié que le Ba^avadam , qui
était destiné à en faire partie. Z.
FOUCHIER ( Bertrand), peintre,
né à Berg-op- Zoom le i o février 1 6og.
Son père, voyant son inclination pour
la peinture, le plaça chez Van-Dyck,
à Anvers ; mais les nombreuses occu-
pations de ce grand artiste lui faisaient
négliger ses élèves. Fouchier, qui avait
appris déjà dans son école à bien
peindre le portrait, entra dans celle
de Jean Billaert, à Utrccht. Il fit en-
suite le voyage de Rome , et s'attacha
de préférence à la manière du Tin-
toret. Le pape Urbain VIII, à qui
ses talents avaient plu , lui aurait
assuré une existence heureuse, si Fou-
chier n'eût pris parti dans une que-
relle d'un peintre, son compatriote et
son ami , et n'eût été obligé de quitter
Rome. Il revint dans sa ville natale
par Florence, Paris et Anvers, chan-
gea sa manière, et imita celle de Brau-
wer pour plaire aux amateurs ; il
peignit long -temps à l'huile et sur
verre : on estimait surtout ses tableaux
de conversation. Ce peintre, dont les
ouvrages sont peu connus en Fran-
ce , mourut à Bcrg-op-Zoom eu 1 674 >
à soixante-cinq ans. D — t^
FOUCHY (Jean-Paul Grane-
JEAN de), secrétaire perpétuel de l'a-
cadémie des sciences, naquit à Paris,
en 1707. !!• avait reçu de la nature
d'heureuses dispositions, que son père,
homme d'esprit et savant dans plus
d'un genre, cultivait avec le plus grand
soin . Son goût sembla d'abord le porter
vers la poésie, mais il sut y résister;
et si , pendant le cours d'une longue
vie, il laissa passer peu d'années sans,
i:ompo5er quelques pièces de vers, il'
FOU
feut Tattentioa de ne les confier qu'à
des amis incapables de trahir son se-
cret. La musique fut aussi pour lui un
délassement agréable. Il jouait de plu-
sieurs instruments assez bien pour se
faire applaudir dans les sociétés les
plus brillantes; mais il redoutait trop
le bruit pour céder aux instances
qu'on pouvait lui faire; et les per-
sonnes qui vivaient dans son intimité'
étaient seules admises à jouir de ses
talents. Après la mort de son père,
Fouchy se trouva possesseur d'une
fortune médiocre, mais plus que suf-
fisante pour un homme d'un carac-
tère aussi raodéré.ll acquit une charge
d'auditeur des comptes, et parta^^ea
dès-lors sa vie entre l'exercice de ses
devoirs et la culture des sciences. Une
société composée de savants et d'ar-
tistes, s'était, dit un biographe, for-
mée à Paris; elle devait s'occuper
d'appliquer aux arts et aux sciences
les principes et les théories scienti-
fiques qui peuvent en diriger et en
perfectionner la pratique. Fouchy y
fut admis, et s'y distingua bientôt par
son zèle et par ses travaux. L'acadé-
mie des sciences le reçut dans son sein,
en 1751 , comme astronome ; et cha-
que volume publié depuis lors par
celte compagnie savante renferme
des mémoires dans lesquels il rend
compte de ses observations sur les
phénomènes arrivés pendant l'année :
il en donna aussi deux qui ont pour
objet, le premier, la simplification
des méthodes en usage pour calculer
les révolutions des astres; et le second,
la simplification des instruments dont
l'acquisition ou le transport pouvait
être un obstacle aux travaux de ses
confrères. Mairau ayant donné, en
1 745 ? sa démission de secrétaire per-
pétuel de l'académie, Fouchy fut nom-
mé à sa place. C'était pour ainsi dire
,s.uccçdei' àFontenelle; et la répulaùon
FOtr â35
des éloges de celui-ci , genre dans le-
quel il n'avait point eu de modèle , et
où il avait mérité d'en servir , rendait
très difficile la tâche de son continua-
teur. Fouchy avait le goût trop sûr
pour penser à imiter servilement Fon-
tenelle : il se créa une manière nou-
velle ; et si ses éloges n'offrent pas le
même intérêt que ceux de son prédé-
cesseur, on ne peut nier pourtant que
le style n'en soit très convenable, et
qu'il n'y règne un ton de franchise et
de bonne foi qui lui gagne la confiance
de tous les lecteurs. Fouchy remplit
cette place pendant trente années avec
autant de zèle que de succès ; mais
enfin l'âge et les infirmités lui faisant
éprouver le besoin de repos, il donn,^
sa démission (1). Quelques années
après sa retraite, dit le biographe dc«
jà cité , Fouchy éprouva un accident
singulier. Saisi d'un étourdisseraent ^
il fit une chute ; et le lendemain, ayant
repris sa connaissance entière , jouis-
sant de toute sa tête, il s'aperçut que
si les organes de la voix qui avaient été
embarrassés pendant quelque temps,
étaient devenus libres , ils avaient cesse'
d'obéir à sa volonté; que lorsqu'il
voulait énoncer un mot, sa bouche en
prononçait un autre : en sorte que ,
dans le moment où il avait des idées
nettes, les paroles étaient sans suite.
Lui-même rendit compte de cet acci-
dent dans les Mémoires del'académie :
il détailla tous les symptômes, toutes
les particularités de ce phénomène ,
avec une simplicité, un calme, une in-
différence même, dignes des héros du
stoïcisme antique; et l'on voit par ces
détails qu'au milieu même de ces symp-
tômes si effrayants qui le menaçaient,
pour le reste de sa vie, d'une exis-
tence pénible et humiliante , il était
plus occupé d'observer ses maux que
(i) Ce fui Coadorcet qui Jui luccéda.
556
FOU
de s'en affli?;er. Ce trait suffitseul pour
faire apprécier le caractère de Fou-
chy. Ce respectable doyen des sa-
vants français mourut à Paris le 1 5
avril I 788, à 81 ans. Outre les nom-
breux mémoires imprimés dans le Ke-
cuci! de l'académie des sciences , et la
description de quelques instruments
de son invention , insérée dans le Re-
cueil des machines de l'académie,
tora. Y, VI et Vil (i) , ou a de lui un
tome premier ( et unique ) des Eloges
des membres de cette compagnie ,
Paris, i-jOi , in- 12. Son fils se pro-
posait d'en publier la suite; mais elle
n'a point encore paru. On s'est prin-
cipalement servi, pour la rédaction
de cet article, de celui qui est inséré
tlans les Siècles littéraires de Deses-
sarts. W — s.
FOUGERET DE MONUBOxN. F.
MONBRON.
FOUGEROLLES (François de ),
médecin, né dans le Bourbonnais vers
1 56o , fit ses études à l'université de
Montpellier , et y fut reçu docteur.
11 voyagea ensuite en Allemagne et en
Italie pendant huit années, s'arrêtant
dans les principales villes pour visiter
les monuments qu'elles renfermaient,
et jouir de la société des savants. Pe
retour en France, il s'établit à Lyon,
et y commença l'exercice de son art
avec beaucoup de succès. Il mourut à
Grenoble , après avoir obtenu des
lettres-patentes pour y établir un col-
lège de médecine, si l'on en croit le
bibliothécaire du Dauphinéqui, par
erreur, le fait naître dans cette ville.
Fougerolles était très versé dans les
langues anciennes. On a de lui : I. Le
Théâtre de la nature , traduit du
latin (ie Jean Bodin, Lyon, 1597,
(i) On y remarque un micromètre universel, un
niveau perfecliouoé, mau (urlout un moyen Irifs
iii{;énieu'x et ailmiroble par ton étunnante «impli-
cite pour exécuter, lana arbre ni regiiire , toutes
cvrU* de vit sur le (our.
FOU
in-S**. Il annonce dans la préface, qu'il
a entrepris cette traduction pour se
remettre à l'usage du français, qu'il
avait presque entièrement oublié dans
ses "'^;yages. II. Les Fies des phi-
losophes de V antiquité, irad. du grec
de IJiogènt-Laerce, ibid., i6o2,in-8".
1 IL JJe Senum ajfectibus prœcaven-
dis nomiullisqud curandis enarra-
tio, ibid. , 1610, in-/^". IV. Metho-
dus in septem aphorismorum libros
ah Hippocrate observata , omnibus
tamen retrb sœculis inaudita , Paris,
1612, in-4". Fougerolles promettait
une Physique en français ; mais on
ignore s'il l'a publiée. W — s.
FOU-HI , premier empereur de la
Chine. On n'est pas encore parvenu
à déterminer la date précise de la fon-
dation de l'empire chinois j mais toute
la nation et ses gens de lettres s'accor-
dent à regarder Fou-hi comme son
fondateur. Avant lui , tout n'est que
fables, rêveries mythologiques, cal-
culs d'années absurdes et extravagants.
Avec lui commencent les temps incer-
tains de l'histoire chinoise, temps qui
embrassent son règne, celui dcChin-
nong, sou successeur, et les soixante
premières années du lègne de Hoang-
li, troisième empereur r /^q^.HoANG-
Ti). Suivant les Tables clironolo^i-
ques publiées par l'ordre de l'empe-
reur Kien - long , en i -^69 , la 6 1 ^
année du règne de Hoang-ti , époque
capitale, à laquelle s'attache le pre-
mier anneau du cycle chinois , corres-
pond à l'an 2637 avant l'ère chré-
tienne ; d'où il résulte que les temps
historiques de la Chine comprennent ,
jusqu'à l'année présente 18 iG, un
espace de 44^^ *'*"•''• Les temps incer-
tains , d'après le calcul le plus vrai-
semblable adopté par les plus habiles
écrivains de la Chine , embrassent
5 1 6 années, qui, ajoutées à la somme
des temps hisloiiques, nous condui-
FOtT
feent à Tan agSS avAnt noîrc ère ,
première année du règne de Fou-hi ,
fondateur de la monarchie chinoise.
Ainsi, Fou-hi fut le contemporain du
patriarche Heber, de Phaieg , et de
Rehu , trisaïeul d'Abraham. On ne
doit pas s'attendre à de grands de'tails j
quand il s'agit d'un personnage de
celte haute antiquité' : aussi l'histoire
de son règne se rcduit-elle à un petit
Dombrcde faits. On ne parle point de
Sun père ; on dit scuemcu t que sa mère
s'appelait Hoa-siu. 11 vit le jour dans
la province de Clien-si, àTching-ki au-
jourd'hui Tching-lcheou , ville du se-
cond ordre dans le ressort de Cong-
tchang-fou. Les Chinois sont partage's
d'opinion sur l'âge qu'avait' Fou-hi
lorsqu'il prit en main les renés du
gouvernement. Les uns pensent qu'il
ne comptait alors que sa vingt-qua-
trième année ; les autres pre'tendent
qu'il était parvenu à sa quatre-vingt-
seizième , âge de l'homme mûr à l'é-
poque oii iî vivait. Avant lui, les
deux, sexes étaient confondus sous leà
mêmes vêtements ; il leur en assigna
de particuliers, qui devaient les dis-
tinguer. Les hommes et les femmes ne
connaissaient que de vagues amours.
Leur union n'était que fortuite et pas-
sagère; le besoin les rapprochait, et
ils se quittaient sans regret. Fou-hi les
àssujétit à la loi du mariaçe , base fou-
damèàtale de la vie sociale. Il régla
la manière de le contracter, et le re-
vêtit de formes qui devaient en cons-
tater la validité. Il comiuecça par di-
viser son peuple en cent portions où
familles, à chacune desquelles il im-
posa un nom particulier. Il ordonna
ensuite à chaque individu mâle de
choisir l'épouse avec laq;uelle il voulait
vivre , établissant , comme loi esscn-
iiclle , qu'ils ne pourraient contracter
d'alliance qu'avec celles d'un nom dif-
férent du leur, et par conséquent
F OÙ 5^7
d'une famille différente. Cet usage s'est
perpétué à la Chine , où l'on désigne
encore aujourd'hui sous la dénomina-
tion des cent noms toutes les familles
de ce vaste empire, quoique leur nom-
bre s'élève à quatre ou cinq cents (i ).
Fou-hi, voulant reconnaître et décou-
vrir le pays qu'il habitait, et en écarter
les animaux malfaisants , fît mettre le
feu aux broussailles et aux bois. 11 s'a-
perçut que quelques-unes des terres se
résolvaient en fer. Il recueillit une
certaine quantité de ce métal , et en
arma des javelots, dont il apprit à
faire usagé pour la chasse. Fou-hi in-
venta encore les filets pour la pêche ,
et fit connaître à son peuple la ma-
nière de plier à la domesticité des ani-
maux utiles , et d'élever des troupeaux.
Cependant le nouveau peuple prenait
des accroissements rapides; de nou-
velles terres , des habitations plus
vastes, lui devenaient nécessaires. Son
chef s'avança vers les contrées de
Test, et découvrit tout le pays qui
forme aujourd'hui les provinces de
Chan-tong , jusqu'à la mer orientale.
Il y appela une partie de ses sujets ,
et lui-même fix.a sa résidence dans un
lieu où il bâtit une ville, qu'il nomma
Tchin-tou. Cette ville subsiste encore
aujourd*hui sous le nom de Tchin;
tcheoù, dans le Ho-nan. Frappé
de la magnificence des cieux, de la
fécondité de la terre et de toutes les
merveilles qu'étale la nature, Fou-hi re-
connut sa dépendance de l'Etre tout»
puissant qui en est l'auteur. 11 fut le
premier qui institua les sacrifices , et
il ordotina qu'à l'avenir on nourrirait
avec soin un certain nombre d'ani-
maux choisis pour servir de victimes.
Le sage législateur n'ignorait pas que
les délassements sont nécessaires à
(i") On en trouve quatre ceat trente-huît danslë
Dictionnaire chiaoi» publié p^r M. D« Qfigael^
pag. 9';3 cl ittir.
21
338 FOtJ
l'homme : il inventa la musique, et
construisit deux espèces de lyres ou
instruments à fordes,leÀ7net le Ché,
le premier monte' lie vingt-cinq cordes,
et le second de trente-six. L'usage <k
ces in>trunients s'est conserve, et ils
font encore aujourd'hui les délices des
oreilles chinoises. L'e'criture n'existait
pas encore ; on n'avait, pour y sup-
jilcfer, que le secours de quelques nœuds
formes sur des cordelettes, moyens
bien imparfaits pour fixer la pensée,
la transmettre et la répandre. Fou-hi ,
qui avait à instruire son peuple sur la
religion , la morale, l'ordre physique
de la nature , jugea ces signes insuffi-
sants; il inventa les huit Koua. Pour
donner plus d'autorité à ses institu-
tions , comme l'ont fait plusieurs lé-
gislateurs venus long-temps après lui,
il les accompagna de quelques circons-
lances merveilleuses : il supposa que
par une faveur du ciel , il avait vu
sortir du milieu des eaux d'un fleuve
un cheval-dragon et une tortue ex-
traordinaire, sur le dos desquels étaient
tracées des lignes mystérieuses , es-
pèce de caractères , qui fixèrent toute
son attention; qu'il les étudia, et dé-
couvrit enfin, dans leur combinai-
son , l'art de communiquer les pensées
par des signes qui peuvent les repré-
senter. Les éléments des Koua de
Fou-hi se réduisent à deux lignes hori-
zontales, l'une entière, Kautre brisée,
lien forma huit trigrarames, lesquels,
combinés dans la suite par six au lieu
de trois, donnèrent soixante quatre
combinaisons différentes. ( F'.Wen-
•WANG et TcHÉou-KONG. ) La tradi-
tion chinoise représente Fou-hi comme
un observateur assidu des phénomènes
du ciel. Il comprit que la connaissance
des mouvements célestes pouvait seule
donner la juste mesure du temps ;
mais il sentit que ces théories étaient
çncorc trop au-dessus dcriutelligence
FOtJ
bornée de ses nombreux sujets. Il se
contenta de leur donner un calendrier ,
pour apprendre à distinguer les temps
et régler leurs travaux. Quelques his-
toriens le font encore l'auteur du cyclo
chinois; mais d'autres, en plus grand
nombre , en attribuent l'invention à
Hoang-ti, le second de ses succes-
seurs. Fou-hi, après un règne de cent
quinze ans, mourut à Tchin-lou. Il
fut enterré au midi dé cette ville, à
trois li de distance de ses murailles :
on y montre encore aujourd'hui son
tornbeau , orné de cyprès de haute
futaie, et environné de murs, qu'on
entretient avec le plus grand soin.
G— R.
FOUILLOUX(Jacques DU ), gen-
tilhomme, né au seizième siècle, dans
cette partie du Bas-Poitou connue sous
le nom des Gastine, aux environs de
Parthenay , partagea ses loisirs entre
la poésie et la chasse , genre d'exer-
cice pour lequel il avait une passion
exlraordinairc.il forma un recueil de
ses observations sur les habitudes des
animaux, et sur la manière la plus
agréable de les chasser ; il le publia
sous ce litre : La Fenerie, contenant
plusieurs préceptes et des remèdes
pour guérir les chiens de diverses
maladies. La prenùère édition de
cet ouvrage ^est très rare ; elle fut
imprimée à Poitiers , par les Marnefs,
en 1 56o , in-fol. Le dçbit en fut si
prompt , que les mêmes imprimeurs
en donnèrent d'autres, en i56i ,
i562, et eu i56B, in-4°. H en pa-
rut une nonvelle édition, accompa-
gnée de V^rt de chasser, ou Ex-
trait du Miroir de Gaston Phœbus,
( ^o^.Foix), Paris, Galliot Duprc,
1575, in-4". , et on l'a insérée depuis
dans presque toutes les collections
d'ouvrages sur la chasse. ( P^oj". FaAN-
ciÈRES.) César Parona l'a traduite en
italien, Milan, i6i5, in-8\; elle
FOU
rivait dcjà cte en allemand , Stras-
bourg , 1 590 , in-fol. Les préceptes de
Fouilloux, dit Lallemand, ont un ca-
ractère de vérité' qui doit satisfaire tout
lecteur attentif; cependant il s'écarte
quelquefois de son but principal, et
tombe dans des digressions hors d'œu-
vre. Son style a tous les défauts du
siècle; mais on ne peut assez le louer
d'avoir préparé de riches matériaux à
ceux qui ont écrit sur le même sujet.
JJuffon et Daubenton n'ont pas dé-
daigné de s'appuyer de l'autorité de
Fouilloux ; et c'est une preuve sans
réplique de l'exactitude de ses obser-
vations. A la suite de la Fenerie, on
trouve un petit poème intitulé , 1'^-
dolescence de Jacques du Fouilloux:
il n'annonce pas un grand talent pour
la poésie ; mais on doit convenir que
le style en est d'une simplicité bien re-
marquable , à une époque 011 Ronsard
était regardé comme le plus parfait
des modèles. — Un autre Jacques
Fouilloux, licencié de Sorbonne,né
à la Rochelle , et mort à Paris en
i^SG, à soixante-six ans , eut beau-
coup de part à plusieurs écrits de
Port-Royal, dirigés contre la bulle
Unigenitus , et à d'autres produc-
tions théologiques qui sont aujour-
d'hui oubliées. W — s.
FOULCHERouFoucHER de Char-
tres , en latin Fulcherius carnotensis ,
bistorien, naquit dans le 1 1^. siècle,
au diocèse de Chartres ; il suivit à la
conquête de la Terre-Sainte le comte
de Blois, son seigneur, et s'attacha
ensuite à Baudouin , premier roi de
Jérusalem, qui le fit son chapelain.
Il joignait, à un esprit assez cultivé
pour le temps où il vivait , toutes les
qualités d'un guerrier; et il parut
souvent avec honneur dans les rangs
des croisés. Il a écrit l'histoire cbrono-
logique des événements dont il avait
été le témoin , ou qui lui avaient été
FOU 359
rapportés par des personnes dignes
de confiance. Elle s'étend de iigS à
1227, et intéresse surtout en ce qui
concerne la conquête d'Edesse , à la-
quelle Foulcher avait eu part : on y
trouve des dates et des faits cu-
rieux, omis par les auteurs contem-
porains ; elle est intitulée : Gesta pe^
regrinnntium Francorum cum ar-
mis Bierusalem pergentium seu His^
toriahierosoljmitana. Cette histoire
a été insérée par Bongars au tom. I^"".
des Gesta Dei per Francos , et par
Duchesne au tome IV des Franco-
rum historiée scriptores coœtanei: il
faut y joindre les notes de Gaspar
Barth , insérées au tom. III des Reli-
quiœ [manuscriptorum omnis œvi.
L'abrégé qui en a été fait par un ano-
nyme, sous le titre de Gesta Fran-
corum expugnantium Hierusalem ,
est imprimé dans le recueil de Bon-
gars , déjà cité. W — s.
FOULGOIE, en latin Fulcoius ,
le poète le plus fécond et l'un des
plus célèbres du 11*. siècle , naquit
à Beauvais vers l'an 1020, de parents
nobles, mais privés des biens de la
fortune. 11 fit ses études à Reims, oii
il eut pour maître Hermand ; il vint
ensuite à Meaux, dont le séjour lui
parut si agréable, qu'il résolut de s'y
fixer. Ayant embrassé l'état ecclésiasti-
que, il fut ordonné sous-diacre; mais il
ne voulut pas recevoir les autres or-
dres, dans la crainte d'être privé de
la liberté dont il avait besoin pour sa
livrer à l'étude. Il visitait souvent
l'abbaye de la Celle, à quatre lieues
de Meaux; l'aspect charmant de ce
lieu lui inspira des vers qui com-
mencèrent sa réputation : elle s'éten-
dit bientôt dans toute la France , et
même en Italie, comme on l'apprend
parles vers qu'il adressa aux papes
Alexandre II , Grégoire VII , et aux
plus illustres prélats de la cour de
â46 FOU
Borne. De toutes les personnes que
Foulcoie a louées dans ses vers , Ma-
nassé, archevêque de Reims, fui ce-
lui qui se montra le plus reconnais-
sant ; aussi lui resta -t -il attaché,
ttiême après sa disgrâce. Foulcoie
ii*elait pas seulement un poète dis-
tingue pour le siècle où il vivait ; il
était encore un très habile granmiai-
rien, et passait pour versé dans la
connaissance des lois. 11 mourut à
Meaux vers Tannée io85; et la plu-
part des auteurs contemporains dé-
plorèrent sa perte dans des vers qui
ont été en partie conservés. Les poé-
sies de Foulcoie sont divisées en trois
tomes : le premier est intitulé Utriim ;
]e second Neutrum , et le troisième
Utrumque. L*auteur anonyme d'une
préface qu'on trouve dans l'exem-
plaire de la Bibliothèque du roi , ex-
plique ces titres singuliers de la ma-
nière suivante. Le premier volume,
dit-il, est intitulé Utrum, parce que
Foulcoie y a réuni les pièces de peu
d'étendue par lesquelles il préludait
Il des compositions plus dignes de
son génie : le second , Neutrum , par
la raison que l'auteur y a rassemblé
des ouvrages plus importants que dans
le premier, et cependant très infé-
rieurs à ceux du troisième ; ce sont
des Vies des saints du diocèse de
Meaux , des Légendes mises en vers :
enfin le troisième a pour titre Ulrum-
^ae, parce que Foulcoie y traite de
Tun et de l'autre Testament dans un
long poème, ou plutôt dans un dialogue
en sept livres entre l'esprit etl'homme.
La versification en est très négligée ;
l'ignorance ou le mépris des règles
s'y fait voir à chaque page, et on
s'est déjà aperçu que l'auteur était
entièrement dépourvu de goût. Foul-
coie annonçait encore un poème sur
les Avis libéraux ; mais s'il l'a exé-
cuté, le manuscrit en est perdu. Dom
roû
Mabillon , dom Toussaint Duplessis
et l'abbé Lebeuf ont jiublié de pe-
tites pièces ou des fragments de Foul-
coie. L'abbé Lebeuf a inséré une
Notice sm ce poète daus le tome lï
du recueil de ses Dissertations sut
Vhistoiredc la ville de Paris. W — s,
FOULERESSE (De la), gen-
tilhomme français, passa on Dane-
mark vers la fin du 17^ siècle, sous
le règne de Christian V. 11 fut d'abord
secrétaire de ce prince , et ensuite se-
crétaire de la légation danoise à Lon-
dres. Il séjourna depuis à Hambourg
cl à la Haye. On a de lui : I. Défense
du Danemark, Cologne, 1696, in-
i'2. Cet ouvrage avait paru à Lon-
dres en anglais, Tannée 1694, sous
le titre Denmark vindicated. Il est
dirigé contre Molesworth, qui avait
publié en anglais une relation peu
avantageuse sur l'état du Danemark.
IL L'état présent des différends en-
tre le roi de Danemark et le duc de
Holstein ^ Amsterdam, 1697, ^^'
12. 111. Lettre sur ce qui s'est
passé dans V affaire de l'empoison-
nement arrivé à la cour de Dane-
mark, Cologne, i(3g9, in- 12. De
la Fouleresse a été nommé par er-
reur, dans quelques ouvrages étran-
gers , Foulereck et Fouleresse. Nous
l'avons fait connaître d'après le Dic-
tionnaire des savants de Dane-
mark, par Worm, en danois. C — av.
FOULIS ( Jacques), en latin Fol-
lisius, né à Edimbourg, a laissé des
poésies latines intitulées : Jac. Folli-
siiy Edinburgensis, calamitosœ pestis
elegans Descriptio ; — Ad Divam
Margaretam reginam, sapphicum
Carmen; — De Mercatorum felicitate
Asclepiadeum , item et alia quœdam
carmina, Paris, chez Gilles Gour-
raont, sans date (de i5i5 à i52o),
in-4"' de 20 feuilles, caractères ronds.
Ces poésies sont aussi peu connue»
FOU
r[uc leur auteur , à qui George Mac-
kenzic a néglige de donner un article
dans ses Lwes and characters of
the writers of ihe scotch nation ,
3 vol. in-fol., 1708-1722. La peste
que décrit le premier poème ( il rem-
plit 21 pages ), ravagea l'Ecosse pen-
dant la jeunesse de l'auteur. Il en
réchappa seul de toute sa famille. 11
est probable que FouHs publia lui-
même ce recueil pendant le séjour
qu'il fit à Paris , avant que d'aller
«tudier en droit à Orléans : il l'a dé-
die à Alexandre Stevart ( Sluart ) ,
archevêque de Saint-André, et primat
d'Ecosse, fils naturel de Jacques TV.
Ce prélat avait eu pour gouverneur
un homme d'un mérite distingué ,
Fabrice Panlher, à qui Fonlis adresse
aussi une de ses pièces. ( Voy. Mac-
kenzie , t. II, p. 376.) Il n'y a rien
de Foulis dans l<s Deliciœ poéta-
Tum scotoriim. Son talent poétique
n'était pas au-dessus du médiocre.
Un manuscrit in-folio du collège des
Ecossais de Paris , portant les noms
de tous les Ecossais qui y ont étudié
depuis sa fondation jusqu'au commen-
cement du 18^. siècle, ne présente
point celui de Jacques Foulis ; mais
on y trouve un Guillaume Foules,
qui habitait ce collège en i4ii , et
qui y fut licencié en août de cette
année. — Fouus ( Henri ) , eu latin
de Foliis , théologien anglican , asso-
cié du collège de Lincoln à l'univer-
sité d'Oxford, mort âgé de 35 ans
le 24 décembre 1G69, a publié en
latin quelques ouvrages de contro-
verse peu modérés , et depuis long-
temps oubliés. M — ON.
FOULIS ( Robert et André ) ,
savants cl célèbres imprimeurs de
Glascow, ont donné, vers le milieu
du l8^ siècle, des éditions de divers
auteurs classiques, qui, pour la nel-
Vsté et la correclion, ne sont pas
FOU 34i
moins estimées que celles de Barbon
et de Bodoni. Robert, comme le fa-
ujeux mécanicien Arkwright , avait
commencé par être barbier. Après
divers essais , il entreprit de se dis-
tinguer dans la typographie , et ne
tarda pas à s'y faire connaître avan-
tageusement, en 1743, par son De-
metrius de Phalères , in-8°. Il publia ,
l'année d'après, son fameux. Horace,
in- 1 2 , qui passe pour être sans faute.
H en avait fait afficher les épreuves
dans le collège de Glascow, en pro-
mettant une récompense déterminée
pour chaque faute qu'on pourrait y
découvrir. Ce fut alors qu'il s'associa
son frère André; et, pendant trente
ans , ils continuèrent d'imprimer cette
suite d'auteurs classiques , si recher-
chée des amateurs , et dans laquelle
nous indiquerons seulement Homère
grec , 1 756-58 , 4 ^'ol- in-fol. ^ Thu«
cvdide, grec-latin, 1 759, 8 vol. in-8^ ;
Hérodote, grec-latin, 1761, 9 vol*
in-8°.; Xènophou, grec-latin, 1762-
67, 12 vol. in-8'.; Cicéron, 1749,
20 vol. in 12 j et le beau Nouveau-
Testament grec de 1760, in-8'. Le
zèle des frères Foulis pour faire fleu-
rir les beaux-arts dans leur patrie,
causa leur ruine. Ayant voulu fon-
der en Ecosse une espèce d'aca-
démie de peinture et de sculpture ,
ils envoyèrent à grands frais des
élèves en Italie, et firent venir de
cette terre classique des arts une quan-
tité de copies et de dessins origi-
naux. N'étant pas secondés, ils ne
purent suffire à la dépense qu'exigeait
une telle entreprise. André mourut en
I 774 , et Robert se vit forcé de por-
ter à Londres sa collection, dont
le catalogue seul formait trois vciu-
mes. Elle fut vendue aux enchères,
en 1774? et les frais de la vente fu-
rent si considérables, que le produit
net se monta , dit Nichols , à Vénonr^
54'î F 0 U
somme de quinze shellings!!! Il
n'eut rien de mieux à faire que de
retourner en Ecosse , où il mourut en
1 -j^ô. — Un FouLis, descendant de
l'un des deux frères, a continue d'im-
primer à Glascow, avec distinction,
jusqu'en 1806 : sou Virgile de 1 778 ,
2 vol. in-fol. , et surtout l'iEschyle de
1 795 , in-fol. , sont très beaux. Z.
FOULLON ( Abel ), mécanicien et
poète , né , en 1 !> 1 3 , à Loué , dans le
Maine , obtint une charge de valet-
de-chambre du roi Henri II , et fut
ensuite nommé directeur de la Mon-
naie de Paris. Ayant embrasse la re-
ligion réformée, il se retira à Orléans ,
où les Calvinistes l'employèrent à
frapper de la monnaie au coin du roi.
11 mourut en cette ville, en i565,
non , dit Lacroix du Maine , sans
soupçon d'avoir été empoisonné pour
la jalousie de ses belles inventions.
Sa devise était moyen ou trop. On a
de lui : T. Les Satyres de Perse,
translatées de latin en rime fran-
Qoise , avec arguments en rime sur
chaque satyre , et annotations en
marge y Paris, i544» in-4". Cette
traduction n'a d'autre mérite que ce-
lui d'être la première qui ait paru
dans notre langue. II. L'usage de
Vholomètre , pour savoir mesurer
toutes choses qui sont sous réten-
due de Vœil , tant en longueur et
largeur qu'en hauteur et profon-
dàé, Paris, Béguin, i555 (i). Cet
ouvrage a été traduit en latin avec des
augmentations, par INicolas Stoup,
Baie, 1577, in-folio î on en con-
naît aussi une traduction italienne,
Venise, Ziletti , i564, in-4°. Cet
holomctre est une espèce de plan-
chette, garnie de deux grandes ali-
(1) La date de i56^, donnée par Duverdier ,
4^après I^acroiv du Maioe , est s.ins doute une er-
reur typu:;rapLiqne. L'cdition de i5j5 est a l:i Bi-
bliothèque du roi, ei le privilège y est daté du
17 juin i55i.
FOU
dades et de plusieurs autres acces-
soires , chargés de divisions j ce qui
formait un instrument très compli-
qué , mais qui donnait immédiate-
ment, et sans calcul , le résultat des
mesures. U a eu quelque vogue dans
un temps où l'invention des logarith-
mes n'avait pas encore mis à la por-
tée des arpenteurs les calculs trigo-
nométriques. Lacroix du Maine dit
que Foullon avait laissé en manuscrit
un traité de machines , engins , mou-
vements, fontes métalhques, etc. (2);
la description du mouvement perpé-
tuel; la traduction de Vitruve^ et le
poème d'Ovide in Ibim. Le même bi-
bliothécaire ajoute que les amis de
Foullon ont publié sa traduction de
Viiruve, sans lui en taire honneur.
Cependant il ne répète pas cette ac-
cusation de plagiat à l'article Jeaii
Martin, que Lacroix du Maine devait
avoir en vue , puisque J. Martin est
le seul qui ait fait imprimer, dans le
16". siècle, une traduction complète
des œuvrçs de Vitruvej ou, peut-
être, le bibliothécaire n'eutendait-il
parler que de ÏEpitome , ou Ex-
trait abrégé des dix livres de Vi-
truve , publié par Gardet et Bcr-
tin , dont la seule édition connue est
de Toulouse, iSSg, in-4"., quoique
Lacroix du Maine en cite une de
i556 : la dédicace est en effet datée
de la Gn de mars i556. Foullon se
plaignait déjà de ce plagiat , en 1 555 ,
dans l'avis au lecteur de son ffolo-
mètre. — Foullon ( Louis ) , né à
Cambrai, vers la fin du 16*. siècle,
fut attaché de bonne heure à la per-
sonne de Van-dcr-Burch , archevêque
de celte ville , et remplit successivo-
(a) En di^diantau roi loa Holomètrc, Foullon
rappelle quelques-unes de ses invention* méca-
niques , M comme de (aire machines et moulins sur
» citi^rnes et eaux dormantes ; de faire mouvoir et
» rouler charriots par la seule pesanteur de leurs
» charge», etc. »
FOU
ment près de lui les fondions d'au-
mônier et de secrétaire. Le prélat , en
reconnaissance de ses services , le
nomma à l'un des canonicats de son
église. Foullon a publié la vie de son
bienfaiteur, en latin, sous ce titre :
Epitome vitœ et virtutum illustr. et
révérend, dont. Fr. Van der-Burch ,
arch. et ducis Cameracejisis , Lille,
16/47, ^"■4°* E''^ ^ ^^^ traduite en
français, Mons , 1712, in-4''. W — s.
FOULLON (Jean-Erard), né à
Liège en 1608, mort en 1668, entra
dans la compagnie de Jésus , cl se con-
sacra au ministère de la prédication.
Il fut successivement recteur du collège
de Hny et de celui de Tournai, et pé-
rit dans cette dernière ville, victime de
son zèle à soigner des pestiférés. On a
de lui, outre quelques productions as-
cétiques : L Une Histoire abrégée de
Liège , en latin, Liège, i655, in-24.
Cet opuscule préludait à un ouvrage
plus étendu, mais qui n'a paru que
posthume, sous le titre de Historia
Leodiensis , par ordre d'évéques et de
princes, depuis l'origine de la nation,
jusqu'au temps de Ferdinand de Ba-
vière, 5 vol. in -fol., Liège, 1755 ,
1 757 ; le troisième volume est du ba-
ron de Crassier, et de Louvre, éche-
viu de Liège et conseiller -privé du
prince- évêque , éditeurs des deux pre-
miers. On trouve que la critique èpu-
ratoire du P. Foullon n'a pas encore
été assez sévère. IL Findicice eccle^
siœ Tungrensis y sous le nom de Ni-
colas. Fisen , Liège , i654, in - 16 :
c'est une controverse sur la chaire
épiscopalc de Tongies; cet opuscule
polémique est dirigé contre le P. Heiis-
chenius. IIL Un Commentaire histo-
rique et moral ( eu latin ) sur le pre-
mier livre des Macchabées ^ 1 vol.
in-fol. , Liège , 1639 et 1 665. G- com-
mentaire laisse trop à désirer du coté
de la critique. M^-on.
FOU 345
F 0 U L 0 N ( Guillaume le ) , en
latin Fullonius , humaniste holl.indais
du 1 6^ siècle , né à La Haye , en 1 49^,
s'appelait vraisemblablement de son
nom hollandais, de Folder, qu'à
l'exemple de Pierre le Foulon , héré-
tique du 5®. siècle, il ;mra grécisé en
celui de Gnapheus, S'éfanl consacre
à l'éducation , il fut nonmié recteur
du gymnase ( ou collège ) de sa ville
natale. Mais il goûta de bonne heure
les principes de la lèformation , et
s'attira beaucoup de désagréments par
son zèle et sa persévérance à les
professer. En i5'25, Jean de Bakker
ou Pistorius , de Woerden , ancien
curé de Jacobswoude , qui avait abdi-
qué sa cure et s'était marié, ayant été
arrêté et conduit en prison à L;i Haye,
Foulon se mit aussitôt à écrire un
plaidoyer en sa faveur ; mais , trois
jours après, il fut arrêté lui- même et
jeté dans le même cachot. L'alîàrc eut
des suites moins fâcheuses pour lui
que pour son client. Celui-ci fut étran-
gle et brûié : Foulon s'en vit quitte
pour trois mois de détention , au bout
desquels il obtint d'être élargi, en don-
nant caution qu'il ne sortirait pas
de La Haye pendant deux ans , et
qu'il se représenterait toutes les fois
qu'il en serait nquis. On sut, quelque
temps après, qu'il était auteur d'un
petit ouvrage composé en flamand ,
pour la consolation d'une pauvre veiive
dont le fi!s avait quitté le froc , et était
rentré dans le monde. Il fut arrêté de-
rechef , et condamné à faire pendant
trois mois pénitence dans un couvent,
au pain et à la bière. Un nouvel orage
ne tarda pas à le menacer. On avait
trouvé chez lui , en carême , une sau-
cisse qui cuisait dans un pot. Il était
absent depuis plusieurs jours; et celle
friandise avait été préparée par une
femme grosse, à qui son état en avait
donné euvic. Aussitôt grande rumeur:
344 FOU
fieux jours se passent dans les débats
les plus animés. On consulte la fa-
culté de médecine sur la grande ques-
tion des envies des femmes grosses ,
çt surtout de celles qui peuvent avoir
pour objet une saucisse en carême . Ou
ignore quel fut l'avis de la faculté;
mais les juges, sans avoir égard à l'ab-
sence de Foulon , prononcèrent qu'il
serait pris, mort ou vif, partout où
l'on pourrait le trouver, et livré à la
justice. Sa mem et sa sœur furent aussi
jetées en prison , mais bientôt relâ-
chées faute de preuves. Foulon prit
le parti de s'expatrier. En i536 il
se retira en Prusse, oiî Albert, mar-
grave de Brandebourg , le nomma son
conseiller et recteur du collège d'El-
bing. Il passa au collège de Kœnigs-
berg en \5^i'y là il eut le malheur de
se brouiller encore avec les théolo-
giens de la confession d'Augsbourg,
et en particulier avec Frédéric Staphi-
lus. Ceux-ci le traitèrent d'anabaptiste,
d'enthousiaste : il fut suspendu de la
communion, destitué de son emploi,
abreuvé de toutes sortes de dégoûts. 11
se décida à chercher un asile ailleurs.
Le Polonais Jean de Lasco ^ avec qui il
était en correspondance, le recom-
manda à la comtesse d'Ost-Frisc, qui
l'appela auprès d'elle à Embden , pour
être gouverneur de ses fils. Ayant
achevé leur éducation , il resta encore
quelque temps attaché au service de la
comtesse , qui l'honorait de toute sa
confiance; et enfin il s'étabiil à Nor-
den , ville assez considérable de l'Ost-
Frise, dont il fut nommé bourg-
mestre. Il mourut 'le 29 septembre
1 568. On a de lui : I. Le petit Opus-
cule en flamand mentionné ci-dessus ,
sous le litre de , Miroir de consola-
tion pour les malades et les affUf^és ;
Dialogue entre Théophile^ Tobie et
/^rtzar^j.Cet écrit lut impriméeni 5*25,
dl'iusu de l'auteur, qui le revit (;tlc
FOU
publia lui-même en 1557. ^^* Unec<h
raédic latine sur le sujet de l'Enfant
prodigue, sous le titre à'Jcolastus.
II l'écrivit ffagiensibus suis , en 1 559,
et la dédia à Jean Sartorius, d'Ams-
terdam , instituteur non moins distin-
gué que lui, et qui avait été implique
avec lui dans l'affaire de Pistorius. Il
témoigne, dans sa dédicace, combien
il est étonné de voir la muse comique
négligée au point qu'elle l'est : il veut
se lancer dans cette carrière ; il a même
songé à écrire une comédiographie ^
mais les criailleries des dévols le re-
tiennent. La latinité et la versification
de X Acolaslus ^ imprimé à Dantzig
en i54o,à Paris en 1 548, et en i554
avec les longs commentaires de Gabr.
Dupréau ( Prateolus ) , ta Anvers en
i56o, in-8"., méritent des éloges; et
il faut rendre la même justice aux
autres productions latines de Foulon.
III. IljpocrisiSj Bà!e, i544) ctHei-
delberg, 161 5, in-S". C'est une tra-
gi-comédie , ou ce qu'on a depuis nom-
mé un drame. L'auteur a eu, le pre-
mier, le mérite de s'emparer d'uu sujet
si supérieurement traité, plus d'un
siècle après, par Molière, dans son
Tartuffe. IV. Misoharharus , ou l'En-
nemi de ce que dansées derniers temps
on a appelé l'oèjcttranasme; le choix
du sujet fait encore honneur à Foulon.
Qji croit que cette pièce a été publiée
à Baie mous l'avons inutilement re-
chercheV. V. Triumphus eloquentiœ ,
en vers de différents mètres , cl encore
sous une forme dramatique , Dantzig ,
1 54 1 , et Cologne , i55i , in-4". VI.
Anlilogia adi>ersùs censuram pro-
fessorum et concionalorum acade-
viiœ Reoiomonianœ , 1 55o , in - 8".
Vn. Encomium ci^itaiis Embdanœ^
carminé elegiaco , Embden, i557 ,
in-8". VIII.JacquesRcvius a imprime'
à licyde , en 1 659 , in - 1 2 , V Histoire
de la vie et du martyre de Jean
FOU
Pislorias, par notre auteur; elleëlait
demeurée inédite. Ce petit volume con-
lient, entre autres , le plaidoyer que
Foulon avait écrit pour la défense de
Pislorius, et le récit dialogué de quatre
conférences qu'eut celui-ci avec les in-
quisiteurs chargés de le convertir , et
qui n'en purent venir à bout. Le ca-
chot de Pistorius n'était séparé que
par une cloison de bois de celui de
Foulon, qui apprit ainsi iromédiale-
ment de lui-même les détails qu'il nous
a transmis. IX. Dans la collection des
Epistolœ clarorum virorum, de Si-
mon-Abbes Gabbema ( Harlingen ,
1669, in-8'.), on lit une lettre de Ful-
lonius à Jean Alasco , datée de Kœnigs-
berg, i4 juillet i544« Enfin Foulon
passe pour avoir publié, de concert
avec Corneille Honius et Jea n Rhoduis ,
la version flamande ou hollandaise du
Nouveau- Testameni, qui parut à An-
vers et à Amsterdam en i523, in-8".,
et qui n^est qu'une traduction de la
version allemande de Luther. M — oiv.
FOULOjN ( ), l'une des
premières victimes de la révolution
de France, né d'une famille bour-
geoise, entra dans la carrière admi-
nistrative sous le ministère de M. de
Choiseul. 11 fut d'abord simple com-
missaire des guerres, ensuite inten-
dant de l'armée pendant la guerre de
1756, et enfin promu au grade de
conseiller d'état : il en remplissait les
fonctions lors de la retraite de Nccker,
je 12 juillet 1789, et reçut ce jour-
là le portefeuille de contrôleur-général;
mais il n'eut pas le temps d'entrer en
exercice: la révolution dià 1 4 juillet
îe chassa de sa place avant son ins-
tallation à l'hôtel du contrôle général ,
et son élévation ne fut pour lui qu'un
arrêt de mort. Le malheureux Foulon
passait pour avoir beaucoup de con-
naissances en finances; il professait
cependant sur celte matière une opi-
FOU 545
nion qui n'annonçait pas des vues
aussi profondes que celles qu'on lui
supposait. 11 disait, à qui voulait l'en-
tendre, que la banqueroute était le
véritable moyen de rétablir le crédit
public en France : celte singulière opi-
nion avait effrayé le roi, à qui l'on avait
souvent proposé M. Foulon pour con-
trôleur-général; elle avait amoncelé
sur la tête de ce financier , les haines
de tous les créanciers de l'état , classe
nombreuse et excessivement irritée
contre l'ancien gouvernement , parce
qu'on supposait que pour se tirer d'em-
barras , il avait intention de manquer
à ses engagements envers elle. Les
révolutionnaires qui avaient besoin de
l'appui de cette classe et du sacrifice
de quelques victimes , pour effrayer et
contenir leurs adversaires, crurent que
celui de M . Foulon ne pourrait qu'être
agréable au peuple, qu'on avait rendu
furieux contre lui. On avait répandu
dans le public des propos vrais ou
faux qu'on lui attribuait. Le blé était
alors fort cher ; on ne pouvait même
s'en procurer que très difficilement ,
et l'on assurait que M. Foulon avait
dit à quelqu'un qui lui parlait de la
misère du peuple et des violences
auxquelles il se livrait : Eh bien ! si
cette canaille na pas de pain , elle
mangera du foin. Sachant quelles
étaient les dispositions du public à
son égard , il sortit de Paris aussitôt
qu'il vit que les révolutionnaires triom*
phaient , et alla se cacher au château
deViry, à quelques lieues de la ca-
pitale, croyant y échapper aux recher-
ches de la haine en se faisant passer
pour mort. Il fit prendre le deuil à
ses domestiques, et joua parfaitement
le rôle de mort vivant; mais il avait
confié son secret à trop de personnes :
il fut trahi. Des paysans que l'on avait
instruits de In conduite qu'ils avaient
à tenir à son égard, allèrent le cher-
546 FOU
cher dans sa retraite , où ils le trou-
vèrent déguisé; ils se saisirent de lui, et
ayant attaché une poignée d'orties , en
forme de bouquet, à la boutonnière
de son habit , et derrière son dos une
botte de foin , avec un écriteau rap-
pelant le propos qu'on lui attribuait ,
ils le livrèrent en cet état aux émis-
saires parisiens, qui lui firent souffrir
mille cruautés, et le conduisirent à
rbôtel-de-ville. Là des accusations de
toute espèce s'élevèrent contre lui.
M. de Latayettc, croyant sans doute
prévenir un assassinat, ordonna qu'on
le conduisît en prison, et qu'on lui
fît son procès, ainsi qu'à ses nom-
breux complices. Cette proposition
fut d'abord applaudie ; et le proscrit ,
se croyant sauvé, applaudit lui-même :
cette indiscrétion décida son sort. Les
murmures, les huées se font entendre ;
d'horribles cris partent de la place de
Grève. A peine a-t-il paru sur l'esca-
lier de l'hôtel-de-ville , qu'on entend
ces mots : Quon nous le Uvre ^ quon
nous le Iwre y et que nous en faS'
sions justice. La populace se presse;
mille bras sont tendus vers lui, le
saisissent , le traînent sous une lan-
terne, l'y accrochent, et c'est là qu'il
expire. Quelques-uns de ses bour-
reaux lui coupent la têîe, mettent un
bâillon et une poignée de foin dans sa
bouche inanimée , et portent cette
effroyable figure au Palais-Royal , tan-
dis que d'autres traînent son cadavre
dans la fange. Ils ne se contentent pas
de ces horreurs. On avait arrêté le
même jour , et l'on traînait de Com-
juègne à Paris INL Bertier, son gen-
dre, pour lui faire subir un pareil
sort. ( Fojez Bertier.) Il était déjà
arrivé dans la rue Saint -Denis; on
avait bdissé les stores de sa voiture ,
pour que 1^ populace pût l'insulter
plus à son aise. Il était dans cette
situation, lorsque l'allrcux cortège
FOtT
vint lui présenter la tête de son beau-
père , dont on ne cessa de l'effrayer
jusqu'au moment de son arrivée sur
la place, où on devait le traiter d'une
manière non moins cruelle. M. Fou-
lon fut assassiné le 11 juillet 1 789 ;
il pouvait être âgé d'environ soixante-
douze ans. B — u.
FOULQUES F'. , surnommé le
Roux ^ comte d'Anjou, était filsd'In-
gelger et d'Alinde, dame de Buzan-
çois. Sa conduite , dans des temps
malheureux, fut aussi adroite que pru-
dente. Tout en remplissant ses devoirs
à l'égard de son souverain , il se mé-
nagea pourtant les bonnes grâces de
Hugues-le-Grand, qui le maintint dans
la possession de ses domaines. Il mou-
rut en 958 , et fut inhumé dans l'église
de Saint-Martin de Tours. — Foul-
ques II , son fils , surnommé le Bon,
encouragea le défrichement des terres ,
favorisa la population , et chercha à
fixer près de lui , par ses bienfaits ,
les hommes les plus savants de son
siècle. Il composa lui-même des hym-
nes en l'honneur de S«int-Martia; et
les jours de fêles , on le voyait sou-
vent chanter au chœur avec les clercs,
ce qui supposait alors une instruction
peu commune. Le roi Louis-d'Out re-
nier le raillait un jour de son goût
pour les \cXiVGS : Sachez y Sire, lui
dit Foulques, qu'un prince non lettré
est un âne couronné. U mourut a
Tours en 958, et fut inhumé dans
le tombeau de son père. — Foul-
ques III , dit Nerra ou le Noir,
petit-fils du précédent, fut un prince
ambitieux et redouté de ses voisins.
Il déclara la guerre à Conan P^, duc
de Bretagne, le défit en (192, près
de Conquereux, et le tua de sa propre
main. Il tourna ensuite ses armes
contre Eudes II , comte de Blois ; mais
ce ne fut pas avec le même succès :
après avoir été battu en plusieurs
FOU
rencontres , il fut oblige dMrapIorer
la faveur du roi Robert pour se main-
tenir dans ses états. Foulques , humi-
lie par les revers , reconnut ses fautes;
et pour les reparer, il fonda plusieurs
abbayes , accrut les privilèges de
quelques autres , et visita trois fois
les lieux saints. On raconte que, dans
xin. de ses voyages à Jérusalem , il se
fit tramer nu sur une claie , ayant la
corde au cou, et criant : Ayez pitié.
Seigneur, du traître et parjure Foul-
ques. Ce prince mourut à Metz, en
revenant de Je'rusalem , le lo juin
io4o. — Foulques IV, dit le Be-
chin, petit-fils du pre'cédent par Er-
mengarde, sa mère, naquit en io45,
à Ghâteaulandon. 11 fut armé cheva-
lier, à l'âge de dix-sept ans, par
Geoffroi-Martcl , son oncle , qui le
chargea de défendre la Saintonge
contre les agressions des peuples voi-
sins. Son oncle, en mourant, parta-
gea ses états entre Foulques et Geof-
froi-Ie-Barbu, son frère aîné. Foul-
ques eut pour sa part l'Anjou et la
Saintonge : mais peu satisfait de ce
lot , il déclara la guerre à son frère ,
le vainquit, et le fit prisonnier; puis,
l'ayant relâché à la demande du pape
Alexandre II, il s'empara une seconde
fois de sa personne , sous un faux pré-
texte , et l'enferma au château de Chi-
non où celui-ci termina ses jours. Foul-
ques ajouta à ses états la Touraine, dont
il avait dépouille son frère, et devint
ainsi un prince très puissant. Tandis
qu'on fermait les yeux sur un acte de
violence aussi révoltant, une querelle
qui s'éleva entre ce prince et Raoul ,
archevêque de Tours, faillit causer sa
perte. Foulques, frappé d'excommu-
nication, fut obligé de comparaître de-
vant les commissaires nommés par le
pape , et de leur rendre compte de sa
conduite; mais ses grandes libéralités
envers les moines et les gens d'église
FOU 5i7
lui méritèrent l'indulgencede ses juges,
et il fut déclaré absous de tous les
reproches qu'on lui faisait. Foulques
mourut le i4 avril i «og, et fut en-
terré à Angers. Il avait eu trois fem-
mes : il répudia les deux premières ;
et Berlradede Montfort, la troisième,
le quitta pour épouser Philippe P'. ,
roi de France. Foulques avait écrit
l'histoire des comtes d'Anjou , en com-
mençant par GeolTroi - Grisgonelle ;
mais on n'a plus que la première par-
tie de cet ouvrage, et le commence-
ment de la seconde , dont on doit vi-
vement regretter la perte, puisqu'elle
contenait la vie même de Foulques.
Dom d'Acheri a inséré ce qui nous
reste de cet ouvrage dans le tome X
de son Spicilége , sous ce titre : His-
toriœ Andegavensis fragmenUnn.
L'abbé de Marol les l'a traduit en fraU'
çais, et publié dans ses Histoires
des anciens comtes d'Anjou, Pa-
ris, 1681 , in-4". — Foulques V ,
fils du précédent et de Bcrtrade , se
ligua d'abord avec ses voisins contre
le roi Louis - le - Gros ^ il fit deux
voyages dans la Palestine avec les
croisés, épousa Mélisente, fille de
Baudouin II, et lui succéda en ii5i
sur le trône de Jérusalem. Il soutint
vaillamment les efforts des Turks , et
transmit sa couronne intacte à ses fils
Baudouin III et Amauri. Il mourut à
la chasse, en 114*2, d'une chute de.
cheval. W — s.
FOULQUES. -Tq;'. Clément IV.
FOULQUES, en latin Fnko, ar-
chevêque de Reims , à la fin du 9*".
siècle , issu d'une ancienne et illustre
maison , comptait , parmi ses plus
proches parents , Gui de Spolète , et
Lambert, son fils , qui tous deux ont
été empereurs d'occident. Foulques
fut élevé dans l'église de Reims, et,
suivant les auteurs de l'Histoire litté-
raire de la France, il en fut chanoine.
548 FOU
Ceux du G allia christiana le font
chanoine de Saint -Orner, bënëfice
que, selon eux , il aurait quitte pour
prendre l'habit monastique dans l'ab-
baye de Sainl-Bertin. Mais, s'il ne
fut pas religieux dans ce monastère ,
il est certain du moins qu'il en devint
abbé en 877. Sa naissance , ses qua-
lités personnelles , sa réputation d'é-
loquence, de sagesse et d'habileté
dans les affaires , engagèrent Charles-
le-Chauve à l'appeler à sa cour. Il est
à croire qu'il exerça dans le palais du
prince divers grands emplois : Pala-
tinis officiis assuetus , disent de lui
les historiens. Hincmar, archevêque
de Reims, étant mort en décembre
8S2 , le clergé et le peuple de celte
ville , de concert avec les évêques de
la province, élureut Foulques pour
le remplacer. Immédiatement après
son ordination, eu mars 885 , il écri-
vit au pape Marin , que d'autres ap-
pellent Martin II, en lui envoyant sa
profession de foi , et il en reçut le
pallium. 11 avait eu occasion de con-
naître ce pape dans le voyage qu'il
avait fait à Rome, en 877, à la suite
de l'empereur Charles - le - Chauve ,
lorsque ce prince alla s'y faire cou-
ronner empereur d'occident. Les Nor-
mands ravageaient alors la France, et
y commettaient d'horribles dégâts Ils
jiillaicnt les églises, les dévastaient,
et exerçaient leurs fureurs sur les re-
liques des saints. Un des premiers
soins du pieux archevêque fut de
garantir de leurs outrages sacrilèges
ces précieuses dépouilles. Il retira du
monastère d'Orbais le corps de Saint-
Remi, et deChalons-sur-M^rne celui
de Saint-Gilbert, et les fit déposer à
Reims. Son église avait beaucoup souf-
fert ; il y avait à réformer et à rétablir:
il mit incontinent la main à l'œuvre.
|jes études ecclésiastiques avaient été
négligées dans ces temps de désor4re»
FOU
L*école des chanoines et celle des
jeunes clercs étaient tombées : il les
releva , et ne dédaignait pas de don-
ner lui-même l'exemple de Tassiduitc
aux leçons qu'on y faisait. Pour en
assurer encore mieux le succès , il fil
venir, de Saint-Germain d'Auxern
et de Sainl-Amand, deux savants re-
ligieux , qu'il mit à la tête de ce;
écoles. Après avoir pris ces soins , i
s'occupa de celui de mettre sa ville
et les provinces de sa métropole, ;
l'abri des ravages de la guerre et à
roj)pressiondes Normands. Il fit cons
truire divers châteaux forts , et entoura
Reims d'un nouveau mur. Des débrii
de l'ancien , il fit faire les réparation:
dont l'église cathédiale avait besoin
Ses diocésains ne furent pas les seul;
qui fixèrent son attention.il étendit s;
charité aux étrangers qui avaient re-
cours à lui, offrant à tous un asile, e
surtout aux prêtres et aux moines de
venus l'objet de la persécution des bar
bares. Il fit aussi restituer à son églisi
quelques domaines qui lui avaient éi(
enlevés, et lui procura, par son cié
dit et par la faveur des grands , uni
augmentation de dotation. Aimé de:
princes , estimé des papes , consulli
par les uns et par les autres , il eu
part aux plus grandes affaires de soi
temps. La crainte des personnes pui^
saules n'arrêta point son zèle, quaiK
il crut l'intérêt de l'Eglise ou ceUii dei
mœurs compromis. Il écrivit avei
force à l'imjiëratrice Richilde, second(
femme de Charles-lc Chauve, sur I,
conduite de laquelle, après la mort d(
ce prince , il s'était élevé de fâcheux
bruits. 11 fallait que le scandale fû
poussé bien loin , puisqu'il se cru
oblige de menacer des censures 'ccclé
siastiques une personne aussi conside'-
rable. 11 ne ménagea pas davanlag
le comte Baudouin , avide des bien<
de l'Eglise, persécuteur de ses m
FOU
listres, et coupable d'autres excès;
ît vraiseroblabicmciit les reproches
|u'il lui fit, quoique ternpe're's par la
:barité , ne contribuèrent pas medio-
nement à la baine du comte pour
Foulques, dont les suites furent si
■imestes. Ce preiat se rendit surtout
•ecomraandable par sa fidélité' envers
5on prince , et par le soin qu'il prit
le conserver la couronne dans la ligne
le rhérédité. Après la mort de C irlo-
nan , Charles, depuis surnommé le
Simple , fils de Louis - le - Bègue ,
:ommc Carloman, mais d'une autre
nère , était appelé au trône. Il avait
i peine sept ans j et le royaume, r»e-
lacé au-dehors par les Normands,
îéchiré au-dedans par les factions ,
mrait été mal défendu par des mains
li faibles. Le seul moyen de sauver
'état , était de confier les rênes du
çonvernemcnt à Charles dit le Gros,
léjà empereur, et oncle du prince
nineur. Foulques en donna le conseil ,
:t le fit adopter par les grands du
oyaume. Mais, à la mort de Charlcs-
e-Gros, Eudes, fils de Robert-le-Fort,
i'étant fait reconnaître pour roi , au
préjudice de l'héritier légitime, le fi-
lèle Foulques fit proclamer le jeune
Charles dans un concile tenu à Reims
;n janvier 893, et le couronna so-
ennellenient. 11 rendit à la France
m service encore plus essentiel , en
îonciliant les deux rivaux. Charles
levait trop à F'oulques pour ne pas
ui donner des marques de sa re-
:onnaissauce. 11 le fit chancelier du
'oyaume , le nomma à l'abbaye de St.-
Vlartin de Tours ,*que Foulques pos-
séda pendant quelque temps, et ensuite
1 celle de St.-Vaast d'Arras. Cette grâce
ligrit le ressentiment de Baudouin,
pli souffrait déjà avec peine de voir,
îans son comté de Flandre, entre les
nains de Foulques , la riche abbaye
le Saint -Berlin, dont il convoitait
FOU 54()
les revenus. Dans l'impossibililé de
résister à un ennemi si violent, Foul-
ques échangea avec le comte Altmar ,
plus en état de résister à Baudouin ,
l'abbaye de Saint-Vaast pour celle de
Saint-Médard de Soissons, dont Alt-
mar était pourvu; et il lui céda eu
outre le château d'Arras , qu'il avait
pris à Baudouin. Ce dernier, outré
de dépit, fit tuer l'archevêque par
Wincmar , l'un des officiers de la
cour, le 17 juin de l'an 900. Foul-
ques avait occupé l'épiscopat 1 7 ans ,
trois mois et quelques jours, comme
le marque son épitaphe rapportée par
Flodoard. Les auteurs du GalUa,
christiana donnent à Foulques le
titre de saint , et le qualifient dô
martjry parce que son courage ik
défendre les biens de l'Église coalre
les entreprises de Baudouin , lut lé
motif de son assassinat. On ne voit
point qu'aucun de ces deux titres lui
ait été confirmé. Si Foulques a laissé
d'autres écrits que ses lettres , ils ne
sont point parvenus jusqu'à nous, et
celles-ci même sont perdues; il ne
nous en reste que les extraits que
nous a conservés Flodoard , lequel
en avait en sa possession un recueil
de plus de cinquante , adressées aux
papes , aux empereurs , aux rois de
son temps , et à d'autres personnages^,
considérables. Ces lettres méritent
d'être regrettées. Le peu qu'on ea
connaît laisse apercevoir qu'on eu
aurait tiré beaucoup de lumières
pour l'éclaircissement de différents^
points de l'histoire, soit ecclésiastique^
soit civile, de ces temps d'obscurité.
— Foulques , dit le Grand , abbé
deCorbie, en 1048, assista, l'anuée
suivante, au concile tenu à Reiras
par Léon IX , dans l'égUse de Sainl-
Remi. 11 accompagna ce pape à son
départ de France pour l'Italie, afin
de «Qutcnir près de lui les immunités
55o FOU
et privilèges de son monastère , qu'on
attaquait. Il eut, dans ce voyage, le
mallieur de tomber entre les mains
d'une troupe de voleurs, qui le dé-
pouillèrent. Léon l'ordonna prêtre ,
lui accorda la confirmation des privi-
lèges de l'abbaye de Corbie , et lui
permit l'usage de la dalmalique et des
sandales dans les offices solennels.
Cet abbé soutint avec courage les
droits de son abbaye contre Foul-
ques , évêque d'Amiens , et Gui , suc-
cesseur de Foulques. C'est peut-être
celte fermeté qui lui fit donner, par
ses religieux, le surnom de Grande
uu peu trop magnifique et pour son
état, et pour ce que l'on connaît de ses
actions. On a de fui : I. Un Mémoire,
qui n'est point dénué d'intérêt , sur
Vhisioire de son monastère. Dom
MabiHon en a publié une partie dans
ses Jlnnales de V ordre de St.- Benoît,
livre LXi. 11. Un écrit pour reven-
diquer le comté de Corbie, qu'En-
«iicrrand de Bovines avait usurpé sur
l'abbaye : il n'a point été imprimé. Ce
Foulques mourut en décembre logS.
-^ Foulques , prieur de Deuil , ordre
de St.-Benoît, au commencement du
12*". siècle, contemporain et ami d'A-
bailard , n'est connu que par la
lettre de consolation qu'il lui adressa,
après la violence exercée sur lui. ( P^,
Abailard. ) Cette lettre, où les motifs
de consolation sont encore plus sin-
guliers que l'événement qui y donnait
occasion, existe et se trouve parmi
les œuvres d' Abailard. — Foulques
DE BÉNEVENT , notaire et secrétaire
du sacré Palais, au 12^. siècle, sous
Innocent II, se concilia l'estime et
les bontés de ce pape, par un fidèle
altacbement à son parti , et par les
services qu'il lui rendit pendant les
troubles dont son pontificat fut agile.
Foulques est auteur d'une Chronique
depuis l'an 1102 jusqu'à l'an n^i.
FOU
Il y décrit avec beaucoup de soin ce-
qui se passa pendant cet espace de
temps, principalement ce qui a rap-
port à Bénévent, sa patrie. Antoine
Caraccioli, théatin , a publié cet ou-
vrage à Naples en 1 6*26. Le style en est
.peu soigné , et même barbare ; mais les
faits y sont rapportés fidèlement , et
avec tant d'art , qu'on croit moins lire
une histoire qu'être présent aux choses
qui se sont passées. Celle chronique
se trouve aussi insérée dans la Collec-
tion des anciens historiens de la Si"
cile, Francfort, 1579. L — y.
FOULQUES, curédeNeuilly-sur-
Marne , se rendit célèbre au 12*. siè-
cle par sa piété, son éloquence,
et surtout par le courage avec lequel
il reprochait publiquement aux prin-
ces mêmes les fautes dont ils se ren-
daient coupables. Quelques auteurs
contemporains ont représenté Foul-
ques comme un autre Saint-Bernard :
mais, s'il est vrai qu'ils aient joui un
instant de la même renommée, la pos-
térité plus équitable a mis entre eux
une distance infinie. Le nom de Foul-
ques, et le bruit des S'iccès qu'il obte-
nait en France , étant parvenus jusqu'à
Rome, le pape l'autorisa à prêcher une
croisade en 1 198 : Foulques s'acquitta
de celle mission avec succès. A sa
voix , un grand nombre de seigneurs
prirent les armes et la croix, sous les
ordres du comte de Champagne. Foul-
ques , déjà avancé en âge , revint k
Neuilly, et y mourut en 1201. On
voyait son tombeau , il y a quelques
années, dans l'église de ce village.
L'abbé Lebeuf en a donné la descrip-
tion dans Vffistoire du diocèse de
Paris, t. VI. Ou trouve citée, dans
Moréri, une P^ie de Foulques ca
françois, Paris, 1620. W — s.
FOULQUET ou FOLQUET, évê-
que de Toulouse, né à Marseille dans
le 12'-. siècle, était fils d'un riche
FOU
marcliancl ge'uois, qui le laissa lieritier
d'une fortune consiJerabJe. 11 avait
montre dès son enfance un goût très
vif pour les plaisirs ; et dès qu'il fut
maître de son patrimoine, il se livra
avec ardeur à toutes sortes d'excès.
Les compagnons ordinaires de ses dé-
bauches étaient quelques-uns de ces
poètes connus sous le nom de trouba-
dours; il apprit d'eux les ele'ments de
leur art, et le cultiva bientôt avec un tel
succès que sa réputation s'étendit au
loin. Le titre de poète donnait alors
un accès facile auprès des grands, et
Foulquet profita de cet avantage pour
paraître à la cour du comte de Tou-
louse. 11 revint ensuite à Marseille,
où il continua de mener une vie qu'il
trouvait pleine d'agrément. La beauté
d'Azahiïs , épouse de Barrai , vicomte
de Marseille, lui inspira une passion
violente ; et il célébra cette dame dans
plusieurs pièces de vers qui ont été
conservées. Azalaïs fut peu sensible à
l'amour du poète; mais elle ne put le
voir sans jalousie porter ses hommages
à une autre dame : elle l'accusa publi-
quement d'une intrigue criminelle,
l'accabla de reproches, et lui donna
l'ordre de quitter sa cour. Foulques
chercha un asile près de Guil-
laume VIII, seigneur de Montpel-
lier; et il trouva dans Eudoxie, épouse
de ce prince , une protectrice qui s'ef-
força de lui faire oublier l'affront qu'il
venait de recevoir. De nouveaux
malheurs l'accablèrent bientôt; Aza-
lais , dont la sévérité n'avait pu le
guérir d'une folle passion, mourut,
€t Eudoxie la suivit de près au tom-
beau. Dans un accès de désespoir, il
prit la résolution de renoncer au
monde , et, après avoir décidé sa
femme et ses deux fils à embrasser la
vie religieuse, il entra lui-même danà
l'ordre de Cîteaux vers l'an 1200.
Quelque temps après, il fut nommé
abbé du Terronel ; et en i aoS , le
chapitre de Toulouse l'élut évcque de
cette ville, à la place de Guillaume
de Rabastens , déposé par les légats
d'Innocent 111. Foulquet déploya con-
tre les Albigeois une rigueur qu'on
n'aurait pas dû attendre d'un homme
dont la conduite avait été si long-
temps plus que relâchée. Il servit avec
chaleur la cause de la cour de Rome
contre son propre seigneur, le comte de
Toulouse ; il fut le fondateur de cette
Confrérie blanche à laquelle on a
reproché tant d'excès, et en donna
lui-même le signal et l'exemple. Ayant
été obligé de sortir de Toulouse, il
revint en 12 1 5 mettre le siège devant
cette ville , et s'en fit ouvrir les portes
par ses partisans. Il se rendit la même
année à Rome-, assista au quatrième
concile de Latran, oii il soutint la
légitimité des droits de Simon de
Moiitfort sur les biens enlevés aux
Albigeois , l'en fit déclarer le posses-
seur , et reçut pour prix de cette com-
plaisance le château dtJrefeuil , avec
vingt villages qui en dépendaient. Foul-
quet mourut en laSi , préconisé par
les moines, qui lui donnèrent le titre
de Bienheureux , et emportant les
malédictions de ceux qu'il avait acca-
blés de maux durant son long épisco-
pat, Pétrarque a fait l'éloge de Foul-
quet dans son Triomphe d'amour ;^
et le Dante l'a cité honorablement au
•7®. chant de son Paradis. On con-
serve, parmi les manuscrits de la Bi-
bliothèque du roi , vingt pièces de
Foulquet , dont une est assez étendue.
Ce recueil est précédé d'une vie de
Taulcur par un anonyme. W — s.
FOUNTAINE ( Sir Andrew ), an-
tiquaire anglais , né vers la fin du
17". siècle, étudia à Oxford, où il
publia en 1705, dans le Thésaurus
du docteur Hickes, son maître, un
ouvrage intitulé : Numismata angles
5 ji FOU
saxonica et angLo-danica , hreviter
illustrata ah Andrcd Fountaine. Il
fut crée chevalier par le roi Guil-
laume; et après avoir parcouru l'Eu-
rope pour s'instruire, il revint en An-
gleterre avec une superbe collecliou de
tableaux, statues, médailles, etc. Il
se lia d'une droite amitié' avec le doc-
teur Swift, qui a parlé de lui avec
beaucoup d'estime dans son journal
adressé à Stella. Il fut vice-chambellan
de la reine Caroline , gouverneur du
prince Guillaume , chevalier du Bain ,
et nommé, en 1 727 , conservateur de
la Monnaie , place qu'il occupa jusqu'à
sa mort, arrivée le 4 septembre 1 7 53.
Il était regardé comme une espèce
d'oracle en matière d'antiquités; c'é-
tait à lui que s'adressaient les curieux
pour leurs acquisitions en ce genre, et
il trouva le moyen de s'enrichir en en-
richissant les cabinets des autres. Il
savait cependant quelquefois commu-
niquer ses connaissances et les objets
de sa collection d'une manière très
désintéressée; et c'est une justice que
lui rend le P. Montfaucon, auquel il
fut très utile pour la composition de
\ Antiquité expliquée. Les gravures
ingénieuses du Conte du tonneau,
de Svs^ift, ont été exécutées d'après ses
dessins. X — s.
FOUQUÉ (Henri- Auguste, ba-
ron de la Motte), naquit eu 1G98,
à La Haye , où sou père , d'une des
plus anciennes familles de Norman-
die , s'était réfugié après la révocation
de l'édit de Nantes. Henri- Auguste fut,
è huit ans, page du duc Léopold
d'Anhalt. Dès 1715 , il marcha avec
ce prince dans l'armée prussienne
contre Charles XII. Devenu lieutenant
en 17 19, capitaine en 1725, il fut
en 1725 décoré par Frédéric-Guil-
laume I"". de l'ordre de la Générosité.
Le prince royal (depuis Frédéric II )
«Il fit son ami. h^ roi; qui favorisait
FOU
celle liaison, permit même à Foiiqué
d'aller voir Frédéric II dans la prisoit
de Custrin. Quelques désagréments
décidèrent Fouqué à quitter le service
de la Prusse en 1758. 11 passa en
Danemark, où on le créa lieutenant-
colonel. Frédéric II, en montant sur
le trône, rappela son ami, le décora
de l'ordre du mérite, le fil colonel-
commandeur du régiment de Camas,
ensuite généraf d'infanterie. Fouqué
servit son prince avec gloire dans
toutes les guerres qu'il cul à soutenir.
Il commandait un corps d'armée à
Landshut en 1 7G0 , lorsqu'il fut en-
touré par des forces très supérieures
que commandait le général Laudon.
Ne voulant pas se rendre , il prit la
résolution de s'ouvrir un passage j
mais sa troupe, écrasée parle nom-
bre , fut presque exterminée toute
entière; cl lui-même, après avoir eu
tm cheval tué sous lui , fut couvert de
blessures, fait prisonnier et transféré
en Croatie : la cour de Vienne ne lui
rendit la liberté qu'à la paix, en 1 763*
L'impératrice Marie-Thérèse lui offrit
en vain du service; il retourna au-
près de Frédéric , qui lui donna le corn-
mandement de Glatz. Fouqué avait i
depuis 1760 la prévolé de Brande- *
bourg. Il demanda à s'y retirer, et il y
mourut le 1 mai 1774* Lacorrespon- .
dance de Fouqué avec Frédcricle-
Grand a été imprimée dans le tome
V^, des œuvres du roi de Prusse, (/^oj.
Frédéric II.) A.B — t.
FOUQUERET ou FOUQUERÉ
( Dom Antoine-Michel ) , bénédictin
de la congrégation de Saint- Maur, né
àChâteauroux en Berri , l'an 1O40,
prit l'habit de Saint-Benoît dans l'ab-
baye de Saint-Augustin de Limoges ,
en 1657 , ayant à peine seize ans , et
y fit profession le 5 octobre de l'an-
née suivante. Après qu'il eut achevé
ses études dans la coogrégalioii , se»
Feu
supérieurs renvoyèrent professer la
rhétorique et la langue grecque aux
jeunes religieux , ses confrères , dans
le monastère de Mauriac, Haute- Au-
vergne. Pour preuve des soins de leur
maître, et du succès de ses leçons, ils
firent au prochain chapitre ge'iierai de
la congrégation , rhoinmage de la règle
de St.-Benoît^ qu'ils avaient traduite
en grec. Dom Fouqueret fut ensuite
employé dans différentes maisons de
sa congrégation , et y remplit les fonc-
tions de supérieur. Après avoir passé
i5 ans dans ces emplois, il demanda
sa retraite, et l'obtint. En iGgS, il
se retira à l'abbaye de St.-Faron de
Meaux, où il mourut le 3 novembre
1709, âgé de soixante-neuf ans. Ou
a de dom Fouqueret : I. Synodus
Beïhleemitica pro reali prœsentid ,
anno 1672 celebrata, grœcè et lali-
71^ , Paris , 1 67 '2 in-8°. Ce sont les actes
d'un concile tenu en 1672, à Jérusa-
lem, sous le patriarche Dosithée.
Dora Fouqueret les traduisit en grec et
en latin. A la fin de son édition se
trouve une attestation de M. le mar-
quis de Noinlcl , ambassadeur de
France à la Porte olhomane , par la-
quelle il certifie avoir reçu du patriar-
che lui-même, l'original de ces actes :
ils sont d'autant plus importants qu'ils
prouvent la conformité de la croyance
de l'église grecque sur la présence
réelle, avec le dogme catholique,
conformité niée par les protestants.
Cette traduction néanmoins n'ayant
pas été jugée aussi exacte qu'on l'au-
rait souhaité , dom Fouqueret la revit;
et s'étaut aidé des conseils du célèbre P.
Combefis, et surtout de M. Arnauld,
elle reparut, par ses soins, en 1678,
aussi correcte et aussi parfaite qu'on
pouvait la désirer, souslctitrede5jrno-
diis Hierosolymilana , Paris, in-8**.
A la fin de cet ouvrage , dom Fouque-
ret a fait imprimer en grec , avec une
XV.
FOU 5j5
ver<iion laîine de sa main , un écrit in-
titulé : Dionysii patriarchœ Cons-
tantifwpolitani super cahinistarum
erroribus , ac reali imprimis prœ^
sejitidf responsio , anno 1672 édita.
Les protestants , de leur côté, publiè-
rent ces actes en français; mais ils fu-
rent victorieusement réfutés. ( F, Ay-
MON.) II. Celehris historia monothe-
litariim, Paris , 1678, in- 8°., sous le
nom de Jean-Baptiste Tagnamini ;
cet ouvrage passe pour être profond
et plein d'érudition. L — y.
FOUQUET ( François ) , vicomte
de Vaux, d'une ancienne famille de
Normandie, fut nommé successive-
ment maître des requêtes et conseil-
ler d'état ordinaire, et s'acquit, par
son intelligence des aifaires et sa rare
probité, l'estime de Louis Xlïl et du
cardinal de Ivichelieu. Il avait épousé
Marie , fille de Gilles de Maupeou ^
seigneur d'Ableiges, contrôleur-général
des finances ; et il eut de ce mariage ,
entre autres enfants, Nicolas Fou-
quet, surintendant des finances, si
célèbre par ses disgrâces. Madame
Fouquet, femme d'un éminente piété
et d'une charité vraiment chrétienne ,
après la mort de son mari, se consacra
entièrement au service des pauvres
malades, et mourut en 1681 , à l'âge
de quatre-vingt onze ans. On a de celte
dame respectable un Recueil de re-
cettes choisies , expérimentées et ap-
prouvées , Villefranche, 1 665 , in- 1 2.
Cette édition est très recherchée des
curieux, parce qu'elle est l'originale:
les suivantes contiennent des addi-
tions plus ou moins considérables.
W—s.
FOUQUET (Nicolas), surinten-
dant des finances , naquit à Paris , eu
161 5. Destiné à suivre la carrière de
la magistrature dans les emplois les
plus brillants , il reçut une éducation
conforme aux vues de sa famille , et
23
$%i FOU
se fil bientôt connaître d'une manière
favorable. Il fut fait maître des requêtes
à vingt ans ; et il n'en avait que trente-
cinq lorsqu'il fut pourvu de la charge,
alors si importante, de procureur-
gene'ral au parlement de Paris. Pen-
dant les troubles du royaume , il se
de'voua entièrement aux intérêts de la
iriue mère, et mérita ainsi la protec-
tion dont cette princessel'honora cons-
tamment. Le désordre des finances ,
occasionné par dos guerres longues et
ruineuses et par les dilapidations des
courtisans, faisait désirer d'en voir
confier l'administration à des mains
habiles. La reine mère indiqua Fou-
quet , et il fut nommé surintendant ,
en i652. Il fit face quelque temps à
toutes les dépenses par son seul cré-
dit. Il engagea ses biens et ceux de
son épouse , emprunta sur sa signa-
ture des sommes considérables du
cardinal Mazarin lui-même ( i ) , et par-
vmt de cette manière à déguiser la pé-
nurie du trésor royal. Mais enfin, le
roi , étonné de voir les revenus de l'é-
tat se consommer à payer des intérêts ,
et les dettes s'accroître, chaque année,
dans une progression effrayante, vou-
lut connaître par lui-même la cause
de ce désordre. Il s'adressa, pour ob-
tenir les renseignements qu'il souhai-
tait , à Colbert , dont Mazarin lui avait
ranté le zèle et la capacité. Colbert
joignait à des talents supérieurs une
grande ambition : il jugea l'occasion fa-
vorable pour perdre le surintendant,
qu'il aspirait en secret à remplacer ; et
eft éclairant le roi sur les fautes de
i'admini>tration deFouquet, s'il ne
les exagéra pas, il s'abstint du moins
de donner les raisons quipouvaientles
rendre excusables. Dès qu'on put
soupçonner la faveur de Colbert, tous
(i) Le roi , dit V«luire, demandait cjnelquefoia
Àf l'arjjent à Fouquel, qui lui rép«nd«it : u Sire ,
» il o'jr a rien dan$ let roffrei Je y. M. ', OUÏ*
» M. le citfdvnAl toks en prêtera. »
FOU
les courtisans se rangèrent de son
côté: on ne parla plus au roi que des
prodigalités du surintendant , et oa
lui insinua que l'embarras des finan-
ces n'était causé que par ses dilapi-
dations. Fouquet avait acquis Impro-
priété de Belle-Jsie, et il en avait aug-
menté les fortifications^ on chercha
à lui en faire un crime, et à persuader
au roi que son projet était de s'empa-
rer de la Bretagne,, et de s'en déclarer
le souverain, Fouquet , par une con-
duite peu réfléchie, avait donné lieu
aux propos de ses ennemis : il avait eu
aussi le tort de faire construire dans
la terre de Vaux , aujourd'hui Villars ,
un palais qui surpassait en beauté St.-
Germain et Fontainebleau, les deux
seules maisons de plaisance habitées
par le roi. Le palais , dit Voltaire , et
les jardins, lui avaient coûté dix-huit
millions , qui en valent aujourd'hui plus
de trente-cinq (2). Au moment où sa
disgrâce était prèsd'éclater , il y donna
à Louis XIV une fête qui surpassa par
sa magnificence tout ce qu'on avait vu
jusqu'alors. On y représenta , pour la
première fois ( 1 7 août 1 66 1 ) , les Fd^
cheux de Molière, avec un prologue
composé par Pelisson, à la louange du
roi. Mais rien ne pouvait apaiser le mo-
narque irrité; et sans les prières de la
reine mère, il aurait fait arrêter le sur-
intendant le jour même de la fête. Ce
qui avait achevé, dit-on, d'allumer la
colère de Louis XIV, c'tst qu'il apprit
que Fouquet avait eu des vues sur
M^^^ de la Valière, pour qui il com-
mençait à sentir une vraie passion.
Le roi dissimula son ressentiment, et
affecta de parier à Fouquet ave«
(vl) On voyait partouldans cette mai«OD Ici armes
et la deviie de Fouquet ; c'est no écureuil avec
ce» paroles : Qui» non aiccndam ? « Où ne monte-
» rai'je point? » Le roi le le* fil expliquer. L'am-
bition de celte d«rvi«« ne servit pas à apaiser l«
monarque. Le» tourlisans remarquèrent que Vé-
curruil était peint partout poursuivi par une cou-
leuvre, qui était les armes de Colbtrt- ^YoLTAlK»,
Siid» dt L9UH jcir.)
FOU
plus de coufiance que jamais. Fouquet
crul avoir triomphé de ses ennemis,
et se flatta même d'obtenir la place de
premier ministre, vacante par la mort
de Mazarin. Sa qualité de procureur-
général le rendant justiciable des seules
chambresassenib!é( s, on l'engagea à se
défaire de cette charge , sous le prétexte
que , tant qu'il la conserverait , le roi
ne pourrait pas lui donner le cordon
de ses ordres , comme Sa Majesté
en avait l'intention. 11 se laissa per-
suader , et vendit cette chars:,e pour
i,4oo,ooo francs qu'il fit porter à l'é-
pargne. Quelques jours après, le roi
partit pour Nantes , afin de s'assurer
de Belle-Lîe, s'il était nécessaire; et
Fouquet l'y suivit, quoique malade
de la fièvre. ( F, Colbert, tome IX,
page 211.) Il reçut dans la route
plusieurs avertissements des trames
qu'on ourdissait contre lui; mais il n'en
voulut rien croire. Le lendemain de
son arrivée , il se rendit au conseil à
sou ordinaire, eut avec le roi un en-
tretien de deux heures ; et en re-
tournant chez lui , le 5 septembre
i66i,il fut arrêté par d'Artagnan,
capitaine des mousquetaires, qui le
conduisit au château d'Angers, d'oii
il fut transféré à Amboise , à Vin-
cenues , à Muret , et enfin à la Bas-
tille. Fouquet soutint sa disgrâce avec
beaucoup de fermeté : il ne laissa
échapper aucune plainte , et ne mon-
tra nulle répugnance à obéir aux or-
dres du roi. Sa mère , en apprenant
cette nouvelle, se jeta à genoux, en
s'écriaBt : C'est à présent, mon Dieu,
que j'espère du salut de mon fils. Ce-
pendant les scellés furent mis sur les
papiers de Fouquet , et des commis-
saires nommés pour les examiner et
eu dresser l'inventaire. Un chiffon
écrit , il y avait plus de quinze ans ,
et trouvé avec d'autres papiers desti-
nes à être brûlés comme inutiles , servit
FOU 355
de base au procès que Ton commença
à instruire contre lui. C'était une es-
pèce de mémoire rédigé par Fouquet
dans le temps de la plus haute faveur
de Mazarin , et dans lequel il indiquait
la conduite à tenir par sa femme pour
déjouer quelques projets contre sa li-
berté ou sa fortune. On voulut voir, ou
on vit effectivement, dans ce mémoire,
un plan de conspiration. Une com-
mission composée d'hommes choisis
dans les parlements du royaume fut
établie pour juger Fouquet; et lecban-
ceher Seguier , le plus implacable de
ses ennemis, voulut lui-même la pré-*
sidcr. Fouquet se plaignit de l'incom-
pétence de ses juges , et déclara qu'il
ne reconnaîtrait jamais leur autorité.
Obligé, m<dgré ses protestations, de
paraître devant eux , le chancelier l'in-
vita à prêter le serment accoutumé.
Je ne le puis, dit Fouquet , et j'en ai
déjà donnéles raisons. Pendant toute
la durée des interrogatoires, il parla
presque constamment avec calme et
modération. Il examinait les chefs
d'accusation , et les discutait avec une
éloquence douce et persuasive, dont
ses juges finirent par craindre l'effet.
Les plus acharnés à sa perte deman-
dèrent qu'on lui enioignît de se bor-
ner à répondre aux questions qui lui
seraient adressées ; mais heureuse-
ment leur demande n'eut pas de suite.
Un jour, après qu'il eut cesséde parler,
Pussort , l'un de ses juges , et oncle de
Colbert, se leva, en disant : Dieu
merci , on ne se plaiudr.i pas qu'on ne
l'ait pas laissé parler tout son saoul.
Quand on lui eut donné lecture du pro-
jet trouvé dans ses papiers : Monsieur,
dit-il, au chancelier, je croii que vous
ne pouvez tirer autre chose de ce pa-
pier que TefTet qu'il vient d e faire , qui
est de me donner beaucoup de coii-
fusiou. Vous ne pouvez pas nier, lui
répondit le chancelier, que/ce soit
a3..
356 FOU
im crime d'c'lat. Je confesse, reprit
Fouquel, que c'est une folie et une
extravagance, mais non pas mi crime
d'état. Un crime d'étal, c'est quand on
est dans une charge principale, qu'on
a le secret du prince, et que tout d'un
coup on se met du côte de ses enne-
inis ; qu'on engage toute sa famille
dans les mêmes intérêts , qu'on fait
ouvrir les portes des villes dont on est
gouverneur à l'armc'e des ennemis , et
qu'on les ferme à son ve'ritablc maî-
tre; qu'on porte dans le parti con-
traire tous les secrets de l'elat: voilà,
Monsieur , ce qui s'appelle un crime
d'état. Celte réponse était d'autant plus
piquante , qu'elle retraçait la conduite
du chancelier durant les troubles de la
fronde. Fouquet avait conservé d'il-
lustres amis dans sa disgrâce; et c'est
la preuve qu'il les avait mérités. On
doit citer le premier, ce Pelisson, qui
partagea sa peine , et qui eut le courage
de publier pour sa défense trois mé-
moires qui approchent , dit Voltaire ,
de l'éloquence de Cicéron. ( Foy. Pe-
lisson.) M'"*, de Sévigné, Gourville,
M^^^. de Scudery, Saint-Evrcmont
parlèrent aussi et agirent en sa faveur;
Hénaull versa tout le fiel de la satire
contre le persécuteur de Fouquel ; Lo-
ret perdit sa pension pour avoir fait son
éloge dans le Mercure burlesque. La-
fontaine plaignit ses malheurs dans une
élégie touchante, et chercha à adoucir
la sévérité du roi par de beaux vers
(i). La chaleur que mirent ses amb
à le défendre , et la pitié qu'inspirePt
loujours degrandes infortunes, lui sau-
vèrent la vie. Après trois années em-
(i) Nympbet qui lui devez vos plut charmaats
appai.
Si U loog de vos bord* Louit porte ses pas ,
Tâcher de Tadoucir, fléchissez ton courage ;
Il aime ses sujets , il est juste , il est sage ;
Du titr« de clément rendez-le ambitieux:
CTestpai-là que les rois tout semblables aux dieux.
Du magnsnime Henri qu'il contemple la vie ;
Dti qu'il pu» te yepger, U en perdu l'cnviç.
FOU
ployées à l'iuslruction de ce procès h
jamais célèbre, Fouquet , sur le rap-
port de MM. d'Ormesson et de Ste.-llé- i
Icne, fut condamné à la confiscation J,
de ses biens et au bannissement. Do
vingt-deux juges qui opinèrent, neuf
seulement osèrent conclure à la mort.
Si l'on réfléchit que presque lous les
juges de Fouquet étaient ses ennemis
déclarés; que depuis le moment de sa
disgrâce Colbert et Letellier n'avaient
cessé de travaillera sa perte, il est bien
difficile de croire qu'il fût coupable
des crimes qu'on lui imputait. La des-
tination de l'écrit dont ses adversaires
se prévalurent tant , leur ôtait tout pré-
texte de l'accuser d'avoir voulu trou-
bler le royaume: car, s'il avait ajûuld
aux fortifications de Belle-lslc, ce n'e'-
tait que d'après l'autorisation expresse
du roi ; et il pensait si peu à s'en faire
une retraite , que lorsque d'Artagnan
le conduisit en prison , ayant aperçu
un de ses domestiques, il l'appela, et
lui dit : Que le roi soit obéi à Belle-lsle
comme moi-même. Enfin , et celte rai-
son paraît sans réplique, s'il eût vrai-
ment conspiré , il aurait eu des com-
plices ; et jamais on n'en a cité ut
seul. Le roi commua l'arrêt de Fou-
quet eu une prison perpétuelle. 11 partit
pour la citadelle de Pignerol sous une
forte escorte, et fut traité dans la route
avec une grande sévérité. Dans les
premiers moments il chercha à fléchir
le roi par l'aveu de ses torts et l'ex-
pression de son repentir ; mais voyant
que toutes ses prières seraient inutiles ,
il cessa d'écrire, et se résigna à soa
sort avec une constance qui a été ad-
mirée même de ses ennemis : ri y trou-
va des adoucissements dans les se-
cours de la religion , et mourut dans
de grands sentiments de piété , le 25
mars i68o, à l'âge de 65 ans, dont
il avait passé dix-neuf en prison. Soa
corps fui transporté à Paris et inhumé
FOU
âans le couvent des Filles-Sainte-
Marie de la rue Saint-Antoine. Fou-
quet, dit son historien, avait du gé-
Dic, de l'esprit, des talents, de !a
grandeur d'ame; mais il portait celte
dernière qualité à l'excès ; et l'on peut
dire que s'il se fût montre' moins libé-
ral et moins ami de ceux qu'il aimait,
il eût ete' bien plus heureux. Ces der-
niers mots peignent si bien son ca-
ractère, le genre de torts qu'il a pu
avoir , et la véritable cause de tous ses
malheurs , qu*on ne doit rien y ajouter.
On a dit que Fouquct était sorti de
prison peu de temps avant sa mort 5
mais c'est une f.ible qui ne mérite nulle
croyance. D'Auvigny assure qu'il com-
posa dans sa prison divers ouvrages
(le piété, dont quelques-uns ont été
donnés depuis au public, tels que les
Conseils de la sagesse , ou Recueil
des maximes de Salomon , Paris ,
i685, 2 vol. iu-i2. Il laissa de son
mariage avec Marie -Madelène de
Castille - Viliemareuil , sa seconde
femme , une fille mariée à Grussol
d'Usez , marquis de Monsalez , et trois
fils , Henri-Nicolas Fouquet , comte de
Vaux j Charles - Armand, prêtre de
l'Oratoire , et Louis , marquis de Belle-
Isle. On peut consulter, pour plus de
détails : I. Fie de Nicolas Fouquet,
par d'Auvigny, tom. V des Fies des
hommes illustres de France. II. Re-
cueil des défenses de M. Fouquet
(en Hollande) i665 - 1668, i5 vol.
in-i2. III. Les Lettres de M"^ de
Sévigné à M. de Pomponne , tom.
X de l'éd. de Paris , Bossange, 1802.
M. Modeste Parojelli a publié: Sur
la mort du surintendant Fouquet,
notices recueillies à Pignerol, Tu-
rin, F. Galletli, 1812, in-4". W— s.
FOUQUET. Fojez Belle-Isle
et GisoRS.
FOUQUET ( Jean François ) , jé-
snile français, et missionnaire à ia
FOU 357
Chine, arriva dans cet empire en
1690. Comme tous ses confrères, il
fut obligé de consacrer les premiers
temps de son séjour à l'étude de la
langue ; et il paraît qu'il y fit d'assez
grands progrès. Mais un zèle excessif,
joint à un esprit systématique , le fit
tomber dans un piège que ne surent
pas éviter plusieurs missionnaires éga-
lement instruits, tels que Prémaie^
Cibot et quelques autres : persuadés
que les Chinois devaient avoir con-
servé beaucoup de traditions des pre-
miers âges du monde, ils s'attachè-
rent à les rechercher , et s'en préva-
lurent auprès de leurs néophytes , sur
qui l'autorité du Chou-king , ou des
livres de Confucius , avait plus de
pouvoir que les raisonnements les plus
concluants , ou les prédications les
plus énergiques. Bientôt ils en vin-
rent à voir des prophéties claires dans
certains passages , qui , il faut en
convenir , offrent au moins de sin-
guliers rapprochements. De tous ses
confrères , le P. Fouquet fut peut-être
celui qui se laissa le plus éblouir par
l'idée de retrouver les mystères du
christianisme renfermés dans les ca-
ractères symboliques des Chinois : on
peut dire qu'il poussa cet engoueracHt
jusqu'à l'extravagance. A l'en croire,
les king n'offrent qu'une allégorie per-
pétuelle, 011 les dogmes de notre reli-
gion sont exposés d'une manière quel-
quefois aussi claire que dans les monu-
ments les plus respectables de la foi.
L'auteur de cet article possède un exem-
plaire du Chi-king, ou Livre des poé-
sies^ auquel Fouquet avait fait ajouter
des interfoliations : il y a consigné des
idées de ce genre , dont la folie dé-
passe tout ce qu'on peut en dire. Si
le texte indique une montagne de la
Chine , elle lui paraît représenter le
Calvaire j les éloges donnés à TVen-^
Wang ou à Tcheou-koung doivent.,
558
FOU
suivant lui , s'appliquer au Sauveur ;
ii retrouve dans l\inaly.se des carac-
tères , la croix et les instruments de
la Passion : les anciens empereurs de
la Chine sont les patriarches ; et la
généalogie de ces derniers n'est pas
plus clairement e'noncëe dans la Ge-
nèse , qu'elle ne le semblf^ à Fouquet
dans le CLou-king. Ce missionnaire
revint à Rome en i -jso ; et les succès
qu'il avait eus dans sa mission lui va-
lurent le titre d'evéque d'Eleuthéro-
polis. il y publia, en 1729, en trois
ieuiîles , sa Tabula chronologica his-
toriœ Sinicœ, sorte de tableau dans le
goût de nos tables cbronographiques,
où les noms des princes et l'indication
des événements les plus frappants
sont placés dans des colonnes régu-
lièrement espacées. La base de celle
de Fouquet est le cycle de soixante
années, dont l'usage , à la Chine, est
à peu près le même que celui du siècle
chei nous. Cette table n'est , à pro-
prement parler , qu'une traduction de
« elle qui avait été dressée en chinois,
sur le même plan , par un mandchou
nommé Nian, d'une famille consi-
dérable par les dignités qu'elle occu-
pait, et qui, suivant l'avertissement
de Fouquet , vivait encore en 1720.
L'auteur a suivi le système de chro-
nologie de Sse-ma-wcn-kouDg. Ce
qu'il y a de plus remarquable dans la
table de Fouquet , c'est une explica-
tion suffisante , et la première série
qu'on ait donnée en Europe, des Nian-
hao , ou noms d'années , si nécessaires
pouf la lecture des historiens chinois ,
et que quelques auteurs ont méconnus
long-temps après l'impression de l'ou-
▼rage dont il s'agit. Math. Seulter a
donné, en 1746, à Augsbourg , une
réimpression , eu 2 feuilles in-folio ,
de cette table chronologique. On a de
Fouquet une lettre au duc de la Force,
insérée dans les Letir, édif. ( 5*.
FOU
recueil. ) Il y détaille les progrès du
christianisme dans la province du
Kiang-sij y parle de la manière dont
les Chinois forment leurs guerriers , et
s'étend beaucoup sur les bonzes, prin-
cipaux adversaires des missionnaires.
A. R— T.
FOUQUET (Henri), célèbre
professeur de médecine à l'univer-
sité de Montpellier, naquit dans cette
viile en 1727. Elevé au collège des
jésuites , il se distingua par la péné-
tration de son esprit , et manifesta de
bonne heure le désir d'étudier la mé-
decine; mais sou père, qui le desti-
nait au commerce , exigea le sacrifice
de son goût pour les sciences Fou-
quet, ne pouvant se plier aux détails
de celte profession , embrassa la
finance , qui ne lui offrit pas plus
d'attrait. Il suivit ensuite à Paris, en
qualité de secrétaire, un homme d'un
haut rang , et devint secrétaire géné-
ral de l'intendance du Roussillon. Après
plusieurs années, il revint à Mont-
pellier, où il sentit se réveiller son
goût pour la médecine ; et quoique
âgé de plus de trente ans, il com-
mença à se livrer à l'étude de cette
science. Il est vrai que son esprit y
était bien préparé; il l'avait orné de
connaissances étendues pendant son
séjour à Paris , en fréquentant parti-
culièrement les bibliothèques publi-
ques , le collège de France et le jar-
din du roi. En 1759 il reçut le titre
de bachelier, pour lequel il soutint
une thèse sur la nature , les proprié-
tés et les maladies de la fibre. H alla
se fixer à Marseille , ou il exerça la
médecine avec succès pendant quel-
ques années. Il revint à Montpellier
en 1 766 , disputer une chaire que la
mort de Fizes avait laissée vacante;
et il fixa sou séjour dans sa ville na-
tale. Fouquet publia bientôt plusieurs
ouvrages qui le firent avantageuse-
FOU
xnent connaître. Son Essai sur le
pouls parut en 1767. La doctrine de
Solauo que Bordeu avait appliquée
aux crises des maladies reçut une
nouvelle extension par les tiavaux
de Fouquet; il signala les caractères
du pouls de chaque organe , et il éta-
blit sa division des pouls organiques :
quelques me'decins ont pensé que ses
distinctions trop multipliées ne sont
point confirmées par l'observation.
Ce fut à celte époque qu'il obtint la
place de médecin de l'hôpital mili-
taire de Montpellier. Sollicité par de
jeunes médecins , il fit plusieurs dis-
sertations qui furent présentées à la
faculté de médecine ; la plus re-
marquable est une Dissertation sur
le tissu mu queux ^ elle renferme les
détails d'expériences intéressantes où
l'on avait fait l'injection de différents
fluides dans le tissu cellulaire. Les
auteurs de l'Encyclopédie le char-
gèrent de la rédaction de plusieurs ar-
ticles importants : il leur fournit l'ar-
ticle Sécrétions, dont il expliquait le
mécanisme par l'application des lois
de la vie selon la théorie de Bordeu j
l'article Sensibilité' , à laquelle il rat-
tachait l'irritabilité hailérienne, qu'il
appelait une branche égarée de la
sensibilité, et l'article Fésicatoire ,
dont il expliqua le mode d'action et
indiqua les effets. Fouquet fit con-
naître en France par une bonne tra-
duction les Mémoires de Lind sur
les fièvres et la contagion. Il tradui-
sit aussi l'ouvrage de Dimsdale sur
l'inoculation de la petite - vérole ( f.
Dimsdale): il y ajouta un Mémoire qui
contiibua à répandre la pratique de
l'inoculation ; c'est sans doute une
des causes qui l'empêchèrent, à un
âge avancé, de se déclarer un des
premiers partisans de la vaccine.
Lorsqu'on lui en demandait la rai-
spD , il répondait : <\ C'est une jeune
FOU 559
» personne , et me voilà devenu si
» vieux , que ce n'( st pas la peine de
M faire connaissance avec elle. » Fou-
quet fut membre d'un grand nombre
d'académies; il lut à celle de Mont-
pellier un Mémoire sur les bains de
terre appliqués à diverses espèces de
phtisie, de scorbut et à quelques
autres maladies chroniques, et plu-
sieurs Mémoires sur la topographie
de Montpellier. 11 déposa dans les
archives de la société de médecine de
cette ville un Mémoire sur ineffica-
cité de V extrait de ci^uë, uni à
quelques préparations mercurielles ,
dans les affections siphihtiques an-
ciennes. En 1776, il concourut une
deuxième fois pour une chaire de
professeur de la faculté de Montpel-
lier, et il fut l'un des candidats pré-
sentés au roi. L'inclination qu'il avait
pour l'enseignement , le porta à faire
des cours particuliers. En 1782 , le
roi le chargea, par une commission
spéciale, de remplacer Imbert et Bar-
thez, chanceliers de l'université, que
d'autres places retenaient à Paris : il
enseigna la physiologie pendant trois
ans. La mort de Sabatier donna lieu
à un nouveau concours. Fouquet ,
âgé de soixante-cinq ans , se présenta
avec une grande réputation. Le roi
disposa de la chaire en sa faveur
avant la fin du concours , et l'uni-
versité applaudit au choix de la cour.
11 fit des cours de séméiolique, et des
cours de maladies vénériennes , dont
il fixait l'origine à une époque bien
antérieure à la découverte de l'Amer
rique.Quelques années après, lorsque
les écoles de médecine furent sou-
mises à une nouvelle organisation ,
Fouquet fut appelé à professer le
premier la médecine clinique dans
celle de Montpellier ; il eut la gloire
de créer et de perfectionner aussitôt
un mode d'enscigncmcct déjà adopté:
36o
FOU
dnns les plus célèbres universités
étrangères. Il publia un Discours sur
la clinique , d^iis lequel il a trace la
marche qu'il avait adoptée, et un ta-
bleau d'observations recueillies dans
jses leçons pendant le laps de six mois ,
il l'exemple de Sydenham, de Eail-
lou et de Stoll. Avant d'arriver au
terme de sa carrière, Fouquet fut
nommé médecin des salles militaires
f.iisant partie de l'hospice civil de
Montpellier , membre de la légion
d'honneur et coriespondant de l'Ins-
titut. Son savoir et son expérience
le faisaient regarder comme l'oracle
de l'école de Montpellier , lorsqu'il
mourut le i o octobre 1 806. Les prin-
cipaux ouvrages de Fouquet sont :
I. Une Dissertation De fihrœ nalu-
rd^ viribus et morbis in corpore ani-
mali , Montpellier , i -ySp , in - 4'^.
II. De corpore cribroso Hippùcra-
tis , seu de textu mucoso Bordevii ,
ibid. 1774? in - 4"- ^^ï- Prœîectio-
nés medicœ decem in Ludovicœo
Monspeliensi , ibid., in-12, 1777;
IV. Essai sur le pouls considéré
par rapport aux affections des
principaux organes, in-8''. , ibid.,
1767. V. De nonnulUs morbis
convulsivis œsophagii , ibid., 1778,
in-4°. VI. Dissettatio medica de
diabète f ibid., 1780, in -4". VU.
Observations sur la constitution des
six premiers mois de Van F , 1 798,
in-é". VIII. Discours sur la clini-
que, ibid., i8o3, in-4". Deux pro-
lesseurs de la faculté de médecine de
Montpellier, MM. Dumas et Baumes,
ont payé à la mémoire de leur con-
frère un juste tribut. Les deux ou-
vrages de ces professeurs portent le
même titre : Eloge de Henri Fou-
quet} tous deux sont in-4"., ^^ ont
paru, le premier, en 1807, et le
.second, eu 1808. M. le baron Des-
genellcs a promis au public un Eloge
FOU
de Fouquet, qui entrera dans la suile
qu'il doit donner aux Eloges des
académiciens de Montpellier , dont il
a fait paraître en 18 11 la première
partie. Fort lié avec Fouquet , il a ,
sur les détails de sa vie, des notes
écrites par cet illustre médecin lui-
même. 11 possède aussi de lui un por-
trait qu'il se propose de faire gra-
ver, afin de transmettre à la posté-
rité les traits imposants de l'un des
hommes qui ont le plus honoré l'école
de Montpellier dans le 1 8^. siècle.
T— T.
FOUQUIER-TAINVILLE ou DE
TAIN VILLE (Antoine-Quentin),
l'un des hommes les plus horriblement
fameux que la révolution de France
ait fait connaître, était fils d'un cultiva-
teur au village d'Hérouclles , près de
Saint-Quentin, 011 il naquit en 1747'
Après avoir terminé ses éludes,ilvintà
Paris , suivit le barreau , et acheta une
charge de procureur au Châtelet: pro-
fession très lucrative, dont son in-
conduite l'empêcha de tirer parti; il la
vendit, fil des dettes qu'il ne paya
pas , et devint un de ces personnages
errants qui traînent dans les graiides
villes leur fatigante existence, et l'ali-
mentent d'intrigues et des plus hon-
teux trafics. Il faisait alors quelquefois
des vers médiocres , que l'on trouve
dans les journaux du temps ^ et ce
qu'il y a de remarquable, c'est qu'il
en fil à la louange de Louis XVI , en
1 781 , que l'on trouve dans les notes
du poème de la Pitié, par Delille.
La révolution fut une source abon-
dante pour tous les aventuriers de
cette espèce : Fonquier-Tainville de-
vait l'embrasser avec toute la violence
de son caractère. Néanmoins, dans
les premiers temps, il ne figura que
parmi les démagogues subalternes.
Jl y avait encore un peu de décence à
celte époque^ et un reste de prudence
FOU
tenait a l'écart un homme tel que
Fouquier. On n'employait encore de
telles gens que comme des espèces
de boiirreaiix , dans les expéditions
qu'on jugeait nécessaires pour exci-
ter la populace et effrayer ceux dont
on redoutait l'opposition. Mais après
la funeste catastrophe du lo août
a 792 , aucune considération , aucun
respect humain , n'arrêta les chefs
de la révolution. Ceux qui avaient
inondé de sang le palais du Roi , et
dirigé bientôt après les massacres
tlii 2 septembre, étaient les maîtres de
l'état; et on les vit clicrcher partout
des brigands pour presser l'exécution
de leurs épouvantables systèmes :
alors les villes furent des coupe-gorges,
et les forets des lieux de sûreté. Le
trib'jnal révolutionnaire de Paris ayant
été institué , Fouquicr-Tainville fut
choisi pour en faire partie, mais d'a-
bord comme simple juré. Né cruel et
pervers, il sentit que, pour faire for-
tune dans la carrière du crime, il fal-
lait s'élever sur-le-champ au dernier
terme de l'atrocité. On a remarqué que
jamais un de ses avis ne fut pour ab-
soudre ; son opinion était toujours
la mort. Le gouvernement révolution-
naire, appelé le comité de salut pu-
blic, dirigé par Robespierre, voyant
combien un pareil homme lui serait
utile dans une place où il pourrait
donner plus de développement à ses
moyens, le désigna pour accusateur
public près le tribunal qui , avant qu'il
en fût le directeur, n'assassinait encore
qu'avec quelque réserve et une sorte
de timidité. Dès que Fouquier fut ins-
tallé, ce tribunal ne fut plus qu'une
Téritable tuerie. Les principaux révo-
lutionnaires disaient alors publique-
ment que la France était trop peuplée
pour une démocratie fondée sur les
principes de l'égalité, qu'il fallait sup-
primer le tiers au moins de ses habi-
FOU 56f
tants; et c'est de ce travail que s'occu-
paient Carrier à Nantes, Co!lot-d'Her-
bois à Lyon , Fouquier - Tainville à
Paris , et plusieurs autres préfendus
représentants du peuple dans les dif-
férents départements. Fouquier était
en exercice lorsque la reine fut traduite
k son tribunal; et c'est surtout dans
cette circonstance qu'il donna la me-
sure des excès dont il était capable.
Il ramassa, dans son acte d'accusation
contre cette vertueuse princesse, tous
les crimes, toutes les horreurs que
l'histoire reproche aux Brunchaut et
aux Frédégonde ; il y joignit les infa-
mies de ces femmes impudiques qui
déshonorèrent l'empire romain, l'en
déclara coupable, et lut tout cela en sa
présence. La reine l'entendit avec
calme et avec la plus stoïque fermeté:
seulement, lorsque, dans le cours des
débals, ou lui reprocha des actions
qui révoltaient ses sentiments de
mère , elle frémit ; la pâleur couvrit
son visage, et l'infortunée fit entendre
cette interpellation fameuse dont il
sera parlé à l'article Marie-Antoi-
nette. Après avoir reversé sur la
reine ce torrent d'infamies , l'odieux
accusateur chercha à réunir contre
elle tous les crimes de la politique :
suivant l'acle d'accusation , c'était
cette princesse qui avait provoqué
la guerre et y avait déternnné l'empe-
reur Léopoldetson neveu François 11;
qui avait fait passer à ces deux mon,ir-
ques des sommes immenses; enfui
c'était cette princesse qui avait provo-
qué les massacres de ses plus fidèles
sujets dans la journée du 10 août.
Tels furent les principaux griefs que
Fouquier articula pour motiver la
condamnation de l'infortunée Marie-
Antoinette. Après avoir terminé celte
œuvre de scélératesse, il commença le
procès de vingt-deux députés, connus
sous la dénominalion de Brissolins
5Ô2 FOU
et de Girondins^ que cette assemblée
avait repoussés de sod sein et venait
de lui envoyer. Fouquier accusait au
nom de la république , et demandait
qu^on punît comme ayant conspiré
contie elle , précisément ceux qui
avaient imaginé d'établir en France
ce système de gouvernement. ( P^o^.
Brissot,Guadet, Gensonné, Ver-
GNiAUX. ) La faction que ces députés
avaient formée, était la seule vérita-
blement républicaine; mais comme le
rétablissement de la royauté était l'é-
■véneiQent que la multitude semblait
redouter davantage depuis qu'on l'a-
Tait rendue coupable des forfaits qui
avaient renversé le trône , il fallait ,
pour avoir son appui, faire considé-
rer comme royalistes tous ceux qu'on
voulait sacrifier. Fouquier, d'après ce
système, devait poursuivre comme
tels les Brissotins et les Girondins ,
quoique la plupart d'entre eux eussent
voté la mort du Roi : il les présenta
comme des conspirateurs avec la
cour , et les accusa d'avoir, de concert
avec Louis XVI, fait déclarer la guerre
dans cette intention. Ici Fouquier-
Tainville agissait d'après les instruc-
tions de Robespierre, qui, en 1792,
fit tous ses efforts pour empêcher la
guerre que les Brissotins provoquè-
rent effectivement contre la volonté
du Roi , qui avait les larmes aux yeux
lorsque les ministres que cette faction
lui avait fait prendre, le forcèrent d'en
faire la proposition à l'assemblée.
H les accusa ensuite d'avoir voulu éta-
blir le gouvernement fédératif , tel
qu'il existe en Amérique. Ce fut une
conspiration d'un nouveau genre dont
on se servit pour multiplier les assassi-
nats dans toutes les parties de la
France. Quand on n'était pas roya-
liste on était fédéraliste ; et dès qu'on
i'tait poursuivi par quelque homme
puissant, il fallait succomber , sous
FOU
^
Tune ou l'autre couleur ; il n*y avait
pas moyen d'échapper. Les vingt-
deux députés, dont plusieurs avaient
beaucoup de talents, repoussèrent
avec la plus grande énergie les impu-
tations de l'accusateur, et pulvérisè-
rent ses attaques; on vit un moment
ce magistrat -bourreau et ses valets,
incertains et tremblants sur leurs
sièges : ils demandèrent à la Conven-
tion ce qu'ils avaient à faire; elle leur
ordonna , sur la motion de Billaud-
Varennes, de juger révolutionnaire-
ment les accuse's, c'est-à-dire , de les
envoyer à la mort sans autre forme
de procès. Muni de ce décret, Fou-
quier-Tainville leur imposa silence,
et ils furent envoyés au supplice. C'est
de cette époque que date l'établisse-
ment de l'épouvantable institution
appelée Gouvernement révolution"
naire ; alors toute la France fut plus
que jamais remplie de prisons et d'é-
chafauds. Cependant on continuait en-
core de couvrir ces proscriptions des
formes de la justice; ce qui leur donnait
un caractère plus atroce. Fouquier-
Tainville, et les individus qui compo-
saient son tribunal, voyant qu'il ne
s'agissait plus de juger, mais de faire
tuer, s'affranchirent de toutes les for-
mes qu'ils avaient observées tant biea
que mal avant le procès des vingt-
deux députés; et le prononcé de leurs
arrêts de mort ne fut plus qu'une dé-
rision horrible. On lui avait envoyé
un pauvre vieillard qui avait eu la
langue paralysée, et ne pouvait ré-
pondre aux questions qu'il lui faisait;
un de ses voisins lui dit que c'était uu
défaut de langue : ce n'est pas la lan-
gue qu'il me faut, dit Fouquier, c'est
la tête. Il avait à faire condamner la
duchesse de Maillé, et les gend.times
lui avaient amené une dame Maillet,
Dans le peu de questions qu'il lui fit ^
il s'aperçut de Vcrrcur : « Tu u es j)a|
FOU
» la Maillé, dit-il; mais autant vaut
» que tu y passes aujourd'hui que de-
» main. » Jja dame de Sainti -Ama-
rante, et sa fille , l'une des plus belles
femmes do Paris , l'avaient étonne'
par la noble assurance qu'elles avaient
montrée sur les affreux gradins :
« Voyez comme elles sont effrontées,
» dit l'accusateur - bourreau j il faut
» que j'aille les voir monter sur l'é-
• chafaud, pour ra'assurer si elles
» conserveront leur caractère jusqu'à
» la fin, dusse- je me passer de dîner. »
II faisait condamner le père pour le
fils ( Fo^. LoizEROLLES ), l'imberbc
de dix-sept ans pour le vieillard de
soixante ans j c'était une véritable
boucherie de cbair humaine. Un offi-
cier corse , déjà fort âgé , était détenu
au Luxembourg : on vint le demander
de la part de Fouquier ; il fit la sourde
oreille : un jeune étourdi , qui jouait
à la balle dans la cour, et avait un
nom à peu près semblable , répondit;
le sbire l'emmena , et le jeune homme
de dix-sept ans fut mis à mort pour le
vieillard de soixante. On envoyait à
Fouquier-Tainville des listes de pros-
cription auxquelles lui-même en ajou-
tait d'autres ; et il allait , avec les ju-
ges et les principaux jurés, les discu-
ter chaque semaine chez un nommé
Lecointre , député à la Convention ,
où il y avait une réunion et un bon
dîner ( Foy. Lecointre de Versail-
les ). Là se débitaient inter scjphos
etpocula^ des liorreurs qui font fré-
mir. Le matin , tous ces bourreaux se
réunissaient, avant d'entrer en séance,
dans un café qui touche aux prisons
de la Conciergerie, et causaient, en
déjeûnant gaîraent, sur le nombre et
l'espèce d'assassinats qu'ils allaient
commettre. « J'ai fait gagner celte
» semaine, disait Fouquier , tant de
» millions à la république ; la semaine
» prochaine , je lui en ferai gagner
FOU 565
» davantage ; je déc uloterai encore un
» plus grand nombre de riches. »>
En sortant, il donnait ses ordres; et
une quantité de charrettes arrivaient
dès le malin, pour conduire au sup-
plice les victimes qu'on devait con-
damner le soir : leur nombre s'élevait
ordinairement chaque jour à soixante
ou quatre-vingts. Ses actes d'accusa-
tion, imprimés d'avance, contenaient
les mêmes griefs pour tous : il n'j
avait plus que les noms des condam-
nés à inscrire dans les blancs qu'on y
avait laissés ; ce qui était une affaire
des commis du greffe. Les jurés avaient
d'avance le mot : ce mot était /é;m de
Jîle. Fouquier-Tainville le pronon-
çait , et soixante personnes étaient
condamnées après quelques forraabtés
qui ne demandaient pas deux heures.
L'événement du 9 thermidor an 11
( 1'] juillet 1794 ), qui arrêta la prin-
cipale cause de ces meurtres , n'em-
pêcha pas Fouquier de continuer son
rôle d'accusateur: on l'avertit de la
révolution qui venait de s'opérer,
et de l'arrestation de Robespierre,
son protecteur : « Nul changement
» pour nous, répondit-il; il faut que
» la justice ait son cours. » Et il
fit partir pour l'échafaud quarante-
deux personnes, dont la plupart étaient
des bourgeois de Paris. Apres cette
révolution , ce fut encore lui qui fut
chargé de faire guillotiner Robespierre
et tous ceux que la Convention avait
mis hors de la loi ; et il eut l'audace de
se présenter à la barre , pour féliciter
celte assemblée sur la victoire qu'elle
venait de remporter. Barère se pré-
senta à la tribune, au nom du comité
de salut public, avec le projet de faire
continuer le système de terreur qui
épouvantait l'Europe, et il proposa
Fouquier pour accusateur public près
le nouveau tribunal révolutionnaire
qu'il s'agissait de former j mais il
564 FOU
éprouva une vive opposition. Le dé-
pute' Frcron ( Foy. FRKnoN ) attaqua
Fouquicr, rappela ses crimes, et ter-
mina son discours par ces mots épou-
vantables : « Jederaaudeque Fouquier
» aille cuver dans les enfers tout le
» sang dont il s'est enivre. » Lesagc
( d'Eure - et - Loir ) l'accusa , le 20
ïnars, d'avoir envoyé à la mort, sans
Jugement, quarante-deux prisonniers
du Luxembourg. Il fut enfin 'arrê-
te, mais ne fut mis en jugement
que le mois d'avril suivant; et un
décret ordonna la permanence du
tribunal jusqu'au jugement dëfinilif.
Ce monstre montra une audace im-
perturbable, et se défendit, soit en
niant ses crimes, soit en disant qu'il
ne les avait commis que par les ordres
du comité de salut public. Il feif^nit
de dormir pendant le résume de l'ac-
cusateur j c'était le tableau des pkis
horribles forfaits : l'assurance de ses
regards farouches inspirait encore
l'effroi ; tant était profonde l'impres-
sion que son nom avait faite sur tous
les esprits. Il fut condamné à mort le
7 mai 1795, et était âgé de quaranle-
liuit ans. La populace, qui lui avait
servi d'appui , le chargeait de malé-
dictions : a Tu n'as pas la parole , »
lui disait-on, par allusion à ce qu'il
disait lui-même aux malheureux qui
voulaient se justifier : « Va , canaille,
» répliquait-il , chercher tes trois onces
» de pain à ta section, (i) » Une dou-
zaine de ses complices furent envoyés
à la mort avec lui ; il fut exécuté le
dernier, et sembla, pour la première
fois , éprouver quelques remords; on
le vit pâlir et frissonner dans le der-
nier moment de sa vie. Il avait donné
sa justification ou défense sous ce ti-
tre : Mémoire pour A. Q. Fouquier,
(1^ A cette époque, on pouvait à ppine avoir
eeite qnantitt^ de pain par perionac à Tari» i en-
core éUit-il dâteilabie.
FOU
ex- accusateur public près le tribunal
révolutionnaire établi à Paris , et
rendu volontairement à la Concier-
gerie le jour du décret qui ordonne
son arrestation, in-4°. de 10 pages.
Le décret qui le mettait en accusation
est du 14 thermidor an 11 ( I*^ août
1794). B — u.
FOUQUIEHES(jACQUEs),pcintrc
de paysages , élève de Josse Montper,
et de 3. Breughel, dit Breughel de
Felours , s'était fait connaître de
bonne heure par des essais dignes
d'éloges : il se perfectionna dans le
coloris , en travaillant chez ïiubens ,
qui l'employa plus d'une fois à ter-
miner les fonds de ses tableaux. Louis
XIII l'appela en France en 1621 ,
et le chargea de peindre les vues des
principales villes du royaume; mais,
au lieu de répondre comme il le devait
à ce Icmcignage d'estime , Fouquières
ne voyagea que pour son plaisir. A
peine rapporta-t-il de ses tournées
une douzaine de dessins lavés au
bistre. Ce fut en vain que , pour ra-
nimer son zèle , le roi lui donna des
lettres de noblesse; rien ne put lui
rendre le goût du travail. Après avoir
fait à la hâte un petit nombre de ta-
bleaux pour MM. de la Vrillière et
d'Emery, il s'abandonna entièrement
à la paresse , et finit par mourii^
pauvre et méprisé (chez un peintre,'
nommé Sylvain , qui demeurait fau-
bourg St. -Jacques j. Son anoblisse-
ment lui avait inspiré un si sot or-
gueil, que, dans la crainte de déroger,
il ne maniait jamais le pinceau sans
avoir l'épéc au côté. Aussi le Poussin ,
qui avait eu personnellement à se
plaindre de ses airs de grandeur, ne
l'appelait - il que le baron de Fou-
quières. Il est à regretter que la con-
duite irrégulière, et la vanité ridicule
de Fouquières , l'aient empêché de
produire, dans les dciuicis temps,
FOU
r<nis les beaux ouvrages qu'on poqvait
attendre de lui. Il avait une facilité
rare ; sa manière tenait un peu de
celle du Titien. Quelques artistes ont
prétendu qu'il peignait d'un ton trop
vert, et qu'il bornait trop ses points
de vue. Celte critique peut être fon-
dée: mais ceux-là même qui l'adop-
tent, reconnaissent, avec tous les pein-
tres, qu'il réussissait singulièrement
dans l'imitation exacte de la nature ;
qu'il excellait dans ce que les hommes
de l'art appellent la touche des arbres
ou le feidller ; et qu'enfin, le dessin
de ses figures était aussi vrai que spi-
rituel. Ou a beaucoup gravé d'après
ce maître, et il a lui-même gravé à
l'eau-forte un bon nombre de ses pay-
sages, Fouquières, né à Anvers en
ijBo, ne mourut point en 1621 ,
comme le disent plusieurs écrivains.
Il est reconnu (i) que ses démê!és
avec le Poussin, dont il était jaloux,
eurent lieu à l'époque où ce dernier
venait d'être nommé premier peintre
ordinaire du roi 5 or, cette nomina-
tion du Poussin date du ao mars
1641. Ce fut, d'ailleurs, comme on
l'a vu plus haut, dans le cours de
l'année 1621 , que Fouquières fut
appelé à Paris ; et ses ouvrages faits
au Louvre sont une preuve qu'il
vivait encore long-temps après. D'Ar-
geriville, les auteurs du grand Dic-
tionnaire historique, l'abbé Ladvocat,
D. Pernetti , l'abbé de Fontenay, et
Ixiaucoup d'autres biographes, pia-
eent , sans hésiter , la mort de ce
peintrç en lôSg; nous avons plu-
sieurs raisons de croire, en efïèt,
que cette date est exacte. Fouquières
avait voyagé en Allemagne et en Italie.
Il fit un grand nombre d'ouvrages
pour l'électeur palatin, qui le paya
toujours magnifiquement, mais sans
(1) Voyez D. FjSlibien, Entretiens tur Ut OU'
■ «5e/ et Içf vies des ptu%trçf._
FOU 3G.^
jamais pouvoir renricliir. C'était, dit-
on, chez Fouquières, que Philippe de
Champagne avait appris les principes
de l'art de peindre. F. P — t.
FOUR. ( Foj-ez Dufour et Lon-
GUERÙE ).
FOURCADE ( Pascal-Thomas ),
né à Pau en 1 769 , montra dès sa
plus tendre enfance une imagination
ardente , une conception facile et une
mémoire prodigieuse. A peine cut-iî
achevé ses études , qu'il vint à Paris,
La révolution commençait aloi^s; *ii
s'enflamma pour elle , et l'on vit plus
d'une fois un jeune homme de vingt
ans haranguer le peuple des fau-
bourgs , et marcher à sa tête. Nommé
en 1 795 consul de France à Saint-
Jean-d'Acre , il n'y était pas encore
rendu, qu'il reçut une autre destina-
tion , celle de la Canée. Il y arriva
en I 796, et ne tarda pas à adresser
au département des relations exté-»
rieures divers mémoires , tant sur
l'île de Candie , en général , que sur
celle de Cérigo , qui n'en est pas
éloignée , et que la mythologie a tant
embellie sous le nom de Cythère.
Pendant la guerre que la France eut
avec la Turquie , à Tépoque de l'in-
vasion de l'Egypte , il fut jeté dans
les prisons de la Canée, et indigne-
ment traité , puis enfin transféré dans
celles de Constanlinople, où son sort
parut s'adoucir j car il s'y trouva au
milieu de ses compatriotes, prison-
niers comme lui. La paix faite , il
revint en France; et, comme un ar-
ticle de notre traité avec la Porte
stipulait la libre navigation du pavillou
français dans la mer Noire , on créa ,
en 1802, sur les côtes asiatiques de
cette mer, trois consulats ( Sinope ,
Héraclée et Trébizonde ). Fourcade
fut nommé à celui de Sinope. Dans
les loisirs quç lui laissait sa place, lors
de la reprise des bostifités avec l'Angle-
36G FOU
terre, il fit plusieurs excursions dans
les environs de sa résidence. Il vi-
sita toute celte partie de l'Analolie
qui repond à l'ancienne Bithynie , à
la Paphlagonie et au Pont pole'mo-
niaque , contrées dont Tournefort et
Bcaucliamp n'avaient vu et décrit
que les côtes. Une des plus intéres-
santes de ces excursions est celle qui
le conduisit à Tasch-Kouprou , sur
les ruines de l'ancienne Pompeïopolis,
capitale de la Paphlagonie sous les
Romains. Aucun géographe n'en avait
déterminé avec exactitude la position ;
d'Anville lui-même l'avait placée, dans
ses cartes , à 20 lieues trop au sud.
La table de Peutinger, seule, indiquait
avec justesse la situation de cette ville,
à moitié chemin à-peu-près de Sinope
et de Gangra; et c'est bien là qu'est
située Tasch Kouprou. Mais ces tables
ne faisant pas autorité , l'emplacement
de Pompeïopolis restait indéterminé;
et nous devons à une inscription dé-
couverte par Fourcade , à Tasch-Kou-
prou , de connaître la véritable posi-
tion de Pompeïopolis. Le giand Mi-
ihridafe avait d'abord nommé cette
ville Eupatoria, du nom d'ETITA-
TflP, bojio pâtre natus , qu'il por-
tait avec orgueil ; mais la fortune de
Pompée fit changer ce nom d'£a-
paioria en celui de Pompeïopolis,
qu'elle a conservé jusqu'à l'époque
désastreuse de l'envahissement de
ces belles contrées par les Olho-
mans, qui partout ont imposé des
noms nouveaux aux lieux même
les plus célèbres de l'antiquité. Le
mémoire que Fourcade , à son retour
de Sinope (i), lut à la i*^". et à la
(i)Son •éjour à Sinope fut marqué par un fâ-
clieux événement. Assailli à quatre pas de 1» mai-
son contulâire par une troupe de gen« de mer qui
débarquaient, il fut laissé comme mort «ur la
place. Depuis lors il ne fit (ilus que lanpiir. Obli;;é
. de quitter Sinope pour prendre les eaux de Iladen
en Autriche , il toucha à la Crimée , descendit à
CaÛ«i 7 ftt quel^t léiMiriCt vérifia c|uc cette
FOU
5«, classe de l'Institut, sur celte dé-
couverte , y excita un vif intérêt. Il
a été inséré dans le i4^. volume des
Annales des Voyages , par M. Malle-
Brun. A ce mémoire était jointe une
carte manuscrite de la Paphlagonie,
que notre voyageur avait dressée lui-
même , et qui n'a pas encore été gra-
vée. Quoiqu'il soit aisé de s'aperce-
voir que le travail de cette carte est
celui d'une personne qui n'a jamais
fait une étude pratique de l'arpentage,
cependant la géographie profitera des
mesures de dislance relative qui ont
été calculées, la montre et la boussole
à la mainj elles serviront à rectifier
plusieurs points importants, et sur-
tout le cours de l'Amnias, jusqu'ici
mal indiqué, et qui, au lieu d'aller
se jeter à la mer, ainsi que le croyait
d'Anville , va mêler ses eaux à celles
de l'Halys , apiès un cours de 4©
lieues. Trois autres mémoires sur l'as-
pect physique de la Paphlagonie, sur
Castambol et sur les antiquités de Si-
nope, lus également à l'Institut, dé-
terminèrent, en 1811 , celte société
savante à recevoir Fourcade au nom-
bre de ses correspondants. L'aunée
suivante, il fut nommé au consulat
général de Salonique. En y arrivant
au mois d'avril 181 3 , le consul
mandait à M. Barbie du Bocage, qu'il
avait trouvé des ruines à Novi- Ba-
zar, à Uscup , à Oulchiterna , à Sterae ,
et à Démir-Gapou, près de l'Axius;
mais cette partie de son voyage est
restée dans ses papiers. Les nom-
breuses occupations qui l'assaillirent
dans ce nouveau poste , et auxquelles
son activité parut d'abord sufîire, nt
tardèrent pas à miner une constitu-
ville était réellement située sur remplacement d#
l'ancienne Tfaéodosir ; de là il le transporta «nr
le» ruines de Panlicapée, et recneillit sur cette
ancienne capitale du Bosphore «-immérirn beaa-
coup de notes qui ont été dernièrement inséréM
dans la traducli»n^lranvai»e du Vojas* ^^ Clark»
êu. KiMsic.
FOIT
tîon déjà très ajffaiblie par l'étude et
les voyages. Victime de son zèle qui
lui fit braver Tinsalubrite' du climat ,
il mourut d'une dyssenterie, le ii
septembre i8i5. Fourcade avait
beaucoup d'esprit naturel ; il connais-
sait les langues anciennes, les anli-
quite's , l'histoire , la géographie , la
botanique et la mine'ralogie : mais
son imagination fougueuse donnait
à ses descriptions une teinte pres-
que romanesque, qui empêchait d'y
avoir une entière confiance. Il s'oc-
cupait aussi de poésie, cl il a fait,
en différentes circonstances, des pièces
de vers, qui prouvaient autant de fa-
•ilite' que d'esprit. A — R.
FOURCROl (BoNAVENTURE de),
avocat au parlement de Paris , né à
Noyon , mort à Paris eu 1692, fut
très considéré de son temps. 11 n'était
}>as bon poète; aussi Boileau disait-il
dans un distique qu'il n'a pas livré à
Fimpression :
Qtii ne liait point te« vers, ridicule Maiiroi,
Pourrait bien pour <u peine aimer ceux de tourcroi,
Fourcroi avait des poumons redou-
tables. Il disputait un jour contre Mo-
lière en présence de Boileau, qui s'é-
cria : Qu'est-ce que la raison avec
un filet de voix contre une gueule
comme celle-là? On a de Fourcroi ;
ï. Sonnets ( au nombre dei^)à M. le
prince deConti yVàris, i65i, in-4°.
il. Les Sentiments du jeune Pline
sur la Poésie, Paris, 1660, in- 12.
III. Les OEuvres de Barthelemi Au-
zanet^ avec lequel il avait travaillé
long-temps aux arrêtés de M. le prési-
dent Lamoignon. L'éloge d'Auzanet,
qui est à la tête de ce livre, est de
Fourcroi. IV. Trois discours , dans les
Recueils de l'académie française. V.
De V origine du droit , des magistrats
et des jurisconsultes ; les lois des
douze Tables; de la signijication des
mots, et Içs titres des cinquante
FOU 567
liifres du Digeste, nouvelle traduc-
tion , a^^ec notes , 1 674 , in - ï 2- H €>t
dit dans le Carpentariana({ni\3iécnt
pour la défense des droits du roij
mais, ajoute Charpentier, « je ne fais
» pas grand cas de son ouvrage; il est
» trop gros ; et apparemment il en
» avait été bien payé. » La préface des
Questions de droit , par Bretonnier ,
contient l'éloge de Fourcroi. A.B. — ^t,
FOURCROY (Antoine-François
de), célèbre chimiste , naquit à Paris,
le 1 5 juin i-jSS. 11 appartenait àb
même famille que Bonaven^are de
Fourcroy ; mais la branche 'dont îl
descendait était pauvre. Son père,
pharmacien de la maison du duc d'Or-
léans, perdit sa charge, et le droit
d'exercer son état à Paris , en vetta
de certains arrangements que deman-
da la corporation des apothicaires ; dt
cet événement mit sa famille dans un
état très voisin du besoin. Le jeune
Fourcroy serait peut-être tombé dans
le désespoir, si Vicq-d'Azyr, qui con-
naissait son père , n'eiit éié frappe de
ses dispositions, eX ne l'eût encouragé
et souteuu; mais la protection de Vicq-
d'Azyr pensa elle-même lui faire un
grand tort dans une circonstance im-
portante. Fourcroy concourait pour
une des licences gratuites fondées par
le docteur Diest à la faculté de méde-
cine , en faveur de l'étudiant pauvre
qui les mériterait le mieux. L'aniiuo-
sité que la faculté avait conçue contre
Vicq-d'Azyr, parce qti'il était secré-
taire de la société royale de médecine
qu'elle regardait comme une compa-
gnie rivale , fit repousser Fourcroy ;
et ce jeune homme se serait vu hors
d'état de payer les frais de sa récep-
tion, et d'obtenir son diplôme de mé-
decin , si la société royale n'eût fait
une collecte en sa faveur : le même
esprit de parti l'empêcha d'être admis
sur la liste des docteurs régents, et
^
56B FOU
d'acquérir ainsi le droit d'enseigner
dans les écoles de la faculté j mais il
trouva bientôt d'autres occasions de
faire preuve de talents. Bucquct, le
professeur de chimie alors le plus cé-
lèbre de la capitale , en. fil son élève
favori ; il permit quelquefois qu'il le
remplaçât, et lui prêta même un Am-
phithéâtre pour faire des cours particu-
liers. L'éloquence du jeune Fourcroy
lui procura une réputation si prompte
et si générale , qu'à la mort de Mac-
quer arrivée en i -^84, BufiTonle nom-
ma à laiftliaire de chimie du jardin du
roi. Il y'a enseigné pendant plus de
vingt-cinq ans avec un talent inimi-
table , et un concours d'auditeurs pro-
digieux. La facilité, l'éîégance de son
langage, son abondance, sa chaleur,
sa clarté, la beauté de sa voix , la vi-
vacité de sa physionomie, enchan-
taient les hommes les plus étrangers
à la chimie, et ont infiniment contri-
bué à en répandre le goût, non seu-
lemenlen France, mais dans toutes les
parties du monde ; car des élèves de
tous les pays affluaient dans son am-
phithéâtre. Ce qui ajoutait encore à
l'intérêt de ses leçons, c'est le soin
qu'il prenait de se tenir constamment
au courant d'une science qui était alors
à l'une de ses époques les plus brillan-
tes, et où les découvertes se succédaient
chaque jour. On peut prendre une idée
des améliorations qu'il faisait à ses
cours dans les différents résumés qu'il
en a publiés. Le premier , intitulé ,
Leçons d'histoire naturelle et de
chimie, parut en 1781, en 2 vol.
ia-8^. 11 en donna uneédilion en 4 vol.
en 1789, une de 5 en 1791J mais
l'ouvrage s'étendant toujours, il crut
pouvoir le publier sous le nouveau
litre de Système des connaissances
chimiques y et de leur application
aux phénomènes de la nature et de
Uart, en G vol. in^"*? ou 1 1 vol. iu-S".
FOU
1801. L'on peut regarder ce dernier
livre comme la tachygraphie presque
littérale des cours de Foiaxroy , tels
qu'il les faisait peu de temps avant sa
mort; et c'est aussi le tableau détaillé et
à peu près complet de ce que l'on savait
en chimie à l'époqjne où il parut. Sa
Philosophie chimique est un abrégé
de la même doctrine. Les faits fonda-
mentaux sur lesquels reposait alors
la chimie , y sont rendus en style apho-
ristique, propre à servir de guide
aux professeurs , et à soutenir la mé-
moire des élèves. Cet ouvrage , impri-
mé en français, en 1792, «795,
et 1806, a été traduit dans presque
toutes les langues , et même en grec
moderne : mais les sciences naturelles
font aujourd'hui des progrès si rapi-
des , que les traités généraux qui les
exposent vieillissent en peu d'années ,
quelque succès qu'ils aient eu à leur
apparition ; et ceux de Fourcroy n'ont
pasécha|)péà ce sort général. Outre
ceux dont nous venons de parler , il
en a encore donné deux, à peu près
de même nature, pour les écoles vété-
rinaires , et pour la bibliothèque des
Dames; et il a inséré beaucoup d'ar-
ticles de chimie dans l'Encyclopédie
méthodique et dans le Dictionnaire
des sciences naturelles. Mais il ne se
borna point à servir la chimie par des
cours, ou des ouvrages simplement di-
dactiques ; et il ne se montra pas moins
expérimentateur infatigable , qu'élo-
quent professeur ou écrivain fécond.
Les Annales de chimie et d'autres jour-
naux , ainsi que les recueils de diverses
sociétés savantes , contiennent plus de
cent cinquante mémoires de sa com-
position , roulant tous sur des expé-
riences ou des vues qui lui sont pro-
pres, et qui , s^ns montrer précisément
l'originalité ou la rigueur des Mémoires
deCavcndish , ni l'heureuse sagacité de
ceux de La voiler, ont cepcndanlfoui-
FOU
ni à la science beaucoup d'accroisse-
ments utiles. On peut meltieau nombre
de ses travaux les plus iiuportauts la
découverte de plusieurs composes qui
détonnent par la simple percussion ;
celle de divers procédés propres à per-
fectionner l'analyse des eaux miné-
rales, dont il a donné un essai remar-
quable dans son Analyse de Veau
sulfureuse (VEnghieUy un vol. in-S".,
i''88; celle d'un moyen économique
de séparer le cuivre de l'étaira : il a f.àt
aussi de longues recherches sur les
combinaisons salines, et nommément
sur les sels triples ammoniacaux. Il a
encore beaucoup perfectionné les ana-
lyses végétales, et a surtout donné à
la partie de la chimie qui concerne les
substances animales une impulsion
toute nouvelle. Ayant été chargé de
veiller avec Thouret à l'exhumation
du cimetière des Innocents , il obser-
va que plusieurs cadavres, au lieu de
se corrompre et de se dissoudre, s'é-
taient changés en une sorte de subs-
tance grasse , analogue à celle qu'on
nomme blanc de baleine. On lui doit
la découverte que les calculs de la vessie
humaine ne sont pas tous de la même
nature, et qu'il s'en trouve, dans le
nombre, que leur composition chi-
mique permet de croiie dissolubles.
Le défad des autres faits particuliers
dont il a enrichi la science , serait
beaucoup trop long pour un livre
tel que celui-ci. Les autres ouvrages
de Fourcroy sont : L Essai sur les
maladies des artisans ,tvAd. du latin
de Bamazzini, avec notes et additions,
1777, in- 12. n. Une édition de r£ra-
tomologia Parisiensis de Geoffroy,
1787, '1 vol. in- 12. m. \,'Art de
connaître et d'employer les médi-
caments dans les maladies qui atta-
quent le corps humain , i 780 , 1 vol.
iu-B". IV. Essai sur le pJdo gis tique
et les acides^ 1788, in-8'. V. La
XV.
FOU 5G9
Médecine éclairée par les sciences
physiques , «791 , 4 vol. in-8\ VL
Procédés pour extraire la soude du
sel marin , 179^, in-4°. .VIT. Ta-
hleaux synoptiques de chimie^ 1 800,
i8o5, in- fol. atlanliq. Vil. Il a con-
couru avec I.avoisier , Beilholet et
Guy ton-Mor veau , à la Méthode de
nomenclature chimique y 1 787, in-S".
Jusqu'à la révolution , Fourcroy s'é-
tait borné à son état de chimiste et
de médecin ; mais il avait eu peu de
succès dans la pratique. Repoussé
long-temps , non sans injustice , des
principaux corps savants , par suite
des premières querelles qu'il avait
essuyées , sa fortune était restée fort
au-tlessons de son mérite , on sorte
qu'il avait conçu de l'aigreur contre
l'ordre établi : aussi se hvra-t-il avec
chaleur aux espérances que firent
naître les premiers symptômes de celte
grande convulsion politique. Son ta-
lent pour la parole lui donna du suc-
cès dans les assemblées populaires ; et
il fut nommé, en 1792, député sup-
pléant de Paris à la Convention natio-
nale. Le hasard voidut qu'il devînt le
successeur du trop fameux Marat.
Ainsi , il u'enli a dans cette assemblée
qu'après qu'elle eut consommé le plus
grand de ses ciimes. Les circons-
tances, cl le parti dans lequel il se
trouvait , engage , lui firent prendre
quelquefois le langage grossier des
démagogues; ce qui donna iicu de lui
supposer une part active à quelques-
uns des excès de cette déplorable
époque: m;iis il est aisé de voir, dans
les journaux du temps, qu'd ne traita
jamais à la ti ibune que des questions
d'administiation intérieure, et surtout
d'instruction publique ; il chercha à
préserver de la destruction les établis-
sements utiles , et à rétablir ceux qui
avaientétédétruits: il fit mêmeappder
près du comité de salut public, sous pré-
570 FOU
texte de perfectionner différents procé-
dés des arts nécessaires pour la guerre,
plusieurs savants qui , sans celte atten-
tion , auraient probablement couru les
mêmes dangers que tout ce que la
France possédait alors d'illustre : mais
il ne put ou n'osa comprendre Lavoi-
sier dans sa liste ; et ce grand homme
qui appartenait à la compagnie des
fermiers-généraux, ne fut point distin-
gué de ses collègues lors de l'assassinat
juridique qu'en fit le tribunal révolu-
tionnaire. Quelques envieux accusè-
îent Fourcroy de n'avoir pas été
étranger à ce malheur d'un chimiste
plus célèbre que lui ; et celte odieuse
imputation empoisonna le reste de sa
vie. Nous pouvons assurer, à sa dé-
charge , que nons avons fait les re-
cherches les plus sérieuses , sans en
avoir pu découvrir la moindre preuve.
Après la séparation de la Convention ,
Fourcroy fit partie du conseil des an-
ciens , d'où il sortit par le sort en
1 798. L'année suivante , presque
aussitôt après le 18 brumaire, le 1**^.
consul l'appela au conseil d'état , sec-
lion de l'intérieur , où il est resté jus-
qu'à sa mort. Il y fut principalement
employé à la rédaction des règlements
et des projets de loi relatifs à l'ins-
truction publique; il fut même nommé
en 1801 à la direction générale de
cette partie de l'administratipn , sous
l'autorité du ministre de l'intérieur.
Les travaux administratifs de Four-
croy ont eu, comme ses travaux scien-
tifiques, uue très grande activité pour
caracière principal j et il a f«it tout ce
que l'on peut faire avec cette qualité.
On doit à ses soins l'érection des trois
écoles de médecine de Paris, de Mont-
pellier et de Strasbourg; celle de
douze écoles de droit, et de près de
trente lyce'cs, aujourd'hui appelés
collèges royaux , tous placés dans de
grandes villes. Il a fait relever ou éla-
FOU
blir plus de trois cents collèges com-
munaux dans les villes inférieures.
Les règlements de toutes ces écoles
venaient de lui ; il avait à leur procu-
rer, d'une manière ou d'une autre, des
revenus suffisants; il préparait les
nominations des chefs et des profes-
seurs, et jusqu'à celles des boursiers.
Ses vues en ce genre eurent de la
grandeur: l'état, selon lui, devait l'ins-
truction au peuple ; et s'il eût été se-
condé , il n'aurait rien négligé pour
fonder l'éducation publique de ma-
nière à la rendre indépendante de l'é-
tat des finances et de la faveur mo-
mentanée du gouvernement. Mais trop
restreint dans ses premières études ^
il n'eut peut-être pas des idées assez
élevées sur ce que l'instruction peut
et doit être; et trop gêné par les pré-
ventions de son maître et par ses
propres relations révolutionnaires , il
ne put pas toujours mettre dans ses
choix cette rigueur nécessaire pour
leur concilier la confiance publique.
Il fut chargé de préparer les décrets
sur l'établissement de l'université ; et
ce travail fut pour lui la source de
beaucoup de chagrins. Après l'avoir
recommencé vingt-trois fois avant d'a-
gréer au chef du gouvernement, il se
vit frustré de l'est^oir qu'il avait con-
çu de devenir le chef de ce grand
corps, et obligé d'abandonner la di-
rection de l'instruction publique,
après cinq ans d'exercice. Quelque
temps après ce premier désagrément,
il en eut un second qui l'affecta beau-
coup aussi. Des dotations ayant été'
données à presque tous les conseillers
d'élal, il ne fut point compris dans
cette distribution. Il avait la faiblesse
d'attaclier à la faveur plus de prix
que ne doit y en mettre un savant et
même un véritable homme d'état. La
certitude de sa disgrâce acheva ce que
les inquiétudes précédentes, jointes à
FOU
5CS grands travaux , avaient cora-
ijieucë ; et il fut frappe d'iipoj)lexie
le 16 décembre 1809, à l'âge de 54
nus , lorsque tout seinbLiil encore an-
noncer en lui de la vigueur et de lon-
gues années. C'est en l'honneur de
Fourcroy que Ventenat a donne le
nom de Furcrœa à VAgai^e vivipara^
belle plan le de la famille des liliacees ,
qui se trouve dans l'Amérique espa-
gnole. M. Palissot de Beauvois a fait
imprimer un Eloge historique de
M. Fourcroy (1810) in-4°. L'éloge
du même personnage par M. Cuvier_,
prononce à l'institut, se trouve dans les
Mémoires de cette compagnie savante,
et encore dans le Magasin encycl. ,
1812, tome ir , page l 'e. C — v — r.
FOURCROY DE R,iMECOUHT
( Charles-Rene ) , ingénieur , naquit
à Paris le 19 janvier 17 1 5. Destiné à
exercer la profession de son père , avo-
cat au parlement , toutes ses études
furent dirigées vers ce but : mais un
penchant irrésistible l'entraînait vers
les sciences ; et il s*y livrait en se-
cret avec une telle application qu'il
parvint à acquérir en peu de temps
les connaissinces exigées alors pour
entrer dans le génie. Après un exa-
n\,en très brillant, il fut admis dans
ce corps en 1755. 11 fit toutes les
campagnes de la guerre de 1741 sous
les ordres du maréchal d'Asfeid , en
fit encore trois en Allemagne pendant
la guerre de sept ans, commanda en
1761 le corps des ingénieurs des
côtes de Jiretague , et se trouva en
17G4 au siège d'Alméida en Portu-
gal. La paix lui ayant permis de re-
prendre les études du cabinet , il s'ap-
pliqua avec une nouvelle ardeur à
perfectionner ses connaissances ; et il
en avait dans plus d'un genre. Il em-
ployait quatoize heures par jour à
faire des expériences , ou à en dé-
crire les résultats. Sa modestie Tem-
FOU 371
pécKait de publier sous son nom les
fruits de son travail ; mais il ne put
échapper à la célébrité qu'il semblait
craindre, et l'académie des sciences
le récompensa des services qu'il leur
avait rendus , par une place d'associé
libre. D'autres travaux également re-
marquables par la sagesse et par l'éten-
due des vues lui avaient mérité le
grade de maréchal-de-camp. 11 fut
employé successivement à Calais , en
Roussillon, en Corse, etc. jusqu'à ce
que le comte de St. -Germain ayant
manifesté en 1776 le désir d'attacher
au ministère de Ja guerre un officier
supérieur du génie , Fourcroy ab-
sent fut désigné au ministre, par tous
ses camarades , comme le plus dignç
de remplir cette place importante.
En la quittant, il fut nommé direc-
teur-général du génie : il mourut à
Paris le 12 janvier 1791. On a de
lui : I. VArt du tuilier- hriquetier et
celui du chaufournier dans le Re-
cueil des Descriptions publiées par
l'académie des sciences. L'auteur ,
dans ce dernier ouvrage , donne
de grands détails sur les différentes
espèces de pierres propres à être
converties en chaux, et il indique la
Lorraine comme la province de France
qui en fournit les carrières les plus
abondantes. 11. Mémoire sur la
fortification perpendiculaire , Paris ,
1786, in - 4". Il a. donné cet ou-
vrage comme le résultat de ses con-
férences avec plusieurs oiÔciers du
génie. 111. Plan de communication
entre V Escaut , la Sambre, l'Oise,
la Meuse , la Moselle et le Rhin ,
pour réunir toutes les parties in-
térieures de la France. IV. Des
Mémoires dans le recueil de l'aca-
démie des sciences. Ce n'est point
à ce petit nombre d'ouvrages que se
bornent les travaux de Fourcroy. Les
obsci'vatjpn^ microscopiques ( Foj\
24..
Dcsessarts, Siècles litt. de la Fran-
ce ) , insérées dans le Traité du
cceur, (le Sénac, lui appartiennent
presque entièrement. Le Traité des
•pêches de Duhamel renferme un
grand noralue de remarques et de
descriptions, que son séjour sur les
cotes l'avait rais à portée de faire.
Plusieurs de ses expériences et de
ses observations sur les bois se re-
trouvent dans les ouvrages de Dn-
bamel : enfin il q enrichi d'un grand
nombre de faits et de réflexions l'ou-
vrace de Lalande5Mr Zes Marées.
W— s.
FOURCROY DE GUILLER-
VILLE (Jean*Louis de), frère du
précédent , naquit à Paris en 1717,
et entra dans la compagnie des ca-
dets gentilshommes à Rochefort. 11
partit pour St. - Domingue avec le
grade d*officier d'artillerie, et de-
meura vingt ans dans cette colonie.
Pc retour en France, il quitta le ser-
Tice, et acheta une charge de con-
seiller au bailliage de Clermont- sur-
Oise, La révolution le priva de cet
emploi ; mais il fut nommé juge au
tribunal qui- remplaça le bailliage , et
mourut à Clermont en 1 799. On a
de lui : L Lettres sur Véducation
physique des enfants du premier
dge, Paris, 1770, in-8'\ Cet ou-
vrage est le résultat des observations
îailcs par l'auteur tant à St.- Domin-
gue qu'en France. IL Les Enfants
élevés dans V ordre de la nature,
ou Abrégé de l'histoire naturelle
des enfants du premier dge , à
Vusage des pères et mères de fa-
mille, Paris, 1774, in- 12; nou-
velle édition, 1785, in- l'i. Cet ou-
vrage estimable a été traduit en alle-
mand par K. F. Cramer, Lubeck,
1781 , *?. vol. in-8°. W-*-s.
FOURIER (Pierre), réformateur
dtis chanoines réguliers de Lorraine ,
FOU
et instituteur des religieuses de la con-
grégation du même ordre , naquit à
Mirecourt, le i5 novembre 1 565, de
parents honnêtes , mais peu avanta-
gés des biens de la fortune. Il fil ses
éludes à Pont-à-Mousson , et eut pour
maîtres le père Bauni et le fameux
père Sirmond. Ses progrès furent
remarqués , surtout dans la langue
grecque qu'il se rendit extrêmement
familière; mais ce quile distingua plus
encore parmi ses condisciples, ce fut
une piété rare et une vie exemplaire.
Après avoir achevé sa philosophie ,
âgé alors de 20 ans, et résolu d'entrer
eu religion, il se présenta chez les
chanoines réguliers de l'abbaye de
Chaumousey ( près d'Epinal ), diocèse
de Toul , y fut reçu en 1 585, et , l'an-
née suivante, y prononça ses vœux;
après quoi il retourna à Pont-à-Mous-
son pour y faire sa théologie. Lorsque
son cours d'études fut fini et qu'il eut
pris les ordres, Fourier revint à Chau-
mousey , où il se livra tout entier à ses
exercices de piété, et s'asservit scru-
puleusement aux devoirs de sa règle.
L'abbaye de Chaumousey était tombée
dans le relâchement. La conduite de
Fourier contrastait trop avec celle de
ses confrères pour clie vue de b(yv
œil : elle lui attira des mortifications
qu'il souffrit patiemment, et qui bien-
tôt dégénérèrent* eu persécution. Il
avait atteint l'âge de trente ans lorsque
ses parents songèrent à l'en délivrer;
ils lui firent offrir le choix entre trois
cures. 11 préféra celle de MataincourI,
parce qu'elle était la plus pauvre , et
qu'il y av^it plus de travail. Le dé-
sordre s'y était introduit. Ses exhor-
tations, et suitout son exemple, en
eurent bientôt failli paroisse là mieux
réglée et la plus édifiante du diocèse.
Il ne se borna point à ses fonctions de
cuié. Persuadé que des mœurs chré-
tiennes ne peuvent être que le produit
FOU
d'instructions données dès Tenfance ,
non seulement il prit chez lui des en-
fants qu'il instruisait, mais il songea
à former une association dont le but
lut de tenir des écoles pour les jeunes
filles. Quelques personnes pieuses
qu'il dirigeait , entrèrent dans ses
vues , et il put en réunir assez pour
former une première maison. Ayant
communiqué son plan à l'évêque de
Toul, et au cardinal de Lorraine, légat
du St.-Siége dans les trois évêchés ,
ces prélats l'approuvèrent. La nouvelle
congrégation fut établie : Paul V la
confirma par des bulles ; et ces utiles
religieuses ^e répandirent non seule-
ment en Lorraine, mais en France, et
jusqu'en Amérique. On travaillait en
Lorraine à la réforme des monastères.
Déjà la plupart de ceux de St.-lieuoît
s'étaient réunis en une congrégation oîi
refleurissait la règle , et qui devait
donner à l'érudition des hommes cé-
lèbres. L'ordre des chanoines réguliers
n'avait pas moins besoin d'une apaélio-
ration. Dès iSfjS , le cardinal de Lor-
raine avait tenté d'y introduire la ré-
forme, mais sans succès. En 161 \ ,
Grégoire XV, par des lettres du 10
juillet , confia le soin de celle œuvre à
Jean de Pori^elet , évêque de Toul. Ce
prélat crut ue pouvoir mieux faire que
de s'associer Pierre Fourier , qu'il fi^,
investir de l'auturiNation nécessaire.
C'est avec quatre chanoines réguUers
et deux ecclésiastiques pleins de zèle ,
que Fourier commença cette grande
entreprise, et qu'il alla dans l'abbaye de
Sainte-Marie de Ponî-à-Mousson, or-
dre de Prémontré , jeter les premiers
fondcraenls de sa congrégation , sous
Je nom de Notre-Sauvcur. Après s'y
être préparés par trois mois d'exer-
cices spirituels , tous y prirent l'habit
du nouvel institut, le 2 février i6-23 :
peu de temps après , ils se rendirent
g l'djibaye ci^ Sir Rçwi de i^unçvillç j
FOU 57 J
préparée à cet effet , où ils firent leur
noviciat; et le u5 mars 1624, ils pro-
noncèrent leurs vœux, suivant les sta^
tuts de la réforme, entre les mains du
prieur. Un bref d'Ui bain VIII, du
20 novembre, approuva cette insti-
tution , dont l'enseignement était un
des devoirs , et qui fut ensuite con-
firmée par des bulles. En moins de
quatre ans , huit ou neuf maisons s'y
réunirent. Le premier chapitre général
se tint en 1629; et le père Is'icolas
Guinet , religieux rempli de vertus ,
quoi([ue très jeune , fut élu général,
Fourier avait différé ses vœux , de
crainte que le choix ne tombât sur
lui; mais Guinet étant mort trois ans
après, de la peste qu'il avait gagnée en
confessant une personne qui en était
attaquée , Fourier fut élu d'une voix
unanime, le 20 août i633, et obligé,
malgré sa résistance ^ d'accepter cette
dignité, Elle ne lui fit rien changer
dans sa manière de vivre : toujours
aussi pauvre , aussi bumble, aussi dé-
taché des choses du monde, il ne s'oc-
cupa que des moyens d'affermir sa
nouvelle congrégation, et de la rendre
utile. Le roi de Fiance s'étant empare
de la Lorraine , en 1 63\ , ei le pays
se trouvant couvert de troupes, Fou-
rier fut obligé d'aller , avec les siens,
chercher un asile à Gray, en Franche-
Comté, pour y rester jusqu'à U paix.
Il y tomba malade et y mourut le 9 no-
vembre 1640, âgé de 75 ans. Le car-
dinal de Bérulle disait de lui , quU
ny avait aucune vertu dont il n^eût
été le modèle. Son corps fut trans-
porté à Mataincourt, où il devint l'objet
de la vénération publique. Pierre Fou«
rier a été béatifié par des bulles du
29 janvier i65o. li est auteur des Sta-
tuts des deux congrégations qu'il a ins-
tituées. \\ avait commencé un traité
des devoirs des ecclésiastiques chargés
4il çpin des paroisses , spus. le tjtrç 4ç
074 FOU
Pratique des Curés; mais il ne rache-
va point. Ses confrères ont recueilli
ses Lettres j qui pourraient former
trois volumes in-fol. Elles n*oiit point
été imprimées ; mais sa vie a été publiée
par J. Bedel, Paris, 1 645, in-8°., i (366,
in-i2, souvent réimprimée; traduite
en latin , Augsbourg , i658 , in-8**. ;
retouchée ( Foj'. Bouette de Ble-
MUR);par leP. Friaut,Nanci, 1746,
in-12; en latin , sous le titre d'Imago
boni parochi , seu acta parochialia
Pétri Forreriij Nanci, 1 731, in-8^.,
etc. L'histoire de l'établissement de sa
congrégation a été écrite par le P.
D'Origny, jésuite, Nanci, 1719, in-
J2, et plus au long sous le titre de
Conduite de la Providence , etc. , par
•X. G. Bernard, Toul , J73'2, 2 vol.
in -4^- L — Y.
FOURMONT (Etienne), l'un des
plus laborieux érudits du commence-
ment du 1 8". siècle , naquit en i683,
à Herbelay , près Saint-Denis : son
père exerçait , dans ce village , les
fonctions réunies de chirurgien et de
procureur-fiscal. Le curé du lieu fut
le premier instituteur de cet homme
dont les vastes connaissances devaient
faire un jour l'étonnement du monde
savant. Devenu bientôt orphelin de
père et de mère, il fut accueilli à Paris
par un oncle, bon humaniste, qui l'en-
voya au collège Mazarin. f^e jeune
Fourmont s'y distingua bientôt par
son assiduité , les qualités de son cœur,
(Bt surtout par une prodigieuse mé-
moire; faculté précieuse quand l'exer-
cice en est dirigé de bonne heure vers
des objets utiles. 11 n'avait que '25 ans
quand il publi» ses Racines de la
langue latine mises en vers français ,
Paris, 1706, in-i'2. ( Fox* Suère-
DuPLAN.)Ce premier ouvrage eut tout
le succès que l'auteur pouvait se pro-
mettre d'un livre de ce genre. Après
avoir fait sa rhétorique, il entra au
FOU
séninaire où i! prit le degré de maîtrc-
cs-arts. L'étude de la théologie -vint
ensuite l'occuper; et ce fut elle qui
commença à tourner son attention sur
les langues orientales. La littérature
p;recque était pourtant encore l'objet
favori de ses travaux : après avoir
Consacré les heures du jour aux diffé-
rents exercices de la communauté au
milieu de laquelle il habitait , il déro-
bait au sommeil le temps nécessaire
pour la lecture d'flomère, de Sopho-
cle et d'Anacréon. Cette irrégularité
d'un genre nouveau ne semblait pas
devoir jamais être contagieuse : elle at-
tira néanmoins à Fourmont l'animad-
version du supérieur, qui , après avoir
vainement essayé d'arrêter ce zèle im-
modéré pour l'étude , se vit forcé de
le punir en excluant le jeune savantdc
la maison qu'il régissait. Celui-ci se
retira alors au collège de Montaigu ,
où il occupa une chambre qui avait
été celle d'Erasme; circonstance qui
contribua peut-être à hâter ses succès 1
en excitant son émulation. 11 fut bien- *
tôt rejoint, dans cette retraite, par
l'abbé Sevin , son compagnon d'étu-
des , sorti du séminaire par les mêmes
motifs; et tous deux travaillèrent a une
traduction d'Anacréon, accompagnée
de notes destinées à rétablir le texte
dans les endroits où ils le supposaient
corrompu. Poursuivant en même
temps ses études hébraïques, Four-
mont traduisit le commentaire du ra-
bin Aben-Esra sur VEcclésiaste. 11
annonça la publication de cette tra-
duction et dequelquesautresdu même
genre dans le Journal de Trévoux de
1 7 1 0 ; mais ce projet paraît être resté
sans exécution. Peu de temps après ,
Fourmont passa au collège de Navarre,
puis à celui d'Harcourt, dont le pro-
viseur, M. Louvancy, lui confia l'en-
seignement des boursiers. Il fut aussi
chargé de veiller à l'cducâtion des en-
FOU
fants du duc d'Antin : les soins qu'il
leur prodigua, furent la source de la
bienveillance que ce seigneur lui porta
toujours, et qui tourna , par la suite ,
au profit de la littérature chinoise.
Tandis qu'il consacrait ainsi une partie
de son temps à transmettre aux autres
les connaissances qu'il avait déjà ac-
quises , Fourmonl , toujours avide
d'apprendre, s'appliquait à l'étude du
droit , et se fit recevoir avocat ; Fréret
ajoutemême qu'il étudia aussi en mé-
decine. Mais revenant bientôt à une
carrière qui lui convenait mieux , il
fut associé par l'abbé Bignon à quel-
ques autres savants que ce célèbre bi-
bliothécaire faisait travailler à des ex-
traits, pour en composer un ouvrage
dans le goût de la Bibliothèque de
Hiotius. Un incident heureux pour les
lettres vint arracher Fourmont à ce
travail aride. Un jeune lettré, nommé
Hoamge ou Hoangji, avait étéamené
de la Chine en France , par l'évêque
de Rosalie. Ou voulut profiter de cette
circonstance pour rendre enfin l'étude
du chinois accessible aux savants
d'Europe • et Fourmont fut chargé de
diriger ce Chinois dans la rédaction
des ouvrages qu'on lui demandait,
c'est-à-dire, d'un dictionnaire et d'une
grammaire. Depuis ce moment, il ne
cessa plus guère de s'occuper d'une
langue que le défaut absolu d'ouvrages
élémentaires avait rendue jusqu'alors
la plus difficile de toutes les langues
orientales. Deux ans après ( en 1 7 1 3 ) ,
BaudelotdeDairval , de l'académie des
belles-lettres, se trouvant avoir le
droit , conformément aux usages aca-
démiques de ce temps-là, de se choisir
un élèi^e, jeta les yeux sur Fourmont
à son insu ; et l'académie, en applau-
dissant à son choix, voulut même que
le récipiendaire fût exempté du céré-
monial. En 1 7 1 5 , la chaire d'arabe du
collège Royal, étant venue à vaquer
FOU 073
par la mort de Galland , Fourmont fut
nommé pour la remplir; et cette dis-
tmction bien méritée lui en valut une
autre : l'académie ne jugea pas qu'un
professeur royal de ce mérite pût con-
venablement rester au nombre des
élèves ; elle le fit passer avant son rang
dans la classe des associés. L'année
suivante Hoamge mourut et laissa pour
tout secours , à son collaborateur ,
quelques essais de traductions, et de
petits vocabulaires fort imparfaits. Un
si médiocre héritage eût découragétout
autre que Fourmont : son zèle ne fit
que redoubler. Une gratification que
le duc d'Orléans , régent , attacha à
la continuation des travaux sur le chi-
nois , fit un devoir au savant acadé-
micien , de ce qui était déjà pour lui
un plaisir. 11 crut donc pouvoir entre-
prendre seul , et à Paris , «n ouvrage
qui avait paru téméraire aux plus ha-
biles missionnaires, au milieu des se-
cours littéraires de laChinej et la suite
fit voir qu'il n'avait pas trop présumé
de ses forces, quoiqu'il n'ait peut-cire
pas assez mesuré l'étendue de ses pro-
jets sur la durée de la yie humaine.
Dès 1 7 1 9 , il fit connaître , et cela pour
la première fois eu Europe, les 214
caractères élémentaires que, d'après
lui, on a nommés clefs, parce que,
dans le système le plus généralement
répandu à la Chine , ils forment la base
de l'écriture, et tiennent, sous ce rap-
port , heu des lettres dans les langues
alphabétiques. Il s'occupa ensuite de
la composition d'une grammaire et de
cinq dictionnaires (ij , qui devaient
former dix-septvolumes in-folio. Pour
l'impression de ces ouvrages, il faisait
graver, aux frais du roi, plus de cent
mille types, revoyait les calques, ran-
geait les bois et en corrigeait les épreu-
(t^ Voyei le Plan d'un Dictionnaire chinoif^
publié par rauteur de cet article, farte, i8i4,
in-S"». , png. 17 et 18.
37<3 FOU
vos. Tout cela supposait sans dôule
une connaissance assiz approfondie de
la langue chinoise , ou du moins du
inëoanisme de son ccrituic. Cepen-
dant quelques personnes, prévenues
de l'idée que les di(Ticultés du chinois
étaient insurmontables , juî^ëient dé-
favorablement de travaux qu'elles ne
connaissaient pas , et se refusèrent
même à un examen queFourmont ne
cessait de réclamer. Cette injustice
l'affligea sensiblemenJ: , et l'eloigna
même, pour un temps, de ce genre
tl'études auquel il avait déjà rendu et
pouvait rendre encore de si grands
services. Il dut trouver quelque dé-
dommagement dans une distinction
flatteuse dont il fut l'objet vers cette
cpoque. Le czar Pierre envoya à l'a-
cadémie un rouleau d'éciilure que
quelques soldats russes avaient trouvé
dans un tombeau tartare^el l'acadé-
mie s'adressa à Fourmont comme au
seul savant qui pût faire connaître le
contenu de ce rouleau. A la première
vue , il y reconnut les caractères et la
langue du ïibet;mais il n'avait pour
tout secours qu'un petit dictionnaire
latin-tibetain fort abrégé. Réduit à ce
moyen insuffisant, il s'efforça de tra-
duire le rouleau , en se faisant aider
de son frère, Michel Fourmont ; et
celle traduction fut insérée par Bayer
dans la préface dt- son Muséum sini-
cutn. Quelques savants allemands ont
accusé Fourmont d'erreurs graves à
ce sujet ; M. Langlès a entrepris sa
justification , et y a réussi en partie,
jNéanmoius il est vrai de dire que la
traduction de Fonrm«nt ne saurait
cire exai te, puisque la lecture seule
offre des mots mal coupés, dos mé-
prises de lettres , tt qu'une grande
partie des mots du morceau en ques-
tion ne se irouvcnt pas dans le seul
vocabulaire qu*il ait eu entre les maius.
UicD 4u reste n'est plus insignifiant
FOU
qiic les éloges donnés à FourmODt,
ainsi que les critiques hasardées sur
son interprétation du rouleau , par le
P. Gior^i, qui ne connaissait pas
même l'aljjhabet tibétain , et ne pou-
vait conséquemmentêtre ju^ed»* l'exac-
tituded'unctraduction.M.deKIaproth
a fait davantage pour l'honneur du
savant Français, en se bornant à prou-
ver que le travail de Fourmont , tel
qu'il était, lui appartenait en propre,
et que l'iui perfection qu'on y observait
tenait uniijuement à l'insufiisance des
moyens dont il avait fait usage. Eu
1 728, la grammaire chinoise était ache-
vée; l'auteur l'avait d'abord écrite en
français , et y avait réuni tous les docu-
ments nécessaires pour apprendre le
chinois, depuis les éléments de l'écri-
ture jusqu'aux règles de la syntaxe. Il
eût voulu la publier dès-lors : mais
les caractères dont il avait entrepris la
gravure n'étaient pas encore terminés ;
et malgré la bonne volonté que le duc
d!Antin et l'abbé Bignon témoignaient
toujours à Fourmont , beaucoup de
gens s'opposaient encore à la publica-
tion de son ouvrage, sous prétexte
qu'on ne pouvait juger du mérite
d'une grammaire chinoise en France,
où personne ne savait le chinois. Ces
personnes pensaient qu'avant d'en
commencer l'impression, il fallait en-
voyer le manuscrit aux missionnaires
de la Chine , on bien à Rome, pour le
faire examiner par le P. Fouquet. Sur
ces entrefaites, le P. Prémare, qui
était depuis long-temps en correspon-
dance avec Fourmont , lui adressa sa
Nolitia Ihiguœ sinicœ , qu'il avait
composée à la Chine, en même temps
que son docte ami itidigeait la sienne
en Europe. Cet envoi , annoncé plu-
sieurs mois d'avance à Fourmont, le
força à prendre quelques précautions
pour ne pas perdre tout le mérite de
sou travail. Il déposa à la bibliolhcque
FOU
du roi son manuscrit, bien et dû-
ment paraphé par l'abbé Bignon ; et
quand la Nolilia du savant jésuite
fut arrivée, il fit uue comparaison
détaillée des deux ouvrages , et s'ef-
força d'établir la supériorité du sien.
Sans partager, sous ce rapport, Topi-
iiion de Fouruiont, nous croyons
qu'il n'a rien emprunté de l'ouvrage
du P. Prémare , et qu'il est , à cet
égard, à l'abri du reproche de pla-
giat. Ce furent apparemment les bruits
désavantageux auxquels il se trou-
vait exposé, qui l'éloignèrent encore
une fois de la littérature chinoise , et
portèrent son attention vers d'autres
matières. En effet , il publia , à cette
époque , ses Réflexions critiques sur
les histoires des anciens peuples
( Paris, 1755, 2 vol. in-4'*. ), ou-
vrage rempli d'érudition, mais dé-
pourvu de critique et de méthode , et
dans lequel les étymologies les plus
hasardées servent de base à des sys-
tèmes aussi incertains qu'ils sont pré-
sentés avec confiance par leur auteur.
L'auteur prend pour base le fragment
de Sanchoniatlion, conservé par Eu-
sèbe; il le commente, et en rapproche
les détails des traditions grecques et
des généalogies des livres saints. Il y
démontre, à sa manière > que Chronos
( dontles anciens ont fait Saturne ) n'est
autre qu'Abraham. Passant ensuite à
l'examen des questions sur la chrono-
logie des anciens peuples , il cherche
à accorder entre eux les canons des
rois d'Egypte, d'Assyrie, les patriar-
ches, et jusqu'aux empereurs de la
Chine , dont le second volume offre
une bonne liste, en caractères origi-
naux. Peut-être serait-il permis de dire
que cette hsie seule donne quelque mé-
rite à cet ouvrage , dont la lecture n'offre
aucun résultat satisfaisant. Kevenant
bientôt à ses éludes chéries, Fourmont
«e décida , en 1 757 , à détacher dt; soy
FOU 577
travail la partie de sa grammaire qui
traitait de la lectine, et à la publier
en latin , sous le titre de Meditationes
sinicœ {'\\\-Îq\.), On peut reprocher à
ce livriî une assez grande obscurité de
style, jointe à beaucoup de désordre
dans l'exposition des faits ; mais ce
n'en est pas moins l'un des meilleurs
ouvrages qui aient été composés en
Europe sur la littérature chinoise.
L'année suivante, un jésuite nommé
Guigne, qui revenais delà Chine, fut
chargé, par le duc d'Antin, d'exami-
ner la grammaire chinoise. On voit ,
par l'examen qui est reste' manuscrit,
que Guigne avait apportée ce travail
beaucoup de préventions défavorables;
mais que ces préventions, se dissipant
à mesure qu'il avançait dans la lec-
ture de l'ouvrage, ne lui laissèrent,
en le terminant , qu'inie grande admi-
ration pour son auteur. 11 ne bissa
pourtant pas d'y remarquer nu très
grand nombre d'nicorrections , qui
eussent été autant de taches dans la
Qrammatica sinica , si Fourmont ne
se fût hâté de les faire disparaître.
Enfin, en 1742, parut ce dernier
ouvrage , fruit de plus de vingt années
d'un travail assidu. On a reproché à
Fourmont d'avoir Uni usage d'une
méthode peu appropriée au génie sim-
ple de la langue chinoise ; mais on eût
dû faire attention qu'il ne s'était pas
proposé d'y donner les règles du style
des livres , mais de la langue manda-
rinique ou parlée. Sous ce rapport, la
Grammatica sinica peut être un su-
jet d'étonuement : il est impossible que
Fourmont ait deviné les règles qu'il en-
seigne jet il doit avoir puisé une foule de
documents importants dans des sour-
ces qui ne nous sont pas connues (i).
(1) La publication du livre du P. Varo, inti-
tulé , Arte de la lengita maritlarina , et dont
la première édition, imprimera Canton en i7o3,
est extrêmement rare en Europe , fera voir quelle
«»l la source où r ourmout d pi jncipalcmeut pu sj»
3:8 FOU
Le catalogue des livres cLinoîs de la
bibliothèque du roi , qui avait déjà été
public dans le T^". volume du Cata-
lopis cod. mss. reg. , mais sans ca-
ractères chinois , est réimprimé à la
suite de la Grammatica , et offre les
titres des livres en chinois. C'est en-
core un travail estimable , malgré ses
imperfections ; et il est à regretter qu'd
n'ait pas été continué pour les nouvel-
les acquisitions que cette bibliothèque
a faites en livres chinois et mandchous.
Les anciennes, consistant en plus de
200 volumes indiens, et près de 4ooo
volumes chinois, sont dues aux rela-
tions que Fourmont entretint toujours
avec les plus habiles missionnaires des
Indes et de la Chine. Fourmont ne
survécut pas long-temps à la publica-
tion de sa grammaire. Dès 1740» il
avait eu une première attaque d'apo-
plexie, qui se renouvela trois ans
après. Il mourut le 18 décembre
174^» ^g^ seulement de soixante-
deux ans. Il ne laissa point d'enfants
de deux mariages qu'il avaitconlractés.
Fourmont avait été agrégé à la société
royale de Londres en 1758, et, en
1745, à l'académie de Berlin. On ne
peut lui contester d'avoir eu une im-
mense érudition , fondée sur la con-
naissance solide de presque toutes les
langues de l'Asie et de l'Europe. Mais
à en juger par ceux de ses ouvrages où
il se fait le mieux connaître , il n'eut ni
celle aménité qui fait aimer le savoir,
ni cette modestie qui en relève le prix.
La nature lui avait refusérimagination,
les grâces de l'esprrt, peut-être même
la facilité pour apprendre. Mais il sut
lutter contre elle ; et ne pouvant être
qu'érudit, il le fut à un degré qui,
pour être moins brillant que le génie ,
n'est ni moins rare, ni moins estima -
pour In composiliosdetonouvrflgc. M. de Klaprolh
prépare une traduction françaite dt cette encel*
1 enie Grammuire.
FOU
ble. Outre lesouvrages dont nous avons
parlé dans le courant de cet article ,
on a de lui quinze Mémoires dans la
Collection de l'académie des inscrip-
tions (1), oii son éloge a été prononcé
par Fréret. Il nons a laissé un cata-
logue complet de tous ses ouvrages
( Amsterd. , 1751, in-8". ) Dans trois
lettres qu'il a mises à la tête, sous des
noms empruntés, il se donne à lui-
même de magnifiques éloges , se fait
des objections , et y répond avec une
bonhomie et une naïveté vraiment
singulières. Il y présente , au reste,
une liste de cent vingt-deux ouvra-
ges (î); liste prodigieuse, si l'on ne
savait que Fourmont, se fiant à sa
mémoire , comptait comme ouvrages
terminés, ceux qu'il avait ébuich es ,
ou dont il avait seulement tracé la
première page. On trouve celle liste
réduite à une plus juste mesure , dans
un Catalogue placé à la suite de la
Vie de M. Fourmont l'aîné , par de
Guignes etDeshautcsrayes , ses élèves ,
inséré à la tête des Réflexions sur
l origine des anciens peuples ( Paris,
in 4"- , 2 vol. ), dans les exemplaires
qui portent la date de 1747. ( ^of,
Deshautesrayes.) a. U— t..
FOURMONT ( Michel ) , frèredu
précédent , né à Herbelay , le 28 sep-
tembre 1 690 , perdit son père à trois
mois , sa mère à cinq ans , et fut re-
cueilli par un parent qui ne put lui
(1) Les Mémoires de racadémie d«.t bellef'
lellres conlieiment plusieurs Diisertations de
Kourmonl relatives à la poésie des Jlébreux, et à
l'antiquité des points-voyelles dans l'écriture hé-
braïque. L'auteur fait remonter la Mussore au mi-
lieu du troisième siècle, et croit même que le»
Septante n'ont pu faire leur traduction que sur ua
exemplaire ponctué ; mais trop préoccupé de»
préjugés qu'il avait puisés dans la Lecture de» r«-
bins , il n'a point suffisamment approfondi ces
questions, et il est loin d'avoir satisfait aux objec-
tion» des adversaires de» »jsl«rnje» qu'il "^"i»
adoptés. i»- »" S-T.
{7.) On voit par ce «inguiier Catalogue, que Four-
mont avait mi» en vers français le» racines hé-
braïque» ;^Numéro»3«>el4o'), le. racine» arabe»
(53, 54, 55), et môœe le» «lef» cLjaoj»e»(a4
et 116).
FOU
donner que les preiuicrs elemenls de
réLhiCHtiou vulgaire. Le délant absoiu
de foi tune l'obligea de se placer chez
un de ses oncles qui était procureur-
fiscal. Il y fit la connaissauce de Bret ,
frère du premier président du parle-
ment de Provence , qui tourna son es-
;prit h la dévotion , et lui persuada
assf z indiscrètementd'aller s'ensevelir
en Anjou dans l'hermitage des Gar-
dettes. ( Foj". Granet. ) Fourmont
eut la constance de demeurer huit ans
au milieu d'eux : enfin les aftaires de
leur maison l'ayant appelé à Paris , il
s'arrangea avec ses sœurs pour sa lé-
gitime , et reçut en paiement de son
frère, pour sa part, des leçons de latin
et de grec. Son application, sa téna-
cité, surmontèrent en peu de temps
tous les obstacles. Il se permettait à
peine quelques heures de sommeil ; et
non content de ce que lui enseignait
son frère, ilparvmt à son insu à pos-
séder le syriaque et l'hébreu. Le ha-
sard divulgua son secret. On discutait
devant les deux frères un passage hé-
breu fort obscur; le plus jeune dit
étourdiment qu'il n'y voyait aucune
difficulté. Etienne, surpris, lui met
entre les mains le livre, pensant le
confondre; mais, à son plus grand
étonnement , Michel exphque le pas-
sage de la manière la plus satisfaisante.
A cette époque il prit l'habit ecclésias-
tique, se logea au collège d'Harcourt,
et eut à son tour des écoliers. Sa répu-
tation s'étant étendue, le roi de S;)rdai-
gne lui fit proposer une place de pro-
fesseur à Turin. Michel la refusa pour
ne pas quitter sa patrie; et en i 720,
il obtint \a chaire de syriaque au col-
lège royal. 11 joignit aux leçons de cette
langue celles de l'éthiopien, que per-
sonne encore n'avait enseigné publi-
quement. Peu de ten-ps après , Bignon
l'attacha comme interprète à la biblio-
thèque du roi; et le gouvernement
FOU 579
l'adjoignit à son frère dans ses travaux
sur la langue chinoise. 11 aida ce der-
nier à déchiffrer le manuscrit thibe-
tain dont il a été parlé dans l'article
précédent. L'académie des insci^ptions
lui ouvrit ses portes en 1724; et
quatre ans après , Louis XV , ^ui
voulait envoyer des savants en OiAt
pour y recueillir des manuscrits, fit
choix de lui et de l'abbé Sevin. Trois
bénédictins , entre autres dom V'in-
cent îhuillier, s'étaient offerts; mais
on leur préféra les deux académiciens.
L'abbé Fourmont se rendit à Gons-
tanlinople , et de là parcourut la Grèce
et l'Archipel. Son voyage avait un
double but, d'acheter des manus-
crits ( 1 ) , et de recueillir des inscrip-
tions. Sa moisson fut abondante ; il
trouva dans Athènes une liste des
tribus, des prytanes, des archontes
et des bourgades de l'Attique; une
ordonnance des archontes sur le prix
des denrées, sur les étoffes et les me-
sures ; un décret des amphictyons ,
rendu sous l'archontat d'Hippodamas ,
et relatif à un traité de paix par le-
queMes principales cités de la Grèce
s'oblige*iicnt à retirer leurs garnisons
des villes sous leur protection: ce dé-
cret , cité par Diodore , était le pre-
mier exemple connu d'un acte des am-
phictyons non relatif à la religion.
Fourmont visita l'Attique, la Laconie,
la Messénie , tout le Péloponnèse. 11
découvrit le texte de plusieurs traités
d'alliance , un nécrologe des prêtresses
d'Amycles, une fiste des magistrats de
Sparte , les inscriptions sépulcrales
d'Agésilas et de Lysandre. Il recueillit
enfin plus de douze cents inscriptions
échappées à Spon , et à Wheler , dont
plusieurs en boustrophedon. Un ordre
de la cour de France mit fin à ses re-
(1) On trouve dans les archives de la biblio-
tTiètjue du roi le catalogue assez nombrenx des
xaaimscrits achetés [>ar lui dans le Levant.
5So FOU
cherches; il fut rappelé en 1752. De
retour à Paris, il voulut s'occuper de
publier sou recueil ; mais divers obs-
tacles l'en trapêchèrent. Il entreprit
aîdrs de traduire du sabécn un ma-
nuscrit connu sous le titre de Lwre
d'Adam , dans lequel ii avait cru re-
tii^iver la doctrine des cluëliens de
saint Jean , et même des discours de
ce précurseur du Messie. Ce dernier
projet n'eut pas plus de succès que
l'autre; et Fourraont mourut subite-
ment dans son lit , le 5 février 174^,
d'une attaque d'apoplexie. Il était
prieur de Notre-Dame d'Orca , dans
les Pyrénées , et membre de l'acadé-
mie de Cortone. Ses connaissances
réelles n'ont pu le mettre à l'abri des
plus sérieuses inculpations : on a sus-
pecté sa bonne foi dans ses recherches
sur l'antiquité; on l'a hautement qua-
lifié de faussaire : et du moins ii pa-
raît constant que les inscriptions d'un
intérêt majeur qu'il avait emphatique-
ment annoncées ne se sont point trou-
Tées dans ses portefeuilles , aujour-
d'hui déposés à la bibliothèque royale,
et dont le contenu n'a jamais été rendu
public. Un reproche plus juste et non
moins grave est celui d'avoir détruit
sans nécessité un grand nombre de mo-
numents antiques, vandalisme qu'on
ne saurait attribuer qu'à l'espiit d'in-
tolérance religieuse qu'il avait pris
parmi les solitaires d'Anjou. On ne
peut Ure sans indignation ses lettres
à Frérct, et au comte de Maurepas; il
s'y vante d'avoir ravage cinq villes de
la Grèce, d'avoir détruit jusqu'à la
pierre fondamentale du temple d'A-
1)ollon Araycléen ; et le récit de cette
>arbarie est même exagéré comme ce-
lui de ses découvertes. On a de Four-
mont , dans le recueil de l'académie
des inscriptions (tom. VII, Histoire),
la Relation de son voyage , \* His-
toire (l'une re'i^oluUon arrivée en
FOU
Perse au sixième siècle; et dans les
Mémoires , une Dissertation pour
"prouver quil n'y a jamais eu qu'un
Mercure^ et une semblable sur fré-
mis. Ces sortes de discussions ne sont ,
à bien dire, que des disputes de mots.
Sans doute il est possible de réduire
à deux types principaux la plupart
des divinités de l'Egypte , de la
Grèce , de tous les peuples du monde :
mais leur polythéisme a néanmoins
pour but les raodificvitions réelles et
nombreuses de ces types que fourni-
rent à l'imagination de l'homme leurs
diverses qualités , leurs divers em-
plois , les aspects variés sous lesquels
on peut les considérer ; et le mémoire
de Larcher, quoique nullement ex-
plicatif, a suffisamment prouvé com-
bien ces modifications ont été nom-
breuses dans le seul type de Venus.
Au tome V , on trouve un traité de
Y Origine et ancienneté des Ethio-
piens en Afrique ; au tome IX , des
Remarques sur une inscription grec-
que ; au tome XIV, une Explication
delà fable d'Orion. Fourmont par-
tageait les opinions de son frère sur
la mythologie. 11 rapporte cette fable
à l'histoire sainte , et veut prouver
que les Grecs l'avaient empruntée des
Phéniciens. Au tome XV sont des
Remarques sur trois inscriptions
grecques. On en trouve d'autres sur
une inscription phénicienne , dans
les Mémoires de l'académie de Cor-
tone. D. L.
FOURMONT ( Claude - Louis) ,
appelé le gros Fourmont , pour le
distinguer des précédents , dont il
était neveu , naquit à Cormeilles , en
1713 ; il s'appliqua spécialement à
l'étude des langues orientales, et sui-
vit Michel dans sou voyage au Le-
vant. De retour à Paris , il fut atta-
ché comme interprèle à la biblio-
thcfjuc du rgirÇu i74^> Liroivcaml.
FOU
oyant ëlé nommé consul au Caire,
Fourraont obtint la permission de le
sjiivre. 11 séjourna quatre ans en
Egypte, et consigna le fruit de ses
observations dans l'ouvrage inlitiilé :
Description historique et géogra-
phique des plaines d' f/éliopolis et de
Memphis , Paris , i -^ 5 5 , in- 1 2 , a vrc
cartes el figures ; l'approbation est du
I ï septembre i -jSS. Ce livre est ins-
tructif et curieux. On y trouve une
description satisfaisante du vieux et
du nouveau Caire , des détails circons-
tanciés sur les Pyramides , sur le Me-
kias ou Kilomètre, avec la figure de
ce monument. Fourmont y prouve,
avec la dernière évidence, que Mauof
est le lieu sur lequ l fut bâtie la cé-
lèbre Memphis. Revenu en France,
Foiirmont fut chargé de l'examen des
papiers de son oncle : mais il n'a tout
au plus rédigé que le Fojage de
VArgolide ; et rien de tout cela n'a
été imprimé. Fourraont est mort le 4
juin i-jSo. D. L.
FOURNEAUX ( Richard de ) ,
abbé de Préaux , çn Normandie, mort
le 3o janvier i i3i , avait composé
des Commentaires latins sur plu-
sieurs parties de l'ancien Testament,
savoir : I. Sur la Genèse, résultat,
suivant l'auteur, de 28 années de
travail. II. Sur VExode, 17 livres.
III. Sur le Lévitique , i 7 livres. IV.
Sur les Nombres. V. Sur les Para-
loles de Salomon. VI. Sur le Deu-
téronome. VU. Sur VEcclésiaste ,
8 livres. VI 11. Sur le Cantique des
Cantiques. IX. Sur les Ju^es. X.
Sur Josué. XI. Sur Ruth. XII. Sur
la Sagesse, commentaire qui pour-
rait bien être le même que le com-
Kientaire sur les Paraboles. Xllî.
Sur les quatre grands Prophètes : ce
dernier ouvrage a été attribué à mi
moine de l'abbaye de Troarn.
D—B—S.
FOU 58t
FOURNIER ( HuMBERT ), d'une
ancienne famille de Lyon , fut l'un
des fondateurs et des membres les
plus distingués de la société littéraire
établie en cette vilie, vers la fin du
i5*=. siècle. C'est à lui qu'on doit les
seuls détails qu'on ait sur cette réu-
nion , connue sous le nom d'acadé-
mie de Fourvière , parce que c'est
dans une maison de cQffluarlitr qu'elle
tenait ses séances. Ils sont consignés
dans une lettre datée de i5o6, et
adressée à Symphorien Cliampier ,
auquel Fournicr , son ami , rend
compte des études des académiciens ,
de leurs conférences, et même de leurs
divertissements. Le P.Colonia a insère'
des passages de cette h tfre dans son
Histoire lilléraire de Lyon. — Four-
nie î (André le), médecin du i6^
siècle, est auteur d'un ouvrage inti-
tulé : La Décoration d'humaine na^
ture , et Ornement des Dames , où
est montré la manière et receptes
pour faire savons , pommades , pou-
dres et eaux délicieuses jVaù^, 1 r>5t>
i55i ,in 8°.; Lyon, sans date, in-8'.;
ibid.j i58'2, in-isi. Cet ouvrage est
divisé en trois livres. — Fournier
( Barthelemi ) , avocat à Lyon , mo» t
en cette ville vers la fin du 1 6". siècle,
a traduit en partie , et en partie imité,
les Vers dorés de Pfthagoras et
Phocjlides , Lyon , 1577, ^""S*
— FouRNiER ( Marcellin ) , jésuite ,
né à Tournon , a composé \^ Histoire
générale des Alpes maritimes ou
cottiennes , et particulièrement de
leur métropolitaine Embrun , in-fol.
Le manuscrit de cet ouvrage était con-
servé à la bibliothèque des jésuites de
Lyon. C'est par erreur que Gui-Aliard
a dit qu'd avait été imprimé en 1660 ,
et que l'auteur était d'Embrun.
W—s.
FOURNIER, en latin Fornerius,
nom que plusieurs docteurs régeuls
382 FOU
de Tuniversile d'Orléms ont Succes-
sivement illustre pnr des talents et
des vertus. — Guillaume Fournier
fut le premier qui se fit connaître par.
ilivers ouvrages de droit, entre au-
tres par son Commentaire sur le litre
de Ferhorum signifie alione , impri-
mé en i584' — Henri Fournier,
son second fils , né en 1 565 , et mort
en lôi-y, parciinrut honorablement,
rorame professeur de droit français ,
la même carrière que son père. Sni-
\ant l'usage du siècle, il avait adopté
pour devise dùm spiro , spero. On
îui doit : I. Coutumes des duché ^
bailliage et prévôté d' Orléans , sui-
vies de trois cliarles anciennes ; deux
éditions, Orléans, 1609 et 171 1.
11. Les Coutumes anciennes de Lor-
ris , des bailliages et prévôtés de
MoniargiSj St.-Fargeau , pays de
la Puysaie , Chdtillon-sur-Loing^ et
autres lieux ^ avec des notes ; Orléans ,
160g, in- 12. III. Coutumes géné-
rales du pays et comté de Blois ,
1 629. — Mais., de tous les enfants de
Guillaume , nul ne fut plus connu
que Raoul Fournier, sieur du Ron-
deau , né le i4 septembre i562.
Héritier des manuscrits de son père ,
il les enrichit de notes aussi savantes
que précieuses , avant de les donner
au public. Ses rivaux contemporains
cjurent le déconcerter, en lui don-
nant le titre d'auteur héréditaire;
Raoul ne leur répondit que par des
succès personnels , en publiant di-
vers trailés qui servirent à prouver
que la morale, l'histoire et la phy-
sique étaient également du ressort du
jeune savant. Quel que fût le sujet
qu'il entreprît de traiter , toujours il
sut éviter ce reproche de gravité pé-
danlesque , que trop souvent méri-
taient les écrivains de son siècle. Il
fut un des premiers Français qui ten-
tèient de développer toutes les ri-
FOU
chesscs de la langue dans les sujets
abslr.iils , en prouvant que le fonds
acquérait plus d'intérêt par la clarté
de l'expression. Ausone avait , en
profanant les vers du chaste Virgile ,
abusé d'un jeu d'esprit, connu sous
le nom de centons. Raoul Fournier
voulut le sanctifier , en se servant des
vers d'Ovide pour chanter les mer-
veilles de la religion, dans un assez
long poème latin , connu sous le
titre de Cento christianus. Toujours
prompt à donner la leçon et l'exemple ,
Raoul n'avait pas atUndu que le car-
dinal de Richelieu établît dans Paris
le corps littéraire , depuis si connu
comme académie française. Dès l'année
16 1 2, il s'était formé dans Orléans une
réunion de plusieurs amis des sciences
et des arts, pour en comjx)ser une
compagnie, qui avait ses règlements ,
ses assemblées, ses séances publiques,
et qui nous a laisse un volume de ses
mémoires , parmi lesquels on dis-
tingue avantageusement les disserta-
tions de Raoul Fournier. Ses discours
prouvent qu'il avait puisé aux sources
de la véritable sagesse, en traitant
différents points de morale sociale. On
distingue particulièrement ceux sur
l'ignorance , sur l'ombre et sur l'ori-
gine de l'arae. Quoique laïc , il donnait
aux orateurs chrétiens de sa ville d'as-
sez bonnes leçons. ï/ouvrage publié
sous le titre du Prédicateur, leur en-
seigne moins l'art de débiter des ser-
mons, que celui de les composer pour
la plus grande utilité de l'église chré-
tienne. I/éditeur de ses écrits con-
vient qu'ils sont encore plus recher-
chés des étrangers que des Français.
Devenu riche par une sage écono-
mie de ses biens de famille, Raoul
Fournier ajouta à ses pieuses libéra-
lités celle de contribuer efficacement
à la fondation d'une maison dans Or-
léans , pour servir de retraite aux]
FOU
pères de rOraloirc. Il mourut à Or-
léans, le 20 septembre 1627, pleure'
de ses amis, et regretté de tous les
gens de bien. Parmi les contempo-
rains dont il obtint les suffrages , nous
nous contenterons de citer Barlhius ,
qui lui donne le titre d'eruditissimus.
Raoul Fournier nous a laissé : I. Re-
rum quotidianarum libri 1res prio-
res , Paris, 1600. IL Libri très
posteriores , Paris, i6o5. Ces deux
ouvrages offrent , sur plusieurs pas-
sages difficiles du droit, tant civil
que canonique , des éclaircissements,
non moins distingués par la sagacité
du jurisconsulte , que par le goût de
l'homme de lettres. III. Méditations
chrétiennes} elles sont au nombre de
six, Paris, 161 5. IV. De la conso-
lation et des remèdes contre l ad-
versité ^ dédié à Jeanne de Roche-
chouart , dame de Montpipeau. V.
Conférences académiques , recueil-
lins par Nicolas de Heere , doyen
de Saint-^ignan d'Orléans. Nous
avons parlé de l'origine de ces con-
féreflces littéraires ; il nous reste à
dire que des treize discours dont ce
recueil est composé,^ l'on en compte
huit de Raoul Fournier. Il fit impri-
mer à part le discours académique
de ['Origine de Vame. VI. La Phi-
losophie chrétienne , divisée en deux
livres, Paris, 1620. VII. Le Pré-
dicateur, Paris, 1622. VIII. Cento
christianuSj poème de 600 vers, que
l'auteur dédia au célèbre Mathieu
Mole, premier président du parle-
ment de Paris. L'ouvrage ne fut pu-
blié, par un de ses neveux, qu'après
la mort de l'auteur. L'édition que nous
possédons est de i644» l^* Les der-
nières pensées de Raoul Fournier ^
distribuées en quinze méditations , et
les Pensées dUine ame saintement
affectionnée envers Dieu , ne furent
paiement imprimées qu'après la mort
FOU 385
de Tauleur. La Métrie a calomnié ce
pieux écrivain, dans son Abrégé des
Systèmes. Il prétend que Raoul Four-
nier, dans les discours sur l'origine
de l'ame , professe ouvertement le
matérialisme , et que sa doctrine a
reçu l'approbation de plusieurs théo-
logiens de son siècle. Le fait est
de toute fausseté , pour la doctrine ,
comme pour l'approbation. P — d.
FOURNIER ( George ), jésuite ,
néàCaenen iSqd, était fils de Claude
Fournier, professeur en droit à l'uni-
versité de cette ville. Son père aurait
désiré qu'il s'appliquât à l'étude de la
jurisprudence ; mais ne voulant pas
contraindre son inclination, il lui
permit, quoique avec peine, d'entrer
dans la compagnie de Jésus. Après
avoir prononcé ses vœux, le jeune
Fournier fut envoyé à Tournai, où il
professa les humanités pendant cinq
ans, et les mathématiques pendant
sept autres années. Les succès qu'il
obtint dans cette science furent assez
remarquables pour fixer l'attention
de ses supérieurs , qui le destinèrent
dès-lors à faire des voyages de long
cours. Il fut attaché à la marine royale
en qualité d'aumônier, et eut ainsi
l'occasion de visiter les points les plus
intéressants des cotes de l'Asie: il pro-
fita aussi de son séjour sur la mer
pour perfectionner ses connaissances
en hydrographie. De retour de sq^
voyages, il se retira à la Flèche, où
il mourut le i5 avril i652, âgé seu-
lement de 57 ans. On a de lui : I.
Commentaires géographiques , Pa-
ris, \Qf^i^'m-\iA\.\JHydrographiey
contenant la théorie et la pratique
de toutes les parties de la naviga-
tion, Paris, 1645, in-fol.,- nouvelle
édition, augmentée d'une Instruction
aux pilotes qui navigent autour de
V Ecosse, ibid. , 1667, in-fol. C'est
le plus important des ouvrages de
384 FOU
l'auteur; et, malgré sa diffusion , il a
pendant long - temps été consulte
comme l'un des plus complets sur
cette matière. 111. Euctidis sex prio-
res elemeniorinn geometricorum Li-
bri demonslrati , ibid. , i644 » '»- » '^'
IV. Geographica orhis notitia per
liitora maris et ripas fliiviorum^ ibid.,
1 t)4B , in- 1 6 ; cette édition ne contient
que la première partie de l'ouvrage :
celle de Francfort, i668, in- 12, est
J'cdition complète d'un livre estima-
ble , mais effacé par ceux qui ont été
publiés depuis sur le même objet. V.
Traité des fortifications , ou Archi-
tecture militaire, Paris, 1649, in-
j 2 ; tiaduit en flamand , Amsterdam,
iG67,in-i2. VI. Asiœ nova des-
criptio y in qud prœter provinciarum
situs etpopuîorum mores , mira de-
teguntur et hactenùs inedita , Paris ,
i(i56, in-foi. Cet ouvrage contient
bien des particularités curieuses : l'é-
diteur est désigné au frontispice par
les initiales L. M. S., que l'on n'a
point encore expbquées. Le P. Four-
iiier a publié quelq'jcs autres opuscules
2>eu intéressants,etil a laissé en manus-
crit différents Traités de mathémati-
ques que l'on conservait à la biblio-
tliuquc des jésuites de la Flèche.
W—s.
FOURMIER (Denis), chirur-
gien de Paris , naquit à Lagny ,
en Bric , au commencement du dix-
septième siècle , et mourut le 25 no-
vembre i683. Il avait un talent tout
particulier pour cette partie de la chi-
rurgie qui consiste à ajouter des mem-
bres artificiels , pour suppléer aux
membres naturels : c'est ce qu'en chi-
rurgie l'on nomme prothèse. Fournier
a perfectionné beaucoupd'instruments
de chirurgie j U en a inventé plusieurs.
Voici la liste de ses ouvrages : I.
Traité de la gangrène, et particu-
lièrement de ce qui survient en la
FOU
peste, Paris, 1670, in- 12. II. VOE-
conomie chirurgicale pour le r' ha-
billement des os du corps humain^
contenant Vostéologie , la nosostéo'
logieet Vapocatastostéologie , Paris,
1671, in-4. III. L" OEconomie chi-
rurgicale pour le rétablissement des
parties molles du corps humain ,
avec un petit traité de Mjologie ,
ibid., 16'j \ ^[n-^".\Y . L^Accouclteur
méthodique, qui enseigne la ma-^
nière d'opérer tous dans les accou-
chements naturels e! artificiels , tôt y
sûrement et sans douleur , ibid. ,
1675, in- 12, fig. V. Explication
des bandages tant en général qu'en
particulier, Paris, 1^)78, in-4".
On trouve, dans ce traité, les fij^ures
gravées de tous les bandages qiâ
étaient connus au temps de Fournier.
Quelques écrifsde ce chirurgien peu-
vent encore être lus avec ïiuit par
les personnes qui s'occupent de la
prollièse; le reste de ses oeuvres ne
présente aujourd'hui d'autre utilité que
pour attester les progrès que la science
a faits depuis un siècle. F — r,
FOUR]NIER( Pierre-Simon ) , gra-
veur et fondeur de caractères , naquit
à Paris le 1 5 septembre 1 7 1 2 ; il était
le troisième fils de Jean-Claude Four-
nier, qui conduisit pendant trente ans
l'imprimerie de la veuve de Guillaume
Lcbé , troisième du nom. Le fils aîné
de Jean-Claude acquit ensuite cette im-
primerie ( c'est de lui que descendent
mesdemoiselles Fournier, qui ont un
atelier de fonderie ). Le second frère
alla s'étabhr imprimeur à Auxcrre,
où sa postérité subsiste encore aujour-
d'hui. Pierre Simon, mis d'abord ea
apprentissage chez J. B. G. Colson ,
pour y apprendre le dessin, travailla
ensuite pendant quelque tempschij
son frère aîné, et se fil connaître par.
d'assez bonnes vignettes eu bois. Mai^
il abâudouua peu après ce genre d
FOU
fravall, et se mit à graver, sur acier,
de grosses et moycuues lettres de
fonte, et les premiers corps de carac-
tères : le nombre de ceuxq l'il a gravés
est très cousidcrable , et nous ne
croyons point qu'aucun autre graveur
en ait fait autant que lui. Ce n'est pas,
au reste, parles seules productions
de son poinçon que P. S. Fournicr s'est
rendu célèbre j il a douné sur son art
quelques écrits remirquablcs. Livré
tout entier à ses occupations et à ses
recherches , il a s ccombé aux fati-
gues que lui causait son application
au travail : il est mort le 8 octobre
1 768. 11 avait fait paraître , dès
i']'^'] , sa Table des proportions
quil faut observer entre les carac-
tères, 011 il détermine leurs hauteurs
et fixe leurs rapports. 11 a donné
depuis : I. Modèles des caractères de
Vimprimerie , avec un abrégé histo-
rique des principaux graveurs fran-
çais , 174-^7 in-4'. n. Épreuves de
deux petits caractères nouvellement
gravés et exécutés dans toutes les
parties typographiques^ i 767, in- 18.
111. Dissertation sur l'origine et les
profères de l'art de graver en bois ,
1758, petit in-8'. L'art de graver en
bois est antéisieur à Gutîemberg , qui
inventa seulement, dit Fournier,les
caractères mobiles en bois j m lis il ne
voit pas là l'invention de l'imprimerie.
Il pense que ce qui constitue l'art
typographique, c'est l'emploi non seu-
lement de caractères, mais de carac-
tères de métal fondus dans les moules:
dès-lors c'est Schoeffer qui , aux yeux
de Fournier, est le véritable inven-
teur derimprimerie. IV^. De l'origine
et des productions de l'imprimerie
primitive en taille de bois , 1 769 ,
in-8\ Suite de l'ouvrage précédent.
V. Observations sur un ouvrage ( de
Schœpflin) intitulé : Vindiciœ typo-
graphicœy 1760, in-8'. En réponsç
XV.
FOU
385
à cet écrit, Fr. Ch. Baer publia une
Lettre sur V origine de l'imprimerie,
serinant de réponse aux Observations^
etc. ^ l'j^i , in-8'. VI. Remarques
faites sur un ouvrage intitulé : Let-
tre sur ïorigine de l'imprimerie ^
1761, in-S". C'est, comme on le voit
par le titre, une réplique à Baer. Y II.
Lettre a Fréron , 1 763 , in-8**. Ces
cinq derniers ouvrages de Fournier
sont réunis souvent en un seul volume
sous le titre généial de Traités his-
toriques et critiques sur Vorigine de
Vimprimerie. Vlil. Manutl typo-
graphique , utile aux gens de let-
tres, et à ceux qui exercent les
différentes parties de l'art de l'im-
primerie, 1764, 2 vol. petit in-8\
L'ouvrage devait en avoir quatre, qui
auraient été consacrés , le premier , à
ce qui regarde la gravure et la fonte
des caractères; le deuxième, à l'im-
primerie proprement dite ; le troi-
sième , aux typographes célèbres; le
quatrième, à donner des modèles des
différents caractères. Le premier et le
quatrième ont seuls été publiés. La
typographie se composant de trois
parties, 1°. la gravure des poinçons;
'2°. la fonte; 3". la composition et l'im-
pression , et l'ouvrage n'ayant pas été
achevé, il ne répond pas à sou litre:
c'est simplement le manuel du graveur
et du fondeur, mais un manuel clair et
complet , dont l'utilité ne peut être trop
appréciée. Ce qu'il dit de l'emploi des
caractères qui constitue la composition
et l'impression , n'est que peu de
chose; et ce n'est que passagèrement
qu'il en parle. Tel qu'il est , cet ou-
vrage est justement estimé; l'auteur se
montre partout praticien habile et
instruit. Le second dies volumes pu-
bliés présente la série la plus complète
d'alphabets fondus ( au nombre de
101), pour les langues mortes ou vi-
vanies, européennes ou orientales.
a5
i
586 FOU
IX. Traité historique et critique sur
Vorigine et les progrès des carac-
tères de fonte pour V impression de
la musique , avec des épreuves de
nouveaux caractères de musique,
I -^65, in-4°. de 5o pag. Les ess<îis de
musique imprimée de Fournier , quoi-
que beaux et nets, ont élc surpassés
( P^. Breitkopf et Gando ). P. Hautin
avait , eu 1 525 , fait les premiers
poinçons de musique ( F. Hautii* ).
Pierre- Simon Fournier a laissé deux
fils vivants aujourd'hui ( nov. 1 8i5 ),
savoir: Antoine, et Simon-Pierre, père
de Charles , propriétaire actuel de la
fonderie de son grand-père. C'est à une
autre famille qu'appartient F. I. Four-
nier, auteur du Dictionnaire portatif
de bibliographie y i8o5j in-8'.j se-
conde édition , 1 809 , in-8°. A. B — t.
FOURNIER (Charles), né à
Saint-Domingue, et, pour delà, sur-
nommé V Américain, fut un de ces
inisérahlcs qui, sur la fin du i8*.siè-«
cle, désolèrent la France par leurs
forfaits. Envoyé en France peu de
temps avant la révolution, il était
dans les prisons à cette époque , et
sur le point d'être jugé pour les crimes
dont il s'était rendu coupable. Les pri-
sons s'ouvrirent aux cris de vive la
liberté ! et les révolutionnaires firent
de Fournier un aboyeur de place , et
ensuite un membre du club des Cor-
deliers. ( F'oj. Danton. ) Lorsqu'a-
prcs le voyage de Varennes, il fut
question de mettre Louis XVI en ju-
gement, ce club organisa l'insurrec-
tioa dite du Champ -de -Mars. Cette
insurrection commença, dans la ma-
tinée du 1 7 juillet I 791 , par l'assas-
sinat de deux malheureux qui, pour
faire un mauvais déjeûner à l'abri du
soleil , s'étaient placés sous un tertre
qu'on appelait autel de la patrie : ils
furent pendus à une lanterne à l'en-
trée du Gros-Caillou j on leur coupa
FOU
la lêle, dont on fît un trophée, porrr
le porter à Paris. M. de La Fayette,
commandant delà garde nationale pa-
risienne, se rendit au Champ -de-
Mars avec un faible détachement pour
faire cesser le désordre; mais il ne put
y parvenir. Fournier lui lâcha de très
près un coup de pistolet qui ne l'attei-
gnit pas : les gardes nationaux le sai-
sirent; il fut ensuite relâché. L'assem-
blée nationale ordonna de l'arrêter; il
prit la fuite : mais bientôt l'amnistie le
rendit à ses complices, et il recom-
mença avec eux le cours de ses brigan-
dages. 11 commandait, dans la journée
an 10 août , une compagnie de Mar-
seillais, et il fut un de ceux qui contri-
buèrent le plus an^ succès de cet épou-
vantable attentat. Repoussé plusieurs
fois , il revint plusieurs fois à la charge;
et la demeure des rois de France ne
fut plus que le théâtre du plus affreux
carnage. Presque tous ceux qu'on y
trouva, périrent : des gens de cuisine
furent précipités dans le feu, et beau-
coup de femmes inhumainement assas-
sinées. Mais on doit dire ici que Four-
nier s'empressa de les secourir, et qu'il
parvint à en sauver plusieurs : tant il
est vrai que, même chez les plus
grands scélérats, l'humanité ne perd
jamais entièrement ses droits; et celte
réflexion est applicable à tous ceux
que la révolution de France a fait
connaître. Fournier fut ensuite chargé
d'aller chercher à Orléans , et de con-
duire à Versailles , les prisonniers ac-
cusés de haute-trahison. Il les fit tous
massacrer dans cette dernière ville ,
le 9 septembre 1792. Le 12 mars
1795, il ftit accusé par Bourdon de
rOise d'avoir présidé aux massacres
de septembre; et l'on ordonna son ar-
restation , qui ne fut point exécutée,
quoique Marat lui-même l'eût dénoncé,
et ce qui est très bizarre, comme
ayant tiré un coup de pistolet à M. de
FOU
La Fayette. Fournicr avait ete uu des
compagnons de Jourdau, dit Coupe-
télé , lors de la re'volution aviguon-
naise, et il avait participe à ses for-
faits. Il fut condamné à la déporta-
tion, lorsque Buonaparte s'empara
du gouvernement; puis seulement mis
eu surveUlance, et enfin , lors de l'é-
Ténemenl du 3 nivôse au ix (2.4 dé-
cembre 1800), conduit aux îles Sé-
chelles , où il est mort en i8o3 , dans
peu
avance.
B
FOURMER ( Pierre-Nicolas ) ,
ingénieur, archilccte-voyer de Mantes,
membre de la société des sciences,
lettres et arts de la même ville , et
correspondant de l'académie celtique,
naquit à Paris en i']^']' Son père tra-
■vaillait dans les finances, et le desti-
nait à suivre la même carrière. Il le
mit au collège du Plessis , où il se dis-
tingua d'abord par d'heureuses dispo-
sitions : mais une jeunesse fougueuse
l'empêcha d'y terminer ses études j et
ses parents le confinèrent dans un
couvent. Il n'en sortit que pour passer
successivemrnt, et en peu de temps,
dans le régiment de colonel-général et
dans celui de la Rochefoucauld , qu'il
ne tarda pas àqnitler pour entrer dans
l'arlillerie royale de la marine. Il servit
treize ans dans ce dernier corps. En
i-jBd, la paix rendant inutiles ses
travaux milit nres , il se retira à Nan-
tes , où il fut chargé de l'administra-
tion du grand théâtre. En i •jSg , il se
joignit aux Nantais qui se rendirent à
Rennes, pour favoriser ce premier
élan de la liberté , qui avait alors
quelque chose de séduisant, et qui ne
tarda pas à se montrer sous les traits
de la licence , et bienlôi après sous
ceux de Tanarchie. Après le i4 juil-
let, il se forma dans toutes les vdles
des compagnies armées qui précédè-
rent la formation des gardes nationales,
Fournier servit à Nantes comme capi-
FOU 587
tainc d'une de ces compagnies. Eu
novembre 1 792 , il fut élu chef de
bataillon, et nomme ingénieur de la
garde nationale. Après avoir renversé
le trône et s'être souillée d'un exécrable
régicide, la Convention trouva une
autorité rivale dans la fameuse com-
mune de Paris; alors plusieurs dépar-
tements du midi et de l'ouest envoyè-
rent dans la capitale des forces dépar-
tementales , sous prétexte de protéger
les soi-disant représentants du peu-
ple contre la commune, les sections et
les jacobins , mais avec la mission
secrète de veiller , s'il élnit possible ,
au salut de la liberté publique. Four-
nier fut nommé commissaire civil de
la force départementale de la Loire-
Inférieure. Son détachement fut ca-
serne , avec celui du Finistère , rue de
rOursine ; mais la Convention , crai-
gnant des auxiliaires qu'elle n'avait
pas demandés , et qui pouvaient deve-
nir ses ennemis, se hâta de rendre , le
5 mars, un décret qui les renvoyait
tous dans leurs foyers. En passant à
Orléans ( le i5 mars), Fournier et
son détachement furent requis [iar La
Planche et Collot-d'Herbois pour pro-
téger Léonard Bourdon, dont les jours
n'étaient pas men.icés. La guerre de
la Vendée venait d'éclater : Fournier
et ses soldats furent misen réquisition
pour aller combattre leurs frères. Il se
distingua dans cette affreuse guerre; il
perdit trente-cinq hommes, eut quatre-
vingt-dix blessés dans divers combats,
et rentra enfin à N .ntes avec les dé-
bris de son détachement. Lorsque cette
ville, dont il traça et dirigea les forti-
fications, fut assiégée, le 5o juin i -yga,
par les armées combinées de l'Anjou
et du Poitou, Fournier, alors com-
mandant d'arrondissement, défendit
le quartier de Gigau avec deux batail-
lons de la garde nation * e nantaise et
uu bataillon de paysans de la Gucr-
25..
388 FOU
che. Le gouvernement re'volulionnaire
ayant ëtë organisé à la suite deséve'ne-
inents du 3i mai , Fournier fut com-
pris au nombre des cent trente-deux
Nantais que Carrier envoyait à ia
mort sur la route de P^ris : ils durent
à l'humanité du brave Boussard, chef
de Tescorte quon leur avait donnée,
de n'être point fusillés près d'An-
cenis ( i ) , et à la fermeté du général
Danican , qui résista courageusement
à Francastel , de n'être point noyés
dans la Loire, auprès d'Angers. L'au-
teur de cet article était du nombre de
ces victimes dévouées à la mort , qui ,
échappées à tant de dangers , arrivè-
ïent à Paris, languirent un an dans les
fers, virent périr dans les cachots le
tiers de leurs compagnons d'infortune,
furent jugées par le tribunal révolu-
tionnaire , deux mois après le ç) ther-
midor, et acquittées à l'unanimité.
Fournier publia , pendant sa détcn^
tion , deux mémoires fortement em-
preints de l'esprit du temps, parce
qu'à une époque où les bourreaux
mettaient leur gloire à se demander
ce quils avaient fait pour mériter
d'être pendus , il était bien difficile
aux victimes qui se trouvaient incli-
nées sous la hache révolutionnaire ,
de ne pas affecter des principes anar-
chiques qui ne furent jamais les leurs,
de ne pas même se vanter d'avoir com-
mis desexcès dontelles ne furent jamais
coupables. Fournier fut défendu de-
vant le tribunal révolutionnaire par
l'acteur Bcaulicu , qui était devenu son
ami ; et ce qui étonna tout l'auditoire,
en l'attendrissant jusqu'aux larmes, ce
(i) Le comité révolutionnaire avait prit un ar-
rêté porUnlque li i'uu dei cent trente-deux N«n>
tais t'échappait sur la route , tout le* aulret «e-
raient fiutUét à TintUnt; il avait en même temps
promit ia liberté « un horloger, qui devait t'éva-
der tur la route d'Ancenis. Celui-ci «'évada avec
un bonnet rouge tur la lé>e , qu'il avait toujoura
porte. Le brave Bouttard refusa d'exécuter l'ar-
Tk\é , et fut mil vu pritou à Âogeri.
FOU
fut d'entendre un homme, naturelle-
ment plaisant et facétieux, trouver,
dans son cœur et dans une amilié
héroïque , les mouvements de la plus
sublime éloquence. Fournier revint à
Nantes , où, jusqu'à sa mort, il n'a
cessé de jouir de l'estime publique.
Quelque temps avant son arrestation ,
il avait été nommé architecte-voyer j et
c'est de celte époque que commence ,
en quelque sorte, sa vie littéraire. Eu
faisant creuser dans la ville pour cons-
truire des aqueducs, il trouva plusieurs
médailles anciennes. Cette découverte
enflamma son imagination ; il fit faire
des fouilles dans plusieurs endroits,
et fut assez heureux pour découvrir
des tombeaux antiques , des pièces de
monnaie du commencement de notre
monarchie,et des monuments romains
de différents âges. Il a composé, sur
tous ces objets, des Dissertations et
des Mémoires qu'il a lus à la société
des sciences , lettres et arts de Nantes ,
et dont quelques-uns ont été imprimés
séparément. L'auleur les a réunis en
un j:orps d'ouvrage, sous le titre
d^ Antiquités de Nantes. Ce manuscrit
précieux , accompagné d'un grand
nombre de dessins , est déposé à la
bibliothèque publique. Fournier a
aussi tracé un plan de la ville de
Nantes, telle qu'elle était sous le règne
de Henri I IL 11 y a joint une savante^
dissertation. Ses connaissances dans \
les antiquités l'avaient fait nommcri!
archiviste de la commune de Nantes ,
et conservateur de ses monuments. Il
mourut le 20 seplcmb. 1810, regretté
de tous les habitants d'une ville dont
les monuments ont faitpendautquinze
années l'objet constant de ses études et
de ses travaux. Simple dans ses mœurs
ef dans ses habitudes, presque négligé
dans son extérieur, actif dans ses
recherches, aimant à se rendre utile,
et n'ayant jamais refuse roccasioit
FOU
d'obliger , original et distrait , tel
était Fournier. Il a enrichi le mi-
nistère de la marine de tous les ma-
miscrils de Dupavillon, et il a dirige
pendant quinze ans tontes les fêtes
publiques de Nantes. N'ayant point
eu d'enfants , il avait ëlevë et comme
adopté plusieurs indigents ; il avait
armé et équipé plusieurs soldats à ses
frais: il n'avait point de fortune, et
son désintéressement était extrême.
Fournier a tracé les principales cir-
constances de &a vie dans cette épita-
phe, qu'il se fît lui-même peu de temps
avant sa mort:
Légiste et financier,
£t moine, et cavalier,
Arlilleur , fantassin,
Ingénieur, marin.
Architecte , officier ,
Commandant, prisonnier ^
Vétéran , citoyen ,
Académicien ;
De Nantes antiquaire,
Voyer, pensionnaire;
Sans fortune et sans bien ;
Maintenant moins que rien.
V— VE.
FOURNIVAL (Richard de), Fur-
xùval ou Foumivaux , l'un des ro-
manciers les plus célèbres du i5*.
siècle, était fils de Roger de Fourni-
vaux, médecin du roi S. Louis; il
obtint , par la protection de ce prince ,
un canonicat de l'église d'Amiens , et
la place de chancelier du chapitre, en
i24o.G'élait, ditFauchet, un homme
de savoir; il a laissé en manuscrit plu-
sieurs ouvrages, parmi lesquels on cite :
I. Li Commantz , ou Commande'
ments d'amour, en prose. On y trouve
une chanson assez agréable, d'une
vieille dame qui se vante d'avoir vu
pleurer à ses pieds le vaillant des
braves lequel mérita , sous Philippe-
Auguste , le glorieux surnom ^Achil-
le de la France : mais , malgré ces
indications, ou n'a pas encore décou-
vert le chevalier dont il est question.
II. Puissance d'amour. 111. Bes-
ia ire d' amour. Vàus ces deux écrits,
FOU 589
également en prose, Fournival traite
d'amour, dit Fauchet, par raisons et
démonstrations naturelles et exemples
pris des bêtes. Les auteurs du Diction-
naire universel annoncent que le BeS'
tiaire d^ amour a été imprimé dans le
1 6^. siècle , Paris , Jean Trepperel , in-
4°. goth. Mais si cette édition n'est pas
imaginaire, elle est du moins très rare,
puisqu'aucun bibliographe n'en fait
raention.l V. Ahladane ou Abladène;
c'est , dit le P. Daire, un roman plein
de fictions peu vraisemblables sur l'ori-
gine d'Amiens : il paraît avoir été com-
posé, ou traduit du latin, en i25o;
et l'^fD ne doit pas regretter qu'il n'ait
pas été publié. V. La Panthère d'a-
mours. Ces diflférents ouvrages sont
conservés à la bibliothèque du roi. — -
Simon Fournival , commis au se-
crétariat des trésoriers de France, a
publié le Recueil des titres concer-
nant les fondions , rangs ^ dignités^
séances et privilèges des charges de
présidents , trésoriers de France ,
généraux des finances , et grands
voyers des généralités du royaume,
Paris, i655, in-foI.Cerecueil, dont
l'auteur promettait un second volume,
a été long-temps recherché, parce que
c'est le plus complet qu'on ait sur cette
matière. Jean-Léon du Bourgneuf,
trésorier à Orléans , a publié un ou-
vrage qui y fait suite , sous ce titre :
Mémoire sur les privilèges et fonc-
tions d«s trésoriers de France , Or-
léans, 1 745, 2 vol. in-4°. W— s.
FOURQUEVAUX ( Raimond de
JkccARiE DE Pavie, bai OU de) né
à Toulouse , eh 1 Sog , descendait
d'une ancienne famille du Milanez ,
établie en France du temps de Char-
les VIL 11 fit ses premières armes
en Italie , sous les ordres de Lautrec,
et continua à servir dans les guerres
de la Savoie et du Piémont. Il accom-
pagna en Ecosse, en i548, la rcino
Sgo FOU
Louise de Lorraine , racre de Marie
Stuait, et reçut ensuite différentes
missions également honorables et im-
portantes. Il commandait un corps
d'infanterie à la bataille de Marciano
en i554, et il y fut blessé et fait pri-
sonnier. Des soldats échappés à cette
défaite répandirent en France le bruit
de sa mort; et sa femme, à cette fu-
neste nouvelle, mourut de douleur.
Nommé gouverneur de Narbonne en
1557, il y maintint la tranquillité,
en expulsant de la ville toutes les per-
sonnes suspectes. Pour parv^^nir à ce
but, il fil annoncer que deux cheva-
liers e.sp;(gnols dev^iient se batu^ en
champ clos et à outrance , dans un
terrain hors de la ville; et lorsque
tout le peuple , excité par la curiosité,
fut sorti pour assister à ce speclacle ,
il ferma les portes, et ne laissa ren-
trer que les habitants paisibles. Il
contribua à empêcher les protestants
de s'emparer de Toulouse , défît au
village de Lattes , près de Montpel-
lier, leur armée rommandée par Des-
Adrets , ^t rendit encore à l'état d'au-
tres services. Il fut envoyé ambassa-
deur en Espagne eu 1 565 , et mourut
à Narbonne en i574' C'est Fourque-
vaux qui est l'auteur de ^Instruction
sur la guerre , ou Traité de la dis-
cipline militaire , atti ibué , par er-
reur à Guill. du Bellay, Paris , Vas-
cosan , i555, in-4''. et in-8'. Les
Mémoires de son ambassade en Es-
pagne, ses Dépêches et ses Lettres
sont conservés à la bibliothèque du
roi. W— s.
FOURQUEVAUX (François Pa-
viE, baron de), fils du précédent,
naquit vers i56i , au château de son
père , près de Toulouse, 11 eut dans
sa jeunesse la passion des voyages;
et il parcourut non seulement les dif-
rents pays de l'Eurone , mais encore
une grande partie de l'Asie et les
FOU
cotes de l'Afrique. Il avait fait nn re-
cueil de ses observations sur les
mœurs , les coutumes , les usages des
peuples qu'il avait visités: mais ce re-
cueil , qui pouvait contenir des faits
intéressants , n'a point été public ; et
l'on ignore s'il existe encore en ma-
nuscrit. Fourquevaux était destiné ,
par sa naissance , à remplir des em-
plois à la cour; il fut nommé successi-
vement gentilhomme ordinaire de la
chambre , surintendant de Henri IV,
alors roi de Navarre , et chevalier
d'honneur de la reine Marguerite. Il
épousa , en iSgi , Marguerite de
Chaumeil, dont il eut plusieurs en-
fants, et mourut le 0 mars 161 1 , à
l'âge d'environ cinquante ans. C'est à
François Fourquevaux que le poète
satirique Régnier a adressé une épî-
tre; et c'est peut-être une des raisons
qui lui ont fait attribuer V Espadon ,
recueil de satires qu'on sait être de
Claude d'Esternod ( F. Esternod ) :
mais il est l'auteur des Vies de plu-
sieurs grands capitaines français ,
Paris, 1645, in-4*'. ; elles sont au
nombre de quatorze , parmi les-
quelles on doit remarquer celle de
Raimond de Fourquevaux , sou père.
Il y a de l'exaclitude dans les faits j
mais le style en est peu agréable.
W— s.
FOURQUEVAUX ( Jean - Bap-
tiste-Raimond Pavie de ), petit-
fils du précédent, naquit à Toulouse
en 1695. H fit ses études sous la di-
rection des Pères de la doctrine chré-
tienne; ef, après les avoir terminées,
il obtint une lieutenancc au régiment
du Roi infanterie. Au milieu de la vie
dissipée des garnisons, il cultivait la
poésie , non sans quelque succès ,
puisqu'il remporta en 1-^14 le prix
de l'élégie à l'académie des jeux flo-
raux. Sa mère, femme d'une grande
piclé, l'avait vu avec peine entrer
FOU
i^aiis la carrière des armes, par la
crainte qu'il n'y trouvât Jes obstacles
à son salut. Cédant à ses instances , il
donna sa démission, et se retira, en
1717, dans la communauté de Saint-
Hilaire de Paris , où il se consacra à
l'exercice de toutes les vertus chré-
tiennes. Il prit néanmoins une part ac-
tive aux querelles qui divisèrent l'église
de France au 18 . siècle, publia des
écrits qui le Jetèrent dans des contro-
verses peu agréables , et mourut au
château de Fourquevaux, le 2 août
1768. On a de lui : I. Lettres d'un
Prieur au sujet de la nouvelle ré-
futation du livre des Belles pour
V intelligence des saintes Ecritures^
Paris , 17*27, in-i2. lï. Nouvelles
Lettres sur le même sujet y 1729,
in- 12. m. Traité de la confiance
chrétienne, 1728, réimprimé en
1751. IV. Catéchisme historique
et dogmatique , 1 729 , 2 vol. in-i 2 ;
souvent réimprimé avec des addi-
tions. La meilleure édition de cet ou-
vrage est celle de Paris, 1766 , avec
les Suites , 5 vol. in-12. Ou trouve
VEloge de l'abbé Fourquevaux dans
les Nouvelles ecclésiastiques du 7
lévrier 1769. W — s.
FOWLElx ( Jean ) , imprimeur
anglais du 16''. siècle, natif de Bris-
tol , fut reçu en 1 555 associé du col-
lège neuf d'Oxford. Environ quatre
ans après , il quitta l'Angleterre , et
vint exercer la professi(m d'impri-
meur à Anvers et à Louvain , ou il
devint le principal imprimeur du
parti catholique. Wood compare son
mérite à celui des Estienne : il paraît
du moins que Fowler avait beaucoup
d'érudilion et quelque critique. On a de
lui , entre autres ouvrages : I. Un
abrégé de la Somme théologique de
S. Thomas d'Aquin. 11. Additiones
in chronica Genebrardi. Wï.Pseau-
ticr à l'usage des catholiques, IV.
FOW 39 r
Des Epigra rames et autres poésies. Il
mourut à JSewmark , en Allemagne ,
en 1678. X—s.
FOWLER (Christophe), ecclé-
siastique anglais, né à Marlborough ,
dans le comté de Wilt, en 161 1 , ab-
jura la religion anglicane à l'époque
de la guerre civile en \6^\ , adopta le
covenant , et se fit remarquer par sa
manière étrange de prêcher , et par
la violence et l'absurdité c!e ses dé-
clamations. Après avoir promené et
propagé son fanatisme de ville en
ville , il obtint le vicariat de Sainte-
Marie de Readiug, et fut adjoint aux
commissaires chargés , dans le comté
de Berts , de la destitution des mi-
nistres opposés au parti dominant..
11 perdit ses l>éuéfîces après la res-
tauration , n'en continua pas moins
lie prêcher „ et mourut presque fou
en 1676. On a de lui quelques écrits;
nous ne citerons que le titre de l'un
d'eux f qui pourra donner une idée
du ton dont ils sont écrits : Dœm .
nium meridianum : Satan à midi ;
ou Blasphèmes anti-chrétiens , dia-
lolismes contraires aux Ecritures ;
signalés par la lumière de la vé-
rité, et punis par la main de la
justice; relation impartiale des pro-
cédés des commissaires du comté
de Berks , contre Jean Pordage ,
ex-recteur de Bradfield, i655, ea
anglais. X — s.
FOWLER ( Edouard ) , évêque
anglican , naquit en i632 , dans le
comté de Glocester , à Westerleigh ,
où son père était ministre. Il étudia
à Oxford et à Cambridge, et devint
en 1 656 chapelain de la comtesse de
Kent. Elevé dans la religion presby-
térienne, il hésita d'abord à embras-
ser les principes de conformité; mais
enfin il s'y détermina, et obtint plu-
sieurs bénéfices. Zélé défenseur du
protestantisme sous le règne de Jac-
393 F 0 W
ques I**'., il se trouva expose aux per-
sécutions du parti qui gagnait alors
faveur; mais la révolution étant arri-
vée, il fut l'omraé en 1691 évêque
de Glof ester , et mourut à Glielsea ,
en 17 i4' %6 <3c quatre-vingt-deux
ans. C'était un homme d'un esprit
éf'.uré et d'opinions très modérées,
s'appliquant à considérer dans la reli-
gion surtout le côté moral. Ou a de lui,
entre autres écrits : 1. Exposé exact
et Défense des principes et de la
conduite de certains théologiens mo-
dérés de r Eglise anglicane, dési-
gnés à tort sous la dénomination
injurieuse de latitudinaires , etc. ,
Londres, 1670, in-8°. il. Le Sut
du Christianisme, Londres, 1671,
1^76, in -8°. : ouvrage tendant à
prouver que le perfectionnement mo-
ral de l'homme est le but du chris-
tianisme. IlL Libertas evangelica,
ou Discours sur la liberté chré-
tienne, Londres , 1680 , in-8'., ser-
vant de suite au But du Christia-
nisme. X — s.
FOWLER ( Thomas ) , né le 22
janvier 17 6, à York, fut destiné
d'abora à la pharmacie. Il exerçait ,
depuis quinze ans, cette profession
dans sa ville natale, lorsqu'en 1774?
il abandonna son officine, pour se li
vrer à la médecine proprement dite,
qu'il alla étudiera l'université d'Edim-
bourg. En 1 778 , il soutint sa disser-
tation inaugurale , Sur le traitement
de la Variole , principalement à
l'aide du mercure. Revêtu du doc-
torat , il s'établit à Staffurd , dont
l'hôpital fut confié à ses soins, et 011
il se distingua par une pratique aussi
heureuse qu'étendue. Il retourna , en
1 791 , à York, et y reçut les encoura-
gements les plus flatteurs. Mais un
asthme convulsif, extrêmement grave,
qui, pendant deux années, le toiir-
loçnîa cruellement, interrompit ses
FOW
travaux littéraires et cliniques. Goér,
par les S(uls efforts de la nature,
d'une maladie contre laquelle avaient
échoué toutes les ressources de l'art ,
Fowler reprit avec une ardeur nou-
velle ses occupations chéries; et, en
1 796 , il fut choisi, par acclamation ,
médecin de rhosjjce des aliénés qua-
kers , établi près d'York , sous le nom
de la Retraite. W remplit, avec un
rare talent, ces fonctions honorables
et délicates , jusqu'à sa mort , arrivée
le 11 juillet 1801. Les sociétés médi-
cales de Londres, Edimboui g et Bris-
tol , avaient admis Fowler dans leur
sein; et il méritait ces distinctions,
surtout par le zèle infatigable dont il
était animé. On trouva dans ses ma-
nuscrits, sinon l'histoire complète,
au moins l'esquisse de six mille ob-
servations. C'est dans celte espèce de
trésor qu'il avait puisé les matériaux
de ses ouvrages : 1. Résultais obtenus
de l'emploi du tabac, notumment
dans les hjdropisies et les dysen-
teries ^ Londres, 1785, in-8. IL
Résultats obtenus de l'emploi de
V arsenic dans diverses maladies,
et surtout dans les fièvre<i intermit-
tentes, Londies, 1 786 , in-8°. IIL
Résultats obtenus de la saignée ,
des sudorifiques et des vésicatdres ,
poJir la guérison du rhumatisme
aigu et chronique, Londres, «795,
in 8". De ces trois opuscules, écrits
en anglais, le dernier est sans con-
tredit le plus important, le plus judi-
cieux. L'auteur trace les caractères
essentiels et la meilleure méthode cu-
rative d'une maladie extrêmement
commune et opiniâtre. Les observa-
tions sur les propriétés médicinales
du tabac n'ont pas droit siux mêmes
éloges ; on ne peut se défendre , en
les lisant , d'une sorte de défiance ; et
celles sur les vertus de l'arsenic font
éprouver un sentiment bien plus pé-
FOW
nible encore. Ce nVst point Fowler
qui a introduit ce poison dans la ma-
tière médicale; mais il Ta tiré deTou-
bli dans lequel il était heureusement
tombé : il lui a prodigué des éloges
outrés; enfin il a puissamment contri-
bué à rendre populaire l'usage de ce
métal meurtrier, qui, sous le titre
séduisant de Gouttes fébrifuges de
Fowler, fait chaque jour de nom-
breuses victimes. C.
FOX ( Richard ) , évéque anglais ,
naquit vers 1466, à Ropeslcy, dans
le Lincolnshire. 11 suivait ses études
avec succès à Oxford , quand la peste
qui vint ravager cette ville, l'obligea
de la quitter pour aller les continuer à
Cambridge. 11 étudia ensuite la théo-
logie et le droit canon, et prit le bon-
net de docteur à l'université de Paris;
ce qui fut l'origine de sa fortune. Il
eut l'occasion de connaître, dans la
capitale de la France , Mortou , évêque
d'Ely , que Richard III avait forcé de
s'expatrier; et ce prélat le recom-
manda au comte de Richmond , qui
fut depuis roi sous le nom de Henri
YII, et qui s'occupait alors des
moyens d'effectuer un débarquement
en Angleterre. Fox se dévoua entière-
ment à la cause de Henri , qui conçut
nne opinion si avantageuse de ses ta-
lents et de sa fidélité, qu'il lui laissa
le soin de suivre avec la France une
négociation relative à des secours
d'hommes et d'argent. Fox réussit au
gré des désirs de Henri ; et ce prince,
parvenu au trône en i485, Icfit en-
trer dans le conseil privé, et lui con-
féra de riches bénéfices : deux ans
après, il l'éleva au siège épiscopal
d'Exeter, le nomma garde du sceau
privé, enfin il le fit principal secrétaire
d'état. Le roi employa fréquemment
Fox pour les affaires les plus impor-
tantes, soit au dedans du royaume,
soiiau dehors, l'envoya en ambassade
FOX 593
en Ecosse , en France et dans les
Pays-Bas : enfin il le transféra au siège
de Bath et Wells, puis à celui de
Durham. Ce fut alors que ce prélat
eut une nouvelle occasion de faire
preuve de sa loyauté. Le roi d'Ecosse
menr^çait le château de Noiham; Fox
le fit fortifier, le garnit de troupes , et
le défendit en personne jusqu'à ce que
Thomas Howard , comte de Surrey ,
vînt le dégager, et força les Ecossais
à se retirer. L'évêque signa la trêve
de sept ans, conclue entre les deux
royaumes en 1 497, et , bientôt après,
négocia le mariage de Jacques IV avec
Marguerite, fille aînée de Henri VU.
En i5oo, l'université de Cambridge
l'élut chancelier, et le roi le nomma
évcquc de Winchester. Il accompagna
Henri VIII dans son expédition en
France en i5i3, assista à la prise de
Térouane , et , de concert a vec Thomas
Grey , marquis de Dorset , il conclut
avec l'empereur Ma*ximilien un traité
contre la France ; il fut ensuite témoin
dans les traités de paix et d'amitié faits
avec cette puissance. Le dernier auquel
il prit part, fut signé en i5i4 : Fox
cessa dès- lors d'être employé dans les
affaires publiques. Durant le règne de
Henri VII, il avait joui de la faveur
et de la confiance illimitée dece prince,
et pris une part très-active aux affaires.
Henri Vil le iwmma un de ses exé-
cuteurs testamentaires , et le recom-
manda fortement à son fils, dont,
suivant quelques auteurs , il avait été
parrain , et que , suivant d'autres , il
avait baptisé. Malgré tous ces titres
aux bonnes grâces de Henri Vlll , ce
prélat n'eut point de crédit auprès du
nouveau roi, qui pourtant lui con-
serva sa place au conseil privé. Le
comte de Surrey , qui avait été rival
de Fox sous Henri VU , sut mieux
que lui se prêter aux passions impé-
tueuses de son souverain , et il fut
394 FOX
long-temps son favori. EnGn Thomas
Wolsey, que Fox avait pince auprès
de Henri pour balancer l'ascendant de
Siirrey, ne tarda pas à les éclipser
tous deux. Fox cependant restait en-
core à la cour : mais les nombreuses
mortifications qu'il y essuya , l'enga-
gèrent, en i5i5, à quitter un séjour
où il avait joui de tant de faveur, et
qui était devenu pour lui si affligeant.
Retiré dans son évêché de Winches-
ter , il s'y dévoua uniquement à l'exer-
cice des fonctions épiscopalcs , et à la
pratique des actes de charité et de mu-
nificence : mais il n'avait pas eu be-
soin de son éloigncment de la cour
pour faire un si noble emploi de son
temps. Dès i5i5, il acheta à Oxford
plusieurs terrains sur lesquels il n'eut
d'abord le projet que de faire élever
un collège destiné à Tentretien d'un
certain nombre de moines et d'écoliers
séculiers, envoyés là comme à un sé-
minaire par un pfieuré de son diocèse.
Déjà les bâtiments étaient très avan-
cés , quand Hugues Oldham , évêque
d'Exeter , lui suggéra l'idée de donner
à son plan une utilité plus réelle et
plus durable. On prétend que ce pré-
lat dit à Fox : a Eh quoi I bâtir des
» édifices et fonder de gras bénéfices
» pour une compagnie de moines dont
» nous vivrons peut-être assez pour
» voir la chute? Non, nonjil estbien
» [Jus convenable de pourvoira l'ac-
» croisscmcnt des études et au bicn-
» être de ceux qui, par leur instruc-
» lion , se rendront utiles à l'Eglise
» et à l'Etat. » Ces raisons png.igèrent
Fox à suivre l'exemple des personnes
qui y par leurs fondations , avaient si
amplement contribué à étendre la ré-
putation de l'université d'Oxford. Il
obtint, en i5i6, des lettres-patentes
de Henri Vlll , et fonda le collège
connu sous le nom de Corpus Chrisli^
dont la réputation l'emporta bicotùtsur
FOX
celle des antres, parce qu'il s'y trouvait
une chaire pour le grec et une pour le
latin. Cette disposition obtint les éloges
et l'admiration d'Erasme et de plu-
sieurs savants, qui faisaient tons leurs
efforts pour introduire dans les écoles
la connaissance des auteurs classiques ,
comme une branche essentielle des
études académiques. Fox invita des
hommes d'un mérite reconnu à venir
s'établir dans ce nouveau collège. Le
cours de langue latine ne fut p^s res-
treint aux étudiants du collège j il fut
ouvert à tous ceux qui se trouvaient à
Oxford. Cette manière grande et gé-
néreuse de départir l'instruction était
nouvelle j le professeur reçut l'injonc-
tion expresse d'expulser la barbarie
hors du nouveau collège : Barhariem
è nosiro aîveariopro virili si quandb
pullulet , extirpet et ejiciat. Le pro-
fesseur du grec eut ordre d'expliquer
les meilleurs auteurs classiques en cette
langue ; et ceux que Fox désigna , an-
noncent qu'il jugeait sainement. Mais
tel était l'esprit du siècle , que ce pré-
lat, pour ffiire passer les leçons de
grec, que des hommes ombrageux re-
gardaient comme une innovation dan-
gereuse , fut obligé d'alléguer l'auto-
rité des saints canons, qui avaient or-
donné que l'on enseignât la langue
grecque d«ns les écoles publiques.
Malgré cette déclaration , les préven-
tions contre le grec étaient si invété-
rées, que l'université fut troublée sé-
rieusement par les champions de l'en-
seignement scholaslique. Les conseils
^t l'exemple d'Erasme, qui résidait
alors au collège de Sainte - Marie à
Oxford, parvinrent à rétabhr la paix;
et graduellenK.nt l'univerhilé fixa sou
attention sur l'élude des langues qui
mettaient en état de lire les saintes
Écritures dans l'original. Fox laissa
. dans les divers diocèses qu'il gou-
verna, et nolaïament à Winchester,
FOX
des preuves de sa munificence. Il
parut, pour laderiiière fois, au par-
lement, en i525. Depuis cinq ans,
il était privé de la vue. Wolsey s'ef-
forçait un jour de lui persuader de
résigner son évéché en sa faveur,
moyennant une forte pension : « Quoi-
» qu'a raison de ma cécité, répartit
» -Fox, je sois incapable de distinguer
» le blanc d'avec le noir, je puis
» néanmoins discerner le vrai d'avec
» le faux; et je vois très bien sans
» yeux, chez un certain homme, la
» méchanceté que je n'avais pas vue
» auparavant. Cardinal, l'ambition ne
» devrait pas vous aveugler au point
« de vous empêcher de prévoir votre
» propre fin . Ne vous embarrassez pas
» de l'évêché de Winchester ; occu-
y> pez-vous des affaires du roi. » Fox
consacra ses derniers jours à la prière
et à la méditation , et mourut le 1 4
décembre i 5^8, emporlautles regrets
universels. On a de lui une Traduction
anglaise de la Règle de Saint-Benoît y
imprimée en i5i6 pour l'usage de
sou diocèse , et une Lettre adressée
au cardinal Wolsey , qui avait le des-
sein de faire une visite des églises
pour la réforme du clergé. E — s.
FOX (Edouard) naquit, dans les
dernières années du 1 5". siècle , à
Dursley , dans le comté de Glocester.
Il étudia à Cambridge. Son goût le por-
tant vers la politique , il fut recom-
mandé au cardinal Wolsey , qui se
l'attacha. Il fut nommé aumônier du
roi , et, en i528 , envoyé à Rome
avec Gardiner , alors secrétaire de
Wolsey , pour solliciter du pape Clé-
ment VII de nouvelles bulles , qui au-
torisassent le divorce de Henri VIII et
de Catherine : les premières , signées
pendant que ce pape était retenu en
captivité par l'empereur, avaient été
regardées comme peu valables. Ayant
pblcuu ces bulles , dont le pape eut
FOX 395
soin ensuite de détruire l'effet, Fox
retourna en Angleterre, devint un des
premiers conseils du roi dans l'affaire
du divorce, et lui fit connaître Cran-
mer. ( Foy. Cranmer. ) Nommé en
i535 , évêque d'Hereford, il fut en-
voyé , cette même année , aux pro-
testants de Smalcalde , pour les sol-
liciter de se réunir à l'église d' An-
gleterre ; mais ce fut inutilement. Il
revint à Londres en 1 556 , et y mou*
rut en i558. Il avait été aussi envoyé
en France. C'était, à ce qu'il paraît,
un homme d'un caractère actif, dé-
terminé, mais prudent. Zélé partisan
de la réformation , il la seconda en
Angleterre de tous ses moyens , mais
de manière à ne point s'exposer à la
persécution. Il avait coutume de dire :
« Une paix honorable est la seule qui
puisse durer ; une paix déshonorante
ne tiendra qu'aussi long-temps qu'on
n'aura pas le pouvoir de la rompre :
le seul moyen de maintenir la paix
est donc d'être toujours prêt pour la
guerre. » On a de lui un ouvrage inti-
tulé : De verd differentia regice
potestatis et ecclesiasticœ , et quce
sit ipsa Veritas et virtus utriusque ,
Londres, i534 ^t i538. Cet ouvrage
a été traduit en anglais par Henri lord
Stnffurd. X— s.
FOX (Jean) naquit en iSiy, à
Boston , dans le comté de Lincoln. Il
étudia à Oxford , et y manifesta son
penchant pour la théologie, d'une ma-
nière conforme au goût du siècle, par
des comédies latines sur l'ancien et
le nouveau Testament. Il en reste en-
core une , De Christo triumphanle ,
imprimée à Londres en i55i, et à
Baie en iSSô^n-S".; traduite de-
puis en anglais, par Uichard Day,
Londres, 1679 et i6o3, iu-S"., et
en français {Foy. Bienvenu). L'o-
riginal fut réimprimé en 1672. Ce
même goût pour la théologie se ma-
3<j6 / FOX
iiifesla bientôt d'une manière plus
sérieuse et plus dangereuse pour lui,
en l'entraînant dans les opinions de
Luther; ce qu'il chercha si peu à dis-
simuler, qu'accuse' d'bcrésie il fut
chassé de son collège en 1 545, bien
heureux , l'assura-t on, d'en être quitte
à si bon marché. Ce n'était cependant
pas tout. F6x avait perdu son père
de bonne heure; sa mère s'était re-
mariée : son beau-père profita de la
circonstance pour retenir son héri-
tage, qu'il pensait bien que Fox n'ose-
rait réclamer. Celni-ei réduit à la plus
grande misère , eut le bonheur d'en-
trer en qualité de précepteur chez sir
Thomas Lucy. Cette éducation finie ,
il se rendit à Londres, et s'y trouva
de nouveau dans une détresse d'au-
tant plus fâcheuse qu'il s'était marié.
Enfin un jour, dit-on, qu'il priait
dans l'église de Saint- Paul, presque
exténué par la faim , un homme
qu'il ne connaissait pas s'approcha
de lui, lui remit entre les mains une
somme; d'argent , en lui disant de se
soutenir et de soigner sa santé , parce
qu'il était au moment de se trouver
plus heureux. En effet , trois jours
après , il fut choisi par la duchesse de
llichmond pour faire l'éducation de
ses petits - neveux , les enfants du
comte de Surrey, alors à la Tour de
Londres avec son père, le duc de
Norfolk : mais il ne put jamais re-
trouver celui qui lui avait prédit
cette bonne fortune et donné les
moyens de l'attendre. Cette histoire
se sent beaucoup de l'imagination que
Fox a portée dans son Martyrologe ;
mais du moins est-jl certain qu'il de-
vint précepteur des petits-neveux de
la duchesse de Richraond. L'un de
SCS élèves , devenu duc de Norfolk par
la raort de son père et de son grand-
pcre, le prit en grande affeclioii; il ne
put cependant le sauver des persécu-
FOX
lions de l'évêqueGardiner, qui le for-
cèrent de chercher un refuge à Baie , où
il subsista en corrigeant des épreuves.
Après la mort de la reine Marie, il
revint en Angleterre , où il retrouva
un protecteur dans son ancien élève,
qui le garda cljrz lui tant qu'il vécut ,
et qui y à sa mort , lui laissa une pen-
sion. 11 paraît que Fox avait pris hs
ordres, et s'était fait connaître même
avant son exil par des sermons en fa-
veur de la réformalion. Elisabeth le
traitait avec bonté ; le secrétaire d'état
Cecil le protégeait, et obtint pour
lui, en i565, dans l'église de Saiis-
bury, une prébende que Fox hé-
sita à accepter, étant dans les prin-
cipes des non-conf(Jrmistes , quoique
très modéré; ce qui fut cause qu'il ne
profita pas de la faveur qu'aurait pu
obtenir un des premiers apôtres de la
réformation. 11 mourut en 1 5^7, âgé
de soixante-dix ans. Le phis célèbre
de ses ouvrages est celui qu'il a intitulé
Actes et monuments de l'Eglise ,
et qui est généralement connu sous le
titre de Martyrologe, contenant l'his-
toire des troubles attribués à l'Eglise
romaine depuis le lo''. siècle , et
particulièrement en Angleterre et en
Ecosse ; publié à Londres en 1 565 ,*
in-fol. , augmenté ensuiie et imprime
pour la quatrième fois en i583, 2
vol. in-fol. , et en i6ùi en 5 vol.,
et ]iour la neuvième en 1 684 j 5 vol.
in-fol., avec fig. 11 y raconte particu-
lièrement et en détail l'histoire des
martyrs de la religion prolestante,
et avec des circonstances merveil-
leuses qui lui ont fait donner par les
catholiques le nom de la Légende
dorée de Fox. Us lui reprochent
aussi l'emportement et la grossièreté ;
ils l'accusent d'avoir souvent altéré la
vérité pour augmenter le nombre des
martyrs de sa communion, tellement
que, dans la première édition, on trou-
I
FOX
vaît, au nombre de ceux qui ravaierit
soulenue au prix de leur vie, des per-
sonnes encore vivantes, et qui re-
clamèrent contre l'honneur qu'on leur
faisait. Ces reproches très bien fon-
de's n'empêchèrent pas le Martyro^
loge de Fox d'obtenir un prodigieux
succès en Angleterre, où il est encore
célèbre. Les autres écrits de Fox, très
nombreux, sont tous des ouvrages de
théologie, et principalement de con-
troverse. On a conservé de lui quel-
ques lettres , qui font le plus grand
honneur à son caractère cl à son hu-
manité. 11 laissa deux fils, dont l'un ,
Samuel Fox, a écrit la vie de son
père , imprimée en tête des ^ctes et
et monuments de l'Église. X — s.
FOX -(Luc) , navigateur anglais,
parcourut , dès sa jeunesse , toutes
les mers fréquentées par ses com-
patriotes , et tourna ses pensées vers
la découverte d'un passage au nord-
ouest de l'Amérique. En 1 606 il avait
dû s'embarquer avecle capitaine Jean
Knight, qui avait beaucoup de répu-
t'ilion pour sa connaissance profonde
des mers du Nord; ce projet ne put
s'accoraphr: cependant Fox recueillit
tout ce qui concernait les voyages
ejitrepris au nord-ouest ; il conférait
fréquemment avec Baffin, Pricket et
d'autres marins qui avaient fait cette
navigation , ainsi qu'avec les mathéma-
ticiens et les géographes les p!us ha-
biles , et entre autres avec le cheva-
lier Henri Briggs , qui a écrit sur la
question du passage tant cherché.
( P^oj. Henri Briggs.) La mort de ce
dernier retarda l'expédition que Fox
venait de faire adopter. Enfin , des
hommes puissanfs, qui s'intéressaient
au succès de ses projets , lui firent
obtenir du roi un bâtiment et tout ce
qui était nécessaire au voyage. Il fut
présenté à Charles V'., qui lui donna
une carte où étaient notées toutes les
FOX 597
découvertes faites jusqu'alors , et lui
remit ses instructions, ainsi qu'une
lettre pour l'empereur du Japon , dans
le cas où le passage serait découvert
et franchi. Le 5 mai 1 65 1 , Fox ap-
pareilla de Deptford. 11 entra, le 2S4
juin , au milieu des glaces , dans le
détroit de Hudson j et après s'être ap-
proché de la côte appelée par Bulton
Cary's-Swan's-Nest ,il porta au nord-
ouest, et vit, le 27 juillet, par 64 deg.
1 miu. de latitude laoréale, le Ne ultra
de Button , terre à laquelle il donna le
nom de sir Thomas lloe's Welcome ,
qui lui resta. Le temps était beau , la
mer libre de glaces ; la terre n'était
plus couverte de neiges j la côte pa-
raissait fort saine et découpée par dif-
férentes ouvertures. Fox se diiigea au
sud, et vit plusieurs îles auxquelles il
donna des noms. Il dit , dans son jour-
nal , que plus il s'éloignait du Wel-
come , moins la marée montait , et
qu'elle finissait par devenir insensible.
Le 9 août, il entra dans la rivière de
Nelson, et, en la remontant, il trouva
renversée la croix que Button avait
élevée sur ses bords: il la rétablit, et
y attacha une inscription gravée sur
une plaque de plomb. Les vents con-
traires l'empêchèrent d'avancer • alors
il alla à l'est, et rencontra , le 29 août ,
le capitaine James , qui était parti à
peu près en même temps que lui pour
le même objet. 11 explora ensuite la
partie méridionale de la baie de Hud-
son , jusqu'au cap Henriette-Marie.
Ainsi il la parcourut dans une étendue
de près de neuf degrés en latitude.
Comme il avait l'espérance de trouver
un passage dans cttte partie delà baie,
il fît voile au nord-est , vers l'île de
Nottingham; et après avoir reconnu
différentes pointes de terre, il vit, le
20 septembre, un peu au-delà du
cercle polaire , un promontoire qu'il
nomma Lord - fVeitons • Portland ,
%S FOX
parce qu'il a , eu effet^ quelque ressem-
blance avec la pointe de Portiand ,
en Angleterre. Au nord de ce cap, la
terre courait au sud-est. 11 l'appela
Fox'sl'arthest : celte île est nommée ,
sur quelques cartes , James Island ;
mais une partie de la cote du de'troit
de Davis, vis-à-vis l'île Disco, dans
le Groenland , portant le même nom ,
il conviendrait , pour éviter la confu-
sion , de conserver le nom de Fox à
l'île dont ce navigateur a découvert la
pointe la plus septentrionale, et dont
un cap au sud-ouest reçut de lui le
'^nom de cap Charles. Depuis quelque
temps Fox vovëiit plusieurs de ses gens
tomber malades. Les gelées devenaient
plus fréquentes et gênaient la manœu-
vre. Il quitta ces parages vers la fin de
septembre, et arriva aux Dunes le
21 octobre, sans avoir perdu un seul
homme , ni éprouvé le moindre dom-
mage. La relation de son voyage, écrite
en anglais , est intitulée : Le Nord*
Ouest de Fox ^ ou Fox de retour du
Nord-Ouest, Londres, i635, in-4°.,
avec une carte. Elle prouve que l'au-
teur était un homme fort instruit et un
très habile marin. On y trouve , en
effet , des observations précieuses sur
les glaces , les marées , les courants ,
Its variations de la boussole et les au-
rores boréales , qui toutes appartien-
nent plutôt à la physique générale qu'à
la navigation. Il établit, dans la pré-
face et dans la conclusion de sou ou-
vrage , que les hautes marées qu'il
avait rencontrées au Welcome , ne
pouvaient absolument pas venir par le
détroit de Hudson , mais devaient y
éire aratenées par un Océan occidental;
et il affirme l'existence du passage que
l'on trouvera le long de la côte du
Welcome , parce que c'est le point où
les marées sont les plus hautes et qu'il
y a des baleines : il ajoute que l'on y
découvrira un passage large et ouvert,
FOX
situé sous un climat tempéré. Tl fond*»
cette assertion sur sa propre expé-
rience , ayant observé que plus il était
monté vers le nord, dans la baie de
Hudson, plus il avait trouvé le temps
chaud et la mer dégagée de glaces. Les
voyages entrepris postérieurement ,
n'ont pas confirmé les suppositions de
Fox ; mais il n'en a pas moins le mé-
rite d'avoir fait le premier connaître
avec précision une partie des parages
qu'il a parcourus : la justesse de ses
indications a été prouvée , puisque les
noms qu'il a donnés se trouvent encore
sur les cartes J il y a conservé ceux
qui avaient été donnés par les navi-
gateurs précédents. Sa relation est pré-
cédée d'une introduction dans laquelle
il se plaint de ce que l'on n'a pas suivi
la découverte avec assez de persévé-
rance. Il donne l'histoire de tous les
voyages faits avant le sien , depuis les
temps les plus reculés ; il porte , sur les
découvertes faites dans chaque expé-
dition, un jugement qu'il accompagne
de remarques, et il essaie de fixer les
latitudes auxquelles se sont élevés les
navigateurs, quaud ceux-ci ont négligé
de les déterminer. E — s.
FOX (George), fondateur de la
secte des quakers, naquit eu 1624,
à Drayton , village du Leiceslershire ,
eu Angleterre. Son père, presbytérien
zélé, était tisserand. Le jeune Fox
montra , dès ses premières années ,
une gravité peu commune, et un
grand éioignemcnt pour tous les diver-
tissements de son âge. Il cherchait la
solitude; et quand il parlait, c'était
avec un ton et des gestes lamentables.
Ses parens, qui n'étaient pas riches ,
se bornèrent à lui faire apprendre à
lire et un peu à écrire ; mais ils lui
inspirèrent de bonne heure des senti-
ments de piété et de vertu. Fox fut
d'abord placé chez un marchand de
laine et de bétail, ,qui l'envoyait gar-
<àor ses troupeaux dans les bois. Cette
vie solitaire détermina son penchant
à la contemplalion. On le mit ensuite
en apprentissage chez un cordonnier
à Notlingham; celte profession , exi-
geant encore moins de mouvement
que celle de tisserand, augmenta son
penchant à la méditation. Il employait
tout le temps que ses occupations lui
laissaient, à la lecture de l'Ecriture-
Sainte qu'il parvintàsavoir presqu'en-
tièrement par cœur : sa conduite était
en tous points irréprochable. Quand
il eut atteint sa dix-neuvième année ,
il se sentit plus porté aux contempla-
tions spirituelles qu'à l'cxeicice d'une
profession mécanique. Affligé de la
corruption générale, il résolut de faire
tous ses efforts pour ramener les hom-
mes à la vertu. Ce fut alors qu'il eut
une vision dans laquelle il crut enten-
dre la voLx de Dieu, qui lui ordonnait
de consacrer sa vie aux devoirs de la
rehgion. Aussitôt il quitte son maître,
se revêt d'un habillement de cuir, et,
pour se détacher entièrement des cho-
ses de ce monde , il rompt toute rela-
tion avec sa famille , et se met à courir
le pays , ne restant jamais long-temps
dans le même lieu , de crainte que
l'habitude ne lui fît contracter de nou-
velles liaisons qui eussent pu nuire à
la sublimité de sa vocation. Il allait
quelquefois écouter les prédications
des ministres de la religion ; mais il
en revenait presque toujours peu sa-
tisfait , et alors il allait s'enfoncer dans
les forêts, passait des journées entières
dans le creux d'un arbre, lisant sans
cesse la Bible. Parvenu à un degré de
perfection qui lui rendait inutile la
lecture de tout autre livre , il fît
bientôt des progrès rapides vers un
état spirituel encore plus élevé , et il
commença alors à avoir moins de res-
pect pour la sainte Écriture. Croyant
trouver en lui ces inspirations qui
FOX Sqc)
avaient guidé les prophètes et les apô-
tres j persuadé que cette lumière inté-
rieure devait faire disparaître toute
obscurité spirituelle, il crut entendre
une voix qui lui criait : « Il y a qucl-
» qu'un , c'est Jésus - Christ dans
» sa simplicité , qui peut te parler
» comme il te convient. » Depuis
trois ans , son imagination travaillait.
Regardant alors sa vocation comme
décidée, Fox parut en public. Il
prêcha d'abord à Manchester en
1048,* et ne tarda pas à trouver des
prosélytes : car , à cette époque , tou-
tes les têtes étaient préoccupées de
systèmes de religion j et plus ceux-
ci s'éloignaient des règles ordinaires ,
plus ils trouvaient un accueil favora-
ble. Le nouvel apôtre, docile aux ins-
pirations qu'd croyait avoir reçues
d'en haut , et qui lui prescrivaient de
ramener la religion à sa simplicité pri-
mitive, rejeta tout ce qui tenait au
culte extérieur : il dit que Dieu n'ha-
bitait pas dans les temples bâtis par
la main des hommes; que l'institution
du ministère était toute mondaine,
puisque le Sauveur du monde et les
apôtres n'avaient pas étudié, et n'a-
vaient pas reçu les ordres; qu'en con-
séquence chacun devait suivre l'inspi-
ration de l'Esprit saint pour connaître
SCS devoirs. Les premiers disciples de
Fox étant pour la plupart des hommes
de peu d'éducation, l'excès de leur
zèle les porta à quelques désordres.
Ne voulant pas être bornés à prêcher
dans les rues et sur les places , ils en •
traient dans les temples, et interrom-
paient le service divin : Fox lui-même,
malgré sa douceur habituelle, s'élant
rendu coupable , à Nottingham , d'une
incartade de ce genre, fut mené de-
vant le magistrat , auquel il répondit
qu'il avait agi par l'ordre du Saint-
Esprit. Il fut cependant niis en prison;
mais son enthousiasme et sa résigna-
4oo FOX
^ lion produisirent un tel effet sur un
grand nombre d'habitants, et même
sur le magistrat, que ses persécuteurs
eux-mêmes devinrent ses disciples, et
qu'il recouvra sa liberté. C'est de cette
persécution , éprouvée par Fox en
1649 î que les quakers datent la nais-
sance de leur église. Cet événement
leur inspira une nouvelle confiance.
Cependant ce fut vers le même temps
que Fox pensa être assommé par la
populace, parce qu'il avait prêciiécon-
tre l'ivrognerie et les vices les plus
communs. D'un autre côté , comme il
s'élevait contre le paiement des dîmes
et contre les procès, il attira sur lui
et ses sectateurs la haine de deux
classes d'hommes qui ont une grande
influence dans la société, les ecclé-
siastiques et les hommes de loi. Fox
prêchait aussi contre la guerre; mais
ce genre de prédication lui fut moins
nuisible. 11 annonça un jour que le
Seigneur lui avait défeudu d'oler son
chapeau à qui que ce fût, par forme de
politesse, et lui avait commandé de
tutoyer tous ceux auxquels il pariait ,
de ne plier le genou devant aucune
puissance de la terre , et de ne jamais
prêter de serment. Toutes ces singu-
larités attirèrent de mauvais traite-
ments à Fox et à sa secte : traîné de-
vant un juge , il parut son bonnet de
cuir sur la tête; un sergent lui donna
lui soufflet , Fox tendit l'autre joue.
Sur son refus de prêter serment , et
pour son manque de respect envers
le juge, il fut envoyé à l'hôpital des
fous pour y être fustigé. Il loua Dieu ,
remercia ceux qui lui infligeaient le
châtiment, et se mit a les piêcher.
Une patience si extraordinaii e lui ga-
gnait sans cesse de nouveaux prosé-
lytes. Comme, pour se préparer à rece-
voir l'inspiration du Saint-Esprit,
ces prosélytes soumtttaienthur esprit
à uns couicnlion pénible , et qu'il en
FOX
résultait souvent une violente agitation
et même des tremblements chez ceux
qui avaient le genre nerveux délicat ,
on leur donna le nom de quakers ou
tremhleurs. On a donné d'autres cau-
ses à cette dénomination ; mais celle-
là est la plus vraisemblable. Quoiqu'à
cette époque on tolérai tous les nova-
teurs, cette secte fut persécutée à cause
du trouble qu'elle occasionna dans
les églises. Uencoutré dans une de ses
courses par un détachement de sol-
dats , Fox leur fit des réponses si
bizarres, qu'il fut envoyé prisonnier
à Londres. Cromwell eut la curiosité
de le voir; et, après un court entre-
tien, il le renvoya, en exigeant sa
promesse de vivre paisiblement avec
ses sectateurs. Enhardi par un tel ac-
cueil. Fox se livra, au milieu de Lon-
dres, aux travaux de son ministère;
et il eut recours à la presse, pour faire
connaître ses principes , cl pour ré-
pondre aux ouvrages que l'on avait
publiés contre lui. Les voyages qu'il
fit ensuite en différents lieux, l'expo*
sèrent encore plus d'une fois à des
emprisonnements , et il fut souvent
obligé d'avoir recours au Protecteur.
Un jour il lui écrivit pour qu'il adou-
cît les maux de ses amis : apprenant
ensuite qu'il allait prendre le titre île
roi, il lui demanda audience, et lui
fit des représentations très libres con-
tre cette résolution, qui devait, di-
sait-il , entraîner la honte et la ruine
de sa postérité. Fox adressa ensuite à
tous les souverains un écrit dans le-
quel il annonçait un jeûue public or-
donné en Angleterre au suj( t des per-
sécutions que les protestants éprou-
vaient dans les pays étrangers ; et il
profita de cette occasion pour s'élever
avec force contre l'espiit de persécu-
tion. Le nombre des quakers s'était
accru au point que hur chef con-
voqua, en i(35b,à Bedford, une
FOX
assemblée générale, qui dura trois
jours, pendant lesquels on s'occupa
des affaiies de l'église et de la disci-
pline. Après le retablisscnicnt de Char-
les II , les persécutions continuèrent
contre les quakers ; mais Fox ne cessa
de faire des courses d'une extrémité'
du royaume à l'autre, et même en Ir-
lamle , pour y fortifier ses frères : sa
désobéissance aux lois qui défendaient
de tenir des assemblées religieuses,
et qui ordonnaient de prêter ser-
ment au souverain, lui attira de nou-
veaux désagréments. En 1666, les
persécutions s'apaisèrent pour un
temps. Déjà des hommes d'une cer-
taine consi'lération avaient embrassé
la doctrine de Fox. ( Foy, Barclay.)
Ils s'occupèrent de concert a rédiger
un corps de doctrine : des assemblées
mensuelles et annuelles furent éta-
blies; et l'on y avisa aux mesures que
les circonstances indiquèrent. Fox
épousa , en 1669, la veuve d'un juge,
l'un de ses plus anciens prosélytes.
Deux ans après, il passa en Amérique
pour y propager sa doctrine, qui déjà
y était répandue. Il parcourut une
grande partie des colonies anglaises^
et l'on ajoute même que par le moyen
d'un interprète il prêcha les sauvages :
mais l'on ne dit pas quel fut le succès
de ses prédications. Peu de temps
après son retour en Anp;leîerre(i673),
il fut mis en prison à Worcestcr , pour
avoir convoqué, de toutes les parties
du royaume, une assemblée dont le
but était, disait-on , de répandre la ter-
reur parmi les sujets de Sa Majesté.
Dès qu'il eut été acquitté de cette ac-
cusation, il partit pour la Hollande.
Lorsqu'il revint de ce pays , on lui
intenta un procès au sujet du refus
de payer la dîme , et il fut condamné.
Il retourna, en 1684, en Hollande,
où ses partisans se multipliaient j puis
i\ envoya sa bcllc-filie et d'âutres fem-
XV.
I^OX 4oi
mes qui professaient sa doctrine , à
Elisabeth, princesse Palatine, pour
conférer avec elle sur divers points
concernant la religion. Il écrivit même
à cette princesse pour lui recomman-
der la pureté de moeurs, une vie mo-
deste et 1 ecueillie , le mépris des gran-
deurs humaines , et l'exhorter à con-
sacrer ses jours à la piété. Elisabeth
répondit à la lettre de Fox ; ce qui donna
lieu à ses disciples, Barclay et Penu ,
d'aller rendre une visite à la princesse
pour la fortifier dans la foi. Fox fît
ensuite à pied le Voyage de Hambourg
et du Holsteîn , pour voir ses partisans
et pour gagner à sa cause les menno-
nitcs, les labadistes et d'autres sec-
taires qui manquaient d'un point»dô
réunion. Il poussa même ses courses
jusqu'à Dant^ig , afin d'y rendre ser-
vice aux mennonites ; et il écrivit, en
leur faveur, au roi de Pologne , une
lettre qui produisit, pour un temps,
l'effet désiré. Les fréquents voyages
et les fatigues de tout genre avaient
tellement altéré la santé de Fox , qu'il
fut enfin obligé de renoncer aux péni-
bles travaux qui jusqu'alors av;»ient si
peu coûté h son zèle. L'avéneraent de
Jacques II au troue d'Angleterre fut
un événement heureux pour les qua-
kers : car ce prince commença sou
règne par suspendre l'exécution de
toutes les lois pénales pour fait de re-
ligion * et lorsque Guillaume 111 eut été
proclamé roi , il imita en ce point l,i
conduite de sou prédécesseur. Ainsi
Fox, avant de mourir, eut la saîis-^
faction de voir sa secte jouir d'une
sécurité qui lui avait été refusée si
long-temps. Quoiqu'il vécût dans la
retraite , il ne cessa de prêcher que
peu de jours avant sa mort, qui ar-
riva le iG janvier 1690. Fox était un
homme sans instruction j mais il avait
à un degré éminent le talent de per-
suader ,, puisqu étant né dans un^e
î6
4.02 FOX
drtsse inférieure de la société, et
li*ayaiit reçu que les élc'mcnts de Tc-
ducâtiou la plus simple, il parvint à
faire goûter sa doctrine à des hommes
d'un rang très élevé. Ce fut sans doute
à de tels sectaires que la société des
quakers dut l'avantage de survivre à
tant d'autres sectes qui, fondées par
des enthousiastes, ne tardèrent pas à
disparaître après la mort de leurs au-
teurs : le quakérisme, au contraire,
" acquit chaque jour de nouvelles forces;
et les lois finirent par le tolérer ,
et même par le protéger. Sous le rè-
gne de Guillaume et de Marie, un
acte du parlement statua qu'en justice
l'affirmatioii d'un quaker tiendrait
liei^du serment; et, sous George II ,
le mode du paiement des dîmes fut
mitigé en leur faveur. A la mort de
Fox , les quakers , très nombreux en
Angleterre, ne l'étaient pas moins
dans lel possessions anglaises de l'A-
mérique septentrionale : Fox. avait
jeté les fondements de la société; Bar-
clay et Penn la consolidèrent. Ce der-
nier parle de Fox comme d'un homme
doué d'un entendement admirable,
4'ua talent particulier pour expliquer
rBcriture-Sainte de la manière la plus
claiie et la plus consolante. U dit qu'il
excellait surtout dans la prière; car,
lorsqu'il était en oraison , il paraissait
si pénétré de l'.iraour et de la crainte
de Dieu , que l'on ne pouvait le voir
sans édification. Il ajoute que rien
u*égalait la pureté et l'innocence de sa
\ie : l'ardeur de son zèle et son infati-
gable activité élaif nt telles , qu'il dor-
mait et mangeait très peu, quoiqu'il
fût d'une haute taille et très gros. Les
c'crits de Fox ont été réunis en 5 vol.
in-fol.; le premier contient son jour-
nal ; le sccund, sa corrf'spondauce; le
troisième , ce qu'il a écrit sur sa doc-
trine. Quelques personnes ont )»ré-
tCRdu qu'il a'itait pas réeliemeot l'au-
FOX
tour de ces différents ouvrages ; ses
sectateurs soutiennent , au contraire ,
que tout ce que ce recueil renferme
de plus admirable, est réellement dcf
leur patriarche. L'on a beaucoup écrit
sur les quakers. Sewcl a publié, en
anghis, une Histoire des Quakers.
Gérard Crusius fit paraître , en latin ,
une Histoire du Quakérisme , Ams-
terdam, iOqj, in-8".; l'année sui-
vante, elle fut réimprimée dans celte
ville , puis traduite en allemand , à
Berlin. Un médecin allemand, nommé
Tobie Kolhaus, qui était quaker,
écrivit, sous le nom de Philalèlhes ,
une réponse à cet ouvrage, intitulée :
Dducidationes quœdam valdè ne'
cessarix in Ger. Crusii Historiam
quakeranam , Amsterdam, 1696,
in -8**.; il y critique moins les faits en
eux-mêmes , que la manière dont Cru-
sius les a exposés. On a aussi en fran-
çais : Histoire abrégée de l'origine et
delaformaiion de la société dite des
Quakers y où sont exposés claire-
ment leur principe fondamental ,
leur doctrine , leur culte , leur mi-
nistère et leur discipline ; précédée
d'une instruction où il est traité , en
peu de mots , des dispensations an-
térieures de Dieu aux hommes , par
G. Penn ; traduite de l'anglais par
E. P. Bridet , Londres , 1 790 , in- 1 6.
Enûn il a paru un Précis de l'his-
toire , de la doctrine et de la société
des amis dite des Quakers , Paris ,
181 5, in-8\ L'auteur de ce dernier
ouvrage fait mention d'un Tableau
du Quakérisme, en 5 vol. iu^". ,
probablement écrit en an5;lais. On
trouve, dans le Voyage de Brissot
en /imérique, des détails intéressants
sur les quakers des Etats-Unis.
E— s.
FOX ( Charles- Jacques ), l'un
des orateurs et des hommes d'état les
plus célèbres de l'Angleterre , était le
FOX
troisième fils de Henri Fox , premier
lord HoIIand , que ses talents élevèrent
à la place de secrétaire-d'état au dépar-
tement de la guerre, sous le règne de
George I î , et qui fut long-temps , dans
la chambre des communes , l'antago-
niste de William Pitt, depuis comte de
Cliatam. Ainsi la rivalité des pères
avait précédé celle qui devait s'établir
entre leurs fils. Fox naquit le i^ janvier
1 ^4^. Son père, qui reconnut de bon-
ne heure ses heureuses dispositions ,
mit tous ses soins à les cultiver. Dès
l'âge le plus tendre, il ne le traita pas
en enfant; et il l'accoutuma à juger de
tout par lui-même, laissant même tous
ses penchants se développer sans con-
trainte. Heureusement cette excessive
indulgence neputétoufferdans le jeune
Fox toutes ses bonnes qualités. 11 n'a-
vait que quatorze ans , qimud son père
le mena à Spa , où il lui donnait tous les
jours cinq guinées pour les risquer au
jeu. C'en fut assez pour faire naître
dans l'ame de Fox une passion à la-
quelle, dans la suite, il sacrifia sou-
vent ses plus grands intérêts. Elevé
au collège d'Eton , il y montra une
grande aptitude pour tous les genres
d'instruction, une ardeur très vive
pour tous les genres de divertissement,
et un désir excessif de se faire remar-
quer. H a prouvé ensuite que, malgré
son penchant à la dissipation , il avait
assez bien profilé des leçons de ses
maîtres , puisque les savants les plus
distingués ont toujours admiré son éru-
dition. Ses voyages sur le continent
lui donnèrent un goût si extraordi-
naire pour la parure, qu'on le cita long-
temps pour la recherche de ses habits.
Ceux qui l'ont connu plus tard , ont eu
de la peine à se figurer que l'homme
dont la mise était si simple et même si
négligée, eût autrefois donné le ton
aux élégants de la capitale. Impatient
de le voir paraître sur la scène pohti-
F 0 X 4o3
que, son père le fit élire, en 17G8,
membre de la chambre des comnumeà
pour représenter le bourg de Mid-
îiurst en Susscx. Fox n'avait pas en-
core l'âgé de vingt ans, exigé par les
lois j mais le comité d'enquête ne fit
pas attention à cette circonstance. Sou
discours de début ne fut pas propre à
lui concilier cette popularité qu'il a
tant recherchée par la suite. Le sujet
de la discussion était la pétition de
Wilkes , qui, de la prison du Banc du
roi , où on le tenait renfermé , récla-
mait sa place au parlement comme
représentant légal du Middlcsex. Les
avis de tous les légistes étaient en sa
faveur : Fox lutta contre le torrent, et
ne fut applaudi que du ministère et de
ses partisans. Cependant le public im-
partial discerna , dans cet essai pour
défendre une telle cause , le talent qui
pouvait en faire triompher une meil-
leure. L'auteur des Lettres de Junius^
qui, à cette époque, attaquait tous les
partisans du ministère, encensa le*
talents naissants de Fox. Lord North,
chancelier de Téchiquier , récompensa
ses efforts , en le nommant payeur de
la caisse des veuves et des oipbehns,
et successivement l'un des loids de
l'amirauté , puis de la trésorerie. Quoi-
que Fox ne cessât pas jusqu'en 1 77^,
de voter avec les ministres, on remar-
qua , dans plusieurs occasions , que
son caractère franc et ouvert ne lui
permit pas toujours' de sacrifier son.
opinion. Enfin il se ha tout à coup
avec des membres de l'opposition ,
notamment avec Burke, auparavant
son antagoniste , et que depuis i( ap-
pela le plus beau génie de la Grande-
Bretagne, pendant le 18*. siècle. L«
ministre fit à Fox des remontrances,
qui furent mal reçues. La moi t de son
père, arrivée à cette époque (1774)7
semblait favoir rendu toul-à-fait in-
dépendant, relativement à ses Haisous
26..
4o4 FOX
politiques. Dans la disciissiou du bill
pour exempter du serment du ie^f une
certaine classe de citoyens , il annonça,
pour la première fois, cet esprit de
tolérance religieuse auquel il a depuis
toujours e'te' fidèle. S'il oubliait qu'il
e'tait lord de la trésorerie en parlant
d'une manière contraire au vœu de
radrainistration,.le ministre ne l'ou-
blia pas. Sa destitution lui fut annon-
cée par un billet, signé North, qu'on
lui remit au milieu d'une discussion,
dans la chambre même. Il cacha l'émo-
tion que lui causait un coup si sensible,
et traita de lâcheté cette démarche du
ministre, qui eût pu lui répondre que
sa conduite était inconséquente , puis-
(|u*il opinait différemment de ceux
dont il recevait des émoluments. Fox
chercha dans la dissipation une dis-
traction à son chagrin : les excès aux-
quels il se livra, eurent bientôt con-
sumé tout son patrimoine. Mais il ne
perdit pas de vue la carrière politique j
et ce n'est réellement que de cette épo-
que qu'il acquit de la célébrité. Devenu
l'un des champions de l'opposition ,
les sarcasmes plurent incessamment
«ur sa tête : il n'y répondit qu'en fai-
sant cause commune avec Burke et
les plus célèbres orateurs du parti
whig, et surtout en défendant le droit
re'claraé par les colonies américaines
de se taxer elles-mêmes. Lord Cliatara
«tait mort eu soutenant la même cause.
Fox annonça torts les revers qui sur-
Tinrent : a Alexandre-Ie-Grand , di-
» sait-il , n'a pas conquis autant de
» pays que lord North aura eu le
» talent d'en perdre dans une seule
» campagne. » Après cette mémorable
session, Fox fit eu France un voyage,
dont le but cnché était de connaître
les véritables dispositions du cabinet
de Versailles, relativement aux insur-
gés américains. Il trouva que ces dis-
positions e'taieut hostiles envers I'Aq-
FOX
gfeterre; et cette découverte ne fit
qu'ajouter à son esprit d'opposition.
Tant que dura la guerre d'Amérique,
il ne cessa pas de se montrer contraire
à toutes les mesures qui tendaient à
soumettre ce pays par la force des
armes. Sa conduite lui ramena les es-
prits que ses discours en faveur du
ministère lui avaient auparavant alié-
nés; et après un duel que lui attira
une violente sortie contre les déser-
teurs de l'opposition , la passion du
public ne connut plus de bornes : il
avait été légèrement blessé ; une foule
nombreuse se fit écrire chez lui, pour
lui exprimer toute la part que Ton
prenait à son rétablissement. Il profita
ensuite si habilement de toutes les
occasions pour accroître cette popula-
rité , que lors de l'élection générale d«
I -jSo , il fut nommé représentant de
Westminster, en dépit des obstacles
que lui suscitèrent le crédit d'une fa-
mille puissante et l'influence de la
cour. Ce fut à cette époque qu'on l'ap-
pela l'homme du peuple, titre qu'il
mérita par la manière adroite dont il
sut enlever tous les suffrages. Cepen-
dant l'opposition devint si formidable
dans la chambre des communes, que
les ministres crurent devoir céder à
leurs adversaires. Une nouvelle admi-
nistration se forma sous les auspices
du marquis de Kockingham; et Fox
fut nommé secrétaire d'état des affaires
éirangères ( février 1 782 ). Il était
alors le chef des whigs ; ce parti
l'avait élevé au timon des afïàires.
L'administration dont il faisait partie
•fil pendant sa courte durée quelques
opérations qui furent agréables au
peuple. Par un acte du parlement,
tout fournisseur du gouvernement fut
privé du droit de siéger dans la
chambre des communes; les préposés
des douanes et de l'accise perdirent la
faculté de TOler dans les élcciions :
FOX
une politique plus généreuse fut adop-
tée envers l'Irlande. Mais dès le mois
de juillet, la mort subite du marquis de
Roekingham causa la chute des minis-
tres. Le roi, qui pendant Texistence de
ce ministère, s'était regardé comme en
tutelle , éloigna des hommes qui ne
s'étaient rapproches que pour lui faire
supporter des contrariétés. Redevenu
simple particulier, Fox fut alarmé de
la faiblesse de son parti, qui fut alors
abandonné par plusieurs hommes de
talent, entre autres par le célèbre
Pitt, bien jeune alors , et par M. Gren-
ville , aujourd'hui l'homme le plus
distingué de la chambre des pairs.
L'envie de rentrer en place conduisit
Fox à des négociations avec lord North
pour se réunir et attaquer le ministère.
La réputation de droiture defox souf-
frit unéchccquand on le vit se joindre
à l'homme dont il avait si violemment
censuré la conduite. La nouvelle coa-
lition fit passer un vole de censure
contre le ministère, qui se débattit
avec un grand courage, mais qui finit
par succomber. Pitt avait, pour la pre-
mière fois, fait partie de ce ministère.
Fox , de nouveau secrétaire d'élat ,
annonça solennellementqu'il renonçait
à toute €."^pèce de dissipation; mais
le naturel l'emporta bientôt, et six
mois après il avait déjà repris ses
anciennes habitudes. Les traites de
paix définitifs furent conclus par ce
ministère, en 1783, avec toutes les
puissances que l'Angleterre avait eu à
combattre : les préliminaires avaient
été l'ouvrage de lord Shelburne; et
quoique North et Fox les eussent hau-
tement désapprouvés, comme mem-
bres de l'opposition , il n'y fut absolu-
ment rien changé. Cette opposition
entre les discours et les faits nuisit
beaucoup à Fox et à son parti dans
l'opinion publique. On leur reprocha
àe n'être guidés que par l'ambition.
FOX 4o5
Ils avaient la majorité dans la chambre
des communes; mais la voix générale
était contre eux. Enfin le fameux bill
de l'Inde devint l'écueil contre lequel
ils échouèrent. Ce bi!l tendait à mettre
la nomination à tous les emplois dans
la main du ministère, et à l'investir
d'une autorité sans bornes da^is
l'Inde. On a prétendu que c'était-là
son véritable objet, que l'on colorait
du prétexte spécieux de priver la com-
pagnie des Indes de sa charte, pour la .
punir de ses malversations , et pré-
venir sa banqueroute. Le discours
que Fox prononça en cette occasion,
passe pour son chef-d'œirvre , et pour
un modèle d'éloquence et de saine
logique. Le bill , puissamment appuyé
dans la chambre des communes, y
passa malgré les attaques de Pitt et de
Dundas, et les réclamations de la com-
pagnie des Indes. A cette nouvelle, le
roi , effrayé des succès de ses minis-
tres, porta , sur tous leurs actes, un
œil attentif et même jaloux. Il réussit
à faire rejeter le bill par la chambre
haute; il renvoya le ministèie, et, pour
que celui qui lui succédait n'eût pas à
lutter contre la majorité que le pre-
mier s'était assurée, il convoqua UQ
nouveau parlement. Fox avait tant
perdu de sa popularité, qu'il eut beau-
coup de peine à réunir les voix des
électeurs de Westminster. On prétend
même qu'il n'eût pas été élu sans les
sollicitations de quelques dames aussi
distinguées par leur rang que par leur
beaulxî. Ces dames parcoururent la
ville pour lui obtenir des voix. ( f^oj\
Devonshire. ) L'animosité était si
grande contre lui , que l'on contesta
la légalité des votes en sa faveur, et
que la vérification amenée par celte
réclamation , entraîna les nobles de
son parti dans des frais ruineux.
Fox ne tarda pas à recouvrer la faveur
populaire par son opposition aux taxes
4o6 FOX
demandées p.ir le ministère. Des ques-
tions politiques du plus haut intérêt
furent agile'es successivement durant
Jes sessions du parlement de 1784.
Fox luttait contre le ministre, à la tête
d'une opposition puissante. Janiais la
chambre des communes n'avait vu
siéger à la fois , dans son sein, autant
d'hommes éloquents. Un événement
inattendu donna encore plus de déve-
loppement à ces grands talents. Le roi
fut atteint, vers la fin d'octobre i-j 88,
d'une maladie qui ne lui permit plus
de tenir les rênes du gouvernement.
Fox voyageait alors au fond de l'Italie :
à cette nouvelle, il franchit, en neuf
jours, l'espace de 5oo lieues qui sé-
pare Bologne de Londres, et rc-
pirut à la chambre des communes.
Dans les débats qui s'élevèrent sur la
manière de pourvoir à la régence, Fox
et son parti semblèrent avoir changé
de système. II pensa que l'héritier pré-
somptif de la couronne, se trouvant
majeur , était régent de droit; et que
toute mesure tendant à infirmer cette
prérogative , était une usurpation. Les
ministres soutenaient , au contraire ,
que le prince de Galles , malgré ses
droits à la couronne, après la mort
du roi , n'en avait aucun à la ré-
gence. Les débats devinrent très vifs
lorsque l'on vint à discuter sur la
manière de suppléer à la sanction
royale. On n'était pas encore d'accord
sur la question de savoir si la régence
serait illimitée, lorsque la nouvelle du
rélab'issement de la sauté du roi vint
renverser les espérances de Fox, qui
voyait déjà les portes du ministère
ouvertes devant lui par un prince dont
il avait soutenu les droits avec beau-
coup de chaleur. Après celte lutte, qui
enleva à Fox quelques-uns de ses ad-
mirateurs, parce qu'il avait attenté à la
pureté des principes constitutionnels,
â^^llji J^eodre les eaux de Batb^ 49At
FOX
une maladie grave lui avait rendu
l'usage nécessaire. A son retour, il
combattit encore le ministère; et il
parvint quelquefois à lui faire changer
de marche. Il s'opposa surtout , avec
beaucoup de force , en 1 ^go , à des
démonstrations d'hostilités contre l'Es-
pagne et la Russie. L'impératrice Ca-
therine II, qui avait été effrayée des
dangers auxquels sa puissance navale
allait être exposée, fut si contente du
discours de Fox, qu'elle lui demanda
la permission de faire sculpter son
buste en marbre blanc, afin de le pla-
cer entre ceuxdeCicéron et de Déraos-
thène. Lorsque la révolution française
éclata , Fox en prit la défense au
parlement; et cette opinion lui fit
perdre plusieurs de ses anciens amis ,
et notamment Burke, qui eut avec
lui une vive alt( rcalion. ( f^oy. Bur-
ke. ) Rien , dans la vie politique de
Fox, ne lui fui aussi sensible que
cette rupture avec un ami qu'il révéïa
toujours avec une sorte d'iloldtrie. H
ne répondit à son attaque que par des
larmes et des prières; mais Buike re-
poussa toujours, avec emportement,
toute proposition de réconciliation
avec lui. Fox seconda la motion de
M. Wilberforce pour l'abolition de
la traite des nègres; il demanda en-
suite une réforme parlementaire, qui
fut rejetée ; et lors du procès de Louis
XVI, il proposa au parlement de s'en-
tremettre en faveur de ce monarque
infortuné. Les efforts qu'd fit , en
1793, pour s'opposer àla déclaration
de guerre contre la France , furent mal
vus de la chambre entière. Des bruits
scandaleux menaçaient sa popularité
au-dthors; le jeu et les paris aux
courses de chevaux avaient mis ses af-
faires dans l'état le plus déplorable.
Ce fut dans ces tristes circonstances
qu'il écrivit ï Appel aux citoyens de
ffestmimUr f brochure qui offre la
FOX
ii(îèlc image de cette ame forte aux
prises avec le malheur sous toutes ses
formes. Dès le commencement de
1794, Fox saisit l'occasion de se dé-
clarer contre l'opinion des ministres
qu'aucune paix ne pouvait se faire avec
la France, tant que le système qui re'-
gnait dans ce pays continuerait à y
prévaloir; et l'année suivante, ses ad-
versaires lui donnèrent gain de cause,
en faisant annoncer , par le roi , qu'il
était prêt à recevoir les propositions
de paix qu'il plairait au Directoire de
lui offrir. Dans les années qui suivi-
rent , Fox combattit avec véhémence
les mesures que prenait le ministre pour
assurer le repos de l'Angleterre ; et
voyant ses efforts inutiles, il n'assista
plus que très rarement aux séances.
6es partisans en murmurèrent ; et ils
allèrent jusqu'à dire qu'il devait plu-
tôt laisser son siège vacant que de le
retenir pour ne pas l'occuper. Il fut
alors un peu plus assidu , et ne né-
gligea pas une occasion de cultiver
celle popularité, qui , depuis long-
temps , le dédommageait de la priva-
tion du pouvoir. Il s'abandonna donc
alors plus que jamais à l'enthousiasme
que la populace lui témoignait. Le jour
de l'anniversaire de sa naissance , une
réunion immense de whigs se rendit
à une taverne pour le fêter. I^a foule
fut si nombreuse qu'il arriva beaucoup
d'accidents. On tint, dans celle assem-
blée, des discours dont le gouverne-
un nt fut très mécontent ; Fox porta
lui mêmeun toast à sa majestélv ^ivii-
pie souverain. Le roi, à celte nouvelle,
raya de sa main le nom de Fox de
la liste des conseillers privés. Cet ora-
teur se retira alors à la campagne; et
il s'occupait de son histoire de la,
chute des Sluarls, lorsque des ouver-
tures de paix , faites par te^ -gouver-
nement (le France , le ramenèrent
^aps Tarçne politique en î8oq. 11 fut
FOX 407
d'avis qu'on devait accepter sans ba-
lancer ces propositions ; il rappcb ce
qu'il avait dit quelques années aupa-
ravant , et prédit une seconde fois
que Ton traiterait avec le gt)uver-
nement français. Sa prophétie s'ac-
complit également ; mais Pilt , honteux
de revenir sur ses pas, avait quitté le
timon des affaires, quand les prélimi-
naires de la paix furent signés en 1 801 .
Fox approuva le traité d'Amiens , et
partit Tannée suivante pour Paris. Il
fut très bien accueilli dans celle capi-
tale; et le premier consul Buonaparte
lui adressa les discours les plus liât-
leurs , sans réussir à lui inspirer une
haute idée de sa personne. Fox pro-
fila de la permission qui lui fut don-
née de puiser, dans les archives du
gouvernement , les renseignements
dont il avait besoin pour le règne des
monarques anglais dont il écrivait
l'histoire. A peine eut-il quitté la France
que la guerre éclata de nouveau. Une
forte opposition se réunit contre les
ministres. Fox se vit momentanément
à la tête des mécontents du parti de
Pitt ; et l'on crut que ce dernier avait
arrangé, avçcson ancien antagoniste,
le plan d'une administration sous les
auspices de lord Grenville. Ce plan
échoua , dit-on, parce que le roi ne
voulut pasentendie parler de Fox pour
Tadmetlre dans le conseil. A la mort
de Pitt, en 1 806 , Fox rendit un hom-
mage éclatant à rinlégriléetau désin-
téressement de son rival : mais il com-
battit la proposition de lui décerner des
honneurs funèbres; séparant en lui lesv
vertus de l'homme privé âo^ fautes de
l'homme d'état. Cet événement le rap-
pela sur un théaîrc où il avait cons-
tamment regretté de ne plus figurer.
Pendant le peu de temps qu'il occupa
4e ministère des affaires étrangères, il
propos» à la chambre des communes^
de déclarer la guerre à la Prusse , qu^
4o8 FOX
avait envahi l'ëlectorat de Hanovre ,
le plus ancien patrimoine de la maison
rognante; et, en d'autres occasions ,
Ton crut apercevoir que la conduite
de Fox, secrétaire d'état, était diamé-
tralement opposée aux principes qu'il
avait manifestes lorsqu'il cherchait à
capter la faveur populaire. Cepen-
dant, fidèle à son système de faire
la paix avec la Franc/;, il entama
à Paris une négociation , qui sembla
d'abord promettre une issue favo-
rable : elle échoua au moment où ,
succombant à une hydfopisie qui le
tourmentait depuis quelques mois , il
expira le 1 5 septembre 1 806. Sa pa-
trie lui rendit des honneurs extraor-
dinaires, et l'Europe entière lui donna
des regrets ; car elle espérait de lui le
terme de ses malheurs. « L'on est
» encore trop près du temps où Fox
»a vécu, dit un de ses biographes
» anglais, pour pouvoir apprécier son
» mérite comme homme d'état, C'est
» moins par les sentiments qu'il ma-
» nifesta comme chef de l'opposition ,
»,quç, d'après la conduite qu'il tint
» dans le ministère, qu'il convient de
V le juger. On reconnut en lui des
V vues grandes , de l'énergie, une
}) prodigieuse facihté pour le travail,
w et une extrême promptitude à saisir
» et à combiner tous les objets qui lui
•» étaient présentés. Les Anglais lui
V ont reproché d'avoir .toujours mon-
î> tré plus de penchant à faire la paix
V avec les ennemis de leur pays , que
V ne le comportaient l'honneur et l'in-
V térct de leur patrie. » Au reste, s'il
peut y avoir quelques dissentiments
sur la conduite de Fox homme d'état,
il n*y a qu'une voix pour faire l'éloge
de l'orateur. Lorsqu'il prenait part à
une discussion , l'on ne pouv.iil assez
admirer l'art avec lequel il savait ana-
lyser ks arguments les plus comp'i-
«jués, cl resQudic les questions ic§
FOX
plus subtiles rt les plus embatras-
sanles. Véhément par caractère , logi'
cien par essence, il s'étudiait moins à
embellir ses discours par l'agréjuent
d'unedictiou élégante, qu'à leur donner
de la clarté et delà force. La vigueur de
ses raisonnements produisait sur ses
auditeurs l'effet de la foudre. On peut
dire que lorsqu'il ne pouvait convain-
cre , il électrisail , et que , lors même
que l'on ne partageait pas son avis ,
il était impossible de ne pas admirer
les traits éclatants dont brillaient ses
discours. On les a réunis en corps
d'ouvrage , sous ce titre : Discours
du très honorable C. J. Fox , j)ro-
noncés dans la chambre des com-
munes, depuis son entrée au par-
lement en 1768 jusqu'en 1806,
auxquels on a joint une introduc-
tion , des mémoires , etc. , IjOndrcs,
iBi/i, 6 vol. in-8 \ La seule com-
position littéraire que Fox ait pu-
bliée , est sa Lettre aux électeurs de
Westminster. Elle ressemble plutôt
à une harangue politique qu'à un
écrit rédigé dans la solitude cl le si-
lence. Cette lettre parut au-dessous
de la réputation que Fox avait ac-
quise comme orateur : on la trouva
diffuse et dénuée d'élégance. Il passa
les dix dernières années de sa vie à
réunir les matériaux d'un livre que la
mort l'empêcha de terminer ; c'est
ï Histoire des deux derniers rois de
la maison de Stuart , suivie de
pièces originales et justificatives^,
Londres , 1808 , in - 4',; traJ. en
français, avec une notice sur la vie
de l'auteur, Paris, i8f^9, 2 vol.
iiirB". ( i ) Cet ouvrage offre le déve-
loppement d'une grande idée, suivi de
fi) Celte traduction est curieuse par les »up-
grrssions et les mulilations <|ue la censure om-
ra^cusK.dc Buonaparte a f.iit subira r.>rij;inal,
et ijn il paraît avoir lui-même indiquées. On irouye
des échantillons de ces alt<^r.il <>ns dans V.iiiiiual
registeide ib.M). {Aicowit ofbookl, pj^; giijj
FOX
la manière la plus régulière, et exposé
avec un enchaînement de preuves qui
se prêtent un appui mutuel. Fox a
voulu faire le panégyrique de la ré-
volution de 1688 , et il a , en quelque
sorte , dépassé le but ; car il prouve
si complètement tout ce qu'il avance,
qu'il semble quelquefois plutôt rem-
plir le rôle d'avocat que celui de
narrateur. Si ce livre n'est pas aussi
purement écrit qu'un rliéteur pour-
rait le désirer , il est difficile d'en
trouver un plus fortement pensé ,
plus rempli d'arguments positifs, plus
digue , en un mot , d'un homme d'ét.it
et d'un profond observateur. Cet ou-
vrage fut attaqué par M. Rose, mais
victorieusement défendu par Samuel
Heywood dans un vol. in -4". publié
en 181 1. Fox était doué d'un esprit
très vif; on l'a souvent cité pour
SCS réparties piquantes. On ne peut
douter que l'habitude qu'il avait con-
tractée de bonne heure , de penser
et de parler librement , n'ait beau-
coup contribué h lui donner cette fa-
cilité et celte promptitude à s'expri-
mer , qui caractérisaient son talent
oratoire. Peu d'hommes avaient l'es-
prit aussi cultivé. Le peu de vers la-
tins qu'il a laissés, montre combien
il était versé dans cette langue. Le grec
ne lui était pas moins familier. Ses
auteurs de prédilection , dans celte
langue , étaient Homère , Longin ,
Thucydide, et Démoslhène, dont son
talent le. rapprochait si fort. Quand on
réfléchit qu'à tous ces dons il joignait
l'imagination la plus active et la plus
brillante, et un caractère franc, géné-
reux et bon, l'on regrette que des ta-
lents aussi éminents et des qualités aussi
précieuses aient été obscurcis par les
habitudes de la vie privée les plus
condamnables. L'excessive indulgence
de son père avait fait croître dans son
9me le germe des écarts auxqu I5 il
FOX 409
s'abandonna pendant la plus grande
partie de sa vie, et qui nuisirent tant
à sa réputation, à ses intérêts et à
ceux de son parti. Il parut toujours
mépriser l'opinion publique , et ne
prit jamais la peine de cacher ses
vices ni ses faiblesses. Il avait dissipé
son patrimoine du vivant même de
son père , qui paya plusieurs fois
ses dettes, et, en mourant, lui laissa
une somme et des domaines considé-
rables , avec un emploi d'un très
gros revenu en Irlande. Les prodiga-
lités de Fox vinrent à bout de tout
dévOà'-er; et lorsqu'il perdit sa place à
la trésorerie , il ne lui resta plus , pour
subsister, d'.uitre ressource que le jeu.
11 y passait toutes les nuits j et on le
voyait alternativement aller de la
chambre des communes au jeu , et
du jeu à la chambre des communes.
Lorsqu'il occupait des places dans
l'administration , les commis de ses
bureaux étaient souvent obligés de
l'aller chercher dans les maisons de
jeu ; et là , tenant les caries d'une
main , et la plume de l'autre , il don-
nait les signatures qu'on lui deman-
dait. Au reste, les pertes qu'il fit au
jeu n'ôtèrenl jamais rien à sa présence
d'esprit , et il plaisantait le premier
sur ses revers de fortune. Le jeu et
les courses de chevaux avaient telle-
ment dérangé sa fortune, que tous
les whigs , même ceux qui l'avaient,
abandonné, se réunirent, en 179^,
pour lui assurer un revenu de 3,ooo
livres sterling. Lorsque, peu de temps
après, il se fut condamné à la retraite,
sa manière de vivre, réglée et uni-
forme , contrasta entièrement avec
celle qui lui avait été si long-temps
habiiuellc , et qiû , indépendamment
de la perle de la considération pu-
blique , l'avait exposé aux déclama-
tions des écrivains du parti opposé.
Piusiours^ fois on lui imputa des çna-
4io FOX
nœuvrcs auxquelles il était entière-
ment étranger. Dans le procès d'Has-
fings , il fut un des commissaires
cliargés de le poursuivre devant la
cliarabre baulr; et cette fonction l'u-
J)ligeait à paraître en habit habille;
ce qui fît dire à une jeune femme
qu'elle ne voulait assister aux. se'ances
du procès que pour voir Fox avec
dos manchettes. Cet orateur était d'une
taille moyenne : en avançant en âge,
il grossit beaucoup. Ses yeux très vifs
étaient ombrages par des sourcils noirs
très épais ; il avait le nez aquilin et
le visage large. Une barbe iM)ire bien
fournie, et souvent fort longue , lui
couvrait le menton. Ainsi l'on voit que
son portrait offrait aux faiseurs de
caricatures une grande facilité pour
attraper sa ressemblance , surtout eu
opposition avec son rival , le ministre
ritt, qui était maigre et avait la taille
mince et élancée. Le nom de Fox , qui ,
en anglais , signifie renard , prêtait
aussi beaucoup aux allusions. Les des-
sins le représentaient eu entier sous la
forme ou simplement avec la tête de
cet animal. Durant les élections par-
lementaires, ou dans les processions
qui les suivaient , les whigs portaient
à leurs chapeaux des queues de re-
nard , et l'on promenait en cérémonie
] lusieurs de ces animaux empai lés ,
t't placés au bout de longues perches.
D'un autre coté, les ennemis de Fox
))roûtaient de la signification de son
nom , et de celle dn nom de Pitt , qui ,
a une légère différence d'orthographe
près , veut dire une fosse ^ ponr adres-
ser au premier des choses peu flat-
teuses. Lorsque le prince de Galles par-
vint à la régence, il fît placer dans la
salle du conseil le buste de Fox , qu'il
avait constamment honoré de 5on ami-
t,ié. Ot orateur a eu en Angleterre
])lusieurs biographes. 11 avait paru
dès 1785, Londres, ia-8". , uuc
FOX
Histoire de la vie politique et des
services publics , comme orateur
et homme d'état, de C. J. Fox, etc.
B. C. Walpole publia en 1806, Lon-
dres , in- 1 2 , Recotlecûons of the
life y elc, c'est-à-dire, Souvenirs de
la vie d^ Ch. J. Fox ; cet ouvrage
est orné d'un portrait de Fox en
buste, et d'une charmante gravure où
il est représenté, tel «ju'on le vit dans
sa jeunesse, se promenant dans le
parc Saint-James , en habit français
brodé, avec un petit chapeau en soie
sous le bras , des souliers à talons
rouges, et tenant à la main un énorme
bouquet. H. Fell donna, en 1808, ua
Mémoire sur la vie publique de Fox,
I vol. in - 4 '. » p'^'" d'intérêt , mais
oij son enthousiisme pour son héros
l'a rendu injuste à l'égard de ses an-
tagonistes. Des articles nécrologiques
qui parurent , au moment de la mort
de Fox , soit dans les journaux , les
ouvrages périodiques, soit dans d'au-
tres ouvrages anglais, on a forme un
recueil qui a été publié en 1 809 ,
Londres, 2 vol. in-8". , sous le titre
suivanf : Caractères de feu Ch. J.
Fox , choisis et en, partie écrits par
Philopatris Farvicensis : cette indi-
cation pseudonyme cachait , à ce qu'on
prétend, le nom du docteur Parr,
ami de Fox , et qui fut regardé, après
la mort du docteur Johnson , comme
le premier littér »teur vivant de l'An-
gleterre. Ce choix est en général très
bien fait : le a', volume est totalement
rempli p.jr des notes instructives et
intéressantes. Enfin ila p-^ru en 181 1,
Londres, in-8'., des Mémoires sur
les dernières années de Ch. J. Fox,
par Jean-Bernard Trotter, secrétaire
particuMcr de Fox. Ces Mémoires ,
écrits , comme les précédents , avec
toute la partialité do l'amitié, nous ont
paru très précieux , non seulement
par les détails qu'on y trouve s^r l^
FOX
sujet du livre, mais aussi par des fii-
gements sur nombre de personnages
fuueux, français et étrangers, particu-
lièrement à la cour du premier con-
sul de France, il a paru, ii y a quel-
ques mois ( 1 8 1 5 ) , en un vol. in 8 '. ,
une Correspondance de Ch. James
Fox aue$ feu Gilbert Wakefield,
de Vannée i 796 à 1801 , principa-
lement sur des sujets de littérature
classi<fue. On a aussi, Vie politique ,
littéraire et privée de C. J. Fox, trad.
en français, Paris, 1808, un vol.
in-8'\ Lord Hoiland a foit précéder
Touvrage historique de son oncle ,
dont il est l'éditeur, d'une excellente
notice sur sa vie. E — s.
FOX (Charles ), peintre et écri-
vain anglais , naquit à Falmouth eu
1749. Après avoir partagé sa jeu-
nesse entre l'étude du dessin et les
études littéraires , il s'établit libraire
dans son pays natal; mais un incendie
ayant consumé presque tout ce qu'il
possédait, il fut obligé de chercher
des moyens de subsister dans l'exer-
cice de ses talents. Il se livra de pré-
férence à la peinture. Il avait un frère
patron d'un bâtiment marchand , qui
l'emmena avec lui dans un de ses
voyàgcsdans la mer Baltique. Fox par-
courut seul et toujours à pied la Suède,
la Norvège , et une partie de la Russie,
s'arrêfanl pour retracer avec son
crayon les sites sauvages et romanti-
ques qui se présentaient à sa vue; il
perfectionna ainsi le talent qu'il avait
pour le genre du paysage. A son retour
en Angleterre, il donna des preuves
de ce talent dans pluMcurs tableaux
estimés, et il exerça en même temps le
genre plus lucratif du portrait. Avec
un goût prononcé poiu- le caractère et
les ouvrages des Orientaux , et plus
particulièrement des Persans , il ac-
quit une connaissance fort étendue de
leur langue et de leur liltcrature , et
FOX ^^^
forma une collection nombreuse de
manuscrits orientaux. Ce genre d'é-
tude avait naturellement donné à ses
pensées et à son style une couleur
orientale. En 1 797 , il donna au pu-
blic, comme siuiple traduction, un
volume intitulé : Série de poèmes ,
contenant les plaintes , les consola-
tions et les plaisirs d Achmet Arde-
belli, exilé Persan , avec des ?iotes
historiques et explicatives, in-8''. On
a eu lieu de supposer qu'Ardebelli
était purement un être fictif, et que
ses plaintes et ses consolations étaient
entièrement des efifusions de la muse
de Fox. L'imposture a même paru peu
adroite, ea ce que le costume oriental
y est mal observé, et surtout en ce
qu'on y retrouve des pensées et des
passages empruntés à des poètes an-
glais. Cependant l'ouvrage fut favora-
blement accueilli , parce qu'on y re-
marquait de la force dans les pensées ,
de la douceur dans les senJiments,
une grande richesse d'images , et de
l'harmonie dans la versification ; les no-
tes d'ailleurs eu sont instructives. Vers
i8o5, il prépara , pour l'impression,
deux volumes de poésies , qu'il don-
nait également comme traduites du
persan ; mais cet ouvrage , non plus
que beaucoup d'autres qu'il avait com-
posés, ne fut pas imprimé , par i'elïct
de son dégoût pour les relations avec
les libraires. Les détails qui accompa-
gnent la publication d'un livre, lui
paraissaient comme des glaçons qui
arrêtent la verve du poète. Il avait
rédigé une relation de ses voyages ,
qu'il s'est borné à lire à ses amis ; et
c'est peut-être celui de ses écrits qu'on
doit le plus regretter. C'était un hom-
me d'un camclcrc doux et bienfaisant,
et qui se plaisait surtout à encourager
les jeunes littérateurs. Il est mort à
Bath en 1809. X — s.
FOX MORZÏLLO (Sebastien),
4ii FOY
Ï1C « Se ville, vers 1 5^8 , a e'id rais par
r>ailkl au nombre des enfants célè-
bres, sans doute parce qu'il n'avait
que dix-neuf ans quand il publia un
commentaire sur les Topiques de Gi-
cëron. Occupé constamment des ques-
tions les plus difficiles de l'ancienne
philosophie , il commenta à vingt-
cinq ans le Timée et le PhéJon de Pla-
ton ; et deux ans après , en i554 , il
fit paraître à Louvain un traité en
cinq livres sur l'analogie des senti-
ments de Platon et d'Aristole. Boivin
dit que « c'est peut-être ce qu'il y a
» de plus solide et de mieux écrit sur
» cette matière. » Celte opinion n'est
pas celle de tous les critiques ; et il en
est qui ont jugé l'ouvrage de Morzilîo
avec moins de faveur. Boivin, qui pa-
raît avoir étudié avec soin l'histoire
des querelles des platoniciens vt des
péripatéticiens , mérite peut-être plus
de confiance. Au reste , il avoue lui-
niême que Morzilîo n'avait pas traité
ce sujet dans toute son étendue. Cet
ouvrage est dédié à Philippe II. Le
souverain , pour honorer les talents
du jeune philosophe , le nomma pré-
cepteur de son fils, l'infant don Car-
los. Morzilîo périt malheureusement
dans un naufrage, en allant prendre
possession de cette charge. Les bio-
graphes ont placé sa mort en l'année
1 56o. Il n'avait alors que trente-deux
ans. B — ss.
FOY ( Louis -Etienne de ) , prêtre
du diocèse de Bourges , et chanoine de
Meaux, né à Angles , choisit pour ob-
jet de ses études la diplomatie et tout
ce qui a rapport au droit public. Il
mourut , à ce qu'on croit , à Paris , en
1778. Des informations prises à
Meaux, sans succès, n'ont servi qu'à
prouver qu'il n'y était rien reste de
tradifionnel à son égard. On a de lui :
1. Unt traduction du latin des Let-
tres du baron de Buibeck, ambaS'
FOZ
sadeur de Ferdinand II près de So-
liman, avec des notes , 1748, 5 vol.
in- 12. {F. BuSBECK.) C'est un ouvrage
curieux. II. Traité des deux puis-
sances , ou Maximes sur l'abus ,
Paris, 1752 , in-8'. lll. Prospectus
d'une description historique, géo-
graphique et diplomatique de la
France, 1757, in-4'\ IV. Notice
des diplômes , des chartes et des
actes relatifs à l'histoire de France ,
Paris, 1765, in-fol., tom. P'. Cet
important ouvrage avait été commencé
par Secousse. Sainte - Palaye s'était
chargé de le continuer; mais, trop dis-
trait par son glossaire, il ne put s'y
livrer. L'abbé de Foy , qui en fut
chargé après lui, donna plus d'exten-
sion à son plan , ajoutant au titre de
chaque pièce l'analyse de ce qu'elle
contient , et la discussion critique de
son authenticité, lorsqu'elle a été
contestée. Los chartes y sont rangées
par ordre chronologique depuis l'an
25 de J.C. jusqu'au règne de Charles-
le-Chauve, en 841, où se termine ce
premier volume , suivi de quatre tables
qui facilitent les recherches , et indi-
quent les collections où se trouvent en
entier les pièces dont on donne l'ana-
lyse. Il n'y a pas d'apparence que ce
travail soit continué, «l'ouvrage, dit
» Fontctte, n'ayant pas été exécuté
» comme il convenait.» Dans le titre,
l'auteur est qualifié d'abbé de Saiut-
Marlin-de-Sécz et de la Garde- Dieu.
L- Y.
FOY-VAILLANT. V. Vaillant.
FOZIO (JosEPu), en latin Fotius^
jésuite, né à Reggio, dans la Caiabrc,
en 1606 , après avoir tenniué ses
études , fut admis au collège de la
société à Rome , et y professa succes-
sivement la rhétorique , la philoso-
phie et la théologie, pendant plusieurs
années. 11 se livra ensuite à la pré-
dicaliou , cl parut dans les principales
FRA
chaires de Rome , mais sans rien ajou-
ter à sa re'pulation. Il fut nomme, sur
la fin de sa vie, vice- recteur de la
maison professe, et mourut, dans
Texercice de cet emploi, vers 1676.
On a du P. Fozio : Informatio pro
ven. servo Dei Ignatio Azehedo et
sociis in odiumjidei interjectis ab
hœreticis , Rome, i664, in-4°' Ha,
en outre , traduit en italien la Fie de
S. François de Sales , par le cardinal
Franciotli (i ), Rome, 1662 , in-8° ;
X Histoire sainte ^ du P. Nicol. Talon,
Bologne, 1649, in-12; et plusieurs
autres ouvrages, la plupart ascétiques,
dont on trouvera la liste dans la Bi'
hliothèque du P. Sotwel. W — s.
FRAGANTIA^US ( Antoine), mé-
decin d'une grande érudition , naquit
à Vicence, à la fin du i5*. ou vers le
commencement du i6^ siècle. Il fut
d'abord professeur à la faculté de Bolo-
gne ; puis , en 1 563 , à celle de Padoue :
il remplit dans cette dernière la chaire
de clinique , avec un éclat qui mit le
sceau à sa réputation et fonda la gloire
de cette université. Fracantianus fut
un des premiers savants qui s'appli-
quèrent à l'étude désaffections syphi-
litiques apportées en Europe, à la fin
du i5*. siècle, par les compagnons de
Christophe Colomb. Cet habile prati-
cien n'eut pourtant pas le mérite de
trouver l'antidote qui était l'objet des
recherches de tous les médecins éclai-
rés de ce temps. Au contraire , il parta-
gea d'abord les erreurs de Fallope, de
Fernel et de plusieurs autres célèbres
coMtemporains, au sujet des frictions
mercurielles, introduiles dans le trai-
tement de la syphilis, par l'immortel
Béreuger de Carpi; Fracantianus s'é-
leva fortement contre ce moyen pré-
cieux : mais lorsque l'expérience lui
eut démontré Tiusuffisance des autres
(1) Marc-Antoine Franciotti , évéque de Luc-
t^Ki , r«it.cju-dmai ca i(>34 > mort en itkiJ.
FRA 4i3
procédés contre un mal funeste dont
les progrès , toujours croissants , me-
naçaient les générations futures , il
reconnut l'injustice de ses préventions,
en fit l'aveu formel, et adopta l'emploi
des frictions mercurielles , comme le
moyen le plus efficace pour la guérisoii
radicale de cette maladie. Fracantianus
mourut à Padoue en i SGg. Nous avons
de lui : I. De morbo gallico liber,
Padoue , 1 564 , in-4''. Ce livre a eu
diverses éditions. Malgré les déclama-
tions de l'auteur contre l'usage dos fric-
tions mercurielles , son ouvrage est
d'une lecture souvent instructive, et
contient des faits intéressants. II. Con-
silia medica , Francfort, in-folio.
III. Lectionçs practicœ , Ùlm, in-S".
Ou a joint à ce livre les Conseils de
médecine de G. J. Velschius. F — a,
FRACASSATI ou FRAGASSATO
(Charles), médecin italien du 1 7 e. siè-
cle, exerça et professa successivement à
Bologne et à Pise. Bien que ses écrits
soient peu nombreux, et composés
seulement de quelques feuillets , ils
méritent cependant d'être signalés,
parce qu'on y trouve des descriptions
exactes, et même parfois des idées
neuves : I. Prœlectio medica in
aphorismos Hippocratis , Bologne,
1 659,in-4°. II. Dissertatio episloUca,
responsoria de cerebro. lïl. Exer-
citatio episloUca de lin^ud, ad Jo-
hannem Alphonsum Borellium. Ces
deux lettres, dont la première esl
adressée à Malpighi, sont insérées
parmi celles de ce professeur illustre,
collègue et ami de l'auteur, Bologne,
i665 , in-i2 , ainsi que dans T«
tome second de la Bibliolheca ana-
tomica de Leclerc et Manget, Ge-
nève, 1699, in-fol. Fracassât! est
surtout rccommandable par les injec-
tions diversement colorées qu'il a pra-
tiquées dans les canaux les plus dé-
lies. Il combat le svstème de WiUis
4i4 FRA
sur la diffërcnce des fonctions dépar-
ties aux nerfs du cervenu et à ceux du
cervelet; il prétend avoir découvert le
cina! de la vessie natatoire des pois-
sons; il donne des de'tails sur la struc-
ture de la langue du vean et du cîiien ;
î! décrit les papilles qui revêtent cet
organe musculeux, et dont la langue
des poissons est, selon lui, dépour-
vue. Fracassât! a publié en outre Té-
loge funèbre de B^rthelenii Massario,
dont il avait été le disciple. C.
FRACASTOK (Jérôme), l'un des
plus savants hommes de son temps,
naquit à Vérone, en ^^S'5, d'une
famille noble et ancienne. Lorsqu'd
vint au monde , ses lèvres étaient for-
tement collées , excepté dans leur mi-
lieu , où l'on apercevait une petiîc
ouverture; il f^liut qu'un chirurgien
employât l'instrument trancliant pour
détruire cette adhérence. Fr^casfor
était en très bas âge, lorsqu'un jour
sa mère, qui le portail dans les bras
pendant un violent orage, fut écrasée
d'un coup de foudre , sans que l'enfant
en fût incomnjodé. Il répondit parfai-
tement à la brillante éducation que
lui donna son père. Envoyé à Padoue,
le jeune Fracastor se livra à l'étude
avec une grande ardeur, spéciale-
ment à celle dos sciences mathémati-
ques. Après avoir donné plusieurs an-
nées à la philosophie sous le célèbre
Pomponace,il se sentit entraîné vers
la médecine, où il fit, en peu de
temps, des progrès qui étonnèrent
ses maîtres et ses condisciples. A l'âge
de dix-neuf ans, il était professeur de
logique à Padoue : mais les malheurs
de la guerre ayant interrompu les
exercices de l'enseignement dans cette
Tille , Fracastor se préparait à retour-
ner dans sa patrie , où son père ve-
nait de mourir , lorsque le général des
troupes vénitiennes, Alviano, homme
Uhcral et proleclcur des belles lettre»,
FRÀ
Hii fit donner , à des conditions Irèi
honorables, une place de professeur
dans l'université nouvellement fondée
à Pordenone , ville du Frioul. Là ,
Fracastor put se hvrer pendant quel-
que temps à son goût pour la poésie j
et bientôt la publication de son poème
de Sjrphilitide étendit sa réputation
dans toute l'Italie. Alviano ayant été
fait prisonnier par les Français vain-
queurs à Gbieradadda , Fracastor ne
rentra dans sa patrie qu'après qu'elle
eutété dévastée par toutes leshorreurs
de \a guerre. Rendu dès-lors à une
vie plus tranquille, il se retira dans
une maison de campagne auprès de
Vérone; il y donnait des consulta-
tions aux malades tant étrangers qu'in-
digènes qui affluaient chez lui , et il
s'occupait en même temps de la com-
position de ses ouvrages. Devenu ar-
chiâlredu pape Paul llï, il ne sortit
de sa retraite que pour aller àïrente,
en qualité de premier médecin du fa-
meux concile qui s'y tenait. On rap-
porte même que ce fut lui qui contri-
bua à faire transférer à Bologne le
siège de cette assemblée , en avertis-
sant les pères qui la composaient du
danger de contracter la maladie con-
tagieuse qui régnait alors (en i547 )
dans la viKe de Trente. Fracastor
charmait ses loisirs par la lecture des
anciens : Plutaïque et Polybe étaient
ses auteurs favoris. La musique avait
aussi pour lui beaucoup d'attrait ; et
c'est avec cet art agréable qu'il se dé-
lassait de se% études mathématiques.
Il parlait très peu, et méditait beau-
coup; aussi p-issait-il pour un homme
triste et austère. Cependant , lorsqu'il
se trouvait dans la société de ses amis ,
son front se déridait, sa conversation
s'animait, devenait pleine de gaîté,
et était semée de railleries fines et
piquantes. Fracastor mourut le 8 août
i555, à l'âge de soixante-onze ans.
On rapporte que Tapoplexic fatale
dont il se sentit frappe lui ;jyaut oté
l'usage de la parole , il fit signe qu'on
lui appliquât tout de suite des ven-
touses sur la tête; mais que son in-
tention n'ayant point été comprise par
ses domestiques, il expira en peu
d'heures. Ses dépouilles mortelles fu-
rent transportées à Vérone, el inhu-
mées dans l'église de Sainte- Euphé-
mie. Presque tous les poêles du temps
jelèrent des fleurs sur sa tombe. Son
ami , J. B. Ramusio, qui devait à
Fracastor l'idée et une partie des ma-
tériaux de son utile Collection de
Voyages maritimes , lui fit élever , à
Padoue, une statue de bronze. Deux
ans après, les habitants de Vérone,
à l'exemple de leurs ancêtres , qui
avaient érige une stalue de marbre à
Catulle et à Pline pour honorer leur
mémoire, consacrèrent un semblable
monument public à celle d'un compa-
triote qui avait excellé tout à la fuis
dans la philosophie , l'astronomie, la
médecine et la poésie. Fracastor était
en correspondance avec la plupart des
hommes illustres de son temps. Jules-
César Scaliijjer avait une telle admi-
ration pour le talent poétique de Fra-
castor, qu'il composa, en son hon-
neur, un poème iulitulé, Arœ Fra-
castoreœ. Voici les productions de ce
savant médecin : I. Sjphilidis, sive
morbi gallicilibri treSj Vérone, 1 55o,
in-4''.; Paris, i53i et i559, in-B°.
etin-i6; Baie, i556,in-8".; Lyon,
l547, in-i2; Anvers, 1 56*2 et i6i i,
in-8'.; Londres , i 720, in-4".; ^74^,
in-8'.; Padoue, 1744» in 8<^.; tra-
duit en français, avec des notes , par
Macquer et Lacombe , Paris, 1 753,
in-i'2; en italien, par Ant.Tirabosco,
Vérone, 1769, in-4''.; P^r Pierre
Belli, Naples, 1751 , iu-B*".; et enfin,
par Sébastien de gli Aiitoui, Bolo-
gne, 1758, iû^""- C'est surtout cet
FRA 4i5
ouvrage qui a rendu immortel le nom
de Fracastor : il le dédia à Pierre
Benibo, son ami particuHer , alors se-
crétaire du pape Léon X , et depuis
cardinal. Dans ce poème, composé
sur un fléau qui menaçait de détruire
le genre humain dans sa source, Fra-
castor rej'tte l'opinion commune,
qui fait venir la syphilis de l'Améri-
que :ii prétend que cette maladie n'est
point nouvelle; qu'elle a régné dans
1(S siècles de l'antiquité; qu'elle pro-
vient de la corruption de l'atmosphèro,
d'où naissent mille autres pestes fa-
tales aux animaux et aux végétaux
comme aux hommes; et qu'enfin elle
a été propagée en It.ilie par la guerre
des Français. Il recommande de la
combattre avec le mercure ,%dont il
célèbre la précieuse découverte par
une fiction pleine de charmes : il ré-
pand le même intérêt sur la conquête
du gaïac , el sur les propriétés salu-
taires de ce végétal. C'est au jeune et
malheureux héi os de l'épisode qui lui
sert pour consacrer celte seconde dé-
couverte, qu'il donne le nom de Sy-
philis ; et ce nom lui a fourni le litre
du poème entier, titre qui est deveuji
par suite la dénomination de la maladie
dont l'iiimable Syphilis est guéri (1).
On s'apeiçoit que Fracastor était pro-
fondément nourri de la lecture des an-
ciens poètes, et qu'il les a souvent imités
avec un goût exquis : aussi plusieurs
critiques ont-ils comparé la Syphilis
aux Géorgiqucs do Virgile, pour la
richesse delà versification , la noblesse
des pensées , l'élégance du style , la
vivacité des images. Sannazar, contem-
porain de Fracastor, après avoir lu ce
poème , le mettait au-dessus du siea
(i) Le mal décrit dana ce poème e«t affreux,
mais n'a rien de honteur. , parca qu'il ne suppose
aucune immoralité , aucun usage liccn -ieux de»
plaisirs de l'amour, ni même -u< ur. ? influence d#
ces plaisirs. Vénus est à peine noTimée dans 1«
poème. Ce n'est pas de son courrou ; qpj Syphili»
e»t TÎctimc, nais du courfcus 4' Apollon.
4i6 FRA
propre , De partu Fir^inis , auquel
il avait travailic pmdaiil vingt ans.
Ce qui choque dans l'ouvrage de San-
nazar, c'est une raoustrueuse asso-
ciation des augustes mystères de la foi
chreîienne avec les fables du paga-
nisme : on n'observe rien de sembla-
ble diDS le poème de Fracaslor, qui
a eu le bon esprit de ne mettre en
scène que des personnages de la fabu-
leuse antiquité. Haller , ordinairement
si exact et si judicieux, semble n'avoir
pas lu, ou avoir juge sur parole cette
production du médecin véronais ,
lorsqu'il lui prête un style lâche et
des fautes de quantité; lorsqu'il ac-
cuse l'auteur d'avoir plus souvent co-
pié qu'imité les anciens; et, enfin,
îorsqu'iyui fait le reproche qu'a si
justeraciu encouru Sannazar, mais
dont nous avons en vain cherché le
motif dans la lecture attentive du texte
latin de Fracastor : nouvelle preuve
du danger de s'en rapporter aveuglé-
ment au jugement des autorités même
les plus imposantes. II. De vini tem-
peralurd , Venise , 1 554 •> in-4°« t)ans
cet opuscule , reiatif aux propriétés
du vin, Fracastor disseile subtilement
et assez longuement, sur les quatre
quahtés élémentaires, le chaud, le
froid , le sec et l'humide : on croirait
lire un chapitre de Galien, qui traite-
rait le même sujet. IIÏ. flomoceritri-
coriim , sive de stellis liber unus ;
De caiisis criticoruni dierum libel-
las j Venise, i555, i"-4"'; ï538,
in-é". Cet ouvrage, dédié à Paul III,
se com[)Ose de deux parties bien dis-
tinctes : la première , purement astro-
nomique, a pour objet d'expliquer Je
système planétaire, par des cercles
ou mouvement!) homocentriques, subs-
titués aux cxceu niques et aux épicy-
cles. Fracastor crut, par ce moyen,
jeter un nouveau jour sur toute l'as-
tronomie : mais sa méthode ne pou-
FRÂ
vaît réussir , parce qu'il était dé-
pourvu d'observations, j)Our l'exac-
titude desquelles on n'avait point en-
core inventé les instruments néces-
saires : il avait pourtant entrevu le
télescope, en imaginant de placer i'nn
sur l'au'TC deux verres à lunettes,
pour observer le cours des astres. La
seconde partie est relative aux jours
critiques dans les maladies. Quoiqu'il
rejette l'influence de la lune sur la déter-
mination de ces jours , sa doctrine se
ressent des préjugés et des subtilités
scholastiques de l'époque oii il vivait.
IV. De sympalldd et antipathid
rerum liber unus ; De contagioni-
bus et contagiosis morbis , et eorum
curaiioiie, libri 1res ^ Venise, i546,
in-4°.; lyon, i55o, i554,in-i6et
in-S". De ces deux ouvrages publiés
ensemble, et dédiés au cardinal Alex.
Farnèse, l'un traite de la sympathie
des éléments , de l'attraction et de la
répulsion réciproques des corps , sui-
vant que les principes qui entrent
dans leur composition sont analogues
ou contraires ; il traite, en outre, des
sympathies et des antipathies de l'arae
et des sens , lesquelles ont pour pro-
duit la joie, la tristesse, la crainte,
le délire, l'admiration, la colère, le
ris , la pudeur , etc. : l'autre concerne
les maladies contagieuses , et spécia-
lement la variole , la peste, la suette,
la fièvre pétécliiale, la rage, le mal
vénérien , et diverses affections de la
peau. Fracastor n'admet point les pro-
priétés occultes comme cause des con-
tagions qui se font à distance; il attri-
bue ces dernières à l'action d'eflîuves
invisibles, qui se portent d'un corps
sur un autre. Il est le premier qui ait
parlé de la phthisie devenue conta-
gieuse pnr l'usage des objets qui
avaient appartenu aux malades : il
croit que c'est surtout a près les grandes
inondations el les tavages occasion-
FRA
r\is par des nuëcs de sauterelles , que
les contagions se développent; il pa-
raît, du reste, confondre celles-ci avec
les épidémies. Outre son poème de la
Syphilis^ Fracastor en avait composé
iHi , intitulé Joseph , que la mort
Tempêclia de terminer , et dont on ne
possède que les deux premiers livres :
il y chante les vertus et les hauts faits
du fils de Jacob. Noms avons encore
de Fracastor un livre de Poésies la-
tines , sur divers sujets , adressées à
plusieurs personnages distingués de
son temps. Toutes ces productions
poétiques ont été réunies et imprimées
à Padoue, en 1728, in-8''. Les œu-
vres complètes de Fracastor parurent
pour la première fois ensemble sous
ce titre : Hieronymi Fracastorii Ve-
ronensis opéra omnia , in uniim
proxitnèpost illiits ?nortem collecta;
accesseriint Andreœ Naugerii pa-
tricii Feneti orationes duœ, carmina-
quenonnulla. V^enetiis apudjuntas,
i555, in-4°. Dnis ce recueil se trou-
vent comprises, outre les pièces déjà
indiquées, les trois suivantes qui pa-
raissaient pour la première fois : Nau-
gerius , swe de poëticd dialogus ;
Turrius, sive de intellectione dia-
logus , libri II. C'est pour témoigner
son estime à ses amis André Nuva-
gero et les trois frères Turriani , que
Fracastor intitula ainsi ces dialogues :
Fracastorius , sive de anima dialo-
gus ; ouvrage commencé pendant la
vieillesse de l'auteur, et qu'il ne put
achever. Ce recueil fut réimprimé,
Venise, 1574, i584,in-4°.; Lyon,
iSgi , 1 vol. in-8".; Montpellier,
1622, idem; Genève, 1621, 1O57 ,
1671 , in-8'. Le joli poème intitulé,
Alcon sive de cura canum venati-
corum , que de bons critiques regar-
dent comme peu inférieur à la Syphilis ,
n'a été réuni aux autres ouvrages de
Fracastor que dans les éditions de ses
XV.
FRA 417
œuvres postérieures au 16^. siècle (t);
mais on le trouve déjà dans le tora. H
des Carmina illustrium poëtarum
italorum ( par Math. Toscano, «376,
in- 1(1), et Bigault l'a inséré dans les
Rei accipitrariœ scriptores , Paris ,
1612, in-4". Les poésies de Fracas-
tor ont été souvent recueillies avec
celles des plus élégants poètes latins
du i6\ siècle, Cotta, Bonfadio, Fu-
ma no , le comte d'Arco ; et les deux
plus belles éditions sont celles de
Padoue , Gomino , données par les
frères Voipi , 1 7 1 8 , in-8 '. , et 1 769 ,
in 4'* Cette dernière contient, outre
plusieurs augmentations remarqua-
bles , une nouvelle traduction de la
Syphilis en vers italiens , par Vincent
Benini de Cologne ; elle est non seu-
lement préférable à toutes K-s précé-
dentes, mais comparée, par !< s meil-
leurs critique-^ . lUX traductions en
vers les plus estimé s, telles que celles
du Caro, du Marchetti, et du Bcnti-
voglio. Ou en a tiré à part uu cer-
tain nombre d'exempl lires in -4". ,
qui sont devenus extiêm^ment rares.
Fracastor s'était aussi beaucoup li-
vré à la recherche des propriétés des
substances médicanieuleuses : c'est à
lui que l'on doit le diascordium,
composition encore utile, et fréquem-
ment employée de nos jours. Fréd.
Otto Menken a écrit, en latin, un
Commentaire sur la vie et les ou-
vrages de FraCiStor , Leipzig , 1731,
in-4"- G — ÉelR — D — N.
FRAGHET ( Gérard de ), en latin
de FrachetOy dominicain, né à Cha-
luz près de Limoges , au commen-
cement du '1 5 . siècle, mérita d'être
choisi par Humbert, supérieur-général
(t) Il paraît qae ce petit poème n'a jamais été
imprimé séparément; l'édition de Genève, 1637 ,
in-S". . que cite Simler , dins son Epilome de
Gesner , comprend tous les ouv,<tji<^s <le Frac^istor.
Lallemant rend un compte fort détaillé de V^iU
ton dau» U Bibliath. det TAéreiUicogr,
27
4i8 FRA
de l'ordre , pour en lëdiger rhisloire
sur les mate'riaux qui lui seraient
fournis. Gérard présenta son travail au
chapitre tenu à Montpellier en 1260,
et eut la satisfaction de le voir a pprouve'
de tous ses confrères. Cette histoire ,
après être demeurée ensevelie , pen-
dant près de quatre siècles , dans la
poussière des bibliothèques , a enfin
élé publiée avec quelques additions ,
sous ce titre : Vitœ fratrum ordinis
vrœdicatorum ., Douai , 1 6 1 9 ,jBt Va-
lence en Espagne, 1657, in-4°. On at-
tribue au même religieux le Chronicon
Zemoincum, ainsi nommé, soit parce
que Tauteur était limousin , soit parce
que les affaires de cette province y sont
traitées avec plus d'étendue que les
autres. Il en existe des manuscrits en
France et an Italie ; mais la plupart
diffèrent par quelques endroits. C'est
«ne compilation des chroniques d'Eu-
sèbe, de S. Jérôme , de Bède, d'Adon,
de Sigebert ; mais elle est inféresr
santé par les détails qu'on y trouve
sur les événements arrivés en France
â l'époque où l'auteur écrivait. Dom
JBouqueten a inséré des extraits dans
son Recueil des Historiens de Fran-
ce. Gérard mourut le 5 octobre 1271,
au couvent de son ordre, à Limoges;
il en était prieur , et il l'avait éfé des
couvents de Marseille et de Mont-
pellier. W — s.
FRACHETTA (Jérôme), publicisle
italien, né à Rovigo, vers i56o, fut
d'abord attaché au cardinal d'Esté, en
qualité de secrétaire. Ce prélat le fit
admettre à l'académie des Incitatif
qu'il venait de fonder dans le but de
ranimer l'élude desanciens j mais cette
société ayant cessé d'exister à la mort
de son illustre protecteur , Frachelta
abandonna la littérature, et tourna
toutes ses vues vers la politique. H se
fit connaître avautageusementdel'am-
hâssadeur d'Espagne à Rome, qui le
FRA
chargea de plusieurs commissions dé-
licates,dont il s'acquitta avec beaucoup
de succès. Son zèle ne fut pas toujours
accompagné d'assez de prudence; car
il se fit de puissants ennemis, et, pour
se soustraire à leur ressentiment , il
fut obligé de s'enfuir à Naples , où il
continua de recevoir une pension de
l'Espagne. H mourut en celte ville ,
vers 1620, après avoir publié les ou-
vrages suivants : I. Dialogo delfuror
poëtico , Padoue , 1 58i , in-4°. Cest
une imitation du discours de François
Patrice : Diversilà de furori poëtici,
II. Spozitione soprà una canzone
di Guido Cavalca?iti,\emsej 1 585,
in-4"« Ilï« Breye spozitione ditutta
V opéra di Lucrezio , nella quale si
disamina la dottrina di Epicuro *
si mostra in che sia conforme col
vero e conglinsegnamefiti di Aris-
totele , e in che différente ^ Venise,
1 589 , in-4**. Ce n'est pas , comme
l'ont dit plusieurs dictionnaires , une
traduction du poème de Lucrèce; c'en
est nue paraphrase, avec des éclaircis-
sements sur les passages qui présen-
tent quelque obscurité. Les notes de
Frachelta sont estimées. ^V. Deux
Discours en italien, adressés àSigis-
moud Battori , prince de Transsilva-
nie, l'un le 3o septembre, l'autre le
25 novembre i595. V. Il principe,
Venise, 1 699, in-8\ VI. Videa del
libro di governi di stato e di guerra^
ibid. , 1 592 , in-8''. C'e^t le plan et
l'idée générale de l'ouvrage suivant*:
\ IL Seminaîio del libro di governi
di stato e diguerra^ ibid., 161 5,
1 625 , in-fol. ; 1647, in-4"'î G^"P*»
1648 , in-4"» On a réimprimé le
Prince a la suite des deux dernières
cdiûons.WW. Dellaragione di stato ,
Urbin , i623, in'4". C'est le principal
ouvrage de Frachelta. Siruvius dit
qu'il y montre une grande force d'es-
prit et beaucoup de jugement : il a élé
f ti-aduit en allemand , Francfort, i G8 r ,
in-8°. On a encore de Frachetta une
traduction, en italien, des Commen-
taires de François Vcrdergo , louchant
son administration de la province de
Frise, Naples , 1 6o5 , in-8". W— s.
FR A-DIAVOLO, ou Frère Diable,
célèbre chef des insurge's calabrois , ne
à Itri , de parents pauvres. Michel
Pozza , c'e'tait son nom, apprit d'abord
le métier de fabricant de bas , et ne
tarda pas à se livrer aux crimes qui
l'ont rendu depuis si célèbre. Réuni à
une troupe de brigands répandue dans
les Calabres, il devint bientôt lenr
chef, et fut long-temps la terreur des
voyageurs et l'effroi des villageois. Des
mesures de rigueur furent prises con-
tre lui par l'ancien gouvernement na-
politain, et sa tête fut mise à prix. En
1 799 , lorsque le cardinal Ruffo fit
évacuer le royaume de Naples aux
Français, il employa tout ce qui se
présenta pour servir sa cause ; et Fra-
Diavolo, qui n'avait pas été des der-
niers à manifester son dévouement,
reçut , avec le pardon du passé , un
brevet de colonel , ou de chef de masse.
Depuis lors il sembla devenir un autre
homme , s'occupa exclusivement à
former sa troupe, et fit la campagne
de Rome avec l'armée napolitaine. Sa
haine pour les Français le porta à
commettre des actes de cruauté qui
rappelèrent son ancien état. Les habi-
tants de Frascati surtout eurent à se
plaindre de sa conduite. Il obtint peu
après une pension de 36oo ducats, et
une ferme provenant des chartreux
de Saint-Martin. Après la conquête dé-
finitive du royaume de Naples par
Buouaparte , et l'avènement au trône
de Joseph , Fra-Diavolo fut chargé de
réunir le reste de ses camarade^ , et
se retira à Gaëte. Le prince de Hesse-
Philipsthal,qui en était gouverneur,
l'en fitdbasscr, comme fauteur de
FRA 419
désordres commis dans la ville. Il se
rendit de nouveau en Calabre j mais
détesté par les autres chefs de masse,
il fut obligé d'en sortir , et se rendit à
Palerme, où il eut bientôt connaissance
du plan de soulèvement organisé par
le Commodore Sydney Smith , sous
les auspices de la reine. 11 partit avec
cet Anglais , rassembla quelques-uns
de ses soldats vers le Cilento , passa
dans l'île deCapri, et de là dans toutes
celles qui l'environnent, et y fomenta
l'esprit d'insurrection qui y existait
déjà. Après avoir recruté sa troupe
de tout ce qu'il trouva d'hommes pro-
pres à un coup de main, il débarqua à
Sperlonga, et marqua sa route par des
incendies, des vols et des assassinats ; il
ouvrit aussi les prisons aux criminels ,
et employa enfin tous les moyens pos-
sibles pour résister aux Français, qui
s*avançaient afin de !e combattre. Atta-
qué par eux bientôt après , il se dé-
fendit comme un lion , échappa d'abord
aux poursuites de ses ennemis , et fut
enfin arrêté à Saint-Severin , par la
trahison 'd'un paysan chez lequel il
s'était réfugié, et conduit à Naples le
6 novembre 1806. S'il faut en croire
les journaux français, il montra beau-
coup depusillanimitépcndant la courte
instruction de son procès, et se livra
à des reproches contre la princesse et
l'oflicier anglais, qu'il accusait d'avoir
causé sa perte. Mis en jugement le
10 novembre devant le tribunal ex-
traordmaire institué pour juger les
rebelles , il y fut défendu par un ha-
bile avocat , qu'il avait choisi lui-
même , et n'eu fut pas moins con-
damné, tout d'une voix, à être pendu.
11 fut exécuté à deux heures sur la
place du marché > en présence d'une
foule immense. Z.
FRAGONARD( Nicolas), peintre
d'histoire , mort à Paris le 22 août
1806, âgé de 74 ans, quitta fort
.;..
4ao FRA
jeune le notaire chez lequel son père
l'avait place', pour suiyrc les écoles
de dessin. Parvenu par son travail à la
réputation d'homme distingué , il ai-
mait à raconter comment il s'élait
formé de lui-même, et rapportait
assez plaisamment , dans le cours de
sa narration , que la nature , en le
poussant à la vie, lui avait dit avec
malice : Tire -toi d'affaire comme
tu pourras. En effet , il mit à profit
la leçon. Elève de François Boucher,
Fragonard adopta les pi incipi s de son
maîlre; mais guidé encore plus par
ses dispositions naturelles que par les
leçons du peintre, il se forma néan-
moins un genre à lui. Gomme Bou-
cher, il mil trop d'affectation dans la
disiril'Ution de ses groupes ,61 dans
l'expression des figures qu'il repré-
sentait j mais ses compositions sont
mieux raisonnées , plus nobles et plus
poétiques. Fragonard remporta le
grand prix de peinture , et partit
pour Rome. La superbe Italie, où
résidaient les chefs-d'œuvre de l'anti-
quité , ainsi que les plus belles pein-
tures des temps modernes, loin d'aug-
menter en lui le goût du travail, et
de lui inspirer le désir de rectifier son
talent , produisit l'effet contraire ; car
il convenait qu'à son arrivée à Rome,
les peintures de nos maîtres les plus
célèbres lui avaient paru tristes, mo-
notones , et qu'elles l'avaient entière-
ment découragé. L'énergie de Michel-
Ange m'effrayait , disait-il; j'éprouvais
un senlimeut que je ne pouvais rendre;
cil voyant les beautés de Raphaël, j'étais
emu jusqu'aux larmes, et le crayon
me tombait des mains; enfin , je restai
quelques mois dans un étal d'indo-
lence que je n'étais pas le maître de sur-
monter, lorsque je m'attachai à l'étude
des peintres qui me donnaient l'espé-
rance de rivaliser un jour avec eux :
c'est ainsi que Ba roche , Piètre de
FRA
Cortone, Solimène et Tiépolo fixèrent
mon attention. A son relour de Rome,
Fragonard entreprit pour sa réception
à l'académie , un tableau représentant
Corésus et Callirhoé. Dans cette heu-
reuse disposition , l'artiste veut se sur-
passer : il s'enferme dans son atelier,
où , profondément pénétré de cette
idée, il exécute un tableau dans k-
quel on admirait une belle ordon-
nance , et des effets de lumière , non
seulement piqudots, mais encore di-
rigés avec adresse. L'ouvrage eut un
grand succès , et fut agréé avec dis-
tinction par les académiciens. Il peignit
de suite la Fisiiailon de la Vierge,
pour le duc de Gramont. Cependant,
Fragonard s'aperçut bientôt de la fai-
blesse de ses études; il smtit com-
bien il lui serait difilcile d'occuper la
première place, s'il consacrait unique-
ment ses pinceaux à la représentation
des grands sujets d'histoire : il s'a-
donna au genre erotique , dans lequel
il réussit parfaitement. Sacrifiant ainsi
la gloire au plaisir et au badinage ,
Fragonard fut un peintre à la mode.
Ses petits tableaux et ses dessins
lavés au bistre , si remarquables par
des pensées neuves et ingénieuses ,
étaient enlevés dès qu'ils voyaient le
jour. Les amateurs se disputaient à
l'envi ces productions frivoles; et on
les voyait continuellement, dans l'ate-
lier du peintre, le presser de dessiner
devant eux des scènes qui charmaient
tout le monde. Ce fut dans le temps
de cette grande vogue, qu'il fit pa-
raître son tableau de la Fontaine
d'amour ; celui du Sacrifice de la.
rose , et du Serment d'amour. Il
peignit , pour le marquis de Vcrri ,
un tableau dans la manière de Rem-
brandt, représentant V Adoration des
Bergers; et comme l'amateur lui en
demandait un second pour servir de
pendant au premier, l'artiste, croyant
FRA
faire preuve de ge'nic, par un contraste
bizirre, lui fit un tableau libre et rem-
pli de passion, connu sous le nom de
Verrou. On ne peut se dissimuler que
les compositions liceucieusesde ce pein-
tre n'aient souvent effarouche la vertu
et alarmé la pudeur. Sous ce rapport
on dira : Fragonard est coupable, et
l'on ne saurait approuver, même en
admirant le peintre , le génie dont le
résultat allume des passions dange-
reuses, et tend à la corruption des
mœurs. Les épigramraes d'un peintre
valent quelquefois celles d'un poète.
En 1773, Fragonard fut charge' de
peindre le salon de M^^". Guimard :
«lie fut représentée en Terpsicliore,
avec tous les attributs qui pouvaient la
caractériser de la manière la plus sé-
dwisante. On raconte que les tableaux
n'étaient pas encore terminés , lors-
qu'on ne sait pourquoi elle se brouilla
avec son peintre, et en choisit un
autre. Fragonard, curieux de savoir
ce que devenait l'ouvrage entre les
mains de son successeur, trouva le
moyen , quelque temps après , de s'in-
troduire dans la maison. Apercevant
dans un coin une palette et des cou-
leurs ^ il imagine sur-le-champ le
moyen de se venger. En quatre coups
de pinceau , il efface le sourire des
lèvres de Terpsichore , et leur donne
l'expression de la colère et de la fu-
reur, sans rico ôler d'ailleurs au por-
trait, de sa ressemblance, quoiqu'il
eût également touché aux yeux. Gela
fait, il se sauve au plus vite; et le
înalhcur veut que ÎVr^*. Guimard ar-
rive elle - même quelques moments
après avec plusieurs de ses amis , qui
venaient juger les talents du peintre.
Quelle n'est pas son indignation , en
se voyant défigurée à ce point î mais
plus sa colère éclate , plus la carica-
ture devient ressemblante. Ce qui
caractérise principalement les ouvra-
FRA 421
ges ■ de Fragonard , c'est une sorte
de magie et de féerie. Il touchait tour
à tour ses pinceaux , sans oser en
prendre un d'une main assurée : ses
peintures se ressentent de celte indé-
cision. Son style est agréable, sans
être déterminé; son dessin est gra-
cieux, sans être arrêté. Sa couleur
est factice et sans vigueur; elle res-
semble à une vapeur aérienne qui
aurait emprunté des reflets de l'arc-en-
ciel. La nature avait doué Fragonard
de toutes les qualités propres à for-
mer un homme habile ; mais , d'une
part , entraîné par l'influence vi-
cieuse de l'école dans laquelle il avait
étudié, et de l'autre, se livrant tout
entier au goût frivole de son siècle,
il a entièrement négligé les plus belles
parties de l'art, qu'il aurait pu traiter
avec avantage , s'il avait voulu s'y
livrer. C'est ainsi que Fragonard mar-
chait à la fortune sur «m chemin semé
de roses , lorsque la révolution vint
le surprendre dans sa course. Il per-
dit la majeure partie de la richesse
qu'il avait amassée, pour ainsi dire,
en badinant avec ses crayons et ses
pinceaux : il ne peignit plus , et mou-
rut malheureux. L — 1« — R.
FRAGOSO (Jean), médecin es-
pagnol du 16°. siècle, naquit à To-
lède , et remplit auprès de Philippe II
les fonctions de médecin et de chi-
rurgien. Nous n'avons point d'autres
renseignements biographiques sur cet
archiâtre; mais nous possédons plu-
sieurs ouvrages qui attestent son ta-
lent , et surtout son zèle : I. Ques-
tions chirurgicales destinées à ex-
pliquer les préceptes les plus impor-
tants de la chirurgie , Madrid, 1 S^o,
in-4°. ( en espagnol. ) II. Chirurgie
universelle ; Traité des évacuations ;
Antidotaire j Madrid, i58i , in-fol.;
Alcala de Henarès , 1 60 1 , in - fol.
(en espagnol); traduit eu italien par
422 FRA
Ballhnzar Gasso , Palerme, lôSg,
info). Ce livre renferme diverses ob-
servations curieuses ; et la doctrine
en est assez pure. L'auteur de'terinine
avec exactitude l'heureux emploi du
feu ou cautère actuel dans plusieurs
affections graves ; il juge sainement
les plaies d'armes à feu, et ne Ips
croit pas vénéneuses. lïl. Discours
sur les aromates , les arbres , les
fruits et les autres drogues simples
quon retire des Indes orientales , et
qui servent en médecine , Madrid,
1572, in-8°. (en espagnol); traduit
en latiu , avec des notes , par Israël
Spach , Strasbourg, 1601 , in-8'.
Haller observe judicieusement que
Fragoso a puisé les matériaux de celte
])harmacologie orientale dans les œu-
vres de Monardès , Garcias de Horta
et Charles de l'Ecluse. IV. De suc-
cedaneis medicamentis liber ; cum
animadversionibu< in quamplurima
medicamenUi composila quorum est
usus in hispanicis ofjicinis , Man-
toue, 1675, in-8'.j Madrid, i585,
in-4''. Les botanistes Kuiz et Pavon,
jaloux d'immortaliser leurs compa-
triotes , et ne trouvant pas dans leur
pays autant de naturahstes célèbres
qu'ils rencontraient de plantes nou-
velles dans leurs voyages , ont dû pro-
clamer beaucoup de noms médiocre-
ment connus. Le gcnic^nig^o^a, qu'ils
ont dédié à Jean Fragoso , est une
ombellifére composée de six espèces,
qui toutes appartiennent au JNouveau-
Monde C.
FRAGUIER (Claude-François),
issu de parents nobles , naquit à
Paris, le 28 août 1666. 11 fit ses étu-
des chez les jésuites , sous les PP.
Rapin, Jouvency, la Rue , Commire;
et la fréquentation de ces hommes il-
lustres le détermina , en i685, à en-
trer dans leur société. Après son no-
viciat, il fut envoyé à Oaen pour y
FRA
professer les belles-lettres. Il s'y lia
d'une étroite amitié avec Huet et Se-
grais , et donna tous ses loisirs à l'é-
tude des grands maîtres grecs et fa-
tins. De retour à Paris , il lui fallait
faire un cours de théologie ; mais , re-
buté par l'aridité de cette science, il
quitta les jésuites , et se mit à travailler
au Journal des savants. Bientôt , en-
traîné par le ch.urac qu'il trouvait à
la lecture de Pialon , il entreprit une
traduction latine des œuvres de ce phi-
losophe. Mais son zèle , ou plutôt son
imprudence , lui coûta cher. On était
en été. Fraguier travaillait la nuit , à
moitié habillé , devant une fenêtre
ouverte. Dès la troisième nuit il se
sentit frappé, et devint tellement per-
clus , que son cou fut courbé , sa tête
penchée sur une épaule; infirmité qu'il
conserva toute sa vie. Il fut donc obli-
gé d'abandonner son travail. Fraguier
mourut d'apoplexie le 3i mai 1728,
âgé de soixante-un ans. Si» candeur,
son désintéressement, sa droiture, lui
firent des amis de tous ceux qui le
connurent. 11 remplaça Vaillant à
l'académie des inscriptions eu i7o5;
et , trois ans après , l'académie fran-
çaise lui ouvrit ses portes. Il fut aussi
censeur royal. L'érudition u'altcia
point en lui le goût de la saine litté-
rature ; il est du petit nombre des
savants dont les écrits attachent le lec-
teur. La délicatesse de ses vers la-
tins, l'urbanité de ses dissertations
académiques, pourront long-temps ser-
vir de règle à ceux qui , tout en se li-
vrant à des recherches arides et péni-
bles , ne s'en croient pas moins obli-
gés de cultiver en même temps le plus
beau , le plus utile des talents , celui
de bien penser et de bien dire. Tel ,
depuis Fraguier , nous avons vu
l'élégant auteur des Voyages £A-
nacharsis» On a de Fraguier : 1. DiS"
cours de réception à l'académie fran-
FRA
^aîse, clu i". mars 1708, în-4''. ÏI.
Éloge de Roger de Piles, à la tête de
ses Fies des Peintres , Paris, 1715,
in-i 2. III. Mopsiis, seu schola Pla-
tonica de hominis perj'ectione, Paris,
1721 , in-1'2; c'est uu poème élégia-
que , d'tnviron 700 vers , sur la mo-
rale païenne , plein de grâce , d'har-
monie, et d'une onction persuasive que
l'on ne rencontre pas toujours dans les
écrits même de Platon. IV. Des Dis-
sertations dans les Mémoires de l'a-
cadémie des inscriptions ; savoir : (au
tome II ) sur le caractère de Pindare-,
sur la Cjropédie de Xénophon; sur
y usage que Platon a fait des poètes;
sur VEglogue, sur la manière dont
Firgile a imité Homère ; sur un pas-
sage de Ciceron , où il est parlé du
tombeau d' Archimède ; sur ï ancien-
neté des symboles et des devises ,
prouvée par V autorité d" Eschyle et
d'Euripide ; sur ï ironie de Sacrale;
sur sou démon familier; sur ses
mœurs , relativement à l'accusation
de pédérastie. ( Au tome iv ) , Be-
cherches sur la vie de Roscius le
comédien; sur les imprécations des
pères contre les enfants. ( Tome v
de l'Histoire ) , Discussion d'un pas-
sage de Pindare ; Mémoire sur la
vie Orphique. ( Tome v des Mé-
moires ) , Qu'il ne peut jr avoir de
poème en prose. Cette assertion , in-
contestable quant aux langues an-
ciennes, n'est pas aussi susceptible
de démonstration par rapport aux
lançjues modernes. ( Tome vi ) , sur
V Elégie grecque et latine; sur la
Galerie de Ferrés. V. L'abbéd'Olivtt
a recuciiii les Poésies latines de Fra-
guier ^ et les a publiées avec celles de
lluet, Paris, 17*29, in-12: il y a joint
ît's trois Dissertations précitées sur
Soorale. Il a reproduit les mcmespo<^-
sies, Pa-vis, i7r>8, in-ia,dans le
H'eu<-il 4iitiiulé : P-c'èt^ium ex aaa-
XV,
FRA 423
demîd gallicdqui latine aut grœcè
scripseriint carmina. Le Santolius
pœnitens, que l'on attribue à Fraguier,
est ai] Rolliu. On a deux Éloges de Fra-
guier: l'un par de Boze, au tome vit
des Mémoires de l'académie des
inscriptions ; l'autre par d'0:ivet,€U
tête du recueil mdiqué ci-dessus. On
peut aussi consulter les Mémoires d«
Nicerou, tome xviii. D. L.
FRAICHOT (Casimir), bénédictin,
né, vers 1640, à Morteau, petite ville
de Franche-Comté, fit profession de
la vie religieuse , en 1 665 , à l'abbaye
Saint Vincent de Besançon. Lors de
la conquête de cette province par les
Français, il passa en Italie, où il
trouva un asile dans les couvents de
son ordre. La paix lui ayaut permis de
rentrer dans sa patrie, il se retira à
l'abbaye de Luxeuil, et y mourut le a
octobre 1720, dans un âge avance';
Il avait laissé des Mémoires de sa vie,
que l'on conservait à la bibliothèque
deFaverney. La dispersion de ce dé-
pôt littéraire, détruit pendant la révo-
lution , n'a pas permis de vérifier si ,
à l'exemple à' kvmt\\\m{Bibliotheca
Casinensis), suivi par D. Cal met, dans
sa Bibl. de Lorraine, on doit lui attri-
buer les ouvrages publiés en Italie et
en Hollande sous le nom de Casimir
Freschot, et desquels M. Barbier «
donné une notice intéressante dans le
Magasin encjcl. de déc. 181 5. Ce
qui semble autoriser ce douie, c'est
que la famille Fraichot , encore exis-
tante en Franche-Comté, a toujours
écrit son nom de cette manière. ( F,
Freschot. ) W — s.
FRAIN (Sebastien), avocat au par-
lement de Bretagne, ué à Rennes dans
la dernière moitié du l'ô"'. siècle, exer-
ça penda'nit quarante ans sa profession
avec la plus grande distinction. Sui-
vant un usage assez suivi 'par les bons
avocats de sou temps, et qui pomu-ait,
ii^ FRA
eu faisant ee travail aVcc soin , pro-
duire les résultats les plus avantageux,
il ue manquait jamais au retour de
l'audieuce, de noter les arrêts remar-
quables auxquels il avait assisté; il
joignait des notes et des recherches à
ceux de ces arrêts ou qui avaient été
rendus sur sa plaidoirie, ou qui, à
raison de leur importance , méritaient
une attention particulière. C'est à un
travail de ce genre que nous devons
les ouvrages de Heurys, de Louet ,
d'Augéard, etc. Le rrciieil de Frain ne
fut cependant pas publié de son vivant;
mais à sa mort , arrivée en 1 645 , ses
héritiers s'empressèrent de le faire pa-
raître sous le titre di Arrêts du parle-
ment de Bretagne, pris des Mé-
moires de feu M, Sébastien Frain,
Rennes, j646 , iu-4°. Cette première
édition fut bientôt suivie d'une se-
conde ; mais , dans l'une et l'autre ,
on inséra plusieurs arrêts qui n'avaient
pas été recueillis par Frain. Ces mêmes
arrêts furent également imprimés à la
suite d'une édition du texte de la Cou-
tume de Bretagne, à Rennes, en
1674. Cette supercherie engagea Hé-
vin , célèbre avocat au parlement de
Rennes , à préparer une troisième
édition du Recueil de Frain : il en re-
trancha tout ce qui n'était pas sorti de
sa plume, et y ajouta des dissertations
nouvelles sur toutes les matières trai-
tées par Frain. Cette édition parut à
Rennes en i684 ? et forme 1 volumes
in-4". C'est la seule qui soit aujour-
d'hui recherchée. Le travail d'Hévin
n'a pas peu contribué à son succès:
ses dissertations en sont un des prin-
cipaux mérites ; on y remarque sur-
tout, à la fin du2^ volume, une his-
toire du droit romain dans les Gaules,
rcmpire des recherches les plus savan-
tes, et des vues les plus profondes sur
la Téritable origine du droit français.
P— If— T,^
FRA
FRAIN (Jean ) , écuyer, seignenr
du Tremblai et de la Martinièrc, néà
Angers en 164 1 , mourut le 24 aoiit
1724. Il était fils d'un échevin , et il
fut, en 1666, conseiller au présidial
de sa patrie ; mais des difficultés sur-
venues entre lui et ses confrères Fo^
bligèrent à se démettre de sa charge.
Il se livra alors tout entier à la litté-
rature, sans néanmoins sortir jamais
de la classe des écrivains les plus mé-
diocres. Fiain avait beaucoup lu, mais
mal digéré ses lectures; il était d'ail-
leurs très entêté de ses opinions, et,
sur la fin de ses jours, il devint tout-
àfait misantropc. Il avait été l'un des
trente premiers membres de l'acadé-
mie d'Angers, établie en i685. On
a de lui : I. Traité de la vocation
chrétienne des enfants, Paris, i685.
II. Conversations morales sur les
jeux et les divertissements , Paris ,
i685. IIL Nouveaux essais de mo-
rale, Paris , i6yi : ouvrage estimé
de Mabil'on. IV. Essai sur Vidée
d'un parfait magistrat, Paris, 1 70 1 .
V. Lettre sur le Parrhasiana de
Leclerc, insérée dans le Journal de
Trévoux de 1 702. VI. Traité des
langues, Paris, i7o3; Amsterdam,
1709, in- 13 : livre utile, quoique
peu profond. VII. Lettre aux jour-
nalistes de Trévoux , sur le Traité
du jeu, par Barheyrac ( Journal de
Trévoux , avril , 1710); Réponse à
la lettre de Barbejrac (Mémoires
de Trévoux , juillet , 1 7 1 3). L'auteur
combat la trop grande condescen-
dance de Birbeyrac pour les joueurs.
VIII. Discours sur l'origine delà
poésie , sur son âge , sur le bon
goik.elc.y Paris, 1713, in- 12 : ou-
vrage dont le style ne répoud point
au sujet. IX. Lettre sur la phantas-
matologie , 1715. X. Critique de
V Histoire du concile de Trente de
fra Paoloi des Lettres et Mémoires
FRA
de Fargas, Rouen, 1719, in -4**. :
critique tutile. L'auteur n'était pas de
force à discuter de tels ouvrages. XI.
Traité de la conscience , Paris ,
1724, in- 12. Ce livre ne parut qu'a-
près la mort de FYaiu , et très mutilé;
i'imprer>sion en avait été commence'e
vingt ans auparavant. C'est propre-
ment un traité de controverse. Z.
FBAMBOISIÈRE (Nicolas-
Abraham de la), docteur en roéde-
cine, naquit à Guise dans le 16 .siè-
cle. Il était le fils d'un habile prati-
cien , qui exerçait la médecine et la
chirurgie, et qui passait pour un hom-
me fort érudit. Son fils lui dut les pre-
mières leçons de son art ,et il ne s'en
éloigna que pouraller prendre les de-
grés à l'université. Framboisière exer-
ça la médecine à Paris. S'étant dis-
tingué par plusieurs écrits, il devint
professeur au collège royal , et fut
nommé médecin de Louis XIIL On
ignore l'époque précise de la mort de
ce médecin, qui vivait vers le milieu
du 17". siècle. Tous les ouvrages de
Framboisière publiés à diverses épo-
ques , tant sur la médecine que sur la
chirurgie, ont été réunis en un gros
volume infol., Lyon , iG6(). On y
remarque la Description de la fon-
taine minérale {du Mont d'or) , de-
puis peu découverte au territoire de
Reims , qui se trouve séparément
in-8<»., Paris, 1606. F— -r.
FRAMERY (Nicolas -Etienne),
né à Rouen le ^5 mars 1 745 , fut
un écrivain médiocre , mais doué de
connaissances variées et assez éten-
dues. 1 1 a cultivé la musique , la poésie ,
l'art dramatique , et ne s'est distin-
gué dans aucun genre. La musique
était ce qu'il savait le mieux ; il en
connaissait parfaitement la théorie et
es différent-, systèmes. La plus grande
obligation qu'on lui ait , est d'avoir
parodié passablement quelques opé-
FRA 4^5
ras bouffons italiens, pour nous faire
entendre la charmante musique de
Sacchiui. A dix- huit ans , il présenta
aux Italiens une pièce intitulée, la
nouvelle Eve ^ Aawi Va police défen-
dit la repiéscntalion. Il donna depuis
Nanette et Lucas , musique du che-
valier d'Herbain; le Nicaise de Vadé
retouché à sa manière; la Colonie y
VOljmpiade, ï Infante de Zamo-
ra (1) ; V Indienne , musique de Ci-
folclli ; la Tourterelle^ la Sorcière
par hasard , dont il avait fait la
musique , et quelques antres pièces
de même valeur. Un concours fut
])roposé pour les drames lyriques.
Il remporta le prix par un opéra de
MédéCy que la mort empêcha Sac-
chini de mettre en musique. Outre
ces faibles compositions , on a de
Framery : I. Réponse de Falcour à
Zeila, 1764, in -8'. II. Les trois
Contes nationaux, 1 760 , in - 1 2 , 2
vol. IIL Le Passé, le Présent,
V Avenir , contes, 1766, in- 12.
IV. Mémoires du marquis de St.-
Forlaix , 1 770 , in 12,4. vol. , mal
à propos attribués à M™^. Brooke
dans l'article de cette Biographie qui
lui est consacré, tom. VI , p. 25. V.
La, Pureté de Vame , ode couron-
née à Rouen , 1770. VI. Mémoire
sur le conservatoire de musique ,
177,5. VII. Le Musicien pratique ,
tr.id. de l'italien d'Azopardi , 1 786 ,
in-8\ , 2 vol. Vlll. De V Organisation
des Spectacles de Paris, 1 79 1 ,in-8**.
IX. Avis aux poètes lyriques, ou de
la nécessité du rhjthme et de la cé-
sure dans les hymnes , etc. , 1 796,
hi-ïi''.X. Discours couronné par l'Ins-
titut sur cette question : Analyser
les rapports gui existent entre la
musique et la déclumation , et déier-
(i) C'est du Diable amoureux, «le Cazotte , que
Framery a tiré le sujst de cette Infante de Za~
mo/a. (f'oj-. Cazotïs.)
^i6 FRA
miner les moyens d'appliquer la
déclamation à la musique sans nuire
à la mélodie , 1802, in - 8". Cette
question, dont la solution n'appar-
tient qu'au rausicieîi philosophe , et
doit être appuyée par l'exemple , sera
long-temps encore à re'soudre quant
à la partie théorique ( Vhy. Gluck).
XI. Notice sur Joseph Haydn ,
1810, in -8". XII. Framery mit à
fin avec Panckoucke une Traduc-
tion littérale en prose de la Jérusa-
lem délivrée y Paris, 1785, 5 vol.
in- 18, et une du Eoland furieux ,
publiée , comme la précédente , en
regard du texte, Paris, 1 787, 1 o vol.
in- 12. Ces traductions peuvent être
fidèles; mais on y chercherait vaine-
ment le génie et le coloris du Tasse
et de l'Arioste. XIII. 11 a rédigé le
Journal de musique en 1770 et
J771, a travaillé au Mercure de
France , et a rédigé, de concert avec
M. Ginguené, la V^. partie du tom.P''.
du Dictionnaire de musique de VEn'
cyclopédie méthodique. Celte 1 ' *=. par-
tie parut en 1791; il a fait insérer
dans le Moniteur n*». 112 de 1807 ,
une Lettre sur la Médee de Glower.
Il fut pendant long-temps l'agent des
auteurs dramatiques, et mourut le 26
novembre 181 o. X. G.
FRANC ( Martin LE ) (i), poète
français, naquit vers le commence-
ment du I5^ siècle, à Aumalc, selon
Claude Fauchet, ou plutôt à Arras,
suivant Jean Lemaire, dont l'opinion
paraît la plus probable. On ignore les
particularités de sa première jeunesse ;
mais on peut conjecturer qu'il eut de
grands succès dans ses éludes, et que
ce fut aux talents qu'il annonçait qu'il
dut son élévation. Il embrassa l'état
(i) Lamonnojrc , dam «et nolef iur la Biblio-
thèqae de Lacroix du Maine, prouve trètbien que
cet auteur le nommait Le Franc ; mtt'ii c^tat pour
• e conformer à l'ufage éubliijuoa a placé ici cet
«riielc.
FRA
ecclésiastique, fut pourvu de plusieurs
bénéfices, et en employa les revenus
à satisfaire son goût pour les voyages.
C'est sans aucune preuve que les hi-
bliolhccaires belges ont fait Le Franc
chaooine et prévôt de l'abbaye de
Leuze, dans le Hainaut ; mais on est
certain qu'il eut les mêmes dignités au
chapitre de Lausanne ; et la ressem-
blance des noms de ces deux villes ,
en latin, paraît être la cause d'une
erreur qui s'est perpétuée jusqu'ici
dans presque tous les dictionnaires.
Le Franc parcourut l'Italie vers 1 45G ;
et à son retour il se présenta à la cour
d'Ame VIII, duc de Savoie, qui le
retint pour son secrétaire. Ame ayant
été élu pape par le concile de
Baie, en 1439 ( f^ojy, Savoie, Ame
Vllï ), Le Franc suivit sa fortune,
et fut fait protouotaire apostolique ,
place qu'il exerça avec lanl de capacité
et de délicatesse , qu'il la conserva
sous Nicolas V.Le Franc avait suivi le
nouveau pape à Rome; et on conjec-
ture , avec quelque vraisemblauce,
qu'il mourut en cette ville vers 1460.
Le célèbre François Philelphe était lié
avec Le Franc d'une amilié particu-
lière. On a de lui les deux ouvrages
suivants: \. Le Champion des da-
mes , in-fol. golh. fig., édition impri-
mée sur deux colonnes , cl sortie des
presses d'Ant. Vérard , de 1490 à
i5oo ; Paris , Galliot Dupré, i55o,
pet. in-80., jolie édit., exécutée en
lettres rondes. Ce poème eu vers de
huit syllabes, est divisé en cinq livres :
le quatrième est uniquement consacré
à l'éloge des princesses de la maison
de Savoie ; dans les autres , Le Franc
combat les reproches que les auteurs
du Roman de la Rose et de Matheu-
lus contre le mariage , avaient adres-
sés aux femmes , et cherche à prouver
qu'elles réunissent toutes les perfec-
tions. Mais les arguments qu'il prête
FRA
h Maîebouche , l'nn de ses person-
nages, sont quelquefois si prcssanis,
qu'on ne peut s'empêcher de trouver
les réponses assez faibles. L'abbë
Gonjet a donne «ne analyse de ce
poème dans sa Uiblioth. française ,
tome IX. 11. L'estrif de fortune et
de vertu desquels est souveraine-
ment dèmonstré le povre et faible
estât de fortune contre» Vopinion
commune , Paris , i5o5 ( édition
citée par Prosper Marchand ) ; ibid. ,
i5i9, in-4°. g<'th. rare. Cet ouvrage
en prose , mêle' de vers , est divisé
en trois livres. C'est un dialogue en-
tre la fortune, la vertu , et la raison ,
qui fait l'office déjuge, et donne gain
de cause à la vertu , ainsi qu'on doit
s'y attendre. On ne le Ht pas avec
plaisir , dit Goujet; il y a peu d'ordre,
beaucoup de rcpélitions, des raison-
nements peu concluants, et une pro-
lixité très fatigante. Bayle, en donnant
une place à Le Franc dans son Dic-
tionnaire, paraît avoir moins eu pour
but de f lire connaître cet auteur que
de rapporter un assez long passage du
Champion des dames , relatif à la
papesse Jeanne. Si l'on ne savait com-
bien l'esprit de critique était étranger
au iS**, siècle, on pourrait s'étonner
que Martin Le Franc, protonotaire et
secrétaire de deux papes , ne mette
pas seulement en doute l'existence de
ce personnage romanesque, {foy, Be-
noît IH. ) W— s.
FRANC-FLOUE. Foy. Floris.
FRANC (J.Lle). Foy. Pompi-
GNAN.
FRANCE (Marie de), auteur d'un
recueil de fables dont il reste plusieurs
manuscrits, florissait vers le milieu
du 1 5". siècle. Ce surnom de France
indique seulement son pays ; elle l'a
pris , dit-elle , afin d'empêcher qu'on
ne lui ravît la gloire de ses ouvrages.
Plus modestes, les auteurs de ce temps
FRA
417
prenaient seulement pour surnom ce-
lui de la ville ou du village qui les avait
vus naître. Marie, qui donna à soie
recueil le nom à' Ysopet, c'est-à-dire,
Petit-Esope, nous apprend qu'Adenès
( auteur de quelques romans de che-
valerie ) avait déjà traduit Esope du
grec en latin. Quelques-unes desfables
rimées par Marie paraissent imitées
de Phèdre; et il y a lieu de croire
qu'elle avait eu connaissance d'un
manuscrit du fabuliste latin, autre que
celui qui a été découvert à la fin du
I6^ siècle, dans la bibliothèque de
St.-Remi de Reims ( Voy, Phèdre ).
Le fond de quelques fables de Marie
ne se trouvant ni dans Esope, ni dans
Phèdre, on est d'autant plus porté à
penser qu'elles sont de son invention,
que , parmi celles qu'elle a imitées de
ces deux fabulistes , il y en a qui ont
éprouvé des cLangcments qui annon-
cent de l'imagination et du goût. Le-
grand d'Aussi, dans ses Fabliaux
ou Contes du iti*". et du 1 5^. siècle ,
a traduit en français moderne et eu
prose celles des fables de Marie de
France qui ont quelque originalité. Il
nous a donné aussi le Purgatoire de
Saint- Patrice, espèce de conte dé-
vot, qu'elle annonce avoir tiré d'un
autre livre , et qui avait été fait sur une
caverne d'Irlande , célèbre par les
fables grossières que la crédulité et la
superstition débitaient. Marie , dont le
style, suivant Legrand,est simple,
clair, et même élégant pour son temps,
est le seul auteur qui ait publié des
fables en langue vulgaire dans ce siècle :
elle avait d'ailleurs d'excellents prin-
cipes, et déclare que celui qui a reçu
du ciel le talent de la poésie, doit
l'employer à rendre les hommes meil-
leurs. M. Delarue a donné une notice
étendue sur Marie de France , dans
X Archœologia , tora. XII; et l'on en
trouve une autre , moins de'tailléc ,
4i8 F R A
dans le Petit magasin des dames ^
5^ année (1806). P—x.
FRANCESCA (PiETRo della),
peintre italien, naquit vers la fm du
I5^ siècle, à Borgo diSan-Sepolcro,
petite ville de Toscane, il n'eut pas le
bonheur de voir son père; etsaraère ,
i:estée veuve , refusa , quoique jeune
encore, de contracter un nouveau ma-
riage, pour se livrer entièrement à son
éducation. Ce fut par reconnaissance
pour les bontés de sa mère , qu'il vou-
lut continuer de porter le nom de
Pielro della Francesca , c'est-à-dire,
Pierre, fils de Françoise, qu'on lui
avait donne dans son enfance. Il mon-
tra d'abord un goût très vif pour les
mathématiques , et , avant l'âge de
quinze ans, il avait fait, dans cette
science, des progrès extraordinaires.
Jl étudia ensuite les principes de l'art
du dessin avec autant d'application que
de succès. Le duc d'Urbin l'employa à
décorer son palais, et lui fît faire plu-
sieurs portraits, dont Vasari regrette
la perte, occasionnée par les guerres
qui désolèrent l'Italie. Francesca se
rendit ensuite à Pesaro, puis à An-
cone, oii le duc de Ferrare le chargea
de plusieurs grandes compositions;
mais elles ont été détruites lors des
changements faits dans la distribution
intérieure du palais, dcsorte qu'à l'épo-
que ou écrivait Vasari , il ne restait
plus de cet artiste , à Ancone, qu'une
chapelle de St.-Auj^ustin ; encore était-
«'lle gâtée par l'humidité. Le pape
Nicolas V invita Francesca à venir à
Home , et lui fit exécuter , dans le Va-
tican, dos fresques, qui ont été rem-
placées depuis par celles de Raphaël.
De retour dans sa patrie après une
absence de plusieurs années , il y fît
plusieurs tableaux , parmi lesquels on
file le retable du couvent des Augus-
tins, et une résurrection du Christ,
qui passe pour le meilleur de tous ses
FRA
ouvrages. On en voit quelques autres
du même artiste à Arczzo, et dans
d'autres villes d'Italie; mais on se
contentei a d'indiquer celui qui repré-
sente le songe de Constantin, a qui
un ange pré>ente la croix; ce tableau
qu'on voit encore à Arezzo , est très
estimé pour la justesse des raccourcis
et pour les effets de lumière, que*
Francesca entendait mieux que tous»
ses contemporains. Ce grand peintre^
perdit la vue par un accident , à l'âgef
de soixante ans ; et forcé de renoncer
à l'exercice de son art , il reprit l'étude
des mathématiques , qu'il n'avait ja-
mais abandonnée entièrement , et il
composa plusieurs traites de géomé-
trie et àç perspective, que l'on conser-
vait en manuscrit à Borgo , d'où iU
ont passé dans la bibliothèque du
Vatican. Vasat i accuse Frà Luca Pac-
cioli , disciple de Francesca ( Voy»
Pacciou ) , de s'être approprié le
traité de son maître sur la perspec-
tive ; mais Tiiaboschi ne croit pai
qu'on doive ajouter foi à cette accu-»
sation,que Vasari, d'ailleurs, n'ap-
puie d'aucune preuve. Outre Paccioîi ,
Francesca a encore eu pour élèves
Tolentino , Pietro da Castel della
Pieve, et Luca Signorelli, de Cortone ,
le plus célèbre de tous. On ignore la
date de la mort de Francesca: l'abbd
de Fontenai la place à l'année i445 ?
mais c'est évidemment une erreur.
Cet artiste, comme on l'a vu,etcomm«
Fontenai en convient lui-même, a été
employé aux travaux du Vaticm
par Nicolas V, qui n'a été élu pape
qu'en 1 447 = ^' continua d'exercer son
art plusieurs années après avoirquitté
Rome; et en supposant qu'il ail pu
exécuter dans l'espace de dix ans ,
tous les tableaux cités par Vasari, ce ne
serait qu'en 14^7 qu'il aurait perdu la
vue. 1 1 avait alors soixante ans , et il en
a vécu quatre-vingt-six ; c'est doue
FRA
vers i4S3 qu'il faut p!accr sa mort.
Son couvoi fut honore de la présence
des citoyens les plus rccoinniandables,
et il fut inhumé dans l'église de Uorgo
diSan-Sepolcro , qui porte aujourd'hui
le titre de cathédrale. W— s.
FRANCESCHINI ( Marc -Antoi-
ne ), peintre, naquit à Bologne en
1648 ; il quitta l'école de J. B. Galli
pour passer dans celle de Charles
Cigriani , dont il fut l'ami et le com-
pagnon fidèle. Ce dernier voulut même
l'attacher à s.^ famille, et lui fit épouser
une de ses cousines, sœur du Quaini.
Beaucoup de tableaux de Frances-
chini , surtout ceux qu'il fit étant en-
core jeune , paraissent de la main de
Charles. Au goût , à la recherche , à la
précision de son maître, il joignait
une facilité et une fraîcheur de coloris
qui lui donnèrent bientôt de la répu-
tation. Quand il devait composer une
fresque , il avait coutume de peindre
son sujet sur une toile qu'il attachait ,
pour mieux juger de l'effet , à la place
même où devait être la fresque. Il a
peint de cette manière la voûte et la
coupole de l'église du Corpus Dominiy
la tribune de Saint- Barihélemi à
Bologne; et à Gènes , la grande voûte
delà salle du conseil public: ce der-
nier ouvrage est de l'an 1702. En
1714, Franceschini fit un second
voyage à Gènes, pour peindre la
voûte de l'église des pères Philippins.
Ou voit, dans le palais Spinola de la
même ville, un tableau de ce maître,
représentant Rebecca qui reçoit les
présents d'Abraham. Ce tableau est
très remarquable, parce que Frances-
chini avait quatre-vingts ans quand il
l'a commencé : il paraît plutôt l'ou-
vrage d'un jeune homme plein d'en-
thousiasme, que celui d'un vieillard. Il
mourut en 1 7'^9 , âgé de quatre vingt-
un ans. 11 avait été créé, par le pape,
chevalier de l'ordre de l'éperon d'or.
Plusieurs princes firent de vains ef-
forts pour l'attacher à leur personne.
Luc Giordano ne fut appelé à Madrid
que sur le refus de Franceschini, qu'on
n'avait pu déterminer à accepter les
offres de la cour d'Espagne. Les élèves
de ce maître sont le chanoine Jacques
Franceschini , son fils , qu'il conduisit
avec lui à Gènes, Jacques Boni, An-
toine Rossi , Jérôme Gatti , Joseph
Podretti , Hyacinthe Garofolini , et
Gaétan Frattini. Jacques Franceschini
quitta de bonne heure l'étude de la
peinture pour se livrer à la littérature
et à la théologie. A — d,
FRANCESQUITO, peintre espa-
gnol, un des meilleurs élèves du
célèbre Giordano , naquit à Vallado-
lid l'an 1681. 11 avait de si heureuses
dispositions pour la peinture, et il
imita si bien son maître, soit dans la
fiicililé de l'invention et de la compo-
sition, soit dans le coloris , que celui-
ci dit un jour , en voyant un premier
ouvrage de ce jeune artiste : « Fran-
» cesquito est né avec un talent bien
» supérieur au mien ; il égalera bieu-
» tôt les meilleurs peintres d'Italie. »
Il l'emmena avec lui en 1702 à Na-
ples, 011 Francesquito fît admirer ses
talents et laissa plusieurs tableaux. On
voit une Assomption très estimée de
ce peintre dans l'église de Sainte-Claire
de la même ville. De retour en Es-
pagne, il fut attaqué en chemin d'une
fièvre contagieuse, dont il mourut en
peu de jours, en 1706, un an après
la mort de son maître : il n'avait alors
que vingt-quatre ans. Sa perte enleva
toutes les espérances qu'on pouvait
avoir sur ses talents ; et elle fut d'au-
tant plus sensible en Espagne, que
ce pays n'avait alors aucun peintre
d'un mérite aussi distingué. B — s.
FRANCHE VILLE ou FRANGA-
VILLA ( Pierre ) , sculpteur , né à
Cambrai eu i548 , reçut une très
45o FRA
bonne éducalion de ses parents , qui
étaient dans l'aisance , et qui desi-
raient lui faire parcourir la carrière
des lettres. Mais son goût pour les
arts , et particulièrement pour la
sculpture , lui ayant fait braver les
sollicitations et même les menaces
de son père, il quitta la maison pater-
nelle pour aller étudier en Italie les
chefs-d'œuvre des grands maîtres , et
se livrer sans réserve à son goût do-
minant. S'étant placé hous la direction
du célèbre Jean de Boulogne , ses pro-
grès furent rapides. Profitant néan-
moins des diverses connaissances qu'il
avait acquises pour en acquérir encore
de nouvelles , la peinture, l'anatomie ,
les mathématiques , la science de l'in-
génieur , lui devinrent familières.
Ayant été rappelé en France par
Henri lY, sur la réputation qu'il
avait déjà obtenue en Italie , il partit
de Florence avec Bordoni son élève ,
et arriva à Paris , où il exécuta des
ouvrages fort estimés , entre autres,
un groupe représenlant le Temps
qui enlève la Férité , attribué faus-
sement , par quelques biographes, à
un autre Francheville, aussi natif de
Cambrai , et qui a exécuté différents
ouvrages d'après les modèles de Gi-
rardon. Ce groupe , qu'on a vu long-
temps dans le jardin des Tuileries , a
été transporté depuis au châleau de
Pontchartrain , Louis XIV eu ayant
fait présent au chancelier de ce nom.
Les quatre figures qui ornaient 1<^ pié-
destal de la statue de Henri-le Grand,
placée sur le Pont-Neuf , et qui ont
échappé à la faulx révolutionnaire,
sont aussi de cet artiste, ainsi que
les bas-rtliefe et autres accessoires.
Francheville avait été nommé sculp-
teur du roi Louis XUl: c'est en celte
qualité qu'il assista à l'inauguration
de celte statue, en 161 4 , comme le
constate l'une des inscriptious de ce
FRA
monument. On ignore Tépoque pré-
cise de sa mort. P— e.
FRANCHEVILLE ( Joseph m
Fresne de ) naquit en 1 "j 04 , à Dour-
lens, d'uue ancienne famille du Hai-
naut. Il fit SOS études à Paris , sous le
célèbre P. Porée ; et , dès l'âge de
quinze ans, il fit imprimer une élégie
laline sur la mort d'un de ^es protec-
teurs : Illustrissimi dornini Lud.
Lorel Tumulus , Amiens , 1 7 19 , in-
4°. Il fut d'abord destiné à l'état ec-
clésiastique : des circonstances parti-
culières engagèrent ensuite sa famille
à le faire entrer dans la carrière des
finances. Ayant le goût des recherches
historiques , Francheville entreprit
un grand ouvrage , qu'il annonça par
un prospectus, sous le titre di Histoire
générale et particulière des finances.
Cet ouvrage devait avoir 40 volumes
in-4*'.; naais il n'en parut que 3, qui
furent imprimés de 1^58 à 1740; le
5*". vol. se trouve aussi séparément
sous le titre à' Histoire de la Compa-
gnie des Indes. L'auteur rencontra
des difficultés auxquelles il ne s'était
pas attendu, et renonça à une entre-
prise qu'il ne pouvait exécuter selon
son plan : d'autres travaux l'occupè-
rent, et il passade l'histoire au roman.
Il choisit cependant son sujet dans
l'histoire; et il pubha, en 1740,
Les premières Expéditioîis de Char-
lemagne , pendant sa jeunesse et
avant son règne, composées par
Angilhert, Amsterdam ( Paris ) ,
1 74 1 , in-8*'., qu'il dédia à Frédéric II,
qui venait de monter sur le trône de
Prusse. Ce prince l'ayant appelé à
Berhn, Francheville entreprit le voya-
ge; mais il s'..rrêt« quelque temps à
Francfort-sur-le-Mein, pour être té-
moin du couronneuicnt de Terape-
reur Charles VII. C'est alors qu'il
mit au jour une B dation curieuse
de plusieurs paj^s nouyellement dé-
FRA
coiiverls , 1 74 * > ^"^ ■ ^"^ > ^' *î"^^"
qucs autres opuscules encore moins
connus. On lui attribue la feuille
pe'riodique qui parut alors sous le
titre à' Espion turc, et qui était
écrite d'un ton satirique. Le roi de
Prusse s'en offensa, et prit des pré-
ventions contre Franchevilie. Jordan,
favori du roi, parvint cqîendant à
Ten faire revenir, et Franchevilie se
rendit à Berlin , où il passa le reste de
ses jours. Il eut d'abord un traitement
comme homme de lettres; et ensuite,
au renouvellement de l'acadcmic de
Uerliu , il fut attaché à cette société
savante. Jordan lui donna l'idée de
traduire la Consolation philosophique
deBoèce; la traduction qu'il en fit pa-
rut, en 1744? en 2 vol. in- 112, à Ber-
lin, sous la rubrique de La Haye. Cette
version , qui a été éclipsée par celle
de l'abbé Colesse , est accompagnée de
notes et d'une Vie de l'auteur; elle fut
publiée sous le nom d'un frère ma-
çon. Le roi de Prusse ayant voulu in-
troduire dans ses états la culture du
ver à soie, Franchevilie fut chargé de
surveiller celte branche d'industrie; il
en prit occasion de composer un poè-
me , qui parut en i ^54, ini2 , à Ber-
lin, sous le titre de Bombyx, ou le
ver à soisj poème en six livres y avec
des observations sur le mûrier, sur le
ver et sur la soie. Ce poème, quoi-
que peu connu en France , n'est pas
sans mérite , et on y lit surtout avec
intérêt l'épisode de Pyrame et
Thisbé, En 1750, Franchevilie avait
commencé une Gazette politique,
qu'il continua pendant quelque temps.
Depuis l'année 1764 jusqu'à celle de
sa mort , il publia la Gazette littéraire
de Berlin f 011 plusieurs hommes de
lettres de cette ville ont fait insérer
des articles intéressants. On trouve
aussi de lui quelques morceaux dans
le Mercure de France ; et il a eu pari
FRA 43i
à r Observateur hollandais , journal
dont il a paru cent numéros, Leu-
warde , in-8\ , 1 7 45 et suiv. Il était
en même temps un des membres les
plus laborieux de l'académie , dont il
a enrichi les Mémoires de plusieurs
morceaux très savants sur l'histoire ,
la géographie, les antiquités, et sur
l'économie rurale. Nous indiquerons
seulement les suivants : Surles Voya'
ges à Tarschisch et Ophir ( il croît
que le Tarschisch ou Tharsis de 1^
Bible est Tarse en Cilicie) ; Sur V Ori-
gine juive des Nègres ; Que l'ambre
gris vient des abeilles ; Que Clovis
/<"■ .fut fils légitime de Basine ; Que
les blasons sont imités des Lunulac
des BomainSy etc. Ce fut sous soa
nom que parut la première édition du
Siècle de Louis XI F de Voltaire,
avec qui il fut long-temps en relation,
Franchevilie était un savantconsommé
et en même temps un bon littérateur;
il avait la passion de l'étude, et pas-
sait la plus grande partie de la journée
au milieu de ses livres. Sa conversa-
tion était intéressante par les souve-
nirs qu'il avait conservés de ses rela-
tions avec plusieurs hommes remar-
quables de France , en particuher
avec Crébillon le père et dom Mont-
faucon. Ses confrères à l'académie de
Berlin chérissaient sa douceur, sa
modestie, sa candeur, et faisaient un
grand cas de ses lumières. Franche-
ville mourut le 9 mai 1781. Formey
a fait son éloge , qu'on trouve dans
les Mémoires de l'académie de Ber--
lin, pour l'année 1782. — Franghe-
ViLLE ( L'abbé de ) , chanoine d'Op-
peln, et fils du précédent, a tra-
duit de l'italien, de Gualdo Priorato,
Y Histoire des dernières campagnes
et négociations de Gustave-Adol-
phe, en Allemagne, Berlin, 1772,
in-4^ C — AU.
FRANCFIÏ ( Joseph ) , sculpteur
43i F R A
italien, raort le ii février 1806, à
Milan , où il était professcur-émerite
de dessin et de scirplure dans l'aca-
déinie des beaux,- arts au C'>liei:;e de
J5rertf, avait pris naissance, eu i -^So,
à Carrare. 11 alla , dans sa jeunesse,
étudier cet art à Rome , où il fit l)ien-
lôt connaître que la nature l'avait
formé pour exercer avec honneur la
profession des Phidias et des Pr ixi-
tèles. Les ouvrages qu'il y fit, lui pro-
curèrent une telle réputation , qu'on
voulut le posséder à Milan; et, en
i-j-jô, il y vint pour être professeur
en cette partie dans l'académie que
BOUS avons nommée , où il forma
d'excellents élèves. Ce fut lui qui
sculpta les deux belles Sy rênes en
marbre qu*on voit adossées contre la
fontaine à jet -d'eau de la plus régu-
lière place de Milan, appelée Piazza
délia fontana , ou Piazza del Tor
gliamento. Ces deux excellentes figu-
res, et quelques-uns des ouvrages
précédents de Franchi, montrèrent
qu'il s'était approprié le bon goût des
grands maîtres de l'antiquité, dont il
imitait assez bien la manière. H obtint
plusieurs couronnes en divers con-
cours de sculpture. Parmi ses disci-
ples , on vit les fils de l'archiduc Fer-
dinand, alors gouverneur du iMilanez.
Le troisième d'entre eux, l'archiduc
Maximilien , contribua lui-même à il-
lustrer les talents de son maître , par
les progrès qu'il fit à son' école. Fran-
chi, zélé pour la propagation de son
art, ne se bornait pas à l'enseigner
dans sa classe , il eu donnait encore
des leçons dans sa chambre; et il
continua ce double exercice pendant
trente ans, c'est-à-dire jusqu'à sa mort.
Quoiqu'il ne fût pas très versé dans
les sciences, il faisait rechercher sa
société par les gens instruits, tant à
cause de son aménité , que par le goût
exquis avec lequel il parlait des beaux-
FRA
arts. Les grands raccueillaient avec
autant de bienveillance que d'estime;
mais il ne se prévalut de cet avantage
qu'en faveur de ses amis , et surtout
des hommes de mérite qui se trou-
vaient oubliés : exempt d'ambition ,
et généreux à leur égard, il n'a laissé
que très peu de fortune, malgré les
sommes considérables que lui avaient
protMU'ées ses ouvrages, et l'extrême
sobriété d^ sa manière de vivre. L'au-
teur de l'épitaphc très honorable que
l'on voit gravée près de sa tombe ,
dans un des cimetières de Milan .
n'avait besoin, pour la composer , que
d'exprimer les sentiments du public
sur cet excellent artiste. G— n.
FRANCHIÈRES. P^o^ez Fran-
ciÈres.
franghimont de FRANKEN-
FELD(NicoLAs), médecin allemand
du l'j". siècle, seigneur de Nemischel,
Nalschowilz et Kuiowitz , comte pa-
latin impérial , archiâtre et conseiller
des empereurs Ferdinand 11 1 et Léo-
pokl 1'^,, physicien juré du royaume
de Bohême, professa, pendant qua-
rante-trois ans, la médecine à l'uni-
versité de Prague, et mourut le 25
février 1684, laissaul quelques ou-
vrages qui ne justifient point les titres
brillants dont il fut décoré : L IVexus
galeno - hippocraticus de passione
hypocondriacd ^ Prague, lô-jS, in-
4 . II. Lithotomiamedica y seu trac-
talus lithontripticus de calculo re~
miin etvescue^ IVague, i683, in-8**.
Lecom|>iiateur decette rapsodie insi-
gnifi aite attribue au bois néphrétique,
et même au verre pilé, la faculté de
dissoudre la pierre dans la vessie. On
trouve en outre dans ce pitoyable écrit
plusieurs traits d'«me créduhté tellc-
meut absurde, que la plume se refuse
à les retracer. Mais Franchimont était
riche ; il était revêtu d'emplois émi-
nents; il était l'ami du prince: aussi
FRA
lies courtisans lui assignèrent-ils une
place distinguée parmi les plus grands
hommes du siècle; et sa mort fut dé-
plorée comme une calamité publique ,
par le professeur JiMO-François Lœw :
Anatomia prolomedici ^ seu oratio
funehris'm Nicolaum Franchimon-
tium, Prague, i684,in-4°- ^'^•
FiUNCHINI (François), poète
latin , ne en 1 495 à Coscnza dans la
Calabre citërieure, suivit d'abord la
carrière des armes avec assez de dis-
lincliou. Il faisait partie de l'expédi-
tion que Charles-Quint conduisit en
Afrique en 1 554 • ^^ vaisseau qu'il
montait, battu par une violente tem-
pête, ayant etc jeté contre la côte, oii il
se brisa, ce ne fut qu'en affrontant
de nouveaux dangers que Franchini
parvint avec ses compagnons à re-
joindre l'armée de l'empereur. Fati-
gue de la vie errante qu'il avait me-
née jusqu'alors , il se démit de ses
emplois militaires, et embrassa l'état
ecclésiastique. Le talent qu'il annon-
çait pour la poésie, lui fit bientôt d'il-
lustres protecteurs à la cour de Rome.
Le pape Paul III le nomma à l'évê-
ché de Massa , auquel il renonça peu
de temps après pour celui de Popu-
lonia. Il mourut à Rome en i554, à
l'âge de cinquante-neuf ans , et fut
inhumé dans l'église de la Trinité-
du-Mont, où l'on voit son épitaphe.
De Thou dit que Franchini avait com-
posé quelques Dialogues qui ne le
cédaient pas à ceux de Lucien j mais
il est le seul qui ait parlé de cet ou-
vrage, inconnu à tous les bibliogra-
phes. Franchini a publié lui-même
le Recueil de ses poésies , quelques
mois avant sa mort, Rome, i554?
in 8'. Ce volume contient un poème
intitulé Marina, oii il traite de l'ori-
gine de la manne de Calabre , et de
ses qualités ; uii livre auquel il a
donné le hUc d' Heroës , parce qu'il
XV.
FRA 455
contient les éloges de plusieurs hom-
mes célèbres, entre lesquels, par une
singularité remarquable , il a placé
celui de son cheval Liparo; un livre
d'élégies et cinq d'épigrammes. Son
style, formé sur celui des bons mo-
dèles, a delà grâce et de la facilité;
on trouve de la douceur dans ses élé-
gies: ses épigramraes ne manquent
pas d'agrément j mais dans le nom-
bre il y en a plusieurs de trop vives,
et d'autres trop licencieuses; aussi ce
volume a-til été mis à l'index. Les
Poésies (le Franchini ont été réim-
primées à Baie, 1 558 , in - 8". Celte
édition est moins belle et moins rare
que la première. On trouve les meil-
leures pièces de Franchini dans les
Carmina illustrium poëtarum Ita~
lorum de ïoscano, et dans les Deli-^
ciœ poëtarum Italorum deJcanGru-
ter. W— s.
FRANCHINI (Jean), cordelier,
né à Modène le 28 décembre 1 633 ,
fut reçu docteur en théologie à Fer-
mo en 1 66 1 , et professa cette science
pendant plusieurs années ; il se livrait
en même temps à la prédication , et il
parut dans les premières chaires de
l'Italie avec un grand succès. Le duc
de Modène lui accorda le titre de
son théologien : il avait déjà celui
d'historiographe de l'ordre de S. Fran-
çois; et, dit Tiraboschi, si ce labo-
rieux écrivain eût réuni à son acti-
vité pour les recherches, plus de dis-
cernement et un style plus pur , il au-
rait mérité une place distinguée parmi
les historiens de son ordre et de sa
patrie. Il mourut à Modène le 4 avril
1695, à l'âge de soixante-deux ans.
On a de lui : L Status reli^ionis
Franciscanœ minorum conventua-
lium j, Rome, «682, in - 4". IL
De anliquitate Franciscand con-
ventualibus adjudicandd , Ronci-
glioue^ j685, in -4°. IH- Biblio-
28
4M
FRA
sophid e memorle letterarie di Scrit-
toi i FrancescardconvenlualiclChnn-
no scritto dopo Vanno 1 585 , Mo-
dène, 1695, in-4"*) rare, n'ayant
ëlé tire qu'à 4oo exemplaires. Le
P. Fra»!chini a en outre fourni plu-
sieurs articles au Journal de Mo-
dem (du P. Bacchiiii), dans lequel
il s'était chargé de ranaly>c des ou-
vrages de théologie; et il a laissé des
manuscrits intéressnnts , entre au-
tres , une Vie de Sixte V ^ avec des
Remarques critiques sur la vie de
ce pontife, par Gregorio Leti, et
des Notes concernant les écrivains de
Modène, dont Tiraboschi a profité
pour la rédaction de sa Biblioteca
Modenese. W — s.
FRâNGIA (François Raibolini,
dit le), peintre , naquit à Bologne.
J^a date de sa naissance n'a été rap-
portée par aucun auteur. Jl est seule-
ment certain qu*il travaillait déjà un
peu avant 1 490 , cl que dans sa jeu-
nesse il était orfèvre et graveur. On a
de lui des médailles et des monnaies
dont le style est élégant et soigné. Sou
premier tableau , qu'il fit en i49o
pour la chapelle Benlivoglio à Saint-
Jacques de Bologne , est signé, Fran-
ciscus Francia aurifex. L'artiste
semblait alors vouloir dire que sa
profession véritable était l'orfèvre-
rie, et non la peinture. Peu à peu
son génie se développa : on distingue
«a première et sa seconde manière.
Son style tient un juste milieu entre
celui du Périigin et celui de Jean
Bellin. Raphaël le compare à ces deux
maîtres (c'était alors un compliment
flatteur ) , et aux meilleurs peintres du
temps, dans une lettre qu'il a écrite
en i5o8, et qui est rapportée par
Walvasia. 11 loue particulièrement les
Madones de Francia , et dit qu'il
n'en voit d'aucun autre aitiste qui
soient plus belles ^ mieux faites et
FRA
plus dévotes. En effet , les produc-
tions de François présentent le choix
et le ton de couleur du Pérugin , et
se rapprochent de la manière du iJel-
lin pour les contours, les plis et les
drajteries. Dans les têtes, Francia n'a
pas la douceur et la grâce du premier ;
mais il a plus de dignité et même de
variété que le second. Il les égdie dans
l'élude des p lysages ; mais il reste
au-dessous d'eux dans les vues d'ar-
chitecture. Gavazzoni , trompé par Té-
loge de Raphaël que nous venons de
citer, prétend que ce grand homme
apprit du Francia sa belle manière
qu'il siibstitua à celle du Pérugin.
Cavazzoni oublie qu'à St.- Sévère de
Pérouse , Raphaël a montré dans ses
prenii( rs ouvrages une touche déjà
plus ferme que celle des plus belles
compositions du Pérugin et du Fran-
cia. C'est plutôt sur l'exemple à^Frà
Bartolomeo délia Porta et de Mi-
chel Ange que Raphaël a pu chercher
à se corriger. Quoi qu'il en soit , Ra-
phaël aimait et estimait Francia : il
entretenait a';ec lui une correspon-
dance; et quand il envoya à Bologne
son tableau de Ste. Cécile , il le pria
d'y faire des corrections, s'il y trou-
vait des défauts. Modestie admirable
chez l'Apelle moderne! Vasari dit que
Francia mourut de jalousie a près avoir
vu la Ste. Cécile. Malvasia le réfute ,
et prouve qu'il vécut encore plusieurs
années. Ce dernier ajoute cependant
que Francia , quoique déjà vieux ,
changea de manière , sans doute pour
imiter Raphaël. Ce fut à cette époque
qu'il peignit et exposa dans une cham-
bre de l'hôtel des Monnaies , ce S. Sé-
bastien si fameux, qui servit long-
temps de modèle à l'école de Bolo-
gne, et dont on copiait les propor-
tions , comme les anciens copiaient
la statue de Polyclcte, reprc.sentant
un garde des rois de Perse , qu'où ap-
FRA
pelait la Règle , et comme îes mo-
dernes font des études de V Apollon
et de Y Antinous. Le Musée du Lou-
vre xic possède qu'un tableau de Fran-
çois Francia : il représente Joseph
d'Arimathie , S. Jean et les trois
Maries j qui pleurent Jésus descendu
de la croix, et posé sur les genoux
de sa mère. Francia mourut le 7 avril
1 553. — Jules Francia , son cou-
sin , qui florissait en 1 5t)0 , s'appli-
qua peu à la peinture. H mourut en
i54o , et fut inhumé à St.-François,
â Bologne. — Jacques Francia, fils
de François, mourut en i557, et fut
également enterré dans la même égli-
se. Jacques imita tellement le style de
son père , qu'on ne dislingue pas l'un
de l'autre, si l'on examine IcMirs ou-
vrages avec peu d'attention. Jusqu'ici
on avait attribué à François un beau
S. George qui est à iiolognej mais
on y a découvert récemment cette si-
gnature : /. Francia , 1 5'26. Quel-
ques - unes de ses Madones ont été
gravées par Augustin Carrache. —
Jean-Baptiste Francia, fils de Jac-
ques, mort en 1 576 , a laissé à Sainl-
Roch de Bologne un tableau très mé-
diocre. A — D.
FRANCIÈRE. T.Choiseul.
FRâNCIÈRES ( Jean de ), Fran-
chières ou Franquières , chevalier de
Rhodes ou de St. -Jean de Jérusalem,
vivait à la cour de Louis XI , et y
jouissait de la réputation d'un homme
instruit , puisque Naudé le cite pour
prouver qu'avant le règne de Fran-
çois I*^ la noblesse cultivait déjà les
sciences. Comme il porte le nom d'un
village de l'Ile-de-France , on peut
conjecturer qu'il y était né , ou du
moins qu'il en possédait le fief j il
était en outre commandeur de Choisy
et grand-prieur d'Aquitaine. On ignore
les autres détails de sa vie. Francières
est auteur d'un ouvrage intitulé : La
FRA 455
Fauconnerie recueillie des livres des
trois maistres ( Malopin , Michelin et
Aymé Cassian ) ; ensemble le dédut
des chiens de chasse. Lallemand (^i-
bliolhèque des auteurs qui ont traite
de la chasse ) en cite une édition de
Paris, Pierre Sergent, in-4". gothi-
que, qu'il croit de i5i i , et qui est
extrêmement rare. La Fauconnerie
de Francières a été réimprimée avec
celle de Guillaume Tardif ; plus ,
la Follerie d'Artelouche d'Ala-
gona , Poitiers, 1567, in-4°., fig.,
rare; et à la suite de la Vénerie de
du Fouilloux, Paris, i585, i6oa,
1607, ïGj8, 1624 et i6'28, in-4^.
Cet ouvrage , dit Lallemand , a eu
bien de la réputation : il annonce en
effet beaucoup d'expérience , de lec-
ture et de réflexions. Sou principal
mérite ne peut guère consister au-
jourd'hui qu'à nous rappeler h s usa-
ges et la naïveté du temps oii il a été
composé. Le Traité des chiens de
chasse roule « sur leur nourriture ,
» leur éducation , les remèdes qui
» leur sont convenables, et sur leur
» génération. Il n'est chose au monde
» plus ridicule et plus bizarre que le
» chapitre qui enseigne l'art de les
» mettre en chaleur. » W — s.
FRANCIOTTI. F.Fozio.
FRANCIS (Philippe), littérateur
du 18^. siècle, fils d'un ecclésiastique
irlandais, et élevé lui-même pour
l'église, se fit connaître avantageuse-
ment par une traduction complète, eu
vers anglais, des œuvres d'Horace,
accompagnée de notes, et qui fut pu-
bliée en 1743. Elle obtint un succès
mérité, vu la difficulté de l'exécution ,
et eut plusieurs éditions consécutives ;
la 7''. parut en 1765. M. Edouard
Dubois , auteur de traductions eu
vers de Sapho, a donné, en 1807,
une édition nouvelle de l'Hurace de
Francis, avec le texte original, les
28..
456 FRA
notes du traducteur, et des notes ad-
ditionnelles, 4 vol. in- 1 '2. Francis fît
paraître, en 1755 et 1755, une tra.-
duclion de Dcraosthènes , en 2 vol.
in-4*'. On cite aussi de lui deux tra-
gédies , Eugénie ( 1 73*2) et Constan-
tin (1754), qui n'eurent pas beau-
coup de succès. Quelques écrits poli-
tiques, qui lui furent commandés par
le ministère, lui valurent des gratifi-
cations pécuniaires assez considéra-
bles, et la cure de Barrow, dans le
comté de Suffolk , avec la place de
chapelain de Thôpilal de Chelsea. Un
écrivain anglais lui a attribué , con-
jointement avec son fils , les célèbres'^
lettres de Junius; mais cette suppo-
sition a dû paraître bien absurde à
ceux qui ont pu comparer le style
énergique et éloquent de ces lettres
avec la prose faible et sans couleur
de Francis. Philippe Francis était un
liomrae d'un caractère jovial , mais un
peu adonné à l'ivrognerie. 11 mourut
à Bath, le 5 mars 1775, laissant uu
fils, sir Philippe Francis, qui a eu
quelque part à ses travaux littéraires ,
et qui a été depuis membre du con-
seil suprême du Bengale. X — s.
FRAlSCIvS (Anne) , Anglaise dis-
tinguée par un esprit cultivé et même
par une érudition peu enviée par les
personnes de son sexe. Elle a publié
quelques ouvrages de poésie, d'un ton
Î>assionné, où l'on trouve des vers
leureux et énergiques, mais beau-
coup d'inégalité, et un style pres-
que constamment métaphorique, dont
sa prose n'était pas exempte non plus;
défaut que lui avait fait peut - être
contracter la lecture des écrivains
hébreux dont elle avait fait une étu-
de particulière. Voici les titres des
ouvrages de miss Francis : I. Tra-
duction en vers du Cantique de
Salomon, d'après l'original hébreu,
avec uu Discours préliminaire , et
FRA
des notes historiques , critiques et ex-
plicatives^ in-4^ , 1781. 11. Les Fu-
nérailles de Démétrius Poliorce-
tes , poème , in - 4*^. , 1 785. 111.
Charlotte à TVerther^ épître en vers,
in-4". , 17B7. \N . Poésies mêlées j
in-S"., 1790. Elle épousa depuis un
ecclésiastique, nommé Bransby, et
mourut le 7 novembre 1800. X — s.
FRANGISCI ( Jean ) , médecin , né
en 1 532 , à Ripen ou Rybe , dans le
Jutland septentrional, cultiva la poésie
latine avec succès. 11 voyagea dans
sa jeunesse, parcourut les principaux
états de l'Europe, et s'arrêta en France,
où il se lia d'amitié avec les personnes
qui partageaient son goût pour les
lettres. De retour dans sa patrie , il
publia quelques pièces de vers , qui
lui méritcrent le laurier poétique, et
l'estime de Melanchthon , de Tycho-
Brahé , de Pierre Lotichius et de plu-
sieurs autres hommes célèbres. La ré-
putation qu'il s'était faite comme poète,
ne fut pas , ainsi que cela n'est arrivé
que trop souvent , un obstacle à sa
fortune. Il pratiquait la médecine avec
autant de talent que de bonheur , et il
fut nommé professeur de cette science
à l'université de Copenhague en i 56r.
Il mourut en cette ville, le 4 juillet
1 584 ) 3 l'âge de 52 ans. On cite de
lui : 1. De oculoriimfahricd et colo-
rihus Carmen , Wittemberg , i S5t) ,
in-8". 11. Iter Francicum elegis des-
criptum , cum ejusdem epigramma-
tibus yTuhm^en, i55q :c'est un voya-
ge en Franconie; on l'a réimprimé dans
VHodœporicus sive itinera totius
ferè orbis, par Nicol. Reusner. Frau*
cisci a, en outre, traduit en latin plu-
sieurs Traités d'Hippocrate et de
Galien. • W — s.
FRàISGISCI( Erasme), savant lit-
térateur, iiéàLubccken 1627, était
fils de François Fix, conseiller intime
du duc de Brunswick; mais les revers
FRA
de fortune qui l'accablèrent ne lui per-
mettant pas de porter, avec honneur,
le nom de sa famille, il prit , par res-
pect pour la mémoire de son père,
qu'il ava't perdu de bonne heure ,
celui de Francisci, le seul sous lequel
il soit connu maintenant. Francisci fit
^es premières e'tudes avec beaucoup
de succès , et s'appliqua ensuite à
l'histoire et à la jurisprudence, deux
sciences dans lesquelles ses progrès
furent très remarquables. Un de ses
oncles , homme distingue' pour son
savoir et sa pie'le, se chargea de com-
pléter son éducation en lui faisant vi-
siter les pays étrangers; son oncle mou-
rut dans le voyage. Francisci continua
à parcourir seul l'Allemagne et la Hol-
lande, d'où il revint au bout de quel-
ques années , l'esprit orné de nou-
velles connaissances. Il se maria peu
de temps après; et ayant voulu faire
rendre compte à ses tuteurs ^l'admi-
nislralion de ses biens , il se trouva
que son riche patrimoine avait été en-
tièrement dissipé :1a dot de son épouse
était entre les mains de créanciers de
mauvaise foi ou insolvables; de sorte
qu'après avoir joui de toutes les dou-
ceuis que donne une grande fortune,
il se voyait exposé à toutes les horreurs
de la misère. Accablé de chagrin , il
partit avec sa famille pour Nuremberg,
où il fut accueilli par le sénateur Dop-
pelraayer , qui s'empressa de ft)urnir
à tous ses besoins avec une rare géné-
rosité. Francisci, ne voulant pas abu-
ser des bontés de son bienfaiteur,
chercha de suite à tirer parti de ses
connaissances en littérature : il entra
dans une imprimerie comme cor-
recteur; et réduisant ses dépenses
au strict nécessaire, il parvint à sou-
tenir sa famille du produit de sou tra-
vail. Il s'accoutuma si bien à cet état
de médiocrité, qu'il ne voulut pas en
changer , et qu'il refusa constamment
FRA 457
les emplois brillants qu'on lui offrit
dans la suite. 11 accepta cependant, en
1688 , la charge de conseiller du
comte d'Hohenlohe, mais avec l'autc-
risation de continuera habiter Nurem-
berg. Un accident qui lui fracassa les
deux jambes , lui rendait d'ailleurs le
déplacement assez difficile. La vie de
cet homme si modeste et si désintéressé
fut très-laborieuse mais tranquille ; et
il mourut dans de grands sentiments
de piété , le 12 décembre 1 694. Son
oraison funèbre fut prononcée par
Jean Conrad Feuerlin ; elle a été im-
primée en lôg-; , in-fol., dans un re-
cueil de pièces du même genre. Jean
Conrad Zeltncr lui a consacré un ar-
ticle très étendu dans son Theatrum
viror. eruditor.quitfpographiis lau-
dabilem operam prœstiterunt. On
trouvera , à la suite de ces deux pièces ,
la liste des nombreux ouvrages de
Fraiîcisci : les uns , et c'est le plus
grand nombre, roulent sur des ma-
tières théologiques , aujourd'hui fort
peu intéressantes, et les autres sur
différents points d'histoire; mais tous
sont écrits en allemand, et par consé-
quent ne sont guère connus hors des
pays où l'on parle cette langue. Nous
indiquerons seulement : I. Le Par-
terre ( Lust und staats Gartcn ) des
Indes orientales et occidentales ,
et de la Chine ; publié sous le nom
de Chrétien Minsicht. II. La Guir-
lande (liluraenpusch) de Guinée et
d'Amérique. \\\.Le Florus polonais
( PohUilscher Florus). IV. Théâtre
(Schaubiihne) de curiosités de toute
espèce, en trois parties. La première
partie passe pourson meilleurouvragc.
V. Fies et exploits des plus Illustres
voyageurs. C'est une histoire des dé-
couvertes de nouveaux pays , tant par
terre que parmer. Vf. /?e/afio/i delà,
magie des Ijapons. I! fut aussi l'édi-
teur de la Description historique et
458 F^ A
topograpJùque du duché de Carniole
( en allemand), I.aybacli, 1689, 4 vol.
in-fol. Les figures en sont exactes , et
cet ouvrage est estime', W — s.
FRANCIUS '^Pierre Fransz, plus
connu sous le nom de ), ne à Amster-
dam le 19 août 1645, est compte à
Lon droit pa mi les modernes qui ont
cultive, avec le plus de succès, l'élo-
quence et la poe'sie latines : il ne ne'-
gngea point pour cela, comme tant
d'autres, sa langue maternelle j mais,
à Tt xemple des Hoogstratcn , des
Broekbuizen , il s'y appliqua aussi
avec soin , et il a e'ië inscrit , par l'his-
torien delà poésie hollandai.se, M. de
Yries , au nombre de ceux qui ont
bien me'rile d'elle. ( T. I , pag. '28 1 .)
Francius fil ses hurannite's dans sa
ville natale, sous un excellent maître ,
Adrien Junius, dont il s'est plu à
ce'lébrer les leçons , les conseils
et l'exemple , dans son discours
pro Eloquentid , imprimé parmi ses
Œuvres posthumes , p. 67. Junius,
qui avait reconnu la trempe de son es-
prit, lui recommanda en particulier,
l'étude et l'imitation d'Ovide. Francius
passa ensuite à l'université de Leyde ,
oii il s'attacha successivement aux
Grouovius, père et fils (Jean-Frédé-
ric et J cques ), l'un et l'autre guides
etmodèles parfaits. Après avoir fini ses
éludes académiques , Francius voyagea
en Angleterre , en France , en Italie , et
fut honorablement accueilli partout;
il se lia plus p irticulicrement à Paris
avec le P. Rapin; il fut créé docteur
en droit à Angers. Enfin , de retour en
Hollande, il fut nommé, en iQ']^,
professeur d'élo(|UPnce et d'histoire,
et de p'us , deux ans après , de langue
grecque, à Amsterdam. L'université de-
Leyde tenta inutilement de l'enlever à
sa ville natale , où il est mort le jour
anniversaire de sa naissance , en 1 7 o3.
On a de lui : L Foëmata, Ainsterd.^
FRA
1672, in- 1 a, et 1 696, in-B".!! suffit
de dire , pour sou éloge , qu'il fait
honneur à l'école hollandaise , si re-
marquable en ce genre. IL Orationesy
Arast., 1692 et 1704, in-8°. (i)
\\\. Spécimen eloquenliœ exterioris
primum , ibiJ , 1697 *^^ ^7^^»
in-8'. IV. Spécimen eloquenliœ eX'
terioris alterum , ibid. , 1699. C^^'
un double cours de déclamation ; le
premier, sur la harangue de Cicéron,
pro Orchid; le second, sur celle pro
Marcello. Francius aimait ces exer-
cices oratoires , auxquels l'avaient
formé Junius , son premier maître ,
et un acteur du théâtre hollandais ,
no'nmé Adam Karelsen. Francius a
célébré le talent extraordinaire de ce
dernier , dans son discours déjà cite'
pro Eloqnentid^ p. 58 et suiv. Fran-
cius , ainsi que son maître Ka-
relsen, à l'exemple de Démostbènes,
plaçait iis disciples devant un miroir,
et leur faisait remarquer le mouve-
ment des yeux , de la bouche , de la
main , du corps entier; sur quoi il a
été raillé à tort par Mcnckenius, dans
sa Charlatanerie des savants. Un des
discours de Francius,inj primé d'à bord
à part , en 169G, et ensuite dans le
recueil de ses orationes , et intitulé ,
De ratione declamandi , a été tra-
duit en hollandais sous le titre de
Traité de laprononciation et du geste
de l'orateur. V. Il a traduit dans cette
langue , de main de maître , < t ac-
compagné dénotes {'Homélie deSt.-
Grégoire de Nazianze sur la cha'
rite envers le prochain, Amst. , 1 699,
in-i*i. VI. Pour l'honneur de Fran-
(l^ Ottdans un de rr« discours , prononcé m
novembre 1691 , que, prenant parti ilans la que-
reUe de» . nrico* ei des uodernes , il traite IVr-
raiilt «ans méa.'gement. Ce dernier, dans une
lettre à Ménage , insérée à la fin du tome II de son
ParnUèie ties anciens et det modernef, mppnrte
textuellemeut le» injures dont l'^ceablail le pro-
fesseur liolUndai», et met dan» sa réponse autant
d'aménité que »oa adveriairc ca «TMl mi» pea
<iaof*a critique.
FPxA
cius et de son adversaire Jacques Peri-
zonius, déguise' sous le nom de C. Va-
lerius Accinclus, i! faudrait passer sous
silence une querelle assez peu litleraire
qui éciata entre eux , en 1696 , et qui
a (ionné lieu à quelques pamphlets.
Vil. Le libraire Henri Welslein a
pubiie à Amsterdam , en 1 7 06, in-S".,
et accompagne d'une notice biogra-
phique , P. Francii opéra poslhu-
ma ( discours et poésies ) , quitus
accédant illustrium erudilorum ad
eumdem epistolce. VI II. 6es poe'sies
hollandaises n*ont pas ëte' recueillies;
elles ne se trouvent qu'isolées ete'par-
ses. IX. Conjecturœ in Musei poëma
dellerone et Leandro.Jeau Schrader
les a publiées dans son édition de
Musée , Leeuwardc , 174^1 in-S".
Fraucius les avait écrites à la marge
d'un exemplaire de l'édition de ce
poème pnr David Whilford , Lon-
dres , 1659. 11 professiit sur Musée
une opinion particulière. Ce poète lui
semblait pouvoir être le même que
Nonuus. f^oj'. la préface de Schrader,
p. i5. 11 avait chargé de pareilles notes
marginales ses exemplaires de Lucrèce,
de Qiiinte-Curce , des Harangues de
Démosthènes, etc. P. iîurman cite très
fréquemment des conjectures de Fran-
cius dans ses notes sur l'Antholodc
felme. M— ON.
FRANCK (JÉRÔME, François et
Ambroise), peintres flamands, nés
à Héi entais , dans le i6". siècle ,
étaient fils de Nicolas Franck, que
l'on croit avoir été peintre. Ils étu-
dièrent leur art sous Franc Flore ,
et tous trois se distit)guèrent par leur
talent. — Jérôme , appelé en France,
])eignait avec succès le portrait et
l'histoire : il fit à P.iris plusieurs ou-
vrages estimés , entre autres , uti ta-
bleau de la Nativité y daté de i585 ,
qu'on voyait au grand autel des Cor-
delicrs. Henri lïl le nomma son çrc-
FRÂ 459
mier peintre de portraits. Nonobstant
celte faveur , il quitta Paris , passa
quelque temps eu Italie , et revint
s'établir à Anvers, où , succédant à
la réputation de Franc-Flore , que la
mort venait d'enlever, il vit se réu-
nir à lui tous les élèves de ce peintre
célèbre. La manière de Jérôme Franck,
se rapproche de celle de son maître :
on préfère ses grands tableaux à ses
petits, pour le mérite de la compc. " •
tion et de l'exécution; les sujets en sont
presque tous tirés de l'Ecriture sainte
et de l'Histoire romaine. On cite,
comme un de ses meilleurs ouvrages,
le tableau de St. Gomer, placé dans
une chapelle de Notre-Dame d'Anvers,
— François Franck , dit le Fieux , a
mérité aussi d'être rangé parmi les
bons artistes de son temps : on peut
en juger par son tableau de Jésus-
Christ au milieu des docteurs, qui
se voit à Notre-Dame d'Anvers , et
qui passe pour son chef-d'œuvre. Ses
ouvrages les plus estimés existent eu
Flandre et dans les galeries de Dresde
et devienne. Les particularités de sa
vie sont peu connues; il fut reçu dans
la communauté des peintres d'Anvers,
en i56i. Ou le croit père de Frai;-^
çois Franck, dit le Jeune, et de
Sébastien Franck. Il parvint à une
extrême vieillesse; mais l'époque de
sa mort est incertaine, -w Ambroise,
le plus jeune des Franck , s'acquit une
plus grande réputation que ses frères
dans le genre de l'histoire. Plusieurs
grands ouvrages placés à Notre-Dame
d'Anvers , et surtout le Martyre de
St. Crépin et de St. Crépinien , con-
firment celte supériorité. — ^ Sébastien
Franck , fils de François , dit le^
Fieux y né vers 1570, fut élève de
Van-Ort, et peignit avec succès le
paysage et les batailles. Une bonne
couleur, une touche légère, funt le^
mçi,ilc piincipal de sç$ ouvrages ^ d
4io F R A
rendait fort bien les chevaux, el dis-
posait agiëablemcnt ses figures. On
voit dans les galeries de Munich et de
Vienne quelques tableaux qui font
honneur à ce maître. 11 vécut long-
temps à Anvers, et il passe pour avoir
eu deux fils , l'un, Gabriel Franck. ,
qui fut directeur de l'académie de
cette ville en i634j et l'autre, Jean-
Baptiste Franck, qui suivit les traces
de son père, mais e'tudia en même
temps la manière de Rubens et de
Van-Dyck , et varia le gejirc de ses
productions : les plus recherchées
étaient ses représentations de cabi-
nets, ou galeries ornées de peintures.
On y admirait le goût et l'adresse
avec lesquels il rendait tous les maî-
tres qu'il avait voulu imiter. — Fran-
çois Franck , dit le Jeune , frère
de Sébastien , naquit à Anvers en
1 58o : élève de son père , et imita-
teur de sa manière , il le surpassa
en peu de temps. Il voyagea d'abord
en Allemagne, puis en Italie, et s'ar-
rêta principalement à Venise, pour
y étudier les grands printres de ce
pays , dont le coloris le séduisait.
Les fêtes du carnaval fixèrent son at-
tention , et occupèrent son pinceau ,
de préférence à d'autres sujets plus
relevés j mais il sut rendre, avec une
finesse el une vérité surprenantes, les
scènes variées de ce genre. De retour
dans sa patrie, il se livra tout entier
à l'histoire, qu'il traita le plus sou-
vent eu petit, d'une manière vive,
facile et ingénieuse : on lui reproche
seulement un peu de désordre dans
ses compositions ; mais ce défiut est
racheté' par le mérite de sa couleur,
et par la délicatesse de sa touche. Son
tableau pour la chajiclle des Qualrc-
Couronnés à Notre-Dame d'Anvers,
dont le sujet est tiré des Actes dis
Apôtres, lui fit une grande réputation.
Il travailla beaucoup , fut admis dans
FRA
la communauté des peintres d'Anvers
en !6o5, et mourut dans cette ville en
1642. Le musée du Louvre possédait
trois de ses tableaux , représentant ,
le premier , la Fortune dispensant
les biens et les maux ; le deuxième,
le Christ entre les larrons ; le troi-
sième, la Fiers^e, St. Joseph et le
Sauveur du monde , dans un médail-
lon ovale, entouré de fleurs peintes
par Daniel Scghcrs , dit le Jésuite
d'Anvers. — Constantin Franck ,
issu de la famille des précédents , et
né à Anvers en 16G0, fut peintre
de batailles : il dessinait bien la fi-
gure, et surtout lesclievaux; mais
il manquait de chaleur, et tombait
dans la sécheresse. Cependant on loue
sans restriction un tableau de ce
])eintre , représentant le Siège de
Namur, par Guillaume ill, roi d'An-
gleterre. Cet ouvrage , plein de vé-
rité, d'une touche libre et vigoureuse,
aurait assuré ia gloire de son auteur ,
s'il avait fait briller le même talent
dans ses autres productions : m.iis,
s'étant marié richement, il négligea
la peinture , et en fut puni ; car il
mourut pauvre. Il avait été directeur
de l'académie d'Anvers en iGqS. —
On compte encore parmi les peintres
un Franck , appelé Laurent , qui
fut le maître el le beau-père de Fran-
cisque Mile. On le dit natif d'Anvers,
d'où i! vint s'établir à Paris. La con-
formité du nom , du genre et de la
manière de la plupart de ces maîtres,
fait souvent confondre leurs ouvrages ,
qui sont en général moins recherches
qu'autrefois, malgré leur mérite réel :
on s'accorde à donner la préférence
à ceux de Franck le jeute , que les
connaisseurs regardent comme le
plus habile de cette famille d'artistes.
V— T.
FRANCK DE FRANCKENBFRG
(Bkrna^), né à Inspruck, moino
FRA
béiiëdiclin , fut d'abord bibliothécaire
de St.-Gail, et devint, en 1743,
prince-abbc de Disentis , dans le pays
des Grisons. 11 est mort en 1^65 , à
rage de 70 ans. Il a dressé le cata-
logue de la bibliothèque de St.-Gall ,
qui n'a pas été imprimé. 11 a publié :
1. Une savante Dissertation ( Disser-
talio critico-historica de Notkero
Labeone , tertio autore theotiscœ Pa-
raphraseos Psalterii ) , qui se trouve
dans le Recueil de Schiller , Thésau-
rus antiquitatum teutonicarum. ( F.
JN'OTKER. ) 11. Une Lettre italienne au
cardinal Quirini , sur l'avalanche qui
a détruit le village de Rueras dans
les Grisons , datée du 20 mars 1 7/19?
12 pag. in-fol. Quelques lexicogra-
phes , entre autres , Haller et Adelung,
trompés par le double nom, ont fait
deux personnages de Franck et de
Franckenberc\. M — n — d.
FRANCK ou FRâNKE ( Jean-
MicuEL ), bibliothécaire du comte
de Bunau ( P'. Bunau ), et ensuite de
la bibliothèque électorale de Dresde ,
né en 1717 à Ebersbach , près de
Grossenhayn , en haute Saxe , mort
le ig juin 1775 , a rédigé le Catalo-
gus Bibliothecœ Bunavianœ , Leip-
zig , 1750-56, 3 tomes en 7 vol.
1-./;°.
ouvrage précieux qui ma
Iheu-
rcusement n'est pas fini. Le tom. I' ^ ,
divisé en trois volumes , comprend
les livres saints, les auteurs grecs,
les auteurs latins anciens, les auteurs
judaïques et raahomélans , les poly-
graplies en latin, italien, espagnol,
français, allemand, anglais; l'histoire
littéraire en général , et en particulier
l'histoire des sciences et arts , l'his-
toire dés bibliothèques et les catalo-
gues , l'histoire des écoles , acadé-
mies , sociétés littéraires ; l'histoire
particulière des savants ( partie à la-
quelle renvoie si fréquemment l'O/io-
masticon de Sixius ); les mélanges
FRA 44t
littéraires , les méthodes des études ;
les grammairiens et philologues, les
épistolaires , les rhéteurs et orateurs,
les poètes : à la fin du troisième vo-
lume est une table des auteurs, une
des anonymes et une des matières.
I*e tome II est consacré à l'histoire
en général , la cosmographie , la
géographie, la généalogie , l'art hé-
raldique, la chronologie, les auleuiJS
d'histoire universelle; l'histoire an-
cienne , grecque , romaine et byzan-
tine ; les antiquités et la numisma-
tique : une table triple termine aussi
ce volume. Le IIP. tome, divisé en
trois volumes , est consacré à l'his-
toire ecclésiastique, et à tout ce q^ui
s'y rapporte, tel que les pères, les
conciles , les hérésies , etc. ; le tout
terminé par une triple t;)bTe. Les titres
des ouvrages sont fidèlement trans-
crits dans ce Catalogue. Le rédacteur a
eu l'attention de rappoiii-r, non seule-
ment les dates , le format et le nombre
des volumes, mais encore Irs noms
des villes et des libraires : sous ces
rapports, c'est un guide sûr. A chaque
auteur, à chaque article , Franck ne
s'est pas contenté d'indiquer les édi-
tions complètes; il donne aussi les
éditions des parties détachées , les
traductions , dissertations , critiques ,
défenses auxquelles chaque ouvrage
a donné naissance : ce travail ne se
borne p^s aux pièces de ce genre
imprimées séparément ; il s'étend à
celles qui se trouvent dans les jour-
naux et collections que possédait la
bibliothèque Bunau. Le tome IV de-
vait contenir les historiens d'Italie et
d'Allemagne ; les tomes V et VI , ceux
d'Espagne, de France, d'Angleterre
et des autres pays : les tomes suivants
eussent été consacrés aux philosophes,
aux théologiens, aux jurisconsultes,
aux médecins. Franck avait publié ,
dès 174B, un Spécimen Catalogi
442 F R A
libliothecœ Bunavianœ , Leipzig ,
in-4"', et avait donné, vers la même
époque , une Dissertation en alle-
mand , sur la nécessité de perfection-
ner la géo£;rapliie. A. B — t.
FRA^CK ( Simon ), prêtre, et
poète latin, naquit à Jeraeppe, village
près de Liège, en i''j\\ ^ci ïii ses
études avec distinction dans celte ville.
Après qu'il eut achevé ses cours de
philosophie et de théologie , il entra
dans l'état ecclésiastique, et prit les
ordres. Il cultivait avec succès la poé-
sie latine, pour laquelle la nature lui
avait donné d'heureuses dispositions
et du talent. Parmi les pièces sorties
de sa p!ume, on cite avec éloge: 1. Un
Poème épique sur rétablissement
de la religion chrétienne au Japon ,
ou se font remarquer, dit-on, des épi-
.sodes intéressants et bien amenés, de
belles images, des comparaison» heu-
reuses, et de très beaux vers. 11. Une
ode In impios sœculi nostri scriptores.
Ces deux pièces ont été insérées dans
le recueil iutilulé , Musœ Leodienses,
Liège, 1761 et 1762, 1 vol. in 12.
Le poème épique sur rétablissement
du christianisme au Japon a aussi été
imprimé à la suite de la Fie de
St. François Xavier ^ par le père
Bouhours , édition de Liège, i-jB'i.
Franck, ecclésiastique plein de piété
et d'amour pour les devoirs de son
état, ne bornait pas ses occupations
nu culte des muses. Son zèle lui faisait
remplir, avec la plus louable ardeur,
les fonctions du saint ministère. Il
s'était principalement dévoué à celles
qui ont pour objet la visite des ma-
lades , ( l les soins spirituels à leur
lendre. Il fut victime de sa charité à
la fleur de son âge, et mourut en
i-y-ji, ayant à peine trente-un ans,
<^\jnc maladie contagieuse qu'il gagna
en portant à des personnes qui eu
fiaient attaquées, les secours de TE-
FRA
glise. — Franck ou Francq ( Dom.
Placide ), bénédictin de l'abbaye de
Gastcrn , s'est fait connaîtie par ses
prédications , et par la publication ,
en 1 726 et 1 727 , de deux vol. in-foL
de Sermons sur tous les dimanches
et toutes les fêtes de Vannée , recueil
que l'on peut regarder comme une
espèce de Bibliothèque des prédica-
teurs. L — y.
FRANCK. Foy. Franke.
FRANCKE ( Salomon ,, poète alle-
mand, et habile antiquaire, né à Wei-
mar, en 1659, était secrétaire du
consistoire supérieur dans sa pallie;
il remplit avec distinction la place de
conservateur des antiques du duc de
Wcimar , et publia le catalogue des
médailles les plus rares de son cabinet,
sous le litre suivant : Nummo-phy^
lacii Filhelmo'Emestini quod t'ina-
riœ ful^ety rariores bracteati numi'
quejftguris œneis expressif breviterque
explicali , Weimar, 1723, in-fol. Il
avait publié en allemand : I.Deux re-
cueils de poésies , Amsterdam , 1 697,
in-4°' > et lena, 1 7 1 1 . in-8 '. 1 ï. Sous
le nom deCléander , le Secrétaire de
cabinet, ou Introduction au stjle de
la chancellerie , 5 part, iu-8 '., lena,
1 7 1 o ; S*", édit. 1726.111. Une tra-
duction de Phèdre, ibid., i7i6,in-8'*.
— Francke ( Je tn-Christophe ), ju-
risconsulte allemand, né vers la fin du
1 7*'. siècle, s'est acquis une réputation
très étendue par son érudition , son
esprit de critique , et le zèle avec lequel
il a concouru à accroître le goût des
bonnes éludes dans sa patrie. On con-
naît de iui les ouvrages suivants : I.
Bibliothèque mélangée (en allemand).
Franc kc tut le principal coilaboraieur
de ce journal , auquel coopérèrent plu-
sieurs savants très estimables ; il en a
paru vingt-une livraisons , formant
douze tomes in-S*». , Halle, 1718 et
ann.suiy.II. Bibliotheca académie^
FRA
^ud disputationes , orationes et pro-
grammata, hoc anno vel primùm
édita , vel récusa , recensentur ,
Halle, 1 7 1 8 , in-4''., douze livrai^Olls.
C'est un recueil des pièces lues dans les
diffeieutes universités d'Allemagne, et
qui, à raison de leur peu d'étendue ,
étaient exposées à être perdues. 111.
Bibliotheca novissima ohservationum
ac recens ionum , Halle, i728,in-4'*.
Il n'a clé publié qu'onze livraisons de
cejournal, qu'il rédigeait en société avec
J. Goitlb. Heincccius, J. H.Schuîze, et
J. H. Kromaier. IV. Fitœ tripnrtitce
jurisconsultorum veteriim à Bern.
jRulilio , Joh, Bertrando et Guill.
^ Grotioconscriptœ, li:i\\e^ 1 7 i8,in-4".
Celte édition, due aux soins de Francke,
est la première où ces trois historiens
soient réunis : elle a sur les autres
l'avantage d'une meilleure division
dau« les matières ; et elle est en outre
enrichie d'une savante préface, et de
tables très amples qui en rendent
l'usage commode. V. Institutiones
juris cambialis, ïjcipzig, 1721, in-8 '. ;
Francfort, l'jSi , 1 vol. in-8". , ou-
vrage très estimé. 11 est l'éditeur de
l'excellente édition de Sigonius De
antiquo jure popuLi Bomani , publiée
à Lfi|!zigetà Halle, 1718, deuxtom.
iu-H"., avec une dissertation fort cu-
rieuse et fort estimée de Thomasius ,
De usu vario studii antiqidtaium
in primis in studio jurisprudentiœ.
W— s.
FRANCKE. Foy, Franke.
FRAINCKENAU. Foy. Frank.
FR ANCKENBERG (Abraham Dt) ,
gentilhomme allemand , né à Lud-
. wigsdorf , dans la principauté d'Oels,
en Silésie, en iSgS, s'infttua des
principes de Paraceise , et refusa tous
les emplois qui lui furent offerts par
son souverain, afin de se livrer entiè-
rement à sa passion pour les sciences
occultes. H passa la plus grande partie
FRA
445
wigsdorf, uniquenient occupé d'ixpc-
riences alchi^miques , et y mourut eu
i(i5i , à l'âge de cinquante-neuf ans.
H a laissé plusieurs ouvrages écrits les
uns en latin , les autres en allemand^
mais tous si peu intelligibles , qu'on
ne doit pas être surpris qu'ils soient
tombés dans l'oubli. On se bornera à
citer 'les suivants: I. Fita veterum
sapientum. 11. Nosce te îpsurn. 111.
Notce mysticœ et mnemonicœ ad
B échinas olam , sive examen mundi
Babhini Jedaia Happennini , anno
christi jubilaRO îyoi^aevœ. vulgaris i65o,
iG73,in-8'. , rare. IV. Baphaël ou
art z- en gel, Amsterdam , 1676, iu-4".
C'est l'explication des passages de la
Genèse relatifs aux anges. V. Une
Fie de Jacob Bochm, impiimée à la
tcte du recueil des œuvres de ce mys-
tique allemand , dont Fr-mckonberg
était un des plus zé!és disciples. Vl.
Gemma m,agica, Amsterdam , in-8".
Sur le titre de la plupart de ses écrits
il prend le nom de Franciscus Mon-
tanus. W— s.
FRANCKENBERG .Bernard de).
Foy. Franck.
FRAISCKENSTEIN ( Valentin
Franck de), historien allemand , con-
seiller intime et comte de la nation
saxonne en ïranssylvanie, né à Her-
manstadt, en 164^, et mort le 017
septembre 1 697 , ne nous est guère
connu que par l'ouvrage suivant : Bre^
viculus originum nationum et prœci-
puè saxonicœ in Transylvanid, cum
nonnuUis aliis ohservationibus ad
ejusdem jura spectantibus , è ruderi-
bus priwilegiorum et hiitoriarum
desumptis , Hermansladt , 1696,
in-i'2j traduit en allemand la même
année, par J, Friderici , et plusieurs
fois réimprimé à Colmar, à Helmstadt
et à Danfzig. Cet ouvrage ne manque
pas d'érudition J mais on lui reproche
4-^
H F U A
trop (le concision , et trop de vague
dans les citations. L'auteur fiit re-
monter au règne de Geysa II l'éta-
blissement de ia nation des Saxons en
Transsylvanie. Il avait fait ses études
à Aildorf, où l'on a imprimé , en 1666,
sa dissertation académique De œqui-
tate. Czwittinger lui attribue aussi un
ouvrage de pyrotechnie. — Franc-
KENSTEiN (Michel-Adam Franck de),
autre historien , peut-être de la même
famille que le précédent, naquit en
1657 , à Prague, où son père exerçait
une charge de magistrature. Entré à
treize ans dans l'ordre des jésuites , il
en sortit ensuite, se maria, s'adonna
aux lettres, a la poésie, et surtout à
l'histoire de sa patrie, et à la généalo-
gie des principales familles de Bohème.
Il passait dans son temps pour le meil-
leur latiniste de Prague, tant en vers
qu'en prose; et l'on mettait fréquem-
ment sa plume à contribution pour les
fêtes publiques et les discours d'appa-
rat. Il mourut dans cette ville en mars
1728. Il est auteur de plusieurs ou-
vrages , parmi lesquels ou distingue
les suivants: 1. Syntagma hislorico-
genealogicum de ortu alqiie pro-
gressa domûs comitum atque haro-
num fVoracziczkiorum , Prague ,
1708, in-fol. Les auteurs des Acia
eruditorum en louent le plan et l'exac-
titude, et vantent beaucoup l'érudition
de l'auteur. II. Sphinx in familiam
baronis de fViinschwitz. Il a aussi
été l'éditeur des Epistolœ maihema-
ticœ du P. Augustin de Sainte-Marie,
qu'il a enrichies de notes. W — s.
FRANCKENSTEIN ( Chrétien-
Frédéric), né à Leipzig en 1621 ,
fut professeur d'histoire à l'université
de cette ville, et y mourut en 1679.
11 s'était acquis une réputation très
étendue en Allemagne , par son sa-
voir. On connaît de lui : 1. Ey.sptç ma-
cidarum solarium , Leipzig, i(54ï ,
FRA
in^". n. Disputatio de novo anno^
ibid., 1673, in-4°. III. De œrario
populi romani, imprimé séparément,
et inséré ensuite par Graevius dans
ses Dissertationes historico philo-
logicœ. On lui doit encore une bonne
édition de l'histoire de Benjamin
Priolo : Ab excessu Ludovici XIII
ad sanciionem pacis , Leipzig, 1669,
in-80. ; 1686, in-8'. L'édition de
Leipzig, dit Bayle , est préférable à
toutes les autres : on y trouve quelques
lettres que l'auteur avait supprimées
dans l'édition de Charleville, et de fort
bonnes tables alphabétiques ; outre
cela , des notes bien instructives et bien
curieuses. L'édition que Bayle donne
ici pour être de Charleville, porte
effectiveraent au frontispice le nom de
Carolopolis ; mais ou sait qu'elle a
é'.o imprimée à Paris par Frédéric
Léonard. — Francrenstein( Chris-
tian-Godefroi ) , fils du précédent,
jurisconsulte et avocat au consistoire,
né en 1661 , mort à Leipzig sa pa-
trie, le 26 août 1 7 1 7 , a laissé quel-
ques ouvrages peu connus hors de
l'Allemagne , et dont aucun ne porte
son nom. On cite , outre autres , une
Continuation de r Introduction à
l'histoire de Puffendorf; une vie de
la reine Christine de Suède { traduite
du français ) ; et une histoire des i6\
et 17". siècles, publiée à Giesscn ,
contre son intention, par Emmanuel
Webcr, sous le nom de Lévin d'Am-
beer. Ce ne sont que des compilations
très médiocres. W — s.
FRANXKENSTEIN ( Jacques-Au-
guste), fils de Christian-Godefroi,
naquit à Leipzig , le 27 décembre
1689. Après avoir fait ses premières
études sous la direction de son père ,
il suivit les cours d'humanités et de
philosophie au gymnase de St. -Nico-
las, et s'appliqua ensuite à la juris-
piudeuce. H lut reçu maîlre-cs-arts
FRA
CD 1 7 1 5 , lut à racademie , en 1 7 1 5 ,
deux dissertations, De titulofraier-
nitatis , et ouvrit chez lui une école de
droit public, qui fut très hëquentée :
il prit le doctot at à Erfurt , en 1 7 1 9 ,
et y soutint publiquement une thèse
De usu alhinagii in Germanid f que
les juges du concours trouvèrent ex-
cellente. Deux ans après, on lui offrit
la chaire de droit public dans sa pa-
irie ; et il en prit possession le i o sep-
tembre 1721, par un discours De
legationum jure duhio. Le duc d*An-
halt l'ayant nommé son conseiller-
aulique, il se rendit près de ce prince ;
mais la vie de la cour ne pouvant s'ac-
commoder à ses goûts , il sollicita
permission de revenir à Leipzig , où il
se consacra entièrement à l'instruc-
tion de la jeunesse. Le duc de Saxe lui
accorda , en 1 732, une pension , dont
il ne jouit pas long-temps, étant mort
le 10 mai i753, à l'âge de quarante-
sept ans. Outre les dissertations déjà
citées , on en a de lui plusieurs : De
dolo in bellis licilo , Leipzig , 1 72 1 ,
in-4°.; De collatione bonorum ; De
juribus Judœorum singularibus in
Germanid; De thesaïuis ; De prœ-
rogativis domûs Austriacœ ; De
prosopolipsid ; De rigore pœnarum
militarium per œquitatem iemperan-
do ; Defeudo inpecwiid constituto;
De locatione jurisdictionis. Parmi
ses autres ouvrages, on distingue : L
Theatrum historicum Britanniœ ,
Lusitaniœ et Helvetiœ ^ Halberstadt ,
1723, 1724, 1725,5 vol. in-8'.
11. Notœ ad Benzonis vitam Hen-
rici IF imperatoris , insérées dans
les Scriptor. reruin suevicarum de
Mencken. 111. Prœfationes et noti-
iiœ statuum ad Gundlingii Colle-
gium politices. 1 V. Medilaliones de
titulo magni sigilUferi in Thuringid,
dans le Die Fermitsch. Biblioteck ,
XXI part. Franckenstcin a en outre
FRA 445
continué le journal de jurisprudence
( Enunciala Juris ) de Putoneus , et
en a publié la suite, du^*". au i4^. vo-
lume; il a été aussi, pendant seize
ans, l'un des rédacteurs des A cta
eruditorum. Son éloge a été imprimé
dans le Supplément de ce journal,
tome pf. W — s,
FRAISCKLIN (Thomas), littéra-
teur anglais, né à Londres vers 1 720,
était fils d'un imprimeur de cette ville,
M. Pulleney, depuis lord Bath , in-
téressé dans un papier anti-ministé-
riel intitulé V Artisan ( the Graftmau ),
que publiait le père de Fraucklin , l'en-
gagea à faire étudier son fils, promet-
tant de fournir à son entretien; ce
qu'il oublia cependant ensuite. Thomas
Fraucklin fut envoyé à l'université de
Cambridge, où il prit les ordres; il pu-
blia quelques traductions d'auteurs
classiques , et fut nommé professeur
de langue grecque en 1 750. A la suite
d'une traduction de Sophocle , en
a vol. in-4°. , qu'il donna au public
en 1759, se trouvait une disserta-
tion sur la tragédie ancienne, oùMur-
phy était cité d'une manière injurieuse.
Celui-ci en exprima son ressentiment
dans une épître en vers adressée à
Samuel Johnson , et dont l'effet fut tel
que son antagoniste crut devoir deman-
der justice aux tribunaux; ce qui jeta
beaucoup de ridicule sur Fraucklin ,
qui s'était fait d'ailleurs de nombreux
ennemis par son caractère difficile.
Churchill dit de lui, dans la Rosciade,
qui , à la vérité , n'est qu'une satire,
« qu'il dépérissait d'envie de tous les
» succès qui n'étaient pas les siens.» Il
fit cependant sa paix avec Murphy. Il
traduisit trois tragédies de Voltaire ,
Or este, Electre et le Duc de FoiXy
sons le titre de Matilde , et les fit
représenter, mais sans faire mention
de l'auteur original. 11 avait également
traduit le Comte de ^^rw^c/ideLa-
445 FRA
harpe , qu'il Cl jouer, avec beaucoup
de succès , à Driiry lane , et comme sou
propre ouvrage. Ses autres produc-
tions sont la traduction des Epitres
de Phnlaris , in 8"., 1749» cc4le
du Traité de Gicéron sur la nature
dus Dieux , avec des notes philoso-
phiques, et des recherches sur fastro-
nomie et l'anatomie des anciens, im-
primée pour la deuxième fois in-»8 '. ,
en 1775,* la Traduction, poème,
1755; un volume de Sermons esti-
més sur les Devoirs relatifs; Lettre
à un évéque sur les prédications
( leclureship ) , 1 768 , morceau oîi
brille éminemment ce que les Anglais
appellent l'humour ; le Contrat ,
farce jouée eu 177^, mais sans suc-
cès; la traduction des ouvrages de
Lucien ^1 vo!.in-4°M 1780. Son nom
a été attaché, avec celui de Smollett, à
une traduction des OEuvres de Vol-
taire , à laquelle on suppose qu'ils
n'eurent que très peu de part. Il avait
été nommé, en 1758, ministre de
Ware et de Thunbridge, dans le comté
de Hertford, chapelain du roi en 1 767,
et en 1 7 76 ministre de Brasted, dans
le comté de Surrey. Il mourut à I.on-
dres le i5 mars 1784* On publia ,
l'année suivante, deux autres volumes
de sermons de sa composition. X — s.
FRANCKLIN. ^07. Franklin.
FRANCO, de Liège. Fof, Fran-
K.ON.
FRANCO (Battista), dit Semolei,
peintre, maître du Baroccio, naquit
à Venise, eu 1498. H avait étudié à
Rome , et passait pour un dt s imi-
tateurs les plus passionnés de Michil-
Ange. Il exagéra d'abord le style de
ce grand maître , et il parut pesant et
désordonné; mais, à Urbin, àOsimo,
où il travailla en i547, ^ Bologne et
à Venise , il se montra plus sage dans
ses imitations, et acquit un coloris
plus fort que celui des artistes qui
FRA
suivaient l'e'cole florentine. En i55(î,
on lui confia la peinture de quelques
fresques de la bibliothèque de St.-Marc
à Venise ; il y représenta la fable d'Ac-
téou. On sait qu'il mourut en 1 56 1 . Il
est regardé comme un des premiers
artistes du troisième ordre. Il a grave*
un gr.ind nombre de sujets pieux
d'après Kaphaèl ; une Bacchanale
d'après Jules Romain, et le Déluge
d'après Caravage. Ses estampes sont
marquées dés initiales B. F. V. A — d.
FRANCO (Nicolas), savant litté-
rateur, poète satirique et licencieux,
naquit à Bénévent , vers 1 5 1 5 , ou
plutôt vers i5o5 (i). Après avoir
probablement fait ses premières étu-
des sous son père, qui était maître
d'école, il en fit de plus fortes, soit
à Bénévent même, soit à Naples, et
se rendit très savant dans les langues
grecque et latine. 11 donna de bonne
heure, à Naples, des preuves de sou
penchant à la satire; il y attaqua des
auteurs et des poètes alors en crédit,
et se fit tant d'ennemis , qu'il fut
obligé de quitter celte ville en i53(3,
et de se réfugier à Venise , auprès de
son digue ami, le trop fameux Pierre
Arétin. Celui-ci était fort ignorant, et
travaillait, pour vivre, à des ouvrages
qui exigeaient de l'érudition. ( Voyez
Pierre Arétin.) Franco en eut pour
lui, et se vanta, dans la suite, d'être
l'auteur de plusieurs livres qui avaient
paru sous le nom de l'Arétin. L'Arétia
(1) Cette incertitude tur l'époque de «a oaif
•ance vient de la date d'un de tes ouvrages ( le
di;)loguc deUe Beltezte ] , inipriiué à Casai eu
ii4>- ^" y '>' ''>*' ^•'* ^" portrait dr l'auteur : jKt .
an. XXy II : ce qui suppose qu'il «Hait né en
i5i.'>. Mais parmi ses lettres, imprimées en i53g,
il y en a plusieurs adressées an loi François 1er.,
au duc et a la Hucbcsse d'Urbiii , et a d'autre*
grands persunna(;es , sous la date de i53l. Or, sM
n'avait «"u que vingt^sr-pt ans en i54» , il n'en au-
rait eu guère plut de quinze en i53i ; et il n'est
pas croyable qu'a cet â^e il pût entretenir de telles
corie»p»n<iaoc«rs. Il paraU donc qu'il y • erreur
dans la date du portrait; qu'il taut lire yKl. aiin.
JCXXVII, au lieu àtXXVII, «tqu'tinsi Franc»
él^it né vers iôo5.
FRA
le nia conslararaent; mais, comme le
dit très justeminit Tiiaboschi , entre
deux hommes de cette espèce , dont
Fun donne uu démenti à l'antre , il est
trop difficile de choisir. Cette amitié
ne pouvait durer long-temps. L'Aré-
tin publia, en i557, le i*"". volume
de ses Lettres, qui eut un très grand
succès. Franco en fut jaloux; il pu-
blia les siennes, en iSSq, dans le
méaie format que celles de l'Arëtin ; leur
amitié' était déjà refroidie : la dernière
lettre de ce volume, adressée à VEn-
vie , parut à l'Arétin le lui être à Ini-
même; il éclata contre Franco, qu'il
diffama dans des lettres rendues pu-
bliques, et qui lui répondit sur le
même ton. Après cet éclat , Franco ,
ne se croyant plus en sûreté à Venise,
en parfit pour venir en France; mais
il s'arrêta en Piémont, et séjourna
quelque temps à Casai, où il publia,
sous la date de Turin , 1 54i , ces in-
fâmes sonnets contre l'Arétin , aux-
quels il donna le nom de Prlapée. 11
y fut cependant protégé par le gou-
verneur de cette province , et reçu
membre de l'académie des Arsp-
naules^ qui avait alors beaucoup de
célébrité. Il se rendit ensuite à Man-
toue; et, quoiqu'on y eût imprimé
quelques-unes de ses poésies man-
timesy composées pour l'académie des
Argonautes, il fut réduit, par la mi-
sère, à tenir une école d'enfants. A
Rome , où il se transporta sous le pon-
tificat de Paul IV, il osa faire impri-
mer un commentaire latin surlaPrm-
pée attribuée à Virgile : il l'avait fait
long-temps auparavant, puisqu'il en
parlait en 1 54 1 , dans une épître à son
imprimeur, qui accompagne sa Priapée
italienne , comme d'un ouvrage fini et
prêt à paraître. Le savant La Monnoie
s'est donc trompé en disant, dans ses
Ilotes sur Biillet, tome iV, édit. de
J722, page 385, que Franco s'était
FRA 4,^7
avise', e'tant déjà vieux, de commen-
ter les Priapées. L'édition de ce corn*
mcntaire , et même le manuscrit ,
furent >nisis et jetés au feu par ordre
de Paul IV; et, sans la moit de ce pon-
tife, l'autf ur n'eût pas échappé à des
peines plus graves. Sous le pontificat
de Pie IV, Franco, soutenu, dit-on,
par la puissante protection du cardi-
nal Morone , continua d'exercer la
licence de sa plume, surtout contre la
mémoire de Paul IV. Pic V, qui a été
mis au rang des saints, eut moins dft
patience : il fit mettre Franco en pri-
son; et, pour mettre enfin un terme
à tant d'audace, il le fit pendre publi-
quement en 1569. On donne comme
un des motifs de cette punition , que
Franco , loin d'être rendu sage par sa
captivité , inscrivit sur des latrines
que Pie V avait fait bâtir, ce distique
latin :
Papa Piusqulntus ventres miseratiis onustOf ,
Uocce cacatorium (i) nobile fecit opus.
Mais il vaut mieux voir dans ce sup-
plice, ordonné par un si saint pontife,
«ne vengeance trop sévère des mœurs
publiques, que l'effet d'un ressenti-
ment particulier. Quoi qu'il en soit ,
les ouvrages connus de cet autour se
réduisent aux neuf articles suivants :
ï. Tempio d'Amore , Venise, 1 55G,.
in- 4". C'est un petit poème en 53 oc-
taves, déàiéalla Signora Argentina
Rangona , suivi de deux Canzoni et
de sept Madrigali du même auteur.
IL // Pelrarchista , nel quale si
scuoprono nuoi^i secreti sopra il Pe-
Irarcha , e si danno a leggere mnlte
(i) Ménage , en citant ce à\t\\({\ie {Menagiana,
ton». I[, pay. 358), se moqur- avec raison de la
faute de quantité que Tauieur a commise en fai-
sant brève 1,-i troiiième syllabe du mot Cacato-
rium , qui est longue ; en effet , c'est b seconde qui
est longue dans ce vers. Cette faute est venue de
l'habitude défectueuse qu'ont les Italiens de pro-
noncer le latin à l'italienne , de placer l'accent
dans un mot latin sur la même sylljbe où il se
place dan» le mot italien corresj ondant , et d«
faire longues , en lisant les vers lat:n«, tout. s ic»
tjlUbes où lu mettent cet aceot.
44B F R A
lettere che il medesirno Petrarcha
in lingua Toscana scrisse a diverse
persone , Venise, Giolito , i53(j,
i54i et i543, in-8\ Ce dialogue,
entre deux mterlocuteurs que l'auleur
appelle Coccio et Smuio , coiilient des
choses qui pourraient paraître cu-
rieuses , si elles av.iienl quelque au-
thenlicitc, telles surtout que des let-
tres italiennes de Pétrarque à Ma-
donna Lauruf mais, outre le peu de
eonfiance qu'inspire un tel éditeur ,
il écrivit lui-même à François Alunno ,
en lui envoyant son Fetrarchista :
tt Quoique tout ce que j'y ai mis soit
» un songe, vous le regarderez comme
» une vision à cause de votre amitié
» pour moi. » Ce dialogue fut réim-
primé dans le siècle suivant, avec un
autre du même genre et sur le même
sujet , sous ce litre commun : Li due
Pctrarchisti , dialoghi di Nlccolb
Franco e dlErcole Giovannini, ne'
quali con vaga disposizione si scuo-
prono bellissime fantasie sopra il
Petrarcha, Venise, Barezzi, 1623,
in-S". III. Le Pistole volgari di Nic-
colo Franco , Venise , 1 558 , 1 54 1 ,
in-8'. IV. Dialogo dove si ragiona
délie Bellezze, Casai, 1 54i ; Venise,
1 542.V. Dialoghi piacevoU , Y emse y
Giolito, 1542, in-8".; i554 , i559,
in- 1 a. (r. G. CnAPUis.) VI. Z-aPn'rt-
pert, Turin (Casai), i54i, m-8^ ;
15^6, idem; réimprimée deux ans
après ayec les Rime dirigées comme
la Priapea, et avec la même indé-
cence et la même fureur, contre l'Arc-
tin , sous ce titre : Délie rime di
M. Niccolh Franco contro Pietro
Aretino e délia Priapea del mede-
sirno , lerza edizione , colla giimla
di molli sonetli nuovi, etc Con
grazia e privilégia Pasquillico ,
1 548 , in-8 '. Les Rime contiennent
•xSi sonnets contre l'Arétin, dans un
style dont l'Arclin lui même aurait
FRA
eu peine à égaler la virulence et l'obs-
céniléj suit un Capilolo ou chapitre
satirique , iulilulé : // Testamento
del deUcato. La Priapea vient en- i
suite, et comprend les 175 sonnets 1
contre l'Aréiin , qui avaient déjà été
imprimés deux ibis. Ces trois éditions
sont devenues presque également rares.
Molini a fait réimprimer la Priapea
avec le Fendemmialore du ïansillo, à
Paris, I 790 , sous celte fausse date : A
Pe-King, régnante Kien- Long, nel
XV 111 secolo, in-8". L'avis de l'édi-
teur, mis en icte de ce volume, est
de l'abbé de St.-Léger (1). VII. La
Philena , istoria amorosa , Mau-
toue , Ruflinelli, i547, iu-8". Cette
Histoire amoureuse est prodigieuse-
ment ennuyeuse ; c'est un roman en
12 livres, et un volume de 468 feuil-
lets, ou 906 pages , dont il est abso-
lument impossible d'achever la lec-
ture. VIll. Dialoghi maritimi del
Rottazzo , ed alcune Rime maritime
di M. Niccolb Franco , Mantoue ,
RuffinelU, 1547, in-8". IX. On avait
toujours ignoré que Franco eût tra-
duit l'Iliade d'Homère, en vers ita-
liens et en octaves. On retrouva, vers
1 7 1 1 , cette traduction , écrite de la
main même de l'aïUeur; et ce manus-
crit passa dans la bibliothèque parti-
culière du pape. C'est ce que nous
apprend un paragraphe du Giornalc.
de' Letlerati d'italia , t. V l , in- 1 n ,
Venise, 17 1 1 , pag. 55i. Depuis un
siècle que cette traduction est placée
dans la bibliothèque pontificale , il ne
paraît pas que personne s'en soit oc-
(l^ A la fin d'un exemplaire que je possède de
)a bibliothèque de Haym , qui appartenait a l'abbé
de St,-L«!};er, et qui est «hargc de ses note», te
trouve une notice sur les Rime et la Priapea de
Franco , tirée en nlus grande partie de la Biblio-
thèque Iraiiçaise oe Tabbe Gonjct; une note de la
main de St.-Léger, écrite au bas d'une del pa};pi
où il est quettiou de la Priapea , est ainsi conçrif :
M Molini Ta fait réimprimer à Faris en 1790, i te.
>> C'est moi qui, a la prière de ce libraire , ai lait
a VAs'ii de l'êdilciir, b. L. »
FRA
cupe, et qu'on ait eu la curiosité' de
savoir ce que ce pouvait être que l'au-
teur de l'Iliade traduit par l'auteur de
la Priapea. G — É.
FRANCO (Pierre), célèbre chi-
rurgien pour l'opération de la taille et
renseignement de l'anatomie, naquit
à Turriers ,près de Sisterou , en Pro-
vence, dans le iQ^. siècle. 11 passade
bonne heure en Suisse, où il enseigna
l'anatomie successivement à Fribourg
et à Lausanne. 11 avait précédemment
exercé la chirurgie dans la ville de
Ikrne, pour laquelle il fit plusieurs pré-
parations anatomiques. Franco passe
pour avoir, le premier , pratiqué l'opé-
ration de la taille , par le procédé du
haut appareil {F. Govillard). U est
du moins le premier écrivain qui en ait
lait mention. Il se rendit célèbre dans
toute l'Europe , par une opération de ce
genre faite à Lausanne, en i56o, sur
un enfant qui avait dans la vessie un
calcul qui , vu sa grosseur , n'avait pu
être extrait par les procédés usités.
L'opération pratiquée par Franco ,
éclaira un point de médecine fort im-
portant : elle [)rouva que i< s plaies de
la vessie, faites à la partie supérieure
de ce viscère , ne sont pas essentielle-
ment mortelles , ainsi que l'avait cru
Hippocrate , puisque l'enfant calcu-
leux y de Lausanne, avait été guéri.
Laméthode du haut appareil, quoique
généralement abandonnée par les chi-
rurgiens modernes, qui trouvent moins
d'inconvénient au procédé par l'appa-
reil latéral , n'en est pas moins une
découverte fort utile , parce qu'il est
des cas où il est avantageux d'y avoir
recours. L'époque de la moi tde Franco
n'est indiquée par aucun biographe.
Voici le titre des ouvrages qu'il a pu-
bliés : L Traité contenant une des
parties principales de chiruroie, la*
quelle les chirurgiens herniaires
tiJtercent, Lyon, i55G, ia-8'. Cet
FRA 449
ouvrage a singulièrement vieilli et n'est
nullement au niveau de nos connais-
sances actuelles. IL Traité des her-
nies f contenant une ample déclara''
tion de toutes leurs espèces ^ et au^
très excellentes parties de la chirur"
gie ; à sai>oir de la pierre} des cata-t
r actes des jeux et autres maladies ,
avecleurs causes j signes, accidents,
anatomies des parties affectées , et
leur entière guérison, Lyon , 1 56i ,
in-B**. Ce livre contient de bonnes des-
criptions; il est surtout intéressant paF
la manière dont l'auteur fait voir le^
dangers et les inconvénients qui peu-
vent résulier de l'opération de iataillç
par le haut appareil dont il était l'in-
veuleur. Cette impartialité atfesle le;
lumières et le bon esprit de Franco.
F— R.
FRANCO (François), méd cin,
naquit à Xativa , dans le royaume d^
Valence, en Espagne, au commen-»-
cernent du lô*". siècle, il était profes-
seur <à l'université d'Alcala , et il quit*
ta cette place pour aller occuper , çft
Portugal , celle de médecin du roi
Jean 11! . Ce prince étant mort en 1 557,
Franco, qui avait le goût des voyages,
s'y hvra pendant plosieurs années,
jusqu'à ce qu'enfin il fut appelé à sç
fixer à Séville, en qualité de profes-
seur de la première chaire de mé-
decine de l'université qui florissait
dans cette capitale de l'Andalousie.
Ce fut alors que Franco publia les
deux seuls ouvrages qui nous soient
restés de lui, et qui ont pour titre :
I. Libro de enfermedades contagio-
sas y de la preservacion de ellas ;
c'est-à-dire, Traité des maladies con-
tagieuses et di's moyens de s'en pré-
server. H. De lanieve y del usa de
ella ; c'est-à-dire , de la neige et de
son usage. Les deux traités forment
un vol. in-4'\, Séville, 1569. Le pre-
mier renferme des choses importante»
39
45o FRA
sous le rapport de la pratique, elde'cèle
un homme fort savant pour son temps:
le second contient des préceptes uti-
les, qui trouvent une application plus
spe'ciale dans le climat du midi de l'Es-
pagne. On ignore l'époque précise de
la mort de Fr. Franco. F— r.
FRANCO ( Antonio ) , jésuite por-
tugais, naquit à Montalrao (province
de l'Alentejo), l'an 1662. II entra
dans la compagnie de Jésus à l'âge de
quinze ans, et mérita bientôt Testime
de ses supérieurs par son application
et ses progrès dans les lettres divines
et humaines. Franco remplit avec
bonneur les charges les plus impor-
tantes de son ordre; mais ce qui le
rendit plus recommandable , ce fut
d'avoir été le premier qui , par des
recherches exactes et iijborieuses , fit
connaître les sujets les plus distingués
parmi les jésuites portugais , soit
dans les sciences , soit dan? les mis-
sions. Après avoir mené une vie aussi
exemplaire que studieuse, le P. Franco
mourut à Evora , le 5 mars i -jSa. H
a laissé plusieurs ouvrages en portu-
gais et en latin , dont les plus remar-
quables sont : I. Annus gloriosus so-
cielatis Jésus in Lusitanid, complec-
tens sacras memorias illiislrium vU
roriim qui virlulihus , sudoribus ,
sanguine ,fidem , Lusilaniam et so-
cietatem Jésus in Asid, Africâ ,
America et Europdfelicissimè exor-
ndrunt, Vienne, 1720, in-4". II.
Synopsis annalium societatis Jésus
in Lusitanid ab anno i54o usque
adannum 1725, Augsbourg, 1726,
in-folio. 111. Imagem do primeiro
seculo da companhia de Jésus em
Portugal , 'j. lom. in-fol. IV. Ima-
gem do segundo seculo , 1 tom. Cet
ouvrage est inédit , et comprend , par
ordre chronologique, les cvcnemcuts
tes plus mémorables des premiers cent
cinquante ans de la province du Por-
FRA
tugal. On connaît encore de ce labo-
rieux et savant religieux , une S;}n~
taxe abrégée, en portug.iis , et un«
traduction , eu la même langue , de
Ylndiculus universalis du P.Pomey,
B— s.
FRANCO-BARRETO (Jeai^),
poète portugais , prit naissance dans
la ville de Lisbonne, l'an 1606. 11
étudia les lettres humaines , sous \sl
direction du célèbre François Mace-
do, qui lui communiqua son goût et
son talent pour la poésie. Né d'une
famille distinguée et vouée au service
des armes, il fil partie de l'expédition
maritime envoyée en 1 646 au Brésil ,
par !e roi de Portugal , pour délivrer
Bahia de l'oppression des Hollandais.
Au retour de cette expédition , il quitta
la carrière militaire, pour se livrer à
l'étude ', il prit le bonnet de docteur en
droit à l'université de Coïrabre, et
fut nommé instituteur des enfants de
dom François de Mello, grand-veneur
du roi Jean IV, auquel Franco eut
l'honneur d'être présenté parce même
seigneur, qui découvrant dans son
protégé des talents pour la politique,
le choisit pour sou secrétaire, dans
l'ambassade extraordinaire dont il
fut chargé près du roi très chrétien.
Franco remplit cet emploi avec dis-
tinction; mais il avait aussi peu d'incli-
nation pour la cour que pour les armes.
De retour dans sa patrie, et devenu
veuf, il embrassa l'état ecclésiastique,
et fut nommé vicaire de Barrerio , en
1648. Il mourut le 5o mai 1664.
Franco a laissé une grande quantité
d'ouvrages en prose et en vers, soit
imprimés, soit manuscrits, dont les
principaux sont : I. Cfparisso, fabula
mitJiologica, en octaves, Lisb. j63 1.
Ce fut le premier ouvrage 011 il don-
na les plus grandes espérances de son
talent pour la poésie, et qui lui attira
les éloges de tous les Ultérateurs con-
FRA
temporains. II. Relaçaon deviagem,
ou Relation du voyage que firent
en 164 r , en France, dom François
de Mello , et le docteur Coelho de
Caravalho , en qualité d'ambassa-
deurs ^ etc., Li^b. 1642, in-4''. HI.
Eneida portugueza , I parte, Lis-
bonne, 1664, iu-i2j 1'', part. ibid.
J670. Cette traduction, eu octaves,
a le double mérite de uc pas s'écarter
du sens littéral du texte , et d'en con-
server toute la force et la vigueur.
Franco était pénétré du poète qu'il
traduisait : ainsi , sa traduction n'est
pas au-dessous de celles de Pope et
à^Annihal Caro, et peut le disputer
aux quatre premiers .livres , si heu-
reusement rendus dans la langue es-
pagnole , par don Thomas de Yriartc.
Franco avait, de plus , à surmonter la
difficulté de la rime; ce qui rend en-
core plus recommandable son ouvrage.
On pourrait, cependant, lui repro-
cher d'être , parfois , un peu diffus ,
et d'être un peu trop prodigue d'épi-
thètes. IV. Ortographia da lejigua
portugueza, Lisbonne, 1670, in-4''.
La plupart des manuscrits de Franco,
{)rêts à être imprimés, étaient dans la
«bliothèque du cardinal de Sousa,
d'oîi ils ont passé à sou héritier, le
duc de Foens. Parmi ceux-ci, l'on y
trouvait : i °. Bibliotheca portugueza,
ouvrage qui a fourni beaucoup de lu-
mières à Barbosa, pour compiler sa
Bibliotheca lusitana ; 2". Historia
dos cardeaes portuguezes ; 5". Odas
de Iloracio en verso portugues ,
10-4".; 4°- Relation du voyage de l'ar-
mée portugaise à Bahia, en 1642,
in - 4". ; 5". Batrachomyomachia ,
imitée de celle d'Homère , en 112 oc-
taves , écrite en 1657. 6\ Genealogia
à^s dioses gentilicos , qui est un ou-
vrage plein d'érudition; 7**. Rimas
varias. Franco était très profond dans
les langues latine et grecque^ il possé-
FRA
45 1
dait ritalien , le français et Tespagnol ,
et il écrivait avec une égale îacilité ,
en prose et en vers. Son style est , en
général, mâle, vif, élégant, et d'une
pureté extrême. En lui pardonnant,
dans ses poésies, un certain abus des
tropes et des figures, il peut être pla-
cé parmi les bons poètes portugais
de son temps. B — s.
FRANCOEUR( François) , surin-
tendant de la musique du roi, naquit
à Paris le 11 septembre 1698, et
mourut le 6 août 1787. Dès sa jeu-
nesse, il se lia d'uue étroite amitié
avec François Rebel , chevalier de
l'ordre de Saint>Michel , et qui fut ,
comme lui , surintendant de la mu-
sique du roi ( i). Francœur entra , ea
1710,3 l'orchestre de l'Opéra , et fut
nommé, en 1 736, conjointement avec
Rebel, inspecteur de ce théâtre, dont
ou leur confia, en 1 757 , la direction,
qu'ils gardèrent pendant dix ans. A
l'âge de quatre-vingts ans, Francœur
eut le courage de supporter l'opération
de la pierre , dont il se tira très heu-
reusement. Il n'a jamais rien produit
qu'eu société avec Rebel , sans que
Ton puisse distinguer ce qui appar-
tient à l'un d'eux. Ou a de ces deux
amis les opéras de Pjrame et Thisbé
(1726); Tarsis et Zélie (1728) ; la
Félicité, ballet (i-jiS); Scander-
bergX 1 7 3 5 ) ; Z« Paio; , ballet ( 1 7 58} j
les Augustales (1744); Zélindor
(1745); /5/7iène(i748}; les Génies
tutélaires (1751 ); le Prince de
JVoisi ( 1 760); deux divertissements ,
intitulés , le Retour du roi , pour les
années 1744 et 1745, et le Trophée,
prologue en mémoire de la bataille^
de Fonteuoy (1745). — Francoeur
(i) François Rebel , fils de J«an Ferry , VaH des
vingt-quatre violons de la chambre , était né le
19 juin i-oi , et mourut le 7 novembre ijrS. Soa
union avec Francœur datait de leur tendre jeu-
nesse ; on ne les appelait pas autrement que les
pelitf violonr. Outre les ouvrages précités, op. «
(le lui UQ 2'c£)6um.ei un Ve proj'undii,
29't
452 F R A
( Louis- Josepîi ), neveu au pre'ce'dent ,
naquit à Paris le 8 octobre i-jSS, et
mourut en Il fut élevé par son
oncle , qui le plaça dans l'orchestre
de rOpcra , en 1752. Quinze ans
après , il devint maître de musique de
cet orchestre j et c'est de l'époque de
sa direction que datent l'ensemble et
l'exécution parfaite qui rendent ce
corps de musiciens un des plus re-
commandables de l'Europe. On doit
à Louis un livre intitulé: Diapason
de tous les instruments à vent ,
Paris, 1772, et l'acte d'opéra , inti-
tulé, Ismène et Lindor (1776}. En
1 770, il avait retouché celui à^Ajax.
Déjà avancé en âge , Francœur ren-
contra un jour une femme peu jolie ,
dont la jupe s'accjocha en descendant
de voilure. Frappé de la beauté de sa
jambe , il en devint épris , et eu moins
de quinze jours il fut son époux. On
peut consulter sur celte famille esti-
mable, [^ Essai sur la musique , de la
Borde. D. L.
FRANÇOIS D'ASSISE (S.), ins-
tituteur de l'ordre de sou nom, et
ainsi appelé parce qu'il naquit à As-
sise, ville d'Ombrie, en 1182, eut
pour père Pierre Bernardon, mar-
chand assez riche, dont le principal
commerce se faisait avec la France. Il
reçut au baptême le nom de Jean, et
dut sa première éducation à des ecclé-
siastiques qui rélevèrent dans des
sentiments de piété, et lui donnèrent
quelque teinture des lettres. Dès qu'il
fut en âge, son père l'employa dans
son commerce , et lui fit apprendre
le français , langue nécessaire à ses
correspondances. Le jeune Bernardon
y fil de si rapides progrès, la parla
avec tant de facilité, qu'on ne l'appe-
lait que le François , nom qui lui
resta. Son père fut moins content de
lui dans la direction de ses affaires
commerciales. François ne mettait au-
FRA
cun prix à l'argent, aimait la dépense,
et même, dans les premiers temps,
le plaisir. Cela s'accordait mal avec les
goûts de Bernardon père, uniquement
occupé du gain et des profits de son
trafic. Mais Dieu avait sur François
d'autres vues : il lui avait imprimé
dans l'ame un grand détachement des
choses que le monde estime, et une
tendre compassion pour les pauvres.
François leur donnait libéralement;
il prit même la résolution de n'en re-
fuser aucun. Ce feu de la charité pré-
parait sa conversion : des visions et
un songe mystérieux , si l'on en croit
ses historiens , la commencèrent ; il
résolut d'être tout à Dieu et de se vain-
cre soi-même. Il trouva bientôt l'oc-
casion d'une épreuve. Comme il par-
courait à cheval la campagne, il aper-
çut un pauvre lépreux , dont l'aspect
lui causa un extrême dégoût; non
content de lui faire l'aumône , il des-
cendit de cheval et le baisa afFectueu-
sement. Dès-lors il fréquenta les hô-
pitaux de lépreux ; il faisait leur lit,
pansait leurs plaies , nettoyait leurs
ulcères et leur parlait de Dieu. La dé-
votion le porta à faire le voyage de
Rome , pour y visiter le tombeau des
saints Apôtres. En sortant de l'église ,
il vit une foule de pauvres ; il se mêla
parmi eux, et, pour leur ressembler
davantage, il changea d'habits avec
celui qui lui parut le plus nécessi-
teux ; il se retira ensuite dans une ca-
verne , où il passa un mois dans le
jeûne et la prière. Etant retourné à
Assise , il y trouva son père irrité
d'une conduite si extraordinaire ; il
en éprouva de cruels traitements , au
point d'être lié et enfermé comme un
insensé. Bernardon le cita même de-
vant l'évêque. François y comparut ;
et, avant que son père l'accusât, il
déclara qu'd renonçait à tout héritage
paternel , rendit ce qu'i] avait d'argent,
FRA
cljusqu'à ses liabils dont il se dépouilla.
Le prélat vit que François portait un
cilice , et s'étonna de tant de ferveur
dans un jeune homme ; il ordonna
qu'on apportât de quoi le vêtir. Fran-
çois ne voulut accepter que le vieux
manteau d'un paysan qui servait Të-
vêque : il se retira dans les bois, ré-
solu de ne vivre que d'aumônes. Ceci
se passait en 1206, et il avait alors
vingt-quatre ans. Sa dévotion le por-
tait à réparer les églises et les cha-
pelles qui tombaient en ruine ; il quê-
tait pour subvenir à cette dépense, et
partageait lui-même le travail com-
me manœuvre. Il avait déjà rétabli les
églises de St.-Damien et de St.-Pierre,
situées hors de la ville d'Assise , il ré-
solut de relever une ancienne chapelle,
dédiée à Ste. Marie-des-x4nges, et nom-
mée la Portioncule , parce qu'elle
avait été bâtie sur une portion de ter-
rain appartenant à des bénédictins.
Elle était abandonnée et tellement dé-
labrée, qu'elle ne servait plus que de
retraite à des pâtres et à leurs trou-
peaux contre les injures du temps.
François la remit en état, et se forma
une cabane à côté. La Portioncule est
restée fameuse dans les annales des
franciscains. Un jour qu'il y entendait
une messe des apôtres, il fut frappé
de ces paroles de l'Evangile : « N'ayez
» ni or, ni argent, ni monnaie dans
» votre bourse ; ne portez en voyage
» ni sac , ni deux tuniques , ni chaus-
» sure, ni bâton. » Gomme s'il eût
entendu un ordre du ciel , François
jeta sa bourse avec mépris, quitta sa
besace, ses souliers, son bâton, se
contentant pour habit d'une tunique
d'étoffe grossière , et , pour ceinture ,
d'une corde, d'où est venu aux reli-
gieux de son ordre le nom de corde-
Hcrs. Cette vie si pénible , si péni-
tente, trouva des imitatenrs.Trois dis-
ciples j dont l'hisloire a con.scrvé ks
noms , vinrent se mettre sous la di-
rection de François. L'un , nommé
]krnard de Quintavalle, était un bour-
geois d'Assise , riche, et estimé pour
sa sagesse; le second, un chanoine
nommé Pierre de Catane j Gilles , aussi
d'Assise , homme simple et sans let-
tres , mais pieux et fervent , était le
troisième. Ils vendirent leurs biens ,
les distribuèrent aux pauvres , et se
vêtirent comme François : ils priaient,
jeûnaient et se répandaient dans le pays
pour prêcher. D'autres se réunirent à
eux; et peu de temps s'était écoulé, que
déjà ils étaient cent vingt-sept. Fran-
çois alors leur composa une règle :
c'était l'observation des conseils évan-
géliques. 11 y défendait à ses disciples
d'avoir rien en propre , et ne voulait
pas qu'ils rougissent de mendier. 11
les assujétissait au travail , mais sans
recevoir de salaire , à moins que ce ne
fût quelque nourriture : leur occupa-
tion devait être la prédication , et la
conversion des pécheurs et des infi-
dèles. Par humilité, il donna à son
ordre le nom de Frères Mineurs,
Après avoir dressé cette règle , Fran-
çois partit pour Rome, dans le des-
sein de la présenter à Innocent III.
Le pape, d'abord, ne voulut point
l'écouler; mais l'évêque de Sabine
ayant fait observer à Innocent que
cette règle n'étant que la pratique de
la perfection chrétienne^ la rejetCE
serait rejeter l'Evangile , il l'approuva ,
et fit François diacre, afin de lui don-
ner plus d'autorité : il le constitua
aussi supérieur-général du nouvel ins-
titut. Les frères mineurs avaient donc
une règle; mais ils n'avaient point
de local pour s'établir. Les bénédic-
tins, à qui appartenait la Portion-
cule, la cédèrent à François, et elle
devint le berceau de l'ordre. Bientôt
les novices y affluèrent; chaque pré-
dication de François en attirail ua
454
FRA
grand nombre : les femmes même as-
pirèrent à embrasser cette vie péni-
tente. Uu carême que François prê-
chait à Assise , en 1212, alluma dans
le cœur de plusieurs d'entre elles le
désir de se consacrer à Dieu sous une
institution si sainte. Claire , apparte-
nant à une famille distinguée , et plu-
sieurs autres dames , sollicitèrent cette
faveur. François se prêta à leur pieux
dessein , les établit dans l'église de
St.-Damien , qu'il avait réparée , et
en forma l'ordre des Clarisses , ou
pauvres d.imes. Chaque jour la famille
de Fraijçois prenait de nouveaux ac-
croissements ; des maisons se for-
maient non seulement en Italie , mais
en France, en Espagne, en Angle-
terre, etc. : des frères étaient envoyés
en mission jusque dans les pays les
plus lointains ; plusieurs y trouvaient
la couronne du martyre. François lui-
même s'embarqua pour la Syrie j mais
une tempête le rejeta sur les côtes de la
Dalmatie. Il essaya , en 1 2 1 4 ? de pas-
ser à Maroc 5 une maladie le retint
en Espagne. Il revint à Ste.-Marie-
des-Anges , et se trouva à Rome en
121 5, dans le temps du concile de
Latran. Le pape voulut bien y décla-
rer , en présence des pères , qu'il
avait approuve la règle des frères
mineurs , et leur donna pour protec-
teur le cardinal Hugoliu. Ce fut alors
que François songea à tenir un cha-
pitre général : il l'indiqua pour la
Pentecôte de l'an 12 19, à Ste.-Marie-
des-Anges. Le cardinal Hugolin, et
S. Dominique, ;ivec qui François s'é-
tait hé pendant son voyage de Rome,
y assistèrent. Plus de cinq mille frères
s'y rendirent; on fut obligé de les
loger en plein champ, et l'assemblée
prit le nom de ch.ipilre des nattes,
parce qu'on s'en servit pour leur
former des cabanes. François présida
l'assemblée : il s'y présenta au moins
FRA
cinq cents novices. Il y recommanda
la pauvreté, sa vertu favorite et le
fondement de son institution j il dé-
fendit de solliciter ni exemptions ni
privilèges ; il voulut que ses frères
fussent soumis aux supérieurs ecclé-
siastiques, ne prêchassent pas sans
leur permission , et ne se regardassent
que comme des auxiliaires pour sup-
pléer , dans le besoin , les propres
pasteurs , et non pour agir hors de
leur dépendance. Il termina le cha-
pitre en envoyant ses frères prêcher
dans tous les pays du monde , à l'exem-
ple des premiers disciples , et en leur |
partageant l'univers comme se l'é- s
taient partagé les apôtres. Il réserva
pour lui et pour douze compagnons la
Syrie et l'Egypte. Tous partirent pour
leur destination : François, de son côté,
s'apprêta à remplir la lâche qu'il avait
choisie. Après avoir pourvu au gouver-
nement de l'ordre, en nommant pour
son vicaire le frère Elie, l'un de ses
premiers disciples, il se mit en route
et débarqua à St.-Jean-d*Âcre, d'oi»
il distribua ses compagnons dans les
endroits où il les crut le plus néces-
saires. Pour lui, il se rendit à Da-
miefte,au camp des croisés. Il eut la
douleur de voir leur armée défaite. Il
n'en poursuivit pas moins son projet :
malgré le danger , il osa se rendre
près du Soudan Melcdin , et lui prê-
cher la foi. Dieu fléchit le cœur de ce
piiucc : il écouta paisiblement le mis-
sionnaire , mais ne fut point persua-
dé. Alors , pour preuve de l'excel-
lence et de la vérité de la religion
chrétienne, François lui offre d'entrer
avec un des imans , ou prêtres de Ma-
homet , dans un bûcher ardent, parce
qu'au moyen de celte épreuve, dit-il,
on verra lequel des deux cultes Dieu
favorisera. Meledin répondit qu'il ne
croyait pas qu'aucun des siens voulût
en courir les risques. Promettez- moi,
FRA
répondit François , d'embrasser la re-
ligion du Christ, vous et votre peuple,
si j'en sors sain et sauf, et j'y entrerai
seul. Le sondan ne le voulut point :
mais une foi si vive le touclia. Priez
pour moi , dit-il h François , afin que
Dieu rn'eclaire; et il le renvoya hono-
rablement. François revint en ïlalie,
après avoir visite les saints lieux. De
retour à Ste.-Maric des- Anges , il vé-
rifia ce dont il avait déjà élé informé
en Palestine; que, par la négligence
et peut-être par le mauvais exemple
du frère Elie , des nouveautés et le
relâchement s'étaient introduits dans
les monastères. Il le destitua , et mit
à sa place Pierre de Catane: lui-même
renonça au généralat. On remarque
néanmoins que, de son vivant, aucun
de ceux qui occupèrent la première
place ne prit d'autre titre que celui de
vicaire. Soit que Pierre de Gatane mou-
rût peu de temps après, soit qu'il eût
donné sa démission , Elie fut rétabli
par François. Ce ftit vers ce temps",
c'est-à-dire , en l'iii , qu'il institua
le (icrs-ordre. Cette association , sous
une règle qui lui est appropriée, re-
çoit les personnes séculières des deux
sexes , engagées ou non dans les liens
du mariage; elles s'obligent à prati-
quer, sous la direction d'un supérieur,
les maximes du christianisme et quel-
ques observances religieuses compa-
tibles avec la condition de chacune
d'eli'S. Il est incroyable combien cette
institution fut féconde : des grands, des
évêqnes , des personnes de toutes les
classes, s'em|)rt'ssèrent de l'embrasser.
Depuis peu François avait envoyé des
missionnaires en Allemagne : ils n'y
avaient pas réussi; mais tel était le
zèle de ces religieux, qu'aucune diffi-
culté, aucun danger, ne les rebutaient.
Cinq venaient d'être martyrisés à Ma-
roc : sept autres , à la tête desquels
était Daniel , vicaire de Calabre , de-
FRA 455
mandèrent à les remplacer , et ils re-
çurent la même couronne chez les
Maures. Jusqu'alors l'institut des frè-
res mineurs n'avait été muni que
d'une approbation verbale; et quoique
Innocent 111 eût déclaré dans le con-
cile de Latran qu'il l'avait approuvé,
il n'avait donné aucune bulle. La bon-
té avec laquelle Honorius III avait ac-
cordé une indulgence singulière pour
l'église de la Portioncule , fit penser
à François qu'il pourrait obtenir du
pape une confirmation plus authenti-
que; mais auparavant il voulut re-
touclier sa règle : de vingt-trois chapi-
tres qu'elle avait , il la réduisit à douze ;
il y laissa dans toute leur rigueur les
staluis sur la pauvreté; il renouvela
l'obligation de travailler à la conver-
sion cîes infidèles et des pécheurs, mi-
tigca en faveur des études, nécessaires
à ceux qui vaquaient à la prédicalion ,
ce qu'il avait précédemment ordonné
sur le travail des mains. Ayant ainsi
corrigé sa règle , il la présenta à Ho-
norius , qui l'approuva par une bulle
du 29 novembre 12*23. François avait
composé pour Claire et ses filles une
règle, qui fut confirmée par Innocent
IV. Vers l'Assomption de l'année
1224, il se relira au mont Alverne,
dans les Apennins , oij , onze ans
auparavant , le comte Orlando avait
fait bâtir un couvent de l'ordre. Il
choisit l'endroit le plus retiré, et s'y
fit dresser une petite cellule. C'est là
que, la veille de l'Exaltation de la
Sainte-Croix, après s'être livrS aux
austérités d'un jeûne rigoureux et à
une longue contemplation , il eut la
fameuse apparition d;uîs laquelle il
reçut l'impression des saints stigma-
tes. « Il vit{i), dit S. Bonavcntnre,
» descendre du ciel un séraphin ayant
(0 An lieu de il vil, Baillet dit , il crut voir^
et semble insinuer des doutes sur la /éalité des
stij;mates corporels. Il convient cependant que
S. Bouavcnturc , auteur pre»fiue conlemporaia v*
45H FRA
» six ailes de feu, et brillant de Iii-
» inière...; entre les ailes paraissait la
» figure d'un horame crucifie'. A la
» suite de cette vision, les mains et
» les pieds du saint se trouvèrent
» percés de clous <lans le milieu ; les
» têtes des clous étaient au-dedans
» des mains et au-dessus des pieds,
» les pointes se laissant voir à l'cn-
» drpit opposé... Au côté droit , ajoute
T* S. JBonavcnture, se voyait une plaie
* rouge , comme s'il eût été percé
^ d'une lance ; et quelqnefiis il en
» sortait du san^ qui mouillait ses vê-
» temenis. Dans cet état , François
» (nommé depuis le Séraphique ^ à
» cause de cette vision) descendit de
» la moniaçjne , portant sur lui l'image
» du crucifiement.» Après avoir pas-
sé quarante jours sur le mont Al-
venie, François i-evint à Ste.-Maric-
dcs-Aîîges. Il vécut encore deux ans,
mais dans des souffrances continuelles,
^u*il supporta avec une patience ad-
mirable , ou plutôt dans lesquelles il
Se complaisait. Pendant l'année I225
la maladie empira : ses frères exigè-
rent qu'il vît un médecin j il s'y prêta
avec douceur et simplicité. Sentant
qu'il allait mourir, il dicta son testa-
ment : on donne ce nom à un écrit où
il recommande à ses religieux d'ho-
norer les pasteurs et les prêtres, d'ai-
mer la règle, la charité, la pauvreté
et le travail. A sa dernière heure , il
«ni les stigmates très réels; se Tétant, tlit-ll, airi'i
perniadé , sur le serinent de plusieurs témoins qui
ÀTsient touché les plaies; sur le térooignHge -Je
^elques c.'irdinaux, et prineipalement sur la pa-
role du pape Alexandre IV, à qui il avait ouï dire
«n chaire qu'il avait vu les stigmates. A ces auto-
rités on peut joindre celles de Grégoire IX, qui a
donné nne IjuIIc , dans laquelle il atteste la vérité
de ces plaies, et de Benoit XI, qui a institué une
fête en leur honneur. I e P. Chalippe , récollet,
irt l'un des historiens de S François, a donné, a la
•uite de la Vie de ce s.iiiit (Paris, 1736, a vol.
in-12), une histoire pariirulière des stigmates;
il examine le récit de B.iillet, et y oppose celui
de S Boraventure. On peut voir dans cette his-
toire les iiombreuses preuves rapportées en Ta-
peur de la réalité de la TÏtiou et de TcMstence de*
atigmates corporcli.
FRA
se fit mettre sur la terre nue, couvert
d'un mérhant habit ; et, après avoir
donné la bénédiction à ses disciples, «
il expira h.' 4 octobre, jour où on ce- i
lèbre sa fête : c'était en 1226. Il fut,
suivant son vœu , inhumé sur une
montagne, hors et à proximité des
murs d'Assise; celte montagne, de-
puis, au lieu du nom de Colle d'In-
ferno qu'elle portait , fut appelée
Colle del Paradiso. Dans la suite
on a bâti sur ce local un couvent
et une éçj'ise où son corps fut tr.ins-
porté. Grésfoire IX mit François au
rang des saints : la cérémonie de sa
caKOnisation se fit le dimanche 16
juillet 1228. Outre les règles dont il
est l'auteur, ou a de lui : I. Sermones
brèves. II. Collationes monasticœ.
m. Testamentum fratrum niino-
rum. IV. Caniica spiritualia. V.
^dmonitiones. VI. Epistolœ. VII.
Benedictiones , etc. Une partie a été
imprimée dans la Bibliothèque des
pères, éditions de Paris et de Cologne.
Le père Luc Wadding , cordelier ir-
landais et historien de son ordre , a
recueilli les œuvres de S. François,
et les a fait imprimer avec des notes,
Anvers, 1623, in 4°« : elles furent
réimprimées à Paris, 164» , in-ful.,
par les soins du père de Lahaye, reli-
gieux du grand couvent de l'Obser-
vance. L'ordre de St.-François a ren-
du dcminenls services à l'Eglise, et a
produit uu grand nombre de person-
nages illustres par leur sainteté et par
leur science. On y compte cinq papes ,
y compris Clément XI V, et qu.ir.iutc-
cinq cardinaux. Après la mort du saint
fondateur, l'ordre s'est divisé en plu-
sieurs familles, sous la juridiction de
différents supérieurs généiaiix. Les
principales sont : les conventuels ;
les ohsen>antins ; les récollels , ré-
forme qui prit naissance en Espagne
eu i5ooj les capucins, autre ré-
FRA
forme en i52 \; \es pénitents du tiers-
ordre, ou picpus y etc. Toutes ces
branches ont des couvents de filles
de leur institution. L — y.
FBANÇOIS DE BORGIA (Saint),
grand d'Espagne , duc de Gandie , et
troisième général des jésuites, naquit
à Gandie , ville du royaume de Va-
lence, en 1 5 lo, d'une maison illustre.
Il avait pour père Jean de Borgia , duc
deGcindie. Sa famille avait donne dans
Calixtelllun grand pape à TEglise; et,
du côté maternel , il descendait de Fer-
dinand V. Jeanne d'Araj;on sa mère
eut un grand soin de l'élever dans
la piété; et, aussitôt que son âj;e le
permit , elle le confia à des maîtres
qui lui apprirent les premiers élé-
ments des sciences. Il n'avait pas dix
ans quand elle mourut , et n'en avait
que douze, lorsque le duc son père,
obligé de quitter Gandie à cause des
troubles qui s'étaient élevés en Es-
pagne , le mena à Sarragosse, et le
remit entre les mains de don Jean
d'Aragon , son oncle maternel , qtù en
était archevêque. Ce prélat se chargea
de faire continuer sous ses yeux l'édu-
cation de son neveu , et y mit beau-
coup de soin. François fit de rapides
progrès dans les lettres humaines ,
réussit complètement dans les exer-
cices convenables à sa naissance, et ,
ce qui est plus rare , ne négligea rien
des pratiques pieuses dont il avait pris
l'habitude. A quinze ans , son père l'at-
tacha , en qualité d'enfant d'honneur,
à l'infante Catherine, sœur de Charles-
Quint. Mais, au départ de cette prin-
cesse qui épousa le roi de Portn^i^al en
1 5*26, le duc, qui avait sur son fi's des
vues plus étendues , le retint en Espa-
gne, et le renvoya auprès de son oncle
pour le mettre à portée de perfection-
ner ce qu'il avait déjà acquis de connais-
sances. Un sentiment intérieur po« tait
I** jeune don Français vers la vie mo-
F R A 4^7
nasliqire. Pour le détourner de cette
idée qui ne s'accordait pas avec leurs
projets, ses parents l'envoyèrent ca
1 528 à la cour de Charles-Quint. Quoi-
que don François n'eût alors que 18
ans, il fit éclater de si belles qualités,
mit dans ?,di conduite tant de sagesse,
de prudence et de modestie, et sut si
bien allier ses devoirs de courtisan
avec ce qu'il devait à Dieu , que l'em-
pereur prit pour lui une haute estime,
et que l'impératrice Isabelle pattagca
ces sentiments. Cette princesse , femme
d'un rare mérite, voulut bien lui don-
ner un témoignage signalé de sa con-
sidération, en lui faisant épouser Eléo-
Kore de Castro , fille d'une haute
naissance, qu'elle aimait et qu'elle avait
amenée de Portugal, k cette fiveur
l'empereur en joignit d'autres ; il fit
don François grand écuyer de l'im-
pératrice, et le créa marquis de Lom-
bay. Ces grandeurs humaines ne cor-
rompirent point son cœur; il avait
appris à les apprécier. Des maladies
qui lui survinrent , la mort de dona
Maria Henriqucz, son aïeule, celle de
don Garcilasso de la Vega, célèbre
poète espagnol , son ami , tué, à la fleur
de son âge et inopinément, dans une
expédition en Provence , achevèrent
de le convaincre de l'instabilité des
choses humaines : mais ce qui y con-
tribua plus encore, ce fut le spectacle
qu'il lui fallut avoir sous les yeux aux
funérailles de l'impératrice Isabelle ,
morte pendant la tenue des états de
Castilleen 1 oSg.Don François, comaie
son grand écuyer, et la marquise son
épouse, furent chargés de garder le
corps de cette princesse, et de le con-
duire à Grenade , lieu de la sépulture.
L'usage et le cérémonial voulaient
qu'au moment de l'inhumalioii l'on
ouvrît It* cercueil , et que ceux qui
présentaient le corps après l'avoir de-
couvert et reconnu, jurassent que c«-
458 FPvA
tait celui de la personne royale dont
on leur avait confie la garde. L'affreux
aspect, l'etal de corruption et de pour-
riture d'un visage qui naguère brillait
de charmes et de majesté, maintenant
si méconnaissable, firent sur l'esprit de
don François une vive impression , et
peignirent à ses yeux, eu traits ineffa-
çables , le néant de notre nature. Il
jura que c'était le corps d'Isabelle ;
mais il jura en même temps de renon-
cer au service de tout autre maître
que de celui qui est éternel , et qui
n'est susceptible d'aucun changement.
Il fil dès-lors le vœu d'entrer en reli-
gion s'il venait à perdre sa femme :
mais , avant de pouvoir accomplir ce
pieux dessein, il avait de nouvelles
laveurs à recevoir de la fortune. L'em-
pereur le nomma vice-roi de la Cata-
logue et chevalier de St.- Jacques. Don
François fit, dans son nouveau poste,
tout le bien qu'il y put faire. Il y édifia
par ses bons exemples , purgea le
pays de brigands qui l'infestaient , fit
rendre la justice avec plus de soin ,
surveilla les écoles publiques, en forma
de nouvelles , et ne négligea rien de
ce qui pouvait contribuer à faire fleu-
rir la religion et les mœurs. C'est pen-
dant qu'il était à Barcelonne, en qua-
lité de vice-roi , qu'il eut occasion de
connaître le père Araos, l'un des pre-
miers profés de la compagnie de Jésus,
qui vint y prêcher. Il entra en cor-
respondance avec St.-Ignace, dont les
lettres ne firent que le confirmer dans
la bonne opinion qu'il avait conçue de
ce nouvel ordre. Son père étant
mort vers ce temps , il lui succéda
dans le titre de duc de Gandic. Il
demanda alors sa i ctraite à l'empe-
reur, qui voulut bien la lui accorder ,
mais à condition qu'il viendrait à la
cour. Ce prince destinait à don Fran-
çois la charge de grand-maître de la
maison de l'infante Marie de Portugal ,
FRA
qui devait épouser Philippe son fils,
et à la duchesse Eléonore celle de
dame d'honneur. L'infante étant morte
avant que le mariage pût se faire, ces'
projets s'évanouirent; et don Fran-
çois , redevenu libre, retourna à Can-
die en 1545. L'estime qu'il avait prise
pour l'institut des jésuites, le déter-
mina à fonder pour eux , dans cette
ville , chef-lieu de son duché, un col-
lège qui eut dans la suite le titre d'uni-
versité ; et ce fut le premier où ils
enseignèrent. Sur ces entrefaites, la
duchesse sa femme vint à mourir, lui
laissant huit enfants. Il ressentit vive-
ment cette perte , qui le décida à ac-
complir son vœu ; et s'étant détermine
pour l'ordre des jésuites , il en écrivit
à St.-Ignace , dont il obtint l'aveu. Il
n'avait encore que trente-six ans. Il
se mit à régler ses affiires, pourvut
à l'établissement de ses enfants , et
s'occupa en même temps d'études ana-
logues à l'état qu'il allait embrasser.
Ces diverses occupations paraissant
devoir le retenir plus qu'il ne le de-
sirait, St.-Ignace obtint du pape deux
brefs qui permettaient à don François
de rester dans le monde quatre ans
après sa profession : par-là tout obs-
tacle se trouva levé, et il prononça ses
vœdx. Il n'attendit pas le terme fixé
par le papej il partit pour Korae ea
i55o. Jules III, qui occupait alors
le Saint-Siège, l'accueillit avec tant
de bienveillance et lui montra tant
d'estime, que, dans la crainte qu'il
ne fût fait cardinal , Borgia retourna
précipitamment en Espagne, et se re-
tira dans un ermitage près de la petite
ville d'Onale en Biscaye. Il y reçut la
prêtrise, et se livra à la prédication.
Un ordre de vSt.-Ignace l'appela sur
un plus grand théâtre : le saint lui
prescrivait d'aller porter la parole de
Dieu dans les principales villes d'Fs-
pagne et de Portugal. Le père Frau-
FRA
çois obéit, et laissa partout d'heureux
fruit«î de son zèle. Il visita aussi les
divers ëtabiisseinents de ces provinces
en qualité de vicaire-général. Saint-
Ignace étant mort en i556, le pcre
François , sous différents prétextes ,
s'abstint d'aller à Rome pour l'élec-
tion d'un général. Il craignait égale-
ment et celte place qui le mettait à la
tête de la compagnie , et le cardinalat
et les autres dignités ecclésiastiques
dont l'amitié des papes , la haute idée
qu'ils avaient de son mérite, le désir
même de Charles-Quint, tendaient à ie
faire revêtir : mais il ne put se refuser
à l'ordre que lui donna ce prince ,
retiré alors dans le monastère de Sl.-
Just , après s'être demis de ses royau-
mes et do l'empire, de venir le trouver.
L'empereur le consulta sur différentes
affaires , et lui donna diverses com-
missions. On lui avait inspiré des pré-
ventions contre les jésuites, et il au-
rait désiré que Borgia entrât dans un
autre ordre ; il lui proposa même celui
de St.- Jérôme. Le père François fut
assez heureux pour détruire ces fâ-
cheuses impressions. Charles-Quint
mourut quelque temps après, et le
nomma l'un de ses exécuteurs testa-
mentaires. Le père François crut de-
voir aux bontés dont l'avait comblé
ce prince , de prononcer son oraison
funèbre. Cependant le père Lainez
avait été élu général 'de la société , et
presque aussitôt le pape l'avait nommé
pour accompagner ie cardinal de Fer-
rare dans sa légation en France ( Foy.
Febrare). D'un autre côté, le père
Salraeron, son vicaire, partait pour le
concile dcTrente. Le père François fut
obligé de le suppléer. A la mort du père
Lainez en 1 565 , il fut élu troisième gé-
néral malgré sa répugnance. Sous son
gouvernement la compagnie de Jésus
prit de nouveaux accroissements» Il
ionda un noviciat à Rome , multiplia et
FRA
45c)
régla les missions, perfectionna la mé-
thode de la prédication et de l'enseigne-
ment, maintint les constitutions, sup-
pléa par de bous règlements à ce qui
leur manquait , et acheva de fonder ce
système d'administration qui donna à
l'Eglise tant d'utiles ministres , tandis
qu'il contribuait aux progrès des scien-
ces et à la gloire des lettres. C'était beau-
coup de travaux pour une santé déjà
usée. Pie V néanmoins exigea du père
François un nouveau sacrifice ; il
voulut qu'il accompagnât le cardinal
Alexandrin, son neveu, dans sa léga-
tion en France , en Espagne et en Por-
tugal, dontl'objetétaitde solliciterprès
des princes chrétiens des secours pour
s'opposer aux progrès des Turks. A
son retour, Borgia tomba malade à
Ferrare, et fut obligé de prendre une
litière pour continuer sa route. Pie V
étant mort vers ce temps , il fut ques-
tion d'élever Borgia sur le trône ponti-
fical j et il paraît qu'on ne renonça à
cette idée qu'à cause de l'état presque
désespéré où il se trouvait. On élut le
cardinal Hugues Buoncompagno, qui
prit le nom de Grégoire XI IL Le père
François était arrive à Rome , et ne
fit plus qu'y languir. Il y expira en
iSis, la nuit du 5o septembre au
i*"". octobre. On l'enterra dans l'église
de la maison professe à côté de Saint-
Ignace et du père Lainez. En 1617
son corps fut exhumé, et le cardinal
duc de Lcrrae, son petit -fils, premier
ministre de Philippe lïl , roi d'Es-
pagne , le fit transporter dans l'église
des jcsuitrs de Madrid , où dès-!ors
il devint l'objet de la vénération des
fidèles. En \6if\ François de Borgia
fut mis par Urbain VJII au rang
des bienheureux : il fut canonisé en
1 67 1 sous le pontificat de Clément IX j
et Innocent XI , en i685, fixa sa fcte
au 1 0 octobre. St.-François de Bor-
gia a écrit, en espagnol, un grand
46o F R A
nombre d'ouvrages ascétiques, dont
ou peut voir le détail dans la Biblio-
theca scriptoriim societaiis Jesu.
Tous ces ouvrages ont été traduits en
latin par Je P. Alphonse Deza , jé-
suite. Son traité de l'ait de prêcher
l'avait déjà été sous ce litre , De ra-
iione concionandi, seu de prœdica-
tione ei^angelicd libellas ^ avec une
Vie de l'auteur. Le P. Verjus , jésuite,
a donné une autre Vie de saint Fran-
çois de Uorgia, 1 vol. in-4'\, Paris,
1672. Il a beaucoup profité du tra-
vail du P. Ribadcneira, qui avait été
pendant neuf ans confesseur du saint,
et qui en avait donné une en espagnol ,
dont Betencourt a publié une traduc-
tion française. L — y.
FRANÇOIS DE PAULE (Saint),
instituteur de l'ordre des Minimes,
fut ainsi appelé du nom d'une ville de
Crilabre , où il prit naissance le 27
mai i4i6 (i). Si l'on en croyait l'au-
teur de la Chronique de cet ordre , il
serait issu d'une illustre famille, dont
des revers auraient renversé la for-
tune : Parentes afflictce per tempus
foriunœ , à nohili tamen stirpe ori'
çinem duxisse perhibentur. Le senti-
iiicnt commun est qu'd est né dans
une condition ordinaire, et de parents
bien plus recommandables par leur
piété que par leur naissance. Son
père se nommait Jacques MHrlolilie
ou Martorelle , et sa mcre Vienne de
Fuscaldo. Ils avaient vécu plusieurs
années dans l'état du mariage , sans
avoir eu d'enfants. Ils s'adressèrent
à Dieu par l'intercession de St. Fran-
çois d'Assise, et ayant obtenu un fils,
ils le regardèrent comme un présent
du ciel. Ils le vouèrent au saint qu'ils
avaient invoque, et lui en donnèrent
(i) Voyez \&Diftertatîo chronologica de sen-
ttntid communi anni uatalit tt txtntit sancti
t'rancifci de Paula. adverxhs Daniel Pavebtoch^
par le P, de Giry , Paris, 1G80, iu-8«'.
FRA
le nom : les inclinations de l'eufant
secondèrent merveilleusement leurs
vertueuses intentions. Dès ses plus
tendres années , il montra le goût de
la retraite , de l'oraison , et d'une vie
pénitente. Pour acquitter leur vœu ,
ses paix?nts le conduisirent, à l'âge
de douze ans , dans le couvent des
cordeliers de St. Marc. Il y passa
une année , vêtu de l'habit de l'ordre
de 8t. François , et édifiant les reli-
gieux et le pubhc par sa piété et ses
bons exemples. Dès-lors il renonça
à l'usage du linge et de la viande , et
il men;iit une vie aussi mortifiée que
les plus fervents religieux. Ses parents
étant venus le retirer, il leur témoigna
le désir de faire quelques voyages de
dévotion, et surtout d'aller à Assise
prier St. François , et visiter la cha-
pelle de Ste.-Marie-des-Angcs. Ils l'y
conduisirent; il alla ensuite avec eux à
Rome, au tombeau des saints Apôtres.
Il repassa par Spolette , et visita le
Mont-Cassin. La sainte vie des reli-
gieux de ce monastère affermit la ré-
solution qu'il avait déjà prise de se
retirer dans la solitude. De retour à
Paule , et ayant à peine quatorze ans ,
il renonça à ce qui pouv;iit lui revenir
de son héritage, et alla habiter un lieu
écarté, sur un fonds qui appartenait à
sa famille. Mais trop souvent distrait
par les visites des curieux qu'attirait
le voisinage de la ville , il chercha sur
le bord de la mer une retraite plus
secrète. Il la trouva près d'un ro-
cher, dans lequel il se creusa une
grotte; et là , il put se livrer à toute
sa ferveur. Il couchait sur la roche
nue , et ne vivait que d'herbes qu'il
allait cueillir lui-même, ou de quel-
ques aliments grossiers qu'il recevait
de \à charité des fidèles. Il n'avait pas
encore vingt ans , lorsque plusieurs
personnes , touchées d'une vertu si
extraordinaire, vinrent le prier de les
FRA
|>rcndre sous sa diieclion . Il ne crut pas
devoir s'opposer à leur pieux dessein :
ces pénitents construisirent à colé de
k grotte quelques cellules , et un petit
oratoire, où un prêtre du voisinage ve-
nait leur dire la messe. Mais le nombre
des solitaires et pénitents s'étaut beau-
coup augmenté, François obtint de
Tarchevêque de Cosence la permis-
sion de se construire un monastère et
une église. Leur conduite était si édi-
fiante, et ils jouissaient d'une si haute
réputation de sainteté, que tout le
voisinage s'empressa de contribuer à
ces constructions , et que des dames ,
non contentes d'y concourir de leurs
moyens , voulurent mettre la main à
l'œuvre. Les bâtiments furent bientôt
finis , et se trouvèrent, en i^'56 , en
état de recevoir une nombreuse com-
munauté. C'est de celte époque qu'il
faut dater la fondation du nouvel
ordre , établi d'abord sous le titre
à! Ermites de St. François. Le pieux
fondateur fit de ïhumiliîé la base de
l'institution , et lui donna la charité
pour devise. Aux trois vœux com-
muns à toutes les institutions reli-
gieuses qui professent les couseiis
cvangéliques , il en ajouta un qua-
trième, celui de la vie quadragési-
inale pendant toute l'année; c'est-à-
dire, de l'abstinence, hors le cas de
maladie, non seulement de viande,
mais encore d'œufs et de toute sorte
de laitage. Lui-même s'était soumis
à plus de rigueur encore. 11 dormait
sur la dure, ne prenait d'aliments
qu'après \e soleil couché, s'abstenait
de poisson , se contentait souvent de
pain et d'eau , et quelquefois ne man-
geait que de deux jours l'un. L'ex-
trême sévérité de l'institution n'em-
pêchait pas ses établissements de se
multiplier. Deux couvents fondés ,
l'un à Paterno, l'autre à Spezano,
furent comme le prélude de Tagrau-
FRA 46i
dissement de l'ordre ; et bientôt il
compta un grand nombre de maisons,
non seulement en Calabre, mais dans
le royaume de Naples et en Sicile , où
François fit un voyage. Les merveilles
qu'on racontait de lui, les miracles
et les prédictions qu'on lui attribuait^
excitèrent l'attention de Paul IL Ce
pape envoya en 1 4^9 on de ses caraé-
riers sur les lieux , pour vérifier les
faits. Le camérier vit d'abord l'arche-
vêque de Cosence, qui lui confirma
que François était un homme extraor-
dinaire , lequel Dieu semblait avoir
suscité pour manifester sa puissance.
Il se rendit ensuite au monastère , cl
s'assura par ses yeux qu'il n'y avait
rien d'exagéré dans le récit qu'on avait
fait au pape. Ce ne fut néanmoins
qu'après la mort de Paul , que Sixte IV
approuva les statuts du nouvel ordre,
par une bulle du 'i5 mai 1474? et
en nomma François supérieur-géné-
ral. Il lui permit en même temps d'é-
tablir autant de colonies qu'il en trou-
verait l'occasion , et confirma l'exemp-
tion que l'archevêque de Cosence avait
accordée aux maisons situées dans son
diocèse. Dans la suite, ces mêmes
statuts , avec quelques changements ,
furent confirmés par des bulles d'In-
nocent VIII , d'Alexandre VI et de
Jules II. Alexandre VI changea le
nom iXErmites de St. François en
celui de Minimes , qui ki parut plus
propre à caractériser l'humilité' dont
ces religieux faisaient profession. Le
bruit des guérisons miraculeuses
qu'on attribuait à François de Paule,
parvint jusqu'en France. Louis XI,
alors attaqué d'une maladie dange-
reuse, imagina qu'il pourrait recou-
vrer la santé par son intercession. Il
fit prier le saint homme (i) de venir
le trouver, lui promettant de grands
(i) Cest ainsi qu'il «st nomUQ d&n$ 1«« compC**
de la malsoa du roi.
462 FRA
avantages pour lui et pour son ordre.
François ne jugea pas à propos de se
rendre à un désir qui lui paraissait
bien plus dicté par l'amour de la vie
que par le soin du salut. Louis eut
recours à la médiation du roi de
Naples, qui n'eut pas plus de succès ;
mais s'étant adressé au pape Sixte IV,
et ce pontife ayant fait expédier deux
brefs , par lesquels il invitait François
à satisfaire le roi de France , le ser-
viteur de Dieu crut devoir ne point
désobéir au chef de l'Eglise. 11 partit,
accompagné de son neveu André d'A-
lesso {'i) et de plusieurs de ses reli-
gieux. Sa renommée qui le précédait ,
lui valut en route des honneurs ex-
traordinaires. En passant à Naples ,
« il fut, dit Commines, visité du roi
» et de ses enfants j à Rome , de tous
» les cardinaux , et eut audience du
î> pape, trois fois seul à seul, et fut
y> assis auprès de lui en belle chaire,
» l'espace de trois ou quatre heures à
» chacune fois j de là vint vers le roi ,
î) honoré comme s'il eût été le pape. »
En effet , ce prince , extrêmement
attaché à la vie , l'attendait avec im-
patience. Il l'envoya recevoir à Am-
boise par le dauphin , son fils , et les
plus grands seigneurs de sa cour.
François étant arrivé au Plessis-lès-
Tours, où était le roi , ce prince se
jeta à ses pieds, le priant de vouloir
bien alongef le terme de ses jours.
a Le pieux solitaire, continue Com-
» mines , répondit ce que sage homme
(».') C'est par André d'Âlesso que plusieurs fa-
inilles Iran^ aises d'un rang distingué se font hon-
neur d'appartenir , en ijualilé de parents, à S.
François de Paule André était fils d'Antoine d'A-
lesso , gentilhomme calabrois, qui avait épousé
Brigide , »œur du saint. Venu en France avec son
oncle , il y fut, en considération de celui-ci , re-
vêtu par nos rois de plusieurs grandes char.^es , et
il s'y maria. Par ses fils et ses fille», qui se ma-
rièrent aussi, se trouvent établies différentes re-
1.1 lions de parenté avec les luaijons d'Alesso, de
Cbaillou , d'Laubonne, d'Ormesson, de Lozcau ,
et quelques autres , célèbre* dans la haute magis-
trature.
FRA
» devait répondre, et refusa demagni-
» fiqucs présents que le roi lui eu-
» voyait. » Mais s'il ne put prolonger
la vie du monarque , du moins il l'jid.T
à bien mourir. Le saint homme ne fut
pas en moindre crédit à la cour de
Charles Vlll et de Louis XI I , qu'il
ne l'avait été à celle de Louis XL
Ces princes le retinrent en France, lui
et ses religieux. Charles VI II le con-
sultait dans les affaires h s plus im-
portantes ; il voulut qu'il tînt son ùis
sur les fonts de baptême. Il lui fit
construire un monastère dans le parc
du Piessis-lès-Tours, un autre à Ain-
boise, et le combla d'honneurs et de
témoignages de vénération. D'autres
princes donnèrent aux Minimes des
marques éclatantes de leur protection ^
Anne de Bretagne disposa eu leur fa-
veur de son château de Nigeon, à
Ghaillot, pour eu faire un couven».
L'empereur et le roi d'Espagne vou-
lurent aussi avoir de ces religieux : les
Minimes portèrentdanscedernier pays
le nom de Frères de la Victoire^ en
mémoire de la prise de Malaga sur les
Maures, que François de Paule avait
prédite. A Paris , on les.appelait Bons-
Hommes , soit parce que les cour-
tisans traitaient François de bou
homme, soit parce que les Minimes
ayant succédé, à Viiiceunes, à des
Grammontains connus sous celte dé-
nomination, ce nom leur sera resté.
Quoi qu'il en puisse être , François
eut de son viv.^nt la consolation de
voir son ordre répandu par toute
l'Europe. Les austérités ne l'empê-
chèrent pas de prolonger sa carrière
jusqu'à une extrême vieillesse. 11 avait
près de 92 ans, lorsque, le 28 mars
1 507 , il tomba malade au Plessis-
lès-Tours. Il mourut le 2 avril sui-
vant , jour du Vendredi-Saint. Ou
travailla presque aussitôt à sa canoni-
sation : elle li'cut lieu cependant que
FRA
sons le pontificat de Le'on X , environ
douze ans après. L'Église célèbre sa
fête le 1 avril. En 1662, les Hugue-
nots , portant le ravage dans le voi-
sinage de Tours, exhumèrent le corps
du saint, et, après mille outrages , le
brûlèrent avec le bois d'un grand cru-
cifix. On prétend qu'une partie des
ossements fut retirée du bûcher, et
qu'ils furent partagés entre diverses
églises qui les exposaient à la véné-
ration des fidèles. Les Minimes ont
des couvents de filles. On en comptait
deux en France, l'un à Abbeville, l'au-
tre à Soissons. [/histoire de cet ordre
a été écrite d'abord en français ( P^oj^.
DoNi d'Attichi), et plus en détail, en
latin, parle P. Lanoup : Chronicon
générale ordinis Minimorum, Paris ,
1 655 , in-fol. Le P. Marguerit a donné
aussi en latin la Chronologie des pro-
vinces et couvents de l'ordre, Aix,
1682, in-8°. Parmi les nombreuses
Vies de St. François de Panle, dont
on peut voir le détail dans Fontette,
nous indiquerons seulement celle qu'a
donnée le P. Hilarion de Coste , en
i655. (/^. Coste.) Le père A. Dondc,
minime , a publié Les figures et l'a-
Irégé de la vie, de la mort et des
miracles de St. François de Paule ,
Paris, 1671 , in-fol., orné de 24
planches , dont la plupart contien-
nent chacune 4 tableaux en médail-
lon. A la suite de cet ouvrage , on
trouve ordinairement les Portraits
de quelques Minimes , a{>ec leur
éloge, en 17 planches. L — y.
FRANÇOIS (Saint-). Tôt. Régis,
Sales et Xavier.
FRANÇOIS ( [".) Etienne, empe-
reur d'Allemagne. H était fils de Léo-
pold- Joseph-Charles , duc de Lor-
raine, et d'Ehsabeth Charlotte d'Or-
léans. Né en 1708, il avait été élevé
dès l'âge de douze ans « la cour de
.Vienne , sous les yeux de l'empereur
FRA
465
Charles VI , qui dès-lors le regar-
dant comme son gendre et son succes-
seurà l'empire. Ayant succédé en 1 729
à son père , il se rendit en Lorraine, et
prilpossession de ses états. Après avoir
passé quelque temps en France où il
était venu prêter hommage à Louis
XV pour le duché de Bar, il visita
l'Angleterre, la Hollande et plusieurs
cours d'Allemagne. Les événements
qui survinrent bientôt , produisirent
un changement remarquable dans la
fortune de François-Etienne et dans
celle de sa maison. Auguste II , roi
de Pologne, étant mort en 1 735 , Sta-
nislas Ijeczinscki fut élu pour le rem-
placer p<ir le parti qui lui était fidèle ,
et qu'appuyait la France ; mais il
eut pour concurrent Auguste III de
Saxe , que soutenaient les partisans
de son père, et que demandaient la
Russie et l'Autriche. La guerre éclata ,
et Stanislas ne put se maintenir. La
France voulait cependant lui assurer
un sort qui le dédommageât de ce
revers. Elle proposa un arrangement
auquel la cour de Vienne consentit.
Il fut convenu, en 1755, que Fran-
çuis-Etienne , destiné à épouser Ma-
rie-Thérèse , fille aînée de Char-
les VI, céderait à Stanislas les du-
chés de Lorraine et de Bar , et ob-
tiendrait en échange le grand duché'
de Toscane à l'extinction des grands
ducs. A la mort de Stanislas , les du-
chés de Lorraine et de Bar devaient
échoir à la France, qui s'engageait
à payer 5 milHons et demi de livres
par an au duc jusqu'au moment où il
parviendrait à régner en Toscane. Ce
moment n'était pas éloigné. Jean Gas-
ton, dernier rejeton mâle des Médi-
cis, mourut en 1757 5 et .François-
Etienne prit possession des états de
Toscane, où il se fit aimer par la dou-
ceur de son administration. Ayant
épousé Marie-Thérèse , il devint par
464
FRA
ce mariage la tige de la nouTcîle mai-
son d'Autriche, nommée Autriche'
Lorraine. L'tnipcreur Charles VI
c'iant mort en i "{^o, l'électeur de Ba-
vièr(î, appnyé par la France et la
Prusee, lui succéda sous le nom de
Charlf s VII 5 mais ce prince éprouva
de grands revers, et succomba sous
le poids des chagrins : il mourut en
1745. Marie-Thérèse, qui dans ce
même temps coml)attait pour con-
server les états héréditaires de sa
maison , en vertu de la pragmatique-
sanction de Charles VI, n'était pas
moins jalouse d'assurer le trône im-
périal à son époux. Elle triompha des
obstacles que lui opposaient ses en-
Dcmis; et François-Elienne fut pro-
clamé empereur d'Allemagne sous le
nom de François P^, le 1 5 septembre
1^45. 11 venait de prendre le com-
mandement en chef de l'armée d'Au-
triche , et il avait établi son quartier-
général à Heidelberg. Etant parti de
cette ville, il fil son entrée à Franc-
fort, où il fut couronné le 4 octo-
bre. Cependant la guerre continuait;
et ce ne fut qu'en 1748 que la paix
d'Aix-la-Chapelle assura à Marie-Thé-
rèse la possession de la plus grande
partie de ses e'iats héré*iitaires. Les
talents de cette princesse la mettaient
en état de gouverner elle-même ; elle
associa cependant son époux auxsoins
de l'administration ; et il y eut tou-
jours entre François et la fille de
Charles VI le plus grand accord pour
faire fleurir la monanhie .mtri-
chienne, et pour maintenir l'influence
de leur maison dans l'empire germa-
nique. Peu après la guerre de sept
ans, en i';64, Joseph, fils aîné de
François et de Marie-Thérèse , fut
proclamé par la diète roi des Ro-
mains. En 1 763 l'empereur avait as-
suré à son second fils , Pierre-Léo-
pold, la succession du grand-duch»
FRA
de Toscane; et en 17G5 Joseph ra-
tifia ce pacte de famille par une re-
noncicition formelle à ses droits au
grand-duché. La même année, Fran-
çois mourut à Inspruck, dans sa
cinquante-septième année. 11 laissa
la réputation d'un prince sage , éclairé
et bienfaisant. L'industrie, le com-
• merce, les lettres et les arts, lui furent
redevables de plusieurs institutions
qui ont contribué à les faire fleurir.
11 introduisit dans le département des
mines les plus utiles réformes. En
i';45 il fonda à Pistoie une académie
des bfllcs-lcttrcs; eten 1755 la vilk
d'Augsbourg obtint par ses soins une
académie des, beaux - arts. Quoique
François eût l'ame noble et géné-
reuse, il aimait l'argent ; et les opéra-
tions financières qui pouvaient lui en
procurer avaient pour lui un attrait
inéiistible. Il iifftrma pendant quel-
que temps, en compagnie avec le comte
de Bolza et le banquier Schimmel-
mann , les douanes de Saxe ; et l'on
prétend qu'au commencement de la
guerre de sept ans, il entreprit do
fournir l'armée prussienne de four-
rages et de farine. Quoiqu'il fût sou-
vent venu au secours des caisses au-
trichiennes, i( laissa en mourant un
trésor de 157 millions de florins. Il
naquit du mariage de François et de
Marie-Thérèse cinq princes et onze
princesses: nous indiquerons Joseph,
empereur sous le nom de Joseph 11 j
Pierre-Léopold, d'abord grand-duc
de Toscane, ensuite empereur sous
le nom de Leopold I". j Ferdinand ,
appelé par son mariage avec Marie-
Béatrix à la succession de Modènc ;
Maximilien, grand -maître de Tordre
Teutonique, archevêque de Cologne
et évêque de Munster; Marie-Chris-
tine , mariée au prince Albert de
Saxe , gouvernante des Pays-Bas , et
apacag«e avec ses d^sceudctiits de la
principauté de Teschen ; Marie-Amé-
lie, mariée .iii duc de Parme; Marie-
Caroline, mariée au roi de Naplc^j
Marie-AntoineUe,mariéeà Louis XVI,
roi de France , et qui a partage les
malheurs de ce monarque. C — au.
FHAINÇOIS I"., roi de France, na-
quit à Cognac, le 12 septembre i494-
Il descendait , ainsi que Louis XI 1 , de
Ch;irles-Ie-Sage, par Louis I^^. , duc
d'Orléans. L'assassinat de ce dernier
prince, victime de la jalousie et de la
cruauté de Jean duc de Bourgogne, fut
le signal des malheurs dont sa famille
devait être si lojig temps accablée.
Charles , son fils aîiié , < t Jean, com.te
d'Angoulême , son troisième fils,
après avoir inutilement cherché tous
les moyens légitimes de venger leur
père, appelèrent les Anglais en Fran-
ce, se repentirent de ce traité, le rom-
pirent avec une générosité impru-
dente ; et l'un fut leur prisonnier pen-
dant vingt-cinq ans, l'autre pendant
trente. ( f^oy. Charles d'Orléans ,
tome VllI , page \l\Q.) Le comte
d'Angoulême , aùul de François I^. ,
ne connut point le bonheur au sortir
de sa longue captivité. Sa rançon lui
avait coûté la plus grande partie de
ses domaines : mais il se vengea des An-
gl lis en contribuant, par ses exploits ,
à leur enlever la Guienne. Il vécut
ensuite dans la retraite, et se montra,
en s'éloignant des intrigues de la cour,
un digne petit-fils de Charles-le-Sage.
Son fils Charles, comte d'Angoulême ,
passa presque toute sa vie à se dé-
fendre des ombrages que Louis XI
avait conçus. Il épousa , par les or-
dres de ce monarque, Louise, fille
de Philippe, duc de iiavoie. De ce
mariage naquit François V^. Sa mère
prit de lui îes soins les plus ten-
dres. Le jeune ptince n'avait quedeux
ans lorsqu'il perdit son père : mais
bientôt il en retrouva un dans le bon
XV.
FRA 4G5
Louis XII, qui monta sur îe trône en
149B. Ce monarque confia son éduca-
tion à Gouffier-BoissijFun des esprits
les plus éclairés et l'un des plus nobles
chevaliers de ce temps. Jamais insti-
tuteur n'eut plus à s'applaudir des
brillantes qualités de son élève. Lé
jeune François portait autant d'ardeur
dans les études les plus sérieuses ,
qu'il en mettait dans tous les exer-
cices auxquels se bornait alors l'é-
ducation des gentils-hommes. Sa phy-
sionomie gagnait les cœurs. L'amour
de la gloire éclatait dans ses regards.
Il réparait avec une grâce inexpri-
mable les fautes où pouvait l'entraî-
ner la vivacité de son âge et de son
caractère. Les jeunes nobles , qu'il sur-
passait tous par la majesté de sa taille,
et sur lesquels il remportait des vic-
toires continuelles dans les touinois ,
le chérissaient comme leur frère, et
s'attachaient à lui comme à leur mo-
dèle. Deux fils que Louis XI ï avait
eus d'Anne de Bretagne, sa seconde
femme , étaient raort« au berceau •
mais il lui restait deux fiilcs, mes-:
daraet Claude et Renée. Il maria la
première à son jeune parent, et nom-
ma ce prince duc de Valois. Les
victoires de (iaston de Fnix éle-
vaient alors la France au plus haut
degré de gloire. Le jeune Fran-
çois voyait dans ce héros son guide,
son ami : il s'apprêtait à voler sur ses
pas en Italie, lorsque le coup fatal qui
emporta Gaston de Foix au sortir de
la victoire de Ravenne , mit un terme
aux courtes prospérités de Louis XII.
Ce monarque , après s'être engagédans
une ligue imprudente , vit se former
contre lui la coalition la plus déloyale.
Etourdi du nombre de ses ennemis,
de la fureur de leurs attaques , il se
confia dans l'amour de son peuple et
dans l'ardeur de ses jeunes héros. Ce
fut au du« de Valois qu'il remit le
3©
40Ô F R A
soin de défendre la Navarre. Dans des
Giiconstauccs si difficiles , tout pres-
crivait la prudence aux généraux de
Louis XII. Le duc de Valois dompta
l'impétuosité de son caractère , pour
servir les véritables intérêts de sa
patrie. S'il ne put reprendre la Na-
varre , déjà conquise par les armes du
duc d'Albe, il parvint à empêcher les
Espagnols de franchir les Pyrénées.
L'année suivante, Louis XII, dont le
règne venait d'être humilié par la fa-
tale journée du i3 avril i5i5, dite
des éperons , employa le duc de
Valoi^s à prévenir les suites de cet
échec : ce prince conçut des projets
hardis pour secourir Tournai; mais
sa mission était de couvrir la Picardie.
Pour la seconde fois , il se fit Tcffort
d'écouter la prudence. Il ne secourut
pas Tournai ; mais la Picardie fut sau-
vée. Henri VIII , qui avait de la géné-
rosité par accès, offrit la paix à la
France. Sa défection rompit la ligue.
Louis XIÏ, veuf d'Anne de Bretagne,
contracta un 5". mariage avec la jeune
cl aimable sœur d'Henri VIII. Le duc
de Valois fut chargé daller rojpvoir
Marie d'Angleterre; et quoiqu'une telle
union pût renverser ses espérances ,
il reçut cette princesse avec la plus
aimable galanterie. ( Vo^\ Duprat. )
Uu mariage qui rendait la paix à la
France, lui devint bientôt fatal ; car
il lui coûta le meilleur roi qui se fût
encore occupé de son bonheur.
Louis XII écouta trop sa passion
pour une reine que la politique lui
avait feit épouser, mais dont les char-
mes lui firent oublier et son âge et ses
infirmités. Le i ' ' . janvier 1 5 1 5 , con-
sumé de langueur , d manda le duc de
Valois, et lui tendit ses bras exténués ;
« Je me meurs , lui dit-il ; je vous re-
» commande nos sujets. » Il expira
quelques heures après. La luance fut,
pcc^daïit plusieurs jours, comme une
FRA
famille consternée de la perle d'un
père. Ce qui rendait encore celte
douleur plus glorieuse pour la mé-
moire de Louis XlI , c'est que
son successeur était aimé. Seulement
on craignait que François I^"^. ne
s écartât de la stricte économie à la-
quelle Xtàpère du peuple àwah été fidèle
soit au milieu de ses conquêtes , soit
au milieu de ses revers. X.e roi défunt
avait lui-même témoigné cette crainte.
On sait qu'il disait à ses sages minis-
tres : a Nous travaillons en vain ; ce
î) gros garçon gâtera tout. » Cepen-
dant François l^^. ne changea rien à
l'ordre établi. Après une guerre mal-
heureuse,le trésor royal était exempt
de dettes , et c'était toute sa richesse.
Les puissances voisines , qui se prépa-
raient à intimider ou à opprimer un
roi de vingt -un ans, ne s'aperçurent
"pas de l'accroissement de ses ar-
mées , parce qu'elles ne le virent
point créer d'impôts. Le roi d'Es-
pagne Ferdinand-le Catholique, cas-
sé par l'âge, mais trop fier du suc-
cès de ses fourberies pour n'y paj
persévérer , excitait le faible et turbu-
lent Maximilien , empereur d'Alle-
magne, à une nouvelle guerre contre
la France. Mais les ennemis les plus
dangereux des Français étaient alors
les Suisses , qu'enorgueillissaient la
victoire de Novare et le traité de
Dijon : ils se considéraient comme les
arbitres de tous les étals auxquels
ils fournissaient des armées. Quoi-
qu'ils n'eussent point encore montré le
désir des conquêtes, l'amour de la
gloire devenait chez eux une passion
farouche. L'histoire n'avait encore à
leur reprocher qu'une seule perfidie.
Une de leurs armées avait indigne-
ment Uvré le duc de Milan , Ludovic
Sforce , qui s'était commis à leur fui :
mais les Suisses brûlaient d'effacer le
souvenir de celte lâcheté de quelque»-
uns de leurs coiupalriotes. îls avaïent
jure de conservera Maximilien Sforce
un ducbc' que la France ne cessait de
re'claracr les armes à la main , et que
rAulriche couvrait d'une protection
suspecte. Ces guerriers avaient alors
pour le Saint-Siège une soumission
sans bornes. Zwingle n'avait pas en-
core paru. Le cardinal de Sion, dan-
gereux prélat, qui servait Rome avec
un zèle fanatique, e'iait le seul oracle
qui fût alors écoute de ces hommes
simples et fiers. François V'. avait
fait presser le pape Lëou X de le se-
conder dans son projet d'invasion dû
Milanez. Il avait envoyé vers ce pon-
tife Guillaume Budé , le plus illustre
des savants français. Ce négociateur
ne fut point heureux. Léon X le trom-
pa , et préféra l'alliance de l'empereur
d'Allemagne à celle du roi de France.
Mais les républiques de Venise et de
Gènes se déclarèrent pour ce dernier.
François l". se hâla d'envoyer dans
l'Italie une armée dont l'Europe sup-
posait à peine l'existence. Le conné-
table de Bourbon la commandait. Les
maréchaux de Trivulce et de Lapa-
lice, Lautrec , Ghabanes , La Tre-
mouille, Navarre, et Bayard, le plus
modeste et le plus parfait des cheva-
liers, rivalisaient d'ardeur avec Mont-
morcnci, Créqui, Bonnivet , Cossé et
Claude de Guise , qui , jeunes encore ,
regardaient leur gloire comme assurée
sous un roi belliqueux. L'alliance con-
tractée avec la république de Gènes ,
et des intelligences méuagées avec le
duc de Savoie, cncle de François l*^.,
offraient de grandes facilités pour le
passage des Alpes; mais les Suisses
s'étaient emparés de la crête de ces
montagnes. On réussit pourtant à
forcer les passages (i}. Prosper Co-
(i) Quelques historiens, cités par Bayle , ont
écrit que ce fut en cette occasion que les Français
percèrent dam le r«c le passage du Moot-Vis»
lontia rassemblait ses troupes dans
Villefranche. Bayard , Chabanes ,
Montmorenci, d'Aubigné, conçoivent
le projet de l'y surprendre. A la tête
d'une poignée de soldats, ils passent
le P6, se pré.-entent devant la ville à
midi, enlèvent successivement lousies
postes, et prennent le général comme
il allait se mettre à table. Cet exploit
est suivi de la conquête d'une partie du
Milanez. Le roi, qui apprend à Lyoa
les rapides succès de son avant-
garde , craint que ses lieutenants ne
lui enlèvent toute la' gloire de cette
conquête ; il fait diligence , et passe
facilement les Alpes avec son corps
d'armée. Les Suisses, qui restaient
seuls pour la défense du Milanez,
semblent découragés en voyant tou-
jours croître l'ardeur et les forces des
Français ; ils offrent de traiter. Fran-
çois V. fait sans hésiter le sacrifice de
sa gloire au bonheur de ses sujets,
Lautrec a signé un traité avec les
Suisses : mais le cardinal de Sion est
venu ranimer la fureur de ses compa-
triotes. Il leur persuade que tout est
légitime, puisqu'ils combattent pour
les intérêts du Saint-Siège j il remplit
toutes les âmes de sa haine contre les
Français. Les Suisses sont prêts à
soutenir par des prodiges do bravoure
la trahison la plus odieuse ( i5 et i4
septembre i5i5 ). Ils voient l'armée
française, qui, rangée dans la plaine
de Marignan , garde négligemment ses
postes j ils espèrent lui enlever toute
son artillerie: leur nombre, leur con-
tenance, étonnent le roi • il demande
ses armes. Les Suisses continuent de
s'avancer, et Tarniée française s'in-
quiète. Le connétable de Bourbon a
pour pénétrer en Itali?. Mais il paraît que celt«
excavation , connue sous le nom de Tron du J^iso ^
ou 2'raversette , lutcreuséeen 1480 par Louis 1er.,
dixième marquis de Saluées. M. Ladoucette en a
donné la description etThit^oire dans \t Magoiin
e/ujelop. de juin i8n.
3o..
4m F R A
fait couvrir son artillerie par des com-
pagnies de Jansqueticts. Ceux-ci re-
culent au premier clioc : c'est \e roi
Jui-même qui vient les rallier avec
deux cents hommes d'armes; il perce
un bataillon fort de quatre raille hom-
mes; il court à travers leurs rangs,
qui se sont rompus : il les force à
baisser leurs piques, elà crier France,
La victoire est couiplcte sur ce point ;
mais ce n'est pas le seul combat qui
se livre dans celle plaine: les difle-
rentes masses de l'infanterie suisse
soutiennent avec vigueur le choc de
nos gendarmes, de nos lansquenets,
de nos bandes noires. Jamais ils ne
sont plus terribles que lorsqu'ils ont
feint d'ouvrir leurs rangs ; ils savent
bientôt les reformer, et alors malheur
à ceux qui se trouvent enferme's dans
cette forêt de piques. L'approche de
Ja nuit, les tourbillons épais de pous-
sière ajoutent au désordre de la bataille,
sans en ralentir la fureur. Les Suisses,
comme les Français, portaient l'ëchar-
pe blanche. Le roi tombe sur un corps
de six mille Suisses, qu'il a pris pour
un corps de lansquenets français :
averti du danger, il fait éteindre le
seul flambeau qui le guide. Le conné-
table de Bourbon , par un prompt
secours , sauve un monarque auquel il
devait être si fatal. Ce nouveau corps
de Suisses est forcé de reculer : Fran-
çois P^ se porte alors vers son artil-
lerie, pour laquelle il conçoit beau-
coup d'inquiétude; mais Bayard et
Louis de la Trémouille n'avaient point
quitté ce poste : toute l'artillerie était
sauvée. Enfui les feux s'éteignent par
degré: ce n'est point la nuit, c'est
l'extrême lassitude qui a interrompu
le combat. Le roi dort sur l'affût d'un
canon. On vit au point du jour un
spectacle étrange : comme tous les
corps suisses et français étaient con-
fondus , les deux armées , après une
FRA
trcrc tacite, viennent reprendre leurs
rangs^ On se bat avec autant de fu-
reur que la veille; mais il faut passer
sur des monceaux de morts pour se
joindre. Bayard, dans la mêlée , est
emporté par un cheval fougueux au
travers des bataillons suisses : il com-
bat, il renverse tout ce qui s'oppose
à son passage , saute de cheval , gagne
une vigne, qui lui sert de retranche-
ment , et joint à pied une compagnie
française qui marche à son secours.
Le comte de Guise, en ralliant les
bander noires , reçut vingt - deux
blessures. Enfin , après cinq heures
de combat , le roi , le connétable
de Bourbon , le maréchal de Tri-
vulce , et Montmorenci, forcèrent les
Suisses â la retraite : ceux-ci la condui-
saient avec ordre , lorsque , le troi-
sième jour, Alviano , à la tête de
l'armée vénitienne, vint tomber sur
leurs derrières. Le roi fit tout ce qu'il
put pour sauver des guerriers égarés
parleur fanatisme. A force de généro-
sité , il contraignit les Suisses de de-
venir ses amis. Depuis lors les rois de
France n'ont jamais eu d'alliés plus fi-
dèles. La lettre dans laquelle le roi ren-
ditcompte à sa mère deL bataille de Ma-
rignan, peut être considérée comme un
des monuments de notre langue. Dans
celte description franche ^ modeste,
rapide et brillante , règne une fleur de
délicatesse dont nos guerriers , et sur-
tout nos rois, offraient seuls le modèle
à l'Europe. Le roi y récompense tous
SCS nobles compagnons par des mots
du cœur. Lorsque, le soir de la
troisième journée, Bayard revint au
camp , François I". se jeta dans ses
bras , puis mit un genou en terre,
et voulut recevoir de lui l'ordre de la
chevilerie. Le Milanez lut conquis.
Léon X fut forcé de traiter avec le roi
de France. L'empereur Maximiiicu fit
de vains efforts, l'année suivante, pour
FRA
reconquérir le Milancz. Le coniie'table
de iJourbon le força de lever ignomi-
nieusement le siège de Milan. Peu
sûr des dispositions de son armée ,
Maximilien l'abandonna. Le chagrin
abrégea ses jours (en 1 5 1 o ). L'empire
devint vacant. Deux principaux com-
pétiteurs se pre'sentèrent. C'étaient les
deux rois qui devaient signakr , pen-
dant trente ans, leur rivalité , Charles-
Quint et François P*". Charles , déjà
maître des Pays-Bas, avait été ap-
pelé au trône de l'Espagne par la
mort et le testament de Ferdiuand-le-
Calholique. Jaloux de la gloire du roi
de France, il feignait d'en être le plus
sincère admirateur. Il lui écrivait ,
non comme un frère à son frère, selon
l'étiquette des rois , mais comme un
fils à son père. Quand il se déclara son
compétiieur pour l'empire , ce ftit avec
îes formes hypocrites d'une déférence
filiale. François I*''^. lui répondit avec
une délicatesse et une franchise qui
étaient dans son ame : a Regardons-
>» nous comme deux amis qui poursui-
» veut les faveurs d'une même maî-
» tresse ; et que chacun de nous pro-
» mette de respecter les droits du plus
» heureux. » Ce fut un malheur pour
François P'., dans cette lutte, d'avoir
acquis assez de gloire pour faire crain-
dre son ambition. D'un autre coté , la
vaste puissance de Charles effrayait
les électeurs. Us déférèrent lacouroune
à Frédéric, électeur de Saxe. L'Eu-
rope avait donné à ce prince le beau
surnom de sage. 11 parut le justifier
en refusant l'empire ; mais sa modé-
ration fut une imprudence.il crut voir
un prince pacifique et réservé dans
le jeune Charles , et décida les suffra-
ges de la diète en sa faveur. 11 ne pré-
voyait pas combien le nouvel empe-
reur se montrerait ennemi de l'indé-
pendance de l'Empire. Quelque scnsi-
l>le que fût F'rançois i^", au çhiigriu
FRA 4G9
de n'avoir point obtenu un titre qui
eût un peu rappelé la puissance de
Charlemagne , il avait , pour s'en
distraire , trois ressources qui le sui-
vaient toujours ; l'amotlr , les plai^
sirs et les lettres. Henri VIII, qui
avait aussi brigué l'empire , vint
irriter , par son ressentiment , le dé -
pit de François l". Les deux rois se
virent auprès de Guines ; et leur en-
trevue fut accompagnée de tant de
magnificence , qu'elle fut désignée
sous le nom du camp du Drap d'or.
François I". y fit briller une gaîté qui
ressemblait à l'étourderie. Il vint un
jour surprendre Henri VÏÏI au lit ,
comme pour le faire son prisonnier.
Le roi d'Angleterre prit gaîment cette
plaisanterie, et se rendit de bonne
grâce. 11 lui présenta en même temps
un collier précieux : a Portez-le aujour-
» d'hui , ajouta-t-il , pour l'amonr de
» votre prisonnier. î) Le roi le prit, et
lui donna un bracelet qui valait le
double. Comme Henri Vllï voulait se
lever : « Mon frère, lui dit François
» P^. , vous n'aurez point aujour-
» d'hui d'autre valet-de-chambre que
» moi. » Mille autres jeux remplirent
cette entrevue. Mais une guerre sé-
rieuse se préparait. Cliarles-Quint fair
sait attaquer le duc de Bouillon pour
engager des hostilités contre la France,
Ce ful-là le prétexte et le commen-
cement de la guerre de i52i, qui
changea la fortune de François P*". Ce-
peudant le début de cette guerre fut
heureux pour la France. Les im-
périaux assiégeaient Mézières avec
55,000 hommes; et cette ville, mal
fortifiée, mal pourvue de vivres et de
munitions , allait leur ouvrir la Cham-
pagne : mais elle avait pour gouver-
neur le chevalier sans peur et sans
reproche. Tout ce que fit Bayard pour
la défense de Mézières doit être iu dans
la vie de ce héros. Le salut de tcit?
470 FRA
ville fut celui de ia France. Mais les
Français , lannce suivante , expièrent,
en Italie, les fautes d'une adrainislra-
tion vicieuse et plus dure qu'on ne
devait Taltendre des lieutenants de
François T'". L'histoire n'a pu encore
bien cclaircir ce qui contribua le plus
à la perte du Milanez, ou des exces-
sives rigueurs de Lautrec , gouverneur
de cette province , ou de la coupable
prodigalité de la mère du roi , qui dis-
sipa des fonds réservés pour Tarraée
d'Italie. Ce monarque fut aveugle sur
les torts de l'un et de l'autre. Il aimait
la comtesse de Cliâteaubriant , sœur
de fjautrec : mais sa tendresse pour
sa mère l'entraîna dans de bien plus
grandes fautes. Si Lautrec perdit le
Milanez , ce ne fut qu'après dos com-
bats obstinés. Il accusa la duchesse
d'Angoulême. Cel'ie-ci eut la lâche
cruauté de faire tomber sur un habile
et intègre surintendant des finances ,
la peine de ses propres concussions :
elle accusa Semblançai du retard ap-
porté à l'envoi d'une somme de
4 00,000 écus qui aurait sauvé la con-
quête du roi. François P^ , trompé par
sa mère, fît juger Semblançai par une
commission ; et ce règne si doux fut
souillé par le supplice d'un ministre
intègre, d'un vieillard vertueux. Fran-
çois I^^^. fut bientôt engagé dans une
faute plus funeste , par son excessive
déférence pour sa mère. La duchesse
d'Angoulême aimait le connétable de
Bourbon avec un empoi tement que
son âge rend iit ridicule. Ce prince ,
enorgueilli delà victoire de Marignan ,
cessa d'encourager une passion qu'il
.avait d'abord jugée utile à sa fortune.
La duchesSe d'Angoulême se vengea
de ses mépris , en lui faisant ôler, dans
deux campagnes, le commandement
de l'armée. Elle ne voulait que l'éprou-
ver par cette persécution sourde. Il
s'irrita , et répondit par la haine à un
FRA
dépit tracassier. Il devint veuf: la du-
chesse d'Angoulême , abjurant sa feinte
inimitié , lui fit offrir sa main. Fran-
çois l". sollicita le connétable de con-
sentir à cette union. Ce dernier , que
le roi avait trop justement nommé le
prince mal- endurant, mêla l'expres-
sion du mépris à son refus. La duchesse
d'Angoulême se livra tonte à la ven-
geance. Après avoir fait perdre au
connétable la confiance du roi , elle
l'attaqua dans sa foi tune par un procès
injuste, intimida on suborna les juges,
et le fît dépouiller d'une grande partie
de ses domaines. Charles-Quint mit à
profit le ressentiment du connétable.
Bourbon devint , en un instant, l'en-
nemi de sa patrie et de son roi. Fran-
çois P^ , instruit des intelligences
qu'entretenait Bourbon avec Charles-
Quint , refusa d'y croire. Un guerrier
renommé jusque-là par sa franchise
recourut à ce que le mensonge a de
plus vil , pour se mettre à l'abri de
tout ombrage. Bourbon (en iS'iS),
après avoir en vain cherché à soulever
plusieurs provinces, fut réduit à pren-
die la fuite, et abandonna dix-neuf de
ses complices à la colère du roi. On ins-
truisit leur procès et celui de leur chef.
Un seul d'entre eux , Saint-Vallier ,
fut condamné à mort : mais , comme il
allait poser sa tête sur le billot , on
entendit crier grâce, et le peuple ad-
mira la clémence du roi. S.iint-Vallicr
était le père de la célèbre Diane de
Poitiers, déjà mariée au sénéchal de
Noimandie. Il est faux de dire qu'elle
acheta la grâce de son père, en se li-
vrant auxdcsirsdu roi. François I*'^,
dans ses amours , oubliait les devoirs
de iVpoux , mais non l'honneur dn
chcvalur. Déjà Bourbon commandait
en Italie les armées impériales; et le
roi ne lui opposait que le plus pré-
somptueux de ses favoris , l'amiral
Bonnivet. Kavard était sous les 01 dres
F II A
d'un gênerai qui aurait dû se présenter
comme son modeste élève. Bonnivet ,
soit par imprudence, soit par perfidie,
n'envoya point à Bavard les secours
que celui-ci réclamait. Le chevalier,
malgré toute sa vigilance, fut attaqué
de nuit au village de Bcbec. 11 y perdit
une partie de sa petite troupe; et
quoiqu'il eût sauvé le reste avec autant
d'intelligence que d'intrépidité, il crut
avoir essuyé le premier affront de sa
vie. 11 voulait demander raison àrarai-
1 al , et déjà il lui avait envoyé un défi :
mais quand il voit de quel désastre
l'armée française est menacée par les
mauvaises dispositions du général , il
ne songe plus qu'au salut de l'armée.
On battait en retraite. Les Français ,
arrivés sur les bords de la Sesia , sont
attaqués par les impériaux. Bonnivet
croit qu'il suffit de sa bravoure pour
réparer ses fautes. Dès le commen-
cement de l'action , il est grièvement
blesse. C'est Bayard qu'il fait appeler;
il lui confie le sort de l'armée : « Il est
» bien tard , lui répondit le généreux
» chevalier ; mais n'importe : mon
» a me est à Dieu et rtia vie à l'état. Je
» sauverai l'armée aux dépens de
» mes jours.» 11 s'élance, rétablit le
combat : bientôt il est atteint d'un
coup mortel. Mais ne nous laissons
pas trop entraîner à l'intérêt de cet
admirable épisode du règne de Fran-
çois P'. ; et laissons nos lecteurs se
rappeler et redire la réponse de Bayard
mourant au connétable armé contre
son roi. {Voy. Bayard.) Bourbon
n'oublia que trop tôt l'impression qu'a-
vaient produite sur son ame les nobles
reproches du plus digne chevalier. Les
Français avaient encore une fois aban-
donné l'Italie. Bourbon se précipite
avec fureur sur la Provence, en comp-
tant sur des rebellions que ses intri-
gues avaient déjà ménagées ; mais nul
Français ne vient se joindre au trans-
FRÂ 4:i
fuge. La facilité avec laquelle il avait
soumis les villes d'Aix et de Toulon ,
lui faisait espérer d'entrer sans peine
dans Marseille. Les habitants lui op-
posent une résistance que soulient
leur indignation. Les dames surtout
se montrent d'une activité infatigable
pour le salut de la ville; une tranchée ,
ouvrage de leur main , fut nommée la
tranchée des dames. Le roi arrivait
au secours de Marseille : Bourbon
est obligé d'en lever le siège. Fran-
çois P'". crut voir dans ce succès un
retour de la fortune : il passe les Alpes ,
rentre dans le Milanez. Déjà il est aux
portes de la capitale. Milan , qui était
en proie au fléau de la peste , ne l'ar-
rête que peu de jours. Qu'il soumette
encore Pavie et Lodi , il sera enfin
assuré d'une conquête à laquelle il
croit follement son honneur engagé : il
marche vers la première de ces villes;
il l'assiège : mais Antoine de Lève y
commande. Son habile et longue ré-
sistance a laissé , au connétable de
Bourbon , le temps de réparer les
pertes de son armée, et de recevoir de
puissants secours. Le connétable arri-
ve; il va fondre sur l'armée française.
Les vieuxgénéraux conjurent le roi d'a-
bandonner le siège de Pavie Mais Bon-
nivet et Montmorenci flattent son ar*
deur guerrière. On s'est déterminé au
parti imprudentde marcher au-devant
de l'armée impériale. Dès la nuit, la
bataille s'engage. Au point du jour, il
y a déjà tant de désordre dans les
rangs de l'armée française , que le roi
ne voit plus de salut que dans un
coup de désespoir ( 7.4 février 1 525 ).
Il se place au corps de bataille , ap-
pelle sur lui les regards de tous les
siens et de tous les ennemis , par
un casque orné de longs panaches.
Rien ne peut le retirer du fort de la
mêlée. Il tue de sa main plusieurs com-
battants, et met en fuite les Italiens
47'i FRA
qui lui sont opposés. Mais à quoi lient
la cli.incc des combats! La foiiîe de
lîCios qui entourent le roi , se voit ar-
rêle'e dans ses progrès par une troupe
irrëgulière et pei» nombreuse , qui ne
sait que s'avancer , fuir , revenir à
la charge et fuir encore. C'étaient des
arquebusiers basques , tireurs adroits,
qui visiuent à la tête et au cœur des
olïi'ùers les plus distingués , et les
atteignaient presque toujours. Chaque
Lalle enlève au roi l'un des appui-, de
son trône. On se presse au-devant de
lui, à mesure que le péril redouble.
Le duc d'Aieiiçon seul oublie son roi
et l'honneur. Chargé du commande-
ment de l'aile gauche de l'armée , il
la fait replier précipitamment. Bour-
bon s'avance avec un corps de ré-
serve , pour envelopper le roi : deux
lieros , La Tremouille et le mareVhal
de Foix sont frappés à mort. Les
rangs s'éclaircissent; la puissante gen-
darmerie des Franc lis est ro»npue en
six endroits. Bi)nnivet , à qui l'ai mée
toute entière reproche son désastre,
veut du moins mourir avant son roi ,
3'il ne peut plus le sauver. Il s'avance
en tendant la gorge à toutes les épées ,
à toutes les piques, et meurt percé de
plusieurs coups. Le roi, lui seul, paraît
9voir conserve' la force de comb ittre
et de terrasser des ennemis. Il venait
d'en faire tomber six sous ses coups ,
lorsque son cheval , atteint d'une b ille,
le renverse. Déjà il avait reçu deux
blessures. Il combat encore à pied :
mille voix lui crient de se rendre. Il
voit venir à lui Pompéran , le seul
gentilhomme qui eût saivi le conné-
table de Bourbon dans sa fuite. Ce
transfuge se jette à ses pieds , et le
conjure de se rendre au duc d? Bour-
bon. Le roi, à ce nom , sent ranimer
toute sa fureur , et proteste qu'il mourra
plurôt que de se rendre à un traître. Il
§cma ndc Launoy et |^| rcmtit sou éf ée.
FRA
Lannoy la reçut à genoux, et lui donna
la sienne. Au sortir de cette baiaiile,
François ^^ écrivit à sa mère une
lettre non moins admirable que celle
où il avait raconlé la victoiie de Mari-
gnan ; e!le ne contenait que ces mots:
Madame, tout est perdu , fors l'hou'
neur. Lannoy , vice-roi de Naples ,
montra beaucoup d'égard pour son
auguste prisonnier; Charles-Quint n'i-
mita point la générosité de son lieu-
tenant : ii fit iransportcr le roi à Ma-
drid , et le fit surveiller avec rigueur
dans un appartement incommode ;
eiifiu il ne lui montra plus d'autre
perspective que celle de se dépouiller
et de s'avilir , ou de finir ses jours
dans la captivité. Voici à quel prix
il mettait la rançon du roi : la ces-
sion de la Bourgogne , la renoncia-
tion à toute suzeraineté sur la Flaf»-
dre , et, pour comble d'ignominie , la
réintégration du parjure connétable
dans ses biens et dans son rang. Fran-
çois l''"'. rejeta ces propositions avec
fierté. Charle» - Quint le tourmenta
dans sa prison par de nouveaux rafi-
nements de cruauté. Le malheureux
roi parut près de succomber à ses
chagrins. Consumé de langueur , il se
refusait à toute diversion. Charlescrai-
gnit de peidrela rançon qu'il convoi-
tait. L'inléiêt le fit recourir à de tar-
dives apparences d'humanité. Il visita
enfin François L ^ dans sa prison.
Celui-ci, en le voyant mirer, s'écria
douloureusement: « Ven<z- vous voir
» mourir votre prisonnier? » — a Je
» viens , lui repondit Charles , pour
» aider mon frère et mon ami à re-
» couvrer la liberté. » M.iis il soutint
mal, dans la suite de la conférence,
ce ton de générosité. Henrcusemi'nl
Taimable Marguerite, fluihe>se d'Alen-
çon , et depuis reine de Navarre ,
s'était rendue à Madrid pour consoler
son frère. Elle obtint d'entier dans
FRA
sa prison , et le sauva de son deses-
poir. On croit qu'elle habitua leïoi
à une idée qui lui avait d'abord
inspire' le comble de l'horreur, celle
de faire , comme prisonnier , des pro-
messes qu'il ne tiendrait pas comme
xoi. La France avait craint , un mo-
ment , de voir renaître tous les dé-
sastres qui suivirent la captivité du
roi Jean ^ mais le peuple fut sauvé de
l'anarchie par son amour pour un roi
malheureux. La duchesse d'Angou-
Jeme , régente du royaume, tint les
ïêncs du gouvernement avec adresse
et fermeté. Guif»e et Monlmorenci la
secondèrent par leur courage. Les par-
lements , quoique François V^. eût
réprimé leur orgueil ^ montrèrent une
honorable fidélité. On apprit en Fran-
ce , avec un inexprimable mélange
de joie et de douleur , que Fran-
çois F"", avait recouvré la liberté en
souscrivant^ par le traité de Madrid,
aux dures conditions imposées par
son vainqueur. 11 ne céda point
cette fois à sa loyauté. La manière
dont il s'écria , a Je suis encore roi ! »
lorsqu'il mit le pied sur le territoire
de France, annonça qu'il se croyait
dégagé d'un serinent imposé par un
cruel abus de la victoire. Si ce fut un
pirjnre, tous les Français furent ses
complices. Bientôt le calme renaît,
l'alégressc éclate, l'ordre est rétabli
dans les finances. On veut racheter, à
prix d'or, les deux enfants du roi, qu'il
a été obligé de laisser en otage ; les
nobles et les bourgeois se cotisent.
Dfjà deux millions sont offerts : on
s'aime, on ne respire plus que guerre
et que vengeanco. Le malheur a crée'
au-dehors de nouveaux amis à Fran-
çofs I^*". Le nombre en est surtout
augmenté par Ips craintes qu'inspirent
les projets ambitieux deCh iiIes-Quint.
Henri VI 11 a déjà fait éclater sa ja-
busie contre l'empereur. Presque tous
FRA 475
les étals d'Italie ont formé une ligue
tardive, pour assurer ou recouvrer
leur indépendance. On voit entrer
dans cette ligue le jeune Sforce, héri-
tier du duché de Milan, dont Charles-
Quint vainqueur a bientôt méconnu
les droits. Léon X avait terminé son
règne brillant, mais agité; un autre
Médicis, Clément VII , occupait le
trône pontifical. Pressé par les armes
de l'empereur , outragé p.ir des de-
mandes impérieuses , il cède à sa co-
lère , et compte sur ses nouveaux al-
liés , les rois de France et d'Angle-
terre : mais c'est sur lui que va tom-
ber l'orage. Des cardinaux et des prin-
ces , ses sujets et ses voi>,ins , n'ont
flatte ses projets que pour les dénon-
cer à Charles-Quint. Clément VII se
trouble, négocie; mais il voit arriver
contre lui la plus vile et la plus épou-
vantable armée de l'Europe : c'étaient
des brigands sortis depuis plusieurs
années de l'Allemagne; vieux merce-
naires , sans patrie et sans religion.
Les nouveautés religieuses qui déjà, de-
puis dix ans, déchiraient rÀllemagne,
avaient laissé duis le cœur de ces sol-
dats une profonde horreur pour le
pape. Le connétable de Bourbon esta
leur tête, et ne ressemble que trop
à ces cruels aventuriers. Depuis plu-
sieurs jours, ils lui demandaient leur
solde avec des cris séditieux; il les
mène, pour les apaiser , au siège de
Rome. Il monte à l'assaut , le 6 mai
i527 , est tué sur la brèche; mais ses
soldats poursuivent une victoire facile-
Rome est emportée, inondée de sang,
et sacc.igée. L'Europe voit avec hor-
reur des cruautés qui ég dent celles des
plus barbares conquérants de l'em-
pire romain. Le pape est prisonnier :
Charles-Quint abuse encore une fois
de sa fortune. Ses respects hypocrites
pour le saint pontife, qu'il tient dans
les fers , excitent une indignation gé-
47 i FRA
iierale : mais on le redoute. Laulrec a
reparu en Italie; et, celte fois, les
Français y sont accueiliis en libéra-
teurs. André Doria lui prête tout l'ap-
pui de la république de Gènes sa
patrie, de ses talents et de son grand
caractère. Le Milauez est reconquis ;
le pape a recouvré sa liberlc. Lelléau
de la peste a vengé la chrétienté des
trente mille brigands qui ont saccagé
la capitale. Lautrecn'a plus àsubjiiguer
que le royaume de Naples: il marche
de succès en succès. Naples est assié-
gée ; mais la peste a passé d'un camp
clans un autre : ce sont les Français
qui en sont atteints. Lautrec a l'im-
prudence de se brouiller avec André
Doria. Gènes, par les conseils de ce
dernier , donne l'exemple de la défec-
tion à d'autres états d'Italie. Lautrec
meurt ; et l'armée française est pres-
que entièrement anéantie, sans avoir
été vaincue. La guerre continue , mais
plus languissamment. François P'. et
Charles-Quint qui s'élaienl bravés par
de grossières invectives, et par des
cartels auxquels ni l'un ni l'autre ne
Toulait donner de suites sérieuses ,
ont scnli le besoin de traiter de la
paix : elle se conclut dans la ville de
Cambrai, au commencement de l'an-
née 1 5'ig. Les deux enfants du roi
furent rachetés pour la spmrae de
1 ,200,000 écus. François P"". renonça
a ses prétentions sur le Mi'.anez, et il
épousa Fléonore, sœurde l'empereur.
Le bruit des armes cessa pour quel-
que temps en Europe. François I*^.
se donna tout entier à un projet que
les guerres n'avaient pas tout-à-fait
interrompu, celui de faire fleurir l'in-
dustrie, le commerce et les lettres. Le
connétable de Montmorenci rétablis-
sait un ordre sévère dans les finances.
Les fètcs données par François 1"".,
plus élégantes que somptueuses, of-
fraient les plus brillautes images de la
FRA
chevalerie. Ses loisirs étaient stu-
dieux. Les heures de ses repas n'étaient
pas perdues pour de savants entre-
tiens. Sa curiosité presque universelle
lui donnait une instruction extrême-
ment variée. Il achetait des tableaux
précieux, les proposait en modèle
aux artistes français , faisait venir à
grands frais des manuscrils de l'Italie
et de la Grèce , consultait sans cesse
Budé, Lascaris, entretenait un aima-
ble commerce de lettres avec Érasme
et cherchait à l'attirer en France, visi-
tait dans leurs ateliers le Primatice ,
Léonard de Vinci, excitait l'émulation
des statuaires français, qui déjà pro-
duisaient des chefs-d'œuvre. Le pre-
mier , il fit cultiver en France la
physique , la botanique et différentes
autres parties de l'histoire naturelle.
11 s'égayait avec Clément Marot, et
quelquefois imitait la grâce naïve et pi-
quante de ses poésies; il s'amusait des
bouffonneries satiriques du curé de
Meudon, et lui pardonnait beaucoup
de cynisme mêlé avec quelques véri-
tés hardies. 11 commerçait le Louvre,
et bâtissait les châteaux de Fontaine-
bleau, de Chambord , et celui de Ma-
drid, nom qui annonce combien p(u
ce monarque craignait le souvenir de
ses adversités. Ses soins les plus ac-
tifs se dirigeaient vers l'éducation. Ce
fut par lui que fleurit pour la ])remièrc
fois, en France, l'étude de la langue
grecque. Il fonda le Collège - Royal.
Sa sœur, la reine de Navarre, aupa«
ravant duchesse d'Alençon, et les
frères Du Jiellay, signalés par leurs
connaissances littéraires autant que
par leur amour pour le roi , lui for-
maient un conseil de littérature, au-
quel étaient souvent admis de sa^es
jurisconsultes, de savants médeciiis
et même d'habiles imprimeurs. Il n'y
avait point en Europe de cour plus
gaie que celle où on &c hvrait à ces
FRA
docte? travaux. Le roi, toujours La-
bile à maintenir la dignité au milieu
des plaisirs, encourageait les plus
gais passetemps , et, comme sa sœur ,
fournissait le modèle des bons contes
f t des bons mots. François P^ , pen-
dant sa prison de Madrid , avait perdu
la comtesse de Cliâteaubriant, l'objet
de ses plus tendres amours. L'opinion
dequeiques historiens est qu'elle mou'
rut victime de la jalousie féroce de
.son mari. Le roi la regretta vive-
ment. Anne de Pisseleu, qu'il nomma
duchesse d'Et.tmpes, succéda au crédit
de la duchesse de Châteaubriant, mais
sans lui inspirer un amour aussi pas-
sionné. Ses intrigues et son avidité
l'en rendaient peu digne. Jamais il ne
fit un reproche à sa mère , qui avait
causé tous les malheurs de son règne :
il donna les regrets les plus sincères
à sa mort. La politique un peu ver-
satile de Frat cois 1". lui avait fait
rechercher l'alliance des Médicis ,
dont il avait eu souvent à se plaindre :
il avait marié Ht nri , son second fils,
à Catherinede Médicis, nièce du pape
Clément VIL Jamais aucun mariage,
si l'on exceple celui d^lsabeau de Ba-
vière, ne fut plus fatal à la France;
mais ce ne fut ni vSons ce règne , ci
sous le suivant , que Catherine de Mé-
dicis fil connaître les inconséquences ,
les odieux rafineraents et les crimes de
sa politique. Heureux ce monarque, si
lien n'avait pu le distraire des travaux
pacifiques, qui lui firent obtenir le
surnom de père des belles - lettres.
Mais Charles-Quint annonçait une
grande expédition en Afrique : Fran-
çois I". ne put résister au désir de
profiter de l'absence de son heureux
rival, pour renouveler ses préten-
tions sur le Milancz. François Slorce
y avait été rétabli par le traité de
Cambrai; il avait fait décapiter, sous
prétexte de meurtre, uu agent de la
FRA 4;5
France. François F*", ressentit vive-
ment cet attentat. Le duc de S «voie
voulut arrêter l'invasion des Fran-
çais ; sa résistance lui coûta la perte
de la plus grande partie de ses états.
François Sforce, en voyant les Fran-
çais déjà maîtres du Piémont , est
frappé de terreur et meurt subitement.
Tout semble réussir à François 1"^;
mais Charles-Quint est déjà revenu
vainqueur de son expédition d'Afri-
que. Toute l'Eiuope retentit de sa
gloire : l'Italie tremblante se range de
nouveau sous ses lois. Fier du succès
de ses armes , il veut se montrer en
conquérant; et c'est la Fiance qu'il
menace. Cinquante mille hommes en-
trent, sous sa conduite, dans la Pro-
vence (en i556) : le connétable Anne
de Montmorenci est chargé de repous-
ser cette invasion. L'extrême danger
le fait recourir à un remède extrême.
Il sait que Charîes-Quint a mal assuré
ses approvisionnemens, avant d'entrer
dans une province qui fournit à peine
au tiers de sa propre subsistance.
Montmorenci, le plus sévère de tous
les guerriers et de tous les Français ,
n'hésite pas à sacrifier une province
au salut de la France : châteaux, fer-
mes et moulins , il livre tout aux
flammes, se retranche avec mille pré-
cautions derrière ce pays dévasté,
pousse des partis , enlève des convois,
surprend des postes. L'armée de
Charles-Quint est livrée à toutes les
horreurs de la famine ; il lève le siège
de Marseille, parce qu'il ne lui reste
plus assrz de combattants pour le
continuer, et repasse les Alpes, plus
poursuivi encore par la faim que par
les Français. François F"", respirait;
mais la fortune lui réservait un nou-
veau malheur , et jamais aucun évé-
nement de sa vie ne porta plus de
trouble dans son ame. Cet événement
fiit la mort du dauphin François ,
in6 FRA
Jeune prince qui paraissait destiné à
retracer le caractère magnanime et à
éviter les fautes de son père. On crut
qu'il avait ële' empoisonné par Mon-
tecuculli son échanson : cet Italien fut
arrêté. La violence des tortures lui
arracha des déclarations qui, suivant
le témoignage des meilleurs historiens,
ne peuvent être regardées comme des
preuves manifestes de son crime.
François V'. , entraîné par sa dou-
leur et par la clameur populaire , le
fit périr du supplice des régicides.
C'était Charles - Quint qu'il accusait
d'avoir fait empoisonner son fils : et
pourtant, sur la médiation du pape,
ces deux rivaux acharnés se virent à
Aigues-mortes,et signèrent une trêve
de dix ans. Leurs combats se renou-
velèrent bientôt ; mais leur inimitié
n'eut plus le même caractère d'empor-
tement. L'année d'après (en idSq),
l'Europe apprit avec étonnement,
mais avec une sorte d'admiration ,
que Charies-Quint venait se commet-
tre à la foi d'un monarque auquel il
reprochait, depuis tant d'années, une
perfidie. La révolte des Gantois appe-
lait sa présence dans les Pays-Bas : la
mer ne lui fournissait pas une route
assez sûre; l'Allemagne lui en offrait
une trop lungue.Charles-Quint montra
combien au fond du cœur il estimait
son rival , en lui demandant le pas-
sage â travers la France. Et com-
ment n'eût-il pas cru à la loyauté
d'un monarque assez fi.lèle h la cause
des rois pour avoir rejeté les offres
des Gantois rebelles , quand elles
pouvaient établir sa domination dans
les provinces les plus riches et les
plus industrieuses de l'Europe ? Ce
n'était point manquer à la généro-
sité , que de réclamer auprès de l'em-
pereur quelque prix d'un refus aussi
noble et d'un service aussi important.
Fliinçoi5 1", reyint à l'iuvesuiure du
FRA
Milanez, auquel il attachait, avec nne
aveugle opiniâtreté, la gloire de son
règne. Charles-Quint la promit ; mais
il songeait au traité de Madrid violé
par François P"". D'après l'avis du
maréchal de Montmorenci , il n'y eut
point de convention écrite. Dans les
fêtes que reçut Charles-Quint en Fran-
ce, il se piqtia d'égaler son rival en po-
litesse , en heureuses réparties. Quel-
ques pensées inquiètes altéraient par
fois sa gaîté étudiée. La duchesse
d'Étampes passait pour animer le roi
contre lui. Un diamant qu'il laissa
tomber à propos , et qu'il offrit avec
grâce , calma cette favorite. Maître de
continuer son voyage , il tomba comme
la foudre sur la ville de Gaud, la sou-
mit, et la punit avec une effrayante
sévérité. Il était vainqueur : plus de
Milanez. Le connétable expia par une
disgrâce un conseil mal justifié par
Tévéuement. La guerre se rallume.
Depuis la bataille de Pavie, Fran-
çois V". ne commandait plus ses ar-
mées; c'était un sacrifice qu'il faisait
aux justes alarmes de ses sujets. Ce-
pendant , comme Charles-Quint assié-
geait Landrecies, le roi crut devoir
secourir en personne ce boulevard de
la Picardie. Cette expédition fit beau-
coup d'honneur à son habileté mili-
taue. Landrecies fut délivrée ( 1 544)»
L'année suivante fut encore plus heur
reuse pour les armes des Français. Ils
remportèrent, en Piémont , sous la con-
duite d'un Bourbon , le comte d'En-
ghien , la victoire de Cerizoles , bril-
lante réparation de la bataille de Pavie.
Les impériaux y perdirent 1 0,000 pri-
sonniers, tous leurs canons, tous leurs
drapeaux, tous leurs bagages. Ther-
mes, ïavanes et Montluc, eurent une
grande part à ce succès , dont le ré-
sultat fut la conquête d'une partie du
Piémont. Mais tandis que la cour de
fraucç $ç iiymi à la plus vivc.alor
FRA
presse , Henri VIIT envahissait la
Picardie, et Charles-Quint la Champa-
gne. La ville de Boulogne, soit parla
trahison , soit par l'ineptie de son com-
mandant ( Coucy de Vervins), fut in-
dignement surprise. Saint-Dizicr en
Champagne arrêta , pendant six se-
maines, l'empereur, qui avait donné
rendez- vous aux Anglais , sous les
murs de Paris. St.-Dizier piis, la capi-
tale fut frappée de terreur. Les cou-
reurs de l'arme'e impe'riale arrivaient
déjà jusqu'à Meaux. Les bourgeois
fuyaient en de'sordre. François 1*"". ar-
rêta ce honteux tumulte j il ranima , par
sa gaîte' , la confiance et le courage ,
€t combinant ses manœuvres avec le
dauphin ffenri , et Claude, duc de
Guise, il réduisit Charles- Quint à
craindre , dans la Champagne , le dé-
sastre qu'il avait éprouvé en Provence.
Nouvelle paix , signée à Crespi , en
Laonois , le 18 septembre i544' Le
Milanez élait enfin promis au duc d'Or-
léans, second fils du roi. Pour gage
de cette promesse , le roi conservait
une partie de ses conquêtes en Piémont.
Ce règne n'offre plus d'événements
guerriers. François P"". , quoiqu'ilj se
fût privé des secours d'un administra-
teur sévère , le connétable de Mont-
morenci, réussit à rétablir les finances,
et fut secondé par ses deux princi-
paux ministres, l'amiral Chabot et le
cardinal de Tournon. Mais la paix in-
térieure de la France était , depuis
long-temps , troublée par les réfor-
mes religieuses de Luther et de Calvin.
Nous ne nous engagerons point ici
dans des détails qui tiennent à la vie
de ces deux chefs de secte. François
l*"". , roi paternel mais assez absolu ,
ami des lettres et de la chevalerie ,
craignait des nouveautés religieuses
qui pouvaient changer le caractère et
les lois de la nation ; mais les genres
de répression qu'il avait à opposer à
FRA 477
des erreurs de conscience , effrayaient
son ame et révoltaient sa justice. Les
parlements sévissaient avec rigueur
contre les nouveaux hérétiques , et
leur appliquaient les lois terribles ,
les lois de sang rendues contre les
Albigeois. François P^ chercha long-
temps à modérer ces extrêmes rigueur>.
La reine de Navarre surtout sollici-
tait sa clémence envers des hommes
dont elle partageait les opinions. Fran-
çois P*". conçut un moment le projet
de faire venir en France le plus savant
et le plus modéré des réformateurs,
Mélanchthon ; mais cette négociation
échoua. Dès-lors le roi toléra , eu quel-
que sorte, les persécutions religieuses,
et borna sa clémence à commuer àes
peines. Il dut metiré au nombre des
plus grands malheurs de son rcgrte
les cruautés exercées dans les années
i545 et 1546, contre les Vaudois»
C'étaient de malheureux paysans du
Dauphiné, restes obscurs d'une secte
née plusieurs siècles auparavant dans
le rayonnais , et dont les dogmes of-
fraient beaucoup d'analogie avec les
réformes de Luther et de Calvin.
D'Oppède, premier président du par-
lement d« Provence , eraplo^'a, contre
de paisibles cultivateurs , tout ce que
la cruauté , le fanatisme et la perfidie
ont de plus atroce. Il se mit à la tête
de quelques régiments que le roi vou-
lait faire marcher en Italie, brûla les
chaumières et les fermes , poursuivit
de retraite en retraite des hommes dé-
sarmés , suppUants , exténués par la
faim , permit le viol de leurs femmes ,
de leurs filles, inventa les plus horri-
bles supphces , dévasta , par le fer et
la flamme, les villes de Cabrières et de
Meriudol , et extermina enfin ce qui
restait de Vaudois. François P*". eut
horreur de tant de cruautés. Le car-
dinal de Tournon l'empêcha de céder
à la plus juste indignation. Le roi
4:3 FRA
craignit (et cest un grand reproclie
à sa mémoire ) de favoriser le triom-
phe de rberësie en satisfaisant à la
justice et à riuunanité. Cependant il
n'y eut jamais une ame qui trouva plus
de délices dan?^ la clémence. Mille actes
de son règne en font foi ; jamais il ne
déploya mieux cette grande qualité de
son ame que dans la révolte de la Sain-
Jtouge. Cette rébellion avait été occa-
sionnée par un cdit qui augmentait les
rigueurs de la gabelle. Des cruautés
avaient été commises, par des pay-
sans, envers les agents chargés de la
perception de cet impôt. La ville de
La Rochelle avait donné le signal de la
révolte. La force de ses remparts et
de sa position lui permettait de sou-
tenir un long siège : cependant elle se
soumit , des qu'elle vit devant ses
murs un roi chéri et respecté de tous
ses sujets. Quand il entra dans la ville,
tout craignait sa vengeance ; mais dès
qu'il voulut parler aux rebelles , le
mot de mes amis lui échappa bientôt.
Puis il ajouta ces mots : a Je ne ferai
)) jamais volontairement à mes sujets
» ce que l'empereur a fait aux Gantois
» pour moindre offense que la vôtre.
» Il en a maintenant les mains san-
y» glanleb ; et je les ai , la merci à Dieu ,
» sans aucune teinture du sang démon
» peuple. J'accepte votre repentir ;
» sonnez vos cloches, tirez votre artil-
» lerîe, etfailesfeux de joie en rendant
» grâce à Dieu. » La santé de Fran-
çois l*"". était altérée depuis près de
dix ans. Son état d'infirmité était le
résultat d'une intrigue galante où l'a-
vait entraîné la fougue de ses sens.
Il avait toujours aimé les plaisirs fur-
tifs, et les avait recherchés quelque-
fois aux dépens de la dignité de son
rang. 11 aima une bourgeoise, que l'on
nommait la belle Féronnière. On ne
sait que trop à quel infâme moyeu le
mari eut recours pour exercer sa ?en-
FRA
geaucc cnverssa femraeet envers le roi.
La belle Féronnière mourut ; et le roi
ne reçut des soins des médecins qu'une
guérison imparfaite. Mézcrai dit que,
depuis cette époque, il y eut un chan-
gement sensible dans son caractère :
sa gaîté ne fut plus la mêmcj mais sa
bonté ne se r.dcntit pas. Il revint aux
maximes de Louis Xïl , et , toujours
libéral, fut un sage économe de la
fortune de ses sujets. Il paya toutes
ses dettes et dégagea ses domaines; il
était parvenu à économiser quatre cent
mille écus et le quart du revenu del'an-
née, quand il fut atteint d'une maladie
mortelle. Il réunit , dans ses derniers
moments , la constance du sage et du
chrétien à la dignité du roi. 1 i mourut au
château de Kambouilîet, le dernier jour
de mars 1 54 ; , âgé de cinquante-deux
ans, après en avoir régné trente-deux.
François I'"''., né dans le siècle le plus
fertile en grands hommes , ne fut in-
férieur à aucun de ses contemporains.
Il fut à la fois l'émule de Léon X ,
celui de Bayard , et le digne rival de
Charles-Quint. Il prépara, soit par
les grandes qualités de son ame, soit
par l'utile splendeur de ses monu-
ments , les deux plus beaux règnes de
la France, celui de Henri IV et celui
de Louis XIV. De sa première f'mrae
( F. Claude de France, VI II , 6i6 ),
François 1'. avait eu plusieurs enfants
( /^. Henri II ); il n'en eut point de sa
deuxième femme {F. ElÉonore d'Au-
triche, XIII , 10 ). On conserve à I^
bibliothèque du Hoi plusieurs recueils
manuscrits de Poésies et de Lettres de
François l". L'abbé Lenglet en a tiré
une Lpitre (en vers) traitant de son
parlement de France et de sa prise
devant Pavie , et l'a publiée à la fin
de {'Histoire justifiée conti^e les ro*
mans, Amsterdam (Rouen), i735^
in- 12. L'Histoire de ce prince a été
éciile par Varillas, Paris, i685 ,
FRA
2 vol. in-4°« y cl beaucoup mieux par
Gaillard , Paris , i ']6'd , 8 vol. in- 1 2.
On a publié, en 1707, V Histoire et
Parallèle de Charles- Quint et de
François P'' . , tiré d'un manuscrit
de la bibliothèque du Fatican , par
M. ( Polisson ), Paris, in-12. Enfin
M^^*'. de Lussan a donne les Anec-
dotes de lor cour de François P'' . ,
Londres (Paris), 1748, 3 vol. in-
12. ( roj. DupRAT et Viser. )
L LE.
FUÂNÇOIS II , roi de France, fds
de Henri II et de Catherine de Mëdi-
cis , naquit à Fontainebleau , le 1 9 jan-
vier i544) sous le règne de Fran-
çois I'''". son aïeul. Il épousa, en 1 558,
Marie Siuart, reine d'Ecosse et nièce
des Guises, dont le crédit était déjà
puissant et l'ambition redoutable. Ce
mariage, projeté depuis dix ans , fut
célébré avec magnificence; les ambas-
sadeurs d'Ecosse, au nom des états,
déférèrent la couronne à l'époux de
leur rt-ine, qui prit le litre de Uoi-Dau-
phin. François II monta sur le trône
le 10 juillet 1559. ^^ ^^^'^ ^^o^s ^^"S
sa seizième année ; et par conséquent
il avait atteint l'âge fixé pour la ma-
jorité des rois de France : mais une
saiilé chancelante , un caractère ti-
mide , un esprit lent et peu cultivé, le
rendaient peu propre à gouverner le
royaume, inenacéd'un prochain ébran-
lement. Le trésor était obéré; le cal-
vinisme, vainement combattu par les
rigueurs du dernier règne, étendait
de jour en jour ses conquêtes, et
comptait parmi la noblesse d'illustres
prosélytes. Aux sectateurs de la nou-
velle doctrine, naturellement oppo-
sés à la cour, se joignaient des person-
nages d'un grand nom qui avaient oc-
cupé les charges les plus importantes
sous François P"". et sous Henri II,
et qui supportaient impalierarncnt la
domination des Guises. Les deux aînés
FRA 4;9
de cette famille avaient en main toute
la puissance : François duc de Guise
régnait sur l'armée; et le cardinal do
Lorraine disposait des finances et des
affaires de l'église. Les princes du sang,
Antoine de Bourbon , roi de Navarre,
et son fière le prince de Gondé, ne
voyaient pas sans une profonde jalou-
sie un trône qu'ils regardaient comme
lenr héritage, occupé par d'ambi-
tieux étrangers, sous le nom d'un roi
sans force et sans expérience. Githe-
rine de Médicis ne cherchait qu'à en-
tretenir les divisions. La jeune reine ,
maîtresse du cœur de son époux, était
elle-même gouvernée par les Guises
ses oncles ; et le roi semblait voué à
une tutelle éternelle. Il fut sacré à
Reims par le cardinal de Lorraine
(21 septembre i559): cette solennité
fut une nouvelle occasion de triom-
phe pour les Guises; ils déterminè-
rent le roi à céder au duc de Lorraine
leur neveu , la souveraineté du duché
de Bar. On murmurait ; on voyait
avec scandale le cardinal de Lorraine
accumuler les bénéfices , et jouir avec
faste d'une fortune immense qu'oa
supposait être le fruit de ses malversa-
tions. Des écrits anonymes , dans les-
quels on accusait les Guises d'nsurpcr
la puissance royale, entretenaient le
mécontentement public, et irritaient
la cour : ces écrits étaient attribués aux
protestants; et les persécutions reli-
gieuses redoublaient d'activité. Il fut
établi, dans chaque parlement, une
chambre ardente , ainsi nommée
parce qu'elle condamnait au feu les
hérétiques. Cependant la santé du roi
se raffermissait; il fut délivré d'une
fièvre lente qui depuis long-temps le
réduisait à un état de langueur. Ou
s'attendait à le voir bientôt saisir les
rênes de l'état et s'affranchir de l'a -
cendant des Guises ; mais cet effort,
qui eût, exigé toute l'énergie d'une vo-
48o FRA
Ion te puissante, ne pouvait être tenté
par l'indolent François II. Une passion
unique consumail le peu de chaleur
qu'avait son ame ; c'e'lait son amour
pour Marie-Sluart , la plus belle et la
plus aimable princesse de l'Europe.
Les exercices de la chasse, quelques
voyages dans les maisons royales , oc-
cupait nt les instants qu'il ne pass àt
point auprès de la jeune reine. Tout
concourait à l'éloigner des affaires, et
à consolider entre les mains des Gui-
ses une autorité qui rappelait trop le
règne des maires du palais. On vil le
cardinal de Lorraine en abuser avec
«ne insolence brutale. La cour était à
Fontainebleau : un grand nombre de
gentilshommes et de gens de guerre y
venaient de toutes les provinces sol-
liciter des grâces et des récompenses.
Pour se délivrer de leurimportunité,
le cardmal de Lorraine fit dresser une
potence aux environs du château, et
publier à son de trompe un édit du
roi, par lequel il était enjoint à tous
ceux qui se trouvai, nt à Fontainebleau
pour présenter des demandes , d'en
sortir dans les vingt-quatre heures sous
peine d'être pendus. Une insulte aussi
atroce révolta la nation, et fut la prin-
cipale cause de la conjuration d'Am-
boise. L'histoire laisse douter quels
furent les auteurs de cette levée d'ar-
mes, prélude des guerres civiles qui
ensanglantèrent la France sous les
derniers Valois. Une trame dont les
fils aboutissaient à presque tous les
points du royaume etcornspondaient
avec rAiiglctcrrc , la Suisse et l'Alle-
magne, fut ourdie avec le plus grand
ravsicre. La cour recevait des avis
alarmants, mais vagues et incirtains.
On savait que des assemblées secrètes
se tenaient à Vendôme chez le roi de
PJavarre, et à la Ferté sous Jouarre
chez le prince de Coudé; mais on était
loin de soupçonner rinmiinence dupé-
FRA
rll. La conspiration était près dVcr*»-
ter, lorsqu'elle fut découverte. Un
avocat protestant, nommé Aveiielle,
se fit introduire auprès du cardinal de
Lorraine, et l'avertit d'un complot
formé pour surprendre la cour qui se
trouvait à Blois , ville ouverte et mal
gardée. On voulait surtout s'emparer
des Guises; six cents conjurés étaient
en marche; une p.»rtie des provinces
devait prendre les armes le même
jour. Quel était le chef de c«'ttc entre-
prise ? Un gentilhomme périgourdin
nommé Bm de la Henaudie , qui lui-
même avait confié à Avenelle le secret
de la conspiration : mais le nom des
priucipauxconjurés, hurs forces, leur
nombre , leurs moyens d'exécution ,
étaient encore autant de mystères. Le
cardinal , épouvanié de celle confi-
dence, s'efforçait de ne pas y croire :
François 11 lui demandait conseil, et
ne voyait dans ses yeux que trouble et
qu'irrésolution. Les deux reines étaient!
tremblantes. Le seul duc de Guise f
montrait du calme et de l'intrépidité:
sa prévoyance, son activité, au défaut
de renseignements positifs, lui sug-
gèrent de salutaires mesures. Il con-
seille ou plutôt il ordonne au roi et aux
deux reines, de quitter Blois, etde se
rendre au château d'Amboise , où il
sera plus facile de se défendre: il arme
tout ce qu'il peut réunir de soldats,
de gentilshommes, de domesfiques, et
se repose du resle sur sa valeur. La
cour attendait l'événement sans sa-
voir de quel côté venait l'orage. On sa
perdait en conjectures. Les soupçons
se portaient prinripaleujent sur les
Ghâtillons qui professaient ouverte-
tement le calvinisme, sur le roi de
Navarre, et plus encore sur le prince
de Coudé dont ou connaissait le mé-
conteuleminl et l'humeur inrhulenle.
L'amiral de Coligni fut mandé: il dé-
clara, en présçuce de la reiuc-mcre
çt du cLanceîier Olivier, que la ty-
rannie des princes lorrains et les
violences exercées contre les protes-
tants avaient seules armé les sujets du
roi ; qu'il fallait éloigner les Guises et
adoucir la rigueur des lois contre les
religionnaires. Le roi fut ébranle'.
« Qu'ai-je donc fait à mou peuple ,
» dit-il aux Guises, pour qu'il attente
î> à mes jours ! Je veux entendre ses
» doléances et y f.tire droit. J'entends
» dire partout qu'on n'en veut qu'à
» vous : ne saurai-je donc pas qui
» de vous ou de moi est l'objet
» de la haine publique ? » Le chan-
celier Olivier proposa des moyens
de douceur ; la reine-mère se ran-
gea de son avis. Le roi publia , en
faveur des calvinistes, un édit d'am-
tiistie , dont furent exceptés les prédi-
cants et les auteurs de la conjuration.
Cependant la Renaudic marchait sur
Araboise, et devait l'attaquer le 16
mars i56o. Un des conjurés, Li-
gnières, trahit ses ^compagnons, et
Jivra leur plan à la cour. Alors le duc
de Guise fut certain de la victoire : il
envoya des ordres dans toutes les
provinces pour arrêter les insurrec-
tions partielles. La Renaudie périt
dans le combat, de la main de son pa-
rent , le baron de Pardaillan. Un autre
chef, Casteinau, qui occupait le châ*
teau de Noisai, fut forcé de capituler.
Les prisonniers périrent dans les sup-
plices: les uns étaient précipités dans
Fa Loire, les autres pendus aux murs
mêmes du château. Le plaisir de se
Tenger poussa les Guises jusqu'à l'ou^
bli de toute bienséance :ils firent exé-
cuter les chefs sous les fenêtres du roi ;
les reines et les dames de leur cour
assistèrent a cet affreux spectacle.
Enfin on cessa de faire des prison-
niers 5 et au mépris d'une amnistie ,
on égorgeait ou l'on pendait aux arbres
tout ce qu'on pouvait saisir de rebelles
XV.
FËA
48!
armés ou de fuyards. Condé manquait
encore à la vengeance dos Guises*
Ce prince avait reçu l'ordre de se ren-
dre au château d'Amboise; chargé du
commandement d'un corps de troupes
royales, il s'était vu forcé de com-
battre des hommes armés pour sa
cause. Les Guises le signalaient au rot
comme le chef des rebelles , comme
un ambitieux qui en voulait à sa cou-
ronne et à sa vie : cette prévention
l'emportait sur le bon naturel de
François II, et excitait en lui une
haine violente contre son parent. Mais
il n'existait , contre le prince de Condé,
d'autres indices que des dépositions
vagues , arrachées par les tortures à
quelques-uns des conjurés. II demanda
au roi à se justifier publiquement en
présence de la reine-mère, des princes
de Lorraine, des ambassadeurs et des
princes étrangers. La faction des Guises
le vit avec joie se soumettre à une
épreuve dont elle ne croyait pas qu'il
put sortir victorieux ; mais il évita
l'écueil d'une justification difficile. 11
s'avança au milieu de l'assemblée, et
dit, d'une voix fière : « Quiconque
» ose m'accuser d'avoir conspiré con-
» tre le roi , si ce n'est le roi lui-même ,
« ou l'un des princes ses frères , en
» a faussement et malheureusement
» menti. Qu'il se présente, et mettant
V à part ma qualité de prince du sang,
» je suis prêt à le combattre. » L'as-
semblée, étonnée de cette apologie
chevaleresque , regardait le duc de
Guise, à qui s'adressait le défi. Il se
leva, et pria le prince de l'accepter
pour second s'il avait un combat â
soutenir. Aucune voix ne s'éleva dans
l'assemblée, qui ne savait que penser
d'une telle générosité ou d'une telle
pohtique. « Sire, dit Condé, après un
» moment de silence, puisqu'il n'existe
» contre moi ni accusateurs, ni preu-
» ves, ni indices, je vous supplie d«
5i
482 F R A
» me tenir pour un sujet fidèle. »
Le roi restait interdit : le cardinal de
Lorraine lui fît un signe ; il rompit
l'assemblée. Peu de temps après ,
Condë fut mis eu liberté. Le roi parut
persuadé de son innocence. L'édit de
Roraorantin suivit de près la victoire
remportée sur les protestants. La con-
naissance du crime de l'hérésie fut ,
par cet édit , retirée aux parlements ,
et altribuée'exclusivemen t aux évêques.
Au mois d'août de la même année ,
je roi , d'après le conseil de sa mère ,
convoqua une assemblée de notables ,
pour prendre leurs avis sur les moyens
de prévenir les troubles dont la reli-
gion était la cause ou le prétexte. Cette
assemblée dura quatre jours : Coligni
parla en faveur des protestants, et
demanda bautcmcnt l'expulsion des
Guises. Il fut décidé que les états-
généraux seraient convoqués , et se
tiendraient à Orléans. Les Bourbons
De s'étaient pas trouvés à l'assemblée
de Fontainebleau. Le prince de Condé
s'était retiré auprès de son frère, dans
leBéarn. De son asile, il soulevait les
provinces , par le moyen de ses agents.
Le roi mit sur pied des troupes nom-
breuses, et augmenta sa garde, à la-
quelle il joignit des Italiens. Il lit son
entrée dans Orléans avec un appareil
formidable, qui prouvait avec quel soin
les Guises entretenaient ses alarmes.
Les Bourbons reçurent l'ordre de se
rendre aux états d'Orléans : on les as-
sura qu'il n'y avait aucun danger pour
leur liberté ni pour leur vie ; ils obéi-
rent sur la foi de la promesse royale ,
et ils furent arrêtés. Une commission
nommée pour juger le prince do Condé
le condamna à mort; Eléonore de
Roje, épouse de ce prince, était venue
se jeter aux genoux du roi pour im-
plorer la grâce de son seigneur mari:
« Non , répondit François II , je ne
» ferai jamais grâce à uu parent qui
FRA
» a voulu m'oter la éouronne et la vie. »
L'historien de Thou rapporte, mais
avec l'expression du doute, que le due
de Guise, dans le temps où il pour-
suivait le prince de Condé, voulut
faire assassiner Antoine de Bourbon
par le roi de France lui-même ; que
François II , près d'exécuter ce crime ,
en eut horreur et ne put s'y résou-
dre; et que le duc de Guise, indi-
gné de cette faiblesse, s'écria : O!
le roi lâche et poltron ! Ce fait ,
que de Thou a puisé dans un écrit
publié sous le nom de Jeanne d'Albret ,
reine de Navarre, ne porte aucun ca-
ractère d'authenticité. Les Guises at-
tendaient avec impatience le supplice
du prince de Condé. L'exécution de-
vait avoir lieu le 16 novembre : le roi ,
pour n'en pas être témoin , éllît sorti
de la ville , lorsqu'il fut tout à coup
saisi d'un mal violent, causé par un
abcès qui s'était formé derrière To-
reille. Les médecins désespérèrent de
sa vie. Il expira le 5 décembre i56o,
âgé de dix-sept ans, dix mois et un
jour , après un règne de dix-sepl
mois et vingt jours. Il n'eut point d'en-
fants de la reine, et il laissa le trône à
l'aîné de ses frères. Sa mort sauva le
prince de Condé. Elle fut attribuée au
poison par des bruits populaires , si
communs dans les temps de trouble;
mais la mauvaise santé de ce monar-
que dispense d'ajouter foi à de telles
accusations. Lorsqu'il eut fermé les
yeux, l'agitation fut si grande à la
cour, que ni sa mère, ni ses oncles,
ni aucun prince de sa famille ne son-
gèrent à lui rendre les derniers de-
voirs; et le corps du roi de France fut
porté à Saint-Denis, accompagné seu-
lement de deux gentibhommes , qui
avaknt été ses gouverneurs , et de
l'évêque de Senlis, qui était aveugle.
On trouva sur le cercueil du roi celte
inscription : Tannegui du Chdtel où
FRA
es 'Ut? Tannegui du Cliâtel avait été
un des plus fidèles serviteurs de Char-
les Vil. 11 vivait loin de la cour lors-
qu'il apprit la mort du roij à cette
nouvelle, il sortit de son exil pour
rendre à son maître les honneurs fu-
nèbres , et lui faire , à ses frais , des
obsèques magnifiques. Citer un tel
nom, c'était faire une satire sanglante
de la conduite des Guises. François H
fut en quelque sorte étranger à son
règne ; l'histoire ne peut ni lui repro-
cher les malheurs produits par les
dissensions des grands, ni le louer
pour quelques sages e'dits, ouvrages
des chanceliers Olivier et L'hôpital.
V Histoire de François II , par Va-
riilas , est peu estime'e , quoiqu'elle ait
eu plusieurs éditions. Le président Hé-
nault a donné une tragédie en cinq
actes et en prose , intitulée , François
II j roi de France, 174B, în-8°.;
celte pièce est intéressante, dit Fon-
tctte, et l'on devrait ainsi représenter
les différentes époques de l'histoire de
France. L — le.
FRANÇOIS, duc d'Alençon. Foy.
Anjou .
FRANÇOIS de France. Foj\ En-
GHIEN, MoNTPENSIERCtSAINT-POL.
FRANÇOIS V'. , fort impropre-
ment dit le Bien- Aimé, duc de Bre-
tagne , comte de Richemont et de
Montfort , naquit à Vannes le 1 1 mai
i4i4' ï^ 6^^^t fi^s ^^ J^^" ^ y auquel
il succéda en i44'^« Trois ans après,
il fit son hommage à Charles Vil , dans
la ville de Ghinon , comme homme-lige
du roi. Il se présenta, disent les his-
toriens, l'épée ceinte ; ce qui était
contre l'usage. Sur l'observation du
chancelier qu'il devait être discinct :
« Non faict , dit le roi , il est comme
» il doibt; je vouldrois avoir plusieurs
» subjects comme lui. » Eu 144^»
François se brouilla avec son frère
Gilles , qu'il avait précédemmeut en-
FRA 483
voyé en Angleterre. Des gens mal-
intentionnés cherchèrent à perdre dans
son esprit ce jeune prince. Il le fît
arrêter , au nom du roi , comme
accusé d'avoir tenté d'introduire lest
Anglais dans la Bretagne , et le fît
transférer en prison. Non content de
cet acte de sévérité , il ordonna qu'on
instruisît son procès. On imputait
aussi à Gilles le crime de viol. Ce-
pendant une loi formelle arrêtait U
vengeance de François , en interdi-
sant au frère aîné de poursuivre cri-
minellement son cadet. Irrité de cet
obstacle, François veut attenter aux
jours de son frère. Il le fait empoi-
sonner par Olivier de Méel , un de
ses conseillers , et ne peut réussir à
lui arracher la vie. Sur ces entrefaites ,
les amis de Gilles intercèdent en sa
faveur auprès de Ciharles VII; et ce
monarque s'abaisse jusqu'à prier le
duc de rendre à son frère la liberté.
A cette époque , les Anglais attaquè-
rent la Bretagne, et prirent la ville
de Fougères. Charles , après avoir
écrit au roi d'Angleterre , se décide à
lui faire la guerre : elle fut heureuse;
il reprit successivement toutes les
places de la Normandie ; et l'on sait
que cette province fut pour toujours
réunie à la France en i45o. François,
de son côté, recouvra Fougères, après
un siège de deux mois. Ses succès,
cependant , n'avaient point apaisé sa
rage. Son malheureux frère languis-
sait au fond d'un cachot, presque
privé de nourriture. Une femme géné-
reuse lui procura du
pam
corde-
lier l'entendit en confession. Vains se-
cours ! l'infortuné périt en i45o,
étouffé entre deux matelas par les sa-
tellites de François : ce dernier était
alors en Normandie. La nouvelle de
cet assassinat soulève contre lui toute
l'Europe. En même temps , il ren-
contre le cordelier qui avait assisté
3i,.
484 FRA
Gilles , et qui le cite au tribunal de
Dieu. Le misérable est frappé de ter-
reur ; il n'a que le temps de désigner
pour son successeur son frère Pierre,
et il expire le 19 juillet de la même
année. Ainsi périt un prince qui avait
reçu de la nature quelques qualités,
mais que la mort de son frère a cou-
vert à jamais d'infamie. Il était brave ,
libéral , mais trop facile à se laisser
prévenir. Il avait institué Tordre de
i'Espi ou de l'Hermine, et bâti la
chartreuse de Nantes. D. L.
FRANÇOIS II, dernier duc de Bre^
tagne, était petit-fils de Jean IV et fils
de Marguerite d'Orléans, comtesse de
Vertus. Il fit son entrée à Rennes le 5
février 1 459 , et se rendit ensuite à
Montbazon , où il prêta foi et hom-
mage à Charles VU. Louis XI, étant
monté sur le trône , trouva ce grand
vassal de la couronne trop puissant 5
et commençant alors le cours de cette
politique où tout fut, pendant son
règne , artifice et déloyauté , il fit un
voyage en Bretagne , sous prétexte
d'accomplir le vœu d'un pèlerinage à
Saint-Sauveur de Redon , mais en ef-
fet dans le dessein de connaître par
lui-même les forces militaires de ce
duché. Les ayant trouvées très faibles ,
dans l'état d'une profonde paix , il
Sfi hâta de lever une armée ; et , dès
qu'il la vit prête à entrer eu campa-
gne, il demanda impérieusement à
François II de cesser de s'intituler
duc de Bi etague par la grâce de Dieu ;
de renoncer à lever des impôts et à
battre monnaie , prérogatives qu'il
prétendait lui appartenir exclusive-
ment comme roi de France : il exi-
geait, enfin, que les évêques de Bre-
tagne relevassent désormais de sa cou-
ronne, et ne dépendissent que de
lui. Le duc répondit au monarque,
qu'il ne pouvait rien décider sans le
couscutement des états, et demanda
FRA
trois mois pour Tobtcnir. Ce terme
expiré, il sollicita un nouveau délai
de même durée, promettant d'aller
ensuite lui-même porter sa réponse
au roi. Mais François ne cherchait
qu'à gagner du temps, et à se mettre
en état de défendre ses droits les ar-
mes à la main. Il y avait alors en
France un grand nombre de mécon-
tents. Le duc fit sonder leurs dispo-
sitions; et le comte de Charolais , fils
du duc de Bourgogne , le duc de Bcrri,
frère du roi, le duc de Bourbon, le com-
te de Dunois, et la plupart des grands
du royaume, firent avec François la
fomeuse ligue du bien public. Jean
d'Anjou, duc de Calabre, fils du roi
René, se réunit aux princes, et leur
amena les premiers Suisses qui aient
paru dans nos armées. Paris fut me-
nacé; Louis perdit la bataille de Mont-
Ihéri, et demanda la paix, qui fut
signée à Gonflans ( sous Charenton)
en i465. Le duc de Berri avait ob-
tenu , pour l'ajouter à son apanage ,
le duché de Normandie , que Louis ne
tarda pas à lui reprendre. Le prince
dépouillé, homme faible et sans ta-
lents, j)lus propre à embarrasser ses
amis qu'à les aider, se réfugia en Bre-
tagne. François envoya des ambassa-
deurs à Louis , pour lui demander de
remettre le duc de Berri en possession
de la province dont il était chassé ;
mais celte proposition fut mal ac-
cueillie. Alors le duc de Bretagne entra
on Normandie, s'empara de Gaen, de
Baïeux, d'Avranches; et la guerre
fut résolue contre lui, aux états de
Tours, en avril 1468. L'armée royale
vint assiéger Ancenis , et !ie put s'en
rendre maître. L'i»rtilierie commen-
çait alors à paraître en Bretagne, et
le duc en avait garni ses places^ fortes.
Cependant Louis XI avait envoyé à ce
prince, en 1470, le collier de Tordre
de St.-Michel, qu'il avait créé Tannée
FRA
précédente ; mais le duc refusa le
collier, trouvant que les statuts lui
imposaient des obligations trop éten-
dues, entre autres, celle de ne pouvoir
contracter aucune alliance avec d'au-
tres souverains, sans en avoir obtenu
le consentement du chef de l'ordre.
Louis XI comprit bien les motifs de
ce refus , et la guerre continua ; mais
Ancenis résistant toujours aux faibles
troupes du monarque , il offrit la paix ,
qui ne devait être qu'une courte trêve :
elle fut signée le lo septembre i/i'j'i;
et l'année suivante , Louis XI entra
en Bretagne à la tête de 5o mille
hommes. II prit Ancenis et quelques
autres places : mais tandis que Fran-
çois s'avançait pour arrêter le pro-
grès de ses armes , Charlcs-le-Téme-
raire pénétrait en France avec ses
Jiourguignons. Louis se hâta de con-
clure avec ces deux princes une trêve,
qui, deux fois prolongée, se termina
par le traité de paix signé dans l'ab-
baye de la Victoire, près de Senlis,
le g octobre i^']5. Le duc de Bour-
gogne obtint du monarque 80,000 liv.
de pension ; et le duc de Bretagne fut
établi lieutenant-général de Louis XI :
titre sans honneur , et dont le duc ne
fit jamais usage. Charles- le-Téméraire
ayant été tué devant JNancy , le 5 jan-
vier 14777 François craignit les en-
treprises lie Louis XI , et dut cher-
cher de nouveaux alliés : mais, imi-
tant les perfidies pohriques du roi, il
traita avec Edouard, roi d'Angleterre,
en même temps que ses ambassadeurs
se rendaient à la cour de France pour
assurer le monarque de sa fidélité.
Les lettres du duc furent interreptées
par les émissaires du roi , qui les
montra aux ambassadeurs. Les soup-
çons de François, qui se vit trahi,
tombèrent d'abord sur Landais , son
secrétaire et son favori ( Foj^. Lan-
dais ) j mais le coupable fut décou-
FRA 485
vert : c'était un nommé Gourmcl ,
qui écrivait sous Landais. Les lettres
du duc étaient par lui remises à un
émissaire du roi, qui les contrefai-
sait, envoyait les originaux à son
maître, et les copies au roi d'An-
gleterre. Louis XI était aussi parvenu
à se rendre maître , par le même
moyen , de la correspondance d'E-
douard. Gourmel, enfermé dans un
sac, fut secrètement jeté dans la meF
par ordre du duc de Bretagne, qui,
craignant le ressentiment de Louis ,
conclut, en 147^7 un traité d'alliance
avec l'Angleterre, et promit de don-
ner en mariage, au prince de Galres ,
sa fille Anne , héritière de ses états.
Edouard étant mort en 1482, le duc
se trouva réduit à ses propres forces.
Il créa un corps de milice de 1 o mille
hoîumcs , que l'on appela le bon
corps; il fortifia ses places , et en aug-
menta les garnisons : ces mesures
étaient commandées par une sage po-
litique. Louis XI allait reprendre ses
projets contre la Bretagne , lorsqu'il
mourut, le 5o août i483. Charles
VIÏI , son successeur , ne fut pas plu-
tôt monté sur le trône , que les grands
du royaume se réunirent pour ôter la
régence à sa sœur la dame de Beau-
jeu. Le duc d'Orléans, premier prince
du sang, le duc d'Alençon , le prince
d'Orange, les comtes de Dunois et de
Comminges, et plusieurs autres sei-
gneurs , se retirèrent à la cour de
Bretagne , qui , depuis long-temps ,
servait de retraite à tous les mécon-
tents. La duchesse- régente leva des
troupes, et la guerre s'alluma. Sur ces
entrefaites , François assembla ses
états à Bennes , l'an i4B5 , et fît as-
surer à sa fille la succession de son
duché. Les seigneurs , le clergé et le
peuple jurèrent dans toutes les com-
munes , sur la croix et sur des reli-
ques , de reconnaître, pour leur priu-
486 FRA
cesse et dame souveraine , Anne (îe
Bretagne, et sa postérité. Cependant
l'année française , commandée par le
duc de laTremoille, que Guichardin ap-
pelle le plus grand capitaine du mondé,
s'empara de plusieurs places fortifiées.
Gilles de Bourbon , comte de Mont-
pensier, lieutenant de Charles VIII,
se présenta devant Nantes , le 20 juin
1487. Le duc, qui craignait l'issue
de ce siège, quitta le cbâteau, se re-
lira au centre de la ville , et fit le
singulier vœu de présenter à Notre-
Dame de l'Annonciade de Florence ,
la figure en cire de la seconde cité de
ses états , si elle ne devenait point la
conquête de l'ennemi. Le siège fut le-
vé; mais, le 28 juillet de Tannée sui-
vante, la Tremoille gagna la fameuse
halaillc de 5aint- Aubin. Les Bretons
perdirent, dans cette journée, envi-
ron six mille hommes ; et le duc
d'Orléans y fut fait prisonnier. Fran-
çois II ne survécut pas long-temps
à ce revers : il mourut à Couëron ,
le 8 ou le 9 septembre 1488. Son
corps, porté à Nantes, fut enterré
dans l'église des Carmes , où on lui
éleva, en lôo^, un superbe mauso-
lée , ouvrage de Michel Colom , habile
sculpteur, né dans le diocèse de Saint-
Pol - de - Léon. Ce monument, décrit
et gravé dans les Histoires de Bretagne
de D. Lobincau et de D. Morice, a été
transféré, depuis la révolution, dans
l'église cathédrale de Nantes : il ren-
fermait les corps de François II ,
de ses deux femmes, Marguerite de
Bretagne et Marguerite de Foix, et
le cœur de la reine Anne. François II ,
dernier duc de la branche royale de
Dreux, était doux, affable, coura-
geux , ami de la justice. Il fut aimé de
ses peuples; et il eût été peut-être le
prince le plus accompli de son temps,
s'il n'eût laissé prendre trop d'ascen-
dant aux femmes qui savaient lui
FRA
plaire , et aux indignes favoris qui le
goiivern.iient. Il avait créé, le 1 sep-
tembre 1485, un parlement général
et sédentaire. D'Argentré en rapporte
les lettres d'érection ; mais les guerres
qui survinrent, empêchèrent l'exécu-
tion de ce projet. Sous son règne,
les gentilshommes bretons ne savaient
ni lire, ni écrire : toute autre science
que celle de la guerre leur était in-
connue; et François II lui-même se
servait d'une estampille , pour s'épar-
gner la difficulté ou la peine de si-
gner son nom. V — ve.
FRANÇOIS , grand-duc de Tos-
cane. 7>'qx. MÉDicis.
FRANÇOIS ( Gérard ) , médecin
de Henri IV,néà Etampes, dans le
I6^ siècle, a laissé deux ouvrages en
vers , qui ne donnent pas une idée
bien avantageuse de sou talent pour la
poésie : I. Les trois premiers livres
de la santé, Paris, 1 585 , in- 16. On
ne peut nier , dit l'abbé Goujet, qu'il
n'y ait dans ce poème beaucoup de
préceptes utiles ; mais ils sont fort
mal exprimés. II. De la maladie du
^rand corps de la France, des cau-
ses et première origine de son mal ,
et des remèdes pour le recouvrement
de sa 5flnfe, Paris , iSgS, in-8<*.
C'est, dit le même critique , l'ouvrage
d'un bon citoyen ; mais il Fa rendu
fort désagréable à lire, en le remplis-
sant de termes de médecine et de
noms de plantes que la plus grande
partie de ses lecteurs n'était pas en
état d'entendre. W — s.
FRANÇOIS ( DoM Claude et dom
Philippe), deux bénédictins de la
congrégation de St.-Vannes, que nous
réunissons en un même article, à cause
d'étroits rapports qui existent entre
eux, et de l'impossibilité de ne point
tomber dans des redites en les sépa-
rant. Dom Claude naquit à Paris vers
i559, et fit profession dans l'ab-
FRA
baye de Saint-Vannes en iSSg. Il
fut un des premiers religieux de la
réforme de ce nom , et un de ceux
qui contribuèrent le plus à son éta-
blissement. Envoyé' au mont Cassin ,
pour voir et étudier les pratiques de
cette congrégation , sur laquelle celle
de Saint - Vannes voulait se mode-
ler , il en rapporta les règlements ,
et ramena avec lui dom Laurent-Luc
Alberti, que Paul V crut propre à
faciliter l'organisation de la congréga-
tion naissante. Dom Claude, alors pré-
sident de cette congrégation dont il
avait rédigé les constitutions, obtint de
Louis XIII, ou plutôt de la régente
sa mère, en 1610, un décret qui per-
mettait aux supérieurs de la congréga-
tion de St.-Vannes d'envoyer des reli-
gieux réformés dans toutes les maisons
de l'ordre de St.- Benoît, qui vou-
draient les recevoir. C'est ainsi que la
réforme s'étendit insensiblement : elle
ne fut néanmoins légalement éta-
blie qu'en 161 2. Vers i625 ou 26 il
s'éleva un différend sur un article des
constitutions pau lequel il était statué
que toute supériorité vaquerait après
le terme de cinq ans , sans que le su-
périeur pût être continué. 11 parut à
dom Claude que l'exécution rigoureuse
de ce statut n'était pas sans inconvé-
nient. Cet avis ne fut point partagé
par d'autres supérieurs, attachés à la
lettre des constitutions , et notam-
laent par dom Philippe François. Il en
résulta , de la part des deux adver-
saires, beaucoup d'écrits pour l'un et
l'autre sentiment. Gomme il arrive
dans de pareilles disputes , chacun
demeura dans la même opinion; et
cette question , tant débattue , ne fut
décidée qu'eu i63o, par un bref
du pape , qui permit de continuer
les supérieurs au-delà des cinq ans ,
lorsqu'il y aurait utilité ou néces-
sité évidente : encore Içs parties ne
FRA 4B7
se soumirent -elles à cette décision
qu'en i635. Au reste, dom Claude
rendit d'émineuts services à sa con^
gréga'tion. Il en poursuivit avec cou-
rage l'érection à travers mille em-
pêchements, fut douze fois président
de la congrégation , sut en remplir les
places avec dignité, et mourut dans
l'abbaye de St.-Mihiel , le 10 août
i652. — François (Dom Philippe )
était né à Lunéville , en iS^g. Son
nom était Philippe Collard; et son
père, versé dans le droit et dans la lan-
gue grecque , était conseiller du duc de
Lorraine. Le jeune Philippe entra , à
l'âge de dix ans , dans l'abbaye de
Senones, sous l'abbé Lignarius, son
parent , qui voulait en faire son coad-
juleur, et qui, dans ce dessein, lui
donna dès-lors l'habit de St.-Benoît.
Il avait commencé avec succès ses
éludes à Lunéville. L'abbé de Senones
l'envoya les continuer à l'université
de Pont-à-Mousson : le jeune religieux
y fit de grands progrès ^ et se rendit
surtout la langue grecque extrêmement
familière; il la parlait et l'écrivait avec
tant de facilité, qu'il ne se servait
d'aucune autre, dans sa correspon-
dance avec son père. Après avoir
achevé sa philosophie et sa théologie ,
il retourna à Senones : la réforme n'y
était point encore établie ; impatient de
l'embrasser , il quitta secrètement ce
monastère, et se rendit à St.-Vannes
en i6o5:il y entra au noviciat, fit
profession de la réforme le 2 1 janvier
1 6o4 -, et bientôt après reçut l'ordre
de prêtrise. Le cardinal de Lorraine
ayant introduit la réforme dans son
abbaye de St.»Mihiel , envoya dom
Philippe y professer la philosophie et
la théologie. L'année suivante , ce der-
nier fut rappelé à St.-Vannes, et mis à
la tête du noviciat. En 1 609, on le nom-
ma visiteur : il en exerça les fonctions
pendant un grand nombre d'années*
483.
FRA
En 1615, il était prieur de Tabbaye
de St.-Airy de Verdun, lien devint
abbe'. En 1 622 , il fui élu président
de la cougre'gation. Les historiens de
Tordre de St.-Benoît louent son zèle
pour la propagation de la réforme, sa
piéle,el la profonde étude qu'il avait
faite de la vie spirilueile, objet princi-
pal de ses écrits. Ou a sa vie, com-
posée par Cathtriae de Bléraur , et
imprimée dans le 2^ volume des
Hommes illustres de Vordre de St.-
Benoîl. Il mourut à S'.-Airy , le 2"^
mars 1637, après avoir fait rebâtir à
neuf l'église de ce monastère, et l'avoir
enrichie de beaucoup de choses pré-
cieuses. Outre les ouvrages com-
posés au sujet de son différeud
avec dom Claude, dom Philippe en a
laissé plusieurs autres dans le genre
ascétique : I. Trésor de perfection
tiré des épîtres et évangiles qui se
lisent à la messe pendant Vannée ,
Paris, 161 5, 4 vol. in- 12. II. La
guide spirituelle pour les novices ,
Paris, 1616, in-i2. III. Zd noviciat
des bénédictins , avec un traité de la
mort précieuse des bénédictins,
iu-i2. IV. Renouvellement spirituel
nécessaire aux bénédictins. V. La
règle de St.-Benoît traduite avec des
considérations j Paris, 1^1 3 et 1620.
VI. L'occupation journalière des
vrais religieux. VII. Enseignement
tiré de la règle. VII [. Courle expli-
cation de ce qui se dit dans V office
divin , contenant le sens littéral et
mystique de chaque psaume avec
des affections» IX. Les exercices
des novices. Ces ouvrages ont été tra-
duits en latin, et imprimés plusieurs
fuis. Ils étaient en usage pour les no-
vices dans presque toutes les maisons
de St.-Benoît. L— y.
FRANÇOIS ( Jean ), jésuite, né
en i582, à St.-Claude, en Franchc-
Coinle, fut adïnis (laps la^ocicié k,
FRA
l'âge de vingt-trois ans. H professa la
philosophie et les mathématiques dans
différeuls collèges, et fut ensuite nom-
mé recteur des études. Il se retira sur 1
la un de sa vie , dans la maison de «
son ordre, à Rennes, et y mourut le
20 janvier 1G68, dans de grands
sentiments de piété. Il avait eu pour
disciple l'illustre Descartes; et ce
grand philosophe conserva , toute sa
vie , le plus tendre attachement pour
son ancien maître. Ou a de lui : 1. La
Science de la géographie , Rennes,
i652, in-B*. II. La Science des eauxy
qui explique leur formation f com-
munication , mouvements et mes-
langes y etc. y ibid., i655,in-4''. Le
style en est peu agréable; mais on y
trouve des faits curieux , et appuyés
sur des expériences alors nouvelles.
III. L'art des fontaines , cest-à-
dire de trouver, éprouver , assem-
bler, mesurer, distribuer et con-
duire les sources dans les lieux pu-
blics et particuliers ; d'en rendre la
conduite perpétuelle , etc. , ibid.
i665 , in-^**. C'est u^^e partie de l'ou-
vrage précédent , que i auteur fit im-
primer séparément, avec quelques
additions. IV. L'arithmétique , ou
Vart de compter toutes sortes de
nombres avec la plume et les jetons,
ibid., 1655, 1661; Paris, 1 655,
1 659 , in-4". V. L'Art et la manière
dd mesurer toutes sortes de surfaces
tant dé loin que de près. Cet ouvrage
qui tiit suite à l'Arithmétique, s'y
trouve ordinairement réuni. VI. Les
Eléments des sciences et des arts
mathématiques , pour servir d'intro-
duction à la cosmographie et à la
géographie y Rennes, i655, in-4''.
VU. La Chronologie y divisée en
quatre parties, ibid. , i655 , iu-4"« Il
y traite de la division du temps, et
des différents instruments qui servent
4 sa mesure ; des cadrans solaiies ,
FRA
méridiens, horloges, etc. VIII. Traité
dçs influences célestes, ibid. , 1660,
io-4**. Il y combat les principes de
l'astrologie judiciaire, science qui avait
alors de nombreux partisans. IX. La
jauge au pied du roi, Paris , 1690 ,
in- 12. W — s.
FRANÇOIS (Jean-Charles) , gra-
veur ordinaire des dessins du cabinet
de Louis XV et du roi Stanislas , né
à Nanci, le 4 mai 1 7 1 7, d'une famille
distinguée dans le commerce, apprit à
dessiner par «oût, à l'insu même de
ses parents. Cet artiste, dénué de
conseils et de maîtres dans une pro-
vince éloignée de la capitale, devina ,
en quelque sorte, et les principes et
les procédés de son art. Sans le se-
cours des instruments propres à la
gravure , il y suppléa par son génie ;
et c'est peut-être ce qui le conduisit à la
découverte de la gravure en manière
de crayon : découverte qui a rendu un
si grand service aux arts , surtout
dans les provinces , où les élèves n'a-
vaient pour étudier que de très mau-
vaises copies , ou de plus mauvais ori-
ginaux. François , encore très jeune,
se mit à graver les armes sur la vais-
selle , afin d'assurer d'abord sa sub-
sistance, et de ne la devoir qu'à lui-
même. Il exécuta aussi plusieurs vi-
gnettes sur bois , pour les billets de
mariage et ceux d'enterrement. A l'âge
de seize ans , il quitta sa patrie , se
rendit à Dijon , et de là à Lyon , dans
l'espoir d'y rencontrer quelque occa-
sion de se livrer à la gravure en taille
douce : il demeura sept ans dans cette
ville , où il exécuta un livre de prin-
cipes à dessiner, qui offrit au public les
premiers essais de sa découverte, et
lui mérita les applaudissements des
connaisseurs. Si le public était satis-
fait, François ne l'était pas; l'imita-
tion n'était pas encore complète : le
dpsir de mieux faire lui fit entreprc^-
FRA 48.)
dre le voyage de Paris , où il espérait
pouvoir s'aider des lumières des ar-
tistes célèbres que celte ville renferme
dans son sein. Enfin, son ardeur et
ses travaux furent couronnés d'un
plein succès : il vint à bout , en 1 757,
de produire une illusion parfaite; et
quelqu'un qui n'aurait point été pré-
venu, n'aurait pu distinguer sa gra-
vure d'un dessin au crayon. L'acadé-
mie de peinture, à laquelle il fit hom-
mage de sa découverte , le présenta à
M. de Marigny, alors directeur des
arts, qui lui obtint du roi une pension de
600 francs. François ne s'en tint pas
là : animé par cette faveur , il voulut
pousser plus loin sa découverte, et
vint à bout de rendre sur des papiers
de couleur, au moyen de plusieurs
planches repérées sur la même feuilîe,
des dessins à plusieurs crayons. Il fit
aussi plusieurs essais pour imiter le
lavis , qui lui réussirent assez bien.
Tant de succès étaient bien faits sans
doute pour éveiller l'envie. Bientôt
Magny, Demarteau, marchèrent sur
ses traces ; ce dernier même le sur-
passa : mais, non contents de l'imiter,
ils prétendirent s'approprier sa dé-
couverte. François , fort sensible , et
très retiré dans son cabinet, étranger
à l'intrigue, s'affligea vivement de tou-
tes ces persécutions ; sa santé même
s'en altéra considérablement : les cha-
grins et l'inquiétude empoisonnèrent le
reste de ses jours ; enfin il y succomba le
i\ mars 1769. Ses ouvrages les plus
estimés sont, un corps-de-garde, d'a-
près Vanîoo; une Vierge, d'après Vien ;
une marche de cavalerie , d'après
Parrocel ; et un dessin au lavis, d'après
Boucher. On remarque de lui un por-
trait du docteur Quesnay, célèbre éco-
nomiste, dans lequel il a employé tous
les genres de gravure avec beaucoup
d'intelligence. On a de lui aussi une
suite de portraits des philosophes mo-
4oo F R A
dernes , pour rouvraf];e de Savcrien ,
dans le premier Tolume duquel on
trouve une lettre de François sur les
procédés de son art. P — e.
FRANÇOIS ( Dom Jean), béné-
dictin de la congrégation de Saint-
Vaunes , écrivain laborieux , savant
estimé, et zélé prédicateur, naquit à
Acremont , village du duché et dans
le voisinage de Bouillon , le 26 janvier
1722. Son inclination le portant à
embrasser l'état religieux , il entra à
l'abbaye de Beaulieu en Argon ne, à
l'âge de dix-sept ans, et y prononça
ses vœux en 1740. Après qu'il eut
achevé ses cours dans la congréga-
tion , il fut chargé d'y enseigner la
théologie. A cette occupation il joignit
l'étude de l'histoire, pour laquelle il se
sentait un goût particulier, et il réso-
lut de se vouer à celte branche de lit-
térature. Mais il regarda la critique
comme le premier devoir de l'histo-
rien; et dans les ouvrages qu'il com-
posa ou projeta, il l'exerça avec au-
tant de sagacité que d'impartialité.
Ceux que nous avons de lui, ajou-
tent à la gloire littéraire de sa docte
congrégation. Plusieurs académies
s'empressèrent de l'admettre dans leur
sein, notamment celle de Metz, 011
dom Jean fit longtemps sa résidence,
et celle de Châlons-sur-Marne , ou
il habita aussi. Dom Jean occupa
plusieurs emplois supérieurs dans sa
congrégation. Il fut prieur de l'ab-
baye de Sl.-Arnould et de St.-Clé-
ment dans la ville de Metz : il enri-
chit la bibliothèque de cette dernière
abbaye de plus de cinq mille volumes
de choix. L*étude qu'il faisait des char-
tes lui fit découvrir que deux prieu-
rés , celui des Sept.Moines, Septem
monachorum , et cehii de Vaux-les-
Moines , appartenaient à l'ordre de
St.-Benoît , sur lequel ils avaient été
vsurpés par des chapitres séculiers :
FRA
il les lui fit restituer. Il vit dissou-
dre les ordres religieux, et fut obli-
gé de quitter un état qu'il aimait et
qu'il honorait , de renoncer à des
travaux utiles , aux goûts de toute sa
vie. Il survécut peu à cet événement :
retiré dans le petit village d'Acre-
mont,sa patrie, il y mourut le 22 avril
1791 , dans sa 70^. année. On a
de ce savant religieux : I. Histoire de
Metz (avec dom ïabouillot), Metz,
1769, et années suivantes, 4 ^ol»
in- 4°., avec les preuves. L'auteur y
considère Metz antique; Metz, ca-
■pitale d' Austrasie ; Metz, ville im-
périale ; Metz , capitale de province.
11. Dictionnaire roman , wallon ,
celtique et tudesque^ pour servir à
Vintelligence des anciennes loix et
contrats, Bouillon, 1777, in-4**. IH.
Bibliothèque générale des écrivains
de V ordre de St.-Benoît , patriarche
des moines d'Occident, contenant
une notice exacte des ouvrages de
tout genre composés par les reli-
gieux des diverses branches ^ filia-
tions et reformes, Bouillon, 1777,
4 vol. in-4*'. Dom Jean François se
proposait de donner un Becucil d'an-
ciennes chartes , 2 vol. in-fol. , sous
le titre de Chartes austrasiennes , et
un Fouillé du diocèse de Metz. 11 tra-
vaillait à V Histoire de Chdlons-sur-
Mame,k peu près sur le même plan
qu'il avait adopté pour celle de Melz,
Enfin, il devait mettre incessamment
sous presse un Code monastique^ à
l'usage des supérieurs de tous les or-
dres. L — Y.
FRANÇOIS DE DOMFRONT ( Le
Père ), capucin, né dans le 17''. siè-
cle. C'est à tort que cet auteur est ap-
pelé François de Anfront dans la
Bibliotheca scriptorum ordinis ca-
pucinorum du père Denis de Gènes
( 1 69 1 , in-fol. ) , pag, 1 1 2 ; et ensuite ,
pag. 1 76 , Jean de Front Ce rcii-
FRA
gieux est auteur d'un ouvrage inti-
tule : Scientia principis christianis-
simi, 1 vol. in-4". D — b — s.
FRANÇOIS (Laurent), piêlro,
ne le 2 novembre 1(398 , à Arinthod,
bourg de Franche-Comte', entra d'a-
bord dans la congrégation de St.-
Lazare. Il en sortit quelques auîiëes
après, à raison de la faiblesse de sa
santë , et se fixa à Paris , où il (it quel-
ques éducations particulières. Il se
consacra ensuite à la défense de la re-
ligion , et publia successivement plu-
sieurs ouvrages dont sa modestie l'em-
pêcha de se déclarer l'auteur. Ce sa-
vant et laborieux ecclésiastique mou-
rut à Paris , le ^4 février 1 782 , dans
un âge très avancé. On a de iui : I.
Lettre sur le pouvoir des démons ,
in-4°.^ citée dans la France littéraire
d'Hébrail. II. Preuves de la religion
de Jésus-Christ, contre les spino-
sistes et les déistes, Paris, 1751,
4 vol. in-i 2. III. Défense de la reli-
gion chrétienne, ibid., 1755, 2 vol.
in- 12 : c'est une suite de l'ouvrage
précédent- l'un et l'autre sont re-
marquables par la méthode rigou-
reuse que l'auteur a suivie dans l'ex-
position des faits, et dans la discussion
des preuves qui en établissent la vé-
rité; le style n'en est pas élégant,
mais il ne manque ni de chaleur , ni
de clarté. IV. Examen du Catéchis-
me de l'honnête homme, ou Dia-
logue entre un caloyer et un homme
de bien, ibid. , 1764, in-ï2. V. Ré-
ponse aux difficultés proposées con-
tre la religion chrétienne, par J.-J.
Rousseau, dans Z'Emilc et le Con-
trat social , ibid. , 1765 , in-i 2. Y[.
Examen des faits qui servent de
fondement à la religion chrétienne ;
précédé d'un court Traité contre
les athées, les matérialistes et les
fatalistes , ibid. , 1 767 , 3 vol. in-i 2 :
ouvrage écrit avec beaucoup de soli-
FRA 49t
dit*. VU. Observations sur la Philo-
sophie de l'histoire et sur le Dic-
tionnaire philosophique , avec des
réponses à plusieurs difficultés, ibid. ,
1 770, 2 vol. iu-8". Il a laissé en ma-
nuscrit la Réfutation du Système de
la nature, et du Livre des trois im-
posteurs. C'est par erreur qu'on lui
a attribué la Géographie connue sous
le nom de M^^''. Crozat , à qui elle
est dédiée , Pari« , 1 729, in- 1 2. Cette
Géographie, qui a été souvent réim-
primée , est de N. le François, ami de
Delisle, écrivain sur lequel on n'a pu
se procurer d'autres renseignements.
W— s.
FRANÇOISE ( Ste. ) , darae ro-
maine, institutrice de la congrégation
des Oblates, auxquelles Baillet donne
aussi le nom de Collatines (il , peut
être proposée aux personnes de son
sexe comme un admirable modèle ,
dans quelque état qu'elles se trouvent,
soit de virginité, soit de mariage,
de viduité, dévie religieuse, de bonne
ou de mauvnise fortune; car, ayant
passé par toutes ces situations , elle y
a toujours fait ce qu'il y avait de
mieux à faire. Née à Rome , en 1 584 7
de Paul Buxo oudeBuxis, et d'Isa-
belle ou Jaqueline Rofredeschi , d'une
famille ancienne et illustre en Itahe,
elle eut en naissant des inclinations
vertueuses ; ces inclinations se déve-
loppèrent et se perfectionnèrent par
une éducation chrétienne. Aimant la
retraite, les lectures pieuses et l'oraison,
elle fuyait les amusements du monde,
jeûnait et mortifiait son corps. A l'âge
de onze ans , Françoise sollicita ses
parents pour qu'ils lui permissentd'eu'
(i) Baillet fait entendre que ce nom de Colla-
t/Vier leur vient du quartier de Rome où elles sont
établies. Le P. Hélyot , qui paraît avoir pris de»
renseij;nements sur les lieux, prétend qne ce nom
de Collatines est inccunu aux Ublates , encore éta-
blies aujourd'hui dans la première maison qu'elle»
ont occupée, rue des Cordiers , au pied du Capilolç
et an quartier (JampitellI.
492 F R A
trer dans un monastère ; mais ils la
destinaient à l'ëtat du mariage. Elle
soumit sa volonté' à la leur, et crut
obéir à Dieu eu leur obéissant. Ils lui
donnèrent pour ëpoux Laurent Pon-
zani , jeune homme riche , d'une nais-
sance distinguée , et , ce qui valait
mieux , d'une sagesse rare à son âge.
Quoique mariée contre son gré , Fran-
çoise s'attacha à remplir , avec la plus
scrupuleuse exactitude, ses obliga-
tions d'épouse. En conservant , avec
la permission de son mari , le même
esprit de retraite, le même éloigne-
ment pour le jçu, les spectacles , les
festins, elle veilla avec soin sur sa
maison , régla son domestique , évita
tout ce qui pouvait déplaire à son
mari, alla au-devant de tous ses désirs,
épouse toujours tendre et toujours
soumise. Eile exigeait de ses gens
qu'ils remplissent les devoirs de la re-
ligion, et leur en montrait l'exeojple.
Vêtue simplement, ne portant que
des étoffes de laine , elle employait au
soulagement des pauvres ce qu'elle
retranchait de sa parure. Lorsqu'elle
fut des enfants , elle fit de leur édu-
cation son occupation principale, et
veilla de bonne beiirc à ks former à
la religion. En 14» 5, sa vertu fut
éprouvée par l'adversité. Dans les
troubles qui s'élevèrent en Italie lors
du schisme de Jean XXIII et de l'in-
vasion de Ladislas , roi de Naples , le
mari de Françoise et Paulucci ^ son
beau-frère, furent bannis, et leurs
biens conGsqués. Françoise supporta
ce malheur avec courage. Après l'ab-
dication de Jean XXII 1 , les deux
frères revinrent, et furent réintégrés
dans leurs biens. Il y avait à Rome
une confrérie qui portait le nom
d'OblatSy et qui était sous la direc-
tion des Pères olivetains. On n'y con-
tractait d'autre engagement que celui
de pratiquer les devoirs de chrclieu,
FRA
cl on y recevait des hommes et des
femmes, sans qu'ils changeassent de
condition. Françoise s'y était agrégée.
Elle pensa qu'une telle association
pouvait se perfectionner ; et son mari
lui ayant permis de disposer, pour de
bonnes œuvres , d'une partie des biens
qui leur avaient été rendus, elle réso-
lut d'établir une congrégation de filles
et de femmes veuves, sous le nom
à'OblateSy lesquelles vivraient en
commun sous l'obéissance d'une su-
périeure. Ayant trouvé plusieurs per-
sonnes de sou sexe disposées à em-
brasser ce genre de vie , elle les réunit
le 25 mars i453, dans une maison
qu'on appelle encore Torrg de Spec-
chi, qu'on parvint à agrandir, en y
joignant quelques bàtiracnls voisins ,
lorsque le nombre des oblates aug-
menta. La fondatrice leur donna la
règle de Saint-Benoît; et Eugène IV,
après avoir entendu le rapport de
l'archevêque de Cosenza sur cet éta-
blissement, le confirma par unebuPc
du mois de juillet de la même année.
Les oblates ne font point de vœux.
Après une année de noviciat, elles
sont admises à l'oblation, et promet-
tent seulement obéissance à la supé-
rieure, suivant la coutume : elles peu-
vent rentrer dans le siècle et s'y ma-
rier. Françoise, ayant perdu son mari
en 1436, mit ordre à ses affaires, se
présenta à la communauté, et demanda
d'y être reçue. On la supplia d'en
accepter le titre de supérienre : elle re-
fusa long-temps, et loin de vouloir y
dominer , elle y recherrhait les offices
les plus bas. Il fallut enfin céder aux
vœux de ses filles. Elle fut pour elles,
pendant le reste de sa vie, un modèle
de to'îtes les vertus. Françoise mou-
rut, le 9 mars de l'année i44<>» ^R^
de cinquante-six ans. Le pape Paul V
la canonisa en 1 608. Les franciscains
la réclament comme leur appartenant,
FRA
parce qu*ils prétendent qu'avant de
fonderies oblales, elie ëlail de leur
tiers - ordre. Sa congrégation ne s'é;-
tendit point; ellen*a, suivant le père
He'lyot, que la maison de Rome, où
se trouvent environ cinquante dames
de chœur , et trente-quatre converses.
Sa Vie, e'crite en italien par Fr. Penia,
a e'té traduite en français par Michel
d'Eme, Douai, j6o8, in-12, et par
Charles Lambert , Rouen , 1 609 ,
in-8°. L— Y.
FRANÇOISE, duchesse de Breta-
gne, fille de Louis d'Amboise, vicomte
deThouars, et de Marie de Rieux,
naquit l'an 14^7. Elle fut, dès son
enfance, pi omise à Pierre, comte de
Guingamp , second fils de Jean V,
dit le Sa§e, Awc de Bretagne, et ame-
née , à l'âge de quatre ans , à la cour
du duc , où on la remit entre les mains
de Jeanne de France , fiile de Char-
les YI , épouse de Jean, et princesse
d'une haute vertu. Lorsqu'elle eut sept
ans , on célébra la cérémonie de ses
fiançailles ; elle était déjà un modèle
de sagesse et de piété, et l'exemple de
la cour. En 1 44^ ? étant âgée de quinze
ans , elle épousa le comte Pierre , qui ,
religieux lui-même , et touché de l'in-
nocence de sa jeune épouse, respecta
le désir qu'elle avait de la conserver.
Les commencements de ce mariage
furent heureux; mais des malveillants
ayant jeté des soupçons dans l'esprit
du comte, il traita indignement Fran-
çoise, et s'oublia jusqu'au point de la
frapper. Vaincu cependant par sa dou-
ceur et par sa patience , il revint à lui ,
sentit tout le prix du trésor qu'il pos-
sédait, et pria son épouse de lui par-
donner ses injustices. Pénétré de plus
en plus, chaque jour, d'admiration
pour lés rares qualités de sa femme ,
il continua de vivre avec elle comme
avec une sœur; et tous deux se pro-
mirent que si Tua venait à mourir ,
FRA 495
l'autre ne se remarierait pas, mais
entrerait en religion. Le duc Jean étant
mort en 1 44^» François, son fils aîné ,
lui succéda : mais s'étant élevé, entre lui
et Gilles, le plus jeune de ses frères, un
diftérend occasionné par le faux soup-
çon d'un prétendu traité fait par ce-
lui-ci avecle roi d'Angleterre, François
fît mettre Gilles en prison , où -, quatre
ans après , celui-ci périt d'une mort vio-
lente , quoique Françoise eût fait tout
son possible pour réconcilier les deux
frères; et François mourut lui-même
au bout de trois mois. ( Foy. Fran-
çois P*". , duc de Bretagne. ) Pierre
succéda au duché. Lui et Françoise
furent couronnés en i45o; ils régnè-
rent ensemble sept ans : Françoise
employait tout ce qu'elle avait de ri-
chesses et de crédit à faire de bonnes
œuyres , et vivait au milieu de la cour
avec autant de régularité que si elle
eût été dans un monastère. Le duc
Pierre mourut en 14^7, après avoir
déclaré , avec serment , qu'il laissait
Françoise aussi pure qu'il l'avait re-
çue. Lorsque la duchesse lui eut rendu
les derniers devoirs, elle songea à se
retirer du monde : mais elle était ré-
servée à une nouvelle épreuve. Artur,
oncle de Pierre , et qui lui succéda ,
prince que l'histoire néanmoins nous
donne pour religieux et aftui de la
justice, dépouilla Françoise de ses
biens , s'empara de ses revenus , lui
enleva jusqu'à ses pierreries , et, ce
qui lui fut plus sensible , lui ota sus
domestiques les plus afïidés. Elle souf-
frit tout cela avec patience. Cette per-
sécution ne finit qu'avec la vie d'Ar-
tur. François II, son successeur,
rendit à la duchesse tout ce qu'on lui
avait pris , et lui laissa la liberté de
suivre le genre de vie qu'elle jugerait
à propos. Elle fit , des biens qui lui
étaient restitués, le plus pieux usage ,
soulagea les pauvres , fit construir*
494 FRA
des hôpitaux , les dota , et fonda des
monastères. Sou projet e'tait de se re-
tirer dans un couvent de Sainte-Claire;
mais la faiblesse de sa santé' ne lui
permettait point d'embrasser un genre
de vie aussi rigoureux. Ayant eu oc-
casion de voir le père Jean Soreth,
général des carmes, elle prit la réso-
lution , par son conseil , de se faire
carmélite, et le pria de lui envoyer de
Liège des religieuses de son ordre ,
pour qui elle voulait faire bâtir un
monastère. Il lui restait un nouveau
combat à soutenir. Le duc de Savoie ,
charmé de sa vertu, souhaitait ardem-
ment de Tavoir pour épouse. Le père
de la duchesse, toute sa famille, desi-
raient ce mariage : Louis XI le vou-
lait. On employa prières , menaces ,
ruses ; rien n'ébranla Françoise dans
la résolution qu'elle avait prise. Api'ès
l'avoir beaucoup tourmentée, on fut
obligé de la laisser libre. Les reli-
gieuses qu'elle avait demandées étant
arrivées à Vannes en 1 465 , elle les
plaça dans le monastère des Trois-
Maries, et vint elle-même y prendre
l'habit le 25 mars i^S'j. Elle voulut
occuper la dernière place parmi les
novices, défendit que désormais on
lui donnât le titre de princesse, ou
même àe fondatrice , ne voulant plus
d'autre nom que celui de sœur Fran-
çoise et de sentante du Sauveur. Elle
choisit , pour sa part , les services le^
plus vils de la maison , et se dévoua
au soin des malades. Son année de
noviciat étant révolue, elle demanda
à être admise à la profession ; mais
elle voulut n'être reçue qu'en qualité
de sœur converse : jamais religieuse
ne fut plus fervente , plus humble ,
plus assidue à ses devoirs. Devenue,
en 1475 , prieure malgré elle, jamais
supérieure ne fut plus exemplaire. Un
autre couvent lui ayant été donné près
de Nantes , elle alla s'y établir avec
FRA
neuf corapagues qu'elle tira du premier
monastère, et y mourut le 4 novem-
bre i485, victime des soins qu'elle
avait rendus à une des sœurs attaquée
d'une maladie contagieuse. Ses vertus
lui valurent l'honneur de la béatifica-
tion; et André du Saussay fait men-
tion d'elle dans son Martjrologium
gallicanum, au 1 novembre. L'abbc
Barrin a écrit la Vie de cette pieuse
princesse, Bruxelles (Rennes), 1704,
in- 12. L — Y.
FRANCOWITZ (Mathia^ Flach),
fameux théologien protestant, né le
3 mars iSii , se faisait appeler
Flaccus Illrricus , parce qu'il était
d'Albona dans l'Istrie , partie de
l'ancienne Illyrie. Après avoir fait
ses études à Venise , il forma le pro-
jet d'entrer dans un monastère, afin
de s'y livrer plus commodément à
son goût pour l'étude ; mais il en fut
détourné par un oncle maternel,
provincial des cordeliers, qui pen-
sait à embrasser la réforme de Lu-
ther, et qui conseilla à son neveu de
s'en aller en Allemagne, où les nou-
velles opinions faisaient alors des
progrès rapides. Illyricus en reçut
les premiers principes à Baie chez
Grynaeus , et s'y fortifia entièrement
à Wittembergsous Luther et Mélanch-
thon , qui lui procurèrent une chaire
dans l'université. Son zèle impétueux
contre X intérim, son déchaînement
contre Mélanchthon , dont les prin-
cipes modérés lui déplaisaient ,vrobli-
gèrent de se retirer à Magdebourg ,
afin d'être plus libre de déclamer à
son aise contre l'Eglise romaine. C'est
dans cette ville qu'il commença l'His-
toire ecclésiastique connue sous le ti-
tre de Centuries de Magdebourg ^
dont il est le principal auteur. Appelé
à léna en i557 , il fut contraint d'en
sortir cinq ans après, à cause d'une
dispute sur la nature du péché , qu'il
FRA
soutenait avoir corrompu la subs-
tance même de l'ame , erreur qui le
fit accuser de manichéisme à Stras-
bourg ( yoy. Jacques André, t. II,
pag. 1 26 ). Il mourut à Francfort le
II mars 1575. Illyricus e'tait donc'
de grands talents, surtout pour la
critique, d'un esprit vaste, d'un sa-
voir profond. Quoique ses ouvrages
soient trop diffus, et qu'ils renferment
des opinions singulières , on y trouve
cependant des choses fort utiles; mais
son caractère impe'tueux , turbulent ,
querelleur, opiniâtre, gâtait ses bonnes
qualite's , et causa beaucoup de trou-
bles et de de'sordres dans son parti :
aussi n'en fut - il pas regretté. Sa
maxime politique était qu'il fallait te-
nir les princes en respect par la
crainte des séditions. Mous ne mar-
querons ici que ceux de ses ouvrages
qui nous offrent quelque circonstance
importante à connaître : !. Caialo-
gus teslium veritatis , Baie, i556,
10-4".; Strasbourg, 1062, in -fol.;
Francfort, 1666, in-4°. , 1672. Ces
deux dernières éditions sont les plus
estimées. On ne fait point cas de
celles de Lyon, 1597, de Genève,
i(io8 , parce que Goulard y a fait de
grands changements , sans distinguer
ce qui est de lui ou de l'auteur. Illy-
ricus parcourut les bibliothèques d'Al -
lemagne pour composer cet ouvrage ;
le mal, c'est qu'il applique à l'Eglise
romaine ce qui n'a été dit que contre
quelques-uns de ses membres , et
contre les abus qui régnaient dans
les temps d'ignorance {Voy. Eisen-
grein). IÏ. Missa Latuia qiiœ olim
ante Romanam in usu fuit, Stras-
bourg , 1557 , in - S\ Cette liturgie,
conforme aux anciens missels ro-
mains - f^allicans , auxquels on avait
fait quelques additions après le temps
de Chariemagnc , contient de belles
prières. Les protestants la publièrent
FRA 49^
d'abord comme contraire à la croyance
et à la pratique des catholiques :
mais s'étant aperçus, d'après un plus
mûr examen , qu'elle n'était point fa-
vorable au nouvel Evangile, parce
qu'elle autorisait fortement plusieurs
dogmes catholiques , tels que la pré-
sence réelle et la confession auricu-
laire, ils en supprimèrent tous les
exemplaires qu'ils en purent trouver;
ce qui l'a rendue extrêmement rare ,
du moins cette édition , car elle a été
réimprimée dans les x\nnales du P. Le
Cointe et dans les Livres liturgiques
du cardinal Bona. lll. Centuriœ Mag'
deburgenses , Magdcbourg, les trois
premières ea iSSg , réimprimées
avec des corrections et des additions
en i562; les autres, les années sui-
vantes , jusqu'en 1574 que parut la
treizième et dernière , qui se termine
à l'an i5oo. L'édition la plus répan-
due de cette Histoire ecclésiastique
est de Baie, i634 , 3 vol. in -fol.;
mais ou reproche à Lucius, l'édi-
teur, d'avoir retranché les préfaces,
et d'y avoir introduit des changements
en faveur du calvinisme. C'est le pre-
mier grand ouvrage de ce genre. Il
y a bien des fautes ; mais celles qui
ne partent pas des préjugés de reli-
gion sont bien pardonnables. IV. De
manducatione corporis Chrvsti ,
i554, in-8'. ; De esseniid imaginis
Dei et diaholi , justitiœ ac injusti-
tiœ originalis , Bàïc y iSiOg, in-S''. ;
De occasionibiis vitandi errorem
in essentid justiticB originalis , Baie ,
1 569 , in-8^. ; De peccato originali ,
i568, in-8''.; Defensio doctrince de
originali justitid et injuslitidj 1570,
in-B**. ; De non scmtando gêner atio -
nisfdii Dei modo, 1 56o, in-8°.; -^yoo-
logia contra Theod. Bezœ cai^illa-
tiones, i566, in-8\ H faut y join-
dre une brochure de huit feuillets ,
intitulée : Repetitiones apologiœ ,
4gfî F R A
tic, Ic'na, i56i, in -8".; Scripta
ijuœdam papce et monarcharum de
conciUo iridentino , Baie, in -8".
Tous ces ouvrages sont recherches,
rares et curieux. V. De sectis doc-
trifiiSj religionis pontificiorum , Baie ,
1 565, in^**. ; lyotœ de fais d papis-
îanimreligioTie, Magdebourg, i549,
in-8". (jcs deux écrits se trouvent dif-
ficilement. VI. Contra papatum Ro-
maniim, i5^b, in- ii\ Cet ouvrage
extrêmement rare, l'un des plus vio-
lents qui aient paru contre la cour de
Rome, a une préface qui commence
ainsi : Satanacissimus papa , etc.
Il a été traduit en français sous ce
litre : Contre la principauté de Vévé-
que de Rome, Lyon, i564, in-8^,
rare. VII. Antilogia papœ ^ Baie,
1 555 ,in-8''., rare et très satirique.
VIÏI. Prœjatio adErasmum lU'mco'
i>ium de Firgine venetd G. Postelli,
ïéna, i556, rare, curieux, singu-
lier. IX. Historia certaminum de
primatu papœ , Baie , 1 554 , in-8''. ,
Tua des plus rares de cet auteur. X. De
corruptoEcclesiœ statu, Baie , i557,
in - 8 '. , rare, recherché : c*est un re-
cueil des pièces (eu vers) les plus viru-
lentes contre les papes ; la préface est
piquante par sa singularité. XI. Syl-
vula carminum de religione, i553,
in -8°., i6 pag., rare. XII. Sj'ba
carminum in nostri œvi corrupte-
las , i553, in-8"., rare, curieux,
recherché j Flaccus n'en est que l'édi-
teur. XIII. Carmina vetusta quœ
déplorant inscitiam Evangelii , cum
prœjatione Flacci Illyrici , Wit-
temberg, ï548, in -8°., pièce satiri-
que, beaucoup plus rare que les pré-
cédentes. XIV. De translatione im-
per ii Romani , etc., Bâlc, 1 566 , in-
8". , Francfort, i6ii, in-4"., où il
établit que la translation de l'empire
romain aux Allemands n'a pas été
faite par les papes , et que le peuple
FRA
doit influer dans l'élection dds été-
ques. XV. Cliwis Scripturœ sacrœ ,
dont les plus amples éditions sont de
léna, 1674? et Leipzig, 1695, in-
fol. Oq y trouve quelquefois de bonnes
règles ; mais il en fait souvent de
fausses applications. XVÏ. Glossa
compendiaria in N. T. , Bâle^ 1 570 ;
Francfort, 1659, in-fol.; rempli des
idées des protestants comme le pré-
cédent, dont il est la suite. Illyricus
â le premier tiré de la poussière des
bibliothèques , et publié ^Histoire de
Sulpice Sévère, et le livre de Julius
Firmicus Maternus de errore pro-
fanarum religionum. Il a aussi donné
une édition de Grégoire de Tours,
J. Bjlth. Ritter a publié à Francfort
en i7'25, in-4''., une Notice sur la
vie et les ouvrages de Flaccus Illy-
ricus,elil en a paru deux ans après
une nouvelle édition fort augmentée.
T--D.
FRANCQUAERT ( Jacques ) ^
peintre d'histoire et architecte. Les
années de sa naissance et de sa mort
sont ignorées. On sait seulement qu'il
naquit à Bruxelles vers le milieu du
16". siècle; et quelques personnes
croient qu'il fut élève de Rubens. ( On
voyait souvent dans les écoles de
Flandre des élèves plus âgés que
leurs maîtres ; Francquaërt pouvait
être de ce nombre. ) Cet artiste fit
de brillantes éludes. Il avait tant de
dispositions pour les sciences qu'il
lui a suffi de ses heures de récréation
pour apprendre en très peu de temp»
les mathématiques et l'architecture.
Il voyagea ensuite en Italie , et so
fixa quelque temps à Rome , oij,
non content de se perfectionner dans
les arts qu'il avait déjà professés, il
cultiva avec succès la poésie. De re-
tour dans sa ville natale , il fut nommé
peintre et architecte de Tarchiduc Al-
bert, et il jouit jusqu'à sa mort de la
FRA
plus grande considcratiou. Ses ou-
vraces sont peu connus en France.
F. P~T.
FRANGIPANE , maison puissante
de Home, prticulièrement dans les
1I^ et I2^ siècles. Cette maison
avait pris son nom d'une distri-
bution de pain qu'elle avait faite à
Rome da|i un temps de disette. Elle
tint le premier rang parmi la no-
blesse romaine jusqu'au temps où les
Çolonna et les Orsini s'élevèrent au-
dessus de tous leurs concitoyens. La
rivalité enire les Frangipani et les
Pietro Leoni a cause' plusieurs guerres
civiles dans Rome, et plusieurs schis-
mes dans l'Eglise. Cenzio Frangipane
ayant embrasse' la cause de Henri V
contre les papes, fit élire en 1118
l'antipape Burdino , qui prit le nom
de Grégoire VIll. Douze ans plus
tard , la maison Frangipane se déclara
pour Innocent II j mais les Pietro
Leoni firent élire l'antipape Ana-
clet II, En 1268 , Conradin fut ar-
rêté dans sa fuite , et livré à Cbarles
d'Anjou par Jacques Frangipane, sei-
gneur d'Astura. 11 y a aussi une mai-
son Frangipani en Hongrie , qui pré-
tend descendre de celle de Komej
mais son nom paraît être esclavon ,
Franc Pani signifiant dans cette lan-
gue le seigneur Franc. S. S — i.
FPxANGlPAlSE (CoRNELio), de
l'illustre et ancienne maison de Gis-
tello dans le Frioul , naquit au com-
menccmeijt du 16®. siècle. Après
avoir terminé ses études d'une ma-
nière brillante, il fréquenta le bar-
reau à Venise , et ne tarda pas à
fixer sur lui l'attention publique par
ses talents oratoires. Il fut chargé plu-
sieurs fois de complimenter les nou-
veaux doges au sujet de leur élec-
tion, et porta la parole dans d'autres
occasions d'éclat. 11 fit , en i558, le
voyage de Vienne, pour défendre un
XV.
FRA 497
certain Mathias Hower accusé d'ho-
micide , et prononça à ce sujet devant
l'empereur un discours qui sauva sou
client. Frangipane faisait de la poésie
son délassement; et l'on trouve de
lui , dans les recueils du temps , quel-
ques pièces de vers assez agréables. Il
mourut en 1 58 1 . Outre ies discours
qu'on vient de citer, ou connaît de
lui : ï. Une Traduction en italien des
Oraisons de Cicéron pour Marcel-
lus , Ligarius et Dejotarus ; elles sont
imprimées dans le recueil des Di^
verse orationi par Fr. Sansovino ,
Venise, i56i, i562 et i56g, in-
4"., et dans la Raccolta d'alcune
orationi d'uomini illustré , Çâdoue ^
169a, in- 12. La traduction de J'orai-
son pour Ligarius a été réimprimée
seule dans la Raccolta di prose c
poésie al uso délie régie Scuole ,
Turin, i744> in-8\ II. Hélice,
rime e ver si di vari compositori
friulani soprà la fontana Hélice^
Venise, i5t)6, in -4°. Ge rare vo-»
lume contient la description en prose
d'une magnifique fontaine que Fran-
gipine avait fait construire dans son
délicieux jardin de Tarcento , et les
vers italiens ou latins par lesquels ses
compatriotes l'avaient célébrée à l'en-
vi. — Claudio Cornelio Frangipane ,
fils du précédent , naquit à Venise ea
1 555, fit ses éludes à Bologne, et
fréquenta ensuite les cours de l'uni-
versité de Padoue. Après avoir pris
ses degrés en droit, il visita les prin-
cipales villes de France, d'Espagne,
d'Allemagne et d'Italie , et revint à
Venise , oii on lui offrit une chaire de
droit civil. Il la remplit pendant plu-
sieurs années avec un grand succès ,
et fut ensuite nommé maître des re-
quêtes près du conseil d'étal : il ren-
dit daus cette place des services im-
portants à la république , et mourut
en i65o, à l'âge de qualre-vingt-dix-
32
498 F M
sept ans. On connaît de lui : T. Al-
legatione over consiglio in jure per
la viltoria navale contra Fede-
rico /, imp, e alto di Alessan-
dro tJI, proposta da Cirillo Me-
ûhele (masque de Paul Sarpi) , per
il dominio délia repiib. di F'enetia
sopra il ^o golfo contra alcune
scritlure de' Napolitani, 1616, in-
4*". , réimprime' plusieurs fois se'parë-
ment, et inséré dans le 6^ volume
àes œuvres de Sarpi, édit. de Ve-
nise, 1677, in-i2. lî. Del parlar
senatorio , Venise , 1 6 19 , in-^"» HI.
Stilographiœ in principatum Fene-
tiarum Joannis Cornelii ; sive de
Numd Pompilio insculpto in co-
lumnd ante portam decumanam
palaliiy pro religionis studio, de-
claratio, ibid,, 1625, in-4**. On lui
attribue encore une Dissertation De
adventu Alexandri III Fenetias ;
un Traité de l'Anfiour en italien ,
€t quelques Opuscules moins impor-
tants. W — s.
FRANGIPANI ou FRANGEPANI
(François-Christophe, comte de )
a joué un rôle dans les troubles de
Hongrie. Les privilèges de ce pays
ayant été peu respectés par l'empereur
lic'opold I^*". , le mécontentement na-
tional se manifesta ; et , vers l'année
i665, il se forma une conspiration
dont le palatin Vesselengi donna le
plan. Frangipani entra dans celte cons-
piration, ainsi que son beau-frère
Pierre Serin ou Zrini, François Na-
dasli ou Nadasd , et plusieurs autres
seigneurs du royaume de Hongrie.
La cour de Vienne en fut instruite par
ses agents , et prit des mesures pour
déjouer les projets des conspira-
teurs : elle parvint à se procurer des
pièces convaincantes, lorsque, quelque
temps après, le palatin Vesselengi eut
fini ses jours. Frangipani, Nadasti et
2rini furent arrêiéi et condamnés à
Fl\A
périr sur Técliafaud. Frangipani cul le
poing droit coupé et la tête tranchée;
ses biens furent confisqués au profit d«
l'empareuf , et sa famille dégradée de
noblesse. L'exécution eut lien publi-
quement à Neustadt , le 3o avril 1671.
Les délations, les emprisonnements,
les confiscations , continuèrent après
la punition des conspirate^|s , avec
une dureté et un acharnement qui
soulevèrent de nouveau la nation , et
amenèrent une nouvelle conspiration,
celle du oorate de Tekely ou TœUœly.
( roy, Tekely. ) G —au.
FRANK (SÉBASTIEN ), visionnaire
du 1 6^ siècle , sur la vie duquel on a
peu de données positives , quoiqu'il
ait dans son temps excité l'attention
du public; mais comme il errait sans
cesse d'un lieu à un autre , il n'est pas
surprenant que l'on n'ait pu saisir les
particularités qui le concernent. Sui-
vant son propre témoignage , il na-
quit à Donawerth , en Bavière, pro-
bablement dans les dernières années
du 1 5% siècle. On ne sait pas quelle
fut la condition de ses parents : mais
tout fait présumer que leur état était
obscur ; et comme ses ouvrages dé-
cèlent une grande ignorance des lan-
gues savantes , on doit supposer qu'il
n'avait pas suivi un cours d'études
régulier , et qu'il n'avait ni été promu
aux ordres sacrés, ni exercé le minis-
tère sacerdotal , ainsi que l'ont avance
quelques auteurs. Sans doute il était
doué d'une certaine facilité; c'est ce
que prouvent ses nombreux ouvrages :
mais dépourvu de connaissances fon-
damentales, et guidé seulement par
un vif désir de chercher dans \ts
livres les lumières qui lui étaient né-
cessaires, il paraît que ses lectures
furent laites sans choix ; car il n'eu
résulta qu'un mélange confus d'idées
bizarres. Il commença à se faire con-
naître eu i528 , par la traduction du
FRA
livre d'AIlliammer, mlilnlé Diaîlag':
( F'ojy, Althammer)j il vivait alors
à I^uremberg ou dans les environs.
Il en fut ch|^sé, en 1 53i , avec d'au-
tres visionnaires de son espèce , pour
avoir publié sou ouvrage de la
Science du bien et du mal. On y
trouve la plupart des rêveries qu'il
reproduisit par la suite. La phule
d'Adam n'est, selon lui, qu'une allé-
gorie, et l'arbre, que la personne,
la volonté, la science, la vie d'Adam :
Adam doit n'en pas manger, ji'en pas
faire usage ^ et rester entièrement
soumis à Dieu. Il doit ne rien savoir,
De rien faire, ne pas parler; car Dieu
sait, agit et parle en lui, afin que
Dieu exerce , sans obstacle , sa puis-
sance entière en sa personne. Frank
déclame contre toute espèce de con-
naissance , et même contre l'usage de
la raison , auquel il attribue la chute
d'Adam. Il demeura ensuite à Stras-
bourg , puis à Ulm , oîi était alors
Schwenkfeid, avec qui il avait, depuis
plusieurs années , formé une liaison
étroite. Frank obtint à Ulm le droit de
bourgeoisie. La protection dont il
jouissait dans cette ville lui inspira la
hardiesse d'y faire paraître, en i555,
ses Paradoxes , ouvrage dans lequel
il développe encore plus ouvertement
ses idées bizarres; ce qui lui attira
des réponses très vives de la part de
Luther et de Mélanchthon , et , sans
la protection de quelques amis, l'eût
fait chasser d'Ulm à l'mstant même :
il n'en fut expulsé qu'en 1 539 î ^^ 7
l'année suivante, ses erreurs furent
formellement condamnées à l'assem-
blée de Smalkalde. Ou est tenté de
croire que cet enthousiaste n'avait
d'autre moyen d'existenCfc que la com-
position de ses livres : au moins sa
plume fut-elle très féconde jusqu'en
1 545 , époque vers laquelle on assure
qu'il mourut. Un écrivain allemand a,
FRA 49§
dans ces derniers lemps, parlé de
Frank comme d'un homme à qui la
langue allemande et la philosophie
avaient de grandes obligations ; mais
ce jugement n'est nullement fondé.
Frank a dans ses écrits autant blessé
les lois de la grammaire que celles du
bon sens et de l'exactitude. Bayle le
qualifie d'anabaptiste : on ne peut
pourtant pas dire qu'il ait partagé les
principes de cette secte, quoiqu'il
ait pu adopter quelques-unes de ses
rêveries. C'était un visionnaire du
genre le plus matériel ; iî a mis en
avant l'ancien f.ystème des émanations :
« L'ame humaine , dit-il , n'est que
l'imagination et le sentiment ; il la re-
garde comme faisant immédiatement
partie de l'essence divine; il l'appelle
l'esprit intérieur , la parole intérieure,
le Christ dans nous, lui soumet lé
jugement delà raison , et rejette toute
connaissance comme inutile et nuisi-
ble. Dieu est essentiellement et réelle*
ment présent dans tous les objets, soit
animés , soit inanimés , qui se trou-
vent dans l'univers ; de sorte que tout
est habité et vivifié par l'ame univer-
selle. » Cette opinion, renouvelée des
anciens , fit , vingt ans plus tard ,
traîner Servet au bûcher. Frank ne
regarde le Sauveur du monde que
comme un homme d'une piété émi-
nente et extraordinaire. On a de ce
visionnaire : L La traduction aile-
mande du Diallage d^Althammer,
1528, in-8''. , sans désignation de
lieu d'impression. II. Supplique des
nécessiteux d'Angleterre , adressée
au roi , ( Nuremberg ) 1 529 , in-4'*.
Suivant le témoignage de Frank, ce
morceau est aussi traduit du latin.
IIL Chronique et Tableau de la
Turquie , où il est traité des opi-
nions, de V origine, des guerres, de
la religion , des lois , des mœurs,
du gouvermimni des Turcs , ete.,
3a..
5oo
FRA
Augsbourg, i55o, in-4''. Il J avait
eu une première édition de ce livre ,
qui li'e'^t qu'une traduclion. IV.
L'Eloge de la Folie , par Erasme ;
Le Traité de la Vanité des sciences,
et l'Eloge de VAne , par Agrippa ,
traduits en allemand ; De l'Arbre
de la science du bien et du mal ,
dont Adam a mangé la mort , et
dont encore aujourd'hui tous les
hommes la mangent; Encomium
(Eloge de la parole de Dieu) \ iii-4°'»
sans désignation de lieu ni d'année. Il
paraît cependant que ce livre fut im-
primé en i55o ; il fut publié de nou-
'veau en 1696, i vol. in-i 2. Le Traité
de V Arbre de la science du bien
et du mal a été réimprimé seul ,
Francfort, i6i9,in-4°-; Lunebourg,
1692, in-i2. Après la mort de
Frank, un anonyme en fit paraître
une traduction latine , sous ce litre :
De Arbore scientiœ boni et jnali,
ex qud Adamus mortem comedit,
etc., Mulhansen en Alsace, i56i ,
in-S". Le traducteur a transformé le
nom de Tauteuren cQ\\Àà! Augustinus
Eleutherius , probablement afin que
l'on regardât cette production comme
nouvelle. V. Chronique , Annales et
Histoire de la Bible, Strasbourg,
i55i , in-fol.; (Ulm), i556; ibid.,
1 538 ; nouvelle édition , augmentée
par Frank lui-même jusqu'en 1 545 ,
ibid,, i543j augmentée par Calonius
Chornneir , ou peut-être par Nicolas
Hœninger , ifciU , i585, in-fol. Cet
ouvrage est composé de trois parties :
savoir, une Chronique de V Ancien-
Testament; une Histoire des Empe-
reurs ou Histoire mondaine du iVoa-
veau-TestamSit ; et une Chronique
des Papes et des transactions reli-
gieuses , ou Histoire de l'Eglise et des
' hérésies du Nouveau - Testament,
L'impression de ce livre avait élé per-
mise, sur l'assurance de l'auteur qu'il
FRA
ne s'y trouvait rien de contraire !i
l'orthodoxie : mais quand on vit qu'il
regardait toutes les religions, les sec-
tes et les opinions cominp également
bonnes , pourvu que chacun suivît la
parole ou le Christ en soi-même, il
fut traduit devant l'autorité, et chassé
de Strasbourg. Cet ouvrage historique
est ce qu'il a fait de plus supportable;
ce qu'il dit des anabaptistes a quelque
intérêt; le reste n'est qu'une misé-
rable compilation qui décèle son igno-
rance : «il n'est pas même exact pour
les faits qui se sont passés de son
temps, VI. Avis et conseil touchant
le vice affreux de l'ivrognerie , sans
désignation de lieu, i55i, iu-4".;
Strasbourg , 1 559, in 4''. ; Leipzig ,
1691 , in-4**. Il parut à Kemplen, en
1610, I vol. in-b»., et à Francfort,
en 1691, in-12, sous le nom de
Frank , un Avis sur l'horrible ivro-
gnerie y qui n'est probablernentqu'une
réimpression de ce traité. VIL Para-
dox a , ou deux cent quatre-vingts
Discours miraculeux , tirés de l'E-
critureSainte , Ulm, i535, in-4".;
réimprimé plusieurs fois sans dési-
gnation de lieu. C'est un recueil de
divers passages de l'Ecriture , qui ont
l'air de se coiitredirej ce qui, sans
doute, a été fait à dessein par l'au-
teur, pour élever le sens des Ecritures
aux dépens de la lettre. VIII. Cos-
mographie , miroir et tableau de
tout le Globe , Tubingen, i554 , iu-
fol.; ibid.y i542 , in-fol. ; réimprimé
avec l'ouvrage de Schmidt sur le même
sujet, Francfort , 1 567, in-fol, ; tra-
duit en hollandais, Bolswaert, 1649*
in-fol. Ce livre est , comme le titre
l'indique, une espèce de géographie,
qui n'eut pas le succès de la Cosmo-
graphie de Munster. IX. Témoi-
gnage de V Ecriture sur les bons et
les mauvais Anges, vers i555,
iiî-8'. X. Gennaniœ Chronicon,
FRA
qui traite de Torigine, du nom, des
faits de tous les peuples de TAlle-
magiie, i558, in-fol. XI. Explica-
tion littérale et approfondie du
64*. Psaume, i ;)59, in-4". X[l. Le
Manuel guerrier de la paix , ou
Guerre de la paix , pour faire la
guerre à toutes les agitations^ sédi-
tions et extravagances f i ôSg, in 4"*;
Francfort, i555, in - 8 '. L'autf ur
&'est caché sous le nom de Frédéric
Wernstreyt ; c'est un recueil de pas-
sages contre la guerre, extraits d'E-
rasme et de Corneille Agrippa , et
augmentés de remarques de l'éditeur.
XIII. L'Arche dorée , dans la-
quelle la substance et les meilleures
maximes de V Ecriture-Sainte , des
anciens docteurs et pères de l'E-
glise, sont ajustées , disposées et in- 0,
corporées, Aug>bourg, 1 55g, in-fol. ;
Berne, i557 ; ihid. , 1669: autre
compilation indigeste, de même que
Tarlicle suivant ; ce qui donne lieu de
présumer que le pauvre Frank était
au bout de son rôle , et avait recours,
pour vivre, à la composition de tous
ces fatras. XIV. Le Livre des sept
sceaux^ que personne ne peut ni
bien ouvrir, ni bien comprendre , ni
bien lire , si ce n'est Vas^neau , et
ceux qui sont marqués du signe de
l'agneau , et qui lui appartiennent ,
iSûQ, in-fol.: ce n'est pas, comme
on pourrait le croire d'après le titre ,
une explication de V Apocalypse. XV.
Proverbes et adages allemands ,
avec une explication , Francfort ,
i54i, 2Vol. in-8<^.; Zurich, i547,
in -8". Comme dans ce livre l'auteur
tourne les femmes en ridicule, Jean
Freder, ministre à Hambourg, écrivit
contre lui un dialogue sur le mariage;
et Luther enrichit cette producùon
d'une préface , dans laquelle il dit à
Frank de grosses injures. On attribue
encore à ce visionnaire d'autres ou-
FRA Soi
yrages dont il esl inutile de rapporter
les titres. E — s.
FRANK ( Christian ) , visionnaire
d*un autre genre, né à Gardenlegen>
dans la moyenne marche de Biande-
bourg , vers 1 554 , se fit connaître par
ses fréquents changements de «rligions,
ce qui lui a valu Tépilhète de Gi-
rouette: forcé pour des larcins d'aban-
donner encore 1res jeune sa patrie ,
011 il avait été élevé dans le luthéra-
nisme, il alla se faire catholique,
en 1569, dans un autre lieu de
l'Allemagne, puis fut envoyé au col-
lège des jésuites , à liome. Il raconte
qu'il s'adonna à l'étude avec tant
d'ardeur , et pratiqua de si grandes
austérités, que sa sanfé en fut fré-
quemment altérée. Il fut admis dans
la Société ; et la même cause lui fit
encore courir risque de la vie, de
sorte que le médecin conseilla de
l'envoyer au collège de Naples, où
la règle était moins austère. Frank
fut dans les commencements si con-
tent de sa position , qu'il s'imaginait
déjà être dans le ciel; mais au bout
de deux ans il conçut des doutes,
non seulement sur son ordre , mais
aussi sur l'ensemble de la religion
romaine, surtout quand il eut lu dans
les lettres des missions du Japon ,
que les habitants de ce pays , quoique
païens , se mortifient souvent plus
que les chrétiens , ce qui leur cause
des extases. Tout ce qu'il fit pour
étouffer la pensée que les pratiques
rigoureuses ordonnées parle christia-
nisme étaient l'ouvrage des hommes,
fut inutile. Enfin, il quitta l'Italie,
revint en Allemagne, et, malgré
les doutes qui le tourmentaient ,
montra toute la ferveur et le zèle
d'un jésuite, en écrivant contre les pro-
testants de son pays. Vers iS^ô, il
devint professeur au collège de Vienne,
où il connut un de ses confrères ,
5o2 F R A
Srofesseur de tbëologie , qui, agitd
es mêmes doutes , les lui com-
muniqua , et peu de jours après dis-
parut de la maison et se fit protes-
tant. Frank demanda au provincial
la permission de sortir de la So-
ciété ; on la lui refusa : il fut sur-
Teillc' ; mais , prétextant le besoin
d'aller dans une ville de Moravie
pour y réparer sa santé délabrée ,
il s'échappa en chemin , après dix
ans de séjour chez les jésuites, et gagna
sa ville natale. Comme elle n'offrait
pas un théâtre assez vaste à sesjalents,
il obtnt quelques secours des ma-
gistrats, et alla chercher fortune dans
un endroit plus brillant j mais- son
orgueil insupportable et son goût ex-
cessif pour la dispute le firent mal
accueillir à Leipzig , où il revint au
luthéranisme, et dans plusieurs villes
protestantes de l'Allemagne et de la
Suisse. Il se présenta au concours
pour une chaire de philosophie , à
Altorf j mais il ne se fit remarquer que
par sa vanité et les injures grossières
qu'ildobitaitcontreles hommes les plus
célèbres de l'antiquité et de son temps.
A sa troisième leçon , les étudiants le
huèrent. Il ne fut pas plus heureux
à Nuremberg. Fatigué d'avoir par-
couru en vain presque toute l'Alle-
magne et de n'avoir pu vivre avec
aucun des adhérens des trois reli-
gions de ce pays , il rentra chez
les jésuites de Vienne; mais il ne
resta pas long-temps avec eux : il erra
en Allemagne, en Pologne, en Hon-
grie, et finit par se faire socinien , en
Transsylvanie , où il devint profes-
seur de philosophie à Clausenbourg.
Il retourna en Pologne , fut recteur
de l'école de Chmiehiick , eut un col-
loquepublicavecFausteSocin(i580,
et se fit chasser pour les opinions
que contenait un de ses ouvrages. La
aim le contraignit ; pour la troisième
FRA
fois, de revenir au catholicisme, e«
iSgo, à Prague. Il mourut proba-
blement'dans cette croyance; car,
passé l'année i ^qS , Ton n'entend
plus parler de lui. Il a beaucoup écrit:
ses ouvrag(s sont rares, parce que
la plupart ne consistent qu'en quel-
ques feuilles, et ne sont que d'un
intérêt passager. Voici le titre des
principaux: 1. Colloquium jesui-
iiciim toti orbi christiano et iirbi
potissimiim Cc^areœ Fiennensi ad
rectè cognoscendam , haclenus non
satis perspectam , jesuitarum reli-
gionem , utilissimum ; habitum à
S. Theolo^iœ doctore et professore
Paulo Florenio curn Christiano
Franken philosophice professore ,
Leipzig, i579, in-8\; ibid., i58o.
# L'auteur se plaint, dans la dédicace de
cette seconde édition, adressée à Jésus-
Christ, de ce que les jésuites, ses
ennemis , ont supprimé presque tons
les exemplaires de la première; ce
qui est difficile à concevoir , puis-
qu'elle avait paru dans un pays tout
protestant. C'est pour éviter uu
inconvénient semblable , qu'il dédie
cette seconde édition au Sauveur
et au Seigneur du monde ; il l'a
augmentée d'un opuscule intitule :
Sex paradoxa de besiialissimd
idolatrid quant in adoralione panis
et vini rénovât socielas Jesu^ sub
divino cognomento latitans secunda
bestia. Ce tifre peut faire juger du
caractère emporté de l'auteur : tout
cela a été réimprimé plusieurs fois
daus des recueils de pièces dirigét-s
contre les jésuites. II. Epistola in
qud déplorât suum h societate Jesu
et ecclesid catholicd discessum, ejuS'
quefîdem ac religionem à se temerè
oppugnaiam , Vif'nne , 1 58 1 , in-4'';
Wurzbourg, i583, in-4". Dans cet
opuscule, que les jésuites firent im-
primer , notre homme chante la pa^
FRA
linodie. III. Prœcipuaritm enume-
ratio causarum y cur christiania
rùm in multis religionis doctrinis
sint mobiles et varii , in Trinitatis
tamen dogmate relinendo siintcons-
tanlissimi ; sans date , ni désignation
de lieu d'impression. 11 composa
vraisemblablemcjit cet ouvrage après
avoir embrasse' la secte des Soci-
niens ; et il écrivit ensuite ])lusieurs
traites contre la Trinité, qui le firent,
comme on l'a vu plus haut, expulser
de Pologne. IV. Doliiim Diogenia-
num strepitu suo collaborans dy-
nastis christianis hélium in Turcos
paranlihiis , Prague , 1 094, in-4''. Ce
traite , dans lequel il propose toutes
sortes de moyens pour faire la guerre
aux Turcs , fut compose' pour gagner
les bonnes grâces de la cour de
Vienne. V. Tjpus yeritatis conscien-
tiarum, Prague, 1 S^y^n-^^'.W. Ana-
lysis rixœ christiance quœ imperium
turbat et diminiiit romanum , Pra-
gue, 1395, in-4''. Il we connaît pas
de meilleur moyen pour amener les
dissidents à Te'gîise romaine, que celui
du glaive; proposition digne d'un
li^mme qui, en quinzeans, avait cm-
brasse'alternativemcnt toutes les sectes
dire'tiennes. Adelung lui a consacré
un assez long article , dans le tom. Il
de son Histoire de la folie humaine.
E— s.
FRANK ( Jean-George), pasteur
lutbe'rien, surintendant à Hohnstedt,
dans la principauté' de Calenberg, né
en i-joS dans le duché de Bade, mort
îe 20 janvier 1 7845 s'est fait connaître
par quelques dissertations théoiog^i-
ques insérées dans le recueil pério-
dique de INienbourg, par une Théo-
logie poétique pour les enfants, Got-
tingen, 174^, in-S"*. , mais surtout
par les ouvrages suivants : I. Prœlu-
sio chronologiœfundamentalis, qud
omnes ami ad soUs et lunœ cursum
FRA 5o5
aecuratè describi , et nouihnia à
primordio rnundi ad nostra usque
tempora et ampliàs ope epactarum
designari possunt ; in Cyclo jobC"
leo biblico detectœ, et ad chronolo-
giam tam sacram quàm profanam
applicatœ , ibid. , 1774, in-4°. D'au-
tres savants avaient déjà cherché dans
la Bible des cycles astronomiques plus
exacts que ceux dont les chronolo-
gistes font usage. Le cycle de Daniel,
dont on trouve l'explication et le dé-
tail dans les Mémoires posthumes de ^
Chéseaux , paraît être la découverte la
plus curieuse qui ait été faite en ce
genre (r). II. Novum systema chro'
nologiœfundamentalis , quâ omnes
anni ad solis et lunœ cursum accU'
rate describi , et novilunia à primor-
dio mundi ad nostra usque tempora
ope epactarum designari possunt y
in Cjclo biblico detectœ, etc., ibid,,
1778, in-fol. C'est un dévelop|)ement
de l'ouvrage précédent. lU. Fonde^
ment astronomique de Vhisloire sa^
crée de la Bible, et de celle des
anciens peuples , Dessau ^ 1 783 ,
in-B''. ( en allemand. ) C'est un extrait
de l'ouvrage précédent , augmenté de
quelques propositions astronomiques.
C. M. P.
FRANK. Fojr. Franck.
FRANK, FRANCK ou FRANCKE
(Jean), médecin allemand, exerça,
d'une manière distinguée, sa profes-
sion à Ulm, où il mourut octogénafre
vers i7a8;'il se livra avec une sorte
de prédilection à la pharmacologie,
et la plupart de ses ouvrages ont pour
(i) Le cycle de lo^o an», qne Chéseanx nomme
cycle de' Daniel , répond exactement à is,863
mois lunaires, et à 3-g,852 jour». En effet, com-
paré avec les dernières tables de M. Delambre, ce
calcul n'exi{;er«ll dans se» élément» qa'une aug-
meiitalion de trois tierces à la longueur «îe l'année,
et de quatorze quartes à celle du mois.lanaire,
pour être d^une exactitude rigoureuse ; précisioa
qui étonne Fimagination , et dont aucun cycl«
connu n'ajiprocïie à beaucoup près. ( Voyez la Bi-
blioLhèqiK britann. , n". 38o , 5G. Ct A. , t. XLVUI,
pag. 169-175.)
5o4 FRA
objet «tle branche importante de
l'art de guérir : I. Poljchresta herha
veronica , ad botanices , philosophiœ
et medicinœ cynosuram elaborata ,
Uim, 1690, in-i 2, fig.; réimprimée,
avec de nombreuses additions , sous
ce titre : Feronica theezans , id est
collatio veronicœ europeœ cum thed
Chinensium , Schwabach , 1 695 ,
În-i2, fig. ; Leipzig et Cobourg ,
1700, in-i2, fig.; traduite eu fran-
çais, Paris, 1704, in- 12, fig.; Reims,
1707, iu-i2, fig., etc. L'auteur fiit
im éloge exagéré de la véronique, à la-
quelle il rapporte, sinon comme iden-
tique , du moins comme très analogue,
Valyssumâc Dioscoride. IF. TrifoUi
Jibrini historia, selectis ob<:er^atio-
iiibus et perspiciiis exempUs illus-
trata, Francfort, 1701 , in-8'. Parmi
les maladies exirêmement graves , ou
tout-à-fait incurables, contre les-
quelles Frank prétend avoir constaté
îes vertus de la taényanlhe , il suffit
de citer l'hydropisie , l'asthme et la
phtisie. La fatale propriété antaphro-
disiaque dont il accuse cette plante,
n'est pas mieux prouvée. IIL Herba
alléluia , botanicè considerala , ex
veterwn ac recentioriim decretis ,
Ulm, 1709, in-i2, fig. Dans la lon-
gue énuniération des vertus de cette
plante , il compte celle de guérir
de la rage. On peut regarder comme
le complément de ce traité , celui
qui est intitulé : De verd antiquo-
Tum acetoselîd , ejusderaque vir-
tute contra febres malignas , pe-
techialeSy et peslem ipsam , Augs-
bourg , 1 7 1 7 , in- 1 2. IV. Spicilegium
de euphrasidherbdf medicind polj-
chrestd, veroque oculorum soîa-
mine , Francfort et Leipzig , 1 7 1 7 ,
in-H". V. Eloge de la cuscute , Ulm ,
1718, in 8". ( en allemand. ) VL
Thappuach jentschalmi , seu mo-
mordivœ descriptio mcdico-chirur^
FRA
pcO'pharmaceutica , Ulm, 1720,
in-8'. , fig. A cet opuscule sur la
pomme de mcrveilie est joint celui
de Jean-J.icques Kleinknecht , sur le
scoîdium , augmenté par l'éditeur.
VIL Traclalus sins^ularis de urticd
urente , de qud Grvuci et Latini
pauca y paucissima j4rahes cons-
cripsenint , Dillmgcn , 1 723 , in-8''.
On est surpris de voir l'auleur faire
un vaste étalage d'érudition, et ce-
pendant oublier la monographie de
Drechsler, qui, sous un moindre vo-
lume , est plus riche de faits intéres-
sants et d'observations exactes. VIII.
CastoroÏQgia j, Augsbomg , i6o5 ,
in-8'. Le traité de Castor, composé
originairement par Jean Marins Mayer,
et que Frank augmenta beaucoup, a
été traduit en français par Eidous,
qui y a joint^e nouvelles obser-
vations , Paris, 174^» iu-12. Frank
a publié, en outre, une dissertation
allemande sur le grand héliotrope du
Pérou ; et il a inséré, dans les Ephé-
mérides des curieux de la nature y
divers mémoires, dont quelques-uns
attestent une crédulité puérile, et dont
aucun ne mérite les honneurs de la
citation. C.
FRANK ou FRANCK DEI FR ANC-
KENAU ( George) , célèbre médecin
allemand, naquit le 5 mai i645, h
Naumbourg en Misnie. Après avoir
fait d'excellentes études dans cette
ville , ainsi qu'à Mersebourg , il se
rendit à l'université de léna , où il
reçut les encouragements les plus flat-
teurs , et les témoignages les plus ho-
norables d'estime et d'admiration. 11
n'avait pas encore atteint sa ving-
tième année, lorsque le comte palatin,
Christophe-Philippe Richter , le cou-
ronna poète. Le jeune Frank méritait
ce titre par de très bons vers alle-
mands , latins , grecs et hébreux.
Toutefois, ambitionnant une gloire ,
FRA
sinon pîns brillante, du moins plus
solide , il embrassa l'ëtude de la me'-
dccine. Les progrès qu'il fit dans
cette nouvelle carrière furent tellemcrit
rapides , que bientôt ses maîtres le
jugèrent capable d'enseigner l'anato-
raie , la botanique et la chimie. L'uni-
versilc de Strasbourg jouissait d'une
grande renommée ; Frank voulut y
aller achever ^on éducation médicale.
Il soutint sa première thèse sur la
colique, en i665. L'année suivante,
il disserta sur la pleurésie , et fut
solennellement promu au doctorat.
Charles-Louis , électeur Palatin , lui
confia la chaire vacante à l'université
de Heidelberg , par la mort de Jean-
Gaspard Faus, en 167 r, et le nomma
ensuite son médecin. Chassé par les
horreurs de la guerre , dont le Pala-
tinat devint le sanglant théâtre, Frank
se réfugia d'abord à Francforl-sur-le-
Mein. Attiré par l'électeur Jean-George
1 II, à Wilteraberg, comblé de faveurs
et de bienfaits par Jean-George IV,
et par son successeur Frédéric-Augus-
te , Frank se laissa pourtant séduire
par les offres de Christian V , roi
de Danemark. A l'exemple de plu-
sieurs savants dont la conduite est
quelquefois en opposition manifeste
avec leurs écrits philosophiques, il
abandonna sa patrie pour aller cher-
cher sous un ciel étranger de l'or
et des dignités. Ses espérances ne
furent point trompées j son ambition
fut satisfaite. Accueilli de la manière
Ja plus distinguée parla famille royale,
il fut nomme médecin en chef de l'hô-
pital des orphelins , arohiâtre du roi
et de la reine , conseiller aulique et
membre du conseil supérieur de jus-
tice. Frédéric IV confirma dans ces
emplois éminents le docteur Frank ,
qui en jouit jusqu'à sa mort , arrivée
le 16 juin 1704. Il avait été anobli
en 1692 , et créé comte palatin en
FRA 5o5
1695 , sous le nom de Franckenau ,
par l'empereur Léopold. L'académie
impériale des curieux de la nature ,
celle des Ricovraii de Padoue , cl la
lociété royale de Londres , rayaient
admis dans leur sein. Frank justifia
tous ces honneuis , non par de grands
ouvrages, mais par des connaissances
extrêmement variées, et par des écrits
pleins de recherches curieuses : I.
Lexicon vegetahilium usualium , in
qno plantarum quarum usus usque
innoluit , nomen cum synonymis la"
tinis j grcEcis , germanicis , et inler'
dàm arahicis , temperamentum ,
vires ne usus ge?ieralis et specialis ,
atque prœparata ex optimis quitus-
que aucloribus , in usum medicince ,
pharmacopœœ ac chirurgice studio-
sorum , hreviter sed perspicuè pro"
ponuntur y Strasbourg, i672,in-i2.
Flatté du succès qu'obtint ce manuel
de botanique, l'auteur le perfectionna,
et le fit réimprimer sous le titre de
Flora francica y Heidelberg, i685 ,
in- 12. La troisième édition parut à
Leipzig en 1698; une autre à Stras-
bourg en 1705, etc. Christophe
Hellwig en donna , en 1 7 » 4 ? ""^ tra-
duction allemande, qui fut revue et
aujçraentée en 17 16, par Jean-Godc-
froi Thilo. Cette version a été sou-
vent réimprimée , avec des supplé-
ments si copieux chaque fois, que la
cinquième édition , de 1 755 , renferme
dix mille articles de plus que la qua-
trième de 1756. IL Institutionum
medicarum Synopsis : adnectuniur
methodus discendi medicinam, et
delineatio communis dosium medi^
camentorum , Heidelberg, 1672,
in- 12. C'est le texte des leçons de
l'auteur. III. Tractatus philologico-
medicus de cornutis , in quo varia
curiosa delibantur ex theologorum ,
jiiris consul torum , medicorum , phi^
losophorum , poliliGorum atque phi-
Soô F R A
lologorum monumentis , Heidelberg,
1678 , in-4°. IV. Parva hihlioiheca
Mootomica , ibid. , 1680 , iu-4**' V.
Depnlingenesidy sive resuscitatione
artificiali pîantarum , hominum et
animalium è suis cineribus , liber
singuîarisy jam révisas, emenda-
tus , neûnon eommentario , et va-
riorum suisque experimentis quàm-
plurimis illustratus à Johanne
Christiano Nehring, Halle, 17 17,
în-Zj". La palingënësie , proprement
dite, est une chimère. Les arguments
accumule's par l'auteur pour en dé-
montrer l'existence , sont quelquefois
inge'uieux, mais toujours frivoles, et
ses expériences défectueuses. Les com-
mentaires de Te'diteur sont d'une pro-
lixité pebutanle, et généralement plus
©bscurs que le texte. Parmi les opus-
cules très nombreux du savant pro-
fesseur , il faut mettre au premier rang
ceux qu'il a publiés ou fait souteuir
par divers candidats , sous le nom
très impropre de Satires, et que son
fils a recueillis, en leur conservant le
même titre. VI. Satyrœ medicœ m~
ginti, quihus accedunt dissertationes
sex , varii simulque rarioris argU"
menti , Leipzig, 1 72a , in-S". Ce livre
est réellement un recueil de vingt-
sept dissertations, dont plusieurs sont
très importantes, et dont aucune n'est
absolument dépourvue d'intérêt. Dans
la cinquième, l'auteur examine com-
parativement les testicules des hom-
mes et les ovaires des femmes. La
septième est une des plus piquantes :
il s'agit d'hommes et d'animaux qui
ont vécu plus ou moins long-temps,
privés des organes regardés comme
essentiels à la vie , tels que le foie ,
ïa rate, les reins, la vessie, la ma-
trice , Testomac , les poumons , le
cerveau , le cœur. Rien de plus com-
mun que de voir des individus qui ,
considérés moralement , n'ont ni cœur,
FRA
ni cervelle. Il n'en est pas de mêmt
au physique , et les exemples entassés
par Frank sont loin de porter le ca-
chet de l'authenticité. La douzième
thèse est destinée à démontrer les in-
convénients et les dangers bien réels
des corsets baleinés. La seizième trailt
du verre et des hyalophages. La
vingt-unième, composée par ordre dç
l'électeur Palatin , esl Consacrée à U
description et au traitement des hé-
morroïdes. Le sujet de la vingt-troir
sième est cette branche de la chirur-
gie qui a immortalisé le nom de Ta-
liacoi , et qui consiste à replacer les
nezi , les oreilles , et diverses autres
parties entièrement séparées dii corps,
ou à en fabriquer de nouvelles. L©
titre de la vingt-cinquième dissertation
suffit pour en donner une idée exacte :
De lupannribus , ex principiis mC"
dicis eadem improbans. La vingt»
sixième expose le tableau effrayant
des maladies qui tourmentent les gens
de lettres; elle porte cette épigraphe,
merveilleusement assortie : Quam
vellem nés cire liieras ! Enfin le livre
est terminé par une excellente esquisse
des découvertes en anatomie : Bona
nova anatomica. Quelques autres
thèses isolées sont remarquables, tan-
tôt par le choix de la matière , lantQt
par l'élégance du style. yW.De mé-
dias philologis , 1691. Il était sans
doute difl&cile de mieux joindre l'exem-
ple au précepte. VIII. De morbo
Quinti Ennii po'étœ , sive podagrâ ex
vino. Cette dissertation inaugurale,
soutenue en 1694 , par J- J- Chiiden,
est pleine et mcme trop surchargée
d'érudition. IX. De nakir arabum ,
seu Jlatu ambulativo , 1684. X. De
^0Lii\iif7[L0i seu arenatione^ iGgS. Les
observations et mémoires insérés par
Frank dans les Ephémérides des cu-
rieux de la nature , sont exccssive-
menMnuitJplies j il suffira de signaler
FRA
les principaux : i°. Z)<5 (fuaiuôr fûsd-
bus uno partu exclusis. i". De am-
hljopid ex fehre malîgnd, 5". De
scrophulis in fœlu ex imaginatione
matris; est-il besoin de faire observer
l'invraisemblance de la cause imagi-
née par l'auteur ? 4''« -^^ ^i^o mens-
truo : l'on a vu chez quelques hommes
un e'couleraent sanguin qui se renou-
velait chaque mois avec les mêmes
symptômes que les règles des femmes.
5". De variolarum reliquiis : quand
on réfléchit qu'une piqûre légère , et
toujours innocente , détruit sûrement
le germe d'une maladie épouvantable,
on ne saurait trop apprécier le bien-
fait de la vaccine. 6". De mercurio
vm) è vivo hominis corpore éma-
nante. Frank a enrichi de préfaces
ou de notes les Questions médico-
légales de Paul Zacchia ; la Médecine
magnétique de Guillaume Maxwell j
la Dendrologie d'Ovide Monlalbano;
les OEuvres de Michel Ettrauller et
de Chrétien Lange , etc. Enfin , il a
laissé une quantité considérable de
manuscrits , dont il est surprenant
que son fils n'ait pas fait jouir le pu-
blic. Les plus importants sont des
recueils d'observations et de consul-
tations , et surtout une Biographie
générale des médecins , en 3 vol.
V Eloge funèbre de George Frnnk ,
par Mullenius, a été inséré dans les
Memoriœ theologorum de Henri Pip-
ping ; Godefroi Thomasius, sous le
pseudonyme de Vindicianus , en a
publié un second , également fasti-
dieux par des détails superflus, et par
les louanges emphatiques et intempes-
tives des princes au service desquels
Frank avait été attaché. C.
FRANK DE FRANCKENAU
( George Frédéric ) , fils dii précé-
dent , parcourut , avec moins d'éclat ,
la même carrière que son père. Il
étudia la médecine , d'abord à l'uiiî-
FRA 5o7
Ter site d'Altdorf , où il disserta , ea
1690, Sur le péricarde; puis à celle
de léna , où il obtint le doctorat en
1692. Nommé professeur extraordi-
naire à l'université de Wittemberg ,
il fut bientôt appelé à celle de Copen-
hague, en qualité de professeur ordi-
naire , et remplit honorablement ces
fondions jusqu'à sa mort, survenue
eu i'^5qi. Ses ouvrages , peu nom-
breux , annoncent des connaissances
exactes dans les diverses branches de
l'art de guérir : L Onychologia eu-
riosa , seu de unguihus tractatio
phjsico-medica , lena, 1695, in-4''.
Bien que les immenses progrès de
l'analomie, de la physiologie et de la
chimie , aient considérablement di-
minué l'intérêt de cet opuscule , il est
loin cependant d'avoir perdu tout sozi
mérite. On doit regarder comme un
supplément nécessaire la dissertation
De unguihus monstrosis et cornuum
producthne in pueîld Lalandicd,
Copenhague, 1716, in-4**. IL ^/îfl5-
tomosis relecta , seu disputatio phf-
siologica , muUias vasorum oscula-
tiones, secreliônes animales etmerrf
hranarum usum cstendens , ibid. ,
1704, in-4''. ni. Diapedesis resti^
iuta , ibid. , 1716, in-4". ^V. Dis-
quisitio epistolaris de succi nutritii
transita per nervos , ejusque in cor-
pore huniano effectibus , Leipzig ,
1696, in-1'2. Dans ces trois disser-
tations, l'auteur examine les points
les plus importants et les plus obs-
curs de la science physiologique ; ii
cherche à répandre quelque lumière
sur les principales fonctions de Téco-
nomie animale , telles que la circula-
tion , la digestion , la nutrition du ■
foetus et de l'adulte ; il s'attache sur-
tout à dévoiler le mécanisme des sé-
crétions : mais dans une matière aussi
abstruse , et couverte encore aujour-
d'hui d'épaisses ténèbres ^ Frank re'us-
5o8
FRA
sit uiiciix à combattre les liypollièses
de seç adversaires qu'à établir soîide-
nient la sienne. On trouve plusieurs
observations de ce professeur dans
les Ephémerides publiées par l'aca-
demie des curieux de la nature , dont
il était membre sous le nom de Phi-
larète : i ". Histoire dHun délire fré-
nétique, attribué à V action des se-
mences de pomme épineuse {Datura
stramonium , L. ) ; 2**. Section ana-
tomique du cadavre d'un homme qui
n avait qu'un seul rein. G.
FRA^KE (Jean) , hébraïsant alle-
mand, naquit en i65o à Scblicht,
dans le Meiklenbourg : après avoir
fait ses études à Leipzig, il revint en
lôn^ <l^ns sa patrie, se livra à la
carrière de renseignement, et fit l'édu-
cation de jeunes seigneurs. En 1686,
il devint pasteur de Tranlow et de
Sassen en Poraéranie , passa en la
même qualité à Baggendorf en 1 689 ,
et se démit de son emploi en 1^02.
31 mourut à Ncubrandcnbourg , le
17 avril 1725. Jôcher nous a con-
-servé , dans son Dictionnaire, la
liste des ouvrages de Frankc. Voici
les plus remarquables à notre avis :
I. Lux tenehrosa sive schedium de
accentuationis hehrœce imperfec-
tione. il. Diacritica sacra. IW.Me-
Tnoriale symbolicum. IV. Deux Trai-
tés ( en allemand ) sur la théologie
mystique dans la langue allemande.
V. Dis s. de Pelecano. VI. Historia
Ruthœ juxta accenius hehrœos ex-
pUcala. VII. Commentarius acroa-
maticus in Jonam. VI II. Idem m
psalmos Davidis, IX. Prophetia
uimosi , Nahum , Hahacuci , So-
phonicBj Ohadiœ , Haggœi , Mala-
ehiœ , juxta accenUis resoluta et
expUcata. X. Mi/^isterium accen-
tuum hebrœorum mnnstratum clar.
S. Scripturœ dictis. XI. Sciagraphia
logiees antiquo-novœ , etc. J — pr.
FRA
FRÂISKE ( Auguste- Hermàw ),
pbilantrope célèbre par la fondation de
la maison des Orphelins à Halle , na-
quit à Lubeck, en i663. Ses parents,
d'une famille distinguée , lui don-
nèrent d'abord des instituteurs parti-
culiers , et l'envoyèrent ensuite dans le
gymnase de Gotha. Les progrès ra-
pides qu'il fit dans les études lui don-
nèrent accès à l'université dès l'âge de
quatorze ans, malgré l'usage établi à
cette époque. Il fut admis, en i<i79,
dans celle d'Erfurt, et obtint, dans la
même année , une bourse à celle de
Kiel , où il cultiva principalement
la métaphysique, la philosophie mo-
rale, et Id théologie, sans négliger
l'étude d( s sciences naturelles. Apres
s'être adonné aux langues orientales
à KicI et à Hambourg , sous Esdras
Edzardi, il apprit le français, l'an-
glais et l'italien. Ayant obtenu, en
i685, le degré de raaître-ès-arts , il
ouvrit des cours , entre autres celui de
Philobiblique. Lai nouveauté de sa
doctrine excita d'abord la curiosité, et
lui attira un grand nombre d'audi-
teurs ; mais son mysticisme exalté ne
larda pas à exciter contre lui la per-
sécution. Il était un des plus zélés
disciples de Spener, regardé comme
le fondateur de la secte qu'on appelle
en Allemagne des Piétistes ( F. Spe-
ner ). Obligé de se réfugier à Leipzig ,
Franke y reprit ses cours, et fut, peu
de temps après, nommé diacre d'une
église à Eri'url. Gomme il continuait
d'y dogmatiser et de prêcher contre
la doctrine établie, le magistrat d'Er-
furt reçut ordre de l'électeur de des-
tituer Franke , et de le bannir de h
ville. Non seulement l'arrêt de sa pros-
cription fut exécuté, en 1^190; mais
les étudiants et les bourgeois ayant
supplié les magistrats de retenir dans
leurs murs un homme qui avait mon-
tré beaucoup de zclc poifi: l'enseigne-
FRA
ment , plusieurs d'entre eux furent
condamne's à la prison. Franke trouva
cependant des hommes et même des
souverains qui furent indignés de
cette persécution . La cour électorale de
Brandebourg lui avait fait dire, le jour
même où on lui signifia l'arrêt de son
bannissement, qu'elle le prenait sous
sa protection : aussi refusa- t-il , en fa-
veur de celte cour , les offres qui lui
furent faites par plusieiu's souverains
de rAlleraague. Il se rendit" à Halle
en 1692 , et contribua à l'organi-
sation de l'université qui venait d'être
fondée dans cette ville. De concert
avec Spener, il réforma surtout les
études théologiques , qu'il débarrassa ^
de tout ce qui lui paraissait tenir'
encore à la barbarie scolastiqne. La
piété et le zèle de Franke le firent
nommer à la cure de Glaucha , ville
située près de Halle : c'est là qu'il
fonda les établissements d'humanité
qui rendent sa mémoire vénérable à
tous les vrais philanlropes. La cor-
ruption des mœurs , la fainéantise, ré-
gnaient dans ce lieu , lorsque Franke
y arriva. Une foule de mendiants oisifs
et dépravés assiégeaient chaque jour
la porte des riches. En soi^Jageant leur
misère par des aumônes , le nouveau
curé profitait de toutes les occasions
qui se présentaient pour les instruire,
persuadé que l'ignorance est la seule
mère de tous les vices. 11 donnait aux
enfants ce qui leur était nécessaire
pour assister à l'école. Ses propres
moyens étant insuffisants, il fiî placer
un tronc dans sa chambre, avec cette
inscription : « Si quelqu'un, possé-
» dant les biens de ce monde , voit
» son frère mourir de faim et ki
» ferme son cœur , comment peut-il
» être aimé de Dieu ? » Ayant trouvé
un jour sept florins dans ce tronc, et
voyant que les aumônes qu'il avait
distribuées jusqu'à ce moment ne dé-
FRA G09
truisaient ni la fainéantise ni l'igno-
rance, il forma le projet de fonder,
avec une somme aussi modique , un«
école en faveur des pauvres. 11 acheta
des hvres pour les enfants, et il char-
gea un pauvre étudiant de leur donner
des leçons dans une salle de sa maison
qu'il avait consacrée à cet usage. H
y plaça un tronc , avec celte inscrip-
tion : « Pour l'instruction des enfants
» pauvres , et pour l'achat des livres
» et autres choses nécessaires. » Afin
d'augmenter le nombre de ses élèves,
il leur donnait une petite aumône trois
fois par semaine ; telle fut l'origine
d'une institution utile qui bientôt re-
çut , par les secours des particuliers
et par ceux du gouvernement , un
grand développement , et fut divisée
en deux établissements, l'un désigné
sous le nom de Maisondes orphelins,
et l'autre sous celui de Pedagogiumm
Franke donna d'abord l'instruction
aux pauvres et aux orphelins dans
des maisons particulières j, mais le
nombre de ses élèves augmentant de
jour en jour , et l'utilité de ses tra-
vaux lui ayant acquis l'estime et la
confiance publiques , il crut qu'il était
temps de poser la première pierre du
vaste bâtiment qui fut commencé en
1698 et terminé l'année suivante. C'est
dans ce local que fut établie l'impri-
merie de son ami Canstcin , qui avait
imaginé une espèce de stéréolypie
( Foy. Cawstein ) , afin de pouvoir
donner au peuple, à très bon marché,
des^xcmplairesdela Bible: on en con-
serva , à cet effet , les formes, dont on
tirait des épreuves au besoin (ij. On
(i^ Ces Bibles aUemaudcs , de la version de Lu-
ther , pouvant se donner au plus bas prix, «e sont
répandues dans toute l'Allemagne. Ou a compté
que dans un intervalle de qu'<tre-ving*« ans (d«
1716 à «795) , ou en a tiré 1,670,333 «xemplaires
de divers formats, y compris un petit nombre de
traductions en bohémien, sang compter S63,fi90
exemplaires du Nouveau-Testament ^ un grand
nombre de Psautiers, etc. , et io5, 000 volumes de
C.inll<^u«s à i'uiaye dçt soldats. C. B. Mi«h«cli« ,
to FRA
imprima aussi de bons ouvrages élé-
mentaires , et d'autres écrits , qui for-
mèrent un fonds de librairie et de nou-
velles ressoun es pour l'établissement.
Une bibliothèque de plus de vingt
mille volumes , un cabinet d'arts et
d'histoire naturelle, enrichirent , peu
de temps après , cette maison d'édu-
cation; on y institua même un gynécée,
qui devait être pour les filles ce que
le pedagogium était pour les garçons.
Un jardiB de botanique, une phar-
macie , différents ateliers pour la pra-
tique des arts mécaniques , furent
successivement fondés dans l'établis-
sement, par l'active générosité d'un
homme qui s'était dévoué au bieu de
ses semblables. Ce philantrope éclairé
savait que l'auinone sans travail en-
gendre la fainéantise, et que le tra-
vail sans instruction forme des bêtes
brutes , qui peuvent facilement deve-
venir des bêtes féroces. Franke insti-
tua et soutint cet établissement par son
courage , par sa persévérance , et avec
le secours de quelques particuliers
qui firent des donations en argent et
«n biens-fonds. Une fondation si re-
marquable ne pouvait échapper à l'at-
lenlion du gouvernement. L'institu-
tion de Glaucha fut soumise à l'exa-
men et à la censure de la régence
de Magdebourg : les commissaires,
ne pouvant rien alléguer contre un
instituteur qui s'était concilié la bien-
veillance et l'estime générales , le
dédommagèrent par quelques éloges
stériles , et le gouvernement nf lui
accorda aucun secours. Ce bel éta-
blissement fut cependant complété
dans l'espace de dix années; l'on
se contenta d'y apporter , par la suite,
4ans sa TcrtioD latine de la Bible (ZuUichau ,
a^/ji, in-A". ), a niivi page pour page l'édition
«te UaUe de la Bible allcmaade, pour facilifsr ie<
xacUerchei de ceux qui ont cette derniàre «oui le*
jeux, ou •(Ut ont la mtnvut locait du paai^gc
4»a\ tti 9A\ bcfvia.
FRA
quelques améliorations : telles furent,
par exemple , une école normale
pour les personnes qui voulaient se
consacrer à l'éducation; une table
pour les étudiants qui n'avaient pas le
moyen de pourvoir à leur subsis-
tance, etc. Franke, sans cesse occupe
de ses utiles travaux, parvint à l'âge
de soixante-trois ans avec une sanle
robuste, et ayant sous les yeux le
spectacle du bien qu'il avait fait, et,
dans le cœur, la certitude consolante
d'avoir pris toutes les mesures néces-
saires pour en garantir la durée. L«
rédacteur de cet article a eu le bon-
heur de visiter, il y a peu d'années ,
celte institution, qui a subi peu de
changements, et qui remplit encore le
but philantropique que s'était proposé
son fondateur. Après avoir passé une
vie dont chaque jour fut marqué par
des actes de vertu et de bienfaisance,
et dont la sérénité ne fut troublée que
par les nuages de l'envie, Franke de-
vint sujet à des infirmités douloureu-
ses, qui, d'abord, ne furent que pas-
sagères ; mais bientôt elles prirent un
caractère plus violent, et il y succomba
le 8 juin T727. 11 a publié des ou-
vrages oîi Lk)n trouvera des notions in-
téressantes sur les principes d'éduca-
tion qu'il avait adoptés A. De l'Edu-
cation de la jeunesse , et des moyens
de la diriger vers une piété solide
et un christianisme raisonnable. II.
Règlement et Méthode d'enseigne^
ment pour le Pedagogium. III.
Preuves évidentes de la protection
de la Providence dans les établis-
sements de la Maison des OrphelinSy
à Glaucha , près Halle , 1 «^09 , par
Franke. Ces Ouvrages sont écrits en
langue allemande. IV. Un grand nom-
bre d'Ecrits théologiqiics, 4 volumes
de Sermons, une édition du Nouveau-
Testament grec; des Dissertations
de philologie orientale , de pro^xis
FRA
Hehrœorum; de grammaiicd JTe-
brœonim; un Traité du respect hu-
main j traduit en cinglais, en 1706,
par A. G. Bohm; un Catéchisme in-
titulé: Grund-Regeln Jesu-Christi ,
traduit en suédois en 1 7 06 , et qui est
aussi traduit en français , etc. Le re-
cueil de ses Discours et Oraisons fu-
nèbres a été publié à Halle, 1727,
in-fol. — Son fils, Gotthelf-Auguste
Franke, qui lui succéda dans la di-
wclion de la maison des Orphelins ,
fut professeur de théologie et inspec-
teur du cercle de la Saale, et mourut
le 2 septembre 1769, après avoir pu-
blié quelques Sermons et autres écrits
théologiques , la plupart en allemand ,
sans compter les Préfaces qu'il a
jointes à divers ouvrages dont il s'est
rendu éditeur. 11 a aussi mis au jour
(en allemand) les Relations des mission-
Baires ( luthériens) aux Indes-Orien-
tales , depuis le N°. 19 jusqu'au
N°. 1 07 ; cette collection forme 9 gros
vol. in-4''. C'est à ce docteur Franke
qu'arriva la désagréable aventure rap-
portée par Biisching dans son Carac-
tère de Frédéric II: une troupe de co-
médiens étant venue s'établir à Halle,
«t causant beaucoup de désordres par-
mi les étudiants , l'université de cette
ville en porta au diiectoire-général des
plaintes réitérées , qui furent soumises
au roi en 1745», avec prière de faire
éloigner cette troupe. Frédéric, ne
voyant dans cette requête qu'une op-
position à l'introduction des idées li-
bérales, apostillala supplique en ces
termes : « C'est cette racaille de ca-
» gots ecclésiastiques qui en est la
» cause : je veux qu'on joue , et que
» M. Franke y assiste et les comé-
» diens m'enverront une attestation
» qui prouve qu'il y ait assisté. »
On eut beau représenter au roi que
Franke n'avait pas plus contribué à
la requête que les autres professeurs^
FRA 5ii
la plainte venant du corps entier de
l'université : Frédéric insista; et tout
ce qu'ompul obtenir fut que la néces-
sité de se montrer à la comédie fût
commuée en une amende de vingt
écus au profit de la caisse des pauvres.
Le professeur s*empressa de la payer;
et le monarqye ayant, long-temps
après , reconnu son injustice , voulut
l'en dédommager en le nommant ( en
176Ô ) conseiller au consistoire de
Magdebourg , sans que Franke eût
recheJmé cette faveur. L — lE.
FRANKE ( Henri -Théophile ) ,
laborieux écrivain et jurisconsulte
saxon, né en i/oS , à Teichwitz,
près de Weyda , dans le Yoigtland ,
professeur extraordinaire de droit
germanique à l'université de Leipzig
depuis 174B, y obtint, en 1762,
la chaire de morale et de politique, et
mourut le i4septemb. 1781. Meusel
donne le détail de vingt-cinq ouvrages
ou dissertations de cet érudit , et de
dix-sept autres dont il ne fut qu'éditeur
et commentateur. Voici ses principaux
ouvrages : L Triscamerarius S. /?» /.
è diplomatibus restitutus , Leipzig,
1756 , in-4*'» IL Defatis , methodo,
fine et objecto juris puhlici S. R. L
celeberrimorum aliquot scriptorum
Collectio ; prœmissa est notiiia ube-
rior variorum juris publici syste-
malumyihid.f 1 739, in-4°. 111. Pro-
f^ramma sistens singularia quœdam
historicolitteraria , ibidem, 1768,
10-4*^. Parmi les ouvrages dont il ne
fut qu'éditeur, nous indiquerons la
Bibliotheca realis juridica , dont il
a douné la 4^« édition, 1757 , 2 voK
^n-fol. ( Foy. Lipenius); et la No-
titia auctorum juridicorum, dont il
a fait le 5". supplément, Leipzig,
1 758 , in.8^ ( F, George Beyer).—
Daniel Franke , probablement de la
même famille , né à Weyda le 17 jan-
vier 1(541 , y mourut le 7 août 172^,
5iî>
FRA
après y avoir exercé les fonctions du
ministère évangéliqiie. Il avait com-
mencé d'écrire l'histoire de c^ ville,
sur l'invitation du duc deZeilz, qui
l'avait nommé son bibliothécaire. Il a
publié quelques Sermons, et une Dis-
sertation intitulée : Dlsquisilio de
papistarum indicibusjibrorum pro-
hibitorum et expurgandorum ; c'est
ui-e thèse qu'il avait soutenue à Leip-
zig en 166G, sous la présidence de
Thomasius, et qui reparut en 1684,
in-4''. — David Franke, pa|feur et
recteur de Técole de Sternberg, en
Mecklcnbouig,mortle 2 1 juillet 1 756,
a donné en allemand, sous le titre
diAlt und Neues Mecklenburg , ea
dix-neuf parties in-4''. , publiées suc-
cessivement à Gustrow , de 1 755 à
1^58, nne Histoire complète du
Mccklcnb'ourg et des diverses nations
slaves qui l'ont habité, jusqu'à nos
jours, avccfig. et piècesjustifieatives :
il avait déjà donné, ausSen allemand,
un fragment de Fffistoire ecclésiasti-
que de Sternberg, Rostock , 1721 ,
iu-8°. G. M. P.
FRANKENAU. Fojr, Frank.
FRA]NKE1NIUS(Jean), professeur
de médecine à Upsal, naquit en iSgoj
il fil ses études en Allemagne, et
s'appliqua avec soin à l'anatomie , à
la botanique, à la physique. Ce fut
lui qui fit connaître en Suède la dis-
section auatomique, et qui écrivit le
premier dans ce pays sur le^ sciences
naturelles. On a de lui : I. Signa-
tur, etc., ou Description des plantes,
en allemand, Rostock, 1618. U.
Spéculum botanicum , Upsal , 1 658.
lil. Colloquium cum dus montanis^
Thotœret , etc., en suédoh, Upsal,
j ()5 1 . Le savoir de l'auteur ne i'em^
pécha pas de payer, dans ces divers
ouvrages , un tribut aux préjugés de
son siècle : il parle des vertus mysté-
rieuses d'une plante qu'il regardait
FRA
comme un remède universel ; de l'in-
fluence des astres sur les*" maladies ;
de la transmutation merveilleuse des .
métaux, et de plusieurs autres objets |
pareils. Fraukenius mourut à Upsal
en 166 1. G — AU.
FRANKLIN ( Benjamin ) , l'un des
hommes qui ont le plus contribué aux
progrès de la civilisation en Amérique ,
naquit à Boston dans la Nouvelle- An-
gleterre en 1 706 , d'une famille pauvre
et nombreuse, mais industrieuse et
honnête. Son père, ses frères étaient
de simples artisans, et lui-même sem-
blait ne devoir jamais être autre chose :
cependant l'ardeur qu'il montra dès
sa première enfance pour lire et pour
apprendre, donna à son père l'eAvie
d'en faire un ecclésiastique, et comme
il le dit^ lui-même, le chapelain de
la famille. En conséquence, pour l'y
préparer, on l'envoya d'abord à l'âge
de huit ans dans une petite école ;
mais, un an après, son père trou-
vant cette éducatioû trop chère, et
considérant d'ailleurs que les éduca-
tions de collèges ne font jamais de
bons ouvriers , il le retira de cette
école et le mit dans une autre où
l'on apprenait seulement à écrire et
â compter. Franklin acquit ainsi en
peu de temps une belle écriture , mais
ne réussit point du tout au calcul. Ce
fut là, dans son éducation, tout ce
qu'il dut à d'autres qu*à lui-mêtne. A
dix ans , son père le reprit pour l'ai-
der dans sou métier qui était de fabri-
quer des chandelles. L'enfant ne put
se plaire à ce travail. Son imagination
déjà active lui donnait un goAt très
vif pour la vie de mer ; et le lieu le
favorisant , il apprit de bonne heure
tout seul à nager , et à conduire une
barque : deux talents qui plus tard
furent presque pour lui une ressource.
Son père, qui n'approuvait point ce
désir (}« voyager, chercha à le fixer y
FRA
et essaya s'il ne pourrait pas en faire
un coutelier; mais cela ne réussit pas
mieux, et il fut encore oblige' de le
rappeirrà la maison. Le premier goût
du jeune Franklin pour la lecture était
devenu une passion véritable. Les
voyages surtout et l'histoire le char-
maient. Du peu d'argent qu'il avait
reçu en bien du temps , il avait acheté
quelques livres. II avait lu avidement
toute la petite bibliothèque de sou
père, qui par malheur ne contenait
presque que des livres de contro-
verse. II y trouva pourtant deux
ouvrages qui duren( , comme il nous
l'apprend lui-même , avoir une grande
influence sur sa destinée : l'un e'tait
les ries de Plularque ; l'autre Y Essai
sur les Projets , par De Foë , l'auteur
de Robinson Crusoé. Cet essai, peu
connu en France, traite de tous les
projets d'utilité' géne'rale applicables
aux sociële's modernes. Il a pour but
le perfectionnement du commerce ,
l'emploi qu'on peut faire des pauvres,
l'indication des moyens les plus pro-
pres à augmenter les richesses pu-
bliques. On conçoit combien un pareil
ouvrage , plein d'inventions toujours
tourne'es vers la pratique, dut pro-
duire d'effet sur le jeune Franklin, et
comment il put lui inspirer ce goût
des applications utiles qu'il conserva
et développa si bien pendant tout le
reste de sa vie. Son aoîour irrésisti-
ble pour les livres décida enfin son
père à en faire un imprimeur, quoi-
qu'il eût déjà un autre fils dans cette
profession. Benjamin fut, à l'âge de
1 2 ans, mis en apprentissage chexson
frère James Franklin , sous la condi-
tion d'y travailler comme simple ou-
vrier jusqu'à vingt-un ans , sans re-
cevoir de Images que la dernière année.
Le jeune Franklin devint bientôt fort
liabile dans celte besogne : il eut alors
la fliculté de se procurer de meilleurs
XV.
FRA 5i5
livres. Les rapports qu'il avait né-
cessairement avec les commis des li-
braires le mettaient en et t d'em-
prunter de temps en temps un vo-
lume, qu'il avait grand soin de ren-
dre ponctuellement, et sans être gâté.
Un marchand instruit qui fréquentait
l'imprimerie, et oui avait une biblio-
thèque as^iez nombreuse, le remarqua,
l'invita à venir le voir, et lui prêta des
livres. Alors il lui vint un goût déme-
suré pour la poésie, et il composa plu-
sieurs petites pièces de vers. Son frère,
qui espérait bien y trouver son compte,
l'engagea à composer quelques balla-
des populaires : Franklin en fit deux
sur des aventures de marins : elles
étaient détestables, et, comme il le dit
lui-même, de vraies chansons d'a-
veugle. Son frère, après les lui avoir
fait imprimer, l'envoya les vendre par
la ville. L'une d'elles eut un succès
prodigieux, ce dont il fut fort flatté:
mais son père, qui était un homme
éclairé au-dessus de sa profession , ra-
baissa son orgueil en lui faisant sentir
tout le ridicule de celte pièce ; et il le
sauva ainsi du malheur d'être toute sa
vie un mauvais poète, c'est-à-dire,
la plus inutile créature qui soit au
monde. Ce bon père lui rendit encore
un autre service. Franklin avait un
ami nommé Collins, qui, comme lui,
était passionné pour la lecture et l'ar-
gumentation. Ils avaient engagé par
écrit une grande controverse sur l'é-
ducation des femmes. Le jeune impri-
meur l'emportait pour la raison et
l'orthographe, son adversaire par IV-
légance des tournures et le choix de&
expressions. Le père de Franklin lui fit
remarquer ses défauts et les avantages
de son rival. Le fils sentit la justesse de
ces remarques, et se promit de faire
tous ses efforts pour acquérir ce qui
lui manquait. Dans ce temps-là un vo-
lume du Spectateur lui tomba entre
33
6i4* FRA
ies mains. Jamais il n'avait rien vu de
pareil j il le lut et le relut encore: il
en fut enchante, trouva le style excel-
lent , et re'soUit de travailler de tout
jon pouvoir à l'imiter. Pour cela il en
choisissait de temps en temps quelque
morceau dont il ftiisail mi court ex-
trait, indiquant seulement le sens de
chaque période : puis il le mettait de
côté sans le regarder davantage ; et
après quelques jours, il s'exerçait à
le recomposer. Ixtcouraut ensuite à
l'original , il voyait ses fautes et se cor-
rigeait. Il traduisit aussi plusieurs de
ces morceaux, de prose en vers, puis
de vers en prose, potir voir ce
qu'ils auraient, éprouvé d'altération
dans ces transformations successives.
D'autres fois il mêlait tons ses extraits
el cherchait ensuite à les rétablir
dans le meilleur ordre. Il en viht ainsi
à retrouver avec assez de bonheur la
Série des idées et jusqu'à l'expression
ttlême de l'auteur auglais. Ce fut -là
ce qui lui donna depuis la facilité d'en
reproduire si souvent les grâces pi-
quantes dans une inanité de petites
pièces
où la meilleure morale se
trouve présentée sous les formes de
la plus fine plaisanterie. H employait
à ces études les seuls moments qu'il
eut de libres, c'est-à-dire, les ma-
tins avant k travail commencé, le
soir après qu'il était fini. Parmi la
multitude de livres qu'il parcourait ,
il lui en tomba un qui recommandait
h diète végétale comme le plus sûr
moyen de maintenir le corps sain et
l'esprit dispos. Aussitôt le voilà qui
s'échaufife pour cette manière de vivre.
31 se met au fa?l des procédés de l'au-
teur pour faire ttiire le pins économi-
quement possible des pommes de
terre et du riz. Puis , quand il fut en
J)0^scssion de tes découvertes, il pro-
posa à son frère James de se nourrir
lui-même à sou propre compte avec
FRA
la moitié de l'argent que James em-
ployait pour cela. On conçoit que la
proposition fut acceptée. Franklin
observa rigoureusement les princi-
pes de la vie frugale, dînant plus
d'une fois avec du pain, des rai-
sins secs et un verre d'eau ; mais
cela lui donna le moyen d'économiser
pour acheter plus de livres. H finit
pourtant par renoncer à son régime py-
thagorique. Ayant trouvé un jour un
petit poisson dans l'estomac d'un au-
tre, ohl ohî dit-il, puisque vous vous
mangez bien entre vous, je ne vois
pas pourifaoi nous nous passerions de
vous manger; ce qui prouve, ajoute-
t-il , que l'homme est justcmrnt ajipc'é
animal raisonnable, puisqu'il trouve
si aisément des raisons pour justifiée
tout ce qu'il désire. Vers celle cpoquf ,
il se remit à étudier l'arithmétique; il
apprit assez de calcul et de géométrie
pour lire des ouvrages de navigation,
cela, comme tout le reste, seul el sans
maître. Il lut aussi l'Essai sur Ven^
tendement humain àc. Locke, et \^Art
de penser de Port-Royal. Mais chaque
faculté nouvelle qui se développait
dans cette tête neuve, devenait presque
toujours, an premier moment, une
source d'exagération ou d'erreur, faute
d'un guide pour en diriger les applica-
tions. Ainsi, Franklin devenu méta-
physicien, se fil aussitôt sceptique avec
Shaftesbury et Coltins. Pour mieux
défendre ses nouveaux principes , il
adopta par prédilection la méthode
socratique ; et il y devint si Àdroif à
préparer des inductions imprévues par
des questions en apparence indiffe-
renles, qu'il réussit à obtenir sou
vent des triomphes que la raison
était loin d'approuver. ïl renonça
depuis à ce que celte méthode jelie
de ruse el d'inquiétude dans la dis-
pute, pour n'en garder que les for-
ines de doute et d'incertitude; et au
FRA
lieu (l'une arme [)Oiu* combciltre, il
n'en fit plus qu'un attrait pour pei-
suader. Si nous sommes entres dans
tous les détails de celte éducation que
Franklin se fit ainsi h lui-même, c'est
d'abord parce qu'un résultat pareil
prouve mieux que nous ne saurions
le dire la force d'esprit et de carac-
tère de celui qui en €st capable ; et
ensuite , parce que le mode de dé-
veloppement d'un tel homme est un
phénomène moral très digne d'être
remarqué. Le premier essai qu'il fit de
son savoir n''cst pas moins original.
Son frère , dont il était , comme nous
l'avons dit, un des ouvriers, entre-
prit de publier une nouvelle gazette:
il n'y en avait jusqu'alors qu'une seule
pour foute l'Amérique. La rédaction
de celte feuille attirait à l'imprimerie
un certain nombre de gens ins-
truits. Franklin prenait beaucou|)
d'attention à leurs discours , aux juge-
ments qu'ils portaient des divers arli»
des , aux éloges qu'ils faisaient de ceux
qui leur semblaient les meilleurs. Il
voulut essayer ce qu'il pourrait faire
dans ce genre; mais, craignant les
moqueries de sou frère, il le fit en
secret, et glissa le soir sous la porte de
l'imprimerie ses petites productions.
IjC frère les goûta , les imprima : elles
reçurent l'approbation générale; on
ne les attribuait qu'aux plus habiles :
en un mot, le jeune Franklin savoura
tout à son aise le délicieux plaisir
de s'entendre louer sans être connu.
Alors il se déclara ; et tout le mon-
de , excepté son frère , commença
à lui témoigner plus d'égards. Quel-
que temps après, un article de po-
litique inséré dans la gazette déplut;
et l'on fit défense à James Franklin
d'en continuer la publication. Pour
éluder cette défense, il fit paraître
sa feuille sous le nom de son jeune
frère, auquel il eut l'air de la céder;
FRA 515
et afin de donner à cet arrangemen
rappareuce de la réalité, il lui rendit
son engagement d'apprenti , eu lui fai-
sant toutefois signer une contre-lettre.
Mais quelque temps après , de nou-
veaux débats s'étant élevés entre les
deux frères , Benjamin réclama sa li-
berté ; et, comme il l'avait pensé , Ja-
mes n'osa pas faire valoir publique-
ment la conire-letlre. Cette action blâ-
mable , c'est Franklin lui-même qui
nous la raconte dans ses mémoires; et
s'd en cherche quelque excuse, ce
n'est que dans les mauvais traitements
que son frère lui faisait subir. Celui-ci
le discrédita tellement parmi les im-
primeurs de Boston, que Franklin ne
put point y trouver d'ouvrage : d'ail-
leurs, l'affaire de U gazette l'avait
rendu suspect au gouvernement; et
enfin , comme il nous l'apprend en-
core, ses propos indiscrets sur la
religion commençaient à le faire voir
de très mauvais œil : c'était, dit-il,
une grande erreur de ma vie. Pour
se soustraire à tout cela, il résolut
de changer de lieu ; et sans rien dire
à personne, à la faveur d'un bon
vent, il se trouva en trois jours à
New-York, éloigné de ti ois cents milles
de la maison paternelle , à dix-sept ;
ans , sans connaître un seul individu
dans le pays , et presque sans un sou
dans sa poche. Arrivé là , il ne trou-
va point de travail; il poussa har-
diment jusqu'à Philadelphie, où il y
avait alors deux imprimeurs. Le pre-
mier le refusa; le second , nommé
Keimer, lui promit de l'employer; et eu
attendant il lui fit ranger les casses de
son imprimerie. Bientôt en effet il Ivi
donna dn travail. Franklin gagna quel-
que argent; et grâces à sa frugalité, il
vivait heureux. Sir Williams Keith,
gouverneur delà province, le vit par
hasard, lui fit toutes sortes d'amitiés,
lui offrit la direction d'une imprimerie
55„
5i6 FRA
qu'il voulait établir pour son propre
comple, et lui proposa d'en aller
chercher les raale'riaux en Angleterre.
Franklin accepta la proposition; et
après un court voyage à Ijostou pour
prendre congé de ses parents, il re-
vint à Philadelphie, s'embarqua par
les soins du gouverneur, avec des
lerlres de recommandation à bord.
Arrivé à Londres, il se trouva que
ces lettres n'avaient aucun rapport
avec Franklin. 11 se vit donc encore
une fois au milieu d'un monde nou-
veau , sans crédit, sans connaissan-
ces et avec foit peu d'argent. Ce
peu qu'il avait, il fut obligé de le
partager avec un ami , nommé Ralph ,
mauvais poète, dont Pope a fait jus-
tice par un vei-s de la Dunciade , et
qui était venu eu Europe avec Fran-
khn, dans le magniGque espoir d*y
faire fortune par ses vers. Enfin , pour
comble de malheur, un autre préten-
du ami lui avait emprunté en Améri-
que trente-six livres sterling qu il avait
reçues en dépôt , et n'avait jamais de-
puis songé à les lui rendre ; de sorte
que le pauvre Franklin était sans cesse
dans la frayeur qu'on ne vînt le som-
mer de restituer. Ainsi sans ressources
pour le présent , et avec peu d'espoir
pour l'avenir, il alla selon sa coutume
*e présenter à un imprimeur; il en
trouva un , nommé Palmer , qui lui
doona de l'ouvrage. Peu de temps
après, ayant eu à imprimer la seconde
édition du traité de Wollaston sur la
religion naturelle, ses anciennes idées
de scepticisme lui revinrent, et il les
exprima dans une dissertation sur la
liberté et la nécessité, le plaisir et
la peine. Cela lui attira les compli-
ments de quelques personnes, même
ceux de Palmée ; mais il s'aper-
çut que si celui-ci avait acquis une
meilleure idée de ses talents, il en avait
pris une très mauvaise de ses prin-
FRA
cipes et de sa doctrine, qu'il abhorraif.
Ralph qui les partageait, lui en fit en
ce moment une application assez dure,
en refusant de le rembourser. Il fut
donc contraint de chercher un autre
imprimeur, et de recommencer en-
core sa petite fortune; mais celte fois
il sentit le besoin de diriger sa con-
duite morale par des principes plus
sévères. Non seulement il se réforma ,
mais il entreprit de rendre le même
service à ses camarades d'atelier; il
les ramena à la sobriété, à l'écono-
mie , à l'ordre , par son exemple et
ses discours. Ce succès lui attira une
sorte de réputation, et, ce qui valait
mieux, une véritable estime. On lui fit
diverses propositions pour qu'il restât
en Angleterre, et, entre autres projets
qu'il avait en tête, il songea un mo-
ment à y étabhr une école publique
de natation, car déjà ses idées se
tournaient vers les projets d'utilité
générale: mais le désir de revoir
sa patrie l'emporta ; il résolut de con*
sacrer toutes ses économies à se faire
une petite pacotille, pour y rentrer
d'une manière honorable; et dès qu'il
eut formé ce dessein, il ne s'accorda
plus d'autre plaisir que d'acheter quel-
ques livres , et d'aller de temps en
temps au spectacle. Enfin il revint à
Philadelphie. Un ancien sentiment l'y
rappelait: avant de quitter cette ville,
il avait élé presque engagé avec une
jeune personne nommée miss Read ,
qu'il aimait beauœup alors ; mais pen-
dant son séjour en Angleterre, il
l'avait un peu oubliée, et même il
avait tout-à-fail cessé de lui écrire.
A son retour, il la trouva mariée.
C'est dans cette circonstance que ré-
fléchissant sur sa propre conduite en-
vers cette jeune personne, sur celle
de Ralph, de l'ami au dépôt, et de
quelques autres qui professaient le*
mêmes principes , il en vint à com-
FRA
prendre que si ces principes étaient
Trais , ce qui pouvait bien ne pas être ,
du moins à coup sûr, ils ne condui-
saient point au bonheur , et ne pou-
vaient être utiles à la société. Dès cet
instant, il adopta d'autres sentiments,
et sentit tout ce qu'une religion douce
et raisonnable donne de sûrct(^au com-
jnerce de la vie. Après avoir cherche
vainement de l'occupation dans un
comptoir, il rentra chez rimprinaeiir
Keimer, où il avait déjà travaillé avant
sou départ pour l'Europe; mais ce fut à
des conditions bien plus avantageuses.
Néanmoins il le quitta bientôt après,
«n de ses camarades, nommé Mere-
dith , lui ayant proposé d'établir une
imprimerie pour leur propre comp-
te. Franklin apporta dans cette as-
sociation l'industrie et l'activité, l'au-
tre l'argent et la paresse. Ce fut
alors qu'encouragé par le sentiment
de la propriété, il entreprit le gen-
re de vie le plus sage , le plus labo-
rieux, dont un homme vertueux soit
capable. Il faut l'entendre lui-même
raconter la peine qu'il prit pour ga-
gner l'estime publique, travaillant le
matin avant le jour, et le soir bien
avant dans la nuit , s'imposant une
tâche, et ne se couchant jamais qu'elle
ne fût achevée. C'est proprement ici
que commence son existence publi-
que : mais si la dernière partie de
sa vie fut plus remarquée que la pre-
mière , celle-ci est bien au moins
aussi instructive ; car, parmi les hom-
mes qui se sont élevés par des moyens
légitimes , il n'y en a point peut-être
dont la vie offre une si grande distan-
ce entre le commencement et la fin. A
cette époque, les délassements mêmes
de Franklin avaient des résultats
utiles. Il forma une réunion de per-
sonnes instruites, qui s'assemblaient
une fois par semaine, pour traiter
ensemble des questions de morale,
FRA 5r7
de politique ou de physique. Chacun
des membres était en outre obligé de
lire tous les mois un essai de sa com-
position; ce fut pendant long-temps
la meilleure école de politique de toute
cette province. La société cherchait
naturellement à procurer du travail
aux deux jeunes imprimeurs. Fran-
klin acheta le privilège d'un papier-
nouvelle jusqu'alors obscur; il le vi-
vifia par des articles pleins de sens et
de finesse, par une discussion ferme
et lumineuse des intérêts qui sépa-
raient alors les colons et le gouverne-
ment : ce succès augmenta sa répu-
tation et ses ressources. Son associe ,
peu propre à l'état d'imprimeur, entra
en arrangement avec lui, et le laissa
seul propriétaire de l'établissement.
La fortune et l'existence de Frank'in
prirent alors un accroissement rapide.
Pour combîe de bonheur , miss Read
e'iait redevenue libre ; il l'épousa en
1750. Tout était à faire en Amérique
pour les établissements publics; il s'ef-
força d'en jeter les bases. Sentant com-
bien les Hvreslui avaient été utiles, il
forma , sous le titre de Librarj-Com-
parif, une association de lecture, dans
laquelle, pour une faible rétribution,
l'on était admis à jouir en commun
d'une bibliothèque nombreuse. Il ob-
tint bientôt un grand nombre de dons
volontaires pour cet établissement,
auquel il fit lui - même des présents
considérables ; et il eut le. plaisir de
le voir bientôt imité dans plusieurs
autres provinces. Sentant la nécessile"
de rendre populaires les principes
d'honnêteté et de morale , il com-
mença à publier , en 1 732 , l'^/i
manach du bonhomme Richard ,
où les plus sages conseils et les vérités
les plus graves sont présentés avec une
originalité d'expression et une tour-
nure proverbiale qui les rendent facile*
à saisir et impossibles à oublier. 11 ci^
5i8 FRA
rassembla depuis les principaux traits
dans un petit écrit intitulé: The waf to
ivealth ( le chemin de la fortune ) ;
c est le meilleur traité d'économie pu-
blique et particulière que l'on puisse
lire. VAlmanach du bonhomme Ri-
chard fut si recherché qu'on en vendit
plus de dix mille dans une année; suc-
cès prodigieux, si l'on considère l'état
du pays et sa population. En 1736,
Franklin fut nommé député à rassem-
blée générale de la Peusylvanie; et
l'année suivante il obtint l'emploi lu-
cratif de directeur des postes de Phi-
ladelphie. Cette ville lui dut alors la
création d'un corps de pompiers , et
quelque temps après une compagnie
d'assurances contre les incendies. Tou-
tes ses actions semblaient tendre à réa-
liser la maxime , vis unita fortîor. En
1 ^44? l'Angleterre étant en guerre avec
îa France , les Indiens menacèrent le
territoire de la province de Pensyl-
vanie , et y firent des incursions dan-
gereuses. Le gouvernement, en oppo-
sition avec les citoyens , ne pouvait
organiser aucune mesure de défense
générale. Franklin proposa une asso-
ciation de défense volontaire , et dix
mille personnes s'inscrivirent pour
marcher. On voulut lui déférer le com-
mandement de ce corps; il s'excusa de
l'accepter. Ses idées étaient alors tour-
nées vers un autre objet. La société
de lecture de Philadelphie avait reçu
d'Angleterre le détail des nouvelles
expériences sur l'électricité, qui fai-
saient alors l'étonnement des physi-
ciens d'Europe. On avait eûvoyé des
tubes de verre et les autres instru-
ments nécessaires , avec d^s rensei-
gnements sur la manière de s'en servir.
La société chargea Franklin de répé-
ter ces observations; et non seule-
ment il les répéta , mais il fit un grand
nombre d'atiires découvertes. Il re-
connut par une discussioo très ingé-
FR
nicuse, et démontra, par des expé-
riences certaines, la distribution de
l'électricité sur les deux surfaces, in-
térieure et extérieure, des bouteilles
de Leyde. Il montra la cause qui eu
déterminait l'accumulation; et quoique
les termes de plus et de moins dont
il fit usage pour représenter l'état des
deux surfaces ne soient au fond que
l'expression delà découverte de Dufay
sur l'existence des deux électricités
vitrée et résineuse, il a pu de son
côté être conduit aux mêmes consé-
quences sans avoir connu la décou-
verte du physicien français, ou même
sans avoir senti ce qu'elle avait d'ap-
plicable à sa doctrine. Il reconnut
aussi le premier le pouvoir que les
pointes possèdent de déterminer len-
tement et à dislance l'écoulement de
l'électricité; et tout de suite, comme
son génie le portait aux applications ,
il conçut le projet de faire descendre
ainsi sur la terre l'électricité des nua-
ges, si toutefois les éclairs et la foudre
étaient des elîéts de l'électricité. Un
simple jeu d'enfant lui servit à ré-
soudre ce hardi problème. Il éleva
un cerf-volant par un temj)s d'orage,
suspendit une clef au bas de la corde,
et essaya d'en tirer des étincelles. D'a-
bord ses tentatives furent inutiles ; en-
fin une petite pluie étant survenue ,
mouilla la corde, lui donna ainsi ua
faible degré dq conductibilité, et , à la
grande joie de Franklin , le phéno-
mène eut lieu comme il l'avait espéré :
si la corde eût été plus humide ou le
nuage plus intense, il aurait été tué, et
sa découverte périssait probablement,
avec lui. Tout autre aurait pu s'arrêter
là; mais l'utile Franklin saisit le parti
qu'on pouvait tirer de celte découverte
pour préserver les édifices de la fou-
dre. Nous lui devons ainsi les paraton-
nerres, qui furent en peu de lem()s
adoptés dans toute l'AmcfiquCj qui
F R A
\e sont aujourd'hui dans toute l'Eu-
1 ope. Ces belles recherches n'absor-
l>aicnt pas tellement les loisirs de
Franklin qu'il perdît de vue ie per-
fectionnement de l'eJat de ses com-
patriotes ; il voulait surtout leur
donner le sentiment de leur force ,
et il sentait bien que, poiir cela, le
premier pas à faire était de les e'claircr.
Les sociétés littéraires avaient ce but 5
mais elles ne suffisaient pas. Les écoles
étaient pauvres, peu fréquentées, et
mal dirigées. Franklin composa un
pian d'instruction publique, appro-
prié à l'état présent du pays, et il
proposa une souscription pour le réa-
liser : elle fut aussitôt remplie au delà
de ce qu'il espérait. On enseigna dans
le nouvel établissement, le latin, le
grec et les mathématiques. Franklin
ne le soutint pas seulement de son
crédit et de sa fortune; il y donna
son teujps, ses soins, et prépara
les développements que cet établisse-
ment devait acquérir par la suite.
C'est aujourd'hui le collège de Phi-
ladelphie. Outre le génie qui in-
vente , Franklin possédait encore le
bon esprit qui fait adopter les idées
miles que les autres ont imaginées,
et il y joignait le talent de les mettre
en vogue. Ainsi un homme peu connu
avait songé à former un hôpital pour
les malades, et un établissement pour
les pauvres. Franklin embrassa le
projet, le proposa par souscription,
et il fut réalisé. 11 obtint ensuite de
l'assemblée provinciale qu'on y con-
sacrât une somme annuelle. Ces en-
treprises d'utilité publique ne le dé-
tournaient point de ses devoirs parti-
culiers. Il s'acquitta si bien de son
emploi de directeur des postes de
Pensylvanie , que le gouvernemenlt
le nomma, en 1755, à la place
beaucoup plus importante de direc-
teur - général. Patriote zélé , mais
FRA 519
sage , il ne négligeait aucune des
occasions qui pouvaient assurer les
droits politiques et conslitulionnelsi
de ses concitoyens. Les ravages que
les partis indiens avaient commis,
et commettaient encore tous les jours
sur les vastes frontières des colo-
nies américaines , avaient fait dési-
rer un plan d'union qui facilitât les
mesures de défense générale. Des
commissaires furent nommés à cet
effet ; et Franklin se trouva du nom-
bre. Il vit dans pelte circonstance
l'occasion favorable d'obtenir pour les
colonies l'avantage d'une existence po-
litique reconnue et stable, au lieu des
dioits équivoques et toujours contes-
tés dont elles avaient joui jusqu'alors.
Dans ces intentions, il rédigea le pro-
jet appelé depuis Albany-Plan^ du
nom de l'endroit où les conférences
avaient eu lieu. Il demandait que les
colonies fussent régies par un gouver-
nement central, administré par un
président à la nomination du roi , d'a-
près les délibérations d'une assemblée
représentative dont les membres se-
raient choisis en proportion delà quo-
tité d'impôts payés par chaque pro-
vince. Ce plan fut adopté par les com-
missaires; une copie en fut transmise
au roi , et une à chaque assemblée pro-
vinciale. Il eut la singulière destinée
d'êlre désapprouvé, comme trop roya-
liste par les assemblées, et comme
trop populaire par le calDinet. Peut-
être s'il avait été adopté, aurait il
maintenu, pour long-temps encore,
des nœuds que depuis, tout tendit à
rompre. Cependant la continuation de
la guerre avec la France ayant obligé
les colonies à des dépenses extraor-
dinaires, la répartition des charges
nécessaires pour y faire face, excita
un grand procès public entre les res-
tes de la famille Penn , qui préten-
daient, aux termes de la charte de
520 FRA
propriété, devoir être exempts de
toute taxe, et les colons qui voulaient
que les taxes fussent réparties égale-
ment. Ces derniers résolurent d'en
appeler à la mère-patrie , et Franklin
fut chargé d'aller plaider leur cause.
C'était en 1757. Arrivé à Londres, il
commença par essayer de faire en-
tendre aux propriétaires la nécessilé
de se soumettre aux taxes communes :
mais, n'ayant pu en venir à bout, il
présenta sa pétition; et après bien
des peines il obtint la sanction du
bill, à condition qu'il engagerait sa
parole que la répartition se ferait équi-
lablement entre tous les imposés. Sa
seule parole parut donc valoir autant
qu'un engage?neut de ses concitoyens.
Cette affaire terminée, il resta encore
en Angleterre comme agent de l'état
de Pensylvanie ; et bientôt son inté-
grité et les connaissances étendues
qu'il avait des localités, lui firent don-
ner les mêmes pouvoirs par les états
de Massacliussels, de Géorgie et du
Maryland. Ce séjour lui donna l'occa-
sion de se livrer à son goût pour les
sciences. Il fréquenta les liommes les
plus instruits , fut reçu membre de la
société royale de Londres et de di-
verses autres académies européennes.
II entra en correspondance avec les
savants les plus distingués. Les lettres
qu'il leur écrivit, offrent le mélange
piquant d'un esprit cultivé, et d'une
imagination vive et neuve comme le
pays d'où il sortait. Dans l'été de 1 762,
il retourna en Amérique , et reçut les
remercîments publics des états qu'il
avait représentés. Il prit place dans
l'assemblée de Philadelphie , où il
avait toujours été réélu pendant son
absence; et il<:ontinua de s'y montrer
le zélé défenseur des droits consti-
tutionnels des colons , ce qui lui ac-
quit une grande popularité : mais
çiç flouveaux débats s'étaiit encore
FRA
élevés, en 1764, avec les proprie'-
taircs , il fut une seconde fois dé-
puté à Londres, comme agent de la
province de Pensylvanie. Jamais l'u-
nion des colonies avec la métropole
n'avait été plus forte et plus sincère
qu'à celte époq'je. La paix qui venait
d'être conclue avec la France, ren-
dant la sécurité à leur immense agri-
culture, rouvrait pour elles des sour-
ces intarissables de prospérité ; et
la part glorieuse que les Américains
avaient prise à la guerre, les relevant
à leurs propres yeux, leur faisait en-
core porter plus haut les avanta-
ges qu'ils avaient concouru à obtenir.
Dans leur enthousiasme , ils ne con-
sidéraient point tout ce que les règle-
ments de l'administration mettaient
d'entraves à leur commerce extérieur,
en faveur de la métropole : les mœurs ,
les usages , les modes mêmes des An-
glais étaient l'objet de leur admira-
tion, et ils payaient chèrement les
moindres bagatelles qui venaient de
ce pays favorisé ; en un mot , ils
étaient Anglais de cœur , et fiers de
l'être d'origine. Ce furent-là les senti-
ments qu'une suite de mesures vexa-
toires , humiliantes , et par-dessus
tout injustes, parvint à changer en
éloignement et en haine. Le mal com-
mença sous le ministère de George
Grenville , en 1 764. Les frais de la
dernière guerre avec la France avaient
porté la dette de l'Angleterre à une
hauteur si effrayante, et si dispro-
portionnée à sa population, qu'on ne
savait comment inventer des taxes
suffisantes pour y faire face. Dans cet
embarras , le ministère crut qu'il pour-
rait rejeter sur les Américains une
partie du fardeau qui accablait la cul-
ture et les manufactures de l.i métro-
pole; et il fut tVautant plus porté .ît
prendre ce parti, que les colonies
n'ayant point de représeutanls dans
FRA
le parlement vVA ngle terre , on pou-
vait étouffer plus aisément leur oppo-
sition , si elles en manifestaient. En
conséquence, pour essayer ce systè-
me , le ministère fit passer un biïl qui
assujélissait toutes les transactions
dans les colonies à un droit de tim-
bre , dont le produit présume, ne de-
vant être que de 160,000 liv. ster-
ling, semblait trop faible pour leur
donner aucune alarme. Mais l'inten-
tion qui avait dicté celte mesure n'é-
cliappa point à la sagacité des co-
lons : ils réclamèrent avec une éner-
gie proportionnée au danger qu'ils
prévoyaient, lis nièrent qu'un par-
lement où ils n'étaient pas représen-
tés, pût légalement établir sur eux
des impôts : ils ne refusaient point
de prendre part aiix charges com-
munes; mais ils demandaient que, se-
lon les anciens usages, on leur en fît
la proposition par un écrit signé du
secrétaire d'état , et qu'on leur laissât
le soin de les répartir entre eux , par
les actes de leurs assemblées provin-
ciales Ces justes remontrances ayant
été écartées par le ministère, dont
elles dérangeaient complètement les
projets, il s'établit spontanément en
Auiénque une sorte de ligue géné-
rale, dont l'histoire n'offre aupara-
vant aucun exemple ; ligue purement
défensive et résistante , qui se bor-
nait à cesser absolument tout usage
des marchandises anglaises et toute
action judiciaire, jusqu'à ce que l'acte
vexatoire du timbre eût été rapporté,
et le droit des colons reconnu. On
c'tablit entre toutes les provinces des
comités de correspondance , chargés
de veiller à ce grand intérêt national
pendant la vacance des assemblées
provinciales. Enfin , des députés de
plusieurs comtés se réunirent en un
congrès général, et protestèrent hau-
tement contre la violation de leurs
FRA 521
constitutions. Tout cela ne se passa
point sans beaucoup de mouvements
tumultueux : heureusement des cir-
constances imprévues ayant renversé
le ministère, l'acte du timbre put être
de nouveau attaqué avec plus de suc-
cès. Franklin, comme agent des co-
lonies, se trouvait alors à Londres;
il fut appelé à la barre de la chambre
des communes , pour donner des ren-
seignements sur l'état des choses dans
ce pays : il le fit avec une netteté,
une justesse d'esprit et une fermeté
qui produisirent une impression pro-
fonde. Commerce , administration ,
finances , intérêts politiques , on le
trouva prêt sur tout ; et la simpli-
cité épigrammatiquc avec laquelle il
osait dire les vérités les plus sévères ,
rendait leur force irrésistible. L'acte
du timbre fut révoqué , et devait
l'être, après de tels renseignements,
La nouvelle de cette décision causa
des transports de joie en Amérique.
L'assemblée de la Virginie décréta
qu'il serait élevé une statue au roi ,
pour lui en témoigner sa réconnais-
sance : mais dans quelques autres pro-
vinces le retour ne fut pas aussi sin-
cère, tant il est difficile d'apaiser les
flots des agitations populaires , quand
ils ont été une fois soulevés. D'ailleurs ,
le ministère anglais avait renoncé à
l'acte du timbre par convenance plu-
tôt que par principe : il soutenait tou-
jours que le parlement avait le droit
d'établir des taxes sur les colonies ,
quoiqu'il ne le mît pas actuellement
à exécution. Or, c'était précisément
ce principe qui alarmait les Améri-
cains , à cause des vexations ulté-
rieures dont il les menaçait. 11 eût
été politique de ménager ces disposi-
tions : mais le besoin d'argent, et
peut-être aussi l'orgueil anglais offensé,
parlèrent plus hautquela prudence; et
le chancelier Townshend fit décréter
5 il FUA
de nouveaux droits sur rimporlafion
dutbé^ du papier, des couleurs. Les
sommes que ces impôts devaienl pro-
duire e'taient affectées au paiement des
gouverneurs, des juges , et des autres
employés de l'administration, qui,
jusqu'alors ayant tenu leur traitement
des assemblées provinciales , avaient
au moins ce motif pour les convoquer
et les ménager. Alors les Américains
ne doutèrent plus du projet qu'on
axah formé de leur ôter leur liberté,
pour les soumettre au ministère. La
prohibition des marchandises anglai-
ses fut de nouveau concertée ; l'oppo-
sition, qui n'avait pas encore été géné-
rafe, le devint. On essaya de calmer
les esprits, en révoquant lés nouveaux
droits , excepté celui du thé : cette
restriction ne fit que changer les soup-
çons en certitude; et le peuple jeta le
thé à la mer. On recourut aux mesures
de rigueur; la résistance en devint
plus opiniâtre : le port de Boston
fermé, la constitution changée, les
magistrats révoqués, et d'autres nom-
més par la couronne, tout cela parut
autant de présages du sort qu'on pré-
parait aux colonies; enfin l'arrivée du
gcne'ral Gage à Boston , avec un corps
de troupes , et leur attitude hostile ,
achevèrent d'enflrtmraer les esprits,
et l'opposition devint révolte. La con-
duite de Franklin , pendant cette
grande crise, est très remarquable,
parce qu'il montra constamment le
caractère d'un zélé patriote et d'un
véritable ami de la paix : il servit
habilement les colonies par ses liai-
sons , par son influence personnelle ,
et par les avis importants qu'il leur
donna; il servit aussi, tant qu'il put,
Ja Grande-Bretagne, en disant aux
ministres toutes les vérités qui pou-
vaient les éclairer. On trouverait la
preuve de cette dernière assertion dans
la corrcspondaDce qu'il eut alors ayec
FRA
les principaux hommes d'état d'An-
gleterre ; correspondance qu'il avait
rassemblée dans un corps d'ouvrage,
et accompagnée d'un grand nombre
de remarques fines et profondes sur
le caractère politique et moral des
personnages avec lesquels il avait
tr-'iité. Cet écrit précieux doit sans
doute être resté entre les mains du
petit-fils de l'auteur, M. Temple
Franklin, auquel il appartenait; mais
dos personi es à qui il fut long-temps
confié ainsi que plusieurs autres pa-
piers relatifs aux négociations de ce
temps , assurent qu'on y reconnaît
partout les intentions d'un homme
sincèrement ami de l'union , qui pré-
voit, mais qui redoute une rupture
définitive, et qui, pour la prévenir,
cherche tous les appuis , emploie tous
les moyens compatibles avec la droi-
ture de son caractère et les intérêts
de ses commettants. Nous appuierons
encore ce témoignage d'une lettre
écrite par Franklin à un Ecossais ,
nommé Strahan , qui avait été chargé
parle gouvernement anglais (en i -jOg)
de lui demander quels seraient les
moyens les plus sûrs pour rétablir la
bonne intelligence entre la Grande-
Bretagne et les colonies ( i). « Sachant,
» lui dit Strahan , que vous avez une
» parfaite connaissance du sujet , et
» pleinement convaincu, comme je le
» suis , de votre fidèle attachement à
» sa Majesté, ainsi que du désir sincère
» qui vous anime pour le bien de tous
» ses sujets également et sans dislinc-
» tion, je vous prie de m'cnvoyer, aux
» questions suivantes, une réponse à
» votre^manière, c'est-à-dire, claire,
» courte et franche. » Franklin ré-
pond « que le vrai moyen et l'unique
(i) L'auteur de cet article a vu une copie de
cette U'ilre écrite de la main du respectable duc
de La Rochefoucauld, qui probablement la icnaiç
de Franklin même , are* lequel il était perioonel-'
l«mcnt lie.
FRA
pour tout concilier , c'est de faire
justice , en retirant les troupes , et
rendant aux colonies les droits cons-
titutionnels qu'on leur a injustement
cnleve's. » Puis il ajoute : a Après avoir
» répondu à vos questions sur les
y> conséquences qui pourront, à mon
» avi^s , résulter de telles ou telles rae-
V sures , je vais maintenant aller un
V peu plus loin, et vous dire quelles
» sont , d'après les apparences, mes
» craintes sur ce qui doit réellement
» arriver. » Alors il lui prédit les effets
que produira le système de rigueur
adopté par les ministres ; et il en mon-
tre, pour résultat inévitable, le soulè-
vement des colonies , et leur séparation
de la métropole, exactement comme
tout cela est arrivé : de sorte que, tant
de sa part que de celle de l'opposition ,
qui ne cessait de répéter les mêmes
choses , les prophéties n'ont pas man-
qué aux ministres. Un des événements
les plus influents de cette époque ,
fut l'envoi que Franklin fit à l'assem-
blée pcnsylvanienne'', en i 'j'j5 , de
plusieurs lettres originales , adressées
au gouvernement anglais par le gou-
verneur-général Hutchinson et le lieu-
tenant-général Olivier. Dans ces let-
tres , où les Américains étaient traités
avec le plus grand mépris , on expli-
quait ce qu'on pouvait attendre d'eux ,
ce qu'on en pouvait craindre, et
quelles mesures de ligueur il fallait
employer pour les réduire. La publi-
cation de tels projets excita , en Amé-
rique , une iodigualion universelle, et
ne contribua pas peu à détruire toute
idée de réconciliation. Franklin en
ressentit le contre-coup en Angleterre.
Le gouvernement lui fit intenter un
procès scandaleux sur la manière dont
ces lettres lui étaient parvenues ; et ,
pendant les débats auxquels il était
présent, on ne lui épargna, ni les
menaces, ni les plus grossières invec-
FRA
525
tives. A tout cela , le philosophe ne
répondait, dit- on, que par un simple
geste de la main , comme pour ren-
voyer loin de lui chaque injure qui
lui était adressée. Peu de temps après,
on lui ota son emploi de directeur-
général des postes de l'Amériqur.
Franklin , voyant que tous ses ef-
forts pour rétablir l'harmonie étaient
désormais absolument inutiles , re-
tourna soutenir l'orage avec ses com-
patriotes. Il arriva en Amérique ,
dans les premiers mois de i -j'y 5 , la
guerre étant déjà dans toute sa force.
Le lendemain de son arrivée , il fut
élu député de la Pensylvanie au con-
grès général , et prit une grande part
aux opérations fermes et courageuses
de cette assemblée. L'année suivante,
il fut envoyé en Canada , pour essayer
d'en attirer les habitants dans la ligue
commune : mais la différence des opi-
nions religieuses, que les Anglais
avaient respectées , et plus encore ,
peut être, le revers éprouvé devant
Québec par les armes américaines,
firent échouer celte entreprise. A
celte époque , quoique la guerre fût
commencée de fait, la séparation des
colonies n'était pas encore absolument
inévitable. Le congrès, dans ses actes,
n'avait pas cessé de reconnaître le roi
d'Angleterre ; il ne demandait que de
pr?rtager, avec les aulres Anglais, les
droits civils et constitutionnels: mais
un peuple ne peut pas se tenir long-
temps dans un état mixte de soumis-
sion et de guerre. Les idées républi-
caines faisaient tous les jours plus de
progrès : elles étaient favori^iécs par
l'espoir éloigné, mais séduisant , d'uu
commerce libre avec tous les peuples
du monde; enfin, elles éclatèrent de
toutes parts , lorsqu'on sut que les co-
lonies étaient déclarées en révolte ou-
verte, et que, pour frapper le coup
qui devait les réduire, la Grande-
524 FRA
Bretagne se préparait à employer, à
ia fois, des troupes e'trangères, le
soulèvement des esclaves, et la hache
et le scalpel des féroces Indiens. Dès-
lors les Américains comprirent qu'il
n y avait plus pour eux de salut que
dans la victoire , ni de moyens d'é-
chapper à l'esclavage, qu'une indé-
pendance absolue. L'indépendance fut
donc proclamée le 2 juillet 1776; et
l'inconcevable persévérance du rainis»
1ère anglais dans ses mesures barbares
et impoliliques réduisit ainsi l'Aœé
rique à la nécessité d'être libre. Fran-
klin concourut piùssamment à celle
détermination honorable : il s'employa
plus énerdquemcnt encore pour la
soutenir. Le temps était , en effet,
venu où il ne fallait plus regarder en
arrière , ni espérer une véritable ré-
conciliation. La nouvelle expédition
des troupes anglaises et clrangères
était arrivée dans la rivière Hudson ,
sous les ordres du général Howe. La
première action qui allait s'engager ,
semblait devoir décider du sort des
colonies : elle leur fut défavorable;
leur armée y éprouva un grand re-
vers. Le généra! anglais , profitant de
Finflucnce morale de cet événement ,
annonça une amnistie pour toutes les
personnes qui se soumettraient à la
cause royale dans le délai de soixante
jours. Il invita même le congrès à lui
envoyer des commissaires pour trai-
ter avec lui , comme simples particu-
liers, du rétablissement de la paix.
Un refus eût été peu convenable au
caractère de modération et de justice
que le congrès avait déployé jus-
qu'alors. Il envoya donc trois commis-
saires ; Franklin fut du nombre. Mais
comme d'un coté on ne parla que de
pardon et de soumission, de l'autre
que de droits et d'indépenda nce, les né-
gociations furent bientôt rompues.
Cependant le sort des armes continua
FRA ^
d'élre défavorable aux Américains;
New-York fut pris ; les deux Jersey fu-
rent envahies , Philadelphie menacée;
et sans les incroyables efforts de Wa-
shington , dont l'armée se trouvait
réduite au plus à quatre mille hom-
mes, la cause de l'indépendance était
perdue pour jamais. Dans cet extrême
péril, le congrès conserva la persévé-
rance la plus courageuse : il renouvela»
hautement sa déclaration d'indépen-
dance; mais eu même temps il sentit
que , pour soutenir la lutte aussi im-
prévue que terrible où i! était engagé,
il fallait qu'il se fît des alliés parmi les
grandes puissances de l'Europe, et il
se jeta dans les bras de la France,
Franklin partit donc vers la fin de
1776, pour suivre les ncgociatious
déjà entamées par Silas Deane. S^
célébrité personnelle, comme le re-
marque judicieusement Condorcet ,
était le seul titre que les Américaine
pussent trouver pour suppléer auy
dignités ordinaires des ambassadeurs
d'Europe. Les découvertes qui lui
avaient valu, en 1772, le litre émi-
nent d'associé étranger de l'académie
des sciences , l'avaient mis en relation
avec les membres les plus distingués
de cette compagnie. L'un d'eux, M. !e
duc de la Rochefoucauld , qui l'avait
connu à Londres en 1769, avait con-
servé avec lui une correspondance
qu'une rare communauté de senti-
ments nobles et vertueux avait reudue
très intime. Franklin se trouva ainsi
naturellement introduit dès son arrivée
parmi les personnes qui tenaient le
premier rang dans la société de la
capilale , et cela à une époque où l'es-
prit de société était tout en France.
Il s'y présenta, non comme un zéla-
teur ardent de nouveautés , mais
comme un sage ami de la liberté, dans
un temps où le mot de liberté, que ne
souillaient point encore d'odieux sou-
FRA
vcnirs, faisait tressaillir toutes les
anies. On remarqua, on admira bien-
tôt sa reserve, sa patiente fermeté,
sa modeValion , cl la reunion bien rare
d*un jugement solide joint à un esprit
délicat et ingénieux. On aima sa noble
figure, que de beaux cheveux blancs
rendaient encore plus vénérable, et
jusqu'à cet air d'etrangete', qui ne nuit
point en France. Conformant ses ma-
nières extérieures à la fortune pré-
sente de sa patrie, il était, à son arrivée,
grave et réservé , comme un homme
que de chers intérêts et de grands pé-
rils occupent; parlant peu^ dans les
commencements , moins encore à l'é-
poque où la cour de Versailles hési-
tait à se déclarer, mais donnant à ce
peu qu'il disait une tournure fine et
profonde, qui ne pouvait manquer de
faire fortune. Tout l'art de sa politique
consista à se former ainsi une grande
considération personnelle qu'il pût faire
rejaillir sur sa patrie; et au lieu que,
dans les cas ordinaires, l'ambassade
soutient l'ambassadeur , lui soutenait
l'ambassade. Le succès fut tel qu'il
l'avait espéré. Bientôt l'enthousiasme
fut au comble; le départ de M. de la
Fayette, qui en fut l'effet, le rendit
plus vif encore et plus général. Enfin
la cour, poussée pour ainsi dire irrésis-
tiblement parla force alors toute puis-
sante de l'opinion publique, conclut,
en 1778, le traité d'alliance avec les
États-Unis , reconnus comme puis-
sance indépendante. La même recon-
naissance fut faite bientôt par la Suède
et la Prusse, qui signèrent des traités
d'amitié et de commerce entre les
mains du négociateur. Ayant atteint
ce but, et assuré ainsi l'œuvre su-
prême de l'indépendance de sa patrie,
Franklin resta encore plusieurs an-
nées en France comme ministre plé-
nipotentiaire. H passa ce temps, non
à Paris, mais à Passy, dans une
FRA 5^5
agréable retraite, dont il ne sortait
que pour remplir les devoirs de sa
place, ou pour jouir avec délices du
commerce des sciences et des dou-
ceurs de l'amitié. Ce fut là qu'il com-
posa ses essais les plus ingénieux dans
le genre du Spectateur. L'académie des
sciences, dont il suivait les séances
avec une grande exactitude, le nom-
ma un de ses commissaires pour exa-
miner les expériences, disons mieux,
les prestiges de Mesmer. Franklin n'y
vit que ce qu'il devait y voir, des effets
physiques produits par l'influence
combinée des sens et de l'imagination.
11 avait vivement souhaité , dans sa
jeunesse, d'être présenté au grand
Newton; mais il n'avait pas eu ce
bonheur. Il fut plus heureux dans sa
vieillesse ; car il eut le plaisir de voir
Voltaire à l'académie des sciences. Le
patriarche de la liberté présenta à
celui des lettres son petit-fils, le priant
de lui donner sa bénédiction. Voltaiie
posa ses mains sur la tête de l'enfant,
et s'écria : God and liberty ! Dieu et
la liberté! voilà, ajouta-t-il, la devise
qui convient au petit-fils de Franklin.
Les deux grands hommes , en se quit-
tant, s'embrassèrent les larmes aux
yeux. Mais le repos de Franklin fut
bientôt troublé par une infirmité dou-
loureuse qui lui fit tourner ses re-
gards vers sa chère patrie. Il voulus
aller lui faire ses derniers adieux; et
il partit, en 1786, accompagné da
M, Le Veillaro, qui, pendant son
séjour à Passy , lui avait prodigué
tous les soins d'une tendresse filiale.
Son arrivée fut un véritable triomphe.
Toute la population de Philadelphie
et des environs , à une grande distan-
ce, était accourue pour le voir, et bé-
nir celui que tous regardaient comme
le libérateur de leur patrie. Jamais on
n'avait vu en Amérique tant d'hom-
mes réunis. H reprit sa place àl'assem-
5-2G FRA
blce (le la provihcc , dont il fut deux
fois élu président. Mais en 1 788 , son
âge et ses infirmités le firent se retirer
entièrement des affaires. Son dernier
acte public fut un discoui*s pour enga-
ger ses collègues à faire le sacrifice des
opinions individuelles que chacun
d'eux pouvait avoir sur les défauts
de la nouvelle constitution, afin de
lui imprimer, aux yeux de leurs con-
citoyens , l'aulorité résultant d'un
consentement unanime. Franklin of-
frait lui-même l'exemple de ce sacri-
fice. Jusqu'alors il avait regardé l'u-
nité du corps législal/f comme un
principe fondamental de la liberté :
mais on avait été obligé de renoncer à
cette simplicité idéale, dans la consti-
tution nouvelle, pour donner au gou-
vernement plus de stabilité et de vi-
gueur. Franklin céda au vœu général ,
quoiqu'il ne fut pas sans inquiétude
sur les résultats. 11 écrivait à ce sujet
au duc de la Rochefoucauld : « Nous
» faisons des expériences en politique;
î) nous en retirerons sans doute un
» jour de grands avantages : mais il
» me semble que nous risquons beau-
n coup par cette manière de les ac-
» quérir. » Franklin n'a pas assez
vécu pour voir le succès de ce qu'il ap-
pelait alors une expérience : mais on
peut s'étonner que ses amis, en France,
n'en aient pas profité pour abandon-
ner de même une théorie que, plus
sage , il avait su sacrifier à la néces-
sité. L'invitation qu'il adressa alors
à ses collègues est courte et simple :
c'est une conversation familière, plu-
tôt qu'un discours étudié. Telle était ,
en général, la manière de Franklin,
dans les assemblées publiques : il ne
discourait point; il raisonnait : il ne
recherchait point de grands mouvc-
mentsoratoires;maisunmotvifctbien
placé, un trait qui frappait juste, com-
posaient toute sa rhéloriquc. Ses répar-
FRA
lies étaient souvent piquantes, et Icît-
jours originales : chargé de demander
au ministère anglais l'abolition de l'in-
sultant usage d'envoyer aux colonies
américaines les malfaiteurs d'Europe,
le ministre lui alléguait la nécessité d'en
purger l'Angleterre : «Que diriez-vous
•» donc, répondit-il, si, parla même
» raison, nous envoyions chez vous
» nos serpents à sonnettes?» Uneautrc
fois , il voulait faire comprendre aux
ministres l'impossibilité absolue oiV
étaient les Américains d'admettre les
taxes intérieures , telles que le droit
sur le thé et l'acte du timbre. « Figu-f
» rez-vous, disait-il, que c'est U
» même chose que si vous placiez un
« homme, avec un fer rouge , sur le
» pont de Westminster, avec l'ordre
» à tout Américain de se laisser cn-
» forcer ce fer rouge dans le corps,
» s'il veut passer sur le pont. » Il
était resté en France assez de temps
pour être témoin de la découverte des
ballons; et quelqu'un, peu frappé de
cette invention étonnante, ayant dit,
devant lui :« A quoi bon les ballons? »
— a A quoi bon , demanda Frau-
» kiin , l'enfant qui vient de naître? »
Pendant le reste du temps qu'il vé-
cut loin des affaires publiques , il
trouva encore assez de force pour tra-
vailler à fonder plusieurs institutions
utiles , telles que la société de Pliila-
delphie , pour le soulagement des pri-
sonniers, et la société de Pensylvani'e,
pour l'abolition du commerce des es-
claves. Il présenta, au nom de cette
dernière, un mémoire au congres des
Etats-Unis, en l'invitant à employer,
pour la cessation de la traite, tous les
moyens que lui donnait la constitu-
tion. Pendant les débals auxquels ce
mémoire donna lieu , Frankluj publia
un petit écrit , signé Historiens ,
dans lequel il parodie plaisamment ses
adversaires, en rapportant un pré-
FRA
Icndii discours prononcé en faveur de
la piraterie et de l'esclavage, par un
membre du divan d'Alger. Toutes les
raisons alléguées par les défenseurs
de la traite , y sont fidèlement appli-
quées à justifier la vente et l'esclavage
des chrëliens. li continuait aussi, dans
sa retraite, à s'intéresser aux affaires
de France et aux amis qu'il y avait
laissés, principalement au respectable
duc de la Rochefoucauld, auquel il
avait voué le plus fidèle attachement.
« Vous avez raison , écrivait-il à ce
» dernier en 1788 , vous avez rai-
i> son de penser que les affaires de
» France m'intéressent : j'aime la
» France , et j'ai mdle raisons de l'ai-
» mer. Son bonheur me touche com-
» me ferait celui de ma mèi e même...
» Je viens de terminer ma prési-
» deuce; et, m'élaut promis de ne
)) plus rentrer dans les affaires publi-
« ques, j'espère, pendant le peu de
» vie qui me reste, jouir du loisir que
» j'ai toujours souhaité. J'ai déjà com-
» mencé à en faire usage pour com-
» pléter cette histoir: particulière de
» ma vie, dont vous me parlez. Je l'ai
» maintenant conduite jusqu'à ma cin-
» quantième année; ce qui reste, com-
« prendra des objets plus importants:
» mais il me semble que ce qui est
)> fait sera d'une utilité plus générale
» pour les jeunes lecteurs, comme
» montrant, par des exemples éner-
» giques , les effets d'une prudente ou
» imprudente conduite sur le com-
« me ncement d'une vie laborieuse. »
Ces Mémoires ont été publiés depuis;
et nous y avons puisé les particula-
rités qne nous avons données sur les
premières éptques de sa rie : ils sont
écrits de la manière la plus attachante,
pleins de simplicité, de franchise. Eu
les lisant , on conçoit tout ce que peu-
vent le travail et la persévérance :
l'ame s'y échauffe de l'amour du bien
FRA 527
public , et ce récit fidèle est encore
un service rendu à l'humanité. Ils ue
vont que jusqu'en 1757; mais ils ont
été continués par un ami de Franklin,
le docteur Stuber, de Philadelphie.
On les a réunis en un petit volume,
avec les divers morceaux publiés par
Franklin , dans le genre du Specta^
leur. Le tout ensemble forme un
cours de morale pratique aussi solide,
et plus appropriée à nos usages, (\iic
les leçons de tous les philosophes de
l'antiquité. Au milieu de ces douces et
utiles occupations , Franklin atleudit,^
avec résignation , la fin de sa carrière :
enfin il fut attaqué de la fièvre et d'un
abcès dans la poitrine , qui terminè-
rent sa vie , le 1 7 avril 1 790 , à Tàge
de quatre-vingt-quatre ans. Depuis plu-
sieurs années, il était cruellement tour-î
mente de la goutte et de la pierre : celle
maladie le retint même au lit pendant
les douze derniers mois. On était
obligé de lui donner de fortes doses
d'opium pour calmer ses douleurs;
et dans les courts intervalles oh elles
devenaient moins vives , il s'amusait
soit à lire , soit à converser avec une
douce gaîté , soit enfin à diriger quel-
que entreprise d'utilité publique. Il
exprimait souvent sa reconnaissance
pour l'Etre suprême qui , d'une posi-
tion humble et obscure , Tavail con-
duit à l'opulence et à un rang à clevc
parmi les hommes. Heureux en tout
par le sort autant que par son caractère,
il conserva cinquante ans la feramequ'il
aimait, et il fut accompagné au tom-
beau par l'estime et l'admiration géné-
rale de ses compatriotes. Son testa-
ment se trouva, comme sa vie, rempli
d'intentions généreuses et patrioti-
ques. Il y fondait plusieurs institutions
utiles, et ajoutait à celles qu'il avait
déjà créées. Il le terminait par cette
phrase : a Je lègue à mon ami, l'ami
du genre humain, le général Washing-
5^8
FRA
ton, le bâton de pommier sauvage avec
lequel j'ai coutume de me promener.
Si ce bâton était un sceptre, il lui
conviendrait de même. » Quel éloge î
et quelle réunion admirable que celle
de deux hommes pareils , tous deux
modèles accomplis d'une vertu par-
faite , du désintéressement , de l'hon-
neur, et de tous les sentiments hono-
rables, dans un pays à peine civilisé!
Plusieurs années avant sa mort,
Franklin avait composé, pour lui-
même, l'épitaphe suivante, qui mon-
tre à la fois la tournure singulière de
son esprit et le fond de son cœur :
Ici repose ,
Livré aux vers,
Le corps de Benjamin Franklin, imprimenr ;
Comme la couverture d'un vieux livre ,
Dont les feudiets sont arrachés,
Et la donne et le titre effacés.
Mais pour cela l'ouvrage ne sera pas perdu ;
Car il reparaîtra j
comme il le croyait,
Qans une nouvelle et meilleure édition ,
Kevue et corrigée
Par
L'auteur.
Lorsquelamortdc Franklin fut connue
dans toute l'Amérique , ce fut un regret
et une coasternslion générale. Le con-
grès et la population entière de Phila-
delphie rendirent les plus grands hon-
neurs à sa mémoire. EoiFraucc, à la
nouvelle de cet événement, l'assem-
blée nationale ordonna un deuil pu-
blic : ainsi le nouveau et l'ancien
monde s'accordèrent pour pleurer un
sage , dont les vertus et le génie
avaient honoré l'humanité. Les OEu-
vrcs de Franklin ont été réunies en
3 vol. in-S**., Londres , 1806, en
anglais. L'édition fratiçaise la plus
ample pour la partie physique, est
celle qui a été publiée par Barbeu du
Bourg, Paris, 1773, ^2 vol. in-4".;
la traduction est de M. Lécuy. La
plupart des pièces qui forment cette
collection , avaient déjà paru dans les
FRA
recueils de diverses académies, et prin-
cipalement dans les Trojisaclions
philosophiques, où l'on avait inséré,
dès
17:)]
sa Lettre concernant les
effets de la foudre, et en 175^2,
son Analogie du tonnerre avec té'
lectricité, traduites du français par
James Parsons. Ces belles expériences
électriques , étant une fois publiées ,
furent à l'envi répétées par tous les
physiciens; et NolLct fit paraître, en
1 753 et 1 760, ses Lettres sur VéleC'
tricité dans lesquelles on soutient le
principe des efluences et affluences
simultanées contre la doctrine de
M, Franklin, Paris, 2 vol. in- 12.
Parmi les autres mémoires de Franklin
qui ornent les Transactions philoso-
phiques^ nous indiquerons seulement
celui qu'il donna, en 1774? sur la
manière de calmer la violence des
flots, en répandant de l'huile sur la
surface de la mer(i).Sa Cheminée de
Pensylvanie , dont il publia la des-
cription et les avantages en 17B7, et
qui est décrite tome XI de la Collection
académique, a quelque temps été à la
mode, sous le nom de Cheminée à la
Franklin, et a reçu depuis de nou-
veaux perfectionnements, surtout par
Dcsarnod, en 1789. Franklin a été
avec Robinet, Court de Gebelin fds,
etc., rédacteur d'un ouvrage pério-
dique, publié à Anvers en 1776 et
années suivantes, sous le titre di Af-
faires de l'Angleterre et de VAmé'
rique. Les Mémoires de sa vie pri'
yée écrits par lui-même et adressés
à son fds y ont été traduits en français,
Paris, 1791, in-8°.; en allemand,
par Rurger , Berlin , 1 79a , in-S".
L'édition française est, suivie de la
(i) Les AngUis, qui ont dû juger avec grande
rigueur lf( titres de Fraoklin a 1^ poslériûi , oni
retrouvé la substance de cette découverte dans le
troisième livre de VHitloira ecclétiatliqne de
Bcde. (On peut voir cette matière iraiiée avec le
plu» grand détail dan» les Fphémérider grogra-
ffhi<juesde uov. et déc. 1798, «imar» i7ys) )
FRA
Science du bonhomme Richard, qui
avait déjà clé traduite par M. Quêtant,
Paris, 1778, in- 1*2, et dont M. Gin-
guenë donna une meilleure e'dition en
l'jgi, prëce'iiée d'un abrège de la
Fie de Franklin, et suivie de son
Interrogatoire devant la chambre des
communes, Paris, an 11, in-ri, avec
celte e'pigraphe attribuée à Turgot :
Eripuit ccelo falmen sceptrumque tyrannis.
L'édition la plus r^hcrcliëe de la
Science du honhomme Richard est
celle de Dijon, Causse, 1793, in-8'.
anglais et français. Castcra a donne'
la meilleure traduction de la Fie de
Benjamin Franklin , écrite par lui-
même, suivie de ses œuvres morales,
politiques et littéraires , dont la plus
grande partie n avait pas encore été
publiée, Paris , an vi ( i 798 ), 1 vol.
in-8^. , avec le portrait de i'aulcur.
VEloge de Franklin{^Av Condor-
cet ) , lu à la séance publique de l'a-
cadémie des sciences, a été inséré
dans ses Mémoires, et publié à Pa-
ris, 1791 , in-8'. Un Eloge civique
de B. Franklin fut prononcé le 21
juillet 1790, par labbé Fauchet ,
dans la rotonde , au nom de la com-
mune de Paris ( Foj, Fauchet ;.
B— T.
FR iNKON ou Francon, nom com-
mun à plusieurs personn.tges confon-
dus par quelques biographes. Fran-
con, nommé évêque de f.iégeen 856 ,
prélat d'une haute naissance, avait
clé élève de l'école du palais de Char-
]es-le-Chauve (i), et fit passer dans
celle de son église les sciences qu'il y
avait vu enseigner. Il étaii philosophe,
(1) Cette école du palais, appelée aussi école
palatine . avait éié fondée par Charlcma>;nr:.
Charles-le-Ctntuve y attirait les plus habiles maî-
tres. « La cour, dit uq écrivain , était comme une
palestre et un lieu d'exercice pour toutes les par-
ties de la science ; aussi toute la noblesse et tous
les grands du royaume y envoyaient-ils leurs en-
fants pour s'y former aux sciences divines et hu-
■aaiae*. »
XV.
FRA 529
rhéteur, poète, habile dans la musi-
que, et très ver.sé dans la littérature
sacrée et profane. Doué d'un génie
vif et de l'heureux talent do la parole,
à la tête lui-même de î'écoie qu'il avait
ou établie ou perfectionnée , il y fotina
des disciples dignes de lui, et des
hommes célèbres. De ce nombre fut
Etienne , qui lui succéda dans l'épis-
copat , et qui a laissé beaucoup d'où*
vrages. Ce même Francon p;u't,^gea
avec d'autres évêques le tort d'avoir
autorisé, dans une assenii;léelenueà
Aix-la-Chapelle, le renvoi de Teute-
berge , épouse du roi Lolha re, et fa-
vorisé la passion du roi pour Valdra-
de , que ce prince épousa au préjudice
de sa femme légitime. Prélat guerrier,
Frankon s'opposa avec coura^^e à l'in-
vasion des Normands en 891 , et les
combat tit plusieurs fois avec succès. De
belles et louables actions , une grande
part dans les affaires de l'Élat et de
l'Église, Tont fait regarder comme
l'un des personnages célèbres de son
temps , quoique sa conduite n'ait pas
été en tout irrépréhensible. Il mourut
eu 905, ou, suivantMabillon,en90T.
Il paraît qu'il avait composé plusieurs
ouvraf;;es; mais, de ceux qu'on lui a
attribués , les uns apparlirnnent à un
autre Francon (2) , et les autres à
Etienne son successeur. — Franron,
scolastique ou écoiâlre de Liège , flo-
rissait en 1 066; il avait fait ses éludes
dans l'école de l'église de cette ville,
sous le célèbre Adelraan , savant reli-
gieux de l'abbaye de Stavelo , et il y
enseigna après lui. Devenu écolâtre,
(a) Les auteurs de YHistoire littéraire de
France Jisentque Trilbème , dans son Traité D*
virir illnstiibus Germaniai ^ attribue à Francon,
évèque de Li<^e, le Traité de la quadrature du
cercle , et celui du comput ecclésiastique. Dans ce
cas, rrilbème se contredit , ou s'est corrigé , s'il
u'a écrit son livre De taiptoribns eccletiatticit
qn'après celui De viris illasiribus Germanix; car
dans le premier, paj^e i4(i **" trouve les deux
Traités cités ci-dessus, au nombre des ouvrage*
de FrankoQ i'écolâtre.
34
r>5o FRA
il soutint l'honneur de celle dignilc
par rintegritë de ses mœurs et [)ar
uu grand fonds d'érudition et de sa-
voir : il était philosophe, raalliémati-
cien, aslronorae , et musicien très
distingue; mais l'étude des lettres hu-
maines et le goût des arts ne l'avaient
point détourné des saintes Écritures ,
dans lesquelles on dit qu'il était fort
instruit. Il a laissé : I. Un Livre sur
la quadrature du cercle ; il fut aidé
dans ce travail par Fctlclialin , savant
moine de Saint-Laurent de Liège, et il
dédia son ouvrage à Hermann , arche-
vêque de Cologne. 11. Traité du
comput ecclésiastique , pour trouver
le jour de Pâques. IW. Traité sur
les jours des Quatre -Temps (avec
le même Falchalin ). IV. Quelques
Ecrits sur la musique et le plain-
chant. V. D'autres Écrits sur la
sphère- VL Un Ouvrage sur le bois
de la vraie Croix. On ignore en
quelle année il mourut. — Fran-
KON , deuxième abbé d'Afflighera ,
ordre de Saint-Benoît , dans le Bra-
dant, autrefois du diocèse de Cam-
brai , maintenant de celui de Ma-
lines, y succéda, en i 109, à Ful-
gcncc, premier abbé; il avait étudié
sous lui avec succès les lettres divines
tt humaines : il était grand théologien,
€t il écrivait avec une égale facilité en
Erose et en vers. Trithcme et Sige-
ert en parlent comme d'un homme
éloquent, plein de connaissances ,
estimé des princes , des évêques et
des personnages les plus illustres de
son temps; il était surtout fort con-
sidéré de Henri 1"., roi d'Angleterre.
Sou goût pour les lettres lui fit enri-
chir de beaucoup de livres la biblio-
thèque de son abbaye.On a de lui: I. Un
Traité de la grâce, en douze livres
(en latin), Anvers, 1 5G5 ; cl Fribourg,
162,0, in- 12. Il le commença, étant
encore simple religieux , par ordre de
FRA
Fiilgence, son prédécesseur, dont il
fait l'éloge à la fin, ne l'ayant terminé
qu'après lui avoir succédé. Dans le
x". livre, se trouve une preuve
de sa croyance sur la présence réelle
du corps et du sang de Jésus-Christ,
sous les divines espèces, au sacrement
de l'autel. II. Une pièce , en cinquante
vers latins, intitulée : De statu fu-
turœ gloriœ ; Fabricius l'a insérée
dans sa Bihlioth. med. et inf. lati-
nit. III. Des Lettres à diverses per-
sonnes, lY. Des Sermons sur la sainte
Vierge, et divers autres écrits. Il
existait , chez les chanoines réguliers
deTongres, uu Traité Decursu vitœ
spiritualiSj avec le nom de Fran-
conis monachi, que Valère- André
présume devoir être Frankon d'Af-
flighem. L — y.
FHANQUAERT. Ployez Franc-
QUAERT.
FRANQUE ( LuciLE Mes-
sage ot, dame ) , née à Lons-le-
Saulnier, en 1780, avait reçu de la
nature une organisation délicate , don
funeste et précieux , qui fait à la fois
le tourment et le bonheur de ceux
qui le possèdent. Elle annonça , dès
l'âge le plus tendre , des dispositions
également lieureuses pour la poésie
et pour la peinture , et vint à Paris
les cultiver dans la société des artistes
les plus célèbres. Quelques tableaux
non moins remarquables par la vi-
gueur du dessin, par l'expression des
figures, que par le choix des sujets ,
pris tous dans un monde et dans une
nature intermédiaires , lui méritèrent
les éloges et les encouragements de
ses maîtres. A dix-huit ans, elle de-
vint l'épouse de M. Pierre Franque ,
peintre d'histoire , connu avantageu-
sement ; son mariage n'apporta au- 4
cun changement au genrede vie qu'elle *
avait adopté. Partagée entre la lecHue
des poètes et l'élude de la peinture^
FRA
elle sentit chaque jour s'accroîlrc son
eloignenient pour la société. Une ma-
ladie de cousomplioi) , triste fruit de
sou excessive sensibilité' , ne tarda
pas à se de'velopper en elle ; et, après
avoir langui quelque temps , elle
mourut dans la retraite à Chaillot,
eu 1802 , à l'âge de vingt-deux ans.
Elle a laissé quelques ouvrages ma-
nuscrits , parmi lesquels ou cite des
fragments d'un Essai sur les har-
monies de la mélancolie et des arts ,
et un poème intitule, Le tombeau
d'Eléonore. M. Nodier a insëié un
Eioge de Lucile Franque, dans ses
Essais d'un jeune Barde, W — s.
FRANS ( ), peintre, naquit
à Malines , en iSùg ou i54o : son
maître est inconnu. Il peignit des su-
jets tires de l'Ecriture; il lit, pour l'e-
plise de Notre-Dame de Malines, une
Fuite en Egypte ^ et pour celle de
Notre-Dame du couvent d'Hanswyck,
près cette ville , V Annonciation et la
f^isitation , tous tableaux de gran-
deur naturelle. Son coloris et son des-
sin étaient bons , dit Descamps, et il
peignait avec intelligence ses fonds de
paysage. Des éloges donnés avec une
telle circonspection par un bon con-
naisseur , prouvent que Frans fut du
très grand nombre des artistes qui ne
se sont pas élevés au-dessus delà mé-
diocrité : l'année de sa mort est in-
connue. D — T.
FKANSZ (Pierre). F. Francius.
FRANÏZ (Wolfgang ), docteur
en théologie , naquit en 1 564 > ^
Plauen, dans la Haute-Saxe, de pa-
rents luthériens , et fit ses éludes à
Francfort sur l'Oder; il fréquenta-
ensuite les cours de l'université de
Wittemberg , pendant quelques an-
nées , et prit ses degrés en théologie :
nommé professeur d'histoire , à la
même école, en iSgS, il se démit
de cet emploi, trois ans après, pour la
FRA 55i
place de surintendant des églises de
Keiusperg. De retour à Wittemberg ,
en iGo5 , il y fut nommé à la chaire
do théologie , et mourut dans cette
ville, eu 1628, d'npoplexic, ma-
ladie dont il avait éprouvé les pre-
mières atteintes huit ans aupara-
vant, il a publié un grand nombre
d'ouvrages théologiques , dont la
plupart n'offrent aujourd'hui que
peu d'intérêt. On en tiouv<ra les
titres dans les Vitœ virorum eriiditor»
de Melch. Adam, et dans le Diction^
naire de Moiéri; on se contentera
d'en indiquer ici l^s principaux :
I. De reliquiis ecclè{siœ sanctorum
Witembcrgce , Wittef^berg , 1 6 1 7 ,
in-4''. II. Schola sacrf/iciorum pa^
triarchalium sacra,, hoc est assertio
satisfactionis à D. N. J. C. pro
peccatis totius' mundi prœstitœ , in
sacrijiciorum veterum tjpisfunda-
tcB ; et recentibus Ariaids seu Pho-
tinianis opposita. Cet ouvrage a eu
plusieurs éditions : la meilleure et la
plus récente est celle de Wittemberg ,
1654, in-4°. lil. Tractntus thèo-
Jogicus de interpretationeS.S. Scrip'
turarum maxime légitima , duabus
constans regulis à Luthero ad pa-
patûs romani destructionem in ver-
sione bibliorum germanicd usita^
tis. Il eut un grand succès en Allema-
gne ; l'édition de Wittemberg, 1708,
in-4''. , est au moins la quatrième.
IV. Animalium historia sacra,
Wittemberg, 1612, in -8"; 5^'«^
édition, Amsterdam, i658, in-12,
recherchée pour la beauté de l'im-
pression et la commodité du format;
avec la continuation de Jean Cypria-
nus, Dresde, 1687; Leipzig, 1^88,
1 vol. in-8'. : la meilleure et la plus
complète de toutes les éditions de cet
ouvrage est celle de Francfort, 1 7 1 2 ,
5 tomes en 4 vol. in-4". I^ est divisé
çïi qualie parties, qui traitent des
54..
532 FRA
quadrupèdes , des oiseaux , des pois-
sons , des serpents et des insectes.
L'auteur, après avoir donne' une courte
description de l'aniuial qui fait !e sujet
du chapitre, rapporte tous les passades
de l'Écriture qui y ont trait, et les ex-
plique par un commentaire d'une éru-
dition aussi agréable que vai iée. Le suc-
cès de cet ouvrage fut extraordinaire ;
il s'en est fait près de vingt éditions,
tant en Allemagne qu'en Hollande , et
il a été traduit en anglais , Londres ,
1674, in-8\ W — s.
FRANTZKE (George), célèbre
jurisconsulte allemand, naquit en Silé-
sie, en 1694. Après avoir professé
quelque temps le droit en Allemagne ,
il vint momentanément à Strasbourg ,
où il publia même quelques écrits. De
retour dans sa patrie, il devint suc-
cessivement conseiller de la petite prin-
cipauté de Schwartzbourg-Rudolstadt ,
puis chancelier à la cour de justice
de Golha, où il mourut au commen-
cement de iôSg. Les ouvrages de
Frantzke sont peu nombreux , mais
jouissent eu Allemagne d'une réputa-
tion méritée; on remarque parmi eux :
I. Doctrlna de laudemiis , léna ,
1628, in-4".et nouvelle édition, 1664.
IL Commentariiis ad priores XXI
îibros Digestorum , Strasbourg ,
1644 y "1-4*'*» ouvrage fort estimé,
qui malheureusement n'est pas ter-
miné , mais dans lequel la matière des
évictions surtout est traitée d'une ma-
nière supérieure. IIL Resohitionum
libri ires ; le meilleur des ouvrages
de Frantzke, et celui dans lequel il
développe le plus de justesse d'espiit ,
et l'érudition la plus saine. Chacun
des trois, livres qui le composent a
été publié séparément, savoir: le 1".
à léoa, en i654, in-4°M il fut bien-
tôt après suivi du 3''., qui parut à Go-
tha, i655, in-4''; le -i". ne fut pu-
blic qu'avec la seconde cdiliou du
FHA
i". à léua, i656, in-4''. H ^ paru,
eu 1721, à Cologne, une réimpres-
sion iu-4''. des deux premiers livres
seulement. IV. Commentarius ad
Institutay Strasbourg, i658, in-4".
J, H. Acker a publié une vie de Frantzke
sous le titre : Plta el fata Georgii
Frantzkii, Leipzig, 1714? in-S**.
P_K_T.
FRANZ (Jean-Michel ) , profes-
seur de géographie à Gôttingen , na-
quit, en 1700 , à OEhringen en Saxe.
Son père , qui était chapelier, voulait
lui faire embrasser une profession
mécanique; mais grâce à la protection
des personnes qui s'intéressèrent au
jeune Franz, il put, malgré de nom-
breux obstacles, suivre son penchant
pour l'étude. Il fit, à l'université de
Halle , la connaissance de J. C. Ho-
mann , qui, en 1730, l'appela à Nu-
remberg pour tenir la correspon-
dance de sa maison de commerce,
connue dans toute l'Europe par les
caries de géographie dont elle avait
le fonds. Franz avait successivement
suivi les cours de médecine et de ju-
ri.^prudence , dont il n'avait pas pu
tirer parti pour améhorcr sa fortune.
11 profita de sa nouvelle position pour
s'occuper de la géographie qui lui fat
plus avantageuse. Homann , accablé
d'infirmités, mourut bientôt, et laissa
par son testament la propriété de sou
fonds à Franz et à J. G. Ebei-^pcrger,
qui continuèrent la maison de commer-
ce, sous le nom des héritiers Homann.
Franz accrut encore l'activité et la ré-
putation de cette maison, en mettant
tous ses efforts à ne pas copier des
caries déjà publiées, et à ne faire pa-
raître que des cartes dressées d'après
des documents nouveaux et des des-
sins orij^iuaux. Son zèle fut réco;tt-
pensé; car on rendit justice à toutes
celles qui parurent de 1730 à 1755 ,
^tquifureut assez géuéialcment re-
FRA
comiues pour être fidèles et exactes.
Il fut appelé, eu 1754, ^ Gôttiii-
geu , pour y remplir une place de pro-
fesseur. De concert avec Busching et
d'autres savants , il fonda la société
cosmographique qui a fleuri dans la
même ville. Il rail par malheur peu
de régularité dans sa conduite ; ce qui,
sur Ja fîu de sa carrière, lui attira
beaucoup de désagréments. Il avait
reçu des souscriptions pour de nou-
veaux globes célestes et terrestres ; il
ne put pas remplir ses engagements ,
et reçutdcs reproches mérites. H mou-
rut le 1 1 septembre i-jôi. On a de
lui, en allemand : I. Proposition de
Homann , pour les améliorations
nécessaires à la géographie y et pour
la fondation, en ce cas , d'une nou-
t^elle académie près de leur maison
de corn mercc, N u remberg , «757,
in-fol. II. Mémoires et recueils cos-
mographiaues pour l'année 1748,
destinés à V accroissement de la
géographie , et réunis par les mem-
bres de la société cosmographique.
Vienne, 1 750 , grand in-4°. avec fîg.
m. Traité sur les limites du monde
connu et inconnu , pour servir d*in-
traduction sommaire à une géogra-
phie comparée , Nuremberg, 1 76a ,
iu-4°. carte. Cet ouvrage, qui n'est pas
achevé , ne parut qu'après la mort de
l'auteur. E — s.
FRANZ ( Joseph ) , jésuite , puis
prêtre séculier, professa la physique
expérimentale à l'académie de Vienne,
et fit un voyage à Gonstantinople ,
avec le comte d'Uhlefeld. Lorsque
l'impératrice Marie - Thérèse fonda
à Vienne, en 1754, l'académie des
langues orientales^ elle choisit le P.
Franz pour la diriger ; et il dut ce
choix à la pureté de ses mœurs , et
à la vaste étendue de ses connaissan-
ces dans les sciences et dans les idio-
mes de l'Orient : mais le mauvais état
FRA 555
de sa santé ne lui permit pas de
conserver long -temps cet emploi.
Franz était né à Lintz, en 1703,
«t il mourut le i5 avril 1776.0a
lui ào\\.:\.Dissertatio dénatura elec-
tri , Vienne , 1751 , in -4". II. /<?«
de cartes géographique , ibid., 1 759.
On lui attribue le petit drame suivant ;
Godefroi de Bouillon» représenté
par les élèves des académies des
langues orientales , devant leurs
augustes fondateurs , /<? 1 8 décem-
bre 1757, Vienne, 1761 , in-8''.
Les interlocuteurs s'y expriment en
français et en turk. On lui doit encore
diverses traductions faites du tuik,
pour l'usage , de la nouvelle académie.
— Frawz ( Louis-Lothaire-Nolker ) ,
hcbraisant allemand, né en 1 7 10, mort
à Ellwang, le 5 septemb. 1 7B0, habita
Augsbourg etHelmstadt, oii il devint
docteur en droit. On doit à ce sa-
vant quelques dissertations philolo-
giques touchant le texte sacre, et
dont on trouve la nomenclature dans
le Lexique biographique de Meusef,
Voici sçs plus importants ouvrages: I.
Diatriba de fideicommissis , flelms-
tadt , 1754, in-4". II. Philologie^
commentatio in legem mosdicam de
feris mundiSj DeuteroTi., 14, 5. III.
Meletema philologicum in exoti-
cosj'ructus in manecht avoda Sara ,
cap. I , memorato s , ihiàcm , 1734.
ÏV. Ephemerides philologicce in
legendis et ponderandis œvi remoti
Codd. Grœcis, Ebr. Chald. Syr,
Rabb. Talmud , et Arabicis » quœ
elegantiora ac solidiora studia
in Acad. Julid annis 1 7 32 , 1735,
1 734 , versavit , ibid. 1 734. J — n.
FRANZ(Jean-George-Frederig},
savant médecin allemand , né à Leip-
zig en 1737, montra de bonne heure
un zèle infatigable pour l'étude et une
grande sagacité. Après avoir termine*
de la manière la plus disting^uée sou
554 FRA
cours d'linmai)ités et sa ptiîosopliie ,
il obtint, en 1 76 1 , le grade de maître
ès-arls, et déploya un rare talent dans
sa thèse , De polfgamid ex princi-
piis sacrœ rationis illicitd. Le jeune
philosophe publia, la même année,
un Commentaire latin, aussi forte-
ment pensé que purement écrit, sur
le célibat ecclésiastique. Cet opus-
cule fut aussitôt mis à Vindex par le
gouvernement autrichien ; il partagea
Je sort de plusieurs productions bril-
lantes et hardies, et fut brûle à
Rome par la main du bourreau. La
liltëratureet la théologie n'absorbaient
pas tous les moments de Franz ; il
consacrait à la médecine une porliou
de ses veilles j il la cultiva même avec
prédilection , mil au jour plusieurs
ouvrages sur les diverses branches de
l'art de guérir, et résolut d'en faire sa
profession. Docteur en 1778 , il fut
nommé , en 1781 , professeur extra-
ordinaire de médecine à i'universiié
de Leipzig , où il mourut le 1 4 avril
1 789. Dans tous ses ouvrages , dont
la plupart sont anonymes ou pseudo-
nymes, on reconnaît le moraliste phi-
losophe, le philologue instruit, le com-
])ilateur éclairé , l'analyste judicieux ,
le traducteur fidèle. I. De morhis li-
teratorum epidemicis , eorumque
rectd sanandorum ratione , Leipzig,
i767,in-4°.; dissertation curieuse,
sous le nom de F. A. Philiater. II.
Tableau moral de Leipzig , par le
baron de Ehrenhausen , Eleuthero-
polis ( Leipzig ) , 1 16S , six cahiers ,
in-S°. (en allcraana. ) 111. Histoire
commerciale de la ville de Leipzig ^
ibid., 177'i, in-8'. (en allemand.)
IV. De Lipsid parturienlibus ac
puer péris nostris temporibus minus
lethiferd , Dissertalio , Leipzig ,
1 785 , in-4". V. Le médecin des ec-
clésiastiques, Leipzig, 1769, in-8".;
jbid. , 1770. VI. Le médecin des
FRA
voyageurs i Langens.ilza , 1774»
iu-8". VIL Sur les inconvénients et
les dangers des lits de plume , Leip-
zig, 177'^ , in-8\ L'auteur blâme
surtout, avec raison , la coutume bi-
zarre et insalubre qu'ont les Allemands
de s'enseveHr, en quelque sorte, entre
deuximmenseslitsdeplumc.VIll.iSar
la vie et le caractère de Gellert , ib. ,
1772, in-8''. IX. Mémoire sur Vé-
ducation physique des enfants, ibid.,
1773, in-8". X. Lettres sur divers
sujets de médecine , Langensalza ,
1775-76, 5 vol. in-8". ( ces six ar-
ticles sont en allemand. ) XI. Disser-
tatio de asparago ex scriptis medi-
corum veterum , Leipzig, 1778,
in-4°- XIÏ. Archœologia ariisobste-
triciœ et puerperii y ibid., 1784,
m-8\ Franz a composé une foule
d'autres opuscules , ])armi lesquels on
dislingue ceux qui traitent de l'in-
fluence de la musique sur la santé ;
de l'agrément , des avantages et de
l'utilité des belles-lettres j du premier
jour de l'an , et des élrennes ; del'in-
sufTisance de la philosophie pour pré-
venir et corriger les mauvaises mœurs.
Il a traduit plusieurs ouvrages deTis-
sol , tels que la Défense de Vinocu-
lation , et le Traité de Vépilepsie ;
il a surchargé la littérature allemande
d'une faible production de Goulin : Le
médecin des dames y etc. La plupart
de ses travaux de critique et d'érudi-
tion méritent d'être signalés : i". Il a
complété et enrichi d'un Glossaire
l'opuscule grec de Xénocrate sur les
aliments tirés des animaux aquati-
ques : TTSpt mç a;ro svvopwv t/îo^/;?;
avec la traduction latine de Jean-Bap-
tiste Rasario , et les Scholies de Con-
rad Gtsner , Leipzig, 1775, in-8".
2". Il a publié réunis les Vocabu-
laires hippocratiques , très incom-
plets , et pourtant utiles , de Erotien,
Galien et Hérodote, ibid. y 1777,
FRA
în-S". 5°. 11 a donne une e'dition de
VHisioire naturelle , dé Pline, cum
inlerpretatione et notis inicgris Jo-
hannis Harduini , itemque cum corn-
meniariis et aànotationihus Her-
molai Barhari , et variorum , ibid. ,
1777-1791 , 10 vol. !n-8°. 4"- 11 3
rcj)rodml deux excellents recueils sur
le lait : l'un , Conradi Gesner , Li-
hellus de lacté et operihus lactariis
p/iilolorricus pariter ac medicus ,
ibid. , 1777, in-H". ; l'autre, F. J.
Foltelen , De lacté humano , ejusqua
cum asinijw et ovillo comparatione ;
accedunt, Henrici Doorschodt ,De
lacté} et J. G. Grisel ^ De cura
lactis in arthritide , ibid., 1779,
in-8". Enfin , après la mort deLcskc,
en 1786, la rédaction des Commen-
tarii de rébus in scientid naturali
et medicind gestis , fut confiée au
savant et laborieux Franz. C.
FRA-Px\OLO. Fojr. Sarpi.
FRASSEN ( Claude ), savant
cordelier observanlin , ne dans le
voisina;;e de Péronnc, en Picardie,
l'an iG'io, entra au couvent des
cordeiicrs de cette ville , à l'âge d'en-
viron seize ans, et y fit ses vœux. Ses
Ksupe'ricurs lui ayant trouve des dis-
positions pour l'étude, et du goût
pour l'application , l'envoyèrent à Pa-
ris taire ses cours de philosophie et
de théologie : il y reçut le bonnet
de docteur, en 1O62, et professa
dans le grand couvent, dont il de-
vint gardien. C'est dans ce poste que
son mérite et d'heureuses circonstan-
ces le firent connaître de Louis XlV ,
et de la reine Marie - The'rèse : il
mit à profit les bontés de l'un et de
l'autre, pour l'embellissement et la
décoration de son église. Dans cette
même qualité, en 1682, il dut se rendre
à Tolède , pour assister à un chapitre
général de l'ordre qui devait s'y as-
sembler. Il y fut élu définitcnr géné-
FRA 535
rai; et cette dignité l'obligea, en 1688,
à fiire le voyage de Rome, pour y
assister à un autre chapitre général :
il y eut occasion de soutenir les
intérêts de la nation française , au
sujet de quelques questions qui y
furent agitées , et où ils pouvaient
être compromis. Le roi n'ignora pas
la manière dont le P. Frassen s'était
comporté dans ces deux chapitres; il
lui en témoigna son contentement,
et l'employa dans diflférentes affaires
difficiles que le P. Frassen termina à la
satisfaction du monarque. La réputa-
tion de prudence et de sagesse dont il
jouissait , lui avait valu la même con-
fiance de plusieurs personnages d'un
haut rang, ainsi que de quelques ordres
religieux , et même du parlement, qui
recourait quelquefois à ses lumiè-
res. Tant d'occupations ne détour-
naient le P. Frassen, ni des devoirs
de son état, ni de lélude j il trouvait
danssongoûtpourlarotraite,du temps
pour tout : il sortait rarement, et, à
l'excejnion des deuii. voyages qu'il fit
pour assister aux chapitres généraux,
et d'un troisième , pour la visite d'une
province, en qualité de commissaire
général , il ne s'absenta jamais de
son couvent. Il mourut à Paris , au
couvent de l'observance, le 0.6 fé-
vrier Ï71 1 , dans sa quatre-vingt-on-
zième année. Nous avons de lui : I.
Conduite spirituelle pour une per-
sonne qui veut vivre saintement., Pa-
ris, 1667, in-i2. II. Lettres de St.
Paulin, traduites en français avec
des remarques, Paris, 1705, in-8".
Il ï. Un Cours de philosophie, publié
d'abord in -4"., imprimé ensuite à
Paris, 1668, 2 vol. in-4''; ouvrage
qui pouvait être bon pour le temps ,
mais qu'on ne lirait pas aujourd'hui.
IV. Un Cours de théologie ^ Paris ,
1672 , 4 vol. iu-foî., plus estime que
la Philosophie ; l'auteur en avait pré-
536 F R A
pare une i^^^. édition , à laquelle il
avait ajoute' un 5™''. volume, et qui
c'tait prête à cire imprime'e , lorsqu'il
mourut. Elle fut publiée à Venise, en
1^44? sous ce titre : Scotus acade-
micus seu iiniversa doctoris suhtilis
iheologica dogmata, l'î vol in-4"-
Frassen s*y montre théologien pro-
fond. On lui reproche d'y manquer
de précision , et de se traîner un peu
trop sur les traces des scolasliques,
ses prédécesseurs. V. Disquisitiones
libîicœ , 1682 et 171 1, deux vo-
lumes in-4''. , Lucques, 17O4, 2 vol.
in-fol. Ces disquisitwjis^ ou Recher-
ches sur la Bible, sont de deux sortes :
les unes, contenues dans le premier
volume, ont pour objet, la Bible en
général; Frassen y traite de son anti-
quité , des principales éditions qu'on
en a faites, des livres canoniques, etc.;
il y concilie les contradictions apparen-
tes du texte sacré: les autres disquisi-
lions cnncernent le pentatcuque, et
forment le deuxième volume. Person-
ne ne conteste à cet ouvrage beau-
coup d'érudition j mais on ne s'accor-
de pas de même sur son mérite , à l'e'-
gard de la méthode et de la précision.
On Ta même accusé d'avoir _, non
seulement puisé dans la Démonstra-
tion éwangelicjue j du savant Huet,
mais encore d'avoir, pour déguiser
sou larcin, critiqué, d'une manière
peu décente, l'illustre prélat. Selon
dom Calmet, « l'ouvrage du P. Fras-
» sen est curieux, utile, méthodique;
» le style en est clair et assez pur. »
Le P. Noël Alexandre combattit Fras-
sen dans une Dissertation ecclésias-
tique , Paris , 1 68:2 , i n- 8**. L — y.
FRATTA ( Jean ) , poète , né à
Vérone, dans le 16". siècle, d'une
famille noble, cultiva les lettres avec
assez de succès pour mériter les
encouragements du Tasse ; cependant
il ne paraît pas avoir joui, durant
FRA
sa vie , de la réputation qu'il méri-
tait. Son principal ouvrage est un
poème intitulé : La Maltéide^ Venise,
1396, iu-4". Le jugement avanta-
geux que le Tasse en porta , devrait
le faire rechercher des amateurs de
la poésie italienne ; et il est remar-
quable qu'on n'ait pas encore songé
à en donner une nouvelle édition.
Les autres ouvrages de Fralfa sont :
1. Des Eglogues (en italien ), Vérone ,
\'j'-<6.\\. Nigelle pastorale , j582. 1
m. Délia dedicatione de* libri , |
Dialoghi y con la correzione delV
ahuso in questa materia introdotlo ,
Venise, i Sgo ,in-4'\ IV. Des Poésies
éparsGs dans différents recueils. Fnfin
on lui attribue une traduction de \^0E-
dipe de Sophocle , et une comédie,
intitulée,// Tdsoro , restées en manus-
crit. W — s.
FUAUENDORFFER (PmuppE),
né à Kœnip;swiescn , dans la Haute-
Autriche , fut appelé à Briinn , en
qualité de médecin provincial , et
mourut dans cette capitale de la Mo-
ravie, en 1702. Ses ouvrages sont
en petit nombre, et ne renferment
rien de neuf. On peut cependant les
consulter avec fruit, parce que les
matériaux sont généralement puisés
aux bonnes sources : L Opuscidum
de morbis nudierum , Nuremberg ,
1696, iu-12. II. Spolia liippocra-
tica^ seu textus et sententiœ ex li-
hris aphorismorum , prœnolioman ,
prœdiclionum , de judicaiionibus ,
CQacisprœnotionibuSyetcapitisvulne-
ribus Hippocratis collectœ, Briinn,
1699, iu-12. Cette espèce de manuel
alphabétique offre une esquisse de la
doctrine d'Hippocrate , accompagnée
de courtes rélloxions. III. Tabula
smaragdina medico - pharmaceuti-
ça y Nuremberg , 1 669 , in-i 2. L'au-
teur a également suivi l'alphabet dans
ce formulaire , qui contient plus de
FRA
huit cents recellcs, mises au jour pour
la première fois : l'édition donnée en
j 7 1 5, par Jean-Abraham Mercklein ,
est enrichie de nombreuses additions.
IV. Oniscographia curiosa , seu
tractatus de asellis , vulgb mille-
pedibus , liriinn , 1 700 ', in-i 2^. Cette
histoire naturelle et médicale des clo-
portes e.>t re'dige'e suivant la me'thode
adoptée par l'académie des curieux
de la nature , dont Fiauendorffer était
membre , sous le nom de Herodicus.
Ce n est pas le seul tribut qu'il ait
payé à cette société célèbre : il a insé-
ré dans ses Ephémérides une grande
quantité d'articles, dont il importe
de noter les principaux, en commen-
çant par celui qui a pour objet la gé-
nération des cloportes, et se ratta-
che conséquerament à l'oniscographic.
Parmi les autres, se distinguent sur-
tout la description et la cure, par la
diète lactée, de cette singulière fla-
tuosité ambulante, ou affection tym-
panitique , appelée naklr par les
Arabes ; l'observation d'une femme
devenue mère plusieurs fois, bien
qu'elle n'eût jamais été réglée; enfin ,
celle d'une jeune fîile dont l'œil pré-
sentait une conformation très inso-
lite : la pupille avait précisément la
ligure d'au cœur , et la vision ne s'en
exerçait pas moins dans toute son
intégrité, C.
Fa AUËNLOB (Henri ), nom sous
lequel est connu un Meistersauger
( Fof. FoLcz ) du 1 4". siècle. On ne
sait d'autres détails sur sa personne,
sinon qu'il a exercé son art à Maïcn-
ce, et y est mort en 1 517. Quelques-
uns en font un docteur en théologie j
d'autres un chanoine. 11 s'attacha prin-
cipalement à chanter les vertus des
femmes ; ce qui le fit appeler Fraueiv
lob, c'est-à-di^e, panégyriste des da-
mes , mot qui , dans la langue du
siècle, s'écrivait vrowenlob, et dgpt
55:
F R A
Dreux Duradicr, dans ses Récréa-
tions historiques , vol. I, pag. 129, a
fait Henri de Prouvinloup. Albert de
Strasbourg, en parlant, sous l'année
1 5 1 7 , de la mort de ce poète , dit qu'il
fut inhumé à Maïence » la veille de la
St.-André,dans le parvis de la grande
église, près les degrés; que son corps
fut {)orté par les dames, depuis sa
maison , jusqu'au lieu de sa sépul-
ture ; . qu'elles y répandirent beau-
coup de pleurs , et versèrent sur
sa tombe une si grande quantité de
vin, que le parvis en fut inondé. Par-
mi les ouvrages de Henri, on cite
surtout un poème en l'honneur de la
Vierge. Quelques-uns de ses vers sont
imprimés dans la collection de Ma-
ncsse, qui a paru à Zurich; mais la
plupart sont inédits : on les trouve
manuscrits dans un recueil qui ap-
partenait anciennement à la tribu des
cordonniers de Colraar , et dans un
autre qui est à la bibliothèque du Va-
tican, il inventa plusieurs rhythmes.
S— L.
FRAXÏNIS ou DESFRENES( Ni-
colas), plus commimémeut nomme
Deleuze , théologien de Louvain,
ciianoine de St.-Pierre de cette ville ,
visiteur des livres en l'université , a
été oublié par Fr. Swert, par Valère
André, par Foppens, et n'a point place
dans l'ouvrage de Paquot : il vivait
au 16^. siècle. D. Calmet lui attribue
une traduction de la Bible. C'est une
erreur, et en voici la source ; ce fut lui
que les docteurs de Louvain chargè-
rent de la révision de la Bible, par
J. le Febvre d'Etaples , édition connue
sous le nom des docteurs de Lou-
vain. (Voy. Febvre d'Etaples). Il
a laissé quelques autres ouvrages :
I. La Pérégrination spirituelle vers
la Terre- Sainte , comme en Jéru-
salem, en Bethléem , etc., compo-
sée en langue t h;} ci se, par F as-
558 F R E
cha , et translatée , Louvaiii , 1 566 ,
in-4°. ; réirapriraëe sous ce titre : Les
Pérégrinations , etc. , composées en
langue toscane, par Pascka, 1576,
inS". M. Boucher-Laricliarderie a ad-
mis dans sa Bibliothèque des Foya-
ges cet ouvrage, qui est un livre as-
cétique ; et c'est parmi les livres asce'-
tiques, en effet, qu'il figure dans le
Catalogue de la Bibliothèque du
roi y D., 5979. II. Les Heures de
N. D. réformées , corrigées , et ,
par le commandement de Pie^ pape
cinquième du nom ^publiées , etc.; le
tout translaté du latin enfrancois ,
j 577, in-8 . Guillaume Gazet dit qu'il
a donne' une traduction française de
Yffortulus animœ, et qu'il a travaillé
à la version des Heures latines-
françoises , qui sont peut-être celles
que nous avons citées. A. B — t.
FRÉARD DU CA8TEL ( Raoul-
Adrien ) , né à Baïeux , d'iuie fa-
mille noble , mort le 16 mars 1766,
des suites d'une paralysie, est auteur
des Eléments d'Euclide , réduits à
l'essentiel de ses principes , 1740,
in- 12. Le Dictionnaire universel,
Desessirts ( Siècles littéraires ) , et
Beziers {Histoire de Baïeux ^ 9,9.1 )
lui attribuent V Ecole du jardinier
fleuriste , 1 764 , in- 1 2 : ouvrage q\\\
n'est mentionne ni dans la France lit-
téraire, ni dans la Bibliographie agro-
nomique. — Marc-Antoine Fueard
DU Castel , frère de Raoul-Adrien ,
archidiacre des Vcz, puis chanoine
de Baieux, mort en 1771, avait
passé pour un des plus habiles prédi-
cateurs de son temps. A.B — t.
FRÉARD. /^.Chambrai.
FRÉCULFE, nommé aussi JRa-
dulfe dans les Catalogues des évê-
ques de Lisieux, naquit vers la fin du
8*. siècle. Il fut, en 825 , envoyé à
Rome' avec Adegaire , pour obtenir
du pape Eugène II la permission de
FRE
soumettre à l'examen d'hommes ins-
truits la fimeuse question du ren-
versement des images que, dès 81 4 >
Léon IV, empereur d'Orient, avait
fait briser dans les églises de ses
états j question très importante , même
sous le rapport des arts, puisque, si
elle eût été résolue par l'affirmative,
la renaissance de la peinture et de la
sculpture n'eût pas eu lieu en Italie,
quelques siècles après. Au retour de
ces envoyés , une assemblée d'évcques
fut convoquée, à ce sujet, à Paris , le
1 *•■. novembre 826. O^ fut vers le même
, temps que Frérulfe parvint à l'évêché
de Lisieux, qu'il occupa jusqu'à sa
mort, arrivée vers 85o. 11 assista, en
837, au concile de Quierzi, lieu alors
fameux sur les bords de l'Oise , et dans
lequel résidèrent quelques-uns de nos
rois de la seconde dynastie. A cette
époque, Louis-le-Dcbonnnire, récem-
ment rétabli , connaissant le dévoue-
ment de Fréculfe à ses intérêts et h
ceux de l'impératrice Judith , lui con-
fîi la garde d'Ebbon , archevêque de
Reims , qui , abusant du pouvoir ex-
cessif qu'usurpait alors le clergé, avait
osé dégrader et soumettre à la péni-
tence le fils de Gharleuingne. Quoi
qu'en dise Bcllarmin , d'après Tri-
thème , il est fort douteux que Fré-
culfe ait été moine. Très actif, et
fort instruit pour son temps , il eut ,
perdant vingt années , une grande
part aux affaires ecclésiastiques de la
province de Normandie. Ce fut à sa
prière, que Raban-Maur, abbé de
Fulde, écrivit, vers 85o, ses Com-
mentaires sur le Penlateuque, qui fu-
rent depuis imprimés à Cologne , en
1627. Il avait lui-même composé plu-
sieurs ouvrages, dont le plus impor-
tant est parvenu jusqu'à nous; il est
intitulé : Freculphi , episcopi Lexo-
viensis, Chronicorum lihri duo. Eli-
sachar, précepteur de Fréculfe, lui
FRE
«îonna l'idée de cet ouvrage , en ren-
gageant à réunir tous les traits inté-
ressants qui se trouvent dans les his-
toriens grecs, latins et hébreux , pour
lui servir à ëclaircir l'histoire des pre-
miers âges du monde, jusqu'à l'ère
vulgaire. L'impératrice Judith lui con-
seilla de continuer cette chronique
jusqu'à la chute de l'empire romain.
II suivit ce conseil : son histoire finit
vers Tannée 600. Comme l'auteur
adopta pour l'histoire hébraïque la
version des Sojilante , il diffère quel-
quefois dans les dales, et même sur
plusieurs laits, des écrivains qui de-
puis ont traité les mêmes matières, et
surtout de la Vulgate, qui , par exem-
ple, fixe à l'an i656 le déluge, que
Fréoulfe place en ii/^i. On a vu à
la Bibliothèque du roi, parmi les ma-
nuscrits provenant du Vatican ( Bibl.
de Chrisiine , n^. 3o2i ), un manuscrit
(in-fol., sur vélin, de 1 56 pages)
des Chroniques de Frécuife , lequel
est du temps de l'auteur, et, comme
tous les autres , ainsi que les impri-
més , offre une lacune à la fin du
premier livre et au commencement
du second. L'ouvrage fut imprimé en
1559, in-fol., à Cologne; en 1597 ,
in-l'ol., à Heidelberg; et in-8**., à
Paris , chez Comelin. Il a aussi été
inséré dans la Bibliothèque des
Pères. D — b — s.
FRÉDEG AIIŒ, surnommé le Scho-
lastique y titre par lequel on dési-
gnait les personnes instruites , floris-
sait dans le 7*. siècle. On conjecture
qu'il était né en Bourgogne , parce ,
qu'il s'attache surtout , dans sa Chro-
nique, à rapporter les événements
arrivés dans ce royaume, f^es détails
de sa vie sont entièrement inconnus ;
mais on a des raisons de croire qu'il
vivait encore en (358. La Chronique
de Frédegairc est divisée en 5 livres.
Les trois premiers ne sont qu'une
FRE 53o
compilation faite d'après les Chroni-
ques de Jules Africain , Eusèbe , S. Jé-
rôme etidace, et finissent à la mort
de Bélisaire en 56 1. Henri Canisius
les a insérés dans ses Antiquœ lec-
tioneSy sous ce titre : Collectio his-
torico-chronographicct ex Idalio et
aliis. Le quatrième est un abrégé de
l'histoire de S. Grégoire de Tours , et
se termine à la mort de Chilpéric , en
584. Le cinquième renferme la con-
tinuation de cette histoire jusqu'cà l'an-
née 641. Quatre écrivains anonyme»
ont fait des additions à la Chronique
de Frédegairc , et l'ont poussée , do
cette manière , jusqu'à l'année 768.
Ce cinquième livre est très important.
Adrien de Valois avoue qu'il en a
tiré de grands secours ; et c'est , en
effet , le seul morceau historique où
se trouvent rapportés avec quelque
étendue les règnes de Ciotairell , Da-
gobcrt P*^. et Clovis le jeune. Il a été
imprimé, en forme à^ appendice aux
œuvres de S. Grégoire de Tours ,
Baie, i56B et 1610, in- 8"., sous
ce titre : Fredegarii scholastici chro^
nicon quod ille,jubente Childebrando
comité, Pipini régis patruo, scripsit;
et Tabbé de Marolles Ta traduit en
français. Le 4''' et le 5^ livre se re-
trouvent dans les Scriplores rerum
francicarum , par Freher ; dans les
Scriptores coœtanci , tom. P*". , par
Duchesne ) dans l'édition des OÈu-
vres de S. Grégoire de Tours , par
Ruinart, et dans le tome II du Re-
cueil des historiens de France , par
dom Bouquet. On peut consulter pour
plus de détails sur cet ouvrage, la
Dissertation d'Adrien de Valois , de
Fredegario ejusque operibus , au
tome II de son Histoire de France ;
la Préface de dom Huinart sur les
œuvres de S. Giégoire de Tours ;
Y Histoire littéraire de France , par
dora Rivet; tome lil, et surtout l'^-
5io FRE
polog^ie de Vhisloire de Frédegaire ,
.par i'abbede Verlot, dans le I'"". vol.
des Mémoires de Vacadémie des
inscriptions. W — s.
FtiÉDEGISE ou FRIDUGISE ,
écrivain du 9"^. siècle , était disciple
d'Alcuiu , qui l'amena avec lui d'An-
gleterre en France, au commencement
du règne de Charlemagnc. Il ne tarda
pas à se faire une réputation assez
étendue j et comme le savoir condui-
sait alors aux emplois , il lui fut aisé
d'en obtenir un à la cour. L'abbé de
Longcliamps a fait de Fiédegise un
intrigant sans talent et sans délica-
tesse, négligeant ses devoiis, et cher-
chant par tous les moyens à éloigner
ceux dont il pouvait redouter la supé-
riorité. Mais on voit d'un autre côté
qu'Aicuin lui fut toujours très atta-
ché^ il n'en parle que dans les termes
les plus flatteurs; il se plaît à lui
donner le titre de son très cher Jils ;
et l'on doit convenir que le témoignage
d'un homme aussi respectable est une
grande preuve en faveur de Frédegise.
Cependant on ne peut pas dissimuler
que celui-ci n'ait eu quelques torts, et
il faut peut-être lui reprocher d'avoir
contribué par son exemple à intro-
duire le relâchement dans les monas-
tères dont il était le chef. Il avait suc-
fcdé à Alcuin dans la place d'abbé de
S. Martin de Tours. Il eut ensuite
Tabbaye de Sithieu ou St.-Berlin , à
laquelle il réunit celle de Cormeri. Il
est nommé le premier des quatre abbés
qui souscrivirent , en 81 1 , avec plu-
sieurs évêques , le testament de Char-
lemagnc. Louis -le -Débonnaire le fit
«son chancelier, et Frédegise conserva
cet emploi important jusqu'à sa mort,
arrivée en 834. On croit que Fréde-
gise avait composé plusieurs ouvrages
qui sont entièrement perdus ; mais
on doit peu les regretter , si l'on juge
de leur mérite par ceux qu'on a con-
FUE
serves ou dont il reste des fragments.
Ce sont : I. Epistola de nihilo et te-
nehris j insérée dans le Y"", vol. des
Miscellanea de Baluze. Il essaie d'y
prouver que le néant est quelque chose
de réel , puisque , suivant les Ecri-
tures , Dieu en a formé le monde que
nous voyons ; et que les ténèbres sont
une substance corporelle. On dit qu'il
montre , dans celte lettre , un esprit
subtil et orné ; que le style en est clair,
pur, et même coulant, malgré les
épines de la philosophie : mais il lui
était difficile de faire un plus mauvais
usage de son talent. II. Des Poésies
imprimées avec celles d'Alcuin , et
dont on n'a pas pu les distinguer ;
mais la description du monastère de
Cormeri passe pour être certaine-
ment de Frédegise. III. La Réfuta-
tion des sentiments erronés d'Ago-
hard , évéque de Lyon. On ne con-
naît de cet ouvrage que les passages
qu'Agobard en a insérés dans sa ré-
ponse , et qui suffisent pour prouver
que Frédegise n'était pas exempt lui-
même d'erreurs condamnables. On
peut consulter à ce sujet l'ouvrage
d'Agobard , ou X extrait qui en a été
inséré dans le tome IV de VIJistoire
littéraire de France, par dora Rivet.
W— s.
FRÉDÉGONDE, reine de France ,
non moins célèbre par ses crimes que
par ses succès, naquit à Montdidier,
en 545 , de parents obscurs, dont on
ne connaît ni l'origine, ni l'état, ni
mêmelenom.Parses talents autantquc
par sa beauté, elle s'éleva successive-
ment jusqu'au tronc, qu'elle occupa
avec gloire pendant quinze ans, après
avoir effrayé la terre, pendant vingt au-
tres années, par ses forfaits. Elle entra
au service d'Audoucrre, première fem-
me de Chilpéric, roi de Soissons, et
devin t «a confidente et bientôt sa rivale.
Chiîpcric, qu'on a nomme le JYéron
FRË
de la France f et qui fut réellement le
bourreau de sa faiiiille et le tyran de
ses sujets, remarqua la beauJe de Fre'-
dëgonde, se laissa subjuguer par ses
artifices, et ne dut peut-être qu'à ses
faiblesses pour elle, la perversité de
vSon caractère et l'infamie de sa répu-
tation. Celle-ci, devenue maîtresse,
aspira au titre d'épouse, et, pour y
parvenir, se servit d'un stratagème
qui mérite detre connu, parce qu'il
peint les mœurs de ces temps bar-
bares. Tandis que Ghilpéric était oc-
cupé à faire la guerre aux Saxons , la
reine Audouene accoucha d'une fille,
qu'on différa de baptiser jusqu'au
retour du roi: alors, tout étant prêt
pour la cérémonie, la marraine, ga-
gnée par Frédégonde, ne parut pas,
et ne put être trouvée , quelques
recherches qu'on en fit; la reine, qui
était présente, et qui s'impatientait de
ces retards, ne put s'empêcher d'en
montrer du chagrin : Qui vous em-
pêche, lui dit l'adroite confidente,
de tenir vous-même votre enfant sur
les fonts de baptême ? aucune loi ne
s'x oppose. La reine tomba dans le
piège qu'on lui tendait : elle consentit
à être la marraine de sa fille ; elle
ignorait que, d'après les lois de l'Eglise,
les parrains et marraines d'un enfant
contractaient, avec ses père et mère ,
unealHance spirituelle qui interdisait
toutes les autres. Frédégonde, plus
instruite, alla trouver le roi, et lui
dit, en riant, qu'il n'avait plus de
femme, par la raison que nous venons
de dire. Ghilpéric, aussi superstitieux
que libertin , se consola aisément d'un
accident qui lui rendait sa liberté. Il
exila l'évêque qui avait baptisé sa
fille , et força sa malheureuse femme
d'entrer dans un couvent et d'y pro-
noncer des vœux éternels. Cependant
Frédégonde manqua cette fois son
but. Elle obtint bien les honneurs de
F RE 5ir
reine, mais non le titre d'épouse, par
une circonstance imprévue. Sigebcrt,
roi d'Austrasie et frère de Chilpéric ,
avait toutes les vertus qui manquaient
à son frère , et venait d'épouser Bru-
nehaut , fille d'Athanagilde , roi d'Es-
pagne , la princesse la plus accomplie
de ces temps-là. A cette occasion, ses
peuples se livrèrent à la plus grande
joie. Ceux du royaume de Soissons
s'affligeaient, au contraire , de voir
leur roi enchaîné dans les liens d'une
indigue courtisane. Il entendit leurs
plaintes , et résolut de les faire cesser,
en faisant demander en mariage la
princesse Galsuinde, sœur aînée de
Brunehaut. Ce ne fut pas sans peine
qu'il l'obtint, parce qu'à la cour d'Es-
pagne on connaissait son caractère
volage. La nouvelle reine reçut à
Rouen les premiers hommages de sou
mari , le serment de ses sujets , et , de
la part de Frédégonde , l'assurance
d'un éternel attachement. Mais elle
ne tarda pas à s'apercevoir qu'elle
avait dans cette femme une rivale et
une ennemie. Elle s'en plaignit d'abord
à son mari qui se moqua de ses plain-
tes , puis dans une assemblée des
états , qui obligèrent le roi à éloigner
Frédégonde. Mais, dès le lendemain,
la reine infortunée fut trouvée raorle
dans son lit. Brunehaut, sa sœur,
accusa hautement Chilpéric et Frédé-
gonde de ce lâche assassinat, et en-
gagea Sigcbert , son mari , à en tirer
vengeance. La guerre fut déclarée
entre les deux frères , et poussée avec
une extrême vigueur. Chilpéric fut
battu et assiégé dans la ville de Tour-
nai. Il était perdu sans ressource,
lorsque Frédégonde , qui était deve-
nue enfin sa femme , fit venir deux
scélérats , nafifs de Thérouane , et ,
leur remettant à chacun un poignard
empoisonné , leur dit : Voilà le seul
moyen de sauver voire roi, votre
542 FRE
reine et vous •mêmes, dont la fortune
est attachée à la mienne. Trois jours
nprès , Sigebert fut assassiné. Fréde-
p;ondc profita du trouble où celle mort
jeta l'armée des assiéj;eants pour les
attaquer , les combattit avec succès ,
les j)Oursuivit jusque dans Paris , où
elle s'empara de Brunehaut et de ses fil-
les ; elle fit renfermer celles-ci dans un
couvent , et conduire la reine à Rouen,
où elle la fit garder à vue, n'osant
pas la faire mourir de peur d'exciter
une sédition dans la ville. Chilpcric
avait eu de sa première femme trois
enfants, dont le dernier, nommé Méro-
vée, donnait les plus belles espérances.
Frédégonde eu fut jalouse , tant parce
qu'ils éloignaient les siens du Irone,
que parce qu'ils n'avaient pas pour
elle les égards qu'elle exigeait. Elle
les fit périr successivement. Peu de
temps après la mort de Méiovée ,
Cliilpcric lui-même tomba sous les
coups d'un assassin , qui se sauva à la
faveur des ténèbres. On n'a jamais
connu bien exactement le véritable
auteur de cet attentat. Frédegaire, qui
semble n'avoir écrit que pour flétrir
la réputation de Brunehaut, ne craint
pas de l'en accuser : mais Grégoire de
Tours n'en dit pas un mot; et l'au-
teur du livre intitulé , Gesta regum
francorum, en accuse au contraire
Frédégonde , et voici comme il ra-
conte le fait : « Chilpéric , prêt à partir
» pour lâchasse, monta dans la cham-
»bre de sa femme par un escalier dé-
» robe. Celle-ci crul que c'était Landri,
«avec lequel elle vivait dans une trop
>» grande familiarité. Un mot, qui lui
» échappa, découvrit toute l'intrigue
» à l'homme du monde à qui il était le
» plus important de la tenir cachée. Le
» roi sortit bnisquement et d'un air
» rêveur. Frédégonde instruisit son
y> amant de cette fatale aventure; et le
» scélérat;, pour éviter sa perle, osa
FRE
» faire assassiner son maître. » Qnoi-
queChilpéric fût universellement haï ,
sa mort violente n'en excita pas(
moins l'indignation des rois de Bour-
gogne et d'Auslrasie, qui résolurent
de la venger. Childebert II, roi
d'Austrasie, qui accusait avec rai-
son Frédégonde de la mort de son
père, fut le premier sous les armes,
et attaqua brusquement cette femme
coupable de tant de crimes, qui fut
abandonnée de tout le monde, et
ne trouva moyen de se soustraire
au ressentiment de son ennemi qu'en
se réfugiant dans l'église de Paris,
d'où elle écrivit à Contran, roi de
Bourgogne , une lettre touchante ,
pour le supplier de la prendre, elle
et son fils, sous sa puissante protec-
tion , contre les violences de Childe-
bert II. Le faible Contran se laissa
gagner , prit , en effet , Frédégonde
et son fils sous sa protection , obli-
gea le roi d'Austrasie à s'éloigner ,
et nomma Frédégonde régente du
royaume. C'était anciennement , com-
me aujourd'hui , le privilège des
reines-mères. C'est ainsi que Bru-
nehaut, sous Childebert II; Batilde,
sous Clotaire III ; Nautilde , sous
Clovis II, Ahx de Champagne, sous
Philippe-Auguste ; Blanche de Cas-
tille , sous S. Louis ; Louise de Sa-
voie , sous François I*^*". ; Catherine
de Médicis, sous Charles IX; Anne
d'Autriche, sous Louis XIV, gou-
vernèrent l'état avec une autorité
absolue , pendant la minorité , ou en
l'absence des rois leurs fils. Revêtue
de toute la puissance royale , Fré-
dégonde gouverna ses peuples avec
sagesse , et continua de combattre
ses ennemis avec les armes de la
perfidie. Elle ne pardonnait point
au roi d'Austrasie de l'avoir réduite
à chercher un asile dans une église:
elle chargea deux clercs de le poi-
FRE
gnarder, et leur promit pour recora-
penses les premières dignités de l'ë-
glise. Les misérables lurent décou-
verts, et coupés par morceaux. Con-
tran, lui-même, le libérateur de Fré*
dégonde, le père , le tuteur , le pro-
tecteur de son fils, ne fut point à l'abri
de ses attentats. Un jour qu'il entrait
dans sa chapelle pour entendre mati-
nes, il surprit et désarma un assassin
qu'elle avait envoyé pour le tuer. Une
autre fois _, lorsqu'il allait commu-
nier , un homme l'aborde ; mais ,
soit remords , soit frayeur , il laisse
échapper son poignard : ou l'arrêie ,
on l'interroge , et il avoue qu'il est
envoyé par Frédégonde. Tant de cri-
mes lassèrent les rois de Bourgogne et
d'Auslrasie. Ils s'unirent contre un
monstre qui paraissait acharné à leur
perte; mais ils furent battus complè-
tement par ce monstre , qui semblait
destiné a effrayer l'univers par ses for-
faits , et à l'éblouir par ses succès.
Frédégonde était arrivée au plus haut
point de prospérité. Une couronne
obtenue par l'éclat de ses charmes,
conservée par la force de son génie ;
un mari rétabli par son moyen sur un
troue que ses perfidies lui avaient fait
perdre ; une minorité conduite avec
tout l'art de la politique la plus con-
sommée j une régence illustrée par
deux grandes victoires j un nouveau
royaume conquis et assuré au roi son
fils , tout publiait la gloire de celle ha-
bile princesse. On oubliait presque
qu'elle avait immolé à son ambition ou
à sa sûreté un grand roi, son mari ,
deux vertueuses reines, trois fils de
roi , des prélals, des généraux , et une
infinité d'autres victimes moins illus-
tres. Ce fut ce moment de triomphe
que le ciel choisit pour l'enlever de ce
monde et terminer sa carrière , com-
me s'il eût apprébeudé que le brillant
éclat de tant de succès ue diminuât
FRE 545
l'horreur qu'on devait à tant de for-
faits. Frédégonde mourut de mort na-
turelle , en 597 , âgée de 55 ans , et fut
enterrée dans l'éghse de Saint-Ger-
main-des-Prés. a II y a , dans le chœur
» de cette église, dit le P. Daniel, un
» tombeau sur lequel on voit la figure
» pinte d'une reine , en mosaïque. On
» prétend que c'est la figure deFrédé-
*gonde , et l'inscription le dit. Il y a
» beaucoup d'apparence que cette fi-
»gure est originale , et que ce n'est
» point un ouvrage fait plusieurs siè-
»clcs après la mort de la^princessc
» qu'elle représente, comme le sont les
» tombeaux de Childebert et de Chil-
«péric, qu'on voit dans la même
•» église. » M. Lenoir croit que cette
mosaïque en émaux , transportée vers
la fin du 18^. siècle , avec le tombeau
de Frédégonde , au Musée des mo-
numents français , est de l'an 600 .
mais que l'inscription Fredesundia
résina , uxor Chilperici régis , est
d'une date pius récente. Dreux- Dura*
dier , dans ses Mémoires historiques
des reines et régentes de France , a
entrepris de réhabiliter la mémoire
de Frédégonde en la présentant comme
une héroïne dont le caractère ^w6/imff
offre seulemeut quelques taches. Ces
paradoxes ont été victorieusement ré-
futés par Gaillard , dans le Journal
des savants , de janvier i ^65 , p. 1 5
et suiv. G—s.
FRÉDÉRIC F'., surnommé ^^r-
herousse (i), 22^ empereur d'Aile-
marine, né l'an 1 1 21 , était fils de Fré-
déric, duc de Souabe. Il annonça, des
sa jeunesse , des inclinations guer-
rières , et accompagna en 1 1 47 , à la
Terre-Sainte, l'empereur Conrad III,
son oncle, que les exhortations de
saint Bernard avaient déterminé à se
(i) On le nomma Barberonsse, par raison de se*
beaux chsvcuï dures. l^GoUut., Mém. de Kow-
544 TRE
croiser contre les Sarrasins. Les
Guelfes en Italie, et le duc de Saxe
( Henri le Lion ) , en Allemagne ,
profitèrent de l'absence de Conratl
pour affaiblir son pouvoir; et , en mou-
rant, celui-ci vit avec rcfijret l'empire
échapper à son fils. Frédéric, que de
belles actions et de grandes qualités
rendaient déjà recoramandable, fut
c!u empereur dix-sept jours après la
mort de Conrad , et couronné à Aix-
la-GIiapelle, le 9 mars 1 13'2. 11 apaisa
d'abord les troubles qui agitaient l'Ai-
lemagne, accorda au duc de Saxe
l'investiture de la Bavière dont il s'é-
tait emparé, et , s'établissant arbitre
entre Suenon et Canut, qui se dispu-
taient le Danemark, obligea Canut à
abandonner ses prétentions à son ri-
val, qui, par reconnaissance, se dé-
clara vassal de l'Empire. Après avoir
affermi son autorité en Allemagne , il
passa en Italie à la tête d'une armée ,
soumit les villes qui avaient proclamé
leur indépendance, et se fit couron-
ner roi de Lombardie. Jl députa en-
suite vers Adrien IV, pour le prier
de le couronner empereur h Rome. Le
pape ne voulut y consentir qu'autant
que Frédéric ferait serment de suivre le
cérémonial établi. D'après ce cérémo-
nial , l'empereur devait se prosterner
devant le pape, lui baiser les pieds,
lui tenir l'étrier , et conduire la ba-
quenée blanche du Saint-Père, par la
bride , l'espace de neuf pas romains.
Frédéric trouva l'usage humiliant , et
refusa de s'y soumettre. Le pape se
renferma dans la forteresse de Città di
Castello. On négocia comme s'il avait
été question de la chose la plus impor-
tante , et Frédéric finit par promettre
tout ce qu'on lui demandait (2), Le
(a^ Comme on lui fil obscrvpr qu'il »e trompait
dVtrier , on assure qu'il dit qu'il n'avait point ap-
pris le métier de palefrenier ; répoufc aa«fi spi-
rit«eUc que piquante.
FRË
pape , qui croyait alors disposer des
royaumes de la terre, n'était pas maî-
tre dans Rome. Cette viile était gou-
vernée par une espèce de sénat, image
bien imparfaite de celui qui, jadis,
avait dicté des lois au monde. Les sé-
nateurs eurent la prétention de dicter
aussi des conditions à Frédéric; mais
il les renvoya, en leur disant ces pro-
pres mots : a Rome n'est plus ce
» qu'elle a été. Charlemagne et Olhon
» vous ont conquis parla valeur; je
» suis votre maître par une possession
» légitime. » 11 fut sacré, le 18 juin
1 1 55 , dans l'église de Saint-Pierre :
mais son inauguration ne put avoir
lieu que hors des murs, et le peuple
furieux se porta à des excès qu'il
fillut réprimer. C'étaient, comme ou
voit , de toutes parts, des prétentions
bien «extra ordinaires et bien mal fon-
dées. Frédéric , de retour en Allema-
gne , travailla à affermir sa puissance
en faisant détruire les châleaiix de
plusieurs seigneurs , et en citant à
une diète le comte palatin , pour des
malversations. Le comte futccndamné;
mais on lui fit remise de la peine (5):
l'empereur voulait seulement faire re-
connaître son autorité. H répudia , en
1 153, Adélaïde de Vohbourg, sous
prétexte de parenté, et épousa trois ans
après, Béatrix, fille unique de Renaud
III, comte de Bourgogne. Par ce ma-
riage, il faisait revivre ses droits sur
l'ancien royaume d'Arles. Le pape ne
fut point consulté au sujet d'un divorce
que conseillait la politique, et cepen-
dant on ne voit pas qu'il s'en soit
plaint. Frédéric vint avec sa nouvelle
épouse visiter son royaume , et il s'ar-
rêta à Besançon , où il donna un
tournoi auquel assistèrent un grand
(3) Celle peine (que l'on nommait le htrmetcar)
étnit bien ridicule; elle consistait, suivant une
ancienne lui de Souabe , à porter un cbien ntr (c>
«paulfs , ua miUe d'AUeua(^ae.
FRÉ
hombre de clievaliers. Tandis qu'il se
livrait aux plaisirs, le cjrdinil Ro-
land, légat du pape, lui rerail une
lettre , conçue en des termes si peu
ménagés, qu'il ne put contenir sa co-
lère. L'empire j était désigné par le
mot heneficium, qui signifiait alors
un fiefdépendant du Saint-Siège. Fré-
déric savait que le pape l'avait déjà
désigné comme son fendataire; il fit
demander des explications au légat,
qui osa répondre : a Eh ! de qui ticnt-
» il donc l'empire , s'il ne le tient pas
» du pape ? » Le comte palatin vou-
lait tuer le légat ; mais Frédéric se
contenta de le renvoyer à Rome , et
il partit presque aussitôt pour l'Ita-
lie ( 1 1 58 ) , afin d'exiger le serment
de fidélité des différentes villes : pré-
caution inutile. Les Italiens ne se
croyaient pas engagés par des serments
que la violence leur avait arrachés ; et
le départ de l'empereur était toujours
pour eux le signal de nouveaux sou-
lèvements. Il aurait fallu pouvoir con-
tenir à la fois et l'Allemagne et l'Ita-
lie : mais rien alors n'était plus diffi-
cile y et ce principe , qu'on paraît
avoir adopté sans restriction, de juger
de ce qui a été par ce qui est , ne
peut qu'être la source de faux juge-
ments. Tandis que Frédéric assié-
geait Milan , toujours humiliée et
toujours prête à se relever de ses rui-
nes, des troubles éclatent en Bohème,
et les Polonais lui déclarent la guerre:
son intrépide activité suffit à tout. La
Bohème est pacifiée, et la Pologne
vaincue est érigée en royaume tribu-
taire. La rapidité de ses triomphes
lui garantit la tranquillité de l'Allema-
gne , et il revole en Italie pour y affer-
mir sa puissance. Leis Milanais avaient
encore essaye de s'y soustraire : Fré-
déric déclare leurs biens confisqués et
leurs personnes esclaves : « Arrêt,
dit Voltaire, qui ressemble plutôt à
XV.
FRE 545;
un ordre d'Attila qu'à l'cdit d'un em-
pereur chrétien. » La ville de Crème j
qui avait pris le parti de Milan, est
pilléf. Quelques jurisconsultes et des
théologiens , réunis à Bologne par
Frédéric, décident que l'empire du
monde lui appai tient, et que l'opi-
nion contraire est une hérésie. Jamais
prince ambitieux n'avait trouvé de
plus lâches complaisants : il se dispo-
sait à poursuivre son projet de réduire
l'Italie sous son obéissance , lorsqu'A-
drien meurt. L'élection d'un nouveau
pape divise les cardinaux j le plus
grand nombre élit Roland, ennemi
déclaré de Frédéric , et si connu de-
puis sous le nom d'Alexandre III :
les autres choisissent Victor II. L'em-
pereur convoque à Pavie un concile
qui valide l'élection de Victor : mais
Alexandre, retirédansAgnani, excom-
munie Frédéric , et délie les sujets de
ce prince du serment de fidélité; c'était
trop sans doute : mais on doit remar-
quer à la louange d'Alexandre, qu'il
ne prononça point la déposition de
Frédéric , et qu'il n'essaya point de lui
donner un successeur ', sage exemple
que les papes n'ont pas toujours
suivi. Les Mdanais jugent l'occasion
favorable pour recouvrer leur liberté;
ils attaquent l'armée impériale près de
Lodi , et remportent sur elle une vic-
toire éclatante : mais Frédéric fait
avancer de nouvelles troupes , et cerne
cette malheureuse ville dont la famine
lui ouvre bientôt les portes. Les mu*
railles en sont rasées , les édifices pu-
blics ( à l'exception de quelques égli-
ses ) détruits , et on sème du sel sur
leurs ruines : Gènes épouvantée en-
voie des députés à l'empereur ; Bolo-
gne qui veut résister, est prise et dé-
mantelée : toutes les villes d'Italie sont
soumises. Alexandre III cherche un
asile près du roi de France ; et Fré-
dcfic , qui craint de lui laisser cet
35
546
FRÈ
appui, convoque une assemblée à
Saint-Jean-de-Lone, pour prononcer
une seconde fois entre Alexandre et
Victor. Le roi de France n'assista
pointa celte assemble'e, qui se sépara
sans avoir pris de décision. Cepen-
dant de nouveaux troubles e'clalent eu
Italie : Rome et Venise forment une
alliance contre Frédéric. Dans le
même temps Victor meurt. L'empe-
reur fait sacrer un autre pape, qui
prend le nom de Pascal; il établit des
camps sur différents points , triple
partout les impôts, et retourne en Al-
lemagne : il assemble une diète à
Wurlzbourg ( ii65), dans laquelle
il demaùde aux princes et aux évêqiies
de s'engager par serment à ne jamais
reconnaître Alexandre pour chef de
l'Eglise j cet acte tyranuiqne ne fait
qu'accroître le nombre de ses enne-
mis. La ligue de Bome et de Venise
subsistait toujours ; d'autres villes y
prennent part : bientôt foute l'Italie
est en armes. Les Allemands , quoique
très inférieurs en nombre, obtiennent
des succès. Alexandre est encore obligé
de fuir de Rome , et Frédéric y entre
en vainqueur : mais une maladie con-
tagieuse se met dans son armée j il
songe un peu tard à la retraite, et ce
n'est qu'avec peine qu'il parvient à
repasser les Alpes. Des guerres si
longues et si meurtrières avaient
e'puisé ses ressources; il entre en né*
gociation : mais le pape rejette les con-
ditions qu'il lui propose. L'empereur
se décide alors à assembler une diète à
Worms ( 1 1 "jQi ), pour y exposer ses
besoins et demander des secours ; et
taudis qu'il court apaiser de nouveaux
troubles dans la Bohème, il envoie
en l'alie un corps de troupes, com-
mandé par Christian, archevêque de
Maïence. Deux ans s'écoulent sans
aucune entreprise remarquable de part
«i d'autre : çuâu, en 1 175, Frédéric
FtlÈ
vient mettre le siège devant Alexan-
drie , ville que son nom lui rendait
odieuse (i); mais il est repoussé avec
perte. Les Saxons, qui l'avaient suivi
malgré eux, l'abandonnent; sa cava-
lerie est entièrement détruite par les
Milanais, le 29 mat 1 176 , à la ba-
taille de Corne. Cette journée, dont
les Milanais conservèrent la mémoire
par une fêle perpétuelle , causa la
ruine de la puissance des < mpereurs
en Italie. Frédéric, réfugié d.ms Pavie,
se vit forcé de dépuler vers Alexan-
dre , pour le prier de fixer lui-même
les conditions de la p.iix. Le pontife
n'abusa point de la situation où l'empe-
reur se trouvait réduit : leur réconci-
liation fut sincère. Alexandre exigea
de l'empereur les marques de soumis-
sion qu'il avait données à Adrien IV,
et le cérémonial de leur entrevue fut
le même. L'Italie venait d'échapper
pour jamais au pouvoir de Frédéric :
mais l'ambition du duc de Saxe trou-
blait l'Allemagne , et ce prince guer-
rier n'était pas facile à réduire. Après
deux ans d'une guerre dont les succès
furent incertains, Henri-le-Lion fut
mis au ban de l'Empire, comme per-
turbateur du repos public , et ses étals
furent partagés entre le marquis de
Brandebourg et Ollion de Wiltelbach.
( f^. Henri-le-Lion.) Frédéric put seu-
lement alors s'occuper d'améliorer le
sort de ses peuples; il abolit plusieurs
coutumes barbares , encouragea le
commerce par l'affranchissement des
villes marchandes , et chercha à faire
flairir les sciences et les lettres p^r
les privilèges qu'il accorda à ceux qui
fréquentaient les écoles. Un congrès
s'assembla , par ses ordres , à Cons-
tance; et le '25 juin 1 185, les com-
mis.saircs de l'empereur et les députés
de la Lombardie signèrent entre
( I Ou sait qu'Alexandrie , surnommpe de /4
FnHh , doit «9u orisiuQ au pape Aitiwidre Mi,
FRE
eux un traite que les Italiens ont
long-temps regarde comme le fonde-
ment de leur droit public, et qui se
trouve à la fin du Corps du droit civil,
sous ce titre : De pace Constantiœ.
Cependant les succès de Saladin don-
naient de justes alarmes. Une troi-
sième croisade fut prêche'e dans toute
TEurope ; et Frédéric partit , en 1 1 89,
avec son fils le duc de Souabe, à la
tête d'une armée de plus de cent mille
hommes. L'empereur grec , Isaac
Lange, refusa de lui donner passage
par ses états , et il fut oblige' de se
frayer une route, à main armée , au
travers de la Tlirace : il gagna deux
îsatailles sur le Soudan d'iconium ,
s'empara de sa capitale, francLit le
jnonl Taurus , et mourut le 10 juin
1190, pour s'êlre baigné dans le
Cydnus, imprudence qui avait déjà
failli de coûter la vie au grand Alexan-
dre (i ) : mais Alexandre était jeune ,
et Frédéric avait près de soixante-dix
ans. Son fils fit transporter ses osse-
ments à Tyr , où Gui , roi de Jérusa-
lem, les fit déposer dans un tombeau
de marbre. Ainsi finit un des plus
grands princes qui aient occupé le
trône d'Allemagne : il eut de l'ambition
sans doute j mais il était excusable ,
puisqu'd n'avait pour but que de ren-
dre à l'empire son ancienne splen-
deur ; il était brave, actif, vigilant ,
ferme dans l'adversité; il avait de
l'instruction plus qu'aucun souverain
de son temps, et il l'employa, autant
qu'il put, à rendre plus douce la con-
dition de ses sujets. Il rendit hérédi-
taires les grandes charges de la cou-
ronne, que ses prédécesseurs faisaient
exercer selon leur bon pbisir ; et on
lui dut l'usage, suivi depuis en Italie,
(i) Quelques historiens disent que Frédéric se
noya dans la rivière de Salef , que des géographes
croient n'être pas précisément la même que le
,Cydaus ^ oit Alexaudre p«asa Uiaiur U vie.
FRE 547
de ne placer jamais un juge dans I0
lieu de sa naissance. On a de ce prince
àesLeltres imprimées dans !es Scrip*
tores rerumgeini.de¥vQ\icr,tom.V''.,
et dans Duchcne , tom. IV. H eut de
son mariage avec Béalrix, Henri Vf,
qui lui succéda ; Frédéric, duc de
Souabe , qui mourut de la peste au
siège de Ptolémaïs , peu de mois après
la mort de sou père ; Conrad , duc de
Souabe par la mort de son frère;
Philippe, duc de Toscane, puis em-
pereur j et deux filles. Ou peut con-
sulter surce prince : l.La Chroniqn&
d'Othon de Freisingen, avec les ad"
ditions d^ Oihon de Saint- Blcùse,
II. Historia Friderici imperatoris
magîii, hujus nominis primi , ducis
Suevorum et parentelœ suce , in-fo!.,
que PI. Braun croit avoir été imprime'
au monastère de Saint- Udalricd'Augs*
bourg, de i^']5 à 147^. III. Gun-
tlier , Ligitrinus , sive de rébus gestis
Friderici /, libri X, Heidelberg,
181 2, in-8". M. Dumgé, éditeur de
cet ancien poème, y a joint dts com-
mentaires et un Mémoire sur l'empe-
reur Frédéric l"^. et sur son règne.
IV. Burcliard, Epistola de victcrid
et triumpho Friderici i, et cladts
Mediolanensium, V. H. de Bunau,
Vie de Frédéric Barherousse, eu
latin, Leipzig, 1722 , in-4'. VI. Les
Recueils de Freher , de Kulpis et
les diffcreutes Histoires d'Allemagne.
W— s.
FRÉDÉRIC ÎI , 26^ empereur
d'Allemagne, était petit-fils de Barbe-
rousse. li naquit le 26 décembre 1 194»
à lesi , dans la marche d'Ancone, et
fut élevé dans le royaume de Naples ,
qu'Henri VI , son père , avait réuni à
l'empire par son mariage avec Cons-
tance : ce fut la première cause de
la préférence qu'il accorda toujours
aux Italiens sur les Allemands. La
1 précaution qu'avait prise son père de
55..
548 FRE
le faire reconnaître roi des Romains,
semblait devoir lui assurer la posses-
sion paisible du trône : mais le prin-
cipe si sage de la successibilile
n'était reconnu alors nulle part qu'en
France ; et la mort d'un souverain ,
ouvrant la porte à toutes les ambi-
tions , devenait le signal de tous les
désordres. Tandis qu'une partie des
électeurs nommait Frédéric II dans
Arnheim, l'autre partie proclama em-
pereur, dans Cologne, le duc Ber-
thold , et d'après le refus prudent de
celui-ci , Othon de Brunswick. Phi-
lippe , duc de Souabe , oncle et tuteur
de Frédéric , se fait , de son coté ,
élire dans Erfurt. Les droits d'un
prince enfant sont oubliés ou mé-
connus , et l'Europe se partage entre
Othon et Philippe. Philippe meurt
assassiné, en 1208, laissant Othon
seul maître de l'empire, A peine
t3lhon est-il couronné dans Rome ,
qu'au mépris des serments les plus
solennels , il veut s'emparer de la
Fouille , et enlever à Frédéric la der-
nière part de son héritage. La perfi-
die d'Othou indigne le pape , qui l'ex-
commuuie, etelle révolte les seigneurs
Allemands , qui conservaient un reste
d'attachement pour la maison de
Souabe. 11 est obligé de repasser les
Alpes en toute hâte. F«édé)ic , alors
âgé de 17 ^ns (12 12), le poursuit à
la tête de quelques troupes que lui
avait fournies le pape, s'empare de
l'Alsace, force le duc de Lorraine à se
déclarer pour lui , et se fait couronner
empereur à Aix-la-Chapelle. Othon,
soutenu par l'ADgletetre, remporte
quelques avantages sur Frédéric ,
qu'appuyait la France. Mais enfin ,
en 1 2 1 3 , la bataille de Bouvines où
Othon fut vaincu ( Voyez Philippe-
Auguste et Othon IV ) , décida cette
grande querelle eu faveur de Frédé-
ric, qui fut rec(^Dûu empereur par
FRE
toute l'Allemagne. Il chercha d'abord
à s'assurer Tamitié des Danois , voi-
sins alors fort dangereux , et il leur
céda, par un traité, les pays qu'ils
avaient envahis pendant les derniers
troubles. 11 renouvela ensuite , en
1 2 1 5 , la cérémonie de son couron-
nement à Aix-la-Chapelle, et accepta
toutes les conditions que le pape lui
imposa pour le sacrer à Rome. Olhoa
vivait encore , et Frédéric pouvait
craindre que ses partisans ne son-
geassent à le replacer sur un trône
dont la force seule l'avait fait descen-
dre. Les ménagements qu'il montrait
pour le pape , n'étaient donc que l'effet
de la prudence; et il ne renonçait pas
au projet formé par Barberousse de
soumettre l'Italie , et d'affranchir sa
couronne de toute domination étran-
gère. Innocent III , qui soupçonnait
peut-être les desseins de Frédéric,
lait prêcher une nouvelle croisade ;
mais l'empereur se contente d'envoyer
des troupes en Asie , et demeure tran^>
quille en Allemagne. Après la morlj
d'Othon ( 1 2 18), il convoque à Franc-,
fort une diète, où il fait élire , roi des
Romains , son fils Henri. Il éprouva
quelque difficulté de la part des évê-
ques : on le présume, du moins, pac
les concessions qu'il fit au clergé dans
cette même assemblée. Il voulait aussi-
se rendre favorable le pape , dont it
avait toujours besoin. Il part cnfia
pour l'Italie en 1220. Les habilant&
de Milan lui refusent le passage dans
leur ville ; il dévore cet affront. U
arrive à Rome, où il est sacré, après
avoir juré de maintenir la doualioa
laite au Saint-Siège par la comtesse
Mathilde ( Voy. Mathilde ) , et de
se rendre en personne à la Terre-»
Sainte. Il part ensuite pourNaples,
où il fixe son séjour , et dont il fait la
capitale du royaume. H agrandit cette
ville, y fait consliuirc de uonveau^i
F RE
palais , et y fonde une université' pour
1 enseignement des lois. Fre'dc'ric pa-
raît avoir eu le dessein de transporter
le sie'gt de l'empire dans l'Italie, après
Tavoir soumise. C'était peut-être le
moyen de faire cesser les guerres qui
désolaient ce beau pays depuis si
long-temps : mais il fiilait rabaisser
l'autorité des papes , et contenir des
villes jalouses de leur liberté; et Fré-
déric ne put y parvenir. Son séjour à
Naples inquiétait Honorius III. Ce
pape lui avait fait épouser lolande, fille
de Jean de Brienne , et héritière du
royaume de Jérusalem , dans Tespé-
rance qu'il chercherait à se mettre en
possession de la dot de sa femme.
Comme l'empereur ne prend aucune
mesure à cet égard , le pape le presse
d'accomplir son serment d'aller com-
battre les Sarrasins; mais Frédéric ob-
jecte la trêve faite avec eux par les chré-
tiens , et reste en Italie sans encourir
l'excommunication. H convoque , à
Crémone, une diète, oir les seigneurs
italiens et allemands sont invites. Les
principales villes devaient y envoyer
des députés ; mais le pape les en dé-
tourne , et l'empereur irrité de celte
désobéissance , les met au ban de
l'empire. Le pape devient arbitre entre
les villes et l'empereur; et sa décision
à laquelle Frédéric avait souscrit d'a-
vance , l'oblige d'oublier son ressen-
timent et d'ajourner ses projets. Gré-
goire IX , successeur d'Honorius, veut
enfin débarrasser l'Italie d'un hôte
aussi dangereux : il le somme d'ac-
complir sa promesse d'aller à la croi-
sade; et voyant qu'il diflfère encore ,
il l'excommunie deux fois dans la se-
maine sainte. Frédéric équipe une
flotte , et s'embarque à Brindisi. Dès
qu'il est parti , le pape se ligue avec les
Mil-mais pour lui enlever le royaume
de Naples. Le duc de Spolète, lieute-
nant de Frédéric , entre dans la mar-
FRE 549
che d'Anc6ne(i2!3t9). Le pape, irrité
de ce que Frédéric n'avait point fait
lever sou excommunication avant sou
départ , défend au patriarche de Jé-
rusalem de le reconnaître comme em-
pereur. Frédéric dévore encore ce nou-
vel outrage ; il traite avec le Soudan
Mélédiu pour la cession de Jérusalem
et des pays adjacents, aux chrétiens,
entre dans cette ville avec une escorte,
place lui-même la couronne sur sa
tête , aucun prélat n'ayant voulu faire
cette cérémonie , et se hâte de revenir
en Italie. Il rencontra, devant Ca-
poue, Jean de Brienne, son beau-
père , à la tête de l'armée du pape ,
remporta sur lui une victoire com-
plète , et fit , avec le pape , en 1 25o ,
une paix , dont la première condition
fut qu'il serait relevé de son excom-
municaiion : toutes les autres clauses
furent à l'avantage de la cour de Rome.
Cette paix avait fait cesser l'effusiôu
du sang; mais les Guelfes et les Gibe-
lins n'en restaient pas moins armés et
en présence. L'Allemagne venait de se
soulever contre Frédéric ; et c'était
Henri , son fils, qui commandait le&
révoltés. Frédéric , après une absence
de quinze années , retourna en Alle-
magne , vainquit les rebelles, et som-
ma son fils de se rendre à la diète de
Maïencc, oùil le fitdéposeret coudam-^
ner à une prison perpétuelle. Il char-
geaensuite quelques-uns de ses grands
vassaux de faire la guerre au duc"
d'Autriche , qui persistait dans sa ré-
volte , et il repassa en Italie en 1 256.
L'année suivante , il fut obligé de re-
venir en Allemagne pour terminer la
guerre d'Autriche qu'entretenaient les
Hongrois ; il prit Vienne , fit recon-
naître , roi des Romains , son fils
Conrad , à la place de Henri , et re-
vola en Italie combattre Ks Guelfes
révoltés. Jl prend Mantoue de vive
force , et taille en pièces l'armée des
5'5o
FRE
Guelfes. Le moment paraissait arrive
où l'Italie entière devait le recon-
naître pour son souverain. Il avait un
fils naturel , nommé Enzins ; il le fit
roi de Sardaigne. Le pape prétendit
que cette île relevait du Saint-Siège;
et, en conséquence , il excommunia
l'empereur pour en avoir disposé sans
son consentement. Dans une lettre
circulaire aux évêques , le pape ex-
posa ses griefs contre Frédéric ; mais
il se garda bien de dire ses véritables
sujets de plainte. Frédéric en usa à
peu près de !a même manière envers
le pape. Dans ces siècles grossiers ,
la fausseté et la dissimulation pas-
saient déjà pour de la politique. Le
pape accusa Frédéric d'avoir dit pu-
bliquement que l'univers a été trompé
par trois imposteurs , Moïse, Jésus-
Christ et Mahomet. Frédéric nia for-
tement qu'il eût jamais dit semblable
chose ; il détesta le blasphème qu'on
lui reprochait , déclarant que c'était
une calomnie atroce (i). Il ne s'en
tint pas à des plaintes ; il chassa du
royaume de Naples et de la Sicile ,
les moines qui y étaient établis depuis
peu , et défendit , sous peine de mort ,
d'entretenir aucune correspondance
avec le pape. A celte nouvelle , les Gi-
belins prennent les armes dans toute
l'Italie : Frédéric marche contre les
Milanais qui avaient donné le signal
de la révolte ; mais il est battu dans
une première rencontre, et. désespé-
rant de pouvoir entrer dans Rome , il
se borne à ravager le territoire de
Bénévent. Cependant le pape fait
prêcher une croisade contre Tempe-
(0 C'est n quoi, dit Lnnionnoyn , n'ont pa* eu
antet dVgarJs J. Lipce ni d'autres écrivains, qui,
•ail* examiner les défentes de cet empereur, ] ont
condamné impitoyablement. On sait que cVst'Ià
Torigine de rirapuiation faite à Frédéric IldVtre
l'anteur du traite De tribut impostoribut, ouvrage
qui n'a jamai» existé qne dans Timaginaiion de
r}u Iquesérudits. {Fu/. Lajioumotb cl Mv.kciça
(PibT.-Licii». )
FRE
rcur , et offre le trône d'Allemagne à
Robert d'Artois , frère de S. Louis ,
qui refuse de l'accepter. Grégoire IX ,
de plus en ])lus irrité , indique un
concile pour y faire prononcer la de-
position de Frédéric ; mais il meurt
avant d'avoir joui de ce triomphe , et
laisse à son successeur le soin de ra-
baisser la puissance impériale. Le
choix du conclave tomba sur le car-
dinal iMcsque. En apprenant son
élection , Frédéric dit : « Fiesque était
» mon ami ; mais le pape sera mon
» ennemi. » Le nouveau pontife ,qui
prit le nom d'Innocent IV, demand«
à Frédéric la restitution des villes de
l'état ecclésiastique , et l'hommage au
Saint-Siège des royaumes de Naples
et de Sicile. Sur le refus du prince , il
convoque à Lyon un concile (i245).
L'évêque de Garinola y accusa l'em-
pereur de ne croire ni à Dieu, ni aux
saints ; d'avoir plusieurs épouses à la
fois ; d'entretenir des correspondances
avec le soudan de Baby lone j et enfin de
penser, comme Averroës, que Jésus-
Christ et Mahomet étaient des impos-
teurs. Les ambassadeurs de Frédéric
cherchèrent vainement à justifier leur
maître de toutes ces imputations.
Après des débats aussi longs que tu-
multueux , le pape déclara Frédéric
excommunié et déchu de l'empire ,
comme convaincu de sacrilège et d'hé-
résie. Frédéric était à Turin lorsqu'il
apprit celte décision ; il se fit appoi 1er
la couronne impériale, et la mettant
sur sa tête : « Le pape , dit-il , ne me
» l'a pas encore ravie ; et avant qu'on
» me l'ôte , il y aura bien du sang
» répandu. » C»^pendant le pape écrit
aux électeurs pour leur enjoindre de
choisir pour empereur Henri , land-
grave de Thuringc. Le landgrave,
après avoir remporté quelques avan-
tages sur Conrad , roi des Romains ,
meurt en 124^, devant Ulm, qu'il
FRE
îassiegeait. Le pape fait élire à sa place
Cuillauine , comte de Hollande. L'Al-
lemagne se divise en deux partis ,
dont l'un tient pour Guillaume , et
Fautre pour Fiédeïic. L'Italie est en
proie à toutes les fureurs de la guerre
civile. Le malheureux Fie'dëric est
sans cesse occupe' à apaiser des trou-
bles sans cesse renaissants. Naples ,
Parme , la Lombardie , la Fouille ,
sont tour à tour les témoins de ses
revers ou de ses tristes succès. Par-
tout il est ou se croit environné de
dangers : il soupçonne les Mcdicis
d'avoir voulu le faire périr par le poi-
son. Il fait mourir dans les supplices
Pierre des Vignes , son chancelier et
son ami, parce qu'il suspecte sa bonne-
foi. Il renvoie ses gardes , ses anciens
compagnons de fortune, pour s'en-
tourer de mahoraétans. Enfin il meurt
à Firenzuola , le 4 décembre iî25o,
à cin(juanle-sept ans. 11 avait , avant
de mourir , reçu l'absolution de l'ar-
chevêque de Palerme j et son corps
fut porté à Montréal en Sicile, Son
fils , Conrad IV , fut son successeur.
Frédéric avait eu trois femmes, Cons-
tance d'Aragon; lolande , fille de Jean
de Brienne; et Isabelle , fille de Jean ,
roi d'Angleterre. Manfred ou Main-
froi , l'un de ses fils naturels , lui
succéda au royaume de Naples. {Fo^.
Mainfroi. ) Frédéric fut un prince
très supérieur à son siècle; il était
actif , courageux , prudent , fier et
cénéreux. Il parlait l'italien préféra-
blcment à toute autre langue, quoi-
qu'il possédât parfaitement l'allemand,
le françéiis , le grec et l'arabe. É'evé
dans son royaume de Siciie au temps
011 l'on commençait à y ciltiver la
poésie vulgaire, il en fit ses délices
au point d'être un des meilleurs
poètes de son siècle. Les sciences et
les arts lui furent eu grande partie
redevables de leurs progrès. Il ne
FRE 55i
compila point les constitutions de st&
prédécesseurs; mais il dressa un nou-
veau plan de législation. 11 fonda les
études de Padoue , protégea celles de
Boloj:;ne , maintint à Salerne le cré-
dit de l'école de médecine , jeta les
fondements de l'université de Vienne,
et établit à Palerme une espèce d'acadé-
mie de belles-lettres. Il favorisa l'agri-
culture , l'industrie et le commerce,
établit des foires ; et malgré les tra-
verses qu'il essuya, il embellit et [>o-
liça plusieurs villes. Il apporta de
l'Orient un grand nombre de manus-
crits précieux , et fif traduire en latin
les OEuvres d'Aristote, l'Alm;igeste
de Plolémée, et les principaux trai--
tés de Galien. On a de ce prince des
vers en langue romane , et des lettres
en lalin. Baîuze en a inséré neuf dans
le P*". volume de ses Miscellanea^ et
Carusa sept autres, dans sa Bihlloth,
histor. , tom. II. Il a laissé en outre
un Traité de la chasse au faucon {de
Arte venandi cum avibus ). Ce traité
de fauconnerie , ou plutôt d'ornitho-
logie , dit Lallemaud , renferme des
préceptes utiles et des monuments do
son érudition. Bien des naturalistes
ont , depuis , travaillé sur ses obser-^
vations , les ont critiquées et en ont
profité, Manfred , le fils de Fiédé-
ric, a fait des additions à cet ouvrage.
Il a été imprimé avec la Fauconerie
de Tardif, Venise, 1 56o ; Baie ,
1578 , in S"*.; avec celle d'Albert le
Grand , Augsbourg , iSgô , in-B*'. ;
et enfin Jos. Gotl. Schneider en a
donné une édition avec des notes ,
Leipzig , 1 788-89 , 2 vol. in-4''. Lat,
bibliothèque Mazarine possède un ma-
nuscrit de cet ouvrage, plus ample de
deux tiers que l'imprimé. Les recueils
de Freher, de Goldast et de Mura^
tori , renferment un grand nombrç
de morceaux précieux pour l'histoire
de ce prince. Ou indiquera encore ;
5^3 F R E
Nicolai Clsneri oratio de Fride-
rico II , Strasbourg , 1608 , in-4*'. ,
€l la Dissertation de Cl. J. Godef.
Scbmulzer : De Friderici II in rem
litterariam meritis , Leipzig, 1740,
ia-4^ W— s.
FRÉDÉRIC, dit le Beau, duc
d'Aulrirho. C'est à tort que quelques
écrivains l'ont mis au rang des em-
yereurs d'Allemagne; il en est ré-
sulté une confusion dont les compi-
lateurs modernes n'ont pas toujours
su se tirer habilement. Son article
dans le Dictionnaire universel le
plus récent , serait infiniment plus
court si on en retranchait les détails
qui appartiennent au prince du même
nom, que l'ordre chronologique amène
immédiatement après lui. Frédéric le
Beau était fils de l'empereur Albert I".,
qui s'efforça vainement de le faire
nommer roi de Bohème. Albert ayant
cté assassiné , Henri VII son succes-
seur se déclara le protecteur de ce
jeune prince , et lui assura la posses-
sion des domaines héréditaires de sa
maison. Frédéric était doué des qua-
lités extérieures les plus brillantes j
mais il n'y joignait pas celles qui font
les grands hommes. Après la mort
de Henri, il fut nommé empereur par
quatre électeurs , tandis que les six
autres donnaient leurs suffrages à
Louis de Bavière ( Foj. Loxjis V). Il
se fil sacrer en 1 5 1 5 , à Cologne , par
Varchevêqup de cette ville ; et Louis
de Bavière le fut dans le même temps
k Aix-la-Chapelle , par l'archevêque
de Maïence. Cette double élection et
ce double sacre devaient nécessaire-
ment amener des guerres civiles. Par
la seule raison que Frédéric était un
prince d'Autriche, les Suisses se dé-,
clarent en faveur de son compéti-
teur. L'Italie se divise cntie les deux
empereurs. Les Guelfcs sont pour
Frédéric j et les Gibelins pour Louis.
FRE
Les deux prétendants consentent â
remettre la décision de leur querelle
à trente condjatlants. C'était un usoge
ancien, et dont on trouve encore des
traces dans le siècle suivant. Les
championsde Louiseurt nt l'avantage;
mais Frédéric ne se ci ut pas obligé
de tenir la parole qu'il avait donnée.
Il avait mis le pape Jean XXII dans
ses intérêis; et avec son secours il
parvint à lever une armée avec la-
quelle il vint chercher Louis dans les
plaines de la Bavière. Une bataille gé-
nérale eut lieu le 28 septembre 1 322 ,
près de la ville de Muldoif, et cette
bataille fut décisive. Frédéric fut fait
prisonnier avec Henri son frère et le
duc de Lorraine : il resta enfermé
trois ans dans un château fort, et
céda ensuite volontairement à son ri ■
val tous ses droits à l'empire (i). Fré-
déric mourut le i3 janvier i55o, et
fut inhumé à la chartreuse de Maiir-
bach en Autriche , dont il était le fon-
dateur. On a voulu trouver des causes
extraordinaires à sa mort , parce
qu'elle a paru prématurée. Les uns
ont dit qii'il avait été empoisonné par
nn philtre que lui avait fait prendre
une dame dont il était amoureux; et
les autres qu'il avait été rongé par les
vers. On trouvera des détails très
intéressants sur Frédéric dans l'ou-
vrage de Baumann , intitulé : Fo-
luntarium imperii consortium inter
Fredericum Austriacum et Lado-
vicum Bavarum^ Francfort, 1735,
in-fol., fig. W—s.
FRÉDÉRIC III (2) , dit le Paci-
fique^ 59''. empereur d'Allemagne,
était fils d'Ernest, duc d'Autriche. Il
naquit le aS décembre 1 4 1 5 , et eut
(i) Le» historiens ne sont pas d'accord sur celte
renonciatiun. Voyeï VArt de vérifier ler dalet f
H, 33.
{?.) Les historiens qui regardent Fr«^déric-le-
B«;au comme empereur, nomment celui-ci Fré-
déric IV.
FRE
pour apanage le duché de Slyrie. Ce
prince ne devait guère s'attendre à
occuper un jour le Irone d'Allemagne :
les e'Iecteurs le lui offrirent après la
inort d'Albert 11, et il l'accepta. On
lui offrit aussi la couronne de Bohème;
mais il la refusa pour la conserver à
Ladislas, fils du dernier roi. Cet exem-
ple de désintéressement lui avait été
donné par le duc de Bavière ; mais
il n'en est pas moins très louable de
l'avoir suivi. Il fut sacré à Aix-la-
Chapelle en 1 44 î^P'ir l'archevêque de
Cologne, et s'allia d'abord avec les
Français contre les Suisses, qui défen-
daient Taillamment leur liberté. Ce-
pendant les Olhomans, vainqueurs
dans l'Asie, menaçaient l'Europe de
l'inonder de leurs armées. Amurat II
s'approchait déjà des frontières de la
Hongrie, et il était de la politique des
princes chrétiens de se réunir pour
s'opposer à ses progrès. Loin de cela,
ils étaient divisés d'intérêt; et pen-
dant qu'Araurat bat les Hongrois , Fré-
déric fait la guerre aux Français , ses
alhés, pour les empêcher de s'établir
dans l'Alsace et dans la Lorraine. Il
se rend en Italie en 1 452, pour se faire
couronner à Rome. Il fut attaqué dans
le chemin par des voleurs , et la plus
grande partie de ses bagages fut pil-
lée. Une pareille insulte faite à ses
prédécesseurs ne serait pas restée im-
punie : Frédéric ne songea pas même
à s'en plaindre. Après l'avoir cou-
ronné empereur (i), le pape le fit
roi de Lombardie sans consulter les
Milaniis. C'était une innovation sans
exemple jusqu'à ce jour, et cependant
les Milanais ne réclamèrent point. Le
pape demanda une croisade contre les
Turks, maîtres de Constantinople ;
mais il rie put rien obtenir. Frédé-
ric cherchait à s'emparer de i'héri-
(i) Frédéric llf est le dernier empertur qui ait
«té couronné à Home.
FRE
555
tage de Ladislas son pupille. Le duc
de Bavière faisait valoir d'anciens
droits sur Donavierth. Le roi de
Danemark convoitait le Holstein : les
chevaliers teutoniques faisaient la
guerre à leurs propres sujets. Ce
n'étaient que troubles et confusions
dans l'empire; et Frédéric, malheureux
dans toutes ses entreprises , toujours
battu par les étrangers , humilié par
ses vassaux , était peu propre à y ré-
tablir le calme. Ce qu'il fit de mieux,
ce fut de marier son fils Maximilien
à Marie de Bourgogne. Ce mariage
entraîna des guerres ; mais , soit in-
dolence, soit avarice, il n'y prit au-
cune part. Matliias Coryin , roi de
Hongrie, attaque Frédéric en 1 4B5 ("î),
s'empare de la Basse-Autriche , et
prend Vienne. L'empereur, pendant
ce temps-là, voyageait dans les Pays-
Bas, et faisait couronner son fils roi
des Romains. Il fait ensuite avec Cor-
vin une paix honteuse, puisqu'il con-
sent à lui laisser la Basse-Autriche
comme le gage des frais de la guerre.
Tous les historiens s'accordent à dire
que Frédéric avait beaucoup d'ar-
gent. Un pareil traité ne prouvc-t-il
pas évidemment le contraire? Il se
consolait de ses revers, en répétant
ces paroles plus dignes d'un philoso-
phe que d'un empereur : Rerum ir-
recuperandarum summa félicitas
ohlivio. 11 ne rentra dans Vienne
qu'après la mort de Corvin , en i 490.
Frédéric, en 1 49 ï ? nriilau ban de l'em-
pire Albert de Bavière son gendre ,
qui prétendait à la propriété du Tyrol.
Le Tyrol déclaré inaliénable resta à
la maison d'Autriche , et le duc de
Bavière fui indemnisé. Frédéric mou-
rut à Lintz, le 19 août i495, à l'âge
de soixante-dixhuit ans , dont il avait
(a) C'est par faute d'impression que dans l'article
CoRviw, cet empereur est quatre fois nommé /^er-
dinand au Ijeii de Frédérie , tom. X, p. a3 et a(>.
554 FRE
régné cinqiianfe-tn is , et fut inhumé
à Vienne. Son épifaphe lui donne les
litres de roi de Hongrie, de Croatie
et de Dalnialie, quoiqu'il n'ait jamais
rien possédé dans ces trois états ;
mais ii avait érigé l'Autriche en archi-
duché, et prévu la fiilure grandeur de
sa maison en prenant pour sa devise
les cinq lettres A. E. 1. O. U., qu'il
expliquait de cette manière :
Austrix est imperare orbi universo. (i)
11 avait épousé Éléonore de Portugal ;
et il en eut deux enfants , Maximi-
licn , son successeur , et Cunégonde,
mariée au duc de Bavière. On a in-
séré des bons Mots ( proverbia ) de
Frédéric UI dans un recueil assez
rare, intitulé : Margarita facelia-
rurriy Strasbourg, 1609, in-4".
W— s.
FRÉDÉRIC ï"., roi de D nemark
et de Norvège, était fils de Christian
qui comrafnça en Danemaik la dy-
nastie de la maison d'Oldenbourg, et
de Dorothée de Brandebourg. Il na-
quit en 1 47 ' • Jf'an , son frère aîné ,
avait régné après Christian; et lui-
même avait obtenu un établissement
en Hoîslein. Christian II, fils de Jean ,
étant monté sur le trône de Dane-
mark et de Norvège , devint aussi
roi de Suède, en réclamant les stipu-
lations du traité de Calmar , en vertu
duquel les trois couronnes du Nord
devaient être réunies sur la même
léte : mais sa conduite toujours ira-
prudente, et souvent tyrannique, lui
fit perdre le sceptre de Suède en
3525, et peu a[)rès il fut déposé
en Dinemark cl en Norvège. Les
Danois choisirent, pour le remplacer,
Frédéric son oncle , qui éprouva quel-
que résistance de la part de la ville
de Copenhague , mais qui réduisit
Cl) Voyez I^ambcciiis, dans son Diaiiiim sa-
cii Uiiieiit Celltnsis; il y rapporte l\o mterpréU-
tAti«a» de cette faiaeute deyue.
FRE
celte ville par composition : les Nor-
végiens furent également obligés de se
soumettre , quoique Christian II eût
des partisans parmi eux. Les états
de Suède, qui avaient choisi Gustave
Wasa , confirmèrent cette élection ,
et refusèrent d'enirer en négociation
avec Frédéric. Ce prince , qui avait
besoin d'aff.rmir son pouvoir en Da-
nemark et en Norvège , se soumit à la
loi de la nécessité ; et le traité de Cal-
mar fut regardé depuis ce moment
comme annullé. Les deux rois eurent
même, en i524, une entrevue pour
convenir des limites de leurs royau-
mes. Frédéric fit de gr mdes conces-
sions a la noblesse de Danemark, qui
avait prineipalement contribué à son
élévation. Il ne fut pas moins géné-
reux envers ses alliés les Lubeekois ;
et il leur engagea l'île de Bornholm
pour cinquante ans. Cependant Chris-
tian Il fit un armement considérable,
et débarqua en Norvège l'an i532.
Frédérics'entenditavecGustaveWasa,
qui, se croyant également menaeé, fit
mareher des troupes pour ôgir de
concert avec celles du roi de Dane-
mark. Chiistian fut enfermé. de tout
côté. Le général danois lui ayant pro-
posé de se rendre à Copenhague et
s'aboucher avec Fiédéric , il accepta ,
et partit par mer: mais au lieu d'arri-
ver à la capitale du Danemark , il fut
conduit dans un château fort , et traite
avec la plus grande dureté. Cette me-
sure avait été prise à la sollicitation
du sénat danois , qui ne voulait pas
que Christian reprît aucune influ« nce,
FreVIéric mourut peu après, l'année
i555. Il avait favorisé pendant son
règne l'introduction dans ses états du
luthéranisme, qui ne fut cependant
adopté formellement que sous le règne
suivant. Anne de Brandebourg, femme
de Frédéric, lui donna plusieurs en-
fants. Christian, soij fils aîué, lui
FRE
succéda en Danemark et en Norve'ge;
Jean et Adolphe eurent des e'tablisse-
ments en SIeswig et dans le Holstein,
et le dernier devint la tige de la mai-
son de Holstein-Gollorp. ( F. Chris-
tian H et 111. ) C AU.
FBÉDEUIG II, roi de Danemark et
^e Norve'ge , fils de Christian III et
de Dorothée de Saxe- Lan enbourg,
naquit en 1 534 > ^^ monta sur le
trône en i558. Gs trône était en-
core électif, quoique la maison d'Ol-
denbourg Toccupât depuis pi es d'un
siècle y et Fre'déric ne l'obtint qu'en
signant une charte, où la noblesse
limitait son pouvoir beaucoup plus
que celui de ses prédécesseurs. Le
nouveau règne fut d'abord signalé par
une expédition que le roi fit de con-
cert avec les ducs de Holstein ses on-
cles , contre la tribu des Ditmarses ,
qui avait conservé jusqu'alors son
indépendance, et s'était gouvernée en
république. Il fallut une armée consi-
dérable , et un mois de temps pour
soumettre ce petit pays , lequel , mal-
gré les efforts du roi et des ducs , qui
le partagèrent entre eux, conserva
plusieurs privilèges importants. Une
guerre , longue et sanglante , s'éleva
peu après entre le Danemark et la
Suède : les monarques des deux pays,
Frédéric et Eric XIV, étaient très
jaloux de placer dans leurs armes les
trois couronnes que la Suède avait
voulu , depuis plusieurs siècles, s'at-
tribuer exclusivement , et que le Da-
nemark croyait pouvoir réclamer éga-
lement , surtout depuis l'union de
Calmar. Eric XIV s'était emparé de
l'Ëslonic , et négociait avec les Livo-
niens j Frédéric H cherchait à faire
des acquisitions dans les mêmes con-
trées , et voulait y établir Magnus ,
son frère. La guerre éclata en i 56i ,
et occasionna de giandes pertes aux
deux royaumes, Daniel Ranlzau s'y
FRE 555
distingua du côté des Danois. En
1570, la paix fu!^ conclue à Stettin ,
sous la médiation de la France et de la
Pologne, entre Frédéric II et Jean 111,
qui avait remplacé Eric XIV sur le
trône de Suède. L'île d'Oesel , voisine
delà Livonic, était restée aux Danois;
et Frédéric y avait envoyé Magnus,
son frère, qui entra en négociation
avec Ivan Wasiliewitch , czar de Rus-
sie, et se flatta de dévenir roi de
Livonie. Mais trompé par le czar, et
abandonné de tous ses partisans , il
mourut dans la détresse. ( F. Mag-
nus. ) Les comtés d'Oldenbourg et
de Delmcnhorst , berceau de la fa-
mille régnante en Danemark et en
Holstein , avaient été cédés par Chris-
tian V^. à son frère Gerhard. Frédé-
ric II et les ducs Adolphe et Jean ,
ayant réclamé le droit de succession ,
obtinrent en effet l'expectative de ces
comtés en 1 5^ o , par un décret de
l'empereur Maximilien. Le duc Jean
étant mort en i58o, ses possessions
en Holstein et en SIeswig furent par-
tagées entre le roi et le duc Adolphe,
chef de la branche nommée Gottorp,
Frédéric s'appliqua , pendant une
grande partie de son règne , à rétablir
la prospérité intérieure de ses états j
et il fut secondé par Pierre Oxe, qr.î
devint son principal ministre. Les fi-
nances furent améliorées ; l'agricul-
ture et le commerce furent encoura-
gés ', le roi retira l'île de Bornhoira
des mains des Lubcckois, en leur
payant ce qui leur était dû , et fit
plusieurs règlements pour la percej)-
tion des droits du Sund. Le fort de
Cronborg, qui domine ce passage,
fut construit sous son règne. Frédéric
aimait les sciences et les protégeait ;
il avait principalement du goût pour
l'astronomie. Ce fut lui qui donna à
Tycho Brahé l'île de Hveen , et le
mit en état de construire dans cette
556 FRE
île le fameux observatoire dtJranien-
Lourg. Frédéric H mourut m i588;
il avait été marié à Sophie de Mcklen-
bourg, dont il avait eu Christian, qui
lui succéda sous le nom de Chris-
tian IV, et plusieurs autres enfants.
(Tor. Eric XIV et Jean m.)
C— -AU.
FRÉDÉRIC TII, roi de Danemark
et de Norvège, fils de Christi.m IV
et d'AnneCatherine de Brandebourg,
naquit en 1 609. Après la mort d'Anne-
Catherine, Christian avait éppusé de
la main gr.uche Christine Munk , et
en avait eu plusieurs enfants, qui
s'étaient alliés avec les familles puis-
santes du royaume. Ces alliances, et
surtout le mariage de Corfilz Uhlfelt
avec la comtesse Eléonore, firent naî-
tre, à la cour du roi, des cabales et des
intrigues. Uhlftlt, parvenu aux pre-
mières dignités du vivant de Chris-
tian , à la mort de ce prince , porta
ses prétentions jusqu'au trône. Les
états choisirent cependant Frédéric
en 1648, peu après la mort de son
père j mais ils profilèrent des cir-
constances en lui faisant signer une
capitulation qui le.dépouillait des prin-
cipales prérogatives de la royauté pour
les faire passer dans les mains du
sénat. Les dernières années du règne
de Christian IV avaient été peu favo-
rables à la prospérité publique. Ce
prince, subjugué par les grands, trom-
pé par Uhlfelt , avait laissé introduire
de grands abus dans l'administration ;
la flotte et l'armée étaient dans un
état peu satisfaisant, et la dette pu-
blique se montait à six millions d'écus ,
somme considérable pour le temps.
Cependant , en 1657 , le roi et le sé-
nat déclarèrent la guerre .1 Charles-
Gustave , roi de Suède. Ou s'imagi-
nait que ce prince avait épuise' ses
forces en Pologne, où il combattait
depuis quelques années contre Jcan-
FRE
Casimir ; mais Charles-Gustave , lais-
sait le commandement en Pologne à
ses généraux, passa loi-même avec la
plus grande rapidité en Holstein ,
et pénétra jusqu'en Jutland. L'hiver
étant devenu très rigoureux , le roi
de Suède traversa , avec son armée ,
les dtux détroits, le grand et le petit
Beh, et parut en Sélande, non loin
de Copenhague. Des progrès si sur-
prenants forcèrent Frédéric à négo-
cier la paix : elle fut signée à Ros-
child en i658; et le Danemark céda
à la Suède les provinces de flalland ,
de Scanie et de Bleckingen, l'île de
Bornholm , le fief de Bohus et le dis-
trict de Dronthcim. Mais l'ambition
de Charles -Gustave n'était pas en-
core satisfaite ; il semblait se repentir
d'avoir laissé le Danemark au nom-
bre des puissances. Ayant fait re-
tourner ses troupes en Sélandê , sous
prétexte de hâter l'exécution du traité
de paix , il mit le siège devant Co-
penhague. L'animosité des Danois fut
à son comble. Frédéric III, par le
courage et le dévouement qu'il dé-
ploya tout à coup, parvint à leur ins-
pirer un enthousiasme guerrier , qui
sauva l'étal. Les bourgeois, les étu-
diants, les matelots, se joignirent à
la garnison, et tous jurèrent de se dé-
fendre jusqu'à la dernière goutte de
leur sang. D'un autre coté l'empereur
d'Allemagne et l'électeur de Brande-
bourg envoyèrent des troupes auxi-
liaires en Danemark ; et les Hollan-
dais firent partir pour le Sund une
flotte , qui passa à travers celle de
Suède , et porta des munitions et des
vivres à Copenhague. Après avoir
ordonné un assaut qui fut repoussé
avec vigueur par les assiégés , Charles
changea le siège en blocus , et se ren-
dit en Suède pour se procurer de
nouvelles ressources. Il mourut peu
après } et la régence de Suède coû-
FRE
dut la paix devant CopcnKague en
iG(5o: les conditions furent les mêmes
que celles du traité de Uoschild, ex-
cepte' que le Danemark recouvra
Bornholra et Dronlheim, en cédant
quelques domaines en Scanie, dont
il avait encore la disposition. La i^aït
ayant été conclue, le roi assembla
les états du royaume à Copenhague,
pour délibérer avec eux sur les moyens
de rétablir les finances, l'armée, la
marine, et rendre l'activité au com-
merce. L'ouverture de la diète eut
lieu le 8 septembre 1660. Dès les
premières délibérations au sujet de
l'impôt, il se forma deux partis, ce-
lui de la noblesse et celui de la bour-
geoisie, faisant cause commune avec
le clergé. Frédéric^ Uï n'avait pas
nn caractère entreprenant , et ne se
livrait point aux projets de l'ambi-
tion ; mais la reine Sophie-Amélie sa
femme eu était d'autant plus jalouse du
pouvoir, d'autant plus active et plus
portée à profiter des circonstances
pour augmenter l'éclat du trône.:
plusieurs seigneurs attachés à la cour
furent gagnés , et se concertèrent avec
les chefs du clergé et de la bourgeoi-
sie , Swane, évêque de Selande, et
Nansen, bourguemestre de Copenha-
gue. Les deux ordres inférieurs pré-
sentèrent à celui de la noblesse une
résolution prise dans leurs chambres
de rendre le trône héréditaire dans la
famille du roi. Les nobles deman-
dèrent du temps pour délibérer; mais
le clergé et la bourgeoisie prirent les
devants , et portèrent sans relard la
résolution au roi. Déjà , depuis quel-
ques jours , plusieurs députés de la
noblesse avaient quitté Copenhague :
on craignit que les autres n'en fissent
autant pour arrêter les déUbérations ;
et le gouverneur de la ville donna
Tordre de fermer les portes. La cons-
ternation se répandit parmi les no-
FRE
557
blés, et ils accédèrent à la résolution
du clergé et de la bourgeoisie. 11
n'était formellement question dans cet
acte que du droit héréditaire à substi-
tuer à la forme élective ; mais il pa-
rut bientôt qu'on avait sous-entendu
l'autorité absolue, et qu'on croyait
qu'il ne pouvait y avoir de difficul-
tés sur ce point. La capitulation que
le roi avait signée en montant sur le
trône , lui fut rendue j les trois or-
dres , auxquels on joignit quelques
paysans fibres de l'île d'Amack, prê-
tèrent à Frédéric un nouveau ser-
ment , comme à leur monarque héré-
ditaire et absolu. Le 10 janvier i65i,
la noblesse , le clergé et la bourgeoi-
sie remirent au roi , chacun séparé-
ment, un acte par lequel ils recon-
naissaient de nouveau que la cou-
ronne serait héréditaire dans la ligne
masculine et féminine, conféraient au
roi un pouvoir illimité, et lui don-
naient le droit de régler la succession
et la régence. Frédéric sentit qu'il
fallait adoucir , au moins en appa-
rence, un ordre de choses si diffé-
rent de celui qui avait été sanctionné
pu- les siècles j il accorda des privi-
lèges , la plupart honorifiques , aux
bourgeois de Copenhague, qui avaient
si vaillamment contribué à sauver
l'état, aux nobles et au clergé : il ne
fut pas question des laboureurs, qui
la plupart étaient soumis à une espèce
de servage. Pour mettre la dernière
main au nouvel édifice , le roi fit rédi-
ger la loi royale qui déterminait l'or-
dre de la succession, l'âge de la ma-
jorité , la manière de nommer un.
conseil de régence en cas de mino-
rité, qui fixait la religion reçue sur
des bases immuables, et qui consa-
crait le pouvoir entièrement illimité
du monarque. Celte loi est signée du
i4 novembre 166^ ; elle ne fut ce-
pendant pas d'abord reudine publia
558
FRE
que ; mais le roi fit déposer Torigi-
nal au palais, sous la même garde
que les joyaux de la couronne. Au
couronnement de son fils, Chris-
tian V , elle fut publiée par une lec-
ture solennelle en présence du peu-
ple. Dans la suite , Fre'dëric IV or-
donna de l'imprimer : il en envoya
des exemplaires aux cours étran-
gères , et en fit déposer dans les
principales villes de Danemark et
de Norvège. Dès-lors aussi, il a été
d'usage de produire l'original de
cette loi , et d'en faire lecture au
couronnement et au sacre des rois. 11
n'y avait eu à la diète que des repré-
sentants du royaume de Danemark :
la Norvège et l'Islande furent regar-
dées comme des provinces dépen-
dantes; le prince royal fut envoyé en
Norvège pour faire prêter le nou-
veau serment , qui fut aussi de-
mandé dans la suite en Islande et
aux îles Féroë qui en dépendent. Fré-
déric III profila du pouvoir dont il
venait d'être investi, pour augmenter
le revenu public , pour mettre sur
pied une armée de terre et pour re-
lever la marine. Il fit alliance avec
plusieurs souverains , et se trouva
mêlé dans la guerre de l'Angleterre et
de la Hollande en i665. Mécontent
des Hollandais, le roi de Danemark
avait signé un traité avec l'Angle-
terre, et s'était engagé de fournir
des vaisseaux à cette puissance , qui
devait lui payer un subside. Les Hol-
landais craignirent que les vaisseaux
danois ne fissent pencher la balance
en faveur de leurs ennemis , et tra-
vaillèrent à se rapprocher de Frédé-
ric. Pendant qu'on négociait pour opé-
rer ce rapprochement , il survint un
incident qui hâta la conclusion des
conférences , au rapport des historiens
danois. Le 8 août i665, une flotte
marchande hollandaise richement
FRE
chargée , venant de la Méditerranée ,
était allée chercher un asile contre
les Anglais dans le port de Bergen
eu Norvège : il s'y était joint deux
vaisseaux des Indes hollandais ; et
en les recevant dans son port , le com-
mandant avait promis de les proté-
ger. Un si riche butin tenta l'amiral
anglais qui croisait dans ces mers ; il
détacha des vaisseaux de guerre pour
s'en emparer: celui qui les comman-
dait demanda le consentement du gou-
verneur danois ; mais malgré un refus
formel , les Anglais voulurent exécu-
ter leur commission. Ils furent re-
poussés par les Hollandais, que les
Danois secondèrent. Cette insulte ir-
rita le roi de Danemark contre l'An-
gleterre , et l'engagea à prendre parti
contre cette puissance. Selon les rap-
ports anglais, Frédéric lui-même avait
secrètement invité les Anglais à atta-
quer les Hollandais qui entreraient
dans ses ports, à condition de parta-
ger le butin avec eux. Quoi qu'il en
soit , le roi de Danemark ne profita
point de l'occasion de dépouiller les
Hollandais , et fit même un traité
d'alliance avec eux. Dix vaisseaux de
ligne commandés par l'amiral Adeler
furent envoyés à leur secours : mais
la paix fut bientôt rétablie entre toutes
les puissances qui avaient pris part à
la guerre. Les expéditions des Da-
nois s'étaient bornées à prendre des
vaisseaux marchands anglais, que
Frédéric rendit en exigeant que les
Anglais payassent les droits du Sund
sur l'ancien pied. Depuis cette épo-
que le roi vécut dans une grande tran-
quillité, et se livra au goût qu'if avait
eu depuis long-temps pour l'alchimie.
11 s'était laissé séduire par Borrichius,
chimiste danois , et par Burri , italien ,
qui se vantait d'être le favori de l'ar-
change Michel, qui lui avait appris de
merveilleux secicts ( F, Borri ). Frc-
FRE
déric dépensa plusieurs millions à la
recherche de la pieir»; philosophale ,
et s'eudella dans l'espoir de devenir
plus riche. Il était fortement occupé
de ce chimérique projet , lorsqu'une
colique violente j^'enleva le 9 février
1670. La constance et la valeur que
FréJéric avait fait paraître pendant
le siège de Copenhague , lui avaient
gagné l'estime de l'Europe et ratta-
chement de ses peuples. Il fut re-
gretté , quoique la douceur ordinaire
de son caractère eût paru tenir à la
faiblesse, et l'eût soumis trop aveu-
glément à l'ascendant de la reine. Bien
qu'il eût du goût pour les sciences et
lesaits, il avait peu d'instruction. Fré-
déric III eut plusieurs enfants de So-
phie - Amélie sa femme : il faut re-
marquer Christian , qui succéda au
trône sous le nom de Christian V;
Anne-Sophie, qui épousa le prince élec-
toral de Saxe Jean-George, et fut mère
d'Auguste , roi de Pologne; George ,
qui épousa la princesse Anne d'An-
gleterre, depuis reine, et dont il eut
treize enfants, morts tous en bas-âge ;
Ulrique-Eléonore, mariée à Charles
XI , roi de Suède , et mère de Charles
XII. Frédéric eut aussi un fils naturel,
Ulric-Frédéric Gyidenloevr , qui se
distingua au siège de Copenhague,
et rendit des services signalés à
l'état, surtout pendant sa vice-royauté
de Norvège. Les discussions qui s'éle-
vèrent pendant le règne de Fiédé-
ric III au sujet de la succession d'Ol-
denbourg et de Delmenhorst ne furent
terminées que sous le règne suivant.
Ce fut Christian V qui fit tomber ces
duchés en partage à la branche ré-
gnante en Danemark ( F, Charles X).
C AU.
FRÉDÉRIC IV, roi de Danemark
et de Norvège, fils de Christian V et
de Charlotte-Amélie de Hesse-Cassel ,
naquit en 1671. L'anaée itiQa, il fit
FRE 55g
un voyage en Allemagne, en France
et en Italie; et deux ans après, il
épousa Louise de Mecklenbourg-Gus-
Irow. A son avènement au tt 611e, en
1699. il donna bientôt des preuves
,4i'application au travail et d'intelli-
genre dans les aflf^ures, qu'on atten-
dait d'autanî moins de lui qu'il n'avait
point été admis au conseil sous le règne
de son père. La situation politique du
Nord lui fournit l'occasion de paraître
sur la scène des grands événements
de l'année 1700. 11 s'allia avec Au-
guste , roi de Pologne , et le czar
Pierre T ^ , pour diminuer la puis-
sance de la Suède , gouvernée par
Charles XII, que sa jeunesse et sou
inapplication semblaient rendre peu
redoutable. Pendant qu'Auguste atta-
quait la Livonie , Frédéric faisait en-
trer une armée en Slcswig, pour for-
cer le duc de Gotlorp à renoncer aux
prérogatives de souveraineté que la
Suède lui avait fait garantir, et dont
les rois de Danemark avaient tou-
jours été très jaloux. Le duc était
beau -frère de Charles Xll , qui fut
indigné de l'entrepiise du roi de Da-
nemark , et marcha contre lui. Le roî
de Suède fut secondé par une flotte
anglaise et hollandaise; et, arrivé dai>$
l'île de Sélande avec ses troupes, il
établit son camp aux portes de Coj)en-
hague.lNi Pierre, ni Augn-te ne firent
rien pour seconder Frédéric, qui fut
obligé de signer à Travendal^le i3
août 1700, un traité par lequel il re-
connaissait de nouveau la souverai-
neté du duc de Gotlorp, et il s'enga-
geait à lui payer la somme de '2f)o,o<»o
écus. Pendant tout le cours des ex-
ploits de Ciïarles XII en Russie et en
Pologne, Frédéric se vit réduit à une
inaction politique , dont il profita pour
prendre plusieurs mesures utiles dan»
l'intérieur de ses états. Il songea aussi
à augmenter ses ressources militaires
56o F R E
et à se mettre dans un e'tat de défense
respectable. Dès le coramencenient de
Tannée i-joi , les ordres furent don-
nés pour enrégimenter dix-Luit mille
paysans, choisis entre les jeunes gens
les plus propres à porter les armes.
Un an aprè^, le roi donna un édit
portant l'abolition de la servitude à
laquelle les paysans étaient assujétis
dans la plus grande partie du royaume.
11 voulait qu'ils eussent une patrie, en
leur ordonnant de la défendre. Mais
cette liberté ne dura pas long-temps;
et rintérêt des grands propriétaires fit
■valoir avec tant d'art les abus qu'ils
prétendaient pouvoir en résulter , que
le paysan se vil bientôt enchaîné de
nouveau par desliens du même genre :
il n'en a été délivré entièrement que
sous le règne de Christian VII et le mi-
nistère d'André Bernstorf. L'etablisse-
îuenld'une milice nationale ayantpour-
vu à la sûreté duDanemark,le roi four-
nit des troupes aux puissances armées
contre la France pour la succesf^on
d'Espagne, et reçut des subsides con-
sidérables. En 1708, Frédéric entre-
prit un voyage en Italie; il revint par
la S^xe, où il fut retenu pendant plus
d'un mois parle roi Auguste. Au milieu
desiête>> brillantes de la cour, les deux
monarques traitèrent de leurs iniérêls
politiques, et fit eut !e plan d'une allian-
ce ollensive et défensive contre la Suè-
de. Le traite fut signé le %»8 juin 1 709,
le lendemain de la bataillf de Pultavva,
qui en facilita l'exécution. Auî^uste
et Ftédéric se rendirent ensemble à
Berîui, et vouiuient engager le roi de
Pru&se à accéder a l'ailiancp; mais ce
' prince allégua plusieurs raisons pour
s'en di>penser. A son retour dans ses
états, le roi de Danemark apprit la
défaite de Charles Xh ; et , cédant aux
conseils de quelques-uns de ses nii-
nislr* s , il déclara sans délai la guerre
g la Suède. Seize mille Danois descen-
FRE
dirent en Scauie : le géne'ral Stenbotk
fut à leur rencontre , les battit près
d'Helsingborg, et les força de repas-
ser le Sund. Ce revers ne découragea
point le monarque danois : il résolut
d'attaquer les Suédois en Allem.igne ;
et il leur enleva les duchés de Bremen
et de Verden : mais Stcnbock défit
ses troupes près de Gadebusch, en
Mecklenbourg , et brûla sa ville d'Al-
tona , non loin de Hambourg. Fré-
déric , ayant été joint par les Saxons
et les Russes , poursuivit Stenbock ,
l'enferma dans la forteresse de Ton-
ningen, et le força à capituler. Il l'en-
voya à Copenhague , et le fit mettre
dans une prison où ce général ter-
mina ses jours. Peu après, les Da-
nois s'emparèrent des états du duc de
Gottorp. Cependant Charles XII était
revenu de Bender, et respirait la
vengeance : il défendit , avec son cou-
rage ordinaire , la forteresse de Stral-
suud , où il se trouvait en personne ,
et qu'assiégeaient les rois de Danemark
et de Prusse , avec une armée consi-
dérable : mais ne pouvant faire une
plus longue résistance , il repassa en
Suède , et Stralsund se rendit. Frédé-
ric IV semblait devoir pom suivre
ses progrès; et il méditait, en effet,
une nouvelle descente en Scanie, de
concert avec Pierre F*^. : mais ce
prince montra peu de zèle pour
l'exécution de ce projet ; et il y eut
même bientôt un refroidissement sen-
sible entre lui et le roi de Danemark ,
qui , dès -lors , pencha pour la paix :
cependant il eut encore à lutter contre
Charlt*s,en Norvège. Une première
expédition des Suédois contre ce j>ays
ayant échoué. Charles en fit une se-
conde, et mit le siège devant la ville
de Fridérichshall. Le siège avançait ,
lorsqu'une balle mit fin aux exploits
et aux jours du héros suédois. Frédé-
ric fit la paix avec le nouveau gouver-
FRE
îiement de Suède , et la signa à Fre-
deubourg, le *25 juillet 1720 : il
cëda ses conquêtes ea Pomëranie; la
Suède renonça à l'exemption des
droits du Sund , et paya une somme
de 600,000 ëcus pour le rachat de
Bahus et de Marslrand, qui e'taient
entre les mains des Danois j elle s'en-
gagea aussi à ne point s'opposer à ce
qui avait été convenu entre le Dane-
mark et les puissances médiatrices ,
la France et i'Ani;leterre, ponrassu'
rer, au Danemark , le Sieswig dans
son entier. Eu effet, Frédéric IV
garda la partie de ce duché qui avait
appartenu à la maison de Gotiorp , et
ne rendit à cette maison que ses pos-
sessions dans le Holstein. Les duchés
de iîremen et de Verden , que les
Danois avaient d'abord occupés, lurent
cédés, pour une somme d'argent, au
roi d'Angleterre. Peu aptes la conclu-
sion de la paix, en 1 72 1 , mourut la
reine Louise de Mecklenbourg. Le
roi épousa, la même année, Anne-
Sophie , fille du grand chancelier
comte de Bewenllau, à laquelle il était
attaché depuis long-temps, et qu'il
avait créée , dès Tannée 1 7 1 1 , com-
tesse de Sieswig. 11 ne lui accorda d'a-
bord que le titre d'altesse royale, et
duchesse épouse du roi : mais , peu
de temps après, il la couronna lui-
même sans solennité, et sans employer
le ministère d'aucun ecclésiastique ,
dans le château de Frédéricsbourg ,
en présence de la famille royale et des
ministres ; il fil ensuite avec elle une
entrée pompeuse dans la capitale. Le
duc de Holslein-Gotturp s'était retiré
à la cour de Pierre P""., et ce monar-
que lui ])romit sa protection : il lui
donna même une de ses filles en ma-
j'ia^e. \jf duc fit aussitôt renaître des
prétentions pour rentrer en possession
du Sieswig , et Pierre les appuya. On
Tit l'instant où la guerre recommence-
FRE 56i
rail : mais Frédéric IV fit alliance avec
George I*"^. , roi d'Angleterre, qui avait
également à se plaindre de la Russie;
et la paix fut maintenue au moyeu
d'un armement maritime des deux
puissances. Déjà , depuis plusieurs
années, un ecclésiastique norvégien,
nommé Egcde , avait conçu le projet
d'aller en Groenland, pour y piêcher
le christianisme, et pour y rechercher
les restes des colonies que les Norvé-
giens y avaient autrefois fondées,
( r. J. EgÈde. ) Ce projet , ayant été
soumis au roi, fut approuvé : le pieux
Egède obtint les moyens de s'embar-
quer , et de faire quelques établisse-
ments qui ont été le berceau des co-
lonies danoises qui existent maintenant
sur la côte occidentale du Groenland.
Frédéric IV fonda aussi dos missions
à Tranquebar et en Laponie : ces dif-
férentes missions étaient couibinécs
avec les entreprises commerciales,
que le roi favorisa toujours avec une
grande munificence. Le Danemark
lui est redevable de plusieurs auîres
établissements utiles : il fonda la
(grande maison des Orphelins de Co-
penhague , l'école des cadets de terre
de la même ville , et deux cent qua-
rante écoles pour l'instruction des en-
fants des paysans du domaine de la
couronne. En 1728, un incendie
ayant consumé les deux tiers de 1&
capitale, Frédéric donna des preuves
touchantes d'humanité et de zèle pour
le bonheur de ses sujets : il fit secou-
rir les malheureux, et assigna des
fonds considérables pour le rétablis-
sement de la ville , qui sortit promp-
temint de ses cendres plus régulière
et mieux bâtie. Ce fut sous son règne
que le comté de Rantzau , fief de l'em-
pire, situé en Holstein, fut iéuni à
la couronne , après la condamnation
du dernier duc, accusé d'a\ oir tué
son frère. Frédéric IV , dont la sanlé
36
SOI FRE
était fort affaiblie depuis long-temps,
mourut dans la ville d'Odensëe, le
12 octobre i73o, laissant ses états
dans une situation florissante, et em-
portant dans la tombe les regrets de
ses peuple.*. Le dernier jour de sa
vie , qui était en même temps l'anni-
versaire de sa naissance, il fit prêcher
devant li, et ordonna au prédicateur
de prendre pour texte ces paroles :
« Mieux vaut le jour de la mort que
celui de la naissance. » Il avait eu de
sa première femme, Louise de Mec-
klen bourg , une princesse nommée
Charlotte-Amélie , et un prince qui lui
succéda , sous le nom de Christian VI.
Il n'eut point d'enfants de sa seconde
femme, Anne-Sophie de Rewenlla»! :
cette princesse , à la mort du roi ,
quitta la cour , et se retira en Jutland,
dans une terre appartenant à sa fa-
mille, où elle mourut en 1743.
C AU.
FRÉDÉRIC V, roi de Danemark
et de Norvège , fils de Christian VI
et de Sophie -Madelène de Brande-
bourg-Culmbach , naquit en 1723.
Marié, en 1 743, à la princesse Louise,
flile de George II , roi d'Angleterre ,
il succéda à son père, le 6 août 1 746.
Pendant la guerre qui commença en
1756, il adoj.ta un système de neu-
tralité auquel il engagea la Suède à
prendre part , relativement au com-
merce et à la navigation. La conven-
tion de Closter-Seven , dressée sous la
médiation de Frédéric V, le 7 sep-
tembre 1757, ne fut point ratifiée
}yw les puissances belligérantes. Vers
a fin de cette guerre , une circons-
tance particulière mit le Danemark
dans un danger imminent. L'impéra-
trice Elisabeth étant morte en 1 762 ,
Pierre I 11 monta sur le trône de Rus-
sie. Pierre était fils de ce duc de Hols-
tein-Gotlorp , que le Danemark avait
iépouillc de Slcswig : il VQulut venger
FRE
sa famille, et menaça d'enlever avL
roi de Danemark , non seulement le
duché de Sleswig , mais tous les états
qu'il possédait en Europe, et de ne
lui laisser que Tranquebar, dans les
Indes, pour possession et pour asile.
Plein de ce projet insensé, il se hâta
de faire la paix avec le roi de Prusse;
et, malgré les avis de ce prince dont
il était d'ailleurs le plus grand admi-
rateur , il ordonna que l'armée russe
qui se trouvait en Poméranie , mar-
chât vers le Holstein. Le roi de Dane-
mark se prépara à la résistance avec
une grande activité : vingt-deux vais-
seaux de ligne et onze frégates furent
envoyés dans la Bahique. L'armée fut
portée à près de soixante-dix mille
hommes ; et Frédéric en donna le
commandement à un Français connu
par ses talents mi'itaires, le comte de
Saint-Germain. Des détachements de
cette armée forcèrent les Harabour-
geois à prêter au roi un million d'écus,
entrèrent à Lubeck , et s'établirent a
Travemunde , port de cette ville.
Pierre, ne se doutant pas de l'orage
qui se formait contre lui à Péters-
bourg , et s'occupsnt plutôt du pro-
jet de redevenir duc de Sleswig,
que des mesures nécessaires pour
maintenir son pouvoir en Russie, fit
marcher en avant le général Roman-
zow avec quarante mille hommes , et
désigna le 3o juillet 1762 comme le
jour où se mettrait en mouvement
une plus grande armée , dont il devait
prendre lui-même le commandement,
accompagné de son parent , le prince
George de Holstein - Gotlorp. Les
troupes légères de l'armée de Romau-
zow étaient déjà entrées dans le Mec-
klenbourg; et la terreur qui les pré-
cédait, faisait fuir les habitants des
villes et des campagnes : mais, dans
ce même moment, arriva la nouvelle
cjue Pierre venait d'être dctronéj qu'il
FRE
avait cessé de vivre quelques jours
après, et que ses fuue'iailles s'étaient
faites le jour même qu'il avait marqué
pour se mettre à la tête d'une armée.
Catherine II rappela les troupes rus-
ses, et la paix fut maintenue. Pierre III
laissait un fils en bas âge , le grand-
duc Paul : la tutelle de ce prince,
comme duc de Holstein, fit naître des
difficultés. L'impératrice Catherine y
prétendait on qualité de mère : le roi
de Danemark avait en sa faveur l'usage
et les traités ; et il s'en mit en posses-
sion par deux commissaires. La résis-
tance qu'ils éprou^'èrent , l'obligea à
faire approcher des troupes : mais ,
en même temps, il fit faire à l'impéra-
trice des propositions , qui produisi-
rent un raccommodement. Pour ter-
miner tous les différends relatifs à
la possession et aux droits du duché
de Holstein -Gottorp, Frédéric V
proposa ensuite l'échange de ce duché
avec les comtés d'Oldenbourg et de
Delmenhorst. Cet échange eut lieu en
effet : mais on ne procéda à l'exécu-
tion définitive qu'en 1773, sous le
règne de Christian Vil. La branche
de Holslein-Ploën s'étant éteinte en
1 761 , Frédéric V devint maître des
possessions de cette branche. Le rè-
gne de ce prince fut d'ailleurs remar-
quable par plusieurs institutions et
entreprises ayant pour but de faire
fleurir l'industrie, le commerce, les
sciences etlesarts. Des colonies d'Al-
lemands et de Français réfugiés furent
appelés en Jutlaud, pour défricher
les landes de cette province. On com-
mença à cultiver les pommes de terre,
et les pêcheries obtinrent de grands
encouragements. Les communes fu-
rent abolies peu à peu , et l'affranchis-
sement des paysans fut essayé avec
succès dans quelques domaines. Le
roi accorda de grands avantages à la
compagnie asiatique , et fit l'acquisi-
F R E 565
tion des îles Nicobar , qui furent ap-
])clées les îles Frédéric j il acheta Vile
de Sainte-Croix , de la compagnie oc-
cidentale , et rendit le commerce d'A-
mérique entièrement libre. Il fonda ,
à Copenhague, une maison d'accou-
chements gratuits, et un hôpital, qui
est devenu un des plus remarquables
de l'Europe par sa bonne organisa-
tion. Une académie de dessin , qui
avait existé depuis quelque temps dans
la capitale, devint une académie de
beaux-arts , dotée d'un revenu consi-
dérable. En 1761, Frédéric envoya
une société de savants, parmi lesquels
était le fameux Niebuhr , en Egypte
et en Asie, pour faire des recherches
relatives à l'histoire naturelle, à la
géographie, aux antiquités. Ce voyage
a produit plusieurs ouvrages utiles,
qui ont été imprimés avec soin. Ces
institutions et ces entreprisescoûtèrent
des sommes considérables , et appau-
vrirent le trésor. Le roi s'était laissé
diriger principalement par son minis-
tre , le comte Bernstorf l'aîné , qui fut
exposé à encourir les reproches du
public, mais qui avait des intentions
louables , et qui voulait faire sortir l'ad-:
rainistration de l'espèce d'apathie où
elle était tombée depuis quelque temps.
La compagnie asiatique, qui avait de
grandes obligations au roi , lui fit éri-
ger, à Copenhague, une statue éques-
tre, dont Sally, sculpteur français,
donna le modèle , et qui est une des
plus belles qu'il y ait dans aucune
ville de l'Europe. Frédéric V mourut
en 1766. 11 eut de sa première
femme, Louise d'Angleterre; Chris-
tian VII, son successeur; et Sophie-
Rladelène , mariée à Gustave III ,
roi de Suède, et mère de Giistave IV,
déchu du troue de Suède en 1809. Il
eut , de sa seconde femme , un prince,
nommé Frédéric, mort en i8o5, et
père du prince Christian , qui a ét«
36.»
«64 FRE
un raompût régent de Norvège et sur
le point de devenir roi de ce pays.
FRÉDÉRIC I". D'ARAGON ,
roi de Sicile de 1291 à i337 , était le
troisième des fils de Pierre d*Aragon
et de Constance de Souabe. Lorsque
les vêpres siciliennes firent succéder
Constance à Tune des deux couronnes
qu'avait portées son père Manfred ,
Frédéric suivit sa mère en Sicile : il s*y
rendit cher aux peuples de cette île, et
il apprit chez eux Tart de la guerre en
combattant les Français et les Napo-
litains , qui cherchaient à les sou-
mettre de nouveau. Alphonse , frère
aîné de Frédéric et roi d'Aragon,
mourut le 18 juin 1291 : alors Jac-
ques le second quitta la Sicile pour
recueiHir la couronne d'Aragon, et il
laissa Frédéric son frère chargé de la
défense de cette île. Mais Jacques ne
tarda pas à traiter avec les Français
et le pape , qui lui disputaient l'Ara-
gon ; et pour obtenir une possession
tranquille de ce royaume, il promit
de livrer la Sicile à la maison d'An-
jou. Il envoya l'ordre à son frère de
se retirer de Palerme. Frédéric re-
fusa d'obéir; il jura de défendre les
Siciliens , et ceux-ci à leur tour le re-
connurent pour leur unique chef. Ils
le couronnèrent à Palerme, le 25
mars 1296. Frédéric, avec les seules
forces de la Sicile , se trouva engagé
dans une lutte redoutable contre le
roi de Naples , secondé par la France
et par l'Eglise , et contre son propre
frère Jacques P*"., qui vint l'attaquer
en Cialabre et en Sicile. En même
temps il fut abandonné par son
grand-amiral, Roger de Loria, au-
quel les Siciliens avaient dû leurs
Frécédents succès: mais Frédéric était
idole de son peuple j les Siciliens
étaient prêts à tout souffrir pour lui ;
ancuD prince d'ailleurs ne savait m ieu:i&
FÉE
tirer parti des circonstances et faif%
de plus grandes choses avec moins
de forces. Frédéric fatigua tous ses
adversaires, en évitant toujours les
batailles rangées, pour lesquelles il
n'avait pas assez de soldats : enfin il
contraignit Charles II à lui donner
la paix en i5o2. Charles de Valois,
qui était venu de France pour le
combattre, s'en fit le médiateur. Fré-
déric épousa Eléonore , troisième
fille de Charles II j et renonçant au
titre de roi de Sicile , il prit celui de
roi de Trinacrie. Frédéric profita de
la paix pour encourager le com-
merce et l'agriculture de la Sicile ; il
protégea surtout la navigation , et il
fit tenir à son royaume un rang dis-
tingué parmi les puissances maritimes.
Robert, roi de Naples, l'ayant atta-
qué de nouveau , Frédéric repoussa
victorieusement cette agression ; il
s'unit contre lui à tous les Gibelins
d'Italie; il donna des secours aux
Génois, et combina des plans d'atta-
que contre Naples en i3i i avec l'em-
pereur Henri V II, et en i328 avec
Louis IV de Bavière. Ce fut la faute
de ces monarques allemands si le
royaume de Naples ne fut pas enleré
aux Angevins. Frédéric , après un
règne glorieux de trente - quatre ans ,
mourut d'une longue maladie le 25
juin 1537. Il laissa trois fils, dont
l'aîné, Pierre II, lai succéda. S. S — 1.
FRÉDÉRIC II D'ARAGON, roi
de Sicile, fils de Pierre II et petit-fils
de Frédéric I"., succéda, en novem-
bre 1 355 , à son frère aîné Louis. Le
royaume de Sicile , pendant les deux
précédents règnes, avait éprouvé une
extrême décadence : des factions vio-
lentes s'y étaient manifestées ; et non
contentes de se combattre, elles a vaieul
appelé l'ennemi dans le royaume , et
lui avaient livré plusieurs villes. Fré-
déric II; surnommé le Simple, cuit
FRE
peu propre à rétablir l'ordre ou h
défendre ses états, 11 perdit Messine
en i556 , et ensuite Palerme, qui ou-
vrirent leurs portes à Jeanne 1'". de
Naples. Probablement !a Sicile entière
aurait été conquise si les désordres
de la cour de Jeanne, et ensuite Tin-
vasion du roi de Hongrie, n'avaient
détourné Tattention des Mapolitains.
Frédéric II profita de celte diversion
pour recouvrer, vers Tan i365 , Pa-
lerme et Messine. Il fit ensuite la paix
en 1072 avec la reine Jeanne, à qui
il promit un tribut de quinze mille
florins. Il mourut peu après, laissant
une fille nommée Marie y qui porta
la couronne de Sicile en dot au roi
Martin II d'Ar.tgon. S. S — i.
FBÉDÉRIG D'ARAGON , roi de
Napies de 1 496 à 1 5o i . Ferdinand II,
roi de Naples, étant mort sans en-
fants le 5 octobre 1496, son oncle
Frédéric, comte d'Altaraura , qui était
occupé au siège de Gjële, revint à
Naples pour prendre la couronne.
Déjà, du vivant de son père, il avait
donné à connaître la douceur et la
générosité de son caractère j et il avait
éprouvé combien les Napolitains met-
taient de différence entre sou frère et
lui. Ferdinand l^'. l'avait envoyé à
Salerne en i485 auprès des barons
révoltés, pour les ramener à l'obéis-
sance. D'une commune voix ceux - ci
lui offrirent la couronpe, l'assurant
que cette révolution aurait la sanc-
tion du pape leur allié. Mais Frédé-
ric rejeta leurs offres avec constance ;
et il aima mieux demeurer son pri-
sonnier que de devenir leur roi.
La joie de toute la nation fut extrême,
lorsqu'elle vit en 1496 parvenir légi-
timement à la couronne celui même
en faveur de qui elle aurait voulu
intervet-lir l'ordre de la succession.
Frédéric reçut à Capoue, le 10 août
1497 , l'iûvestiture du pontife par
FRE 565
les mains de César Borgia , qui était
alors encore cardinal ; mais î'avé-
nement de Louis XII au trône de
France au mois d'avril 1498 menaça
bientôt Frédéric d'une nouvelle lutte
pour la couronne de ses pères. Ce-
pendant celui ci refusa d'acheter la
protection d'Alexandre VI en ma-
riant sa fille à César Borgia. Au com-
mencement de l'été de i5oi , Louis
XII envoya d'Albigny avec mille lan-
ces et dix mille hommes d'infanterie
contre le royaume de Naph s. Frédé-
ric s'avança jusqu'à San -Germano
pour leur disputer le passagc.En mémo
temps Gonsalve de Cordoue , envoyé
à 5on aide par son cousin Ferdinand
d'Aragon , était débarqué en Calabre;
et il s'y faisait consigner plusieurs
places pour sa sûreté. Mais avant qu'il
se fût livré aucun combat , les am-
bassadeurs de France et d'E^spagn»
se présenlèrect réunis au pape en
plein consiSToire, et ils lui notifièrent
le honteux traité par lequel Louis XII
et Ferdinaiid d'Aragon étaient con-
venus , le 1 1 novembre précèdent , de
se partager les dépouilles du mal-
heureux Frédéric. Les provinces sep-
tentrionales devaient rester aux Fran-
çais, la Pouiile et la Calabre aux Es-
pagnols, et Gonsaîve, au lieu de por-
ter des secours an roi de Naples,
avait eu la commission peiUde de se
faire livrer ses forteresses sous le
voile de l'amitié. Même après la pu-
blication de ce traite , Gonsalve es-
saya encore de tromper le roi de Na-
ples : mais lorsqu'il vit qu'il ne pou-
vait y réussir, il vint avec ses ga-
lères enlever de Naples les deux
vieilles reines , l'une sœur et l'autre
nièce de son maître. L'armée dé Fré-
déric, à cette nouvelle, se débanda.
Capoue fut prise d'assaut par les Fran-
çais le 25 juillet i5oi , et plusieurs
milliers de »€s habitants furent pu-
^m FRE
ses au fil de Tcpée ; Gaëte et Aversa se
rendirent à la première sommation :
Fre'deric enfin fut oblige de se retirer
de Naples à Ischia. Alors pre'fe'rant ^e
confier à la ge'nérosité de Louis XH
plutôt que d'attendre rien des Espa-
gnols, il se rendit auprès de ce mo-
narqupj et il reçut de lui le duché'
d'Anjou, avec un revenu de 5o mille
ducats. Il mourut en France le 9 sep-
tembre )5o4. Ses deux plus jeunes
fils moururent aussi peu après , l'un
àFerrare, l'autre à Grenoble, sans
avoir eu d'enfants. L'aînë, nomme'
Ferdinand , avait été fait prisonnier
à Tarente par Gonsalve de Cordoue.
11 ve'cut en Espagne jusqu'à l'an
i55o. Il eut deux fois la permission
de se marier, mais avec des femmes
reconnues pour stériles , en sorte
qu'avec lui s'éteignit la postérité des
rois de ISnpIes. S. S— i.
FRÉDÉRIC V\ , électeur de Bran-
debourg, et premier roi de Prusse,
fils de Frédéric - Guillaume , nommé
le grand électeur , et de Louise-Hen-
riette de Nassau-Orange, naquit en
1657: sa nourrice le portant sur ses
bras le laissa tomber en arrière j cet
accident affaiblit sa constitution et
empêcha sa taille de se développer ;
il était très petit, et même un peu
contrefait. Parvenu à régner en :688,
il conserva les ministres de son père,
qui la plupart étaient doués de beau-
coup de talents, et avaient acquis une
longue expérience. Le règne de Fré-
déric-Guillaume avait donné au Bran-
debourg un grand ascendant eu Alle-
magne. Les premières puissances de
l'Europe envoyorenl des ambassa-
deurs à son fils pour le féliciter de
son avènement. Il les reçut avec une
grande magnificence, et commença
dès-lors à tenir une cour très bril-
lante , modelée sur celle de Louis XIV.
li aimait le faste , la représentation ,
FRE
l'éliquetle , et ne laissait passer au-
cune occasion de manifester ce goût.
Lorsque le prince Guillaumed'Oraugc
eut entrepris son expédition en An-
gleterre, Frédéric, qui était son pro-
che parent, se déclara pour lui, et
chercha à faciliter l'exécution de ses
projets. Il lui céda le maréchal de
Schomberg, qui s'était réfugié pour
cause de religion en Brandebourg ,
et qui occupait dans le pays les pre-
mières places militaires. Un corps de
Brandcbourgeois se rendit sur le Rhin ,
et reprit sur les Français les villes de
Kaïserswerdt et de Bonn. Dans le
même temps , Frédéric faisait passer
dix mille hommes en Hongrie, pour
secourir l'empereur contre \es Turks.
L'année 1698, ce prince eut une en-
trevue avec Guillaume, devenu roi
d'Angleterre. Le roi refusa le fauteuil
à l'électeur : Ci refus piqua vivement
Frédéric, qui résolut dès ce moment
de se placer au nombre des rois. Il
tira parti des circonstances pour par-
venir à son but. La cour de France ,
voulant le gagner, lui offrait ses bons
offices. D'un autre coté, la cour de
Vienne était jalouse de s'attacher un
prince qui pouvait lui être utile , sur-
tout si la guerre se rallumait pour la
succession d'Espagne : elle prit les
devants j et l'empereur L^opold, s'at-
tribuant la prérogative de créer des
rois, érigea le duché de Prusse en
royaume. Le i o janvier 1 701, le cou-
ronnement eut lie*! àKœnigsbergavec
un faste qui épuisa pour quelque temps
le trésor. Trois cents chevaux furent
employés pour transporter la cour,
qui partit de Berlin en quatre divisions :
les boutons de l'habit du roi avaient
coûté trois mille ducats chacun. Fré-
déric plaça lui-même la couronne sur
sa tête, et nçut l'onction de deux
c'vcqucs, l'un luthérien, l'autre ré-
forme, qu'il venait de nommer pour
FRE
cette cérémonie. L'empereur , en ac-
cordant à Frédéric le titre de roi ,
avait stipulé plusieurs conditions,
dont la principale était qu'il se dé-
clarerait contre la France, et fourni-
rait des troupes pour agir de concert
avec les armées impériales. En effet,
quand les hostilités eurent commencé,
dix mille Prussiens prirent part à la
guerre, tant en Allemagne qu'en Italie.
Plusieurs événements contribuèrent ,
dans le même temps , à favoriser les
vues de Frédéric pour l'agrandisse-
ment de sa maison. Guillaume III
étant mort en 1 702 , le roi de Prusse
se porta héritier de la succession de
Nassau-Orange, et prit possession du
comté de Lingen , de la principauté
de Meurs et de plusieurs autres biens
enclavés dans divers états. La prin-
cipauté d'Orange n'étant pas accessi-
ble pour lui , il y renonça pour le
moment. Après la mort de la du-
chesse de Nemours , les états de Neu-
chatel et de Valangin , entre plusieurs
compétiteurs , préférèrent le roi de
Prusse, comme héritier de la maison
d'Orange: son droit était fondé sur
ce qu'un prince de cette maison avait
épousé l'héritière de la maison de Châ-
lons, à qui Neuchatel et Valangin
avaient autrefois appartenu. Cette ac-
quisition fut ensuite sanctionnée par
les autres puissances, à condition
que le roi de France serait mis eu
possession de la principauté d'Orange.
Quelque temps avant, Frédéric avait
acquis la prévôté de Quedlinbourg,
le bailliage de Petersberg et le comté
de Teklenbourg. Lorsque la guerre
eut éclaté dans le nord entre la
Suède d'un côté, la Russie, la Polo-
gne et le Danemark de l'autre, Fré-
déric se trouva plus d'une fois dans
une position embarrassante vis-à-vis
de ces puissances ; mais il parvint,
par une politique habile, à maiiitenir
FRE 567
la tranquillité dans ses états. Charles
XII ayant été défait à Pultawa , le
roi de Prusse obtint de Pierre P^
qu'on ne porterait point la guerre en
Poméranie. 11 eut à ce sujet avec le
czar une entrevue à Marienwerder ;
et. les deux princes se firent de ma-
gnifiques présents. Frédéric avait
épousé, en 1 683, Elisabeth de Hcsse-
Gassel , qui mourut peu après , et fut
remplacée par Sophie -Charlotte de
Hanovre , princesse aussi distinguée
par ses talents que par sa beauté et
ses grâces. Elle mourut en 1 -joS j et le*
roi épousa en troisièmes noces Louise
de Mecklenbourg. Celle-ci se jeta dans
la dévotion , et tomba dans une mé-
lancolie qui dégénéra en démence.
On avait caché au roi le triste état de
la reine. Un jour qu'elle se trouvait
plus mal qu'à l'ordinaire, elle s'échap-
pa, et traversant une galerie elle en-
tra dans l'appartement du roi par une
porte de glaces qu'elle mit en pièces..
Le roi reposait sur un fauteuil : il
s'éveilla en sursaut; mais il n'eut pas
le temps de se lever. La reine s'était
jetée sur lui en le querellant. Il fut
saisi de frayeur , la voyant à demi-
déshabillée, tout en blanc, les bras
et les mains en sang. Les officiers de
service qui étaient dans la pièce voi-
sine accoururent, et le dégagèrent des
mains de la reine. Le roi fut si frappé
de celle aventure, qu'il prit la fièvre à
l'heure même; il dit, en se mettant
au lit, j'di vu la femme blanche, je
n'en reviendrai pas ; il s'imaginait
avoir vu le fantôme vêtu de blanc
qu'une tradition assez ancienne fait
apparaître dans les châteaux de la
maison de Brandebourg peu avant la
mort d'un prince ou d'une princesse
de cette maison. La maladie du roi
dura six semaines; il expira le ^5
février 1 7 « 5 , dans sa 56". année,
Frédéric n'avait pas reçu de la nu-
568 FRE
ture des talents supëiieurs ; il don-
nait trop d'alteutiou a des objets mi-
nutieux, et prenait la vauilé pour
l'amour de la gloire. Ses favoris par-
venaient souvent à le gouv< rncr, en
flattant ses goûls et en cédant à ses
faiblesses; mais il avait en même
temps assez de ressort dans le carac-
tère et un esprit pssez étendu pour
former des entreprises importantes
et pour les exécuter avec constance.
Sa vanité le portait quelquefois à des
vues utiles et grandes , et sa passion
pour le faste contribua aux progrès
de l'industrie , des lettres et des arts.
Le mot de son pelil-fils, Frédéric 11,
qu'il était granddans les petites choses,
et petit dans les grandes, ne car.icté-
rise pas avec assez de justesse celui
qu'on peut appeler le fondateur de
la monarchie prussienne. Fiédéric,
en se faisant donner le titre de roi ,
jota les fondements de cette indépen-
dance qui était nécessaire à sa m^iison
pour se p acer parmi ies grandes puis-
sances. L'éclat de sa cour fut une
espèce de pr stige très utile à ses
vues et à ses intérêts dans un temps
surtout où ies dehors de la grandeur
captivaient davantage les regards et
fixaient l'attet.tion. Les institutions
dont il fut le créateur, et les monu-
ments qu'il éleva, sont encore la gloire
de son p ys. En 1 694, Frédéric fonda
l'université de Ha le, qui devint bien-
tôt une des plus célèbres de l'Ailem i-
gne. L' nuée 1707 , il créa la so-
ciété royale des sciences et belles-
lettres de Berlin , dont l'illustre Leib-
nitz devint le président. Dès l'année
1696, i' avait établi à Berlin une aca-
démie de p iulure. Quelque temps
après, il fit venir d'Italie ies plâtres
des principales statues pour sei vir de
modèles aux élèves. La c<q)itale fut
décorée d'un grand nombre de beaux
édifices , ( parmi lesquels se dislingue
FRE
Farsenal ), et de la statue équestre dn
grand électeur plieée sur le pont nom-
mé Hoyal. Fré léric appréciant le ser-
vice qie son père av^it rendu aux
états de Krandchourg en y recevant
les réfugiés français, continua de les
accueillir avec générosité j et ce fut
sous son règne qu'il en arriva le
plus grand nombre. Quoiqu'il eût
fait de grandes dépenses , il n'avait
point foulé ses peuples; et les sommes
dues par le trésor furent trouvées
peu considérables quand on fit les
liquidations à sa mort. [F. SophiK'
CnARLOTfE. ) C AU.
FtiÉDÉHlC II, roi de Prusse,
q'.ie l'on distingue par le surnom de
Grand, avec plus de raison, peut-
être , qu'aucun autre souverain des
temps modernes, étnii le 5 . fils de
Frédéric-Guill.aim? I**". , alors prince
royal , et de Sophie-Dorothée de Ha-
novre. Il naquit à Berlin le 24 jan-
vier 1712, et fu! baptisé sous les
noms de Charles- Frédéric ; mais il
signa toujours Frédéric. Sa première
éducation fut confiée à M""', de Ro-
coules , réfugiée française , la même
qui avait été gouvernante de son père.
Il eut ensuite un précepteur de la
même nation ( Fo^. Duhan'*; et l'un
cl l'autre contribuèrent beaucoup à lui
inspirer du goût pour tout ce qui ap-
partenait à la France. Son père voulut
en faire un soldat dès sa plus tendre
jeunesse ; mais il usa envers lui d'une
sévériiési mmufieu^e , que le premier
mouvement du jeune prince fur de dé-
tester une carrière où il devait briller
avec tant d'éclat". Il montra dès-lors un
goût très vif pour les belles-lettres; et
il en puisa les premiers principes dans
les livre> français. Ce fut surtout cette
lecture qui lui donna ce ton de dou-
ceur et d'urbanité que l'on remarqua
d'autant plus qu'il contrastait davan-
tage JTec la rudesse de la cour de
FRE
Berlin. De telles manières et cle tels
goûts e'taient bien éloignés des vues
de Frédéric -Guillaume; et ce mo-
narque ne fut pas moins choqué des
opinions philosophiques que son fils
commença dès ce temps à manifester.
«iCc n'est, disait-il, qu'un petit-maître
»et un bel esprit français , qui gâtera
») toute ma brsogne. » On peut voir ,
à l'aiticle de ce dernier ( tome XV ,
pag. 596 ) , 1( s circonstances et les
suites funestes de la tentative que le
jeunt Frédéiic fit, à l'âge de 18 ans,
pour se soustraire aux rigueurs pater-
nelles. Sa mère implora long-temps en
vain la ciémcnct- du roi , pour faire
cesser l'emprisonnement qui fut la
suite do cette tentative. La reine ai-
mait tendrement son fils , et elle s'éva-
nouit de plaisir, lorsqu'elle le vil se
précipiter dans ses bras , par une
surprise que son époux lui avait
ménagée pour le jour de sa fête.
Cette attention montre que Frédé-
ric - Guillaume n'était pas toujours
inflfxible. Mais lentes ses affections
s'étaient tournées vers le second de
ses fils. Il voulait en faire son suc-
cesseur ; et Frédéric eut , plus d'une
fois , besoin de toute sa fermeté
])Our résister aux ordres qui lui
furent donnés de céder ses droits
à sou frère. Contraint dans tous
ses penchants, le jeune prince fut
obligé de renoncer au projet que, de
concert avec sa mère, il avait formé
de prendre pour épouse une princesse
anglaise; et ce fut par un ordre positif
de son père, qu'en cjSSil épousa Eli-
sabeth de Brunswick. {F. Elisabeth,
tome XlIJ , page 69. ) Cette princesse
était , au reste , bien digne d'un tel
lionneur ; et Frédéric n'aurait eu qu'à
s'applaudir de cotte union si elle lui
eût donné un successeur , et s'il n'eût
pas éprouvé, pendant toute sa vie,
Mn éioigucmeut fort extraordinaire
FRE 669
pour le commerce des femmes (1). \
Enfin il fut permis à Frédéric de s'c-
loigner de la cour pour habiter le
châte-u de Rhinsberg ; et il put ,
dans cette retraite , se livrer sans con-
trainte à la culture des lettres et des
arts. Un corps auxiliaire prussien
ayant été envoyé à l'armée impériale
en 1 734 , il saisit avec empressement
celte occasion de voir le prince Eu-
gène : muis ayant entendu plusieurs
fois cet illustre guerrier , il le trouva
au-dessous de l'idée qu'il s'en était
formée ; et l'étonnement qu'il en eut
ajouta à son éloignement pour le mé-
tier des armes. Il revint avec joie au
château de Rhinsberg , où il passa
encore des jours heureux. Celte re-
traite fut appelée le Séjour des Muses ;
et elle était réellement l'école des arts
et de la politesse. Frédéric y recevait
les hommes célèbres de tous les pays ;
et déjà il entretenait une correspon-
dance suivie avec Maupertuis, Alga-
rotti, et surtout avec Voltaire, qui
fut constamment l'objet de son admi-
ration, et dont les écrits contribuèrent
tant à former son goût et ses opinions.
H lui envoya alors le manuscrit de sa
réfutation du Prince de Machiavel ,
afin que Voltaire le corrigeât et qu'il le
fît imprimer. C'était , sans doute, un
beau spectacle que de voir l'héritier
d'un trône plaider la cause des peu-
ples contre le citoyen d'une républi-
que enseignaiît la tyrannie; mais il ne
serait pas aisé de décider jusqu'à
quel point Frédéric se montra sincère
dans cette discussion. Ce qu'il y a de
sûr , c'est qu'aussitôt qu'il fut roi
( 1740 )■> iï voulut arrêter la publica-
tion de son livre ; mais déjà il n'en
(i) Cette bizarrerie n'a eu que quelques excep.*-
tionsdaas la jeunesse «le Frédéric, et une seule foi»,
vers le milieu de son règne. Ce fut en faveur d'un*
danseuse italienne, nommée Barbariiii, qu'il ad-
mit plusieurs fois à sa t.-ible , mais qu'il payait i'i
mal, si l'on en croit Voltaire, qu'elle finit par
M sauver «n Angleterre.
570 FRE
/ ëlail plus temps. Les gens de lettres
avaitut fait a ce jeune prince une
grande réj)Utation ; tt son règne était
attendu avet une vive impatience. On
crut qu'il allait conserver son genre
de vie ordiuaire; mais, dès ce moment,
plus de goûts et d'occupations frivoles;
tout son temps est consacré à l'admi-
nistration et à 1.1 politique. Les heures
d'audience et de conseil , l'exercice
et la revue des troupes, tout est sou-
mis à un oidri invariable f i). L'atten-
tion de Fiédéric se fixa d'abord sur
lieux objets principaux , les finances
jct l'armée. Son père avait porté l'éco-
iiomie au dernier point dans toutes
les parties de l'administration j ainsi
il restait peu à faire sous ce rapport.
11 réforma, comme inutile, ce fa-
meux régiment de géants, qui avait
coûté à Frédéric - Guillaume tant de
soins et d'argent. L'armée prus-
sienne n'était composée que de 60
mille hommes ; il la porta à 80
mille , la pourvut de tout ce qui est
uécessaire à la guerre , et attira cliez
lui plusieurs officiers qui s'étaient dis-
tingués au service des autres puissan-
ces. Les motifs d'un zèle si empressé
pour les objets militaires, ne purent
échapper aux yeux des observateurs;
et dès-lors il fut aisé de voir qu'il
voubit être conquérant, celui qui avait
si fort déclamé contre l'ambition; dès-
lors il fut évident que le réfutaleur de
Machiavel allait consacrer, par sou
exemple, les principes qu'il avait
combattus. 11 débuta dans cette car-
rière par une exécution militaire con-
(1) Naturellement porté au sommeil , il sentit
combien un tel penchant nuirait à ses plans , et il
résolut de tout taire pour le surmonter. 11 ordonna
«fabord à ses gens de Téveiller dès ciaq heures du
snatin , et d'emplojer pour cela jusqu'aux menaces
et aux injures ; luais la timidité et le respect les em-
pêchant d'exécuter poncluellement un pareil ordre,
tl exigea d'eux , suus peine d'être renvoyés , qu'ils
lui Appliquassent sur la figure un linge trcmpû
dans de l'eau Troide. Cet ordre fut exécuté , même
m liiv«r, jusqu'à ce que le roi se levât de lui-
■tcrn* luuk les jours à ciHq heures précises.
FRE
tre le prince-évêque de Liège , qu'il
obligea à lui payer une forte somme
d'argent , sous prétexte d« certains
droit^ qu'il prétendait sur l'un de ses
faubourgs. Ce fut durant un voyage
qu'il fit vers les frontières de France,
qu'eut lieu cette opération. Frédéric
avait formé le projet d'aller jusqu'à
Paris; mais aussi effrayé de la dépense
du voyage que mécontent d'avoir été
reconnu à Strasbourg, il n'alla pas
au-delà de cette ville, et l'argent du
prince-évêque fut plus que suffisant
pour le dédommager des premiers
frais. Ce qu'il y eut de piquant dans
cette affaire , c'est que ce fut Vol-
taire qui rédigea le manifeste con-
tre l'évêque. Ce poète était venu voir
Fiédéric dans son petit château de
Meurs : il en fut parfaitement accueilli,
et il ne pouvait imaginer, dit-il ma-
lignement, qu'un roi avec qui il sou-
pait et qui l'appelait son ami , pût
jamais avoir tort. Une occasion de
faire des conquêtes plus importantes
se présenta bientôt. L'empereur mou-
rut le 20 octobre 1 740 , laissant à sa
fille un immense héritage , mais une
armée réduite de moitié depuis la
mort du prince Eugène. La succession
de Charles VI avait été garantie par
la plupart des puissances ; elle l'avait
été par le père de Frédéric lui-même :
mais cette garantie n'empêcha aucun
des souverains de convoiter une aussi
riche proie , dès qu'ils la virent entre
les mains d'une jeune princesse qu'ils
crurent incapable de la défendre. ( F^.
Marie-ThérÈse. ) Le roi de Prusse
donna le premier signal de cette guerre
de spoliation. Il prétemlit avoir des
droits sur une partie de la Silésie; et
il eut à peine f;iit connaître ses pré-
tentions , que déjà celte province était
envahie. Il publia ensuite un manifeste,
dans lequel les motifs réels de son
invasion n'étaient pas même déguisés.
FRË
« Cest, disait-il, une armée prête à
» entrer eu campagne , des tre'sors
» accumulés dès long-temps , et peut-
» être le désir d^acquerir de la gloire. »
Ce prince avait dit en partant , à M.
de Jijeauvau , qui était venu le compli-
menter sur son avènement au trône
de la part du roi de France : « Je crois
» que je vais jouer votre jeu. Si les as
» me viennent , nous partagerons. »
Les Aulricliiens, surpris par une at-
taque impr évue , se réunirent dans
la Haute-Silésic ; et Frédéric les ren-
contra le 10 avril 1741? à Moiwitz,
où il remporta une victoire qu'il
dut principalement à la valeur de
son infanterie. Pour lui, il ne fut pas
même témoin de ce premier succès
de ses armes. C'était la première
fois qu'il se trouvait à une bataille ;
il a avoué qu'il y fut dans un ex-
trême embarras , et l'on sait qu'il
ne s'y montra pas brave. 11 s'é-
loigna du champ de bataille à la
première déroute de sa cavalerie ; et
ce ne fut qu'aux solliciJations du gé-
néral Schwerin qu'il se décida à re-
paraître ( V. ScnwERiN ). Il montra
plus de valeur à la bataille de Czas-
îau , qu'il livra, l'année suivante, au
prince de Lorraine; et ses troupes s'y
conduisirent d'une manière égale-
ment admirable. Jusqu'alors elles
n'avaient guère combattu que comme
corps auxiliaite. Des victoires aussi
étonnantes ne fixèrent pas moins les
regards de l'Europe sur cette brave
armée que sur le jeune souverain qui
la commandait. Les puissances rivales
de l'Autriche se hâtèrent de le se-
conder : toutes voulurent avoir part
aux dépouilles qu'il était près d'ob-
tenir; et c'est aiusi que se forma la
coalition qui fut si près d'anéantir
l'Autriche. Marie-Thérèse, effrayée ,
se détermina à de grands sacrifices
pour désarmer le plus redoutable de
FRE 571
ses ennemis : elle céda à Frédéric la
Silésie presque toute entière; et ce
prince, peu scrupuleux envers ses
alliés , signa une paix séparée , à Bres-
lau, le II juin i']^'!. Le lendemain,
il dit à M. de Bellisle , qui était venu
auprès de lui de la part du roi de
France : « M. le maréchal , songez à
» vous , ma partie est gagnée. » Ainsi
fuf couronnée du succès le pius com-
plet la première tentative de Frédéric
pour s'agrandir par les armes. Il pro-
fita de la paix pour améliorer l'aduii-
uistration de ses états. L'académie des
sciences de Berlin , fondée sous les
auspices de Leibniiz , n'existait plus.
Ce prince la rétablit; tt il célébra cet
événement dans une ode de sa com-
position : mais il rendit l'influence de
ce corps savant presque nulle pour
ses sujets , en ordonnant que tout s'y
fît en français. On sait qu'il n'écrivait
que dans cette langue. Il n'avait pas
appris le latin ; et il professait pour
l'aHemand le plus profond mépris t
ainsi tout fut sacrifié , dans cet éta-
blissement, aux préventions littérai-
res du fondateur. Ce n'est pas la
seule occasion où Frédéric ait ou-
blié l'intérêt de ses peuples pour se
livrer à des travers du même genre.
On verra que la maniç d'écrire et
de faire des épigrarames eut souvent
pour lui des résultats encore plus fâ-
cheux. Depuis qu'il s'était éloigné du
champ de bataille, l'Autriche , diri-
geant tous ses efforts contre la France
et la Bavière, avait obtenu des succès f
et cette puissance avait , en même
temps , formé des liaisons plus étroites
avec la Russie, la Saxe et l'Angle-
terre : ainsi les affaires de Marie-
Thérèse s'étaient rétablies, et déjà
celte princesse ne dissimulait pas le
projet de reprendre la Silésie. Fré-
déric sentit qu'il nç pouvait plus res-
ter en repos , et son premier soin fut
5^% F R E
de former des alliances. SI Ton en
croit Voltaire , qui vint alors à Ber-
lin , ce poète fui charge , par le mi-
nistère français , de sonder les in-
tentions du raonaïque prussien. Il
convenait également aux deux puis-
sances de se reunir: ainsi Ton fut
bientôt d'accord sur un traité d'al^
Hancej et ce traité était à peine signé
que , selon sa coutume , Frédéric,
voulant prévenir ses ennemis , mar-
cha droit à Prague , à la tête de 60
tnille hommes. Celle place se rendit
après une faible résistance, et 1*2 mille
Autrichiens mirent bas les armes.
L'armée prussienne se dirigea alors
sur Vienne : mais elle eut beaucoup
à souffrir dans un pays difficile ; et le
prince de Lorraine , renforcé par les
Saxons , s'étant avancé contre elle ,
Frédéric la ramena en Silésie , ou les
Autrichiens la suivirent. Ce fut dans
ce temps-là que Charles Vil mourut,
et qu'avec ce dangereux compétiteur
l'Autriche vil s'évanouir toutes les
prétentions de la Bavière à la cou-
ronne impériale. Marie-Thérèse fit
aussitôt la paix avec le noovel élec-
teur : elle engagea dans son parti
quelques autres princes allemands ;
et bientôt le roi de Prusse n'eut plus
d'autre alliée que la France, qui le
secondait à peine, tandis que la Rus-
sie , de plus en plus liée avec l'Au-
triche, exigeait impérieusement qu'il
^e soumît à sa volonté. Enfin , il ne
s'agissait de rien moins que de réduire
Fi édéric à l'héritage de ses pères. Ce
fut dans de lel'es circonstances qu'il
gagna la bataille de Hohenfriedberg( 4
juirïi745).De'jâ tacticien consommé il
avait reconnu d'avance la position oii
il roulait combattre ; il avait prépare
le piégo où SCS ennemis devaient tom-
ber. Dès le premier mouvement , il
tourne leur aile gauche, s'empare des
hautaurs qui domiuaient leur front -,
FRE
et bientôt la ligne autrichienne lout«
entièie, foudroyée par son artillciie,
prise en llinc par ses colonnes, est
mise dans le plus grand désordre,
a Ce fut , dit Guibert , une de ces
» batailles de gi and maître , où le gc-
» nie fait tout plier devant lui , qui
» sont gai^nées dès le début et presque
» sans contestation , parce qu'il ne
» re?te pas à l'ennemi déconcerté la
» possibilité de rétablir le désordre. »
Au moment où Frédéric s'était mis ea
marche , il avait dit en souriant au
chevalier de Latour , qui était venu
lui annoncer la victoire deFontenoi:
« Vous voulez voir à qui va rester la
» Silésie. » Lorsqu'il eut gagné la ba-
taille , il é rivit à Louis XV: «Je
» viens d'acquitter la lettre de change
» que votre Majesté a tirée sur moi à
» Fontenoi.» Quelque importante que
fût celle victoire , ta supériorité de
l'ennemi ne permitpas à l'armée prus-
sienne d'entrer en quartiers d'hiver.
Le prince de Lorraine reçut de nom-
breux renforts; et, quatre mois après
avoir été vaincu , ce général vint de
nouveau offrir la batailla aux Prus-
siens , près du village de Soor. Fré-
déric ne s'attendait point à une pa-
reille attaque , et il fut réellement sur-
pris. Son armée, à peine composée de
25 raille hommes , en avait le double
devant elle: toute retraite lui était in-
terdite. Dans une position aussi diffi-
cile , elle ne dut son saUit qu'au sang-
froid et à l'habileté de son chef. Il
fait ses dispositions sous le feu du
canon ennemi , saisit d'un coup-d'œil
les fautes que le prince Charles avait
déjà faites , fond avec rapidité sur son
aile gauche, et la culbute dans ua
ravin devant lequel elle s'était impri*-
demmeut déployée: faisant eiisuite un
changement de front , il prend à re-
vers le reste de la ligne autrichienne,
et la met dans la déroute la plus com-
FBE
picte. Jamais Frédéric n'avait été plus
grand capitaine. A peine eut-il une
demi-heure pour juger de la position
de l'ennemi et de la sienne, pour con-
cevoir son plan et pour faire ses dis-
positions. Après cette victoire l'armée
prussienne alla prendre ses quartiers
d'hiver en Silésie, et le roi se rendit
à Berlin. Mais il était encore loin d'a-
voir mis ses ennemis dans l'impossi-
bilité de troubler son repos. Les res-
sources de l'Autriche étaient de beau-
coup supérieures aux siennes y et il
avait à peine détruit une des armées
impériales qu'il s'en présentait une
autre pour la venger. Ainsi, après sa
défaite de Soor , le prince de Lorraine
reçut encore des renforts considéra-
bles , et il résolut de tenir la cam-
pagne , même pendant l'hiver. Ce fut
au milieu des plaisirs du carnaval
que Frédéric apprit le projet qu'on
avait formé de le surprendre dans sa
capitale. Il assemble aussitôt ses trou-
pes , enlève un corps de Saxons à
Naumburg, s'empare des magasins de
Gôrlitz, et écrit au prince d'Auhalt:
« J'ai frappé mon coup en Lusace j
» frappez le vôtre à Leipzig ; nous
» nous reverrons à Dresde. » Le
vieux d'Anhalt remporta, en effet,
«ne victoire à Kesseldorff ( Voyez
Anhalt, au Supplément) , et le len-
demain il entra dans la capitale des
Saxons, à côté du roi , qui ne tarda
pas à y dicter des lois à ses ennemis.
D'aussi brillants résultats avaient à
peine coûté dix-huit mois de travaux j
et dans un aussi court espace , Fré-
déric avait fait 45 mille prisonniers.
Un pareil nombre des alliés était resté
sur le champ de bataille ; et c'était dix
fois plus que son armée n'en avait
perdu. Elle s'était, au contraire , pro-
digieusement accrue par l'enrôlement
des prisonniers ; enfiiu le sort de la
Silésif était assuré pour toujours. On
FRE 5-7$
ne s'était point douté, en Europe,
qu'un jeune souverain , presque au
début de sa carrière , pût déployer à'
la fois tant de force, décourage et
d'habileté. Au milieu des camps il
n'avait pas cessé de gouverner son
royaume , et dans le même temps on
l'avait vu commander ses armées et
diriger sa politique. Le jour même où
il avait donné à ses généraux les ins«
tructions et les ordres les plus impor-"
tants , il avait reçu les ministres et'
les ambassadeurs j il avait rédigé ses
ordonnances; il avait expédié ses dé-
pêches avec une clarté, une concision
et une énergie inconnues dans la di-
plomatie moderne. Ce fut ainsi qu'il
écrivit à l'impératrice de Russie , qui
cherchait à le détourner de son inva-
sion en Saxe : « Je ne veux rien du
» roi de Pologne que de le châtief
» dans son électoral , et lui faire signer
» un acte de repentir dans sa capi-
» taie. » Lorsqu'il fut question de
faire la paix , il dit aux Anglais, qui
se proposaient pour médiateurs :
«Voilà mes conditions; je périrai
» avec mon armée plutôt que d'en rieu
» relâcher; et si l'impératrice ne les
» accepte pas , je hausserai mes pré-^
» tentions. » Celte paix de Dresde-
('^5 décembre 1745) dura dix ans;
et ce fut dans cet heureux intervalle
que Frédéric travailla avec tant d«
zcle à la prospérité de ses états. De
vastes marais furent desséchés à Gus-
trin; et deux mille familles purent
habiter un sol long-temps occupé par
les débordements de l'Oder. Des ma*
nUfaclures s'établirent sur tous les
points du royaume, et le souverain les
aida par des avances, des primes et des'
encouragements de toute espèce. Son
zèle, à cet égard , était tel, que malgré
sa défiance naturelle, il fut souvent
dupe des intrigants que ces nouveau-
tés aUirèrent dans son royaume. Il
574 ^^^
ne fit pas seulement construire a
Berlin plusieurs édifiœ? publics; uu
grand nombre de maisons ()articu-
lières y fureitt bâties à ses frais; et
telte capitale devint une de-, plus
belles villes de rEiiro])e. Ce fut en-
core dans le même temps que, vou-
lant mettre fin à toutes les plaintes
sur la distribution de la justice , Fre'-
déric exécuta, de concert avec son
chancelier ( Fq^ez Cocceji ) , l'idée
d'un code uniforme pour tous les
pays de sa domination. Quelque im-
parfait que fût ce code , et quoiqu'il
n'ait pas duré au-delà du règne de son
auteur, on ne peut douter qu'il n'.ât
fait disparaître un grand nombre d'a-
Lus. H était surtout remarquable par
l'abolition de la question , et par la li-
berté laissée à tous les cultes; enfin ce
fut un des premiers essais dans ce
genre chez les nations modernes. Fré-
déric, voulant aussi faire participer
ses sujets aux. avantages de l'accrois-
sement de force et de considération
qu'il venait d'acquérir par la guerre,
parvint à mettre le pavillon prussien
à l'abri de toute insulte. Ses penples
jouirent d'une liberté absolue de na-
vigation, et leur commerce deviut flo-
rissant. Quant à lui, son habillement,
sa table, le nombre de ses domestiques ,
enfin , toute sa vie intérieure , restè-
rent dans la même simplicité. Depuis
son avènement il avait renoncé au plai-
sir delà chasse; il voulaitque toutes ses
actions eussent un but utile , même
dans ses moments de loisir. Le goût
de la musique est la seule frivolité à
laquelle il parut longtemps attaché.
Il çxcellait à jouer de la flûte; et il a
composé des morceau^ de musique
très remarquables. Cc'^ prince reçut
une seconde fois Voltaire dans sa
capitale, en 175© : jamais homme de
lettres n'avait été accueilli par un sou-
Ywaia avec plus dç joie et d'cmpres-
FRE
scment. La présence du poète partit
remplir quelque temps le monarque
d'une ivresse que renouvelait chaque
jour la conversation la plus brillante
et la pins spirituelle. Lescirconstancea-j^
qui br. uillcrent ces deux hommes cérA
lèbres, sont peu digues de l'un et de
l'autre ; et elles offrent un nouvel
exemple du tribut que les plus grandir
génies payent à la faiblesse humaine.
Cependant on ne peut douter que les
torts les plus graves n'aient été du coté
de l'homme de lettres ( F. Mauper-
TUis et Voltaire (i). Ce fut à cette
époque que Frédéric fît imprimer son
Poème sur l'art de la guerre, ses Epî-
tres , ses Opéras , et toutes les pièces
fugitives qui composent les OEuvres
du Philosophe de Sans-Souci. On
sait assez quelle part Voltaire eut à
ces compositions : il l'a publié lui-
même, sans égards, dans les termes
les plus grossiers (2), et, peut-être,
avec exagération. Frédéric eut le bon
esprit de ne pas se montrer offensé de
cette indiscrétion ; et la malignité du
(i) Oa a ignoré jusqu'ici une des principales '
causes de la disgrâce de Voltaire , et de resanien
de se» papiers qui fut fait à Francfort, arec plus
de sévérité que d'intelligence, Voltaire avait dédié
en manuscrit, à la margrave de Bayreulb , le
poème de la Loi naturelle , où se trouvaient des
vers très offensants pour le roi, tels que les sui-
vants qui n'ont jamais été publiés :
Assemblage éclatant de qualités contraires,
Ecrasant les mortels , et les nommant ses frèrct>,
Mlsanlrope et farouche avec un air humain,
Souvent Impétueux , et quelquefois trop fin ,
Modeste avec orgueil, colère avec faiblesse ^
Pétri de passions et cherchant la sagesse.
Dangereux politique , et dangereux au'eur.
Mou patron, mon disciple , et mon persécuteur.
Il parait que la margrave manqua de discrétion.
Frédéric sut que Voltaire l'attaquait dans its
vers : il sut aussi que ce poète emportait de«
épigrammes, dont il n'a été que trop démontré
qu'il pouvait faire un usage funeste. Freilag ne
cherchait donc pas moins le manuscrit de la Loi
Naturelle, et le Recueil des épigrammes, c^ne
le volume de Pohéiiex du roi son maître. Voltaire
fit impiimc. son poème en i^56, et il le dédia au
roi de Prusse lui-même : ainsi il est inutile d«
dire que le porirait de ce monarque fut à jamais
retranché par Tauteur. V— v«.
(J^ Il disait ouvertement que le roi l'avait
cUarié de blançhii ion tinse mit.
FRE
poète serait demeurée sans effet , s'il
tle se fût pas rendu, en quelque fa-
çon , le délateur de ce qui lui avait e'ie'
communiqué dans l'inûmité à laquelle
le monarque avait bien voulu l'ad-
mettre, et s'il n'eût pas fait connaître
à M"*^ de Pompadour, à l'abbé de
Bernis, et à Louis XV, des dpigram-
mes et des satires auxquelles il arait
Jui-mêrae concouru; si enfin une aussi
coupable indiscrétion n'avait eu des
eflets très fâcheux sur la politique de
ces temps- là (i). C'était, au reste,
pour Frédéric , une véritable manie
que de faire des vers et des épi-
grammes : il en a composé dans ses
plus violentes maladies , au milieu
des affaires les plus importantes. Mal-
gré cette espèce de vocation, il a
peu réussi d.ms ce genre. Ses poésies
sont extrêmement médiocres ; on sent
trop , en les lisant, que l'auteur ne les
a pas composées dans sa propre lan-
gue; et l'on ne peut douter que le
temps qu'il a consacré à de pareils tra-
vaux, n'eût pu être mieux employé
pour sa gloire. Son ouvrage poétique
le plus remarquable est VArt de la
Guerre; c'est celui auquel on croit
que Voltaire a le plus travaillé. Ce-
pendant on n'y trouve ni verve ni
talent; et si l'on en excepte quelques
préceptes vrais et tels que devait les
offrir le premier des tacticiens, si Ton
en retranche les éloges bien motivés
des plus grands capitaines, ce poème,
d'ailleurs très superficiel et très in-
complet, mérite à p. ine d'être lu. Fré-
déric mettait néanmoins beaucoup de
(0 Oa connaît ce ver» de Frédéric c»ntre le
cardinal poète:
Evite* de Bemij la stérile abondance ;
Kt cette épigramme attribuée à Turgot:
Huit cent mille bommes égorgé*,
Moniieur l'abbé, de grâce, est-ce assez de vi
ït JeJ méprit d'un roi pour vos petites ri
T«iu samblciit ils assex ven^'cs
victimci!
FRE 575
prétention à ses vers ; et les rail-
leries que Voltaire se permit d'en
faire, furent une des principales cau-
ses de leurs querelles. Ce poète le con-
naissait fort birn sous ce rapport; et il
parvint à l'apaiser un jout .dans un de
SQS mouvements de colère , en disant
devant un de ses pages : « Savez-vous
» pourquoi j'en veux au roi ? C'est
» que je lui ai appris à faire des vers
M meilleurs que les miens. » La prose
de Frédéric vaut mieux que sa poé-
sie; et il y a dans sa correspondan-
ce, surtout dans ses lettres à Voltaire,
beaucoup de gaîté et de finesse ; on y
trouve même des traits brillauts, ^pi-
rituels, et qui ne le cèdent en rien au
plus ingénieux de nos écrivains. Sts
Mémoires pour servir à l histoire de
la Maison de Brandebourg sont re-
marquables par une grande impartiali-
té. Les occupations littéraires et les
soins de l'administration ne firent ja-
mais perdre de vue à Frédéric les objets
militaires. Déjà il était regardé comme
U plus grand capitaine de son temps;
et , sous la direction d'un tel maître ,
l'armée prussienne était devenue la
plus disciplinée et la plus manœuvrier»
de l'Europe : chaque année il aug-
mentait le nombre de ses troupes. Sa
cavalerie, portée à trente mille hom-
mes , avait réussi, par sa constance
et l'assiduité de ses exercices , à éga-
ler la perfection de son infanterie;
et depuis lojig - temps cette infan-
terie était considérée, comme le mo-
dèle de toutes les autres : dès-lors elle
s'élevait à cent vingt mille hommes.
L'artillerie et le génie faisaient aussi
des progrès : mais il faut avouer
que cette partie importante de l'arC
militaire fui celle que Frédéric sut
le moins apprécier , et qu'il l'a lais-
sée loin de la perfection où elle est
parvenue de nos jours. Ce prince ex-
cella dans la stratégie : il créa l'art de
5^6 FRE
manœuvrer devant l'enurml, de le de'-
border , de îe tourner et de l*acc^bler,
en dirigranl sur un shuI point ses plus
grands efforts. Le pi cmier de tous les
modernes , il osa uc faire ses disposi-
tions que sur le champ de bataille; et
ce lut presque toujours en présence de
Tennemi qu'il régla ses mouvements.
On croit que ce furent les journées de
Leuctres et de Mantinee qui lui firent
naître l'idée de son ordre oblique, et
que ce fut dï)j)aminondas, de ce père
des tacticiens, qu'il apprit à déborder
Tarraée ennemie , et à embrasser sua
flanc par une rapide évolution. C'é-
tait ainsi que, profitant de la pai}^
pour ajouter à rin>trncliun de ses
troupes, ce prince se perfectionnait
lui-même dans l'art de les conduire.
Tantde soins ne l'empêchèrent pasd'a-
Toir les yeux fixés sur la politique de
ses voisins : il savait trop que la ja-
lousie , excitée par ses premiers suc-
cès , n'avjit besoin , pour éclater ,
que d'une occasion favorable. La
France était mécontente des traités de
Breslau et de Dresde , conclus sans
sa participation : la Rus«ie émit gou-
vernée par le chancelier Bestuchef ,
ennemi passionné des Prussiens; et
les épigrammes que leur roi s'était
permises sur les galanteries de l'im-
pératrice avaient offensé vivement
cette princesse; enfin TAutriche,
irritée par deux agressions et un
f;rand sacrifice, brûlait de réduire la
Prusse à son premier abaissement.
L'Angleterre était donc seule disposée
à s'unir aux Prussiens. George II,
menacé d'une descente par les Fran-
çais, s'était cru obli£;é de tirer du pays
d'Hanovre toutes les troupes qui s'y
trouvaient *• craignant alors pour son
électoral, il be hâta de conclure une
alliance avec Frédéric. La France,
considérant ce traité comme «ne hos-
ttiité, oublia ses anciennes inimitiés -,
FRE
cl, dès le g mai 17 5(5, elle s'alli.i
avec le cabiuet de Vienne. La Russie
no tarda pas à intervenir dans cette
alliance; et l'on vit ainsi tout à coup
changer, jusque dans ses bases , l'an-
cien système de la politique euro-
péenne. Dès le début de cette fameuse
guerre de sept ans, Frédéric se trouva
aux prises avec toutes les forces du
Continent, Ce prince ne fut pas
effrayé d'cme lutte aussi inégale; et,
encore une fois, il voulut prévenir ses
ennemis. S'inquiétant peu de la ru-
meur qu'exciterait en Europe une in-
vasion soudaine , et sans déclara-
tion de guerre, il dirigea ses pre-
miers efforts contre la Saxe. Cette
puissance, gouvernée par le comte
de Bruhl, était entrée dans la coali-
tion; Frédéric en avait eu la preuve
par l'infidélité d'un commis de la
chancellerie de Drtsde. Après avoir
resserré dans le camp de Pirna les
troupeâ de l'électeur, il marcha contre
le maréchal Brown, qui venait à leur
secours, et le battit à Lowosits. L'ar-
mée saxonne, désespérant alors d'être
secourue, prit la résolution de sortir de
soncamp,maiss'étantengagéedansdes
chemins impraticables , elle fut obli-
gée de mettre bas les armes. Ainsi
qu'on l'avait prévu, cette invasion su-
bile, et sans provocation apparente,
excita de grandes réclamations. La
cour de Dresde fit retentir ses plaintes
dans toute l'Europe; et le conseil auli-
que de Vienne déclara le roi de Prusse
pertmbateurde la paix publique. Ce
prince, voulant se justifier, publia
les renseignements qu'il avait lui-
même saisis dans le palais de TÉlec-
teur et jusque sous les yeux de l'Élec-
trice, qui fit de vains efforts pour les
cacher. Ces pièces parurent dans un
volume intitulé : Mémoire raison-
né sur les desseins dangereux des
cours de Fienne et de Dresde, i vol.
FRE
(l 757). Celte publication ne changea
rien aux dispoiiîions- des allie's , et
rien ne put tirer de son aveuglement
le cabinet de Versailles. Au lieu de
Tingt-quatre mille hommes qu'il avait
dû fournir , il se décida à en envoyer
cent mille; et la diète de Ralisbonne,
par une politique non moins aveugle,
mit à la disposition de l'Autriche une
arme'e de soixante mille combattants.
Fré<léric , ne voyant aucun moyen de
conjurer l'orage , redoubla d'efforts
pour y résister. Dès le mois de mars
1^57, ce prince entra en Bohème;
et il gagna , sous les murs de Prague ,
une victoire importante, mais trop
chèrement achetée ( F, Schv^œrin ).
Il ne put ensuite faire dans le même
temps le siège de cette place, 01140, 000
Autrichiens s'étaient réfugiés, et résis-
ter à une nouvelle armée , venue de
Moravie, sous les ordres du maréchal
Daun. Obligé de marcher contre ce
général , le roi ne craignit pas de i'al-
taquer, dans une position avantageuse,
avec trente mille Prussiens ; c'était
à peine la moitié de l'armée autri-
chienne : « Par une bataille gagnée,
» dit Frédéric , les Français se se-
» raient trouvés dérangés et peut-
î) être arrêtés dans leurs opérations
V en Allemagne ; les Suédois seraient
» devenus plus pacifiques, et la cour
» de Pétersbourg aurait fait des ré-
» flexions. » Mais il n'en fut pas
ainsi; et Frédéric ne put obtenir la
victoire dont il avait attendu de si
heureux résultats. Pour la première
fois , il fut vaincu à Kollin , le 1 8 juil-
let 1757 ( /^o^. Daun). Jamais succès
n'avait été disputé avec tant d'opi-
niâtreté ; plus de la moitié de l'infan-
terie prussienne resta sur le champ
de bataille : elle fut menée à la charge
jusqu'à sept fois; et ce fut à la der-
nière de ces attaques, que le m,
voyant ses soldats hésiter, leur cria ,
XV.
FRE 577
d'un ton animé : « Voulez-voiis donc
» vivre toujours ? » Ce revers l'af-
fligea vivement, ainsi qu'on le voit par
la lettre' qu'il écrivit à milord Mar*
shal. C'est dans la même lettre, qu'il
s'accuse de sa défaite avec autant de
franchise que de simplicité. « Dans le
» vrai, dit-il, je devais prendre avec
» moi plus d'infanterie : les succès
» donnent une confiance nuisible.
» Vingt-trois bataillons ne suffisaient
» pas pour déloger soixante mille
» hommes d'un poste avantageux. »
Obligé de se retirer après un tel
échec , et voulant en même temps
couvrir la Saxe et la Silésie, Fré-
déric divisa son armée en plusieurs
corps : celui qu'il commandait, exé-
cuta heureusement sa retraite ; mais
celui qu'il confia au prince royal , fît
des pertes considérables. Le roi en
fut extrêmement mécontent , et il
traita son frère avec une excessive
rigueur : « Votre mauvaise con-
» duite, lui écrivit- il, a fort déla-
» bré mes affaires ; ce ne sont pas
» les ennemis, ce sont vos mesures
» mal prises qui me font tout le tort. Il
)) ne me reste qu'à me porter à la der^
» nière extrémité : je vais combattre j
» et, si nous ne pouvons vaincre ,
» nous allons tous nous faire tuer. Je
» ne me plains point de votre cœur,
» mais bien de votre incapacité et de
» votre peu de jugement. Je vous
» souhaite plus de fortune que je n'en
» ai eu. La plus grande partie des
» malheurs que je prévois , ne vient
M que de vous : vous et vos enfants
» en serez plus accablés que moi, »
Le malheureux prince fit de vains ef-
forts pour adoucir le courroux de son
frère ; et il en éprouva tant de cha-
grin, qu'il mourut quelques mois après.
Vers le même temps , le gCHéral
Lehwald fut battu par les Russes à
Jaegerfldorffj et, d'un autre çdt«,
5-]S FRE
Farmec anglaise, la seule qui fît csusc
commune avec les Prus'^ien.s, capi-
tula à Closter-SeWi^n. Bienlôl après ,
le duc de Richelieu menaça Magde-
bourg, oiila famille royale s'ëtiit re'-
fugiëe; et une seconde arme'e fran-
çaise , réunie à celle du corps germa-
nique, s'avança vers la S»xe. Ainsi
quatre arme'es nombreuses entouraient
à la fois les étals prussiens ; et elles
allaient faire exécuter les décrets de
la diète , qui venait de mettre le roi
de Prusse aii. ban de l'Empire. On
▼oit , par la lettre à son frère, que ce
prince sentait vivement les dangers de
sa position. Ce fut à cette époque qu'il
prit la résolution d'attenter à ses
jours, ainsi qu'on le voiî dans son
épîlreau marquis d'Ai-gens; mais bien-
tôt reprenant courage, il adressa à
Voltaire Tépître terminée par ces vers
si remarquables :
Pour moi, menaci^ du naufrage ,
Je dois, e.a affrontant Tarage ,
Penser, vivre et mourir en roi.
Après de nouvelles et inutiles tenta-
tives pour obtenir la paix, Frédéric
ne songea plus qu'à faire la guerre
avec vigueur; et ce fut contre le prin-
ce de Soubise qu'il dirigea ses pre-
miers efforts. Laissant un faible corps
eu Silésie, sous les ordres du duc de
Bévern, il marche, avec vingt -cinq
mille hommes , contre l'armée com-
binée qui en avait plus de soixante
mille k lui opposer. Il passe la Saaie
devant elle ; et feignant de se re-
tirer , il raltâque au moment où elle
s'avançait avec confiance, et la met
dans la déroule la plus complète
( novembre i75'5 ) avant qu'elle ait
pu se former ( f^oj^. Soubîse ). Mais
il ne pouvait cire en niomc temps
sur tous les points; cet homme iu-
faligable eut à peine triomphé à Ros-
bach , qu'il apprit que Wintcrfeld
s'était Uissé battre à Gùrlitz , que
FRE
les Autrichiens avaient pe'nétré jusqu'à
Berlin , que la place de Schweidnilz
avait été prise, enfin que le duc de
Bcvern venait d'être vaincu à Breslaii.
« Le roi reçut presque à la fois ces non-
)) velles accablantes, dit Frédéric lui-
» même; et sans s'appesantir sur ces
» désastres , il ne songea qu'au re-
» mède. w Pour ce prince, le remède
était de marcher à l'ennemi et de le
vaincre. Ainsi, après avoir réuni à
soti armée les débris de la défaite de
Breslau , il se porte avec rapidité
vers le maréchal Daun. C'est dans
cette marche qu'un déserteur lui ayant
avoué qu'il n'avait quitté ses dra-
peaux que parce que ses affaires al-
laient trop mal , il lui dit avec une si
admirable gaîlé : « Hé bien ! combats
» encore un jour pour moi ; et si cela
» ne va pas mieux , nous déserterons
» ensemble. » Les affaires de Frédéric
e'taient en effet à la dernière extré-
mité, et sa destinée toute entière allait
dépendre d'une bataille. On sait que
ce fut dans de pareilles circonstances
qu'il se montra toujours véritablement
grand. Jamais on ne le vit plus habile
qu'à Lissa , où il battit, le 5 décembre
1757 , avec trente-trois mille hom-
mes , le maréchal Daun et le duc de
Lorraine, qui en avaient soixante
mille. Ce fut en présence de l'armée
ennemie qu'il fit ses dispositions ; cl
il ne régla son plan d attaque que
lorsqu'il eut reconnu la position d<*s
Autrichiens. Voyant leur gauche mal
appuyée , il l'embrasse par un mou-
vement oblique , prend à revers toute
leur ligne, s'empare de Leulhen qui
formait la clef de leur position , et
remporte une des victoires qui out le
plus honoré sa tactique cl la valeur de
son armée. Cinq jours après, Breslau
se rendit avec une garnison de quinze
mille hommes ; et en moins d'une
semaine , l'armée impériale eut perdu ï
FRE
quarante itfîlle soldats , livre une place
imporîanie , et abandonné la Sile'sie.
« Jamais , dit ce prince , campagne
» n'avait été plus féconde en rëvolu-
» tions subites de la fortune. Celte suite
» d'cve'nements décisifs et contraires
» avait étourdi l'Europe. H fallut
» quelques moments de tranquillité
» pour que les esprits se recueillissent,
» et pour que chaque puissance pût
» considérer de sang-froid sa situa-
» tion. D'un coté le désir de la ven-
» geance , l'ambition blessée , le dé-
i> pit , le désespoir , remirent les ar-
» mes à la main ; de l'autre , la né-
» cessité de se défendre , et quelques
n rayons d'espérance , portèrent h
» l'aire les plus grands efforts.» Ce
fiit alors qu'un changement d^ns le
ministère anglais mit la cour de Lon-
dres dans de meilleures dispositions à
regard de la Prusse. Lord Chatara ,
devenu premier ministre , décida
son maître à laver l'affront de Clos-
ter-Sewen , et il fit accorder à Frédé-
ric un subside de douze millions par
an. Ce fut aussi par ses conseils que
l'Angleterre envoya de nouvelles trou-
bles sur le continent , et que le prince
Ferdinand de Brunswick obtint le
commandement de l'armée destinée à
agir sur le Bas-Rhin. Frédéric mit
un grand prix à celte dernière cir-
constance; il avait conçu les plus bel-
les espérances des talents de son cou-
sin; et ce prince les justifia par une
campagne si glorieuse , que le roi n'a
pas hésité à la comparer à celle que
Turenne fil en Alsace en 1673. bcs
le début de cette même campagne de
1 758 , Frédéric avait repris Schvveid-
iiiiz, et commencé le siège d'Oîmutz;
mais il liaut avouer que celte partie
de la guerre est celle qu'il connut le
moins. Ce siège traîna en longueur ,
faute de bonnes mesures : les Au-
trichiens eolcvèreut un coQYoi im-
F R E 579
portant; et Baun s'étant approché de
l'armée prujîsienne avec des forces
supérieures , celle-ci fut obligée de se
retirer. Frédéric la conduisit en Bo-
hème par une marche des plus sa-
vantes; mais déjà l'armée Russe s'était
avancée jusqu'à Custrin, qu'elle avait
mis en cendres par un bombarde-
ment. Oblige de marcher contre cette
armée, Frédéric la rencontra à Zorn-
dorff, où il gagna une victoire biea
chèrement achetée , puisqu'il y perdit
dix raille de ses meilleurs soldats. Mais
encore une fois, il eut à peine triom-
phé sur ce point qu'il dut se porter
sur un autre: Daun menaçait d'acca-
bler le prince Henri, et il fallut se
hâter de le secourir. Après quelques
jours de marche , l'armée du roi vint
prendre à Hohcnkirchcn un camp mal
assuré, a Si Daun ne nous attaque
» pas ici , lui dit le général Keith, il
» aura mérité d'être pendu. — J'es-
» père, répondit Frédéric, qu'il aura
» plus peur de nous que de la corde. »
Cependant le général autrichien se
montra moins timide que ses ennemis
ne l'avaient pensé. L'armée prussienne
fut surprise pendant la nuit , à la
faveur des bois ; et Daun lui fît subir
une perte con.^idérable. C'est dans
cette circonstance difficile que Fré-
déric fit encore éclater son courage et
sou admirable présence d'esprit. Il
conduisit lui-même ses bataillons à la
charge; et après avoir pcrdii ses meil-
leurs généraux et ses plus braves sol-
dats , après avoir reçu , dans la mê-
lée , une blessure grave , il rallia ses
troupes , les forma derrière le village
enlevé par surprise, se retira en bon
ordre à une demi-lieue du champ de
bataille , et présenta le combat à ses
ennemis, qui n'osèrent l'accepter, a 11
» est sans exemple , dit le comte de
» Guibert , et ce prodige du génie du
» maître et de la discipline de ses
37..
58o FRE
j» troupes sera à jamais célèbre ,
» qu'une armée aussi complètement
» surprise, et qui perd dans cette
V surprise sept ou huit mille hom-
» mes , cent cinquante pièces de ca-
» non , ses tentes , ses équipages ,
n puisse rétablir son désordre, ou,
î> pour mieux dire, n'y pus tomber ,
V s'arrêter à quelques centaines de
» toises et y braver par sa contenance
» l'ennemi qui a remporté sur elle un
» si grand avantage. » Après être
ainsi resté deux jours en présence des
Autrichiens victorieux , Frédéric se
reliia par une marche savante; et il
alla faire lever le siège de Neiss. Ap-
pelé ensuite par d'autres événements
sur les bords de l'Elbe, il parvint à
éloigner Daun de la place de Dresde ,
OÙ ses troupes étaient sur le point de
succomber; et api es une campagne
aussi pénible que meurtrière, il vint
prendre ses quartiers d'hiver à Bres-
lau, et donna enfin à ses soldats un
repos devenu indispensable. Au milieu
de tant d'événements qui signalèrent
celle année , on remarque à peine
l'invasion des Suédois en Poméranie.
Cependant la campagne de 1759 de-
vait être encore plus désastreuse. Fré-
déric se contenta d'abord de faire ob-
server les Autrichiens , tandis qu'il
auraTl pu les écraser avant l'arrivée
des Russes; et lorsqu'il lui aurait fallu
marcher contre ceux-ci avec toutes
ses forces , il n'y envoya que des dé-
tachements , qui furent successive-
incnt écrasés. Il réunit cependant à la
fin toutes les troupes dont il put dis-
poser ; et s*étant décidé à marcher
à l'ennemi , il le rencontra à Kun-
nersdorff. La bataille qu'il livra le 1 2
août 17^9, fut une des plus terribles
de cette guerre. Frédéric avait qua-
rante mille hommes : la moitié de ce
nombre resta sur le champ de ba-
taille. Les Russes eu perdirent dix-
FRE
huit mille ; et Soltikoff, qui les corn*
mandait, écrivit à sa souveraine que
sUl remportait encore une victoire
semblable , il irait en porter la non-
velle à pied avec un bâton à la.
main. Les Prussiens avaient été vic-
torieux dans le coraraencemimt ; et
Frédéric expédia alors un courrier à
la reine , pour lui annoncer une vic^
toire qu'il regardait comme assurée ;
mais il se laissa entraîner à des atta-
ques imprudentes; les Russes lui ré-
sistèrent avec une fermeté dont il ne
les croyait pas capables; enfin les
Autrichiens vinrent à leur secours
{^^oj". Laudon); et le courage des
Prussiens ne servit qu'à rendre le
combat plus meurtrier. Frédéric per-
dit toute son artillerie ; il fut près de
tomber lui-même au pouvoir de l'en-
nemi, et il npçut une forte contusion
à la jambe. Son second message à la
reine était ainsi conçu: « Quittez Ber-
» lin , et emmenez la famille royale ;
» faites conduire les archives à Pofz-
» dam. » Cependant Berlin ne fut
pas pris ; et au grand étonnement
de l'Europe , les alliés , peu d'accord
entre eux, donnèrent au roi le temps
de se remettre, a C'en était fait des
» Prussiens , a dit ce pi ince , si les
» Russes avaient su profiter de leurs
» succès ; ils n'avaient qu'à donner le
i> coup de grâce. » Mais les Russes
étaient mécontents de ce que les Au-
trichiens leur avaient laissé tout le
poids de la guerre ; et Soltikoff refusa
positivement de concourir aux opé-
rations. Ce fut vers le même temps
que le général prussien , SchmOttau , ^
capitula à Dresde , se regardant com- l
me fort heureux de sauver sa garnison ■
et un Irésorque le roi lui avait vivement
recommandé. Peu de temps après, un
corps de dix -sept mille Prussiens,
engagé imprudemment dans les défi-
lés de la Bohème par le général
FRE
Finck , se vit obligé de mettre bas les
armes j et il en fut encore de même,
snr un autre point , de trois mille
hommes commandés par le général
Dierke. « Mais, dit Frédéric, ce fut
» ia dernière infortune que nous es-
» snyâmes celte année. » Le prince
Henri s'était soutenu avec avantage en
Silésie ; et par une marche lial)ile il
venait de se réunir à l'armée du roi.
Le duc Ferdinand avait eRcore obtenu
des succès en Westpba'.ie; et la nou-
velle de sa victoire de Minden était
parvenue à Frédéric la veille de la
bataille de KunnersdorfF. Le lende-
main , ce prince lui fît dire par le
même ofTicier : « Je suis fâché de ne
» pas donner une meilleure réponse
» à un message aussi agréable; mais
» si vous trouvez les passages libres,
» et si Daun n'est pas à Berlin et Con-
» tadcs à Magdcbourg , assurez de
» ma part le duc que nous n'avons
» pas perdu grand'chose. o Frédéric
indiquait ainsi, en peu de mots, tout
ce que ses ennemis auraient dû faire :
mais ils étaient loin de savoir à ce
point profiter de leurs avantages. Ils
restèrent long-temps immobiles; et le
roi , ayant reçu du prince Ferdinand
un renfort de douze mille hommes ,
fut bientôt à même de profiter de sa
position centrale. La campagne se
prolongea jusqu'au mois de décembre;
et, malgré ses pertes, l'armée prus-
sienne se soutint avec avantage. Dès
qu'il l'eut mise en quartiers d'hiver,
le roi fit de nouvelles tentatives au-
près des cours de Vienne et de Ver-
sailles : mais rien ne put faire aban-
donner à ses ennemis l'espoir de l'a-
néantir; et il fallut reprendre les ar-
mes dès le mois de mars i «^60. Celte
campagne commença par le désastre
de Landshut , où dix mille Prussiens
furent tai lés en pièces ( F. Fouque ).
Çflatz fut eosuiie investi par les Autri-
FRE
58 1
chiens ; et celte place était si noces*
saire à la défense de la Si'ésie , que ,
malgré le besoin de se maintenir en
Saxe , le roi voulut aller la secourir, eu
faisant tous ses efforts pour attirer
Daun après lui. Mais dans le doute et
l'hésilalion 011 le tenait alors le mal-
heureux état de ses affaires , à peine
ce prince eut-il fait un premier mou-
vement , que malgré l'empressement
du général autrichien à le suivre, il
changea de résolution , et se décida à
revenir en Saxe pour y faire le siège
de Dresde. Ce siège était à peine com-
mencé, que Daun , également revenu
sur ses pas , l'obligea à y renoncer, et
à reprendre le chemin de la Silésie.
Ce fut dans cette marche difficile que
Frédéric déploya une habileté in-
croyable et dont les annales mili'.aires
n'offrent point d'exemple. Manœu-
vrant au milieu de trois armées autri-
chiennes, menacé dans ses commu-
nications par une armée russe , il sut
contenir à la fois tant d'ennemis , les
empêcha long-temps de réunir leurs
efforts , et finit par battre Laudon , à
Lignilz , au moment où ce général
s'avaiiç.iit pour l'accabler. Le roi était
assoupi, auprès d'un feu de bivouac,
lorsqu'on vint lui annoncer que $g&
postes étaient attaqués. Réveillé eu
sursaut , il ordonne avec un calme
admirable les meilleures dispositions.
Le général autrichien , étonné de se
voir attaquer par ceux qu'il croyait
surprendre , hésite , et bientôt il est
mis en fuite. Ce moment est peut-être
le plus beau de la vie miiitaire de Fré-
déric. On a- souvent comparé sa si-
tuation , dans le cours de cette guerre,
à celle d'un lion poursuivi par des
chasseurs. Jamais cette comparaison
ne fut j>lus vraie que dans cette cir-
constance. A peine a-t-il repoussé
Laudon qu'il lui faut résister à Lascy ,
faire face au maréchal Daun, éloi-'
582
FRE
gner les Russes , et enfin délivrer
sa capitale que les allfcs ont envahie
pour la seconde fois. Une seule défaite
peut le perdre à jamais; une victoire
ne peul le sauver entièrement : c'est
presque sans combailre qu'il obtient
les plus grands résuitats. Cependant
il s'écarte bientôt de ce système de
prudence et de temporisation ; et il
attaque Daun à Torgau, où ce géné-
ral s'était retranché dans une position
formidable. Des efforts incohérents et
mal combinés de Ja part des Prus-
siens , rendirent cette bataille très
meurtrière j quinze mille des leurs
y périrent, et les deux chefs rivaux
furent blessés. Si l'habileté du roi ne
s'y montra pas toute entière, il fit au
tnoins preuve d'un grand courage , et
il obtint à la fin une victoire des plus
sanglantes ( F. Daun). Après leur dé-
faite, les Autrichiens se retirèrent en
Bohème, cl ils abandonnèrent à l'armée
prussienne les deux tiers de la Saxe.
D'un antre côté, le^ Suédois et les Rus-
ses s'éloignèrentégalement , et Frédéric
put donner quelque repos à ses trou-
pes. On jugera de l'état de ses affnres
à cette époque, par ce qu'il écrivit au
marquis d'Argcns : « jamais je n'ai
» été dans une situation plus fâcheuse.
» Croyez qu'il f «ut encore du miracu-
» leux pour surmonter toutes les dif-
» ficullés que je prévois. Je fais mon
» devoir dans l'occasion , mais je ne
» dispose pas de laforlcmc; et je suis
» obligé d'.idinelfre trop de casuel
» dans mes projets, faute d'avoir des
» moyens d'en former de plus solides.
» Ce sont des travaux d'Hercule qu'il
» faut que je recommence sans cesse
» dans un âge où la force m'aban-
» donne , et ou l'espérance , seule
» consolation des malheureux^ com>
» mence à me maïKjuer. » Cet élal
d'ép -rement était tel, que Frédéric
dut s'abstenir dcs*lurs de toute entre-
FRE
prise coi\sidéral)le , et qu'il fut aisé d«
remarquer dans ses opéiations une
ci^con^.pection et une timidité qu'on
ne lui avait jimais vues. La campagne
de i-jGi se passa tonte entière en
marches et en campements , peu di-
gnes d'attention pour hi multitude,
mais où les gens de l'art trouveront
plus d'objets d'admiration que dans
des batailles meurtrières. Enfin, après
avoir éjjuisé tous les pjenrcs d'habi-
leté , Frédéric se vit tellement pressé
dans sou camp de Bunzelwitz, qu'il
ne lui resta plus d'autre moven de
salut que de s'y fortifier et d';itten-
dre ses ennemis. Il resta piès de
deux mois dans C( tle position ; et les re-
tranchements qu'il ne cessa d'y élever,
furent regardés comme un modèle de
fortificaliuns de campagne. Laudon
avait néanmoins résolu de l'y atta-
quer : mais les Russes ne voulurent
pas concourir à une aussi dangereuse
entreprise ; ils aimèrent mieux se
diriger vers la place de Coiberg , dont
ils s'emparèrent. Dans le même temps,
les Autrichiens enlevaient ScliTVeid-
nitz par un coup de main ; et il ne
resta plus au roi, pour la défense de la
Silé«.ie , que les places de Glogau ,
Biesh'iu et Neiss. Depuis la perte de
Dresde , la défense de la Saxe était
devenue fort difficile ; et le prince
Henri avait beaucoup de peine à s'y
soutenir. Enfin , pour comble do
maux , l'Angletcire , qui avait cessé
d'être dirigée par lord Cliatam , refusa
les subsides accoutumés. Tant de re-
■vers fondant à la fois sur Frédéric ,
ce prince sembla en cire accablé. Il
passa deux mois dans Bieslau , tris!e ,
solitaire , n'allant p?.^ même à la pa-
rade. On venait de découvrir une
conspiration dont le but avait été de
le livrer à ses ennemis. Craignant un
pareil malheur beaucoup plus que la
mort , il porta long- temps sur lui du
FRE
poison destiné à terminer ses jours.
Cepeiulaul, ainsi qu'il ledit lui-iiiêaie,
« iVtat qui par issait perdu ne le fut
» point , et la pcr.sevëranee fil sur-
1) monter tons les périls. » Cette per-
sévérance fut admirable, sans doute,
de la part dt' Frédéric ; le dévouement
et la résignation de ses peuples et de
son arn.ec ne le furent pas moins:
mais rien de font <ela n'eût pu le
saivver de l'abîme où il était plongé,
si la mort de l'impératrice de Russie
ne l'tût inopinément délivré de l'un
de ses plus redoutablfs ennemis. Eli-
sabelb eut pour successeur Pierre III,
dont Frédéric av.;it des long- temps
cultivé l'amitié. Ce jeune souverain
mit tant d'empressement à lui plaire,
qu'un traiîé de paix fut à l'instant si-
gné entre les deux puissances, et que
ce traité ne tarda pas à être suivi d'une
alliance offensive et défensive j de
manière que le corps auxiliaire russe,
qui jusqu'alors avait combattu les
Prussiens sous les ordres de Czerni-
cbcf , se rangea de leur côté. La cam-
pagne de 1762 s'ouvrit ainsi sous les
nnspices tes plus favorables ; et Fre'-
déric se trouva à la tête de soixante-
dix mille hommes , contre Daun , qui
n'en avait pas soixante raille. C'était
une belle occasion de vaincre ce gé-
néral auquel il avait tant de fois ré-
sisté, qu'il avait même si souvent battu
avec une armée moins nombreuse
que la sienne. Mais il avait à peine
commencé à se servir de ces avan-
tages , qu'il apprit la fin tragique de
son allié ( Fûj", Pierre 111 ) , et que
le général Czernichef reçut ordre de
revenir en Pologne. Ce fàcbetjx con-
tre-temps, au milieu des entreprises
les plus importantes , fu». uu coup de
foudre pour Frédéric. Cependant le
général russe se prêta avec giâce à
un délai de trois jours, pour ne pas
faire manquer une opération com-
FRE 585
mencce; et lorsque son corps d'ar-
mée partit pour la Pologne , Dsun
s'était ntiié eu renonçant au pro-
jet de faire b;ver le siège de Schweid-
nilz. Celte place se rendit bientôt j et
malgré la défection des Russes , les
Prussiens conservèrent leur supério-
rité eu Silésie pendant tout le reste
de la campagne. Ils furent encore
plus heureux en S)QXe , où le prince
Henri gagna la bataille de Freyberg,
Dès- lors les affaires de Frédéric s'a-
méliorèrent de plus en plus. L'impé-
ratrice Catherine refusa de se réunir
à ses ennemis ; la France fit la paix
avec l'Angleterre , et par-là elle re-
nonça à envoyer des armées en Alle-
magne. Désespérant alors de pouvoir
soutenir seule une pareille lutte, Ma-
rie-Thérèse se décida ei fin à deman-
der la paix par l'entremise de la Saxe,
qui la desiiait plus vivement encore.
Cette paix , si long-temps attendue,
fut signée à Huberlsbourg , le 1 5 fé-
vrier 1 765. Pour la troisième fois ,
TAutriche consentit à lâ cession de la
Silésie. La seule concession que fit le
roi de Prusse, fut de promettre sa
voix .1 l'archiduc Joseph , pour la
couronne impériale. Cet heureux dé-
nouement d'une guerre si longue et si
terrible environna Frédéric d'une
gloire et d'une puissance qui , désor-
mais, ne pouvaient plus être conles-
lées. Mais son royaume se trouvait
dans la situation la plus déplorable;
il faut , pour s'en faire une idée, lire
ce qu'il en a dit lui-même dans son
Histoire d^. mon temps .* « On ne
» peut se représenter cet état que sous
» l'image d'un homme criblé de bles-
» sures , affaibli par la perle de sou
» sang , et près de succomber sous le
» poids de ses souffrances. La no-
» blesse était dans un état d'épni^e-
» ment, lepetif peuple ruiné, nombre
» deYillagcs brûlés^ beaucoup de villes
584
FRE
V détruites. Une anarchie complète
» avait bouleverse tout l'ordre de la
» police et du gouverfteracnf. En un
» mot, la désolation e'iait générale......
» L*arme'e ne se trouvait pas dans «me
» meilleure situation; dix-sept batailles
» avaient fait périr la fleur des offi-
» ciers et des soldats. Les régiments
» étaient délabrés, et composés, en
» partie, de déserteurs ou de pri-
» souniers. L'ordre avait disparu; et
» la discipline était relâchée au point
y> que nos vieux corps d'infanterie
» ne valaient pas mieux qu'une nou-
» velle milice.. .„.. » Ce tableau fait
par l'auteur même de tant de maux,
prouve combien il les serilait pro-
fondément. Alors , contre la cou-
tume des conquérants , il renonça
franchement à la guerre ; et mettant
tous ses soins à en éviter jusq<i'aux
moindres prétextes , il conclut une
alliance avec la Russie , vers la fin de
1763 , et il se rapprocha do plus en
plus de l'Autriche. Deux entrevues
qu'il eut avec h jeune empereur, Jo-
seph H, contribuèrent beaucoup à ce
rapprochement. Rien ne put dès-lors
le distraire de ses travaux de restaura-
tion. Au milieu de la ruine univer-
selle , les finances , entretenues par
les subsides anglais, s'étaient main-
tenues en assez bon état. Les fonds ,
destinés à la guerre , furent em-
ployés à rebâtir des villes et des
Tillages que la guerre avait détruits.
ÎjC roi exempta de contributions les
pays qui avaient le plus souflTerl ; il
fit tirer des magasins les grains qui
y étaient accuuuiîés pour l'approvi-
sionnement des armées. Ces grains
servirent à ensemencer des champs
que les armées avaient dévastés ; et
les chevaux destinés à l'artillerie ser-
virent à les labourer. Pour bien ap-
précier les résultats de cette raerveil-
€usc adm iuistratioD, il faut eu voir le
FRE
tableau dans le Mémoire publié en
1 786 par le ministre Hertzberg. C'est
là que l'on trouvera le détail d'une
somme de 200 millions employée à
des secours et à des améliorations ;
six cents villages créés , des friches et
des marais immenses rendus à l'agri-
culture, de nombreuses fabriques éta-
blies et soutenues par les bienfaits du
souverain; enfin la population accrue
de près d'un tiers , malgré les mal-
heurs de la guerre. Cependant ce mo-
narque, alors si véritablement grand,
ne put rester indifférent aux occasions
d'accroître sa puissance. On lui a at-
tribué l'idée du partage de la Pologne:
mais il paraît que la première pro-
position qui en ait été faite, vint alors
du cabinet de Pétersbourg. Au reste,
entouré de voisins puissants, et livré
à tous les désordres de l'anarchie ,
ce royaume devait être la proie de
pareils voisins , dès qu'ils seraient
d'accord entre eux. Ce fut ainsi
quç les trois grandes puissances
du Nord signèrent le traité de 177'!.
Frédéric eut la contrée nommée ait-
jourd'hui la Prusse occidentale; c'é-
tait la moins étendue, mais la plus
cornmerçante. Il avait commis lui-
même, sur ce territoire, beaucoup
d'exactions ; et un grand nombre d'ha-
bitants en avaient été arrachés par ses
ordres, pour venir peupler ses états
héréditaires. Familiarisé avec les
moyens du despotisme , ce prince se
livra quelquefois à des vexations
odieuses. Il viola les privilèges de
Dantzig , et il commit envers les habi-
tants de celte ville libre, d'indignes
extorsions. Ses ennemis l'ont accusé
d'avarice; et il faut avouer que ce
reproche ne fut pas toujours dénué
de fondement. Il altéra les monnaies,
empêcha ses sujets de disposer de
leurs biens , et nuisit à leur industrie
par des monopoles qui uc furent [no-
FRE
fîtables qu'au fisc ou à des intrigants
étrangers. Enfin il commit une erreur
grave , en tenant accumule dans ses
coffres un Irc'sor considérable. « Cest
» disait-il, unee'péc hors du fourreau
» qui empêche les autres d'en sortir. »
Ce fut par le même principe qu'il
porta son armée en temps de paix à
deux cent mille hommes. Cette armée
e'tait alors regardée comme la meil-
leure de l'Europe j et Frédéric ne
souffrit pas qu'on s'y relâchât sur un
seul point de la discipline. Présent à
toutes les revues, aux parades, et
surtout à ces grandes manœuvres de
Potzdam que venaient admirer cha-
que année les militaires de tous les
pays , il était lui-même l'instructeur et
l'ordonnateur de tous les mouvements.
On s'empressa partout de suivre les
leçons d'un aussi grand maître ^ et les
principes qu'il prescrivit à ses trou-
pes , adoptés alors par les différentes
nations de l'Europe, sont encore au-
jourd'hui ceux qui règlent les évolu-
tions de toutes les armées. C'était
par de tels moyens que la Prusse ,
avec une faible population , et dé-
pourvue de frontières et de places
fortes, continuait à jouer un des pre-
miers rôles parmi les puissances :
mais tout semblait y tenir à l'exis-
tence d'un seul homme 5 et ses voi-
sins n'attendaient que la mort du
grand roi pour attaquer son suc-
cesseur. L'ambassjdeur d'Autriche
ayant fait connaître, en 1777, que
ce prince était en dans^er de mourir,
Joseph II se hâta d'assembler une
armée ; et déjà celte armée allait
se mettre en campagne, lorsqu'on sut
à Vienne que Frédéric était rétabli. Le
jeune empereur trouva une autre oc-
casion de déployer son caractère en-
treprenant et guerrier ; ce fut la mort
de l'électeur de Bivière, qui, n'ayant
point laisse d'enfants, oifrit à ses voi-
FRE 585
sins une proie à se disputer. Joseph II
se prépara aussitôt à envahir ses états :
mais le duc de Deux-Ponts , qui avait
des droits réels à cette succession , en-
traîna dans son parti les Saxons et les
Prussiens ; et Frédéric mit en cam-
pagne, deux armées dont il voulut
encore une fois être le chef. Cette
guerre , qui fut terminée par la paix
de Teschen ( 1778) ne dura guère
que six mois , et tout s'y passa en
marches et en évolutions. Le roi de
Prusse dit que ses troupes eurent l'a-
vantage , quand elles purent combat-
tre en règle; mais que les impériaux
l'emportèrent dans les ruses , dans
les stratagèmes et dans tout ce qui
est du ressort de la petite guerre. Il
contribua encore beaucoup à main-
tenir dans ses limites la puissance
autrichienne , lorsque l'empereur vou-
lut céder les Pays-Bas à l'électeur Pa-
latin en échange de la Bavière. Sen-
tant combien un pareil arrangement
donnerait de force et d'action à cette
monarchie en concentrant sa puis-
sance , Frédéric sonna l'alarme dans
l'Empire, et il y forma une ligue qui
obligea les deux souverains à renon-
cer à un projet qui leur eût offert des
avantages réciproques, mais qui eût
compromis l'existence de la Prusse.
Tous les moments que Frédéric ne con-
sacrait pas à la politique et au gouver-
nement, il les donnait à la culture des
lettres, des arts et de la philosophie.
Sans luxe, sans gardes, retiré dans
son palais de Sans-Souci, il s'y mon-
trait affable et accessible pour tous
ceux qu'un sentiment de curiosité et
d'admiration attirait dans ce séjour.
Les gens de lettres y étaient surtout
accueillis avec beaucoup d'empresse-
ment: il rcccvsjl le soir tout ce qu*il
pouvait réunir d'hommes distingués
par leur esprit et leurs connaissances;
el c'était au milieu d'une telle réunioa
536 FRE
qu'il aimait à se livrer à ces brillantes
ronversations, dans lesquelles il pa-
raissait avec taul d'éclat , et qu'il pré-
feVa toujours à toute autre espèce d'a-
ïDusemeut. Parlant tour à tour d'his-
toire, d'arls et de gouvernement, il
passait en revue les beaux siècles de
ja Gi èce , de Rorae et de la France ,
les révolu ùons de la politique et de
la littérature; puis, des anecdotes ;
enfin tout ce qu'il y avait de plus
varié et de plus piquant , sortait
tour à tour de sa bouche avec un son
de voix très doux et aussi agréable
que le mouveiKcnt de ses lèvres , où
il y avait une grâce toute particulière.
Il meltaitdaDS cesconversations beau-
coup d'abandon et de liberté , et ja-
mais il n'y fit sentir son pouvoir. Ce-
pendant, se laissanttropallerà jouir des
sottises d'autrui, il aimait à tendre des
pièges à la médiocrité, et il faisait un
usage trop habituel du sarcnsmedont
il avait contracté l'.irt et le goûl a l'é-
cole de Voltaire. En revanche, il ne
montrait point de ressentiment sur ce
qu'on disait et même sur ce qu'on
imprimait contre lui. Sous son règne,
la liberté de la presse fut poussée jus-
qu'à la licence ; tt jamais souverain
n'essuya plus de libelles, sans en pu-
Dir un seul. Voyant un jour de sa fe-
nêtre bfaucoup de monde assemblé
auprès d'une affiche satirique contre sa
personne, il la fit placer plus bas afin
qu'on pût mieux la lire. Il aimait la ta-
ble, et préférait surtout les mets épic«s.
Cependant il mangeait aussi beaucoup
de fruits, et il en faisait croître à grands
frais dans des serres chaudes. Son
appétit devint si excessif dans les der-
niers moments de sa vie, qu'il mangea
un homard tout entier la veille de sa
mort. 11 fit tout pour prolonger sonexis-
tence; mais ce fut en vain qu'il se décida
à des iucisions et aux remèdes les plus
dauloureux : ce prince expira le 1 7 août
FRE
1786, des suites d'une hydropisîc. Fre'-
déric était d'une taille médiocre, mais
bien propoitionnée ; l'habitude de
jouer de la flûte lui faisait porter la
tête un peu inclinée à droite. Dans
sa jeunesse il était bien à cheval ; plus
tard il s'y tint courbé et dans une
attitude négligée. Il avait d'abord été
grand chasseur. Lorsqu'il fut monté
sur \o trône , il ne conserva de ce
goût qu'une sorte de passion pour les
chiens. Il eut toujours auprès de lui,
un grand nombre de ces animaux ,
et il les logeait dans ses plus beaux
apparteruents. Celui qu'il préférait
aux autres , couchait dans le même
lit que lui, quoique ce fût ordinai-
rement le plus gros. Les traits de ce
piince avaient beaucoup d'expression,
et l'on remarquait dans ses yeux toute
l'énergie de son amc. Très sévère
pour l'exécution de ses ordres , il ne
fut cependant point cruel, et il n'or-
donna jamais lui-même la mcrt d'un
seul de ses sujets : ainsi In coïidainna-
tion d'un ofileier qui lui aurait déxibéi
pour écrire à sa femme, est un roule
aussi invraisemblable que ridicule.
Il revenait peu d'une première dé-
cision , comme on le vit dans l'af-
faire du meunier Arnolt, où !es ma-
gistrats les plus intègres furent sacri-
fiés à une sorte d'obs'inatiou , qui ve-
nait au reste beaucoup plus de son
habitude du despotisme mihtaire que
du fonds de son caractère. Ce qui le
prouve, c'est que Frédéric se laissa
quelquefois désarmer par une saillie
et une heureuse réj.onse, comme
on le vit à l'égard du meunier de
Sans - Souci. Ce meunier refusait de
lui vendre son moulin. « Sais-tu bien,
» lui dit le prince , que je pourrais
» prendre ton mouliu sans l'en don-
» ner nu sou. — Oui bien, rcpoi>flit
» le meunier, s'il n'y avait pas une
a chambre de justice à Berlin. » Ou a
FRE
à'ït que Frédéric manquait de sensi-
bilité ; cependant il en a montré dans
plusieurs occasions : il traitait d'une
manière tout-à fait affectueuse ceux
qui lavaient ser\i avec zèle , et i*on
trouve des traiis fort touchants dans
sa correspondance avec le général
Fouqué. Il aimait de la manière la
plus tendre plusieurs de ses parents ,
surtout la duchesse de Bareutli ( Foj-.
Bareuth au Supplément). Il av-»it
éprouvé tant de tracasseries et d'in-
gratitude de la part des gens de lettres
et surtout des Français , que vers la
fin de sa vie, sans s'éloigner de la
littérature , il prit plus de goût pour
]a vie solitaire. Ce fut alors qu^on
voulut le tourner du côté de la litté-
rature allemande; mâk il continua à
préférer celle des Français , et il releva
même avec beaucoup de goût dans une
petite brochure qui parut en i ■;8o ,
les défauts delà littérature germani-
que. Nous avons dit que Frédé-
ric s'éloigna toujours du commerce
des femmes j ses ennemis ont expli-
qué cette bizarrerie d'une manière qui
le rapproche à cet égard de quelques
hommes fameux de l'antiquité. 11 s'en
est à peine défendu. On sait qu'il avait
dans tous ses palais des statues d'Anti-
noiis,et qu'il aimait beaucoup qu'on le
comparât à Tempercur Adrien. Gomme
général et comme horame d'état , Fré-
déric ne peut e:re comparé qu'à César.
Sa carrière fut plus longue, et elle ne
fut pas moins glorieuse que celle du
premier empereur. Comme lui, il se
montra supérieur dans les armes ,
et dans le gouvernement: s'il ne par-
vint pas à la même supériorité dans
les lettres , c'est parce qu'il écrivit dans
une langue étrangère j les défauts du
style peuvent seuls empêcher qu'on ne
place son Histoire de mon temps à
côté des Commentaires. On a accusé
Frédéric de icmérilé^ mais sa posilioa
FRE 587
l'obligea souvent à des entreprises
hasardeuses. Ses talents politique*
sont donc incontestables , et ils con-
venaient surtout au chef d'une mo-
narchie absolue. Comme général, il est
sans aucun doute le premier des temps
modernes; et César ne fit pas, dans
la tactique des anciens, une révolu-
tion semblable à celle que Frédéric a
opérée dans la nôtre. Ennemi déclaré
de la Révélation et de la théologie , il
paraît cependant avoir varié dans ses
opinions sur la Divinité; mais, pour
la morale pratique , il n'eut d'autres
guides que ses penchants et son in-
térêt. Il se montra fort tolérant er-
vers tous les cultes; et les catholi-
ques de la Silésie, qui l'avaient d'aboi d
redouté, n'eurent pas à se plaindie
de son pouvoir. Il accueillit même
les jésuites dans ses états , lorsqu'ils
furent repoussés par tous les souverains
catholiques ; et il les employa très utile-
ment pour l'éducation. On rapporte
de lui quelques traits de clémence cl
d'humanité; et l'on sait qu'il fut surtout
très facile à oublier les injures et les
torts les plus graves. Voltaire, qui l'a
si indignement calomnié, a éprouvé
lui-même cet excès de bonté. Ce mo-
narque connaissait tous les membres
de la commission qui l'avait jugé par
ordre de son père ; il savait comment
chacun d'eux avait opiné , et il ne leur
en témoigna jamais le moindre resscn-
timent»Quinze ans après qu'il fut mon-
té sur le trône, on lui entendit dire :
« Il existe cependant, à Berlin , un
» homme qui m'a condamné k avor
» la tête tranchée; et cet homme que
» je connais, dîne tranquillement chez
» lui. )> Lorsque les calomnies de Vol-
taire furent publiées en un volume ^
sous le titre de Fie privée du roi de
Prusse , le secrétaire de ce prince
ayant voulu les réfuter, Frédéric lui dit ;
« G«k ne vaut pas la peine que vous
58$
FRE
V prendriez; c'est a moi de faire mon
» devoir , et de laisser dire les mé-
» chants . » On l'a souvent accusé
d'ingratitude ; et l'on ne peut dissi-
muler qu'il n'ait mérite' ce reproche ,
par l'oubli dans lequel il laissa tous
ceux qui lui avaient rendu des ser-
vices lorsqu'il était prince royal, par-
ticulièrement le jeune Keilh , qui de-
vait l'accompagner dans son évasion,
et la famille Wrech , qui s'était expo-
sée à de si grands dangers pour adou-
cir sa captivité de Custrin. Voltaire a
dit, à cette occasion , que de même que
Louis XII avait oublié de venger les in-
jures faites au duc d'Orléans, Frédéric
oublia de payer les dettes du prince
royal. Parmi un grand nombre d'épi-
taphes qui furent composées pour son
tombeau, l'on remarque celle du baron
de Suhm : ffîc cujus laus maxima
Fredericus II , Borussoriim rex ,
armis Cœsar , pace Augustiis , m
republicd f;;erendd Fespasianus, phi-
loscphidMarcuSy vitd^ntoninus, re-
giim exemplum , sine exemplo ma-
ximus. Lrs Allemands l'ont nommé
Frédéric Vunique. On a donné plu-
sieurs éditions de ses œuvres, et il en
a fait imprimer lui-même quelques
volumes à Berlin. La plus complète
est celle d Amsterdam ( Liège ), 23
vol. in-8". , 1790. On y a mis de
nouveaux frontispices en i8o5. Les
OEuvres primitives, ou celles que
l'auteur publia pendant sa vie, rem-
plissent les quatre premiers volumes.
Voici la liste de tous les écrits qui
composent celte collection : i **. Uan-
timachiavel. '2". Instructions mi-
litaires pour ses généraux. 3'\ Cor'
respondance amicale de Frédé-
ric avec le général Fouqué, 4**»
Mémoires pour seivir à Vhistoire
de la maison de Brandebourg. 5*".
Les poésies du philosophe de Sans-
Souci. Q", Fariétés philosophi^es j
FRE
où Ton remarque les Éloges de Vol-
taire et de Lamélrie. ■y'*. Histoire de
mon temps , (de i 740 à 1745 ). 8".
Histoire de la guerre de sept ans
(1757 à 1763). 9'. Mémoires de-
puis la paix de Huherlsbourg {i ']6'5
31775). 10". Mémoires de la guerre
de 1778. 11". Correspondance de
Vempereur et de l'impératrice reine
avec Frédéric , au sujet de la suc-
cession de Bavière. 1 2". Considé-
raiions sur Vétat présent du corps
politique j{o\\\'T.^ç^Qcom\)Osc en 1 782.)
i3". Essai sur les formes des gou"
vernements et sur les devoirs des
souverains. 1 /\". Dialogue des morts.
1 5". Examen critique du livre inti-
tulé, Système de la nature. 16".
Dissertation sur l'innocence des er-
reurs de r esprit. 17". Des poésies,
18". Correspondance avec madame
du Chdtelet , Voltaire , Fontenelle,
le marquis d'Argens , d" Alembert ,
etc. 1 9". Avant-propos sur la Hen-
riade. La nouvelle Fie de Frédéric
II , par Denina, forme le XXI V'\
vol. de la collection. On attribue à
Frédéric les Béjlexions sur les talents
militaires et sur le caractère de
Charles XII , de main de maître.
On a publié à Berlin, en 1792, des
Lettres inédites ou Correspondance
de Frédéric avec M. et M"**, de Ca-
mas, I vol. in- 12. Cette correspon-
dance est très remarquable , et elle a
eu beaucoup de succès. On a encore
publié à Paris, en 1808, Caractères
des personnages les plus marquants
dans les différentes cours de V Eu-
rope , extraits des ouvrages de Fré-
r/enc. L'éditeur avait donné, en 1807,
des Mémoires historiques et critiques
sur la civilisation des différentes na-
tions de l'Europe au XVII'. et au
XV IIP. siècle , par Frédéric-le-^
Grand, i vol. in - 8 *. Le meilleur ou
vrage anglais sur Frédéric II , est ce
}
FRE
lui de GiUics , intitulé : Tableau du
résine de Frédéric II, avec un pa-
rallèle entre ce prince et Philippe II
de Macédoine ,\,ouàves, 1809. L'ou-
Trage du professeur Biisching, intitulé
Caractère de Frédéric 11^ traduit de
Tallemand, contient des anecdotes bien
choisies. Les Souvenirs , de Tiiiébault ,
présentent le même avantage, mais ils
sont d'une excesssive prolixité. L'ou-
vrage intitulé Fie de Frédéric II ,
Strasbourg, 1787, 4 vol. in -12,
n'est qu'une mauvaise compilation.
Plusieurs écrivains militaires se sont
exercés sur les campagnes de Frédéric.
Les écrits les plus remarquables dans
ce genre, sont ceux de l'dng'ais Lloyd,
et du général prussien ïempelhof
( Vof. ces deux noms). Le général
Jomini s'est beaucoup servi de ces
deux ouvrages , pour son Traité des
grandes opérations militaires, où il
paraît n'avoir donné \' Histoire criti-
que des campagnes de Frédéric,
comparées à celles de Vempereur
Napoléon y qu'afin d'élever celui -ci
d'une manière tout-à-fait indécente ,
aux dépens du monarque prussien.
Quoique sûrs que puissent être d'ail-
leurs les principes du général Jomini
sur la tactique militaire, il est évident
que dans cette occasion il a tout sa-
crifié à son héros de ce temps-là , et
qu'il n'a pas voulu considérer que
Frédéric fit des choses très grandes
et très difficiles avec de fort petits
moyens , tandis que Buonaparte a fait
des sacrifices iuouis et des pertes im-
menses, pour n'arriver qu'aux plus
déplorables résultats. L'ouvrage de
Mirabeau inlifulé, De la Monarchie
prussienne sous Frédéric-le- Grand,
est une de ces compilations que l'au-
teur faisait transcrire par des copistes
( Fojr. Mirabeau ). V Éloge histori-
que de Frédéric II , par Guibert ,
est un beau morcfau d'éloquence j
FRE 580
mais, faute de matériaux suffisants,
l'auteur y a laissé des lacunes impor-
tantes. M — D j.
FRÉDÉRIC I"., roi de Suède,
de la maison de Hesse-Gassel, né à
Gassel en 1676, entra jeune dans
la carrière des armes , et obtint le com-
mandement des troupes hollandaises
pendant la guerre de la succession
d'Espagne. Quoiqu'il pût rarement
fixer la victoire sous ses drapeaux,
il déploya des talents militaires.
Ayant épousé en 1 7 1 5 Ulrique Eléc-
nore, sœur de Charles XII, il en-
tra au service de Suède avec le
titre de généralissime. Lorsque Char-
les fut tué à Fridérikshall , le prin-
ce de Hesse - C^ssel , qui était a
peu de distance de cette forteresse,
prit le commandement de l'armée. Il
vit bientôt un parti se former pour
lui, et il put dès-lors se flatter de
parvenir au trône. Le choix tomba
cependant d'abord sur Ulrique-Eléo-
nore; mais peu après son avènement,
cette princesse, très attachée à son
époux, et dépourvue d'ailleurs des
qualités nécessaires pour régner dans
les circonstances difficiles oîi se trou-
vait la Suède , fit déclarer à la diète
qu'elle ne voyait d'autre moyen de
sauver l'état que de remettre les rênes
du gouvernement entre les mains de
Frédéric; et les représentants de la
nation procédèrent à l'élection de ce
prince, il fut proclamé roi le 26 mars
1720, après avoir quitté la religion
réformée dans laquelle il était né, pour
embrasser le luthéranisme , et après
avoir signé la constitution établie en
17 19, ainsi que les articles ajoutés
depuis par les états. Les premiers
soins du roi eurent pour but de ren-
dre la paix au royaume , les hostilités
continuant encore avec le Danemark
et la Russie. Frédéric se rapprocha de
ces deux puissances , qui signèrent la
5()o FRE
paix, Tune à Fredensboiirg en 1720,
Tautre à Nystadt en 1 72 1 . La Suède
fut enfin délivrée de celte longue
guerre qui avait dure vingt ans, et
qui avait épuisé ses ressources. Mais
il s'éleva, peu après, des divisions in-
térieures, et il se forma deux partis,
qui domioèrent alternalivemeut au
sénat et aux diètes pendant un demi-
siècle. Le roi, dont le pouvoir était
très circonscrit, sut ménager les es-
prits avec tant d'babilelé que sans em-
ployer aucun moyen violent il main-
tint son autorité, et parvint presque
toujours à son but. Il fut cependant
obligé, en 1740, de consentir à la
guerre contre la Russie , quoiqu'il ne
l'approuvât point. Celte guerre eut
l'issue la plus malheureuse; et toute
la Finlande tomba au pouvoir de
Tenncmi. Pour sortir plus facilement
de cette situation critique, les élats
assemblés en 1745 déclarèrent que
Frédéric n'ayant point d'enfants , il
fallait lui nommer un successeur, et dé-
signèrent Adolphe-Frédéric de Hols-
tein , favorisé par la cour de Pélers-
"hourg. Peu après , la paix fut signée
dans la ville d*Abo; et la Suède re-
couvra la Finlande , à rexception de
quelques districts limitrophes. C('pen-
dant le choix du successeur n'avait
pas obtenu une approbation générale ;
et les Dalécarliens marchèrent sur
Stockholm dans le dessein d'appuyer
les partisans du prince royal de Da-
nemark. Frédéric fut au-devant d'eux,
pour les engager à retourner dans
leurs foyers; mais ils avancèrent, et
il fallut employer le canon pour les
réduire. Le calme ayant été rétabli ,
Frédéric régna paisiblement jusqu'à
sa mort , et les projets pour le bien
public furent repris avec un nouveau
zèle. Une activité générale s'était ma-
nifestée dans la nation après la mort
de Charles XII pour le rétablissement
FRE
de la prospérité intérieure. L'agri-
culture, les fabriques, le commerce,
les sciences et les arts étaient deve-
nus les objets des délibérations du sé-
nat et de la diète. Le loi encouragea
ce zèle patriotique , et sut imprimer à
son règne un caractère d'utilité pu-
blique, dont l'histoire a consacré le
souvenir. Pendant ce règne, la popu-
l.jtion de la Suède augmenta de près
d'un million d'habitants ; le com-
merce de ce pays s'étendit dans toute
l'Europe , à la Chine et en Amérique;
il se forma des ateliers d'industrie et
des établissements d'éducation. Un
nouveau code embrassant les lois ci-
viles et criminelles fut publié en 1 734 ;
et peu après, le roi donna la sanction
royale à l'établissement de l'académie
des sciences de Stockholm. Frédéric
avait hérité , à la mort de son père , en
1 750, du landgraviatde Hesse-Cassel.
Ce pays lui rendait annuellement près
de cent mille ducats , dent il tira un
parti très avantageux dans plusieurs
circonstances. Ce prince mourut en
1751. Il avait épousé de la main
gauche , du vivant de la reine, la
comtesse de Taube, dont il eut un
fils et une fille, qu'il fit élever sous
le nom de Hessenstein , et auxquels il
assura un héritage considérable. Lors-
que ce mariage fut parvenu à la con-
naissance du public, les états en té-
moignèrent un grand mécontente-
ment, et le roi fut obligé d'éloigner
la comtesse pour quelque temps de la
capitale, C — au.
FRÉDÉRIC DE IIOLSTËIN,
roi de Suède. Voy, Adolphe-Fré-
déric.
FHÉDÉKIC D'AUTRICHE (i) ,
fils aîné du duc Léopold II, était né
vers la fin du 14^ siècle. Il eut pour
apanage le comté de Tyrol. Sigis-
(0 C'ett le quatriùiac priace d'Autriche du nom
d« Frédéric.
FRE
Mond occupait alors Terapire fVAlIe-
magne; et ce prince avait convoqué
un concile à Gonsfance pour terminer
le schisme qui divisait l'Eglise. Avant
de s'y rendre , Jean XXI II s'assura
la protection de Frédéric , et lui
donna en échange le titre de général
de ses troupes, avec la promesse
d'une pension de six mille florins
d'or. L'empereur fît entourer par ses
soldats la salle d'assemblée du con-
cile , et se rendit par-là maître de ses
décisions. A cette nouvelle, la IVayeur
s'empara du pape; il s'enfuit déguise
en postillon , et se réfugia dans un
château appartenant à Frédéric, où il
resta caché. Sigismond mit Frédéric
au ban de l'Empire, et obligea les
pères du concile à ^excommunier.
Ce prince, trop faible pour résister
à Sigismond, consentit, pour le flé-
chir, à lui demander pardon à ge-
noux , et lui livra le malheureux
Jean XXIII ( Toj. Jean XXIII ).
L'année suivante ( i4i6) , le concile
déclara que Frédéric devait restituer
les villes dont il s'était emparé sur
l'évêque de Constance , sous peine
d'être privé lui et ses enfants de tous
ses flefs de l'Eglise et de l'Empire.
Sigismond appuya la décision du con-
cile; et Frédéric prit la fuite. Pen-
dant ce temps-là , son frère se mit en
possession du Tyrol; et les Suisses
profitèrent de cet état de troubles pour
s'approprier quelques villes. Albert
son parent fit une seconde fois la paix
avec Sigismond ( V. Albert V ). Le
Tyrol lui fut rendu ; mais les Suisses
gardèrent ce qu'ils avaient pris. Fré-
déric mourut en 1 439. W — s.
FRÉDÉRIC 1"., surnommé le
Viclorieux , électeur Palatin , l'un
des plus grands princes de sa mai-
son, était fils de l'électeur Louis-le-
Barbu, et frère puîné de Louis, sur-
nommé le Doux. Louis-le-Doux , q_ui
FRE Sot
avait succédé à son père dans l'élec-
torat, mourut en i449 ? laissant un
fils nommé Philippe , qui n'avait
qu'un an. Frédéric, oncle de cet en-
fant, prit les rênes du gouverne-
ment et le titre d'électeur. Il con-
serva ce titre et le pouvoir qui y
était attaché, pendant toute sa vie, eu
s'engageant à ne point se marier^ de
manière que l'électorat pût retourner
à Philippe. 11 ne tint pas parole à la
lettre ; car il épousa , dans la suite,
Claire de Wertheim ; mais les en-
fants qui naquirent de ce mariage ne
furent pas déclarés habiles à succéder,
et on leur donna le titre de comtes de
Lœwenstcin. Frédéric gouverna avec
une grande prudence , et déploya
dans plusieurs occasions un courage
héroïque. Le pape ayant déposé
Thierry , archevêque de Maïcnce , et
conféré cette dignité à Adolphe de
Nassau , Frédéric se déclara en fa-
veur de Thierry, sans avoir égard à
la protection que l'empereur et plu-
sieurs princes d'Allemagne donnaient
à Adol[)he. L'évêque de Metz, le mar-
grave de Bade et d'autres princes
s'étant jetés sur les étals de l'électeur
Palatin, celui-ci leur livra bataille,
les défit complètement, et les fît tons
trois prisonniers. 11 les obligea de lui
céder plusieurs places, et de lui payer
cent mille florins. L'empereur l'ayant
rais au ban de l'Empire, il ne se trouva
personne qui osât se charger de Texé-
cution. Frédéric mourut en 1476^ et
Philippe son neveu lui succéda.
C— AU.
FRÉDÉLUG II , surnomme le
»Sfl^e, électeur Palatin, fils puîné de
Philippe , succéda en i544 à son
frère Louis-le-Pacifîque. Il avait dès
sa jeunesse été attaché à Charlcs-
Quint , avait vécu à sa cour, et l'avait
accompagné dans ses voyages. 11 ren-
dit à ce prince de grandi senriccs ea
^Q^ F RE
Allemagne j et il reçut de lui des
preuves signalées de reconnaissance
et d*aftccfion. Charles-Quint, eu don-
nant à Frëde'ric l'investiture de la
dignité de l'éleclorat , ajouta à ses
armes le globe impérial , tant pour
lui que pour ses successeurs. "L'élec-
teur s'attira néanmoins dans la suite
la disgrâce de l'empereur en donnant
contre lui du secours au duc de Wur-
teiiiberg , avec qui il avait une al-
liance défensive : mus Charles- Quint
s'apaisa lorsque Frédéric eut accepté
Vinlerim , qui fixait provisoirement
en Allemagne l'état de la religion.
L'électeur traita cependant avec une
grande prédilection les protestants
de ses états ; et Othon-IIenri son ne-
veu et son successeur adopta ouver-
tement le luthéranisme. Frédéric II
mourut en 1 55 4. Ses deux neveux,
Othon - Henri et Philippe-Ie-Belli-
queux n'ayant point laissé d'enfants,
l'ancienne branche électorale se trouva
éteinte en i557 ; et l'éleclorat passa
à la branche de Simmereu. C — au.
FRÉDÉRIC m, surnommé le
Pieux y premier électeur Palatin de
la branche de Simmercn , succéda à
Othon-Henri en 1557. 11 embrassa
la religion réformée, et s'y dévoua
si étroitement que tous les efforts de
l'empereur Ferdinand I'^. ne purent
l'en détacher. Ce monarque eût voulu
que l'électeur eût retourné à la religion
catholique, ou qu'il eût embrassé la lu-
thérienne, introduite dans ses états
par un de ses prédécesseurs. Il le
menaça de lui faire perdre la dignité
électorale , et de la conférer à l'un
de ses fils. Mais Frédéric persista dans
sa croyance, et s'allia avec les pro-
testants de France. Ce fut sous son
règne que Frankendal, qui n'avait été
qu'un monastère, devint une ville.
Frédéric y appela des Flamands chas-
sés de leur pays pour cause de reli-
FRE
gion. Ce prince mourut en iS^Ô , el
fui remplacé par son fils Louis , nom-
mé le Facile, qm abandonna le cal-
vinisme pour se faire luthérien : mais
son frère Jean -Casimir persista dans
le calvinisme; et la principauté de
Lautern que son j)ère lui avait don-
née en apanage, devint le refuge des
ministres calvinistes ou réformés que
son frère l'électeur chassait de ses
états. C — AU.
^ FRÉDÉRIC IV, électeur Palatin,
n'avait que sept ans lorsqu'il suc-
céda en i585 à Louis -le- Facile,
dont il était le fils unique. Louis avait
désigné Jean -Casimir pour cire le
tuteur de son fils; maisà cause de la dif-
férence de leurs sentiments en matière
de religion, il lui avait associé quel-
ques-uns de ses conseillers, sans le
consentement desquels il ne devait
rien statuer sur le gouvernement ecclé-
siastique. Jean - Casimir ne s'embar-
rassa point de celte disposition; el
prétendant que la tutelle lui apparte-
nait exclusivement en vertu de la bulle
d'or, il fit élever son neveu dans les
sentiments des calvinistes. Le jeune
prince s'y attacha beaucoup; et aussi-
tôt qu'il eut été investi du gouverne-
ment, il établit une étroite corres-
pondance avec la reine d'Angleterre ,
la Hollande et les prolestants de Fran-
ce. Cette conduite luiallirala haine delà
maison d'Autriche. H gouverna ce-
pendant paisiblement, et prit plu-
sieurs mesures pour faire prospérer
ses états. Ce fut sous son règne que
Manheim, qui jusqu'alors n'avait élc
qu'un village , devint une ville , où
dans la suite ont résidé les électeurs.
Frédéric IV mourut l'an lOio. Il
laissa de son mariage avec Louise-
Julienne de Nassau - Orange deux
fils, Frédéric, qui lui succéda, et
Louis- Philippe, qui eut pour apa-
nage Simmercn cl Lautern. La dcr-
FRE
nière de ces possessions fut enle-
vée à celui-ci par le traité de paix de
Westphalie, pour être donnée à la
branche électorale. Le même prince
laissa un fils, Louis-Henri-Mauricc ,
qui mourut sans postérité en 1675:
après sa mort la principauté de Sim-
meren échut à l'électeur. C — au.
FRÉDÉRIC V, électeur Palatin
et roi de Bohème, fils de Frédéric IV,
prit possession de l'éîectorat à la mort
de celui-ci en 16 10. Il épousa en 1618
Elisabeth, fille de Jacques F^., roi
d'Angleterre , et rehaussa par celte
alliance l'antique illustration de sa
maison. Il fut bientôt regardé comme
le chef du parti protestant en Alle-
magne, et fixa sur lui l'attention de
tout l'Empire et de toutes les puis-
sances protestantes. Les habitants du
royaume de Bohème, où le protes-
tantisme avait fait de grands progrès ,
s'ctant révoltés contre Ferdinand II ,
choisirent Frédéric pour leur roi. Le
prince Maurice d'Orange son proche
parent et le duc de Bouillon le solli-
citèrent d'accepter. II balançait ce-
pendant , d'autant plus que son beau-
père Jacques P*^. le détournait d'une
résolution qui lui paraissait dange-
reuse. Mais Elisabeth était plus am-
bitieuse: séduite par l'éclat du dia-
dème, et voulant que le rang de son
époux égalât celui de son père , elle
appuya les solHcitations du prince
d'Orange , du duc de Bouillon , et
parvint à persuader Frédéric. Ce
prince signa l'acte d'élection , mais en
répandant des larmes qui ne furent
que trop justifiées par l'issue de la
lutte où il s'engageait. Il fit, peu après,
ime entrte triomphante à Prague , où
il y eut des fêtes qui coûtèrent à la
bourgeoisie cinquante mille florins.
Cependant l'armée autrichienne ap-
prochiit; et le nouveau roi n'avait
ni ia fermeté ni ks troupes néces-
XV.
FRE 593
saires pour résister avec succès. Le
8 novembre i6'2o, son armée fut at-
taquée sur une hauteur près de Pra-
gue, pendant que lui-même il atten-
dait dans la ville l'issue de la ba-
taille. Les ennemis remportèrent une
victoire complète. Cet événement fut
le signal de la guerre qui dura trente
ans. L'empereur victorieux mit Fré-
déric au ban de l'Empire, et disposa
de ses états héréditaires et de la di-
gnité électorale en faveur du duc de
Bavière. Ce fut alors que la fameuse
bibliothèque de Heidelberg , dont
les Bavarois s'étaient ^emparés , fut
envoyée à Rome pour enrichir celle
du Vatican. Frédéric chercha avec sa
famille un asile en Silésie , en Bran-
debourg et en Hollande. Lorsque Gus-
tave-Adolphe eut remporté les vic-
toires qui vengèrent les protestants
d'Allemagne, l'électeur fugitif se ren?
dit dans son camp. Le vainqueur de
Leipzig ne s'expliqua point sur ses.
projets , et mourut peu après en
i652. Frédéric termina sa carrière à
Maïence le 29 novembre de la mêm«
année; et le sort de sa famille resta
long-temps incertain. Sa veuve de-
meura en Hollande : ie fils aîné périt
près de ce pays , à bord d'un petit
bâtiment qui, en allant à pleines voiles
dans la nuit, donna contre un grand
vaisseau , et fut brisé par le choc. Le
second fils, Charles -Louis, fit de
vains efforts pour recouvrer les états
de son père ; il fut détenu quelque
temps prisonnier à Vincennes par or-
dre de Richelieu, et perdii ensuite
une bi taille qu'il livra à la tête d'un
corps de troupes rassemblé par ses
soins et ceux de ses amis. De meil-
leures destinées succédèrent cepen-
dant à toutes ces infortunes. A la
paix de Westphalie , Charles-Louis
fut réintégré dans le Palaîinat, et un
huitième électorat fut créé en sa faveur.
38
ac)4 fï^Ê
( F. GaAftLES-î.ouis, VHI, 177. ) La
priucesse Sophie , ayant été mariée à
Ernest- Auguste de BrunsYsâck -Ha-
novre, porta dans cette maison des
droits à la couronne d'Angleterre ,
qui prévalurent au parlement ; ^
George son fils régna sur les bords
de la Tamise. La princesse Elisabeth
devint célèbre par son zèle pour les
scieiices. ( Fo^ez Elisabeth, XIII,
64.) C— AU.
FRi^^l^RIG. Vcryez Bade, Ba-
vière, Brandebourg, Brunsvs^ick.,
Gonzague, Hesse, Mecklenbourg,
Saxe * Souabe, Wurtemberg.
FRÉDÉRIC(Lecoloueî)ctaitfil5du
fameux roi de Corse Théodore, et d'une
irlandaise de la noble famiil« de Lu-
cau , et naquit, à ce qu'il paraît, en
Espagne , où sa mère était alors
attachée à la maison de la reine.
Il suivit son père, dont il parta-
gea la mauvaise fortune. Après avoir
passé qu<'lque temps dans le service
naililaire, il vint en Angleterre en 1 754,
et tomba dans une détresse telle qu'il
fut ob'ige', pour subsister, de donner
des It^çoDS d'ita'iieu. En 17O8 , il
publia des Mémoires pour servir à
L Histoire de Corse , i vol. in-8^ en
français, traduits et publiés la même
année en anglais, i vol. in-iJi. Ces
BJécQoircs, qui offrent de l'intérêt, et
sont écrits avec naturel , s'étendent
depuis l'origine connue de l'île de
Corse, jusqu'en 1755, année de la
mort de Théodore, dont l'ouvrage est
en partie un panégyrique. Frédéric ,
y\';mi repris du service en Alkma-
niai^nc, reçut, du duc de Wurtem-
berg , le brevet de colonel et la croix
de mérite , et revint ensuite ci^ Angle-
terre en qualité d'agent de ce prince.
En i-jg» , il alla à Anvers pour négo-
cier un emprunt en faveur de quelques
membres de la famille royale : mais
1« secret de cette démarche avant
transpiré avant qu'elle eût an r^sul»*
tat, le roi refusa d'y accéder, et fil
même adresser des reproches à l'en-
voyé. Le colonel Fré.léric , retombé
dans l'indigence , se tua d'un couple
pistolet sous le portique de l'abbaye de
Westminster, le 1". février 1797. Le
jury du coroner préjugea qu'il ne
s'était porté à cette extrémité que dans
un égarement de raison, et rendit , en
conséquence, à cette occasion , un ver-
dict de démence (/un«c;>'). Une petite-
fille du colonel Frédwic, ÉmilieClark,
a publié , en anglais , un roman inti-
tulé : Ermina Montrose, ou la cfiau-
mière du vallon , Londres, 1800,
3 vol. in- 12. X— s.
FRÉDÉRIC-AUGUSTE l et H ,
rois de Pologne. Fo^. Auguste.
FRÉDÉRIC - GUILLAUME I ,
roi de Prusse, fils de Frédéric I et de
Sophie-<lbarlotte d'Hanovre, naquit le
1 5 août 1 688. Sa première éduca'tion
fut confiée à madame de Rocoules , qui
s'était réfugiée à Berlin pour cause de
religion. On s'aperçut bientôt que le
prince avait un naturel rude et dur ,
et un despotisme de volonté qui s%-
ritait de la moindre contradiction. Sa
mère fit les plus grands efforts pour
changer ses dispositions naturelles , et
pour adoucir son caractère : mais elle
ne put y réussir; et l'amour même
qu'on tâcha d'inspirer au prince pour
une jeune personne iîrtéressante , Jie
put avoir aucun ascendant sur l'â-
preté de son esprit et la rudesse de ses
manières. Déjà , du vivant de son
père , il avait donné à connaître qu'il
n'approuvait point le Inxc et les plai-
sirs de la cour : parvenu au trône ,
à la mort de son père, en 1^1 5, ri
fit aussitôt les réformes les plus sé-
vères; il vendit la plus grande panie
des effets et des meubles précieux du
château; les grandes charges de la
cour furent la plupart déclarées va-
FRE
«ant€â pour toujours; et les peintres,
les sculpteurs, les décorateurs, reçu-
rent leur congé. Une espèce de bouffon,
appelé Guudling, fut' nommé prési-
dent d« l'ac^adémie royale des sciences
et des belles 'ettres. Le prince d'Au-
halt, qui, depuis plusieurs années,
jouissait de la confiance du roi, et qui
tirait vanité de son ignorance et de la
grossièreté de ses goûts , le dégoûta
leUcment de tente espèce d'étiquette
et de représentation, qu'il lui fit adop-
ter le genre de vie d'un particulier obs-
cur. Une tabagie devint la retraite fa-
vorite du roi, et il s'y rendait tous les
soirs pour fumer du tabac et boire de la
J}ière avec se* généraux. Dans ces
réunions, il était familier, et souffrait
k plaisanterie: ailleurs, il exigeait
ke soumission la plus entière; et même
au sein de sa famiUe , il se montrait
dur et absolu. Les deux grands objets
«les soins et de l'attention de Frédé-
ric-Guillaume, pendant tout le cours
de son règne , furent son trésor et son
armée. li fît de si grandes économies ,
que bientôt il fut un des souverains les
plus riches. Si l'argent sortait de ses
coffres , c'était principalement pour
satisfaire la passion qu'il avait de re-
cruter son armée des hommes de la
plus haute taille. H entretenait par-
tout des enrôlcurs pour lui procurer
des espèces de géants qui formaient le
régiment de ses gardes : tous les
yours , à des heures marquées , il exer-
çait ses soldats • il les soumit à la dis-
cipline la plus sévère, et prit les mesures
les plus rigoureuses pour empêcher
la désertion. Le philosophe Wolf,
qui professait à l'université de Halle ,
lut renvoyé , parce qu'on avait dit au
roi que sa philosophie faisait déserter
les soldats. Cependant ce prince, si
occupé de ses troupes , ne fut jamais
guerrier, et chercha toujours à con-
server la paix. 11 voyait dans son ar-
FRE 5^5
m^e un moyen de se livrer a son
goût pour les manœuvres utilitaires;
de donner un plus grand ascendant k
sà maison dans la politiq4ie ij^énérale,.
et de so faire respecter de ses voisins,
Gn le traita avec bepu^oup d'égards
dans les conférences d'Utrecht et de
Rastadt ; et les traités de i -^ i S et de
1714 sanctionnèrent toutes les tran-
sactions du règne précédent, relatives
aux nouvelles acquisitions de la mai-
son de Prusse. Le* puissances du-
Nord recherchèrent l'alliance de Fré-
déric-Guillaume , et l'engagèrent a
prendre part aux mouvements dont
la Poinéranie, le Meckienbourg, le
Holstein étaient devenus le thé;ître ,
depuis les revers de Charles XlF,
Après avoir refusé long-temps de ne
déclarer ouvertement contre le roi ds
Suède , il joignit ses troupes à celles
des alliés, et assista , en r7i5 , au
siège deStralsund, avec Frédéric l'V ,
roi de Danemark. Par le traité de
paix qu'il conclut avec le roi de
Suède en 1720, il obtint une partie
de la Poméranie suédoise, eu payant
néanmoins deux millions d'écus ; dé
sorte que ce fut moins une con-
quête qu'une acquisition. S' étant dé-
claré d'abord pour l'alliance du ffeno*
vrc, Frédéric - Guillaume s'enje'ta-
cha ensuite, et signa, eu 17^5, au
château de Wusterhausen , près de
Berlin , un traité avec la cour de
Vienne. Lorsque la guerre eut éclaté
en 1755 à la mort du roi de Polo«ne,
le roi do Prusse ne put s'empêcher
d'envoyer des troupes auxiliaires à
l'empereur sur le Rhin; niais il se dé-
clara neutre du coté de la- Pologne , et
il donna même un asile dans se<i
états à Stanislas , quand ce prince fut
obligé de se sauver de Dautzig pour
échapper aux Russes. Frédéric-Gnil-
laume avait épousé Sophie- Dorothée,
soçur de George 11 , roi d'Angleterre ?
596 F R E
de ce mariage était ne', en 1714,
Charles-Frédéric, que -sa naissance
appelait au trône, qui devint si fa-
meux sous le nom de Frédéric II , et
qui a reçu le surnom de Grand. Le
jeune prince, obéissant à l'ascendant
de la nature, qui lui avait donné un
esprit actif, une imaj^ination vive et
hrillante , manifesta bientôt un goût
décidé pour la littérature et les arts.
La société de son père ne pouvait
avoir aucun attrait pour lui j et il ne
dissimula point son éloignement pour
le genre de vie introduit à la cour.
Dirigé par sa mère, il avait le projet
d'épouser la fille de George II, dont
il voulait engager le fils aîné, le prince
de Galles , à épouser en même temps
sa sœur chérie, la princesse Frédériqne.
Le roi désapprouvait les goûts et les
plans de sonfils: ennemi déclaré des
arts et des lettres, ayant une antipathie
personnelle contre George II, et se
prêtant aux vues de la cour de Vienne ,
q[ui était contraire à ce double mariage,
il exprimait souvent son improbation
au prince royal de la manière la plus
dure , et le maltraitait publiquement.
Le prince chercha à se faire des parti-
sans et des amis : un jeune officier ,
Boraraé Katt, devint son confident;
Cl il fit , de concert avec lui , le projet
de se soustraire aux mauvais traite-
ments de son père. En 1730, Fré-
déric-Guillaume prit la résolution de
faire un voyage dans les contrées du
midi de l'Allemagne; et le prince royal
eut ordre de l'accompagner. Ce prince
crut que ce serait le moment d'exécu-
ter son projet ; en partant de Berlin ,
il convint, avec Katt, que celui-ci vien-
drait le joindre au premier avis qu'il
aurait de sa retraite: mais l'indiscré-
tion do Katt éventa le mystère; il ré-
pandit partout que le prince ne revien-
drait pas, et qu'il était chargé dt lui
faire ienir de l'argent. Le roi fut averti
PRE
à Anspach , e! donna l'ordre de sur-
veiller le prince. Celui-ci, ne se dou-
tant de rien, communiqua ses chagrins
nu margrave d' Anspach; et le lende-
main il lui demanda un bon cheval ,
sous prétexte qu'il voulait se prome-
ner : le margrave éluda la demande ,
et Frédéric fut obligé de suivre son
père. Avant de continuer le voyage , il
écrivit à son confident, pour lui mar-
quer qu'il avait si bien pris ses me-
sures, que dans deux jours il serait
en liberté, et que, s'il était poursuivi ,
ils se jetterait dans un couvent. Il
envoya cette lettre au bureau de la
poste, pour la faire partir par une
estafette ; mais , comme il était pressé ,
il avait mis en dessus, par Nurem"
berg j sans ajouter , à Berlin. Le
commis de la poste de Nuremberg
crut que la lettre était adressée à un
officier, aussi nomme Katt, qui se trou-
vait alors dans celte ville. Cependant le
prince royal continua d'accompagner
tranquillement son père jusque dans
un village près de Francfort, où le
roi voulut passer la nuit. C'était de ce
village que Frédéric crut pouvoir
s'échapper. Les chevaux étaient com-
mandés, et le prince, s'étant levé à
minuit, sortit de sa chambre; mais u«
officier et un domestique, qui cou-
chaient dans la même chambre, s'é-
veillèrent, avertirent plusieurs autres
personnes , et l'on se mit à la pour-
suite du prince, que l'on trouva au
milieu du village, attendant les che-
vaux. On l'engagea à retourner, en
lui promettant que jamais le roi ne
serait instruit de ce qui venait de se
passer. Le lendemain, le roi étant à
Francfort, reçut une estafette de ce
même Katt de Nuremberg, à qui 1.»
lettre du prince royal avait été remise,
et qui l'envoyait à Frédéric-Guillaume.
Le roi ne se posséda point de colère ,
et voulut se jeter sur le prince; mais
FRE
on le conjura de se calmer, et Ton
parvint à l'éloigner. Le prince fut
désarmé, et reçut une forte garde,
qui avait ordre de ne Je laisser par-
ler à personne. On le conduisit à Mit-
lenwalde, en Brandebourg, et le roi
retourna lui-même à Beriin. Kalt ayant
été mis en prison, fut interrogé: le
prince subit également un interroga-
toire 'y et l'on fit les recherches les
plus rigoureuses pour se procurer sa
correspondance, dont la partie la plus
importante avait cependant été sous-
ti'aite et bien cachée par les soins de
la reine. On transféra ensuite le prince
à la citadelle de Gusfrin , où il fut en-
fermé dans une chambre sans meu-
tles; il y eut défense de lai donner de
la lumière et des livres, excepté la
Bible et un livre de prières. En atten-
dant , le roi délibérait sur la manière
de faire juger son fils. fiCS ministres
lui ayant représenté que personne
n'avait le droit de juger l'héritier de
la couronne, il prit le parti de consi-
dérer Frédéric, dans cette circons-
tance, non comme son fils, mais
comme colonel de ses gardes, et il
nomma un conseil de guerre. Le prince
royal et Katt furent condamnés à
avoir la tête tranchée. Un officier eut
ordre de conduire Katt à la citadelle de
Cuslrin. On avait élevé un échafaud,
dans la place de la citadelle, au niveau
de la chambre du prince, dont on
avait élargi les fenêtres pour donner
un passage de plein-pied à Téchafaud,
qui fut couvert de drap noir. Ces ap-
prêts avaient été faits sous les yeux du
prince, qui ne pouvait douter qu'ils ne
lussent pour lui. Le lendemain, il
crut sa fin arrivée, lorsqu'il vit entrer
dans sa chambre le commandant de la
citadelle : mais cet officier lui dit que
le roi voulait qu'il assistât à l'exécu-
tion de Katt, qui allait avoir la tête
tranchée. Le prince s'approclia d'une
FRE 597
des fenêtres; et peu après parut le
malheureux Katt : Frédéric , en le
voyant , demanda qu'on suspendît
l'exécution et qu'on lui permît d'écrire
au roi; qu'il renonçait solennellement
à la succession pourvu qu'on lui accor-
dât la grâce de sou ami. Mais ses
pleurs , ses prières, ses cris, ne turent
point entendus : l'arrêt devait être exé-
cuté; tel était l'ordre irrévocable du
roi. Quand Katt fut assez proche, le
prince lui cria qu'il était au deses-
poir d'être cause de sa mort , et qu'il
souhaiterait de pouvoir se trouver à
sa place. Au moment où le coup fatal
allait être porté, Frédéric tomba eii
faiblesse; ou le porta sur son lit, où
il revint à lui, mais sans pouvoir se
lever. Le corps de Katt demeura tout
le jour surl'échafaud sous les fenêtres
du prince. Le sang de Katt n'avait point
apaisé le roi , et il réservait le même
sort à son fils. La famille royale était
dans la consternation; mais l'implaca-
ble monarque restait insensible aux.
sollicitations , aux gémissements et aux
larmes. Il fut cependant ébranlé par-
les représentations des cours étran-
gères, et surtout par une lettre de
l'empereur. Quoique cette lettre l'eût
d'abord choqué , parce que l'empereur
y disait que le prince relevait de
l'Empire, et quoique, dans un premier
moment, il eût déclaré qu'il ferait
exécuter l'arrêt en Prusse , où il était
indépendant , il se calma peu à peu ,
et revint enfin aux sentiments de la
nature. H dit à un des grands-officiers
de la cour que, si le prince s'humi-
liait devant lui, il lui rendrait ses
bonnes grâces; et il permit à cet offi-
cier de partir pour Custrin , comme
de lui-même , pour parler à Frédéric.
Après quelques moments d'hésitation ,
le prince se décida à écrire à son père ,
qui lui répondit qu'il lui pardonnait
ses fautes, à condition cependant qui!
5c^ F R E
»e sortirait pas de Cnslriu; qu'il vi-
vrait dans cette ville en simple parti-
culier, et qu'ii s'appliquerait à c»n-
i»a»tre l'administration des domaines,
en a-ssistant journellement aux séances
de fa chambre chargée de cette partie,
et eu prenant place auprès du plus
jerifte conseiller. Le prince n'eut point
Irv permission de reprendre runiformc.
On lui fit prêter un serment par lequel
il* s'engageait à ne témoigner aucun
ressentiment à personne , et à ne j^
mais se soustraire à l'obéissance qu'il
cfevait au roi. Il lui fut prescrit de ne
s'occuper que des affaires d^adminis-
tration porte'es devant la chambre;
et il reçut l'ordre spécial de ne point
parler français. Frédéric passa à peu
prfs une *nnée dans celte situation :
son père, ayant reçu des nouvelles sa-
tisfaisantes de sa conduite , le rappela
à la cour , et lui donna un régiment.
H revint peu à peu de ses préven-
tions, et apprécia les talents de ce
fils, qui devait être un jour la gloire
de sa maison et de son siècle. Frédé-
ric-Guillaume avait toujours donné des
soins particuliers au royaume de
Prusse : il y fit plusieurs voyages
vers la fin de son règne ; et les protes-
tants de Salzbourg, ayant été persé-
cutés par l'arcbcvêque , en 1708, il
les wYitA à former dés établissements
en Prusse, et en particulier dans la
province de Litbua nie, dépeuplée ré-
cemment par la peste : il acquit plus
de vingt mille citoyens industrieux,
qui repeuplèrent plusieurs villages et
plusieurs villes dans l'espace de quel-
ques années. Au retour d'un voyage
qu'il avait fait en Prusse, avec une
suite assez nombreuse, le roi se trou-
va très affaibli ; il tomba dans un état
de langueur qui fil craindre pour ses
jours : ne se sentant plus la force de
s'occuper de l'administration de ses
^(S; i\ prit la résolution d'abdi<^ucr
FRE
en faveur de son fils Fre'déric ; mais
avant que l'acte d'abdication pût être
réglé, sa faiblesse augmenta, et il mou-
rut le 3i mai 1740. Sa mort causa
peu de regrets; on le craignait plu»
qu'on ne l'aimait , à cause de son ex-
cessive sévérité et de ses principes
despotiques. Cependant il laissait son
pays dans un état florissant; et son fils,
dans les Mémoires de Brandebourgs
convient que l'ordre qui avait été intro-
duit dans l'administration, le trésor que
son père avait amassé, et Tarmée qu'il
avait créée , servirent beaucoup à
consolider la puissance de sa maison.
Et t.i effet , il eût été difficile à Fré-
déric II d'exécuter, immédiatement
après son avènement au trône, les
grandes entreprises qui étonnèrent
l'Europe , sans les ressources qu'il
avait héritées de son père. ( P^oj. Ba*
REUTH , Margrave de ) , au Supplé-
ment. C — Au.
FRÉDÉRIC -GUILLAUME If,
neveu du grand Frédéric , et fils aîné
du malheureux prince royal qui mou-
rut en 17^9 ( Voy. FredÎric II,
pag. 5^7 ), naquit le 25 septembre
1 744* Il eut pour précepteur M. Be-
guelin , et pour gouverneur, le comtô
de Bork, tous les deux fort estimés.
Frédéric témoigna toujours beaucoup
d'affection à son neveu ; et il parut
vouloir ainsi réparer les torts qu'il
avait eus envers son père. Il le dirigeât
surtout vers la carrière des annes ; et
persuade qu'il y obtiendrait de grands
succès , on l'entendit plusieurs fois s'é-
crier : Ce jeune homme me recom-
mencera. Ce fut vers la fin de 1^
guerre de sept ans que le jeune prince
lit ses premières armes. Le roi ne
voulut pas qu'il fut ménagé sous aucun
rapport; et on lit dans ï Histoire
de mon temps , qu'il y fut exposé k
des dangers auxquels dans d'autres
pays on n'expose pas de simples bus-
FRE
sards. Galopant un jour à la suite de
Son onde , i! eut son clieval tue sous
lui par un boulet de eanon ; le roi, le
voyant tomber, dit avec un sang-froid
incroyable : « Ah I voilà le prinoc de
1» Prusse tue ! qu*on prenne la selle et
» la bride de son cbeval. » Plus heu-
re»! que son père, Frédéric-Guillaume
ayant été charge', dans la guei're de la
succession de Bavière, deconduke un
corps d^arnsee en Silésie , ie rame»a
sans s€ laisser entamer, qiwiqu'il fôt
poursuivi par des forces beaucoup
supérieures aux siennes. Arrive à
Breslau , le jeune prince se pre'senta
devant le roi , qui lui dit d'un ton
grave : « Vous n'êtes plus mon ne-
» veu 5 » et l'embrassant ensuite, il
ajouta : « Vous êtes jnon fils. » Quelle
que fut l'affection de Fréde'ric poinr
son neveu, il lui fit donner une edu-
câlion très se'vère ; et le jeune prince
mena une vie fort simple jusqu'à son
avènement ( 16 août 1786 ). S'il
se livrait à quelques dérèglements ,
ce n'était qu'en évitant avec le plus
grand soin les regards de son oncle.
Devenu roi à l'âge de 4^- ans, Fré-
déric-Guillaume montra d'abord des
intentions de bienfaisance; il répara
plusieurs injustices de son prédéces-
seur, et parut mettre beaucoup de
zèle à se faire la réputation d'un prince
juste et loyal ; il diminua quelques im-
pots, abolit des monopoles vexatoires,
et voulut que ses sujets jouissent d'une
plus grande liberté. Mais, d'un autre
côté, il se montra fort jaloux de son au-
torité; et afin qu'on ne pût pas même
supposer qu'il se laissait diriger, il
e'carta successivement tous les hommes
distingués par leurs talents et leur ex-
périence. ( Voy. Henri prince de
Prusse, Brunswick, tom. VI, pag.
1 52 , et Hertzberg. ) Dans le temps
où il se privait ainsi des serviteurs les
plus utiles , il se livrait secrètemeul à
FRE 5rig
Tinfluence de ses maîtresses et de fa-
voris obscurs. Retenu long-temps par
la sévérité de son oncle, dès qu'if
fut le maître il s'abandonna s»n«
contrainte à son ç;9iit excessif po+w
les femmes. Frédéric lui avait fait
répudier la princesse Elisabetli 4«
Brunswick, pour cause d'incoud+H+e.
Si les vertus de la priii^esse de Hesse
d'Arrastadî, sa seconde épouse, la mi-
rent à t'abii d'une pareille ^lisgrâ* ,
elle eut peut-être plus à souffrir par
le trio«n[)be public des Hiaît-re$«es <3ïi
roi. Ce princo ne put jamais rorajHÇ
un lien honteux avec une dame RietE,
née Henck., célèbre par le dérègle^
ment de ses raœivrs et pai* l'infa-
mie de son raari. il la combla de tou-
tes sortes de faveurs , elle, et un fii«
qu'elle lui donna et dont la mort le
rendit long-temps inconsolable. De-
venu épris, dans le même temps, de
mademoiselle de Voss , il la fit com-
tesse d'ingenheira, et l'épousa de la.
main gauche. Cette dame mourut peu
de temps après, et elle fut remplacée
par la comtesse Doenhoff, qui ne
tarda pas à être disgraciée à son tour.
Madame Rietz reprit alors tout ^oii
crédit; elle fut créée comtesse de
Lichtenau, et habita l'un des plus
beaux palais de Berlin , où elle tenait
une espèce de cour. ( F, Lichtenau. )
Uii autre travers jeta peut-être encore
plus de ridicule sur Frédéric-Guil-
faurae ; ce fut sa crédulité pour les
illuminés, alors très nombreux en Al-
lemagne. Il accueillit dans sou palais
tous les hommes de cette secte ( Voy.
WoïLNER ) ; et ces visionnaires \m
firent successivement apfoaraitre Moï-
se , Jésus et César. Ce fut par de
pareilles impostures que l'on parvint
à égarer son imagination et à trom-
per son esprit : dès - lors aucun
homme sage ne put être entendu.
Tous les gens de mérite furent écarlésj
6oo
FUE
et , même dans l'armée , les emplois
lie furent plus accorde's qu'aux plus
iBe'pri>abies intrigues. Ces désordres
curent les résultats les plus fâcheux
sur toutes les parties du gouverne-
ment. Lç trésor que Frédéric avait
amassé pour des circonstances impor-
tantes, fut dissipé d'une manière hon-
teuse; et l'armée, qui cessa de voir
son chef et d'être encouragée par son
exemple, perdit tout-à-fait sa supé-
riorité. Mais ce qu'il y eut encore de
plus malheureux pour la monarchie
jîrussieune , ce fut la faiblesse et la
versatilité que l'on remarqua dans sa
politique. Dirigée d'abord par le mi-
nistre Hertzberg , cette politique avait
semblé ferme et vigoureuse; et la
considération du cabinet prussien
avait paru s'accrojtrc en Europe par
l'influence qu'il avait su obtenir sur
les affaires de Hollande, et par l'éner-
gie qu'il avait su inspirer aux Turks
tt aux Polonais, pour résister aux pré-
tentions des deux cours impériales.
Mais dès qm- cet habile ministre eut
clé renversé par les intrigues des
maîtresses et des favoris, la marche
devint incertaine , aucun système ne
fut suivi; et tout se fit avec une hési-
tation et une mobilité qui décelèrent
toute la faiblesse et la médiocrité du
chef. On le vit successivement aban-
donner les Turks, les Polonais et les
Belges, après les avoir excités à des
attaques imprudentes. En 1792, il se
mit à la tête de la coalition qui devait
rétablir Louis XVI sur le trône ; et
après s'être ligué avec l'Autriche par
le traité de Pilnilz , il pénétra en
France à la tête de quatre-vingt mille
hommes. Parvenu h trente lieues de
Paris , il hésita au moment ou il de-
FRE
vail agir, négocia avec le parti révo-
lutionnaire, et revint sur le Rhin où
son armée combattit encore pendant
deux ans, sans résultats. (^.Bruns-
wick , tom. VI, pag. i55. ) Dans
le même temps, il s'occupait de con-
cert avec l'impératrice de Russie ,
d'un nouveau partage de la Pologne ;
et il se rendit a son armée qui com-
battait sur les bords de la Vistule. Ce
fut lui qui triompha de Kosciusko et
s'empara de Cracovie, tandis que son
armée du Rhin n'agissait qu'avec
beaucoup de faiblesse et de lenteur,
quoiqu'il eût reçu de l'Angleterre des
subsides considérables. Enfin ilsere-
tiri tuul-à-fait de la coalition, et signa
la paixàBâIele i5 avril 1795, aban-
donnant à la république française ses
étals de la rive gauche du Rhin. Ainsi
il laissa l'Autriche presque seule aux
prises avec cette puissance, dans le
moment où son agressioii et ses mena-
ces avaient porté le parti révolution-
naire de France a mettre sous les ar-
mes une immense population. C'est à
une telle défection dans de pareilles
circonstances, qu'il faut sans doute at-
tribuer la plus grande partie des mal-
heurs qui vinrent un peu plus tard
accabler l'Europe. Frédéric-Guillaume
ne jouit pas long-temps lui-même de la
paix qu'il avait donnée à ses sujets ;
il mourut le 16 novembre 1 797, lais-
sant la couronne à son fils Frédéric-
Guillaume m. M. L. P. de Ségur'l'aîné
a publié en 1800, V Histoire des prin-
cipaux événements du règne de Fré-
dériC' Guillaume 11, etc. 5 vol.
in-8^ M— D j.
FRÉDÉRIC -HENRI. Voyez
OaANGE.
FIW DU QUINZIEME VOLUME.
CT Biographie universelle,
143 ancienne et mcxierne
M5
1.^11
1. 15
PLEASE DO NOT REMOVE
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